vendredi 18 septembre 2026

Avec Gabriel Kahane à Musica: Book of Travelers et Elevator Song - Différents trains et différentes musiques d'ascenseur

Gabriel Kahane est un musicien qui voyage. Avec cette soirée au Maillon à Strasbourg, proposé par le Festival Musica, nous allons le suivre pour ce concert dans deux parcours particuliers, complémentaires, l'un à la rencontre de l'autre et l'autre à la découverte des voix et des histoires dans un voyage aléatoire dans différents étages d'un hôtel en faisant connaissance de destinée originales via des voix particulières du groupe Roomful of Teeth.


Gabriel Kahane - Book of Travelers - Photo: DR


Gabriel Kahane est aussi un conteur, un pianiste, un compositeur, surtout quelqu'un qui s'intéresse à l'autre. Ainsi de Book of Travelers, ce concert-déambulation qui a son origine dans un voyage en train qu'il a effectué suite à l'élection de Donald Trump en 2016 à travers les Etats-Unis à bord d'une demi-douzaine de trains (qui, aux Etats-Unis ne dépassent pas les 80 km/h) et, parcourant 8.980 miles et rencontrant des dizaines de voyageurs. Nous voici donc embarqués pendant une heure à écouter ses poèmes instantanés chantés, qu'il accompagne accompagnés. Ce sont des paysages, des portraits intérieurs, les sentiments défilent, il croise des destinées, la violence, d'autres voyageuses et voyageurs, la solitude, la misère, la séparation, quelquefois des surprises, normal, il ne faut pas juger les gens à leurs habits... tout cela avec un regard aiguisé, parsemé de suspens et d'humour, et beaucoup d'humanité. Un épisode qui nous invite à "Chanter avec un étranger" (Singing with a stranger) Une belle leçon de vie à retenir dans notre contexte actuel, en France. Peut-être un "mode d'emploi" pré-électoral. 


Gabriel Kahane - Book of Travelers - Photo: Robert Becker


Sa voix, entre le chanteur folk à la voix aigüe mais douce et apaisante, qui va quelquefois chercher du côté de William Sheller pour la nostalgie qui pince, nous nous laissons aller dans son odyssée, non pas d'Ulysse, mais à la rencontre de l'autre, généreuses curieuse, partageuse et humaine surtout. Un voyage, ponctué de messages de sa Pénélope, mais qui semble nécessaire pour avancer dans le vivre-ensemble.



Gabriel Kahane - Roomful of Teeth - Elevator Song - Photo: Anja Schutz

Autre véhicule, autre univers, dans la deuxième partie du programme avec Elevator Song, où les stations sont des chambres à différents étage d'un hôtel, marqués par la sonnerie de l'ascenseur correspondant à des univers divers, incarnés par les voix particulières des neuf chanteurs et chanteuses du groupe Roomful of Teeth. Chacun dans le groupe aura voix au chapitre, mêlant ses vocalises et variations , magnifiques solos avec le reste du groupe dans des chorals plus classiques ou des dissonances crissantes. Ici, les récits seront plus littéraires ou carrément documentaires comme ce mode d'emploi de la drague ou sous forme de mini-nouvelles. 


Gabriel Kahane - Roomful of Teeth - Elevator Song - Photo: Robert Becker

L'on peut se laisser à admirer les superbes voix de ces neuf interprètes, celle claire et limpide de la soprano Esteli Gomez, à la magnifique voix ultra-grave de Cameron Beauchamp en passant par la voix, plus pop et chaleureuse d'Eliza Bagg.


Gabriel Kahane - Roomful of Teeth - Elevator Song - Photo: Robert Becker

Une formidable palette sonore qui permet à Gabriel Kahane de naviguer autant dans l'expérimentation sonore que dans des univers qui vont du classique au pop ou à des variations à rechercher du côté du music-hall tout en nous faisant découvrir des univers singuliers, presque surréalistes. Une belle perspective et un très beau travail de collaboration, fidèle et fructueux.


La Fleur du Dimanche

Musica 2026, c'est parti tout seul : The Alonetimes - le coeur éclaté

 La 45ème édition du Festival Musica a débuté avec un madrigal contemporain, The Alonetimes, co-écrit par Jennifer Walshe et Philip Venables que le festival Musica a produit sur une commande de la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain. La pièce a été présentée en avril dans les nouveau locaux de la Fondation, place du Palais Royal et elle est accueillie à Strasbourg  avec le Maillon pour trois représentations. 


The Alonetimes - Jennifer Walshe - Philipp Venable - Photo: Cyril Marcilhacy 


La mezzo-soprano Loré Lixenberg nous accueille, assise sur sa chaise en chuchotements, souffles, respirs et sifflements. Elle est rejointe à la lueur de leurs lampes de torches par le local de l'étape Adam Starkie (de lovemusic) à la clarinette (et à la voix, impressionnant de vérité), Diamanda La Berge Dramm, la violoniste et performeuse hollandaise, le violoniste danois Andreas Borregaard, la percussionniste allemande Vanessa Porter et le baryton écossais Oskar MacCarthy. Il y est question de rencontres, à la fois amoureuses et sexuelles, de la solitude et le l'abandon, basée sur des souvenirs mais s'ouvrant sur une mémoire plus large et universelle, qui balaye l'évolution des techniques et des outils de communication des trente dernières années et de leur usage. Des souvenirs, écrits ou dits, chantés forment un puzzle des vies intimes qui émergent de la nuit ou dans les mémoires. Entre regard sociologique au introspectif, dans un dialogue complémentaire des deux auteurs se dessine les désirs, déceptions, colères ou plaisirs fugaces ou plus durables, des rencontres et des amours. Ponctuées par les énergiques et rapides introductions aux percussions, les modes de récit, la narration alterne des parties chantées par la mezzo-soprano et le baryton, des airs d'accordéon plutôt tendres ou nostalgiques et des séquence d'opéra de chambre dans une ambiance de discothèque avec sa boule à facette qui projette des milliers de scintillements dans la salle et au plafond. 


