mercredi 14 octobre 2026

Thésée, sa vie nouvelle: Portrait d'une mémoire fractale et fracturée

 Pour Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Tolédo, conçu et mis en scène par Valérie Dréville et Guy Cassiers, présenté au Maillon qui a coproduit cette pièce, on peut sans hésiter parler de performance, celle de Valérie Dréville. Elle y est magistrale, précise, impeccable, supérieure, à dire ce texte qui dénoue les limbes de la mémoire, qui défie les strates du temps, qui s'effeuille dans les récits empilés, qui tire un fil entremêlé d'une histoire entre trame et drame, et chaine et enchainement. Entre dit et non-dit, entre réalité et subjectivité, entre faits et secrets, entre logique et magie, entre hasard et destinée. Elle est d'une précision diabolique, impeccable, posée au bon endroit, là où elle doit être pour apparaître sur l'écran là où il faut, dans la position que lui attribuent Guy Cassiers et à la vidéo Bram Delafonteyne, dans une installation vidéo elle aussi tirée au cordeau. 


Thésée, sa vie nouvelle - Valérie Dréville - Guy Cassiers - Photo: Claudia Nbebele


Mais tout d'abord, et c'est toute la force de cette comédienne hors pair, qui, d'un souffle à peine esquissé fait passer à la fois un message et un sentiment, des sentiments profonds rien qu'en disant, doucement, son texte, nous rendant attentifs à sa diction, posée, au sens, qui, au fur et à mesure se révèle, aux variations subtiles de l'énonciation ou d'un imperceptible changement de registre d'énonciation. Car, tout au long de ce récit - multiple, plusieurs locuteurs vont être incarnés par l'actrice - qui balaie le temps, de l'histoire récente (qui ouvre la pièce), à un épisode qui se passe lors de la première guerre mondiale avec l'ancêtre Nissim de Toledo, d'Andrinople, un fantassin qui meurt pour la France le 13 avril 2018 - Valérie Dréville va nous instiller une sourde instabilité. Ainsi, presqu'imperceptiblement, elle change de voix (avec quelques réglages sonores aussi - grâce à Jeroen Kenens), un peu plus grave quand elle cite une phrase, avec une voix plus aigüe, de tête pour le récit, plus intérieure pour d'autres textes, mais toujours dans une retenue dans la force et une douceur qui nous berce et nous fait, à la limite, léviter, pour mieux nous asséner la force et la violence de ces histoires parallèles. Car, à l'instar de l'ancêtre turc, dans la successions des filiations se découvrent les douleurs, morts, suicides, dans une algèbre macabre, l'un mourant à la date de naissance d'un autre, l'autre se suicidant dans une même logique mathématique cachée. 


Thésée, sa vie nouvelle - Valérie Dréville - Guy Cassiers - Photo: Claudia Nbebele


Ces histoires masquées, palimpsestes douloureux, blessures inscrites dans la chair et les corps des descendants, dessinent ainsi un arbre généalogique qui est aussi une incantation, avec ces noms, Oved, Nathaniel, Thalmaï, Gatsby, Jérôme, et Thésée, le narrateur principal. Celui qui va, dans ce dédale, essayer de tisser les liens secrets qui sont tus et qui ressurgissent dans une mélopée incantatoire. Tout cela est rythmé avec finesse, dans la mise en scène et l'environnement des images qui vont émerger, progressivement sur le plateau. Car, pour commencer, c'est sous une (presque) unique source de lumière, sans un seul son que va fonctionner l'envoûtement que nous fait subir Valérie Dréville, nous berçant de son débit mesuré, jusqu'à ce que quelques notes de piano, rares nous lâchent un peu la bride et que l'espace va s'élargir. Un son plus tendu plus tard va nous orienter vers une angoisse plus diffuse. 


Thésée, sa vie nouvelle - Valérie Dréville - Guy Cassiers - Photo: Claudia Nbebele


Puis, cet univers va ensuite s'ouvrir, par la biais d'archives photos familiales et de documents d'archives et faire le lien de ce récit intime avec l'actualité. Avec le monde dans lequel nous vivons, englobant les problématiques de la société et de la politique (avec l'immigration, l'ordre mondial) dans un dialogue avec les problématiques personnelles ou de destin (collectif ?). Et nous serons partie prenantes de cette histoire jusqu'à comprendre, lorsque la caméra du plateau prend de la hauteur, que chacun de nous est, littéralement constitué de toutes ces histoires, publiques et privées qui nous constituent et nous englobent, à l'image de ce visage, somme de toute une vie, de mémoire et de moments vécus à travers le siècle. 

C'est dans une relative sobriété que nous naviguons, à l'analyse de la faille, à la recherche de la blessure, à la limite du vertige, dans une réalisation d'équipe impeccable, un travail magnifique pour un résultat époustouflant. Une réussite sur le fil...


