mardi 25 juin 2019

Pour l'été, mettez vos oreilles au frais avec Accroche Note et protégez-les au Bouclier

Avec la saison estivale, le rendez-vous de l'ensemble Accroche Note à l'église du Bouclier à Strasbourg permet de faire en voyage en (musique de) chambre dans une atmosphère fraiche et vivifiante.
L'on voyage entre le 18ème et le 21ème siècle et l'on traverse des pays et des cultures, des océans même au gré de trois soirées avec une programmation variée qui va de Mozart à Zimmermann en passant par Ravel, Dusapin et même Eric Dolphy.

Le programme mixe des pièces classiques et des création, comme le premier soir avec deux créations, l'une "Prélude et Fugue" de Thierry Elkaich, création française avec Marie-Andrée Joerger à l'accordéon solo, une pièce qui permet à l'interprète de montrer son talent de virtuose. 

Accroche Note - Rencontres d'été - Marie-Andrée Joerger - Photo: lfdd

L'autre création, "Sarganserland" de Walter Zimmermann pour voix, clarinette et accordéon oblige Françoise Kubler à se justifier de chanter "grisée" comme le veut la partition, quitte à choquer, à tout le moins à surprendre le public. Mais elle n'est pas seule dans ce voyage chancelant, la clarinette d'Armand Angster et l'accordéon de Marie-Andrée Joerger titubent également pendant que la voix de Françoise Kubler se dégrise. Celle-ci donne sa pleine puissance dans le magnifique air d'Agathe dans la Cavatine du Freischutz de Carl Maria von Webern accompagnée en mélodie romantique par la clarinette et l'accordéon. 

Accroche Note - Rencontres d'été - Françoise Kubler - Marie-Andrée Joerger - Photo: lfdd

Et pour les "Quatre chansons populaires" de Manuel de Falla, magnifiques flamencos, tantôt tristes, presque désespérés, tantôt enjoués et dansants ou mélancoliques, avec toujours le populaire et virtuose accordéon.


Accroche Note - Rencontres d'été - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: lfdd


La pièce qui ouvrait le concert, "Puntos de Amor" (1999) de Luis de Pablo, un des promoteurs de la musique contemporaine espagnole nous offre un magnifique dialogue entre la superbe voix de Françoise Kubler et la clarinette d'Armand Angster, qui se relaient et se répondent. Les conseils de Saint Jean de la Croix (le N° 41 "L'oiseau solitaire" permet à Luis de Pablo d'accompagner la parole chantée par un langage sonore de chants d'oiseaux qui trillent et s'enroulent dans un beau dialogue.
Un autre beau dialogue, ou plutôt une dialogue qui devient une langue de Babel, c'est la clarinette et l'accordéon, dans Bethlehem Doloris d'Olivier Urbano où la musique traditionnelle klezmer essaie de se frayer entre des variations classique, de la musique techno ou d'ambiance, où les différentes strates s'entrelacent, se superposent, s'emportent l'une l'autre et s'élèvent pour finalement s'éteindre.

Accroche Note - Rencontres d'été - Armand Angster - Photo: lfdd

Autre pièce virtuose, la transcription d'un solo de clarinette d'Eric Dolphy par Armand Angster "God bless the child". Elle donne à l'interprète l'occasion de désarticuler l'air, d'en faire des variations qui s'enroulent ou escaladent la gamme pour redescendre et remonter pour finir en chantonnant dans sa clarinette basse - un grand moment et une belle soirée. 


