mercredi 24 juin 2026

In the Brain de Schechter II à Montpellier Danse: un éblouissement de danse organique et physique

Hofesh Shechter qui avait intégré la Batsheva Dance Company dirigé par Ohad Naharin à 18 ans est parti à Londres où il a fondé en 2008 sa compagnie à the Place. Et il est maintenant co-directeur de l’Agora, Cité Internationale de la Danse, fusion du festival Montpellier Danse et du Centre chorégraphique national Montpellier Occitanie en commun avec Jann Gallois, Dominique Hervieu et Pierre Martinez. Avec sa nouvelle troupe de jeunes danseurs (entre18 et 25 ans) renouvelée, qui bénéficient d'un encadrement professionnel, il a créé à Berne en mars 2026 In the Brain, à partir de la courte pièce The Cave, accueilli en avril au Théâtre de la Ville. 


Hofesh Shechter - In the Brain - Photo: Todd MacDonald


Dans une grande tournée internationale, elle fait étape trois jours dans l'amphithéâtre du Domaine d'O, en plein air. Comme à son habitude, c'est aussi Hofesh Shechter, avec Âme qui signe la musique, mélange de rythmes percussif est de compositions dynamiques avec de subits changements de rythmes qui permettent aux jeunes interprètes de démontrer toute leur agilité et leur virtuosité. 


Hofesh Shechter - In the Brain - Photo: Todd MacDonald

Après un début tout en ondulations aquatiques (et une composition à l'avenant avec des vagues et des bulles sonores) les danseurs tout en mouvements enroulants, de vigoureuses figures d'ensembles variées, alternent avec quelques solos, dont ceux d'Armand Lassus, le seul Français de l'équipe, dans son costume bleu avec la souplesse de ses longs membres désarticulés. Le reste de la troupe n'est pas en reste et l'on imagine la qualité de ces huit danseurs pour avoir été choisis parmi 1.500 postulants. Surtout qu'ils occupent la scène sans interruption pendant presqu'une heure à enchainer différentes variations entre musique presque folklorique, ethnique, chtonienne, en ligne ou en rond, en fusion ou en éclats, dans des célébrations cérémonieuse ou des fêtes plus modernes du genre Rave, en transes, battles ou en cercle, ou des fêtes percussives, avec même un grand écart osé. 


Hofesh Shechter - In the Brain - Photo: Todd MacDonald


Les lumières de Tom Viser, révèlent les corps au fur et à mesure, les arrosant de douches dynamiques pour les accompagner dans une montée en puissance qui magnifie les superbes costumes d'Osnat Kelner qui gagnent en couleur tout au long de la pièce. On sort de ce cérémonial rituel à la fois ébloui et presque fourbu, en tout cas avec plein d'étoiles dans les yeux et du rythme qui continue de nous soulever. 


La Fleur du Dimanche


In the Brain


Montpellier - 24 et 25 juin 2026


Chorégraphie et musique : Hofesh Shechter
Lumière : Tom Visser
Costume : Osnat Kelner
Interprété par Shechter II
Danseurs et danseuses : Matilde Agostinone, Teige Bisnought, Nagga Baldina, Federica Fantuzi, Woojin Kwon, Armand Lassus, Skiye Nataliah, Ella Roberts
Collaborateur son : Frédéric Despierre
Musique supplémentaire : CAVE par Hofesh Shechter et Âme (Kristian Beyer & Frank Wiedemann) Sous licence accordée en accord avec INNERVISIONS.
Commande : Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie

Coproduction : Migros Culture Percentage Dance Festival Steps, Château Rouge, scène conventionnée Annemasse, Espace 1789, scène conventionnée danse – Saint-Ouen, Scène nationale de Bourg-en-Bresse, Düsseldorf Festival!, avec le soutien en production du Théâtre de la Ville Paris.
IN THE BRAIN est basé sur CAVE, une œuvre originale produite par la Martha Graham Company, Studio Simkin et Sharing Space, et présentée en première lors du City Center Dance Festival à New York le 6 avril 2022.
Hofesh Shechter Company remercie chaleureusement les partenaires de Shechter II 2026 : la fondation Harold Hyam Wingate et Abderrahim Crickmay Charitable Settlement dont le soutien en assure le fonctionnement ainsi que Jerwood Foundation pour Jerwood x SII qui finance le projet – une offre de formation continue (CPD) destinée aux danseurs – et enfin le fonds de dotation Cockayne Grants for the Arts, géré par The Prism Charitable Trust et du Maria Björnson
Memorial Fund pour la création et la première londonienne de IN THE BRAIN. Avec l’aide du Garrick Charitable Trust pour la reconversion professionnelle des danseurs.
La Hofesh Shechter Company reçoit le soutien de la fondation BNP Paribas pour le développement de ses projets et des subventions publiques de l’Arts Council England. Hofesh Shechter est codirecteur de l’Agora, Cité Internationale de la Danse.
Hofesh Shechter est codirecteur de l’Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas pour l’accueil en résidence