La Fleur du Dimanche

    

Thésée, sa vie nouvelle


Au Maillon - Strasbourg - du 14 au 16 octobre 2026 

Texte : d’après le texte Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo
Conception et mise en scène : Valérie Dréville et Guy Cassiers
Avec : Valérie Dréville
Vidéo : Bram Delafonteyne
Son : Jeroen Kenens
Lumière : Zélie Champeau
Collaboration artistique : Benoît de Leersnyder
Assistanat mise en scène : Tristan Pannatier
Regard extérieur : Blandine Savetier
Production : Tristan Pannatier, Marion Caillaud
Accessoires, costume et construction du décor : Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne
Régie générale : Guillaume Zemor
Régie vidéo : Sébastien-Philippe Sozedde
Régie lumière : Matthias Schnyder
Régie son : Marc Pieussergues
Production : Théâtre Vidy-Lausanne
Coproduction : Bonlieu, Scène nationale Annecy / Le Volcan, Scène nationale du Havre / TANDEM, Scène nationale Arras Douai / Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes / Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national / Les Gémeaux, Scène nationale / Les Célestins – Théâtre de Lyon / Maison Saint-Gervais – Genève / MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis / Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne
Dans le cadre du Projet Interreg franco-suisse n° 20919 – LACS - Annecy-Chambéry-Besançon-Genève-Lausanne
Avec le soutien de : Fondation Françoise Champoud  / Le Cercle des mécènes du Théâtre de Vidy / Fondation Pro Scientia et Arte / Fondation Corymbo / Fondation Denk an Mich pour le dispositif d'accessibilité

vendredi 9 octobre 2026

Post Panamax de Frank Micheletti à Pôle Sud: Mouvement, moteur et tremblements

 Désarticulée, décalée, désaxée, déhanchée, saccadée, toute en fébrilité et en régularité, la danse d'Amélie Olivier s'inscrit de profil dans un carré de lumière à droite de la scène, sur le rythme que nous mixe Frank Micheletti dans l'angle au fond arrière gauche de la scène. Des vibrations jusqu'au bout des doigts, des sursauts, des accrocs, des rebonds, des chocs, des tremblements, des interruptions, de alternances, mouvements arrêtés brusquement, mouvements répétés, en boucle, en cycle, mécaniques et souples aussi, de tout le corps, mais s'arrêtant et recommençant, comme s'il y avait une limite, une frontière à ne pas franchir. Comme si l'espace était circonscrit. et puis brusquement, elle avance dans une frontalité puissante, surplombante, face au public. 


Post Panamax - Frank Micheletti - Photo: db motion prod


Elle est rejointe par une deuxième danseuse, Aline Lopez, les couleurs de leurs vêtements sport se complètent et elles occupent l'espace dans des déplacements souples mais tout aussi mécaniquement saccadés, tels des bras-robots de chaine d'assemblage ou de tri. La musique, presque hypnotique induit des mouvements extatiques qui cherchent à se répondre en écho, à circonscrire l'espace, le parcourir de manière erratique, à l'englober dans les déplacements. Un troisième larron, Antuf Hassani les rejoint, les ailes déployées, en boucles circulaires, et mouvements plus amples et plus proche de la breakdance.


Post Panamax - Frank Micheletti - Photo: db motion prod


La musique se fait plus douce, plus zen, les boucles avec des bruits de roulement de machine s'adoucissent, piquetés de grattements de disques noirs, les bras se courbent, s'arrondissent, et les trois complices dansent en symbiose, avec une étonnante synchronicité avec la musique. Une réelle performance dans ce flux continu, constant, submergeant presque. De magnifiques figures à trois, sur des découpes de lumière très précises (un magnifique travail d'Ivan Mathis sur la totalité du spectacle) se continuent par une longue et épuisante marche mimée par Antuf Hassani dans un cercle de lumière que l'on imagine soleil dardant. 


Post Panamax - Frank Micheletti - Photo: db motion prod


On imagine bien notre futur, mécanisé, robotisé, déshumanisé, cherchant quand même de temps en temps un geste, un contact, un appui, un lien. Des fenêtres s'ouvrent de temps en temps, mais la lassitude guette, et bien qu'il y ait sursaut, vital, la mécanique faiblit, et sonne la fin. Nous en garderons le souvenir d'une belle performance des trois interprètes, complémentaires dans leur style et leurs gestes, et d'une très belle prestation à la table de Frank Micheletti qui a su insuffler une très belle énergie dans ce tableau uchronique pour Post Panamax ce soir à Pôle Sud.