La Fleur du Dimanche


Le programme complet:

Mardi 25 Juin
Luis de Pablo Puntos de Amor pour soprano et clarinette (1999)
Thierry Escaich Prélude et fugue pour accordéon seul (2019) création française
Olivier Urbano Bethlehem Doloris pour clarinette et accordéon (2002)
Carl Maria von Weber Cavatine du Freischütz pour soprano, clarinette et accordéon (1821)
Eric Dolphy God bless the child pour clarinette basse (1961)
Manuel De Falla Quatre chansons populaires pour soprano et accordéon (Asturiana – Jota – Nana – Polo) (1915)
Walter Zimmermann Sarganserland pour voix, clarinette et accordéon (2019) création

Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Marie-Andrée Joerger, accordéon


Mercredi 26 Juin
Franz Schubert Lieder pour soprano et quatuor à cordes (1815-1827)
« La Jeune fille et la Mort » Lied opus 7 no 3, D.531 (1817)
«  An die musik » D547 (1827)
« Lied der Mignon » D481 (1815)
« Auf dem Wasser zu singen »D774 (1823)
Maurice Ravel Quatuor à cordes en fa majeur (1903)
Pascal Dusapin Il-li-ko chapitres 1 et 3 pour voix (1987)
Wolfgang Amadeus Mozart Quintette pour clarinette et quatuor à cordes (1789)

Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Julien Moquet et Mélanie Ravaux, violons / Marion Abeilhou, alto / Solène Queyras, violoncelle


Jeudi 27 juin
Edwin York Bowen Phantasy Quintet opus 93 pour clarinette basse et quatuor à cordes (1935)
Benoît Menut Trois poèmes galants pour soprano et piano (2018)
« Étrennes à une Damoiselle » (Clément Marot)
« Sonnet de l’honneste Amour » (Joachim du Bellay)
« A la douceur du temps nouveau » (Guilhem IX d’Aquitaine)
César Franck Quintette pour quatuor à cordes et piano (1880)
Edith Canat de Chizy Sound and silence pour soprano, clarinette et percussions (2018)


Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Nathanaelle Marie et Saskia Lethiec, violons / Laurent Camatte, alto / Christophe Beau, violoncelle / Alexandre Gasparov, piano / Emmanuel Séjourné, percussions

lundi 24 juin 2019

Festival de Caves: Baleine: La rencontre de l'homme et du mammifère marin: C'est assez échoué.

Je vous l'avais dit hier, pour sa quatorzième édition, le Festival de Caves fait double jeu dans le Bas-Rhin: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.

Baleine, un texte de Simon Vincent qu'il met en scène lui-même, avec Anne-Laure Sanchez, qui interprétait hier la dernière d'une série de douze représentations de L'Illetric, plonge ce lundi dans le ventre de la Baleine pour quatre représentations.
Le texte, une création - comme il se doit presque pour le Festival de Caves - raconte à plusieurs niveaux de narration qui se superposent, les rêves de grand large d'un homme qui les abandonne en échouant dans un port pour se noyer, s'engluer dans son lit, dans une chambre dans laquelle sédimentent les strates de sa vie passée. Que serait-il devenu, si un soir, mu par une force inconnue, il n'avait pas "quitté son trou". Parce qu'elle, "Elle était là dans le noir".


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd


Et c'est ainsi que cela commence, dans le noir, ce lent et long cheminement vers elle, présence invisible mais massive dans la nuit, échouée sur la plage, en bas des falaises. Celle vers qui, dans un dur apprivoisement il va aller, qu'il va rejoindre, répondant à un autre appel, malgré la "prise au vent", le "déséquilibre de l'équilibriste". L'occasion de se retrouver double (cf le billet d'hier), à la fois se racontant hors de soi, en biographe autocritique, et dans un discours amoureux de séduction avec l'animal: "Je suis un homme" (... et je veux que tu m'aimes, même si tu es déjà morte). 
Mais l'amour est aveugle, et il ne voit pas la mort, il continue sa lente approche, son apprivoisement, sa cour (entrecoupée d'envolées oniriques - il s'envole au-dessus de la baleine bien vivante, nageant dans l'océan, et tel un oiseau, se pose sur elle comme sur un rocher ou alors dans un rêve aquatique sous-marin, il caresse sa peau. Le cétacé échoué est sa seule bouée de sauvetage pour s'enfuir de cette ville, de cette vie: "Emmène-moi" lui dit-il, avant de rejouer le mythe de Jonas en se lovant dans son ventre pour en finir.


