De Lia Rodrigues, nous sommes habitués à ses processions ininterrompues et joyeuses sinon furieuses - voir mon billet sur Furia, vu au Théâtre National de la Danse-Chaillot - où alternent processions et danses ethniques bourrées de chaleur et d'énergie, comme cette chorégraphe née et installée au Brésil sait très bien le faire. Quelle n'est donc pas notre surprise quand, entrant dans la grande salle du Théâtre du Maillon, pour Borda alors que nous subissons en France, et à l'Est aussi, un pic de chaleur historique pour cette fin de mois de mai, nous découvrons une ambiance glaciale nous invitant à nous envelopper dans des couvertures. Et, quand le rideau se lève, ce sont des massifs montagneux, entre glaciers et icebergs qui nous apparaissent dans une lumière rare qui commence à poindre sur ce décor qui peut être vu comme une alerte pour le réchauffement climatique. Mais Lia Rodriguez n'était pas prévenue, elle semble cependant très visionnaire...
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| Borda - Lia Rodrigues - Photo: Sammi Landweer |
Imperceptiblement, l'intensité lumineuse croît doucement, le décor se confirme et nous guettons un quelconque mouvement, en vain. Il nous semble bien qu'un des sommets semble encore grandir, mais n'est-ce pas qu'un illusion? Nous attendons les danseurs, les voir surgir tout à coup avec leur entrain présumé. Non, que nenni. Un autre sommet semble aussi bouger alors que le premier, indéniablement gagne en hauteur. Et puis, avec la lumière qui augmente, les montagnes ont l'air de se rapprocher de nous, alors que nous les percevions très lointaines, sans bouger. Drôle d'impression ! Mais non, ce ne sont pas des montagnes, cela ressemble plutôt à des géants blancs qui se haussent. L'un deux semblant nous tourner le dos puis gagnant une tête ronde, boule de chiffon, un autre, une laineuse. La lumière permettant de mieux distinguer cela, nous nous rendons compte que ce sont des formes humaines, mais informelles, sous un amas de tissus qui nous font face. Combien ? Difficile à dire, tant elles sont intriquées. Mais en voyant des yeux, et uniquement ces yeux, presqu'invisibles, on imagine bien une dizaine de paires, qui disparaissent sans tarder dans un mur de plastique et de tissus blanc qui se dresse face à nous. Et même si les yeux deviennent des visages, il est toujours aussi difficile de séparer, disséquer, séparer cette masse informe en corps différenciés et identifiés. Car aussitôt une vision claire de ces têtes pourrait nous aider à découper et séparer les corps, qu'elles disparaissent dans des grouillements indifférenciés, mais qui semblent de temps en temps "prendre la pose". Ces instants figés, dans un silence total apportent une tension palpable et dramatique, suspendant l'action, nous laissant augurer du pire.
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| Borda - Lia Rodrigues - Photo: Sammi Landweer |
Et puis cela recommence, cela continue, en sculptures mouvantes, soumises à des tectoniques internes de massifs montagneux, dont nous ne percevons que le superficiel, l'enveloppe. L'écorce craque, le plastique, seul son audible pour le moment prend des allures de tremblements de terre. Des formes humaines ou animales, comme des oreilles de lapin, des torses, des fesses, s'installent dans le décor, la montagne devient vagues et mer, plastique mouvant comme le ressac. Le mouvement perpétuel de ces corps imbriqués que se devinent au fur et à mesure dans une familiarité, de temps en temps se fige à nouveau dans des pauses plus ou moins inquiétantes, surprenantes, étranges, en des variante de tableaux romantiques mais étrangement blancs, qui, dans des ralentis féériques nous présente des tableaux riches en interprétations (scène de combat, bateau, prière, protection, maladie, noyade qui se fondent les unes dans les autres et appellent des lectures multiples).
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| Borda - Lia Rodrigues - Photo: Sammi Landweer |
Dans cette dynamique, les corps peu à peu se dévoilent. Alors que les premières visions étaient des yeux expressifs, hagards, étonnées ou furieux, le rond des visage, puis le début des cheveux , la tête, les mains, le reste du corps; entrent en scène dans l'arène. Et les personnages prennent identité, deviennent très expressifs, même si c'est sans proférer un seul son, peut-être une mélopée, quelque cris ou un peu de ventriloquie. Ces personnages, en mutation constante et en réassemblage incessant grouillent, s'agitent peu à peu, sautent quelquefois, traversent le plateau avec fébrilité. Une sorte de tempête se lève et bouleverse. Cris et interjections surgissent, La mer de plastique engloutit tout et nous imaginons une calamité et un désastre définitif. La lumière s'éteint... Noir.
