À La Case, à Preuschdorf, plusieurs artistes explorent l’idée du trésor à travers installations, performances, objets, lectures et œuvres plastiques, en résonance avec une histoire locale bien réelle : celle du Trésor de Preuschdorf découvert il y a vingt ans.
Qui n'a, dans son enfance, rêvé de découvrir un trésor ?
Depuis le trésor L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson jusqu'au Trésor de Rackham le Rouge d'Hergé, publié en feuilleton dans le Quotidien Le Soir en 1943, quand le rédacteur en chef s'appelait Raymond de Becker (je ne l'invente pas), puis sous forme d'album en couleurs en novembre 1945, après la Libération.
Qui n'a pas, dans la même veine, rêvé de trouver une pièce d'or - à défaut d'un coffre ou d'une veine ou d'une mine d'or ? Il y a 20 ans, à Preuschdorf, un habitant du village a trouvé un trésor dans son jardin en voulant planter un prunier. Ce n'est donc pas pour des prunes qu'il a creusé. Ce Trésor de Preuschdorf, riche de 7327 pièces, racheté par le Conseil Général du Bas-Rhin (maintenant CEA - Communauté Européenne d'Alsace, et qui va peut-être encore changer de nom) est maintenant présenté au musée d'Art et d'Histoire de Haguenau.
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| Trésor de l'Autre-Forêt - Photo: Robert Becker |
Pour célébrer l'anniversaire de cette découverte (en archéologie on appelle cela une "invention") Miriam Schwamm a conçu l'exposition Trésor de l'Autre Forêt en invitant quelques artistes à proposer des oeuvres sur cette cette notion de trésor — matériel, symbolique, intime, archéologique ou imaginaire.
Joignant le geste à la parole, Miriam Schwamm a elle-même entrepris des fouilles dans son jardin avec l’aide du jeune Kilian Groll et de son détecteur de métaux. Plus de cinquante vestiges ont ainsi été exhumés : pièces de monnaie, capsules de bouteilles, clous, fer à cheval et autres fragments du quotidien composent ce « troisième Trésor de Preuschdorf », à la fois modeste, poétique et archéologique (le premier, qui date du début du XXème siècle a "disparu" entre temps).
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| Performance de Geneviève Charras dans les oeuvres de Miriam Schwamm - Photo: Robert Becker |
Dans la Stub de La Case, le duo Julie Gonce et Roman Dörholt présente un remarquable travail à quatre mains mêlant bois tourné et verre soufflé. Ces objets précieux et délicats prolongent l’idée du trésor par le geste artisanal, la matière et la transformation. Julie Gonce a récemment reçu la Médaille d’Or – section sculpture – du Salon des Beaux-Arts de Paris 2025.
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| Julie Gonce - Roman Dönrholt |
L'artiste Makis Yalenios, artiste originaire de Grèce et vivant maintenant à Strasbourg, qui avait exposé l'année dernière à Wissembourg dans le cadre des Chemins d'Art Sacré, montre ses trésors artistiques, des créations sur ardoises et une installation dans la cour (également avec des ardoises et de blocs de verre colorés) qui illustre une sorte de retour d'Ithaque, inspiré de l'art traditionnel japonais Kintsugi et du poème " Ithaque " du poète grec égyptien Constantin Cavafy.
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| Performance de Geneviève Charras devant Ithaque de Makis Yalenios - Photo: Robert Becker |
Une autre installation, fait référence à la destruction de l’ancienne bibliothèque de Strasbourg lors du bombardement de 1870, qui entraîna notamment la disparition du célèbre Hortus Deliciarum. Tubes de verre, fragments de bois et pages partiellement brûlées d'un dictionnaire de l'année 1870 composent une installation où la mémoire elle-même devient trésor fragile.
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| Performance de Geneviève Charras devant l'oeuvre de Makis Yalenios - Photo: Robert Becker |
Le long des murs sont également présentées plusieurs œuvres de Robert Becker autour de l’argent, de la monnaie et de la valeur symbolique des objets.
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| Trésor - Robert Becker |
L’œuvre Trésor, une lithographie ancienne intégrée dans un cadre “kintsugisé”, associe une image pieuse à un assemblage de pièces de un et deux centimes formant le mot « TRESOR ». L’œuvre joue à la fois sur la valeur matérielle de la petite monnaie, son accumulation, mais aussi sur la notion de trésor spirituel ou familial. La présentation se matérialise sous forme de "pléonasme", les pièces formant ensemble le mot qui les définit "Trésor" qui résonnent en écho aux pièces de (petite) monnaie du "Trésor de Preuschdorf", lui aussi accumulation de "petite monnaie".