The Alonetimes - Jennifer Walshe - Philipp Venable - Photo: Cyril Marcilhacy


Des scènes totalement habitées, très bien incarnées par Adam Starkie, impressionnant de justesse et de vérité, nous plongent dans des épisodes vécus qui resurgissent devant nous. Les angles d'attaque musicaux varient, tout autant que les multiples destins qui éclairent de manière complémentaire ces moments de solitudes, même dans la relation, et  qui peuvent à la fois nous faire réfléchir sur notre propre expérience et nos souvenirs et, avec l'humour qui surgit, volontairement ou involontairement, nous consoler et nous sensibiliser à l'importance des liens que nous avons ou devons tisser.


La Fleur du Dimanche

mercredi 16 septembre 2026

Pour la rentrée, avec Yvann Alexandre, un vent d'Ouest souffle sur Pôle Sud

Avec discrétion et générosité, Joëlle Smajda qui a piloté pendant de nombreuses années la destinée de Pôle Sud offre comme cadeau de départ à Yvann Alexandre une saison 2026/2027 complice. Elle qui avait, au départ dans cette MJC de quartier sous la houlette d'Alain Py, développé l'activité et la création autour de la Danse, avec comme résultat d'y amener un public nombreux, et d'offrir à Pôle Sud le statut de Centre de Développement Chorégraphique National, elle y a développé les résidences et les créations avec de nombreux-euses chorégraphes (certain(e)s ont maintenant une résonnance internationale). Elle a aussi ouvert les collaborations, autant avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin que le Maillon, partenaire de diffusion et d'accueil. Et elle a œuvré à la mise en réseau et la collaboration de structures dans le Grand Est, en France, dans les pays limitrophes et à l'international (en particulier avec l'Afrique).

Ce paysage a tout pour plaire à Yvann Alexandre qui, lui aussi, tient à la coopération, à la transmission, à la formation, à la création - avec cette réflexion et la volonté d'ancrer son travail dans la proximité et en même temps de pouvoir essaimer, de partager et de coopérer. Pour prendre en main la destinée de ce lieu qu'il ne connaissait pas, il est venu modeste et bienveillant, volontaire, abandonnant ses responsabilités antérieures, concluant le destinée de sa compagnie de danse par un ultime spectacle, N-éon, quittant la direction artistique du Théâtre Francine Vasse à Nantes et abandonnant la vice-présidence Musique et Danse à la SACD.




Le lancement de saison, lors de deux soirées conviviales le 15 et 16 septembre sont l'occasion pour lui et le public de faire connaissance. Autant dans la présentations de ses idées, de ses orientations, de son mode de fonctionnement (que l'on découvre, bienveillant et incluant), de sa lecture du programme (copieux et attractif) de l'année à venir, sous la forme dynamique d'un montage vidéo représentatif des spectacles à venir, que l'on regarde en feuilletant le superbe programme de saison avec les dates, les descriptifs et génériques, ainsi que deux "entremets dansés" et un échange convivial pour clore la soirée.


Violent Delights - Andréa Givanovitch - Luisa Heilbron - Photo: Antoine Raboud


La soirée commence par Violent Delights, le duo d'Andréa Givanovitch et Luisa Heilbron, dansé par Andréa Givanovitch et Clara Lou Munié. Ce court et dense duo, qui commence par une concentration intense et immobile, alterne des moments de tension et de gestes rapides et maîtrisés, d'abord au niveau de la tête et des bras des protagonistes, dans des enchainements impressionnants, suivis de moments d'abandon puis, après une nouvelle séquence d'immobilité, par leur diffusion dans tout le corps. Un concentré d'énergie traverse le couple, noué, entrelacé, qui, de temps en temps, balaye l'espace comme pour y semer ce trop plein de force et de sentiments antagonistes. Puis arrive une accalmie restauratrice. La musique, pulsatile et percussive se mue en ralentissant en vagues ondulantes, faisant émerger sur le plateau en plein air des surgissements de danse de salon avant un ultime portrait figé.


Violent Delights - Andréa Givanovitch - Luisa Heilbron - Photo: Antoine Raboud


Comme un clin d'oeil, cette danse espérée, attendue va resurgir dans une forme à la fois ancienne en noir et blanc et moderne sous la forme  d'une Polka Chinata dans le spectacle d'Alessandro Scianroni Save the last dance for me. Ce dernier nous offrant un deuxième spectacle U. (Un Canto) qui devrait enchanter nos yeux et nos oreilles. Je ne vais pas vous détailler les 34 spectacles qui vont ponctuer l'année, que ce soient ceux de l'artiste associé depuis 3 ans Sylvain Riéjou qui en présente deux, le premier, une transmission de rôle d'un "classique" et une semi(?)-création ou de la création du troisième volet Mue,... et mues, (é)mues, le trio de la chorégraphe japonaise Akiko Hasegawa dont nous avons déjà pu voir les deux premiers volets ici même. Rappeler juste que nous verrons des chorégraphes déjà venu(e)s précédemment, dont, entre autres, Lara Barsacq, Frank Micheletti, Silvia Gribaudi, Solène Wachter, Sarah Cernaux, Marco D'Agostin et Vidal Bini et le retour attendu de Christian Rizzo. Tout comme celui de Bruno Bouché, le directeur du Ballet de l'Opéra National du Rhin comme danseur dans une pièce écrite avec Romain Gneouchev.