La Fleur du Dimanche 


Post Panamax


Pôle-Sud le 8 et 9 octobre 2026


Conception et chorégraphie : Frank Micheletti   
Danse : Aline Lopes, Antuf Hassani, Amélie Olivier   
Musique mixée en live : Yaguara   
Création lumière : Ivan Mathis   
Création costumes : Violette Angé   
Création vidéo : Caroline Bernard, Sarah Ndiaye   
Complices scientifiques : Mathieu Quet, Michel Lussault  
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Production : Kubilai Khan Investigations    
Coproduction : Les Scènes du jura, Scène nationale / Scène nationale de l’ACB, Bar-le-Duc / Scène nationale de Bourg-en-Bresse / L’Usine à Gaz, Nyon / Château Rouge, Scène conventionnée Annemasse / POLE-SUD, CDCN Strasbourg / Châteauvallon-Liberté, Scène nationale  
Spectacle créé dans le cadre du projet ACT · Art en Coopérative Transfrontalière, soutenu par le programme Interreg France – Suisse    
Soutiens : Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, Département du Var, Studio Accrorap, Marseille Objectif Danse    
Kubilai Khan Investigations est conventionnée par le ministère de la Culture / DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, subventionnée par la DRAC PACA – Fonds Festival, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département du Var, la ville de Toulon et par la métropole Toulon Provence Méditerranée. Kubilai Khan Investigations est accompagnée, pour le développement et la diffusion, par le bureau d’accompagnement artistique Lolink.

jeudi 8 octobre 2026

Migratrice de Kaori Ito au TJP: Destins croisés et trajectoires parallèles

 "Qu'est-ce qui nous meut ?" pourrait être la question fondamentale à laquelle se réfère Kaori Ito lorsqu'elle envisage son projet qui aboutit à cette pièce, Migratrice, dont elle annonce en introduction que c'est sa dernière présentée ici en tant que directrice du TJP CDN. Sachant qu'elle est partie du Japon quand elle avait 18 ans pour faire du théâtre et de la danse, qu'elle est passée par Londres, New York, Bruxelles, retour au Japon, Paris, et plein d'autres villes, pour se retrouver en tant que directrice de ce lieu en 2022 - elle y avait d'ailleurs dansé dans une pièce d'Aurélien Bory en 2015, Plexus - on comprend aisément qu'elle a la bougeotte. Mais le propos va plus loin que d'essayer de comprendre ce besoin de bouger, plus loin aussi que d'interroger ses origines qui, on le verra bien dans la pièce, prouvent elles aussi que cette mobilité, les voyages et les exils en sont partie constitutives, sinon même fondamentales. Car, cette recherche des racines, entre autre de la parole et de l'histoire des parents et des ancêtres, elle l'a entamée depuis quelques temps déjà avec son père, ce qui avait abouti à sa pièce de 2015, Je danse parce que je me méfie des mots.


Migratrice - Kaori Ito - Photo: Anais Baseilhac

Avec Migratrice, qu'elle a écrit après des enquêtes approfondies sur sa famille et ses ancêtres, mais aussi avec des bribes de vie et de passé des autres interprètes, Gil Hyoungkwon, Issue Park et Nonoka Kato et de leurs familles et Catherine Germain, (mais elle c'est plutôt son double, son âme-soeur, sa personnification sur le plateau), elle élargit le champ en même temps qu'elle essaie de focaliser sur les femmes, leur statut, leur destinée, leur malheur. Ainsi, elle tricote à la fois les destinées personnelles et le cours de l'histoire. 
Et tout cela sans ennui, la mise en situation inaugurale, avec l'émigration des ancêtres d'une île au Sud du Japon jusqu'en Mandchourie en passant par l'île principale, se présente presque comme un pugilat dans un cours de géographie. Mais on n'en oublie pas la volonté expansionniste du Japon qui colonie ce pays et la Corée et dont les conséquences se lisent aujourd'hui encore dans les films japonais (à défaut de visiter le pays et de discuter avec ses habitants).

Migratrice - Kaori Ito - Photo: Anais Baseilhac


Sur scène, le vécu individuel renvoie aux problématiques historiques, la désorientation de l'ancêtre sur scène (très bien interprétée par Catherine Germain) fait écho aux problématiques du Japon d'avant-guerre. La capitulation du 12 septembre 1945 après les bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki ne font qu'appuyer cette situation, de même que les relations avec la Corée. La narration qui sollicite autant la danse (virtuose Issue Park en soldat virevoltant), la musique - impressionnant et émouvant Gil Hyoungkwon dans son magnifique solo de percussion qui nous emporte au fur et à mesure dans une tempête qui se lève) et qui, en plus nous arrache des larmes avec sa chanson du soldat (la Lettre du jeune soldat), le mime (une belle séquence de danse au ralenti) ou la breakdance, varie les plaisir et l'attention portée à la narration. Nous passons de moments très drôles à des épisodes dramatiques (les différentes morts, dont on parle, que ce soit le bébé jeté à la mer ou la tante "oubliée" dans son appartement) et nous devinons les épisodes encore plus horribles, et non racontés. Il est vrai que le silence et le secret, les secrets de famille et l'oubli des membres de la famille qui ont "disparu" jusqu'à ce qu'ils ressurgissent dans le récit - et le réel - sous-tendent cette histoire. Les migrant(e)s, émigrant(e)s, migratrices sont faits pour, d'une certaine manière, disparaître volontairement (est-ce ce qui a poussé Kaori Ito à partir?) ou se faire oublier. 

