mercredi 27 mars 2024

Vieux Farka Touré et Losso Keïta à l'Espace Django: l'Afrique avec Amour, Rock et Blues, un voyage hypnotique

 Dans la programmation de l'Espace Django au Neuhof à Strasbourg, le concert de la soirée du 28 mars tourne autour de musiciens africains. La tête d'affiche c'est Vieux Farka Touré qui vient accompagné de cinq musiciens. Et la première partie, c'est Losso Keïta, seul en scène qui l'assure.


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd


Et il l'assure bien, très bien même. Armé de sa "voix d'or" douce comme le miel et pleine de chaleur, jouant de sa kalamengoni, une sorte de grande guitare mais en fait une harpe avec une caisse de résonnance ronde qu'il joue à la verticale en pinçant les cordes. Et il frappe la mesure avec ses pieds sur une calebasse. 


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd


Il est complètement immergé dans sa musique et en même temps il est totalement connecté avec le public avec lequel il interagit, lui faisant quelques leçons de vie ou de philosophie; expliquant par exemple qu'il faut remercier l'autre quand on vient mais aussi quand on va partir. Que par exemple "Quand cela ne va pas avec l'autre ou les autres, le problème vient peut-être de toi". Ses chansons, qu'il chante dans sa langue ou quelquefois en français, sont très belles. Il improvise quelquefois en réaction avec le public et tient beaucoup à ce que ce dernier participe dans des échos variés qu'il lui apprend et que le public chante avec entrain. Cela donne une belle ambiance et de belles ondes, soutenues par sa voix enchanteresse et ses rythmes qui bercent doucement nos oreilles. Ses chansons bien ancrées dans sa culture, son pays, le Burkina Faso et la nature, qu'il vénère par ses airs, ses paroles et ses mélopées, il nous les partage avec tout son enthousiasme communicatif. Un vrai moment de plaisir.


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd

Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd



En deuxième partie, changement de braquet. C'est à un déploiement de puissance que nous assistons, rien moins qu'un bassiste, un joueur de n'goni, une petite guitare traditionnelle malienne, toute en longueur, deux guitares, la sienne, dont il joue avec une virtuosité sans égale et celle de son compère en costume traditionnel et pour la section rythmique avec une batterie qui imprime avec force son rythme presque du début à la fin du concert et un djembé. 


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Se suivent pendant une bonne heure et demie une belle série de morceaux qui débutent invariablement par une virtuose intro du maître exposant le motif - on ne l'appelle pas sans raison le Jimmy Hendrix du désert - avant que l'équipe parte en rang serrés pour développer avec de multiples variations de morceaux qui vont chercher du côté du rock bien martelé et du blues. Ces morceaux nous entraînent dans un état presqu'hypnotique, immergés dans ce cocon sonore et rythmique qui nous transporte et nous fait bouger. 


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Quelques variations dans l'esprit blues - il faut effectivement avouer que le blues est une musique qui nous est arrivée d'Afrique - qui nous font encore plus apprécier sa voix tout à fait adaptée à ce style de chanson. Il nous gratifie d'ailleurs d'un morceau en solo tout en sensibilité où nous apprécions la finesse de l'interprétation, autant de sa voix que son jeu de guitare.


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Et en rappel le groupe nous joue un morceau plus traditionnel, autre facette très intéressante du talent de ce fils d'Ali Farka Touré dont ce dernier pourrait être fier. En tout cas le public lui est très satisfait de cette très belle prestation et du très beau voyage musical pour lequel il a été embarqué pendant cette soirée.


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd

Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche 

Les Fantasticks, une comédie musicale qui prend des airs très colorés

 Les Fantasticks sont arrivés à Strasbourg. Curieusement cette comédie musicale écrite par Tom Jones, non pas le chanteur mais le librettiste Thomas Collins „Tom“ Jones, sur une musique de Harvey Schmidt a eu beaucoup  de succès à Brodway n'avait jamais été jouée à Strasbourg. Elle a été jouée sans interruption pendant 17162 représentations - un record depuis sa création le 2 mai 1960 au Sullivan Street Playhouse à Brodway et a vu plus de 11.00 productions dans 3.000 villes. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck


C'est donc une production inédite à l'Opéra National du Rhin, en coréalisation avec la Comédie de Colmar, grâce aussi à une nouvelle traduction du texte par le directeur de l'Opéra Alain Perroux qui l'adapte, on le verra, à la culture française. Elle avait été créée pour de petites salles avec un décor réduit et un accompagnement musical qui se recentre sur un piano et une harpe (la harpiste faisant quelques percussions). Et la distribution se limite à cinq chanteurs et trois comédiens. Mais c'est amplement suffisant pour le sujet, où l'on assiste en quelque sorte à un roman d'apprentissage - Bildungsroman -  où un jeune homme de dix-neuf ans qui vit avec sa mère, découvre en même temps l'amour avec sa voisine qui en a seize et vit avec son père  et la réalité du monde extérieur. Tout cela narré par une personnage haut en couleurs, le narrateur-chanteur-voleur qui en quelque sorte tire les ficelles de l'intrigue. C'est lui qui après une mise en place volontairement un peu brouillonne va nous chanter la chanson la plus célèbre "Try to remember" (que chantait en français Nana Mouscouri - Au coeur de septembre, devenue "Souvenir tendre" dans cette version), nous situant directement dans l'atmosphère de la comédie: de la nostalgie, du romantisme, de la tendresse, des sentiments. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck


C'est Bruno Khouri (que nous avions déjà pu apprécier dans Danser Schubert) de l'Opéra Studio, avec une belle voix de ténor basse qui assure autant au chant que dans la narration mais également dans le jeu d'acteur - il interprète El Gallo, un personnage haut en couleur, en quelque sorte le grand ordonnateur des événements.  La jeune fille autour de laquelle tout - et toue le monde tourne, c'est Luisa interprétée par Ana Escudero, à la taille du rôle et dont la voix a une belle clarté dans les aigus. Pour elle le rouge est mis et elle affole tout le monde avec ses premiers émois. Son père, tout vert, qui adore arroser ses plantes ressemble à un personnage de bande dessinée avec ses lunettes rondes et son air ébahi et sa voix de baryton-basse assure par sa voix son chant et sa diction sonore (très bon Michal Karski). Son jeu de complicité et de chamaillerie avec sa voisine Mme Hucklebee, jaune comme l'abeille fait le miel de la douceur de la pièce. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck



D'ailleurs Mme Hucklebee (Bernadette Johns, qui était également dans Danser Schubert) avec son visage souriant et enjoué et ses yeux bleus lumineux éclairent la scène et les déroulement de la pièce (sauf à un moment où elle n'est pas très contente et elle perd la maîtrise du destin. Mais c'est aussi le principe de réalité auquel son fils doit se confronter - il n'a pas subi suffisamment avec la leçon involontaire qu'on lui a fait subir. C'est d'ailleurs ce personnage de Matt (Jean Miannay) qui est le plus nuancé, voire ambivalent, en regard également à sa couleur, le violet. C'est d'ailleurs une très belle inspiration que de prendre ces couleurs franches et colorées pour les personnages principaux qui égayent la scène, avec comme décor les deux serres remplies de plantes vertes dont s'occupent les parents. Les autres acteurs étant plus sur les tons noirs et gris, comme le personnage qui joue et symbolise le mur, muet mais qui a quand même des oreilles. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck


En dehors de ces couleurs, la pièce est également égayée par des scènes qui vont chercher du côté de la Commedia del'Arte que ce soient les scènes de combat et d'enlèvement ou encore les intermèdes, comme dans le théâtre de Shakespeare où l'on bascule dans du théâtre dans le théâtre. Et justement on retrouve à la fois le maître du théâtre élisabéthain mais aussi le Cid ou Cyrano et d'autres encore qui apportent des respirations. Et cela avec la troupe de jeune comédiens, Yan del Puppo et Gulliver Hecq, et Quentin Ehret, "le muet", qui fait le mur et dont le jeu et la présence et la gestuelle sont assez impressionnantes.  Cela donne un spectacle enlevé et enjoué, avec un bel équilibre entre scènes tendres et sentimentales, d'autres plus enlevées ou comiques, airs plus ou moins connus mais en tout cas très bien chantés. Le tout dans une mise en scène inventive et sans faiblesse deMyriam Marzouki, des décors de Margaux Folléa ,des costumes de Laure Mahéo et une esthétique très joyeuse et pimpante. Sans oublier la "grand orchestre piano - harpe avec le duo (ce soir là) de Laurihanh Nguyen à la harpe et Hugo Mathieu au piano. Une fabuleuses soirée !


La Fleur du Dimanche

  

mardi 26 mars 2024

Slowly, Slowly... Until the sun comes up d'Ivana Müller: Tendres rêves en plis et replis

Le spectacle Slowly, Slowly... Until the sun comes up d'Ivana Müller présenté trois soirs au Maillon dans le cadre du Temps Fort Langues Vivantes (D)ecrire le monde, apporte une autre facette à cette re-lecture de la réalité et à sa compréhension. Nous avons eu l'exemple avec Les Forces Vives, d'après Simone de Beauvoir une lecture à travers less pensées et mémoires de la philosophe écrivaine féministe et, avec 10.000 Gestes  de Boris Charmatz, l'aspect du langage corporel et de sa richesse. Avec cette pièce qui navigue entre théâtre et danse, nous entrons dans un univers touchant l'imaginaire, le fantastique presque, le rêve. Le rêve effectivement est le moteur et le sujet central de la pièce. 


Slowly, Slowly... Until the sun comes up - Ivana Müller - Photo: Alix Boillot


Une fois entrés dans l'espace de jeu qui ressemble à un ring ou un dojo, ou encore une salle de yoga, installés en carré autour de la scène, en chaussettes (ces chaussettes qui surgiront de manière humoristique dans un des rêves), nous verrons dans un premier temps les trois interprètes étaler, lisser, froisser ce tapis de sol en tissu blanc cassé puis y inscrire des plis, de minuscules chaines de montagnes qui s'inscrivent au sol et les raplanir. Pendant cette activité relaxante, les trois interprètes commencent à raconter à tour de rôle des rêves qui dépassent la réalité. Nous nous retrouvons dans une séance d'échanges surréaliste, véritable joute oratoire où chacun des trois interprètes, Julien Gallée-Ferré, Clémence Gaillard et Julien Lacroix avec un art maîtrisé du conte et du suspense des aventures plus folles ou pus drôles les unes que les autres où il est question de corps mous ou qui sont omniprésents dans l'environnement, ou d'une substance qui emplit le corps ou encore d'une bouche remplie d'enfants qui font du tobogan sur la langue. Il y a des rêves d'automne ou de février qui veut se placer ailleurs sur la calendrier, ou encore d'une vache qui regardait le comédien et qui lui parle dans une langue étrangère qu'il ne comprend pas (de l'espagnol ?). 