Rappeler aussi le Festival l'Année commence (bien!) avec Elles du 14 au 24 janvier où les femmes, dont Catarina Barbosa, Katerina Andreou, Zoé Lakhnati (This is la Mort, vue à Montpellier Danse) et d'autres, vont nous emporter dans une belle dynamique de création. Noter aussi, encore plus dense, les happy days :) du 17 et 18 novembre, où la création européenne va éclater sur la plateforme (Grand Luxe). Se rendre compte qu'il y aura des compagnies de dix pays, dont les deux grecs Efthimios Moschopoulos, et Christos Papadopoulos qui arrive (enfin) à Strasbourg avec un nouveau spectacle (voir mes billets sur Ion et Elvedon). 

Ce dernier sera spectacle accueilli au Maillon, Pôle Sud qui prévoit des travaux énergétiques et d'accessibilité trouvera des point de chute ici et là à Strasbourg (au TJP par exemple ou à l'Opéra). Auparavant, il y aura toujours les "accueils studio" avec,  entre autres Marie Cambois, Léo Gras ou Katerina Andreou qui sera la prochaine "Artiste Associée" à partir de la rentrée. 

Ce programme qu'Yvann Alexandre intégré totalement dans sa démarche d'ouverture et de tissage de liens et d'hospitalité semble prometteur et la soirée nous offre une courte pièce de son choix, Un spectacle que la loi considérera mien conçu et interprété par Olga Dukhovna avec le soutien éclairé de Pauline Léger. Olga Dukhovna née en Ukraine et passée par P.A.R.T.S. chez Anne Teresa De Keersmaeker, et ayant également dansé avec Boris Charmatz nous avait déjà montré à Strasbourg Swan Lake, un solo qu'elle avait créé pendant le confinement. Ici, le spectacle créé au Festival d'Avignon à l'invitation d'Yvann Alexandre pour la petite forme de la SACD - Vive le sujet ! Tentatives, interroge l'acte de créer à partir d'une impossibilité de citer ses références (protégées par le Droit d'Auteur - un sujet très sérieux, de plus en plus aujourd'hui avec l'IA). 


Un spectacle que la loi considérera mien - Olga Dukhovna - Pauline Léger Photo: Guy Raynaud De Lage

De cette contrainte, avec le regard complice de la juriste, Pauline Léger, Olga Dukhovna va, avec brio et humour, nous faire découvrir, entre autres une pièce historique d'Yvonne Rainer, encore protégée. Elle nous convainc à la fois de son talent d'interprète, mais aussi de ses capacités d'invention, d'analyse et de critique pour contourner les obstacles qui peuvent freiner la création. 


Un spectacle que la loi considérera mien - Olga Dukhovna - Photo: Guy Raynaud De Lage


Une leçon à la fois intelligente et virtuose de danse qui sait sur quoi elle s'appuie et nous ouvre par là, et l'histoire de la danse et les règles que l'on pourrait croire obscures, du droit tout en nous proposant un spectacle enjoué et virtuose. 


Un spectacle que la loi considérera mien - Olga Dukhovna - Photo: Guy Raynaud De Lage


Avec une fenêtre ouverte également sur le monde du spectacle et de la variété. Un spectacle qui nous rend intelligent, et attentif.

La soirée s'achève autour d'un verre avec les échanges sur ce que l'on a vu et ce qui nous attend, et une préfiguration que chacun peut faire d'un programme pour l'année, qui s'annonce riche et passionnant. Et l'on dit Bienvenue et Bonne chance au nouveau directeur. 


La Fleur du Dimanche

samedi 22 août 2026

Hériter des Brumes à Bussang: Du théâtre de l'Utopie à l'Uchronie avec ironie et énergie

 Pour les 130 ans du Théâtre du Peuple de Bussang, fondé en 1895 par Maurice Pottecher, fils d'un industriel bussenet avec sa femme Camille de Saint Maurice dans une idée d'utopie humaniste et dont la devise "Par l'Art, Pour l'Humanité" orne le fronton de la scène, Julie Delille a commandé à Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi, artistes associés au Théâtre du Peuple un récit fleuve Hériter des brumes, résultat d'un travail de documentation et d'écriture qui a déjà été présenté l'an dernier (voir mon billet du 30 août 2025 sur les derniers épisodes) dans une première version, légère et bucolique dans les bois. La pièce devient cette année la pièce maîtresse de la saison d'été du Théâtre, longue fable épique de plus de six heures en six épisodes: Naître (1880-1895), Grandir (1896-1918), Survivre (1921-1939), Transmettre (1940-1960) Muer (1961-1985) et Hériter (1986-2025) qui peuvent se digérer en un ou deux jours.


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Robert Becker

Le récit et le jeu sont dynamiques, on bascule de la narration - presque chronologique - de la fondation du théâtre avec la première pièce jouée dans les prés à Bussang, jusqu'à une époustouflante galerie de portraits des metteurs en scènes successifs qui ont oeuvré ici et porté le flambeau et l'esprit du théâtre populaire (pour et avec le peuple) de Maurice Pottecher. Le dernier épisode est donc l'occasion d'un véritable feu d'artifice du fantastique comédien Axel Godard qui "enfile" les costumes des plus de 7 directeurs qui ont succédé à Tibor Egervari dans des descriptions plus délirantes et explosives les unes que les autres et une mise en scène de superproduction télévisée. 