Migratrice - Kaori Ito - Photo: Anais Baseilhac


La pièce, jouant avec différents niveaux et les mode de narration, changeant tout le temps de style de représentation, avec son décor qui n'arrête pas de bouger, de montrer les multiples facettes de ces "maisons à trou", ne nous lâche pas un instant. Et la danse, l'humour, et les chansons, nous gardent en rythme. On se retrouve même dans une tendance rock avec une chanson de Francis Cabrel. Ainsi, en essayant de comprendre d'où on vient, où on va, on prend un peu de recul et on s'assied pour regarder le monde et "voir ce que les hommes en ont fait". Avec Kaori Ito, le regard est lucide, et gai cependant, on voit un peu mieux, à la fois les histoires des destins individuels des "anciens" et comment le monde a tourné pour en arriver ici et maintenant. Une belle leçon de mémoire, qui nous pousse (peut-être?) à nous interroger nous mêmes et nos parent. Pourquoi pas ?


La Fleur du Dimanche 




Au TJP - CDN - Strasbourg - du 7 au 13 octobre 2026

Avec Catherine Germain, Gil Hyoungkwon, Issue Park et Nonoka Kato
Direction artistique et chorégraphique Kaori Ito
Collaboration artistique et dramaturgie Adeline Fontaine
Texte Kaori Ito et Adeline Fontaine
Assistance à la chorégraphie et dramaturgie Louis Gillard
Scénographie, construction et régie générale Anthony Latuner
Construction Atelier du TJP
Direction musicale et composition François Caffenne
Espace sonore et régie son Éric Fabacher
Participation musicale et composition Gil Hyoungkwon
Création et régie lumière Thibaut Schmitt
Régie costumes Camille Humbert
Production Hélène Pouvreau-Séjourné, Pauline Rade
Développement et diffusion Pauline Rade, Mélodie Derotus 

vendredi 2 octobre 2026

Kassia Undead de Lara Barsacq: Briser le silence, danser et chanter pour la liberté

Lara Barsacq, au départ danseuse et qui s'est frottée il y a longtemps à la chorégraphie avec une pièce pour la compagnie Batsheva à la demande d'Ohad Naharin, est retournée à la danse en 2002. Puis en 2016, elle crée de nouvelles pièces en interrogeant l'histoire de la danse, en particulier les Ballets Russes et ses danseuses, dont Ida Rubinstein, et Bronislava Nijinska. On a pu voir d'elle en début d'année dernière à Pôle Sud, la pièce la pièce, La Grande Nymphe qui fait revivre le ballet de Vaslav Nijinski, Le Prélude de l'Après-Midi d'un Faune. Pour sa nouvelle création, Kassia Undead, présenté au Maillon avec Pôle Sud dans le cadre du Festival Musica, Laura Barsacq fait un voyage à Constantinople au IXème siècle pour rendre hommage à Kassia de Constantinople, une higoumène, une abbesse, devenue Sainte et qui était aussi une compositrice dans le monastère qu'elle a fondé après avoir rencontré le jeune empereur Théophile. 


Kassia Undead - Lara Barsacq - Photo: Stanislav Dobak


Lara Barsacq rend hommage à ce personnage en faisant interpréter sur scène quelques-uns de ses chants. Mais tout commence dans le silence. Silence dont Kassia dit "Je hais le silence lorsqu'il est temps de parler". Cette phrase que l'on entend effectivement trouer le silence, accompagnée d'une série d'invocation, d'exhortations à la faire venir sur le plateau, tout en en doutant - "Est-ce que Kassia viendra ce soir ?". On entend également quelques éléments biographiques permettant de situer le personnage célébré ce soir (il est en particulier fait référence à son opposition au pouvoir qu'elle a pleinement assumé face à l'empereur Théophile, toujours amoureux d'elle), ainsi que des éléments de contexte de ces poèmes. 


Kassia Undead - Lara Barsacq - Photo: Stanislav Dobak 


La pièce commence par une procession silencieuse de la troupe qui s'installe. Puis quatre danseurs qui se tiennent les bras défilent sur scène dans un étrange ballet alors que se lève une musique hypnotique, jouée au plateau par la musicienne Cate Hortl (que l'on avait pu apprécier dans la précédente pièce) qui accompagne la voix claire de la chanteuse. Les danseuses et le danseur, également chanteur et chanteuses vont nous interpréter, toujours en dansant, toute une série de mélodies, alternant les langues et les styles, des chants orthodoxes anciens, des poèmes de Kassia ou des airs modernes, accompagnés par les nappes et les rythmes de Cate Hortl. 