Slowly, Slowly... Until the sun comes up - Ivana Müller - Photo: Alix Boillot


Alors que la narrations est souvent douce, calme, rassurante, la parole rebondit entre les trois protagonistes, de brèves interjections ou interventions donnent le rythme ou apportent une touche d'étonnement ou d'humour au récit. Pendant ce temps, les trois complices ont commencé à extraire de dessous le tapis de sol des bouts de tissus noirs, bleus, gris, verts en différentes matières qu'ils étalent au sol, qu'ils déplacent et dont ils s'entourent le corps ou la tête ou dont ils se remplissent le pantalon. A un moment certains tissus deviennent des oriflammes dans une chorégraphie festive. Les récits de rêves nous plongent dans un univers mystérieux, quelquefois étranges et inquiétants, ou surprenants,  surtout quand pour un rêve, la voix de Clémence Gaillard mue en homme ou en enfant au moment où elle est elle-même homme ou petite file dans son rêve. Les spectateurs ne sont pas laissés sur le bord de la route dans ces divagations, ils sont même impliqués ou sollicités, inclus quelquefois et la réalité avec ses problématiques (liberté, féminisme, écologie,..) émerge de temps en temps dans le rêve narrés ou les commentaires que les autres en font. Et vers la fin ils sont embarqués dans l'océan des songes. 


Slowly, Slowly... Until the sun comes up - Ivana Müller - Photo: Alix Boillot


Le voyage a été doux et étonnant, la séance réparatrice et revigorante, positive et énergisante et nous repartons de bon train dans la nuit avec un plein d'énergies positives. Une cure à recommander comme remède universel.


La Fleur du Dimanche


Until the sun comes up


Au Maillon du 26 au 28 mars 2024


Conception, texte, mise en scène et chorégraphie : Ivana Müller
En collaboration avec Alix Boillot, Olivier Brichet, Julien Gallée-Ferré, Clémence Galliard, Fanny Lacour, Julien Lacroix
Avec Julien Gallée-Ferré, Clémence Galliard, Julien Lacroix
Scénographie en collaboration avec : Alix Boillot
Création sonore : Olivier Brichet
Création lumières et régie générale : Fanny Lacour
Collaboration artistique et recherche : Sarah van Lamsweerde, Jonas Rutgeerts, Olivia Lucidarme, Nefeli Gioti
Couture de la scénographie : Angélique Redureau, Elsa Rocchetti
Costumes en collaboration avec : Capucine Goin
Production, administration : ORLA (Capucine Goin, Anne Pollock)
Diffusion, production : KUMQUAT | performing arts (Gerco de Vroeg, Laurence Larcher)
Coproduction : Le Pacifique – CDCN Grenoble / CNDC – Angers, Atelier de Paris / CDCN, Ménagerie de verre, Paris, Mille Plateaux / CCN La Rochelle, La Place de la Danse / CDCN Toulouse / Festival d’Automne à Paris
Soutiens : Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France / ministère de la Culture, Spedidam / Adami / Région Île-de-France

vendredi 22 mars 2024

Après la répétition et Persona de Bergman par Ivo van Hove: On arrête le cinéma

 Double soirée à La Filature avec deux films d'Ingmar Bergman Après la Répétition et Persona, adaptés au théâtre par le metteur en scène belge Ivo van Hove, personnalité audacieuse qui bouscule la manière de faire du théâtre ou de l'opéra. En ce qui concerne l'adaptation de ces deux films, ce n'est pas une nouveauté puisqu'il a travaillé sur l'adaptation de films ou de pièces de Visconti, Cassavetes ou Pasolini.


Après la répétition - Bergman - Ivo van Hove - Photo: Vincent Berenger


C'est avec l'adaptation du film de Bergman de 1984 Après la Répétition que démarre la soirée. La scène se passe dans une relativement petite boite représentant un bureau, contre le mur à jardin un canapé, et une rangée de fauteuils pliants à cour,  une porte dans le mur du fond au centre et à droite une table de travail avec une régie au mur et à gauche un écran sur lequel sont projetées les images filmées par une caméra posée sur un trépied. Le personnage masculin, Henrik Vogler, metteur en scène, est assis depuis l'entrée du public sur le canapé et lit un dossier. Ce bureau semble être sa pièce de répétition et son lieu de vie. Y entre Anna Egerman, jeune comédienne avec qui il travaille et qui cherche un collier qu'elle dit avoir oublié - ou perdu  - ici. 


Après la répétition - Bergman - Ivo van Hove - Photo: Vincent Berenger


On apprend qu'Anna est une actrice pleine de promesse, même si elle a encore pleine de défauts, et qu'elle joue dans la dernière pièce que Vogler est en train de monter, Le Songe de Strindberg. S'ensuit un long échange en ces deux personnages, en forme à la fois de ballet de séduction mais aussi de travail de mise en confiance du metteur en scène vis-à-vis de l'actrice qui garde quelques doutes sur ses capacités. Y est aussi évoquée la mère d'Anna, très grande comédienne et maîtresse de Vogler en son temps. Celle-ci resurgit comme dans un rêve dans sa plus pitoyable apparence, usée, finie, alcoolisée et voulant absolument faire l'amour avec Vogler pour pouvoir rejouer. 