Le Pas du Monde du Collectif XY au Festival Montpellier Danse: la danse des rochers, des arbres, des montagnes....

On définit en général la danse comme l'art du mouvement. Tout ce qui est mouvement est danse pourrait-on dire en un raccourci rapide. Et le travail du Collectif XY qui nous présente Le Pas du Monde au Festival Montpellier Danse pourrait, dans la même démarche être considérée comme de la danse (et non du cirque comme une première approche qui considère la technique acrobatique comme base de ce collectif). Ils oeuvrent depuis plus de vingt ans dans un esprit d'ouverture en balayant large. Cependant, les vingt-deux artistes qui constituent cette troupe ne sont pas des danseurs, et pourtant le spectacle qu'ils proposent avec cette pièce apporte une certaine magie qui va plus loin que le simple spectacle de cirque et leur introduction avec une suite de traversées dont une en marche arrière nous alerte sur la liberté qu'ils prennent sur la perception. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

Et la magie des constructions et métamorphoses qu'ils vont nous proposer tout au long de cette heure durant laquelle ils vont nous faire voyager à travers des paysages mouvants et imaginaires qu'ils construisent et déconstruisent dans une sorte de morphing humain. Avec eux, l'individu est au service d'une cause commune, une brique indispensable dans un tout qui nous raconte par exemple des transformations millénaires de montagnes qui se forment et s'érodent, de paysages qui grandissent et évoluent, de masses qui se constituent et coulent dans une totale fluidité, tout en souplesse et en surprises renouvelées. Il nous semble y découvrir des arbres qui grandissent, des sommets de hautes montagnes (le Cervin ?) qui se dressent par un jeu d'assemblage discret et complice. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

Les performances acrobatiques et les sauts et chutes semblent couler de source et les mélopées et chansons qui soutiennent les numéros d'acrobatie les rendent naturelles et poétique, une poésie du geste de de la figure. Chaque membre de ce tout est naturellement à sa place ou la prend sans friction et sans heurt, dans une dynamique fluide et les constructions en hauteur où l'on arrive à des portés à trois personnes (et même quatre pour le bouquet final) se font tout en souplesse dans la construction et la déconstruction, très naturellement, comme coulant de source. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier


Chaque personne, élément de ce rouage en perpétuelle évolution trouve sa place dans la mécanique générale et contribue à la magie des tableaux qui émergent, évoluent et se dissolvent, soutenus par les mélopées et les chants, quelques percussions et une escapade dans un univers peuplé d'une faune fantastique, apporte une touche plus humoristique pour clore ce voyage extraordinaire où l'on découvre la nature et ses métamorphoses sous un nouvel éclairage, qui nous fait à la fois danser les montagnes et valser des monstres sympathiques. Une expérience dépaysante et originale.