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd

Et la clé est dans une chanson: 
"My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key"

"Mon corps est une cage qui me retient
De danser avec celle que j'aime
Mais mon esprit est la clé"

Et l'on sort de cette cave voutée, comme si l'on avait fait, nous aussi le voyage dans le ventre de la baleine, à écouter les soliloques de cet homme qui nous chuchote à l'oreille.  
Et cet "homme", c'est Anne-Lise Sanchez qui incarne magistralement tous ces changements de niveaux d'interprétation et de discours  (dans un registre très différent de la veille), et arrive à le rendre complètement présent et vivant avec ses phantasmes et ses multiples états, tout en assurant les changements d'ambiance par les réglages de la lumière et même la "régie sonore".


La Fleur du Dimanche

dimanche 23 juin 2019

Double jeu pour le Festival de Caves - Quatorzième: Part 1: L'Illetric

Pour sa quatorzième édition, dans le Bas-Rhin, le Festival de Caves fait double jeu: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.
Mais si vous voulez suivre le Festival, il faut s'installer en Franche-Comté, épicentre du Festival ou Rayonner jusqu'à Bordeaux ou Paris - et même en Suisse à Neuchâtel et autour.
N'hésitez pas à faire le voyage et trouver une cave adaptée à vos désirs, vous ne le regretterez pas.

Par exemple à Wangen, cette cave du village viticole qui fête bientôt sa "Fontaine" où coulera le vin le 7 juillet, était l'ancienne cave de la coopérative viticole. Cette cathédrale de la mémoire des viticulteurs était d'une juste résonnance pour la comédienne Anne-Laure Sanchez qui incarnait, hiératique et déclamative, impressionnante statue locutrice de la pensée d'un illettré qui se construit, tisse un lien d'amour avec une femme, Cécile dans la pièce de Moreau "L'Illetric".


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd


Plongés dans un silence d'église, les spectateurs subjugués sont collés aux lèvres de la comédienne dont le corps flotte dans un brouillard obscur, d'où peu à peu, il émerge, bien vivant, même s'il semble cloué au sol et les bras en croix. La pensée se fait chair, l'esprit (de l'auteur - Moreau) qui s'identifie dans le texte disant "je" et construisant son univers avec force béton et ciment, armé de mots qu'il construit aussi: "apprentissage,... insensé,... blanc blafard,... tout est tranquille, rien ne nous bouleverse...".
Et même s'il nous dit que "longtemps je lus avec ma mère pour lui tenir compagnie, maintenant c'est fini...", on ne s'y trompe pas. Ce double jeu est aussi un jeu de l'amour, puisque le livre que Cécile lui a offert, cette histoire d'elle et de lui, il va l'inventer pour construire la relation. Et ce livre et ce récit, double aussi, adressé à nous et à elle, extérieur et intérieur vient à la lumière et vient à la sensation, à l'intime, comme la voix, le jeu de la comédienne qui s'emballe, tout en s'éloignant de nous, provoque et explose. Et tout à coup rentre dans le sentiment, le sensible, le fragile.


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd

Pour revenir vers nous en doutant de la réalité - "Je dis je mais je n'existe pas", parce qu'il en arrive à douter de ce qu'il construit, de ce livre, de cette relation. Il ne comprend pas le monde, les livres, les mots, il se dit "infirme" et incapable d'être aimé parce qu'illettré. Mais peut-être n'est-ce qu'un jeu, un jeu de je où nous nous sommes fait avoir et où nous avons cru à cet amour, à la possibilité, à la réalité de cet amour. Par la grâce de ce texte et la performance de la comédienne qui faisait corps avec les mots. Et nous a emportés en un moment d'élévation, ailleurs...


La Fleur du Dimanche


A venir: Baleine, un texte et une mise en scène de Simon Vincent  également joué par Anne-Laure Sanchez les 24, 25 et 26 juin à Strasbourg et le 27 à Erstein.  