Après la répétition - Bergman - Ivo van Hove - Photo: Vincent Berenger



Les deux comédiennes jouant Mère et fille, Emmanuelle Bercot et Justine Bachelet sont très convaincantes et engagées. Charles Berling semble lui plus survoler avec détachement le spectacle, même lors de son accès de violence prétextant la scène de la table renversée de Tartuffe. Le dévoilement des problématiques de jeu, de création, les relations complexes de mise en scène et de direction d'acteur révélées par Bergman qui en connait un rayon font de cette pièce une très intéressante radiographie de la création et la mise en scène bien rythmée nous réserve quelques surprises et mystères, en particulier les scènes du retour de la mère ou les révélations distillées par Anna sur sa vie intime qui douchent les illusions de Vogler.


Pour la seconde pièce, Persona, nous gardons le même cadre de scène au début, qui à présent représente un semblant de chambre d'hôpital où l'on accède par l'avant à droite. Dans une blancheur clinique, Elisabeth Vogler (interprétée par Emmanuelle Bercot) est allongée nue sur une table (presque de dissection). On arrive à imaginer la souffrance qu'elle doit endurer en la voyant bouger lentement et se recroqueviller sur cette table. Une femme médecin (Mama Prassinos) nous apprend qu'elle ne parle plus - elle s'est arrêtée brusquement au milieu d'une scène d'Electre de Sophocle et est mutique depuis - et qu'une infirmière, Alma (Justine Bachelet) va s'occuper d'elle. La lente transformation d'Elisabeth avec les nombreuses attentions d'Alma pour l'amener à une attitude "normale" retrouvée sont magnifiquement incarnés par Emmanuelle Bercot qui, de corps souffrant se transforme en corps fermé puis corps sensible pour devenir corps parlant, non avec sa voix mais dans les multiples attitudes qui nous font deviner qu'elle est sur la bonne voie, tout en nous laissant toujours attendre cet instant où elle devrait se remettre à parler. Et les rebondissements et surprises ne manquent pas, bien senties et très bien jouées. En particulier l'épisode de la lettre d'Elisabeth qui révèle les confidences d'Alma et ses propres sentiments envers elle, très belle scène de révolte, mais aussi cette tendre et sensuelle évocation d'un souvenir de rencontre fortuite sur une plage avec deux jeunes, intense moment de tension sexuelle très bien racontée de sa voix chaleureuse par Justine Bachelet. 


Persona - Bergman - Ivo van Hove - Photo: Vincent Berenger


La scénographie, grandiose nous offre elle aussi quelques surprises, entre autres la transformation de la scène en île, (à l'image de Fårö, île sur laquelle il s'était construit sa maison et il y a tourné le film Persona) et quelques événements météorologiques. Persona serait en quelque sorte, en plus humain, plus sensible, le pendant de Après la répétition, retrouvant plus de simplicité et de fraternité, de solidarité. Cette soirée aura été l'occasion de radiographier à la fois les dessous de la création et les sentiments et les relations en tout genre entre les hommes et les femmes avec une belle palette de nuances.


La Fleur du Dimanche

   


La Quinzaine de la Danse à Mulhouse et Illzach: Même au Musée, les tableaux dansent sous nos yeux

 Du côté de Mulhouse, grâce aux actions conjuguées de Thomas Ress, directeur de l'Espace 110 - Centre Culturel d'Illzach, de Bruno Bouché, directeur du CCN - Ballet de l'Opéra National du Rhin et de Benoît André, Directeur de la Filature, la Quinzaine de le Danse se déploie à l'Espace 110, à la Filature, et dans d'autres lieux, dont le Musée des Beaux Arts de Mulhouse, à priori un lieu pas spécialement dédié à la danse, même si dans certains tableaux, le mouvement, le corps sont mis à l'honneur. A l'espace 110 on a pu voir Kamuyot (voir mon billet sur le spectacle lors de son passage au CSC de la Meinau à côté de Pôle Sud) et l'installation 5 chambres y est encore visible jusqu'au 26 mars 2024. Cette date marquera la fin du Festival et se clôture à la Filature par une Nelken Line participative d'après Pina Bausch et une Yellow Party de Mickaël Phelippeau avec un DJ set de Barbara Butch.


Visites Dansées - Julia Weiss - CCN Ballet du Rhin - Aurélie Gandit - Photo: Michel Petit


Pour ce qui est du Musée des Beaux Arts à Mulhouse, c'est l'occasion de reprendre avec une danseuse (Julia Weiss) et deux danseurs (Pierre Doncq et Alain Tridivic) du Ballet de l'Opéra National du Rhin une Visite Dansée créée par Aurélie Gandit et passée au "répertoire" du Ballet en 2023. Aurélie Gandit, au départ guide conférencière au Musée des Beaux-Arts de Nancy a créé ce dispositif artistique où elle mêle la visite guidée d'oeuvres avec une chorégraphie adaptée au sujet (voir à ce propos sa visite dansée du Retable d'Issenheim à l'occasion de la fin de sa restauration au Musée d'Unterlinden). Ici au Musée à Mulhouse, ce sera un parcours historique qui part de la salle du Moyen-Age avec une mise en mouvement d'un Triptyque de la Nativité incarné par Julia Weiss puis des coups de zoom sur les personnage du chef-d'oeuvre de Brueghel le Jeune  la Scène de patinage où l'on visualise le laçage des patins, on découvre un homme tombé à l'eau, un femme qui se réchauffe et une autre qui se fait soutenir par trois hommes (Julia Weiss se glissant successivement dans la peau des quatre personnages) et où l'on est également attentifs à la vie de la taverne dans ce tableau riche en détails. 