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Fabrice Robin


Il faut noter qu'Axel Godard est tout aussi incroyable dans tout le parcours de vie de Pierre-Richard Willm - que ce soit l'ami du fils Jean Pottecher à 15 ans, le comédien qui remplace ce fils mort au combat au coeur de la famille après la première guerre mondiale, devenus star de cinéma dans les années 1930 ou  l'esthète délicat attiré par la couture et les costumes (adroite et surprenante trouvaille que le décor de son atelier en début de scène), à la succession de Maurice Pottecher après la seconde guerre mondiale et qui continue son parcours à la direction à plus de 70 ans. 


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Fabrice Robin


Il passera le relais à Tibor Egervari, interprété par Antoine Sastre, qui lui aussi campe avec conviction le rôle de ce jeune comédien hongrois débarquant du TNS de Strasbourg à la fin des années 1950 pour redonner du sang neuf, puis revenir diriger le théâtre de 1972 à 1976 après un passage au Canada. Antoine Sastre endosse aussi avec le sérieux qui convient le personnage du "padre" Maurice Pottecher pendant tout le début de la saga. C'est Raphaëlle de la Bouillerie qui tient le rôle de la femme de Maurice Pottecher, la comédienne Camille de de Saint-Maurice (qui, soit dit en passant n'a pas (encore) droit à une page Wikipédia et n'est même pas citée sur celle du Théâtre du Peuple - espérons que l'Enquête théâtralisée d'Alix Fournier-Pittaluga A la Recherche de Tante Cam le 29 août 2026 à 11h00 remédiera à cette lacune). Son jeu est admirable et elle fait partie des trois comédiens professionnels qui jouent dans la pièce. 


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Fabrice Robin


Les comédiens "amateurs" (dont certains sont dans des parcours professionnalisants) ne sont pas en reste et ne déméritent en aucun cas. Ainsi de Benjamin Pourchet, qui joue le fils des Pottecher, grand ami de Pierre-Richard Willm, humaniste et idéaliste, âme sensible qui flotte sur la pièce comme un fantôme, ou Charlotte Gérard qui endosse au moins dix-huit personnages, dont la fille des Pottecher, un personnage féministe et engagé ou encore Jennifer Halter, qui réalise ici son rêve de faire du "vrai" théâtre. Tout comme Monique Cordella qui cultive aussi cette passion depuis quelques années et qui n'a pas à craindre la comparaison avec les pros, assurant des beaux personnages de femmes fortes - car ici il y en a eu aussi, des femmes de caractère, comme on dit, entre autres l'administratrice Germaine Kiener (les Conseils d'administration successifs sont un régal de mise en scène - mise en espace). N'oublions pas Quentin Dupetit qui varie entre au moins deux rôles dont l'associé de Pottecher, l'entrepreneur Hans (qui a construit le théâtre), et Charlotte Gérard qui arrive à camper quelques personnages pittoresques ou drôles.


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Fabrice Robin


Le traitement et la mise en mise en scène de Julie Delille, avec Alix Fournier-Pittaluga à la dramaturgie nous offrent une belle variété de traitements de ce récit, Egalement des changements de style de jeu nombreux qui rythment la narration, amenant quelquefois une distanciation brechtienne quand les comédiens commentent le récit. Nous avons aussi droit à tout un panorama du jeu dans l'histoire du théâtre, des déclamation de la fin du XIXème siècle (et de la réflexion sur la poésie post naturaliste ou de l'arrivée des utopies) au jeu tonitruant des "amateurs" du théâtre populaire. L'observation des milieux culturels variés - les salons parisiens et de ses artistes (parisiens et "de la Province") avec leurs règles et leurs ostracismes, et le décalage culturel avec cette vallée des Vosges profondes (qui ne semble toujours pas comblé) est très bien observé et décrit. Nous croisons quelques noms connus ou moins connus (Jules Renard - ami provincial aussi de Pottecher dont nous avons droit à un extrait de Poil de Carotte joué à Bussang, Mounet-Sully de la Comédie Française, Léon Daudet, Paul Claudel, sa soeur Camille (dont une très belle lettre "imaginaire" ponctue de sa réflexion féministe et révoltée la pièce) et la fille de Victor Hugo. Nous avons bien sûr aussi le questionnement sur le "paternalisme" du fondateur, patron de l'usine qui "embauche" les bénévoles au théâtre (notons aussi la réflexion sur l'anonymat de ces comédiens amateurs dont on demande un moment la levée, tout comme les "gratifications" des comédiens - et leur professionnalisation). Bien sûr l'évolution sociale et économique est traitée - comme les besoins financiers du théâtre, les conflits aussi (l'assassinat de Jaurès et le théâtre est fermé pendant sept ans à la Première Guerre Mondiale et le bâtiment détruit à la seconde), et Georges Orwell est convoqué pour parler de la fin des Utopies avec sa Ferme des Animaux


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Fabrice Robin


Nous avons à des aperçus de la prose théâtrale de Maurice Pottecher qui a longtemps écrit lui-même les pièces présentées, de sa première, Le Diable marchand de goutte (une fable moraliste contre l'alcool) à son best-seller L'Anneau de Sakountala, légende dramatique en 7 actes d'après Kalidasa, présentée à de nombreuses reprises ou Le Mystère de Judas Iscariote émouvante scène entre le fils Jean et Pierre-Richard Willm. Le traitement en de magnifiques et  surréels "Arrêts sur image" commentés de quelques pièces permet de multiplier les lectures, et le poignant extrait de Ruy Blas de Victor Hugo tombe à pic !