Pour les informations sur le reste de la programmation, c'est ici:
http://www.festivaldecaves.fr/

dimanche 16 juin 2019

Pivoines et Coeur de Marie, les fleurs ne sont pas des potiches

Un mot d'Albert dans ma boîte aux lettres le lundi de Pentecôte me donne l'occasion de vous offrir mes "Coeurs de Marie" du jardin de Corine et Dominique, pas rouge pivoine, mais rouges quand même:

Fleurs - Coeur de Marie - Photo: lfdd

La billet va être bref, entre fleur, TVA (poésie d'Albert Strickler), extrait et chansons de Neil Hammon à découvrir...
Le poème, écrit sûrement à l'occasion de la Pentecôte (Albert me le confirmera), le voici:


Les Pivoines (en écho à celles de Maximine)

Je me suis brûlé moi aussi
Au feu humide des pivoines
Déchiré par surabondance de grâce
Avec leur coeur en crue
Cette explosion de soi(e) trop rapide
Pour qu’on ait le temps de renouer
En bulbe l’écume du sang perdu

Je sais ce qu’en elles la tendresse
Atteint comme paroxysme
Ce nid tissé de cris mouillés
Où nos larmes coulent dans la rosée 
A la façon dont elles mêlent
Pour leur parfum le sucre et le poivre

Peut-on héler plus suavement
Qu’avec ces lèvres qui s’effeuillent 
Au fil des mots qu’elles nomment
Je reviens très loin pour retrouver
Dans l’odeur flottée par la brise
L’odeur indicible des vierges
Qui puisaient dans des corbeilles en osier
Les paupières rougies du ciel

J’ai chanté moi aussi leurs langues de Pentecôte
Ce grand babil velours et fruits
Comme un arbuste à merles rouges
Un buisson ardent de tendresse inouïe
Ebouriffé avec elles de joie
Et ivre du surcroît sans pareil
D’être là encore un printemps de plus
Simple sujet de leur royaume fragile
Qui émiette son pain pourpre aux cygnes d’avril

En elles « vermeil » rimait toujours avec « merveille »
C’était à la fois des artichauts de braises douces
Et des gorges cramoisies par le feu de l’amour
Blotties les unes contre les autres
Comme une nichée d’oisillons jouant des coudes
Pour mendier la becquée de la lumière
Qu’elles buvaient comme le reste trop vite
En rasades tremblantes lacérant leurs corps

Que de bouches à nourrir
De fièvres à épuiser
Avec tout ce rouge à lèvres excessif 
Qui en fait des créatures aguicheuses
Vivement peinturlurées mais si belles
Dans leur impatience à s’offrir
Comme si le trop-plein des unes
Débordait dans l’excès des autres
Pour une incandescence commune

J’aime moi aussi leur démesure éclatante
L’éventail des rouges qu’elles déchirent
A vouloir l’ouvrir trop grand  comme un
Accordéon exagérément plaintif
Leur exubérance d’écolières espiègles
Qui font les saisons buissonnières
Hors le printemps auquel elles restent
A jamais soumises comme à un amant
Qui connaît seul le secret de leur calice

A la fois vierges et filles de joie donc 
Jeunes filles qui rougissent aux murmures 
Du vent  comme au message le plus impudique
Gorgées de leur propre désir autant
Que de celui de la lumière qui les engrosse
En vue de naissances toujours interrompues
Et toujours de nouveau promises
Pigeons gonflés de sang qui se pavanent
Et se dispersent au souffle qui approche
Comme un lac cassé au redoux
Dont les tessons flottent
Dans le miroir du ciel mauve.