Kassia Undead - Lara Barsacq - Photo: Stanislav Dobak


Cette dernière, après une nouvelle procession avec un thérémine, va se retrouver au centre de la scène, dans une cérémonie d'habillage d'apparat avec une superbe couronne et des nappes de vêtements sous lesquels elle disparait presque. 


Kassia Undead - Lara Barsacq - Photo: Stanislav Dobak


D'autres procession suivent, avec les quatre danseurs, avec des figures minimalistes, de temps en temps de petites fioritures comme des enluminures d'un Livre d'Heures qui trouvent écho dans le décor et les bannières suspendues en fond de scène. La danse lorgne du côté du smurf ou de la danse robot. Les tableaux se fondent les uns dans les autres, dans un délassement envoûtant, peuplés de détails surprenants. Et pour finir, la musique prend de l'ampleur, autant avec ces chants magnifiquement interprétés par ces artistes aux talents multiples, que par les vents qui se lèvent et soufflent la fin de partie. 


La Fleur du Dimanche


Kassia Undead


De : Lara Barsacq
Création et interprétation : Marta Capaccioli, Tarek Halaby, Cate Hortl, Emma Laroche-Brassié, Els Mondelaers, Aymara Parola, Agnes Potié, Klara Verkin
Création musicale : Cate Hortl
Musique : Kassia de Constantinople
Musique additionnelle : Salim Bali
Création lumière : Estelle Gautier
Conseils artistiques : Gaël Santisteva
Coach vocal : Jean-Baptiste Veyret-Logerias
Historienne de l’art : Brunella Danna Allegrini
Scénographie : Ateliers Indigo – Alexandra Siebert, Alice Forsberg, Clara Vandebotermet, Jean Everarts, Magali Cote, Patricia Cala (accompagnés par Lily Sato, Adrien Vermont, Maya de Mondragon, Corinne Chotycki)
Sérigraphie : Frédéric Jamagne
Stagiaire en scénographie : Teo Verougstraete
Création costumes : Lara Barsacq
Réalisation costumes : Catherine Somers et les ateliers costumes du Théâtre de Liège
Régie générale : Emma Laroche-Brassié
Régie son : Benoit Pelé, Fred Miclet
Administration et production : Myriam Chekhemani (La chouette diffusion), Mélanie Jourdan
Communication et diffusion : Quentin Legrand (Rue Branly)
Production : Gilbert & Stock
Coproduction : Théâtre de Liège / Charleroi danse – Centre Chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles / Les Brigittines / December Dance (Concertgebouw Brugge & CC Brugge) / DC&J Création / Cité musicale-Metz, La Briqueterie CDCN
Résidences : Charleroi danse / Théâtre de Liège / Grand Studio (BE) / La Briqueterie CDCN / CSC – Centro per la scena contemporanea
Avec le soutien de : Fédération Wallonie-Bruxelles / Wallonie-Bruxelles International / Grand Studio / Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge / Inver Tax Shelter
Lara Barsacq est accueillie en compagnonnage au Théâtre de Liège (2024-2028) et en résidence à la Cité musicale-Metz (2024-2026).



 

jeudi 1 octobre 2026

Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser: Au gré du Mur, le corps ose et la musique musarde

 Cà y est, l'événement du Festival Musica (mais pas que...) est arrivé. La création de Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser est donnée à l'Opéra National du Rhin. Nous connaissons le travail atypique des deux artistes, chacune dans son domaine:  Eve Risser avait participé avec Samuel Achache à la pièce Sans Tambour de Samuel Achache en TNS en 2024 et avait présenté dans le cadre du Festival Musica en 2022 le Concerto contre Piano et Orchestre de l'Orchestre La Sourde) et Mathilde Monnier, qui n'arrête jamais d'interroger chaque mouvement et la danse en elle-même  - on l'a vue au travail dans le film Vers Mathilde de Claire Denis et ses nombreuses pièces le prouvent (nous avions pu voir à Strasbourg Twin Paradox en 2013 et Black Lights récemment).


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Elle revient donc, très attendue, pour cette création avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin Le Mur ou la Peau, créé à l'initiative d'Eve Risser et invité par Bruno Bouché à travailler avec le Ballet. Ce sont donc douze danseuses et danseurs qui se retrouvent, assis ou à genou, à l'avant-scène, en shorts noirs et maillots "Marcel" multicolores, tandis que trône derrière eux en plein milieu de la scène une grand piano à queue noir où Eve Risser commence doucement à "fabriquer du son", frappant sur le piano lui-même (sonorisé) ou sur les touches, les cordes assourdies ou transformées, les frottant aussi, pour poser un tapis de rythme. Dans une introspection superficielle, de diverses manières, les danseuses et danseurs explorent leur corps, plutôt la surface, la peau, qui des mains, des bras, des jambes, du torse, des épaules, du visage aussi, l'étalent, la massent, la triturent, l'observent, tordent leurs habits aussi, comme s'ils essayaient de passer la frontière de l'extérieur vers l'intérieur. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney

Pendant ce temps, Eve Risser glisse de variantions de rythme dans des constructions sonores de plus en plus organisées. Du côté des danseurs, des frappes des mains organisent également un rythme, qui à un moment devient vague roulante de mains qui se tournent comme une marée d'un côté ou de l'autre de la scène.