Nous pourrions encore citer de multiples détails et lectures de l'histoire et de son contenu, profitons dans un flash-back de saluer l'équipe "lumière" avec Elsa Revol qui, pour ouvrir la pièce apporte de rayons de soleil dans la salle grâce à ces miroirs accrochés à la porte fermée - qui s'ouvre pour les moments opportuns - et qui "ambiance" subtilement le spectacle. 


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Robert Becker


Tout comme la composition musicale du fidèle Julien Lepreux qui par ses nappes ou ses envolées nous apporte l'émotion supplémentaire utile à notre sensibilité. Les costumes de Clémence Delille, que ce soient pour la narration historique ou pour les costumes de scène des pièces sont magnifiques. L'aventure étant partagée par une nombreuses "Ruche" d'abeilles ouvrières, saluons leur implication, bien sûr les figurants et toute l'équipe administrative, technique et de l'accueil aussi qui au long de l'année permettent à ce qui reste de cette utopie de théâtre pour tous - Le Théâtre du peuple pour le peuple, tout le peuple - de nous permettre d'assister à ces magnifiques représentations. Et cette année, de célébrer ici même l'histoire de cette épopée humaniste avec courage et audace !  Nous avons encore besoin de rêver un monde futur ensemble. 


Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Robert Becker

Hériter des Brumes - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: Robert Becker


L'histoire de cette ruche dans les montagnes à l'ombre de Fagus, ce hêtre plus que centenaire, à qui nous souhaitons encore une belle vie, doit être notre vigie et cultiver notre fraternité, notre sororité aussi.


La Fleur du Dimanche


P.S. Le vendredi, nous avions droit à Rufus et Beckett - voir ici:

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/08/rufus-bussang-je-sens-mes-larmes-qui.html


Hériter des brume


texte Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi
mise en scène Julie Delille
dramaturgie Alix Fournier-Pittaluga
costumes Clémence Delille
création musicale Julien Lepreux
lumières Rosemonde Arrambourg, Florent Jacob, Elsa Revol, Mathilde Robert, Maureen Sizun Vom Dorp
accessoires Élise Villatte
scénographie Clémence Delille, Julie Delille, Élise Villatte 
régie générale Alain Deroo
assistanat mise en scène Sandrine Pirès
stagiaire assistanat mise en scène Aurélie Sarr
stagiaire scénographie Louise Meyer
avec Raphaëlle de La Bouillerie, Axel Godard, Antoine Sastre, et 5 comédien·nes amateurices : Monique Cordella, Quentin Dupetit, Charlotte Gérard, Jennifer Halter, Benjamin Pourchet et des figurant·es de l’atelier du mercredi
production Théâtre du Peuple - Maurice Pottecher
chargée de production Gwénola Bastide
avec le soutien de l’Union Européenne, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Grand-Est, du Pays de Remiremont et ses Vallées, du programme LEADER, de la SACD - Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, de la culture avec la copie privée

vendredi 21 août 2026

Rufus à Bussang: Je sens mes larmes qui rigolent: une carte blanche pour Beckett par le coeur et le rire

 Le Théâtre de Bussang était prédestiné à Rufus au point tel que pour venir dans ce magnifique lieu créé pour l'Art et l'Humanité, ce dernier s'est adressé directement à Frédéric Pottecher pour avoir l'honneur d'y jouer. Frédéric Pottecher ne lui répondant pas, et Rufus ayant une nécessité "vitale*" pour jouer sur la grande scène qui s'ouvre sur la forêt, il ne lui reste qu'à aller à la "Montagne" comme disait d'Alembert à Voltaire.

Mais pour Rufus, pas question de Mahomet, ni de Voltaire, ce qui le meut, c'est bien le coeur de la poésie de Samuel Beckett et ses jeux de mots, ainsi que la pensée de Rabindranath Tagore (Rabi pour les intimes), ce poète bengali qui a été lé premier non européen à obtenir le prix Nobel de Littérature (en 1913) - Samuel Beckett, lui, l'aura en 1969, et n'ira pas le chercher, son éditeur, Jérôme Lindon, distribuera l'argent à ses amis - et qui trace sa voie. Et ainsi arrive dans ce magnifique théâtre pour notre plus grand plaisir et nous emporte dans un voyage "initiatique" et "initial" avec la pièce "Je sens mes larmes qui rigolent".