A la fin comme si la grêle les avait gaulées
Elles se couvrent d’hématomes
Au-delà du rouge le sombre du sang caillé
Non pas la rouille qui corrode d’autres
Les lilas par exemple à la pourriture noble
Mais la robe d’ecchymoses
Son pourpre de mort si loin soudain
Du vermillon du rouge à lèvres et
De l’écarlate du plaisir à son comble
Une couleur qui serait de deuil exclusif
Si elle ne recelait pas déjà la cyanose
D’un renaître têtu dont le premier cri 
Est d’un irrésistible velours mouillé


J'avais promis à Albert de publier des photos de ces fleurs magnifiques mais l'occasion ne s'en est pas trouvée... Elle attendent...
D'ailleurs les fleurs attendnent depuis longtemps, très longtemps, des millénaires, à priori depuis plus de 174 millions d'années si l'on en croit l'article de François Parcy dans Libération. Et ce ne sont pas des "potiches":






La vie est incroyable et tous les jours, noous en découvrons des mystères...

Et il y a aussi des chansons à découvrir..
Je vous laisse avec Neil Hannon - à découvrir si nous ne le connaissiez pas:

The Divine Comedy - Norman and Norma

 



The Divine Comedy - To The Rescue (Official Video)




The Divine Comedy - Something For The Weekend - spéciale dédicace à nos amis italien B&B et leur voyage à Venise..





The Divine Comedy - Songs Of Love   - une version jazz





Et pour finir un duo avec Yann Tiersen - Les Jours Tristes 




Bon Dimanche 

La Fleur du Dimanche  

dimanche 9 juin 2019

Plus je lis, plus, je lis, plus je vois, plus je vois, plus je vis.....

Cette semaine, un ami me disait en lisant le journal: "Ils meurent tous ..." et de faire le liste: "Freddy - je savais pas, François, Michel, Yannick, ..." et il oubliait - ou ne connaissait pas - Roky, et l'on ne parla pas de Niki, que l'on aurait pu croire mort depuis déjà longtemps....

Mais bon, on n'est pas là pour pleurer, juste pour voir ... des fleurs:


Pensée floue - Figure - Photo: lfdd


Les voyez-vous ? Pas forcément nettes, avec leur figure humaine dans la nuit... Eh oui! c'est une photo de nuit.

Et celles-là, si fines qu'il faut plisser les yeux pour les voir:

Fleurs infimes - Photo: lfdd


Bon, il faut s'entraîner. Pour voir, il faut voir, beaucoup, regarder, bien, et de temps en temps, lire... et penser,...

Et rire, car comme aurait dit François Weyergans - en fait il ne l'a pas dit mais c'était inscrit sur son épée d'académicien héritée de Béjart: 
"Plus je pense, plus je pense". 

Il avait de l'humour, paraît-il, au point de dire de son "éducation", quand il a déménagé en Belgique: 
"Je suis né dans le catholicisme. Les gens croient que je plaisante mais je ne plaisante pas."
Bon, si vous le croyez - ou ne le croyez pas, lisez "Le Pitre"...


Pour Yannick Bellon, sachez que son premier film date de 1948,"Les goémons", un reportage sur l'île de Béniguet, visible - pour des questions de droits, ici:

https://www.filmsdocumentaires.com/films/1199-goemons

Elle a tourné "Quelque part quelqu'un" (1972), "La femme de Jean" (1974), "L'amour violé" (1978), "L'amour nu" (1981), entre autres films (pas nombreux), et, avec Emmanuelle Béart "Les enfants du désordre" (1989) dont voici la bande annonce:
 
 , 

Pour rester dans le cinéma, la cinémathèque suisse en particulier, un adieu à Freddy Buache, son directeur dès 1951, une lettre que lui "écrivit" Jean-Luc Godard à l'occasion du cinq-centenaire de la Ville de Lausanne, là où est la cinémathèque. 
Il lui dit, sur fond de Boléro....
"Et toi et moi, on est trop vieux, et le cinéma va mourir bientôt très jeune, alors il faut aller vite au fond des choses, il y a urgence..."