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Les danseurs se lèvent et se meuvent chacun(e) à leur manière pour esquisser quelques duos improbable dans une gestuelle originale et souvent élastique ou désarticulée, toujours impressionnante et très construite esthétiquement. Une grande danseuse fait un solo en mouvements saccadés qui se transforment en une sorte de smurf urbain et élastique sur une musique dansante. Les danseurs enchainent des variations de magnifiques solos, duos ou trios en s'appropriant le mur (superbe création d'Annie Tolleter) qui barre le milieu de la scène sur toute sa largeur. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Ses couleurs pastel grise, bleue et rose qui varient entre une toile de Rothko et les minimalistes américains, nous fait basculer d'un espace frontal à une plongée en surplomb selon les délicates variations de lumière d'Eric Wurtz. Pendant ces merveilleuses variations, le piano, poussé par Eve Risser, sur une musique percussive a traversé la scène de gauche à droite et un autre, droit, prend sa place de ce côté-là, doté d'un grosse caisse et dont les notes aigües font des bruits de crécelle. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Dans ce nouvel espace sonore, augmenté par les effets sonores d'Adrian' Bourget, des superbes solos, dont celui des cheveux balancés de Brett Fukuda nous enchantent et des duos masculins qui nous émerveillent. Le mur devient multi-usages, servant autant de support, d'outil de percussion, de soutien ou d'obstacle, sujet de projection du corps ou de protection. A noter l'effet où un danseur habillé en noir se dédouble littéralement. Autre effet de multiplication quand les danseurs, soit se multiplient en duo ou, multiplient en écho presque infini leur gestes qui se répand sur le mur. Ce mur devient aussi instrument de musique, caressé, frappé, heurté, des pieds, des poings, du corps entier qui s'y jette ou s'y écrase. Un moment de surprise quand la musique s'arrête (certains se mettent d'ailleurs à applaudir, pensant que c'est la fin du concert d'Eve Risser), et qu'après un moment de silence, la danse continue, sans tapis sonore, libre, d'autant plus présente et envoûtante, fascinante. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Mais la musique revient, plus calme; sereine, pour un dernier feu d'artifice de  danse virtuose et d'invention gestuelle, dans un ultime éblouissement, dans une suite de gestes ensorcelants, mettant en valeur les caractéristiques physiques et les aptitudes de chacun. Mathilde Monnier ayant d'ailleurs favorisé pour chacun et chacune des interprètes, via des improvisation la proposition de mouvements, bribes de chorégraphies personnelles, sur lesquelles elle s'est appuyées pour la pièce. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Et les douze danseuses et danseurs, volontaires pour ce projet, s'en sortent admirablement. Au point que, lorsque c'est vraiment la fin, on a envie de dire "Encore !" pour ce spectacle enthousiasmant et entraînant. Une vraie réussite, une belle collaboration inventive entre musique et danse et une interprétation exceptionnelle de ces douze danseuses et danseurs toutes et tous uniques: Brett Fukuda, Julia Juliard, Zazie Schmidlin, Emmy Stoeri, Orania Varvaris, Lara Wolters, Jasper Arran, Marc Comellas, Marin Delavaud et Jérémie Neveu en alternance, Erwan Jeammot, Pierre-Emile Lemieux-Vienne et Miguel Lopez. Une belle et valeureuse équipe pour un spectacle impeccable. 


La Fleur du Dimanche


Le Mur ou la Peau


Strasbourg - Opéra du Rhin - du 1er (création) au 4 octobre 2026

Spectacle présenté dans le cadre du festival Musica
avec le soutien de Fidelio présenté avec l'Opéra national du Rhin et Jazzdor

Mulhouse - La Filature - le 5 et 6 novembre 2026

 

Metz - Cité Musicale Metz - 15 octobre 2026t


Chorégraphie et costumes
Mathilde Monnier
Composition originale et pianos
Ève Risser
Scénographie
Annie Tolleter
Lumières
Eric Wurtz
Son, effets
Adrian' Bourget

mercredi 30 septembre 2026

Georges Aperghis Day à Musica: Une journée bien remplie .... et variée

 En ce 30 septembre, c'est la fête de Georges Aperghis, le plus français des musiciens grecs vivants (à moins que l'on me prouve le contraire). Il va fêter ses 80 ans en décembre - un hommage lui sera rendu en Grèce avec 3 jours de concerts du 9 au 11 octobre à Athènes - et le Festival Musica lui dédie une journée qui commence au Cinéma Cosmos avec la projection du film Un mot après l'autre d'Eric Darmon. Il est vrai que très tôt, Georges Aperghis, après avoir côtoyé Pierre Schaeffer et Pierre Henry et travaillé avec Iannis Xenakis (autre musicien grec), a exploré la voix et les mots, la parole, fortement présente dans ses oeuvres - qui ne connaît ses Récitations (1978), entendues à Musica il y a fort longtemps ?