Visites Dansées - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Brueghel Jeune - Scène de patinage - détail - Photo: Robert Becker


S'ensuit une alternance de lectures comparées non sans humour avec Alain Trividic qui fait une analyse en gestes et en paroles de deux grandes natures mortes de la Renaissance et Pierre Doncq avec des portraits dont celui d'un banquier - le Portrait d’Everhard Jabach par Hyacinthe Rigaud  - à l'air suffisant et à la chevelure généreuses qui lui inspire son autoportrait nerveux à la blessure sur son crâne rasé. Autre alternance, avec en dévoilement le contexte politique de la production des artistes alsaciens exilés à Paris au moment de la Guerre de 1870, avec L'exode de Louis-Frédéric Schutzenberger et L'Envoi du Tonkin de Camille Alfred Pabst. L'accent est mis sur l'écartèlement, le va-et-vient entre les nations en conflit où les Alsaciens doivent se positionner et les valeurs et coutumes - costume folklorique, Légion d'Honneur - et le coq du tableau Le Vainqueur de la danse du coq de Gustave Brion,..  que Trividic percute avec énergie.

Dans la salle autour de Boudin et Maufra, les oeuvres donnent l'occasion à Julia Weiss, langoureusement alanguie, silencieuse de contempler les marines puis à se mesurer à l'horizontalité du paysage en déployant ses bras en vagues et variations climatiques. En exprimant sa sensibilité sinon sa sensualité au contact de cette nature, elle se baigne dans la peinture impressionniste. Elle prend la lumière et se retrouve en suspension à nager en plein ciel.


Jean-Jacques Henner - Petite bergère - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Photo: Robert Becker


Autre ambiance dans la grande salle consacrée à Jean-Jacques Henner où elle se plonge carrément dans l'atmosphère sombre et mystérieuse des femmes peintes par l'artiste alsacien, avec leur regard sombre et  intériorisé, comme sa Madeleine et autres modèles songeuses, dont les expressions et les attitudes passent successivement sur le visage et les poses de la danseuse en miroir. Sa très belle évocation de la blanche silhouette immobile et nue de La Femme au divan noir dont la description ("la chair passe de l'or pâle au rouge") toute en variations s'oppose au costume noir et aux variations souples de la danseuse qui nous en fait voir une lecture animée sous une multitude de points de vues.


Jean-Jacques Henner - La femme au divan noir - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Photo: Robert Becker


La visite s'achève avec la salle de peintures plus académiques, volontiers qualifiées de "pompier" avec une interprétation ailée du Zéphir et un déchirant Orphée qui se voile les yeux pour essayer de se remémorer la beauté d'Eurydice, occasion pour les danseurs de nous conseiller de nous remémorer les instants que nous venons de vivre, rencontre entre la danse, le corps en mouvement et la peinture - qui serait le summum de l'instant figé. Mais nous nous rendons compte qu'il n'en est rien et que cette Visite Dansée nous invite à inventer nous aussi tous les mouvements, les gestes, les trajectoires et les relations qu'un tableau ou une sculpture nous permet de saisir. 


Visites Dansées - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Ballet du Rhin - Photo: Michel Petit

Et nous remercions la danseuse et les danseurs pour la qualité de transposition (en plus des explications qu'ils et elle nous ont données) dont ils ont fait preuve pour rendre vivants et présents ces oeuvres qui s'offrent à nous à travers les siècles dans ce bel écrin.


Visites Dansées - CCN Ballet du Rhin - Pierre Doncq - Julia Weiss - Alain Trividic - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

 

jeudi 21 mars 2024

10000 Gestes de Boris Charmatz au Maillon : Les interprètes comptent sur nous

C'est sur le grand plateau du Maillon que nous avons le plaisir d'assister à la présentation, avec Pôle Sud CDCN su spectacle 10000 Gestes de Boris Charmatz qu'il avait créé en 2017 à Berlin. 

Pour commencer, une danseuse habillée de rouge se retrouve seule sur un immense plateau - même l'arrière de la scène est ouverte, le plateau est nu et la danseuse occupe tout l'espace en faisant des variations de gestes avec une agilité époustouflante. Elle est d'une souplesse remarquable et ses gestes sont gracieux. Ce n'est bien sûr pas de la danse classique mais cela s'en approche même si on se rend compte que l'enchaînement de ses gestes glisse de l'un à un autre sans cesse. A un moment elle se met à compter et elle est déjà à 2184... Beau score! Puis elle quitte le plateau. 


Boris Charmatz - 10000 Gestes - Photo: Gianmarco Bresadola


C'est là que surgissent dix-huit autres danseurs sortis de tous les coins. Il y en a trois vêtus d'une combinaison noire, même la tête est couverte, deux sont en jeans, torses nus, d'autres en justaucorps ou en costumes et sept ne portent que des slips et une femme, noire en bikini.  Une vraie diversité de morphologies et de typologies de gestuelle qui se répand et s'épanche sur la plateau. Et c'est parti pour une profusion de mouvements, de déplacements et d'attitudes, de frôlements et de rencontres soutenus par le Requiem de Mozart dirigé par Herbert von Karajan. Tout ce beau monde va courir, sauter de toutes les manières - en hauteur, en longueur, pieds lancés, sauter l'un au dessus de l'autre, se jeter par terre ou l'un contre l'autre, se porter, se soutenir, s'esquiver, tourner, faire des saltos, des pirouettes, des sauts acrobatiques ou en hauteur, des élancés, courir comme un lapin ou comme un vase grec, courir en traînant la main part terre. 