Lettre à Freddy Buache (1981)

Urgence, c'est aussi à ce que Michel Serres appelle: urgence de l'intégration, urgence de la prise en compte du monde, de la terre et de l'autre, avec prise en compte de nos racines, mais décalées, décalé le regard, comme quand il dit "Au fond, une oeuvre, c'est un artichaut", alors sommes nous prêts à faire un artichaut, plutôt qu'à l'effeuiller ?





  
Et concernant l'identité, l'autre, se regarder avec un regard multiple:

"Je connais pas mal de Michel Serres: j’appartiens à ce groupe, comme à celui des gens qui sont nés en Lot-et-Garonne. Bref, sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. Deux autres y figurent : les gens qui mesurent 1,80 m, et ceux de la nation française. Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. Ou vous dites "a est a", "je suis je", et voilà l’identité ; ou vous dites "a appartient à telle collection", et voilà l’appartenance. Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan. Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. Or cette erreur, or cette injure nous les commettons quand nous disons: identité religieuse, culturelle, nationale… Non, il s’agit d’appartenances. Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les œufs durs, etc. Identité nationale: erreur et délit."

A propos de Michel Serres, vous n'avez pas attendu ce billet pour lui rendre hommage, vu le nombre de lecteur aui ont redécouvert mon billet où il interroge Jankélévitch dans mon billet du 20 janvier "Ecouter Jankélévitch à la limite du dicible".


Et puis, tout à côté de l'hommage à Michel Serre, un autre extrait in mémoriam pour Rocky:





Alors, pour finir en chanson, pas une seule, pas juste celle en hommage à Roky, une liste pour refaire un hit-parade décalé ...
A vous de choisir.

1. The 13th Floor Elevators - You're Gonna Miss Me (1966):







2. Peace Of Mind - Blue Cheer (Psychedelic Masterpiece 1969)





3. CANNED HEAT - Going up The Country 1969





4. Vanilla Fudge - Bang Bang (Beat Club, 1968)






5. King Crimson Epitaph:




6. Aphrodite's Child - Rain and tears:



7. Shocking Blue - Venus:






8. Suzi Quatro - Can the Can Version 1






8b. Version 2







9. T. Rex - Hot Love (Live 1972) HD version 1: 



9b. Rex - Hot Love (1971) Version 2: 




10. David Bowie/Brian Molko - Protège Moi:





Bon Dimanche et bon pont si vous le faites...


La Fleur du Dimanche

lundi 27 mai 2019

Les Palmiers Sauvages au TNS: L'éclair blanc des corps et le vent d'amour dans la tête

Au début fut la lumière, mais une lumière faite d'éclairs, accompagnés de sourds grondements de tonnerre.
Sporadiquement l'on discerne, découvre que le plateau, vaste capharnaüm - d'aucuns diraient un vrai bordel - est peuplé, d'au moins deux personnes que l'on devine presque nues, mais qui jamais ne sont au même endroit... Dans le noir, on devine l'approche tandis que deux voix douces et tendres se font la cour: un homme et une femme se découvrent. Et, au fur et à mesure, se révèlent littéralement, dans des tableaux animés, éclairés un peu plus longuement, les effets de ce coup de foudre, le résultat concret, les étreintes, l'union physique, les corps entremêlés, liés, unis et s'aimant sans fin...


Les Palmiers Sauvages - Faulkner - Séverine Chavrier - TNS Strasbourg - Photo: Samuel Robio