L'après-midi continue avec un programme de musique de chambre à la HEAR par l'ensemble de la Horschule für Musik de Bâle, dont la collaboration avec le festival Musica date d'au moins 2023, et dont le groupe Zig Bang interprète dans une mise en scène de Ko Chaoming quatre pièces du musicien : Rasch (2001), Zig Bang (2004), Trio Funambule (2015 et Crosswind (1997) en regard de Did you picture my face (2026 de Rebecca Saunders.

Le livre d'entretiens de Stéphane Roth avec Georges Aperghis Composer avec langues qui vient de sortir complète et conclut le concert.


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker


Rendez-vous est donné pour la suite avec un Double Récital à la salle de la Bourse, double récital, mais aussi double contrebasse pour Florentin Ginot que nous avions déjà pu apprécier (avec l'ensemble Linéa en 2018). Il commence sur une contrebasse sombre pour nous emmener dans la nuit de Black Light (2019), un voyage dans les graves lents et relaxants, ne jouant que les cordes dans des graves profonds. Intercalant de temps en temps des grincements ou des accès de nervosité où les éclats explosent et les cordes réverbèrent. Une pièce magnifique et une interprétation totalement habitée.


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker


La deuxième pièce, jouée sur une contrebasse blonde, Obstinate (2017-2018) est presqu'un  dialogue assez violent entre l'interprète qui, équipé d'un micro, parle, chantonne et même éructe et siffle comme un fauve en expirant puissamment et la contrebasse qui résonne, grince et crie, tandis que de temps en temps, pour ponctuer les tentatives d'anéantissement, il laisse l'archer rebondir de plus en plus vite sur le bas des cordes. Florentin Ginot mouline et frappe, frotte, prend à bras le corps l'instrument dans une sorte de lutte opiniâtre duquel les crins de l'archet ne s'en sortent pas sans anicroche, dans un combat inégal. Une magnifique performance également.


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Marco Blaauw - Photo: Robert Becker


C'est Marco Blaauw qui fait le pendant dans ce Double récital avec une trompette "double", l'un des pavillon étant coiffé d'une sourdine, ce qui produit un son très particulier. Rajoutez-y un dispositif électronique qui fait surgir du son, que ce soit des parties que le musicien déclenche ou qu'il modifie en direct, et vous aurez la pièce qui correspond exactement à son titre Trompe-oreille (2026). Une série de sons dont vous arrivez difficilement, sinon pas du tout, à savoir qui les joue, d'où ils viennent et ce que c'est. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Marco Blaauw - Photo: Robert Becker


Toute une ménagerie, des animaux de la jungle, des cris, des bruits inidentifiables, de faux chants d'oiseaux, singes rieurs, voisinent avec des battement de cymbales, des souffles transformés, d'étranges sons soufflés ou des râles qui alternent de temps en temps avec des mélodies que Marco Blaauw arrive à tirer en longueur au point qu'on se demande si c'est bien lui qui joue. Un très grand jeu, qui nous offre une air en décrescendo qui s'éteint doucement avec un tout dernier cri bien senti. Un vrai morceau de bravoure.



Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


La soirée s'achève à la Cité de la Musique et de la Danse avec le magnifique Tell Tales (2025) interprété par au violon alto par Tabéa Zimmermann, grandiose et l'Exaudi Vocal ensemble, les interprètes pour lesquels George Aperghis avait composé cette pièce. Le violon alto, à l'égal de la voix d'une chanteuse se place ici en dialogue et s'oppose, enjoint et accompagne, fait contrepoint et se glisse dans le chant des deux chanteuses et quatre chanteurs qui composent l'ensemble vocal. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker



L'altiste, née à Lahr et récompensée de nombreux prix est effectivement une incomparable virtuose et son jeu est d'une vivacité et d'un virtuosité remarquable. Les chanteuses et chanteurs ne sont pas en reste avec cette partition qui fait presqu'une heure où ils passent de solos à des ensembles où chacun(e) a sa place. Il arrive aussi que le chant glisse de l'un(e) à l'autre ou qu'il soit en contrepoint ou en opposition. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


Les énergies se transmettent des un(e)s au autres, les mots aussi, quelquefois un solo, telle une prière soufie ou un genre de tirade shakespearienne essoufflée et ânonnée. Parfois des silences, à d'autre moments, toute la puissance éclate, des mots rebondissent et se heurtent. On sent que les interprètes ont une réelle complicité et chacun et chacune est complètement investi(e) dans la partition qui n'a plus de secret pour eux. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


Saluons donc Juliet Fraser la soprano qui tient les aigus sans aucun problème, la Mezzo Lucy Godard dont l'interprétation est remarquable, le contre-ténor Tom Williams, le ténor David de Winter, le baryton Michael Hickman et la basse James Weeks qui arrive à fait surgir des basses ben profondes. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


Et pour la direction précise de cette partition très sportive James Weeks. On n'oublie pas de saluer (et de célébrer) le travail de dentelle de cette pièce inclusive et interactive. Une fable pour les temps idéaux.