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| Performance de Geneviève Charras devant Trésor - 20 Rouge - 20 Blanc - Photo: Robert Becker |
L’oeuvre interroge ainsi la valeur de l’argent (que vaut une masse – relative – de petite monnaie) et de l’art: que vaut une oeuvre d’art constituée de pièces qui ont une valeur marchande, même si elle est ridicule ? Cette valeur est-elle celle de la "présentation" (la mise en forme) ou celle du "concept" - un ready-made qui cherche autant du côté de Marcel Duchamp que des artiste conceptuels américains (Joseph Kosuth, Robert Barry, Laurence Wiener,…) ou, tout comme les Schlusselpfeninge, prendront ils de la valeur dans le futur ? L’oeuvre "Trésor" pose aussi la question du trésor "caché" et de son dévoilement par sa nomination dans un même mouvement.
Ainsi, l’oeuvre répond aussi aux deux définitions du mot selon le dictionnaire du CNRTL – Centre National des Ressources Textuelles et Lexicale :
1. Somme d'argent considérée parfois comme importante parce qu'elle est le fruit d'économies, voire de privations (c’est relatif ! mais ça fait grossir le « cochon »)
2. Collection d'œuvres considérées comme précieuses dans le domaine artistique
A côté sont exposées deux oeuvres "anciennes" (2010) les deux oeuvres 20 rouge et 20 blanc, une réflexion complémentaire sur l’argent, la monnaie et sa matérialité, ainsi que son sens premier et sa "transformation". Réalisées avec 20 billets neufs, respectivement de 20 Francs suisses et de 20 Euros sur lesquels a été tamponné le texte "ROUGE" ou "BLANC" derrière le 20, la date de l’action et numérotés de 1 à 20. Le chiffre 20 remplace le texte manquant et joue sur l’homonymie entre 20 et "VIN". L’action de recouvrir un billet de traces ou de signes peut, dans certains pays être considéré comme un délit, mais ce n'est pas la cas en Europe où le délit ne concerne que dans la contrefaçon ou la falsification. L’impression d’un texte sur un billet de banque n'est qu'un acte "iconoclaste"», la contestation du "sacré" du "Trésor National". Cette action peut se voir comme une "dévalorisation" du billet, tout comme elle peut rajouter une valeur artistique, donc financière, indépendante de la valeur "faciale" du billet.
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| Trésor - 20 Rouge - 20 Blanc - Robert Becker |
Ces modifications mettent le regardeur, éventuellement l’acheteur, devant l’interrogation de la valeur (ajoutée) de l’objet - que ce soit chaque billet individuel ou cette présentation d’exposition en assemblage de 20 et sa réalité. Le jeu sur le texte, qui lui renvoie vers un autre objet et concept, le vin, apporte à l’objet (oeuvre d’art, à la limite du Ready-made) une échappée vers l’imaginaire et d’autres sens: le goût, l’odeur et la vue. Ainsi perturbé, l’objet lui-même, sa perception, sa couleur et la métaphore qu’induit cette couleur, le message rajouté sur le billet, si minimal soit-il, incite ainsi considérer ce billet comme autre chose qu’un simple billet de banque: vecteur d’un message ou d’une interrogation (quel rouge, ou blanc, quel vin, vingt, vain, vainc ?).
Une autre oeuvre, imposante (2 mètres 50 su 1 mètre 50), collage de divers billets, articles ou publicités qui se servent de l'argent sous la forme de billets plus ou moins transformés ou de pièces d'argent ou d'or, questionne également la matérialité et la réalité de l'argent et de son accumulation.
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| Papier Monnaie - Robert Becker |
Quelques billets (imitations ou interprétations) donnent un dernier éclairage sur les transformation que l'objet "billet de banque" peut initier.
Et pour conclure dans la démesure, la pièce "Le milliard de la Bégum" présenté sous forme de devinette:
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| Le milliard de la Begum - Robert Becker |
L’exposition se déploie ainsi comme une exploration multiple du trésor : trésor archéologique, trésor intime, trésor artistique, mémoire collective, objet de désir ou simple fragment du quotidien soudain réinvesti de sens.
Plusieurs rendez-vous ponctuent également l’exposition.
Le samedi 16 mai vers 16h00, Makis Yalenios et Michel Volmer proposeront une lecture du poème Ithaque.
Geneviève Charras, la « charivarieuse », interviendra également lors de plusieurs performances les 16, 17, 23 et 24 mai à 16h00 autour de variations personnelles sur le thème du trésor : Mon trésor est Publi, Mon trésor et République ou encore Cash-cash aux trésors.
Enfin, une édition spéciale intitulée TRESOR sera proposée autour de billets de cinq, dix et vingt euros transformés en objets artistiques, disponibles prochainement à la souscription.
La Fleur du Dimanche
Informations pratiques
Exposition : Les Trésors de l’Autre-Forêt
Horaires
16 et 17 mai : 14h00 – 19h00
23 et 24 mai (Ateliers Ouverts) : 10h00 – 18h00
30 et 31 mai : 14h00 – 19h00
Entrée libre
Performances de Geneviève Charras
16h00 les 16, 17, 23 et 24 mai
Lecture d’Ithaque
samedi 16 mai vers 16h00 par Makis Yalenios et Michel Volmer
Horaires des performances de Geneviève Charras

















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