Une voix off (c'est Harry qui parle) situe le contexte, celui du roman de William Faulkner "Les Palmiers Sauvages"Charlotte et Harry se rencontrent dans une brocante et c'est le coup de foudre. Elle quitte mari, enfants et vie bourgeoise. Il interrompt ses études de médecine. Ils fuguent à travers l'Amérique pour vivre un amour sans compromis qui basculera dans la tragédie. 
La pièce adaptée par Séverine Chavrier navigue entre rêve et cauchemar, entre passion amoureuse et épuisement.
Elle est construite sur ce texte, un "courant de conscience", la parole intérieure de Harry qui se raconte, peut-être se remémore, dans un grand flash-back ce qui l'a amené à la dernière scène, à son dernier acte, tragique. Et les flashes de scènes jouées devant nous sont un ultime essai de rattraper le bonheur qui s'enfuit et se délite dans cette traversée; une reconstitution de moments intenses, éblouissants ou déjà effacés, de ces scènes où la passion monte, les corps parlent, dans la lumière, la pénombre ou le noir. Et de ces scènes où, déjà la routine, les contraintes matérielles, la lassitude, le trop d'aimer - comme le dit Séverine Chavrier: "A force d'aimer trop l'amour, est-ce que l'on ne finit pas par oublier l'autre, le nier ?" - détruit leur amour, les sépare et les meurtrit. L'amour les exclue, les tue...


Les Palmiers Sauvages - Faulkner - Séverine Chavrier - TNS Strasbourg - Photo: Samuel Robio

La scénographie de Philippe Perrin, avec ses matelas mouvants, ses lits trampoline, sa bibliothèque de conserves qui se délite et ses meubles de bric et de brocante, éclairés par David Perez dans une pénombre oppressante concourent à une atmosphère de film noir soutenus par l'ambiance sonore de Philippe Perrin, complétés par le jeu au piano de Séverine Chavrier elle-même, entre bruitage, mélodies romantiques et rumba. Nous sommes ballancés au gré d'un désir qui monte et descend comme une marée inquiétante. Et le vent, qui balaye la scène est aussi là, inquiétant sur ces images où les personnages se promènent sur une jetée ou rentrent dans l'eau avec des vagues folles (une tempête sur les bords du Lac Léman) dans la vidéo de Jérôme Vernez projetée en fond de scène. Le dispositif vidéo  projetant les images de comédiens en direct, en les multipliant quelquefois concourt à les transformer en des fantômes.


Les Palmiers Sauvages - Faulkner - Séverine Chavrier - TNS Strasbourg - Photo: Samuel Robio

Cette femme, sur scène, Charlotte, sauvage, libre, osant son désir et sa tendresse, incarnée de toute sa puissance de femme par Déborah Rouach, et qui vit et exprime son envie, avec et face à - parce qu'il n'y a qu'eux qui se font face - Harry, joué par Laurent Papot, fragile et fort à la fois, qui découvrant l'amour, tombe littéralement dans ce tourbillon jusqu'à se perdre, nous bouleversent, nous emportent avec eux dans le maelström de la passion.  


La Fleur du Dimanche



Au TNS à Strasbourg, jusqu'au 7 juin

D’après le roman de William Faulkner
Mise en scène Séverine Chavrier
Avec Séverine Chavrier, Laurent Papot, Deborah Rouach
Dramaturgie Benjamin Chavrier
Scénographie Benjamin Hautin
Son Philippe Perrin
Lumière David Perez
Vidéo Jérôme Vernez
Production Théâtre Vidy – Lausanne, Compagnie La Sérénade interrompue
Coproduction Nouveau Théâtre de Montreuil – Centre dramatique national
Reprise CDN Orléans – Centre – Val de Loire
Avec le soutien de la SPEDIDAM, du ministère de la Culture et de la Communication, du Centre dramatique national de Besançon Franche-Comté, de Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture

Spectacle créé le 25 septembre 2014 au Théâtre Vidy – Lausanne
Le roman de William Faulkner est publié aux éditions Gallimard
  

dimanche 26 mai 2019

La Cabane, dans les arbres, au fond du jardin, une zone à défendre

Aujourd'hui ce sera court!

Qui n'a rêvé de vivre dans une cabane dans un arbre, ou au fond du jardin...

Ce jardin par exemple, où travaillent deux artistes dans la cabane du fond et dans lequel fleurissent des iris magnifiques:

Iris du jardin d'artistes - Photo: lfdd


Iris du jardin d'artistes - Photo: lfdd

Le jardin, l'abri, la cabane, "Nos cabanes" sont l'origine de ce TVA, le livre de Marielle Macé dont Jean Birnbaum nous parle dans le Monde des livres de cette semaine en faisant des liens.

