Nous sommes tout de suite dans le bain lorsque nous entrons dans la grande salle de l'Espace Gruber du TNS rue Jacques Kablé pour voir la pièce KO Brouillard de Maxence Vandevelde. Devant nous un mur de lumières aveuglantes fait office de rideau de scène et d'où coulent des nappes de musique. Nous nous trouvons être à la place de la phalène, ce papillon de nuit fragile et éphémère qui vient s'éblouir avant de mourir aux lampadaires et autres lumières nocturnes. C'est une nouvelle de Virginia Woolf, La mort de la phalène qui a inspiré Maxence Vandevelde, après Les Vagues de la même Virginia qui avait sous-tendu la pièce Lucarne Année#1 qu'il avait créée l'année dernière dans le même cadre. La pièce travaille cette fragilité et cette délicatesse, sur un fil ténu.
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| KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez |
D'ailleurs, pour commencer, une ombre, assise sur un rocher va se lever et essayer d'une certaine manière de s'envoler, à contrejour puis disparaître dans le mur de lumière. Ce dernier, partant mystérieusement en arc-de-cercle va se positionner sur les côtés pour dévoiler la "scène". Nous découvrons cette scène devant un rideau transparent borduré d'un découpage végétal, avec d'un côté, à cour, ce rocher, cette pierre au-dessus duquel flotte une feuille et à jardin une chaise. Un tableau onirique, sorte de poésie visuelle surréaliste dans laquelle ne manquent que les ciseaux. Cela ne va pas tarder.
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| KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez |
Une femme en longue robe arrive qui les apporte et s'assied sur la chaise. Elle nous rend attentifs à un texte projeté sur l'écran où il est fait référence à des recherches scientifiques qui ont décelé dans les arcanes du cerveau une région dans laquelle se niche la mémoire poétique. Ce deuxième indice nous montre encore la direction que prend cette pièce et dès lors, les textes dits par cette femme, dans une langue que l'on s'efforce de comprendre, aux très belles sonorités, qui a des accents entre l'allemand, l'hébreux et le japonais mais qui se révèle être du farsi, très belle langue, qui nous raccroche à l'actualité immédiate - le rêve est fragile ! De temps en temps, les mots sont traduits en sous-titres, des phrases très poétiques vont nous accompagner dans ce voyage poétique tout en douceur et en rêveries et en songes semi-éveillés. L'on s 'attend à ce que les ciseaux coupent la feuille, mais non, les rêves ne sont pas toujours prévisibles, c'est le fil qui suspend la feuille qui va être coupé.
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| KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez |
D'autres femmes arrivent et se positionnent sur la scène. Elles parlent, elles aussi, dans leur langue ou dans des langues étrangères - allemand, anglais, français,... Les paroles font référence à la pierre, la rivière, la douceur et la mémoire. Les six "interprètes" se posent des questions, sur elles, "si je devais être moi-même", d'être - ou ne pas être - "la narratrice", échangent leur rôle, deviennent l'autre, une parole qui semble être tissée du même fil et sort de ces différents corps, qui les traverse et les porte. Nous sommes subjugués de la performance de ces six femmes, volontaires, habitantes de Strasbourg et environ, qui réalisent ici une époustouflante performance de jeu dans une douceur et une retenue qui nous emporte et nous entraine dans ce monde onirique. Toutes sont formidables et une mention spéciale à la jeune Mia Depoutot pour sa magnifique diction.
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| KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez |
Les nappes musicales de Maria Laurent contribuent pour beaucoup à faire exister cet univers brumeux et presqu'irréel, dans lequel les choses s'installent et bougent lentement. Un théâtre d'images et de mots, de sons, où les lettres R, A, I, N appellent la pluie et un B suffit à nous rappeler le cerveau qui mouline à toute vitesse dans ses lobes, cortex et circonvolutions.
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| KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez |
Un voyage mental tout en sérénité et en bienveillance, comme dans un film de Bela Tar, et où l'on dit "Vais-je me souvenir des instants passés à vos côtés ?". Nous allons essayer de garder au chaud cette sororité, cette quiétude, ces voix qui nous parlent au creux de l'oreille et font surgir des souvenirs, des moments de grâce, trop rares ces derniers temps. Merci à Maxence Vandevelde et à ces sept femmes pour leur présence, leurs mots, leurs sons, et tout ce qu'iels nous ont fait passer.
La Fleur du Dimanche
[Mise en scène] Maxence Vandevelde
[Textes] Maxence Vandevelde et Milène Tournier
Avec Lil Anh Chansard, Mia Depoutot, Hassenaa Hassibout, Tugba Naimoglu, Maryam Yazdan Bakhsh, Zahra Yazdan-Bakhsh
[Musique] Maria Laurent
[Scénographie] Alice Duchange
[Assistanat à la scénographie] Lino Pourquié
[Costumes] Salomé Vandendriessche
[Lumière] Nicolas Joubert
[Son]Julien Feryn
[Assistanat à la création son] Macha Menu
[Régie générale] Zélie Champeau
[Création installation vidéo] Gabriel Laurent
[Regard dramaturgique] Fanny Mentré
[Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie] Tristan Schinz
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Zélie Champeau, Charles Ganzer
[Régie plateau] Fabrice Henches
[Régie lumière] Nicolas Joubert
[Électricien] Lou Paquis
[Régie son / Régie vidéo] Macha Menu
[Habilleuse] Selma Kalt
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean -Christophe Bardeaux
[Production]Théâtre national de Strasbourg
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
[Administration de production] Dorine Blaise
[Chargée de production] Rachel Morville
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 4 mars 2026 au Théâtre national de Strasbourg dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition













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