Boris Charmatz - 10000 Gestes - Photo: Gianmarco Bresadola


Une belle agitation, chacun et chacune à sa manière. Ca se calme un moment, et puis cela repart, tous ensemble, on expérimente toutes sortes de chutes, on se retrouve à terre et là c'est la fête aux pieds, que se frottent, se grattent, se font mordre dans différentes positions. Puis on passe par le mime et les mimiques, variations d'expressions du visage, jeux dangereux - dégoupiller et lancer une grenade par exemple. Puis ils se mettent à tourner tous ensemble, des voix s'élèvent des cris, désespérés puis tous se retrouvent à terre, dans un joyeux bordel, une vraie cour des miracles, une agitation bruyante et grouillante. 


Boris Charmatz - 10000 Gestes - Photo: Gianmarco Bresadola


Ensuite, insensiblement, le volume sonore baisse, l'agitation aussi, la musique et la lumière se réduisent ostensiblement jusqu'à arriver au silence complet. Quelques tableaux vivants se mettent en place et se transforment, une respiration s'installe. Et ça repart pour un tour, progressivement un décompte émerge vers les 7800, ponctue les déplacements, la formations de groupes en formes changeantes qui imperceptiblement se retrouvent en bord de plateau quand tout à coup la horde quitte la scène pour envahir la salle, se dirige vers les spectateurs et les implique en montant en vague vers le haut des gradins. Il n'y a plus personne sur la scène, un énorme projecteur en fond de scène comme un énorme phare de voiture éclaire la salle, le public qui devient décor, cobaye et participant. 


Boris Charmatz - 10000 Gestes - Photo: Gianmarco Bresadola


Vers les 8940, le décompte s'arrête, les interprètes réintègrent le plateau, se retrouvent en positions zen par terre, s'élèvent, se remettent à courir, respirent, puis font de discrets et délicats gestes presqu'imperceptibles, puis, très discrètement dans une lumière qui à nouveau baisse, peu à peu les interprètes quittent le plateau, il en reste quelques-uns sur le côté, un au centre en avant de la scène, qui la quitte lui aussi, nous laissant avec le Requiem qui joue ses dernières notes dans la pénombre. Silence. Puis, un à un chacun des interprètes salue avant le salut collectif final. Le compte est bon. Au total, cette addition de gestes, d'unités individuelles a un effet multiplicateur sur le résultat final qui nous soustrait de l'ennui en nous obligeant à multiplier les points de vues sur l'ensemble. Et à augmenter la puissance de la somme de ces petits gestes individuels dans une conjugaison de plaisir total.


La Fleur du Dimanche  


10000 Gestes 

Au Maillon - présenté par Pôle Sud - le 20 et 21 mars 2024


Interprétation :

avec en alternance Or Avishay, Régis Badel, Jayson Batut, Nadia Beugré, Alina Bilokon, Nuno Bizarro, Guilhem Chatir, Ashley Chen, Eli Cohen, Konan Dayot, Olga Dukhovnaya, Sidonie Duret, Bryana Fritz, Julien Gallée-Ferré, Kerem Gelebek, Alexis Hedouin, Rémy Héritier, Pierrick Jacquart, Tatiana Julien, Noémie Langevin, Samuel Lefeuvre, Johanna Elisa Lemke, François Malbranque, Noé Pellencin, Mathilde Plateau, Samuel Planas, Solene Wachter, Frank Willens


interprètes à la création :

Djino Alolo Sabin, Salka Ardal Rosengren, Or Avishay, Régis Badel, Jayson Batut, Nadia Beugré, Alina Bilokon, Nuno Bizarro, Mathieu Burner, Dimitri Chamblas, Ashley Chen, Konan Dayot, Olga Dukhovnaya, Sidonie Duret, Bryana Fritz, Julien Gallée-Ferré, Kerem Gelebek, Alexis Hedouin, Rémy Héritier, Tatiana Julien, Samuel Lefeuvre, Johanna-Elisa Lemke, Noé Pellencin, Maud Le Pladec, Solene Wachter, Frank Willens


Assistante chorégraphique : Magali Caillet-Gajan

Lumières : Yves Godin

Costumes : Jean-Paul Lespagnard

Travail vocal : Dalila Khatir

Régie générale : Fabrice Le Fur

Son : Olivier Renouf

Habilleuse : Marion Regnier

Direction de production : Martina Hochmuth, Hélène Joly

Chargés de production : Florentine Busson, Briac Geffrault

Matériaux sonores : Requiem en ré mineur K.626 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), interprété par l’Orchestre Philharmonique de Vienne, direction Herbert von Karajan, enregistré au Musikverein (Vienne) en 1986 (1987 Polydor International GmbH, Hambourg) ; enregistrements de terrain par Mathieu Morel à Mayfield Depot, Manchester


Production et diffusion : Terrain

Une production du Musée de la danse / Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne (2017)