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| Borda - Lia Rodrigues - Photo: Sammi Landweer |
Mais, rassurez-vous, il y a de la réserve... Après une temps pour digérer la catastrophe, la vie semble ressurgir de plus belle, non plus en noir et blanc et au ralenti, mais haute en couleurs, multicolore et scintillante même ! Soutenue au départ par de rythmes de tambour qui grossissent et débouchent sur des chants, les neuf danseurs, qui apparaissent au fur et à mesure derrière un mur de tissus colorés vont être projetés dans une danse sans fin, sautant, dansant, bondissant, faisant chacune et chacun leur numéro, en solo ou en parallèle, dans une énergie du diable qui nous laisse pantelants, sonnés. Sorte de carnaval grotesque et primaire, décalé et surprenant, également incarné dans une succession de tableaux grimaçants. Une résurrection dans une transformation continue et sans fin, dans une énergie positive qui bouscule ce que nous avions vu au début et que nous croyions définitif. Et qui nous soulève nous aussi de nos sièges, où nous avons totalement oublié le froid qui nous avait accueilli. Quel contraste ! Epoustouflant !
La Fleur du Dimanche
Au Maillon, le 28 et 29 mai 2026
Dansé et créé en collaboration avec : Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Andrey da Silva, David Abreu, Raquel Alexandre, Daline Ribeiro, João Alves, Cayo Almeida, Vitor de Abreu
Assistante à la création : Amalia Lima
Dramaturgie : Silvia Soter
Collaboration artistique et images : Sammi Landweer
Création lumières : Nicolas Boudier
Régie générale et lumière : Magali Foubert
Bande sonore : Miguel Bevilacqua (à partir des extraits de l’enregistrement fait en 1938 au nord du Brésil par la Mission de recherche folklorique conçue par l’écrivain et intellectuel Mario de Andrade / Extrait de la musique Amor Amor Amor du domaine public qui compose le répertoire du « Cavalo Marinho », danse dramatique brésilienne, interprétée par Luiz Paixão)
Mixage et mastering : Ronaldo Gonçalves
Direction d’administration, production et diffusion : Colette de Turville
Chargée de production et diffusion : Astrid Toledo
Production et diffusion Brésil : Gabi Gonçalves / Corpo Rastreado
Secrétaire/administration Brésil : Gloria Laureano
Soutien logistique Centre des Arts Maré : Sendy Silva
Professeurs : Amalia Lima, Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Andrey Silva
Costumes : Lia Rodrigues Companhia de Danças
Couturière : Antonia Jardilino De Paiva
Remerciements : Thérèse Barbanel, Corpo Rastreado, Inês Assumpção, Luiz Assumpção, Diana Nassif, l’équipe du Centro de Artes da Maré, Jacques Segueilla.
Dédié à Max Nassif Earp
Production : Lia Rodrigues Companhia de Danças
Coproduction : Kunstenfestivaldesarts / Maison de la danse / Pôle européen de création, en soutien à la Biennale de Lyon / Chaillot, Théâtre National de la Danse / Le CENTQUATRE-PARIS / Festival d’Automne à Paris / Wiener Festwochen / La Bâtie, Festival de Genève –- Comédie de Genève / Romaeuropa / PACT Zollverein / One Dance Festival-Plovdiv / Theater Freiburg / Muffatwerk – Münich / Passages Transfestival / Festival Perspectives / Le Parvis, Scène nationale Tarbes-Pyrénées / Tanz im August / HAU Hebbel am Ufer / Théâtre Garonne, Scène européenne / Le Lieu Unique, Scène nationale de Nantes (en résidence à La Libre Usine)
Avec le soutien de : Redes da Maré / Centro de Artes da Maré
Lia Rodrigues est artiste internationale associée au CENTQUATRE-PARIS et à la Maison de la danse / Pôle européen de création, en soutien à la Biennale de Lyon.





































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