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

samedi 26 septembre 2026

The Curing Line: un Opéra hybride qui fait bouger les lignes - Musica célèbre l'Irlande

 Cette année, Le Festival Musica célèbre l'Irlande et sa musique dans sa diversité à l'occasion de la Présidence Irlandaise du Conseil de l'Union Européenne. Après Landless et Irish Rising à Saint Paul suivi du concert Stitch'n'Bitch à Karmen Kamina, le week-end est chargé avec pas moins de dix événements dont The Curing Line présenté avec l'Opéra National du Rhin à la Cité de la Musique et de la Danse ce samedi 26 et dimanche 27 septembre.


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Maria Lax


The Curing Line est un opéra atypique, oscillant entre l'opéra de chambre, le concert rock, presque punk des fois, une présentation vidéo, un opéra avec choeur et une sorte de comédie musicale avec choeurs flirtant quelquefois avec le cinéma de Charlie Chaplin. Cela commence par une performance avec solo de batterie et one man show du batteur dont le gros plan de la tête est projeté sur deux écrans géants qui encadrent la scène et qui nous accueille par une tirade frénétique. 


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh

On y trouve un solo de guitare sur le même schéma, on assiste à une simili émission de télévision où l'animateur s'immerge dans la foule des spectateurs, on passe par des partitions qui font appel à une cheffe d'orchestre avec instruments, chanteurs et choeur mais aussi des duos ou des solos simplement accompagnés au piano. Où encore des mélodies et chants chants traditionnels irlandais. 


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh

La vidéo apparaît sous différentes formes, projection en direct, ou faux direct discrètement monté, duplex ou réminiscences de souvenirs jusqu'à l'étape ultime, ce récit dans le noir où nous créons nous-mêmes les images de cette dernière "chevauchée" (en voiture pour l'occasion) qui clôt la pièce.


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh


La scénographie et la mise en scène est assez agile, même frénétique des fois, le décor change constamment et nous projette dans différents univers sans transition, sur un rythme soutenu, avec des accessoires, tables, panneaux qui transforment le plateau continuellement. La narration balance entre le récit de la destinée d'une jeune fille abandonnée et adoptée et les dons dont elle hérite de ce père, basculant dans des univers plus ou moins féériques ou magiques, n'hésitant pas non plus à user de la critique des relations sociales, du travail et de la pollution. Les aspects du conte, de la magie et de la réalité des relations humaines et sociales sont intriquées et participent à dessiner les contours d'un univers entre le fabuleux et le surnaturel. Les incantations, les anaphores à partir de la lumière, les invocations des animaux, en particulier le corbeau rouge contribuent à installer un entre deux mystérieux, fait de croyances et de dons transmis. 


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh

Le sortilège et le surnaturel peuple le parcours de ces personnages étranges qui nous captivent. La partition et la superbe qualité d'interprétation, autant des chanteuses et des chanteurs que des instrumentistes (qui eux aussi ne sont pas que musiciens) nous ravit et nous émerveille. Tout concourt à nous offrir un superbe spectacle et de magnifiques prestations de l'ensemble de la distribution. Une forme inventive et une prestation impeccable et réussie.


La Fleur du Dimanche


The Curing Line (2026)

Strasbourg - Cité de la Musique et de la Danse - samedi 26 et dimanche 27 septembre 2026

création française
composition, mise en scène, livret Michael Gallen
livret Annemarie Ní Churreáin
mise en scène, création vidéo Shawn Fitzgerald Ahern
création vidéo Laura Rainsford
scénographie, costumes Pai Rathaya
création sonore Simon Cullen
création lumière Yukiko Yoshimoto
Distribution
direction Clara Baget
soprano Amy Ní Fhearraigh, Sarah Shine
batterie, cor, trompette, voix Romain Bly
clarinette, clarinette basse, voix Joséphine Besançon
contrebasse, guitare basse, voix Caimin Gilmore
violon, alto, voix Maria Ryan
piano, harpe celtique, flûte irlandaise, voix Oisín Walsh-Peelo
Ensemble vocal Oscillations
chef de choeur Yann Lauras
interprète à l’écran Colm Breathnach, Ruth McGill, Aaron O’Hare