Coproduction : Volksbühne Berlin, Manchester International Festival (MIF), Théâtre National de Bretagne-Rennes, Festival d’Automne à Paris, Chaillot – Théâtre national de la Danse (Paris), Wiener Festwochen, Sadler’s Wells London, Taipei Performing Arts Center

Remerciements : Amélie-Anne Chapelain, Julie Cunningham, Mani Mungai, Jolie Ngemi, Sandra Neuveut, Marlène Saldana, Le Triangle – cité de la danse, Charleroi Danses - Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, P.A.R.T.S., Archivio Alighiero Boetti and Fondazione Alighiero e Boetti ; Chiara Oliveri Bertola / Castello di Rivoli Museo d’Arte Contemporanea


10000 gestes a été créée le 14 septembre 2017 à la Volksbühne, Tempelhof, Berlin, Allemagne.

mercredi 20 mars 2024

Les Actuelles au TAPS: Retour à X : L'esprit du lieu hante le décor

 Déjà la 26ème édition des Actuelles au TAPS Laiterie. Une formule qui dure et a du succès. Avec quelques adaptations ou transformations, la formule n'a pas dévié de beaucoup de l'idée originelle.

Résumons: un comité de lecture choisit des textes - Des metteurs ou metteuses en scène préparent la "lecture" à plusieurs voix de ces textes - on y rajoute de la musique, créée pour chaque pièce - des étudiant(e)s en scénographie de la HEAR mettent en espace chaque pièce - D'autres étudiant(e)s s'occupent de la partie communication - Un cuisinier/ière concocte(nt) un menu inspiré par le texte - Les spectateurs assistent à cette lecture, dégustent les proposition culinaires et échangent avec les équipes qui sont intervenues et éventuellement l'auteur/trice du texte. 

Cette année, cinq soirées différentes - donc changement de plateau après chaque représentation.

La deuxième soirée a vu la lecture du texte le plus court: Retour à X. Mais cela ne vaut pas dire que ce n'est pas le moins intéressant. D'ailleurs de l'aveu des comédiens, la plupart l'on lu des dizaines de fois - Le musicien, Thomas Valentin, au moins trois fois avant de travailler sur une composition.


TAPS - Actuelles - Maquette de la scénographie - HEAR - Photo: lfdd


Il est vrai que le texte recèle des mystères et des clés disséminées dans des bribes de paroles ou de pensées distillées, comme la Sapinette dont il est question à un moment dans le texte (c'est la boisson que l'on propose au personnage principal, Elle, dans le bar du village X, où Elle revient). Nous La découvrirons comme mère de Léa, en souvenir d'une autre Léa, une arrière grand-mère à l'air absent sur une photographie, dont il est question tout au long du spectacle. Cet air absent qui interroge et qui permettra de révéler une autre absence.

 

TAPS - Actuelles - Retour à X - Marine Bedon - HEAR - Photo: lfdd


Mais tout cela, il faut bien s'accrocher pour en déceler les traces. Bien suivre l'enquête de cette "Elle" qui essaie de reconstituer ce passé à travers ses traces - en particulier un photographie trouvée dans une boite rouge, également à travers les interrogations sans réponses à sa mère muette mais pas inexpressive (Béatriz Beaucaire qui est aussi directrice de la lecture). Nous sommes à la fois plongés dans la nature, la montagne et ses forêts - la scénographie a amené cette forêt dans la boite noire qui révèle ces photographies - boite à souvenirs - et nous picorons des "prélèvements" de réalité (chez le boucher, au bar, chez le coiffeur,...) de ce village. Et nous nous évadons aussi en Bretagne (avec des souvenirs foudroyants). L'écriture de Marine Bedon alterne entre ces flashes de "réel" et les méandres de la mémoire qui peu à peu se dévoile, entre émergence de souvenirs et lecture des clichés en noir et blanc issus d'une boite rouge. 


TAPS - Actuelles - le programme - HEAR - Photo: lfdd


Le dispositif scénographique, courbes de niveaux où les spectateurs font face aux actrices et acteur accrochés à la colline permet de se raccrocher à des repères topographiques pour déployer le texte - et les lecteur.trice.s, qui arrivent à nous rendre ce texte lisible et visible. Et qui arrive à dire avec peu de mots une trajectoire qui passe de la découverte d'une souffrance à sa révélation pour la surmonter, la dépasser, la vaincre. Une soirée à la fois très sensible et stimulante et qui traite d'un sujet hautement d'actualité.


La Fleur du Dimanche


Actuelles - du 19 au 23 mars 2024


Le 20 mars -  Retour à X de Marine Bedon

Une femme revient sur les traces de son enfance en s’installant là où elle est née et a grandi, et avant elle ses parents. Au plaisir de retrouver le paysage familier, les souvenirs qui jonchent le chemin, se mêlent les doutes.

📔 Cette lecture du texte de Marine Bedon sera interprétée par Hélène Hoohs, Carole Breyer, Jenny Macquart, Maxime Pacaud, Francisco Gil et dirigée par Béatriz Beaucaire.

La partition musicale est assurée par Thomas Valentin et la scénographie imaginée par les étudiant·es en scénographie de la HEAR Ninon Blanchiet, Ninon Savate, Zacharie Charlier, Valentine Coqueron.