Théâtre de Bussang - Rufus - Je sens mes larmes qui rigolent - Photo: Robert Becker

A bientôt 84 ans, Rufus que l'on voit souvent comme un clown lunaire ou un "ravi de la crèche" se fait ici dépositaire et passeur de cette pensée beckettienne qu'il incarne réellement et concrètement sur scène. Autant dans son jeu, ses silences et ses repentirs, ses boucles variées de récits qu'il va dévider, dérouler tout au long de la soirée, que dans sa présence "habitée" par l'esprit du grand Sam, il arrive à nous donner l'essentiel de la révolution théâtrale que Samuel Beckett a apporté avec son oeuvre, en particulier: En Attendant Godot, Fin de Partie et le texte L'Innommable qui nous est promis pour le futur. Non seulement il l'incarne mais il nous la rend vivante et d'une certaine manière en fait une sorte de guide pour notre vie. Il nous fait bien comprendre qu'il ne sert plus à rien d'attendre Godot (God = Dieu) (le salut vient de nous-même) et qu'il faut une fois pour toutes ne plus se considérer comme perdant (Fin de partie "perdue"). Rufus nous fait comprendre par son jeu, ses interprétations, que l'on ne doit pas considérer le message de Beckett sous un éclairage pessimiste mais qu'il faut libérer le rire. Ce qui, enfin, semble-t-il, est en train d'arriver. Et c'est ce que Rufus s'évertue de nous faire comprendre en nous gratifiant de nombreuses anecdotes qui nous amusent et, plus, nous font éclater de rire (aux larmes). Non seulement par les événements et péripéties qu'il nous raconte, mais aussi par le comique de ses silences. il devient ainsi le meilleur interprète de la philosophie de Beckett par la transposition sur scène de la recherche du rien ou du presque rien, de l'épure et du récit brisé ou qui se cherche et se contredit.

Balançant entre détails sur les pièces qu'il a jouées, témoignages d'événements vécus avec l'auteur (dont un épisode révélateur sur un tournage de Beckett avec Roman Polanski comme comédien), il nous éclaire des sens du texte de Beckett et de sa pensée, pourtant presque évidents. Rufus tisse un réseau de compréhension tout en nous emmenant dans ses propres récits et histoires que l'on a plaisir à suivre et dont on a hâte de découvrir la suite (ou la fin, s'il y consent), mais pour lesquels il laisse quand même flotter une part de mystère ou d'interprétation. Comme cette "Porte du Paradis" que d'aucuns s'évertuent à chercher toute leur vie et qui serait tout simplement celle de son propre coeur. Tout comme aussi, cette porte de fond de scène du Théâtre du Peuple qui s'ouvre en définitive et qui permet aux spectatrices et spectateurs qui on fait cette lecture, de pénétrer dans la magie de ce lieu en montant vers Fagus, ce hêtre qui accompagne la destinée du Théâtre du Peuple depuis plus de 120 ans. 


Théâtre de Bussang - Rufus - Je sens mes larmes qui rigolent - Photo: Robert Becker


Et ainsi Rufus couronne ce magnifique voyage vers la montagne que chacun a pu faire avec lui, sa grâce, sa générosité et toute la puissance de sa présence qui irradie sur scène.


La Fleur du Dimanche


* La pièce que Rufus prévoit de présenter à Bussang est Les mots sont des trous dans le silence (à moins que ce ne soit une autre pièce inédite, on ne sais jamais avec Rufus, il nous égare... gare à lui). Elle raconte les derniers moments d'un foetus avant la naissance - On imagine bien la fonction des portes du Théâtre de Bussang dans ce spectacle.

Je vous offre en bonus un extrait du texte de Samuel Beckett Cap au Pire dont on connait les phrases : "Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore" pour goûter un peu plus le style de Beckett avec ses apories et ses aposiopèses :

D’abord le corps. Non. D’abord le lieu. Non. D’abord les deux. Tantôt l’un ou l’autre. Tantôt l’autre ou l’un. Dégoûté de l’un essayer l’autre. Dégoûté de l’autre retour au dégoût de l’un. Encore et encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’au dégoût des deux. Vomir et partir. Là où ni l’un ni l’autre. Jusqu’au dégoût de là. Vomir et revenir. Le corps encore. Où nul. Le lieu encore. Où nul. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore. Jusqu’à être dégoûté pour de bon. Vomir pour de bon. Partir pour de bon. Là où ni l’un ni l’autre pour de bon. Une bonne fois pour toutes pour de bon.

dimanche 12 juillet 2026

Jazz à la Petite France, dernière: du Grand Jazz avec une belle voix, un duo original et LA magnifique trompettiste espagnole de New-York

Nous sommes déjà arrivé à la troisième et dernière journée - soirée - du Festival de Jazz à la Petite France et le programme promet encore de belles découvertes, avec que des "première fois". Pour commencer la Lorraine Audrey Pierre qui a séjourné à New-York et qui, enfin, est disponible pour la Festival, puis le duo Obradovic-Tixier qui va fêter ses dix ans et qui nous offre sa singularité piano-batterie et, pour finir, la trompettiste espagnole de New-York (aussi) Milena Casado.


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

Audrey Pierre ouvre le programme à 17h30 avec, au piano Damien Groleau, à la contrebasse Vladimir Torres et à la batterie Tom Moretti. Dans un pantalon flottant rouge bordeaux, en haut noir et chaussée de lunettes de soleil, qu'elle va rapidement quitter, et talons hauts, elle démarre avec What a day, le morceau qui ouvre le disque qu'elle a édité en 2025: Magic Place. Le ton est donné. 


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

Avec sa superbe voix profonde et charmeuse, elle nous installe dans une ambiance très cool. Changement de registre avec le morceau suivant, Blason Doré, plutôt poétique, une poésie en français dont elle récite le début, puis bien sûr, se met à la chanter avec rythme. Elle continue avec N.O.W (No other way) une chanson mélancolique et une une belle déclaration d'amour. Le quatrième morceau Mister Brown est un hommage au pharmacien de New-York qui, en douce lui procurait de quoi soulager une fièvre de cheval avec des remèdes... de cheval. 