Apparemment les cabanes sont le lieu de liens, le sont-ils toujours?  Peut-être pas à en croire l'expérience vécue - et racontée hier - par un ami qui disait que, dans l'abri-cabane qu'il avait construit à bord de l'étang n'a servi qu'à abriter des jeunes qui jouaient sur leur Play-station. Mais peut-être qu'elles peuvent l'être encore si on en croit Marielle Macé ou Roland Barthes:
"Enfant je m'étais fait une retraite à moi, cabane et belvédère, au palier supérieur d'un escalier extérieur, sur le jardin: j'y lisais, écrivais, collais des papillons, bricolais."

Jean Birnbaum: "La cabane de Barthes mais aussi la cabane de chaque lectrice ou lecteur, nos cabanes à tous, c'est le havre où l'amour même des mêmes texte coïncide avec le désir d'autre chose." 

Et il continue plus loin:
"Quel « nous » s’est noué dans les dizaines de cabanes surgies à travers cette zone humide des « Noues » ? A quels gestes quotidiens, à quelle espérance pour demain ont donné refuge ces baraques agricoles, ces cahutes-bibliothèques?"
Et il cite encore Marielle Macé:
 « Les noues, les noës comme autant d’arches, arches d’eaux vives et de pratiques, où conserver non pas des choses mais des ­forces, où faire monter des inquiétudes, des pensées, des combats », écrit Marielle Macé, elle-même née dans ce bocage en bout de Loire."

Ces noues sont dans la Zone à Défendre de Notre-Dame-des-Landes, elle en parle et curieusement, un des TVA auxquel vous avez échappé concernait un livre, plutôt une bande dessinée de l’auteur italien de romans graphiques Alessandro Pignocchi,"La recomposition des Mondes" dont le Monde des livres curieusement parle aussi. Je voulais en parler par le biais de Philippe Descola, l'anthropologue  dont Libération avait une interview le 30 janvier sur les indiens d'Amazonie. Et en complément de cette interview, il y avait un article sur Alessandro Pignocchi, chercheur et philosophe. Parce  ce que c'est la lecture des livres de l’anthropologue, qui l'a inspiré et fait partir dessiner les Jivaros en Amazonie. Et c’est encore Philippe Descola qui l’a orienté vers la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, sujet de cette BD. Comme quoi, les liens se nouent.... par delà les matières.
Et Alessandro Pignocchi cherchait, dans cette ZAD à étudier une "révolution cosmologique (en cours, à travers un espace) où l'on commence à imaginer des mondes ouverts aux relations de sujet à sujet avec les animaux, les plantes et le territoire."

Pour inventer l'après-anthropocène ?  

Iris du jardin d'artistes - Photo: lfdd

 Pour compléter avec les cabanes, celles-ci sont aussi des lieux de créations, des ateliers et comme aujourd'hui encore vous pouvez rendre visite à ces artistes dans le cadres des "Ateliers Ouverts", je vous en conseille quelques-uns, qui sont dans des cabanes, ou l'équivalent. Y aurait-il un certain besoin à celà?

Donc, non exhaustif et dans le désordre:
L'atelier des hautes plaines - 33 rue du Maréchal Lefèvre à la Meinau, 
L'atelier de Pascale Duanyer à Geispolsheim.(malheureusement fermé cet après-midi)
L'Atelier du Verger à Saint Nabor 
Preview Image Maker à Oberhausbergen avec Melissa Decaire, Cathy Gangloff, Michel Déjean, Sandro Weltin.
L'Atelier Perché de Pascal Poirot à Neuve-Eglise
La Weber's Hütte à Hilsenheim

Et à Schweighouse-sur-Moder, d'où viennent ces beaux iris, l'atelier de Corine Kleck et Dominique Haettel.

Bon Dimanche à toutes et à tous

La Fleur du Dimanche