🥨 La représentation sera suivie d’une rencontre avec l’auteur et l’équipe artistique ainsi que d’une dégustation de bouchées inspirées du texte, créées par Léonie Dure et Jacques Delamarre.

dimanche 17 mars 2024

Soirée Lauréates Music&lles: Les femmes font le show et sortent des cases - explorons le matrimoine

Sur la lancée de "Ah! Les Femmes..." la manifestation qui donne voix aux femmes musiciennes, les Music&lles, organisées par Sturm Production se sont déroulées du 8 au 16 mars à Strasbourg et alentours pour une série de rencontres, ateliers, conférences et concerts et DJSets. Pour finir en beauté, c'est en prenant de la hauteur - à 340 mètres d'altitude au Château de la Petite Pierre dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord que se déroule la soirée des Lauréates Music&lles du dispositif d'émergence et d'accompagnement dédié au femmes.

Séverine Cappiello de Sturm Production et Aïcha Chibatte, du Festival Au Grès du Jazz présentent les lauréates, deux musiciennes et deux duos qui ont scène libre pendant 30 minutes.


Music&elles - Aïcha Chibatte et Séverine Cappiello - Photo: Robert Becker


C'est yal qui débute la session avec ses boucles qu'elle construit au fur et à mesure des morceaux, posant une base rythmique, complétant au piano et à la voix, avec des percussions. Quelquefois elle y rajoute des mélodies avec sa basse. Sa voix, posée très haut mais souvent plus grave nous chante des choses sombres, l'exode, mais aussi plus légères, comme des ritournelles avec des choeurs célestes ou encore des morceaux avec synthé, carillons et percussions, des airs orientalisant, avec un sérieux rarement démenti. Les pièces, une fois construites s'envolent dans une suspension aérienne.


Music&elles - yal - Photo: Robert Becker

Music&elles - yal - Photo: Robert Becker

Music&elles - yal - Photo: Robert Becker



Avec Nanalerda la musique est aussi électronique, mais ses pièces sont déjà construites et elle les lance et chante avec entrain et humour. Souvent de courtes compositions sur lesquelles elle a écrit des paroles tantôt tristes tantôt pleines d'humour, dévoilant des sentiments d'adolescente confrontée à l'amour, à l'absence d'un père (parabandon) ou des histoires d'amour. Ses textes sont vifs, inventifs et originaux, un petit air de Dada ou de Brigitte Fontaine, la musique variée. Elle peut passer de la tristesse à la tendresse, du désespoir à la joie et de temps en temps elle s'arme de sa compagne GYZ, sa basse qu'elle caresse avec tendresse. Sa voix, très agréable, nous charme et ses compostions variées, douces ou énergiques et dansantes nous enchantent. Son jeu de scène et ses mimiques de jeune fille espiègle font mouche.


Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker


Le troisième set, c'est Lüssi que nous avions vue en janvier en première partie de Claire Days à l'Espace Django. Elle est en duo avec Lucille (Lison) au violoncelle et nous offre une demi-heure de belles chansons bien rodées, entre ballades et folk, de sa voix claire qui assure, monte haut. Des compositions sobres à la guitare acoustique ou électrique, soutenue par le violoncelle et son tapis sonore qui tantôt la porte en posant la mélodie, tantôt marque le rythme. Les chansons, touchantes, racontent les plaisirs du quotidien ou de l'amour et la tristesse dont on ne se débarrasse pas facilement, chantée en mélopées douces (Endomée) ou les insomnies qui empêchent de dormir. Lüssi en blanc et Lison en noir nous offrent un beau duo bien complémentaire. 


Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker

Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker

Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker



Et pour clore la soirée, c'est le coup de coeur du jury, Exotica Lunatica, un groupe composé de Daphné Hejebri qui a un parcours de compositrice de musique contemporaine (nous l'avions entendue au Festival Musica en 2016, 2017 et 2022), mais aussi de musicienne et de performeuse, tout comme  Eleanna Konstanta qui elle a un parcours de soprano (elle s'est produite sur les grandes scènes lyriques en Grèce). On sent chez ces deux dames vêtues de noir une habitude de la scène et même le synthé d'Eleanna qui rend l'âme ne les fait pas reculer. Elles nous emmènent dans un univers mystérieux, des mélopées qu'Eleanna pousse en variations modulées, chants mystiques et d'autres traditionnels, en grec, en Anglais ou dans des langues inventées. Daphné aux claviers, et aux percussions  qu'elle frappe en rythme chtoniques avec énergie, chantant aussi de sa voix plus grave. S'accompagnant quelquefois de son violon, en écho à la guitare - acoustique ou électrique d'Eleanna, ou même au Mélodica (pour les deux!). Leur répertoire est varié et bien construit, dans un style bien identifié, fait de rythmes bien sentis, agrémentés de mélopées qui nous emmènent dans des univers entre le magique et la célébration mystique et rituelle.  La Lune et les mythes ne sont pas loin et les quelques titres qu'elle chantent issus de leur premier disque sont bien aboutis (Dance of Thirteen Veils, Apano Stin Triantfillia, Alma Oscura, Enter the Moon, Indian Summer,...). Un tour de chant envoûtant qui pourrait presque nous faire croire que le Château est hanté.


Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker


 Au final cette manifestation aura été l'occasion de faire se côtoyer une belle diversité de styles et d'expérience et l'on souhaite aux heureuses lauréates de se frayer leur chemin dans cet univers qui, comme le notait en introduction Séverine Cappiello, alors qu'elles sont plus nombreuses à faire des études de musique, elles se retrouvent très rapidement minoritaires dans la profession. Parce qu'elle le valent bien ! Allez les filles ! 


La Fleur du Dimanche