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

C'est bien balancé et ça swingue, Damien Groleau au piano pose la ligne mélodique avec quelques improvisations rondement menées, tandis que la contrebasse de Vladimir Torres tisse la trame et égrène de temps en temps quelques petites notes discrètes. Tom Moretti à la batterie fait tenir tout cela dans un ensemble sans faille. Audrey Pierre nous offre en avant-première une chanson-poème destinée au prochain album, morceau qui fait penser aux chansons de Michel Legrand. 


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

Elle continue avec Secret Place de sa voix chaleureuse et douce. Calao l'histoire presque philosophique d'un oiseau qui vit en société lui permet de scatter magnifiquement. D'oiseau, il sera également question avec la dernière chanson, une reprise à sa sauce de Blackbirds des Beatles qu'elle chante de sa voix mielleuse dans une dynamique, découpée et sur le chapeau de roues, avec ses trois musiciens, tous formidables. Un tour de chant dans lequel nous pouvons apprécier toute la variété de sa voix magnifique et profonde ainsi que la qualité des trois musiciens qui l'accompagnent. 


Jazz à la Petite France - Damien Groleua - Audrey Pierre - Vladimir Torres - Tom Moretti - Photo: Robert Becker

D'ailleurs, cela leur vaut un rappel où elle chante Insane, chanson qui dit en résumé: "si j'avais su, si j'avais pu, si j'avais moins peur". 



Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - Photo: Robert Becker

Pour continuer nous avons le duo, Lada Obradovic et David Tixier. C'est une formation originale qui marie piano et batterie. Ils se sont rencontrés il y a 10 ans, elle venant de Croatie, lui de Paris, et depuis ils forment ce duo qui invente un dialogue nouveau et très prometteur. Il y a entre eux une belle synchronisation, une entente parfaite. Le premier morceau Watch Your Step nous emporte dès le départ dans cet échange piano-batterie effréné. 


Jazz à la Petite France - David Texier - Photo: Robert Becker


Le deuxième, Dear You rappelle a Milana ses débuts en Suisse, quand pour gagner sa vie et se payer ses cours de batterie, elle était hébergée par une dame qui lui laissait des petits mots tous les matins, les consignes de la journée qui commençaient toujours par "Dear You" et se terminaient par "Don't Touch the walls". Elle commence d'ailleurs le morceau avec un certain nombre de ce messages qui lui disent ce qu'elle doit faire dans la journée. La pièce a donné un clip* qu'ils ont financé grâce au prix qu'ils ont eu de la Défense Jazz Festival. 


Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - David Texier - Photo: Robert Becker


C'est un magnifique dialogue avec un piano très doux, quelquefois un clavier synthétiseur, et la batterie. Suit un berceuse pour enfant et Professor Seek and Mister Hide qui lui rappelle un professeur qu'elle a eu à ses débuts, comme dans le film de Damien Chazelle Whiplash, qui torturait ses élèves. C'est puissant et angoissant, le prof et l'élève se mélangent et le prof est un peu violent. 

Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - David Texier - Photo: Robert Becker


La pièce suivante Under Grace, parle de la guerre en Croatie et permet à Lada de rappeler les différentes associations caritatives qu'ils ont créées, entre autres pour l'accueil de chien abandonnés, le tremblement de terre à Sisak ou pour vendre des baskets de batteuse qu'elle a créées pour financer l'association Adèle de Glaubnitz et une association dans les Philippines, ou encore une association en Ukraine.

Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - Photo: Robert Becker


 
Autre pays, autre ambiance, l'Inde et Dehli's Dream où Didier Tixier joue des percussions indiennes et du sitar sur son clavier. Les deux artistes composent chacun à leur tour un morceau et l'autre l'arrange ou bien ils collaborent plus étroitement. Le dernier morceau Check Point Charlie va être sur leur prochain disque où ils proposent une compilation de leurs productions pour fêter leur 10e anniversaire. Lada remercie le public, qu'elle trouve très silencieux. Ça lui fait un peu peur... "Heureusement qu'il y a le bruit du vent". Mais cela prouve aussi l'intérêt du public strasbourgeois pour cette formation originale et les superbes créations qu'ils nous ont proposées.




Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Et pour finir, avec un tout petit peu de retard, dû à un voyage en avion une peu mouvementé, nous arrive Milena Casado qui fait un check rapide sur scène avant de se concentrer pour l show. C'est Gautier Garrigue, magnifique batteur, qui fait l'introduction avant que Milena et sa troupe s'installe. Elle commence par des morceaux calmes, pianissimo. Quelques moments de trompette acoustique avec des effets, puissants. 


Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Son son a quelquefois des accents qui ressemblent à Miles Davis. Une belle masse sonore. Tout comme Lada, Milena aime bien parler, elle bascule de l'anglais à l'espagnol, le français un peu, très peu. Le public comprend son espagnol, elle  parle des conflits qu'elle garde à l'intérieur, du fait qu'il faut s'exprimer i
mais d'abord avoir un espace pour soi, parle de frictions, raconte son ostracisation de femme noire, de sa chevelure fournie et crépue, qu'elle assume maintenant totalement (elle a d'ailleurs fait une pièce de 30 secondes qui s'appelle THIS IS MY HAIR (!) - en majuscules). 


Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


On sent une belle unité dans le groupe dans lequel Gautier Garrigue s'intègre parfaitement. Milena, de temps en temps, plonge dans sa trompette, joue même des claviers de synthétiseur et se met à chanter. Sa musique lui permet d'exprimer ses états d'âme. Par exemple sa différence et affirme avec nous "Soyons différente ensemble"


Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Elle nous offre une nouvelle composition, si neuve qu'elle doit lire la partition: If only we could  dream. Autre morceau O.C.T Oda to the crazy times où elle joue de la trompette plus du sampling et du chant en dégradé avec une fausse fin. "We can change this crazy times. Hope and courage. Let's paint the world".... 

Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Elle est surprise des applaudissements et nous exhorte à nous engager, comme elle, tout en gardant ses distances: "You are clappers. No given up. I don't care what you think"... tous les musiciens repartent, bien énergiques, dans une version rapide.... elle accélère avec eux sur un train d'enfer pour finir sur un dernier morceau Resillience ...  être différente être regardée et regarder en retour.  "Lets be différent together...".


Jazz à la Petite France - Gautier Garrigue - Photo: Robert Becker



On sent une balance entre les sentiments qui de l'intérieur s'expriment dans cette musique, très sensible. Le public est ravi et en communion.



La Fleur du Dimanche


* Le clip Dear You est là : 


samedi 11 juillet 2026

Jazz à la Petite France - Jour 2 - Honneur aux femmes: Hanna, Lara, Léonie, c'est super pop et soul, RnB, dansant

 Pour la deuxième journée du Festival Jazz à la Petite France, c'est la femme et toute la diversité de ses voix qui est à l'honneur ce samedi sous les arbres de la place Saint Thomas à la Petite France.


Jazz à la Petite France - Hannah Featherstone - Photo: Robert Becker


La soirée débute avec un grand piano noir devant lequel s'assied Hannah Featherstone. Mais surprise, il n'y a pas que le piano, il y a aussi la voix, fraîche, profonde, et légère à la fois. 


Jazz à la Petite France - Hannah Featherstone - Photo: Robert Becker


Une  belle voix claire et soul, jazz cool ou pop qui nous susurre ou pousse un peu plus fort des chansons douces et sensibles, intimes, des histoires d'amour ou des textes désenchantés, d'autres même plus engagés. Et tout cela accompagné de tout un univers électronique qui lui aussi nous surprend et nous intrigue. 




Une vraie magicienne que cette franco-britanique qui a choisi de s'installer à Strasbourg pour une histoire d'amour, nous confie-t-elle en introduisant l'une de ses chansons. Elle a une renommée internationale et le public de Jazz à la Petite France la découvre et ne peut que tomber sous la charme de cette multiinstrumentiste à la voix d'or 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker

La soirée continue sur le même niveau avec Lara Issa qui, elle aussi, a déjà donné pas mal de concerts à Paris et ailleurs (elle est passé sur Arte pour son concert au Cabaret Sauvage). 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker


Sa voix claire plutôt dans les aigus, mais qui peut avoir quelques accents graves susurre, module, change de rythme, slamme ou groove, presque disco nous emporte dans son rythme et son flow, ses ruptures. 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker

Ses compositions sont entrainantes, balancées et son groupe, constitué de Ilann De Carpentier aux claviers, Joël Osafo Brown à la batterie, Nicolas Daguet à la basse et sa complice Helena Vilette à la guitare assurent totalement le show très dansant et bourré d'énergie. 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker

Une très belle prestation de cette jeune formation qui va sortir leur premier disque le 25 septembre à la Péniche Mécanique.


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Après ce plateau de musiciennes et musiciens locaux qui ont déjà fait leur preuve dans l'hexagone, la soirée s'achève avec une découverte , un "coup de poing" et une réelle surprise selon les dires de la programmatrice de Jazz à la Petite France Séverine Capiello: Léonie une vraie révélation. 


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker


Et l'on ne peut que la remercier de ses talents de découvreuse car la prestation de Léonie est exceptionnelle. Sa voix , ses rythmes, sa chaleur, sa sensualité nous subjuguent. Avec ses musiciens, Florian Mensah-Assiakoley à la batterie, Sofiane Messarat à la guitare, Nicolas Chua à la basse et sa claviériste, Imàn Le Parc, elle nous emmène dans un univers chaleureux baigné d'amour, de tendresse et de pensées positives. 


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Léonie chante  de sa voix suave en dansant, habillée tout en rouge et nous emmène dans un très beau voyage dans la nuit. De sa voix soul enchanteresse, ensorcelante, séductrice elle file une série de titres dansants: Swag energy, I'm not your (Mothrfucking) clown.


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

 Elle invite le public à danser, tout naturellement: "Êtes vous prêts à danser avec moi ?" et donne l'exemple avec sa danse sinueuse et serpentine. Ca continue avec Fairy thing qui célèbre la reconnaissance de soi. 


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Le batteur Florian Mensah-Assiakoley a une frappe franche et claire, tout comme Nicolas Chua à la basse, très docte et précis. Elle, avec ses chansons slammées est toujours souriante. Pour le titre Everybody love the sunshine  (référence et appel à la joie d'être à Strasbourg), Sofiane Messarat nous offre un solo guitare bien nerveux et rapide. 

Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker


Et pour le flow, Léonie nous invite à un voyage introspectif en fermant les yeux. Ce fut un très bon voyage, qui parle d'énergie et nous emporte avec douceur dans la nuit chaude et douce d'été. Merci Léonie et ses ami(e)s.


La Fleur du Dimanche


Si vous voulez revoir la première soirée avec Octa avec Maxime Epp et Claire Besson, Séverine Morfin et Malik Ziad et Klar Wetter de Phillip Klawitter avec Sophie Alour, c'est par là: Jazz à la Petite France, c'est parti !