La Fleur du Dimanche


Le Pas du Monde

Montpellier - 24 et 25 juin 2026

Création : Collectif XY
Collectif en tournée : Airelle Caen, Alejo Bianchi, Alice Noël, Amaia Valle, Antonio Terrones y Hernandez, Cyril Héritier, Camille de Truchis, Clémence Gilbert, Consuelo Burgos Bustos, Denis Dulon, Diego Ruiz Moreno, Etienne Revenu, Florian Sontowski, Guillaume Sendron, Hamza Benlabied, Julie Calbete, Kritonas Anastasopoulos, Xavier Lavabre, Pedro Guerra, Raimon Mato Rabassedas, Raphaela Abreu Olivo de Almeida, Virginie Benoist
Direction musicale et composition vocale : Virginie Benoist
Création sonore : Jack McWeeny
Création lumière : Éric Soyer assisté d’Aliénor Lebert
Création costumes : Céline Perrigon assistée d’Ophélie Parmentier
Collaborations artistiques : Julie Calbete, Fanny Soriano, Maja Zimmerlin
Accompagnement dramaturgie : Olivia Burton
Direction de production : Antoine Billaud, Johanna Autran assisté(e)s d’Alicia Gicquel
Régie générale : Sébastien Hérouart
Régie son : Jack McWeeny, Aude Pétiard (en alternance)
Régie lumière : Aliénor Lebert, Clara Boulis Valence (en alternance)
Production : XY
Résidences : Le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle européen de création, Tandem, Scène nationale (Hippodrome de Douai), Le Bateau Feu, Scène nationale Dunkerque, Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale, Beauvais, Le Volcan, Scène nationale du Havre, La Brèche – Cherbourg, Pôle national cirque en Normandie, Circa, Pôle national cirque, Auch
Coproductions : Le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle européen de création, Chaillot – Théâtre national de la Danse Paris, Maison de la danse Lyon, Le Volcan, Scène nationale du Havre, EPPGHV, Parc de La Villette Paris, Tandem, Scène nationale (Hippodrome de Douai), Théâtres de Compiègne, Maison de la Culture d’Amiens, Scène nationale, La Comédie de Clermont, Scène nationale, Clermont-Ferrand, Château Rouge, Scène conventionnée, Annemasse, Scène nationale Carré-Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles,Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale, Beauvais, Le Bateau Feu, Scène nationale Dunkerque, Scène nationale Albi – Tarn, Espace 1789 de Saint-Ouen, scène conventionnée pour la danse, Festival Roma Europa (Italie)
Aides et soutiens à la création : Ministère de la Culture au titre de l’aide nationale à la création pour les arts du cirque Région Hauts-de-France au titre de l’aide aux projets à rayonnement culturel et artistique
Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels
Remerciements : La ville de Puget-Théniers, La Carrière, école des arts du cirque Saint-Barthélemy d’Anjou
XY bénéficie du soutien du Ministère de la Culture, DRAC Hauts-de-France au titre du conventionnement pluriannuel. Depuis 2016, Le collectif est accompagné par la Fondation BNP-Paribas. Depuis 2017, le collectif est associé pour l’ensemble de ses projets par le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle international de production et de diffusion. Depuis 2021 il est également associé à Chaillot-Théâtre National de la Danse, Paris et depuis 2025 à la constellation de la Maison de la Culture d’Amiens.


lundi 22 juin 2026

Dimitri Chamblas, le retour, à Montpellier Danse: Avec Ulysse Marion, les corps se souviennent et revivent

 En 2023, au Festival Montpellier Danse, Dimitri Chamblas, reprenait A bras-le-corps, le duo historique qu'il y avait créé en 1998 avec Boris Charmatz, vingt-cinq ans après, sacré challenge. La pièce interrogeais à la fois la mémoire des deux protagonistes et la mémoire des spectateurs. Mais aussi leur mémoire corporelle. Et elle creusait à l'aune du temps passé une sorte de comparaison de cette performance, surtout physique. Car, alors que pour leur première performance, les deux complices avaient dans les vingt-cinq ans, pour la deuxième, c'est dans la franche cinquantaine qu'ils étaient engagés. 

Est-ce cette volonté de questionner à la fois cette mémoire du corps et de ses performances et exercices passés, et le regard mais surtout l'expérience réelle du corps dans cette recherche du souvenir qui l'a amené à mettre en "piste" Marion Barbeau et Ulysse Zangs dans une lecture comparée de ces deux figures singulières de la danse contemporaine? Avec la pièce Ulysse Marion, nous avons une similitude de contexte: les deux interprètes, arrivés à la danse tôt (autour de 18 ans pour Marion Barbeau, se penchent sur leur passé à l'École de danse de l'Opéra national de Paris et sur leur parcours professionnel (précoce pour les deux). et leur bifurcation - et c'est cela qui est intéressant - dans d'autres voies que la seule danse: le cinéma et le jeu d'acteur pour Marion et la musique pour Ulysse. Je profite de ce nom pour raviver le souvenir de l'édition 2023, Ulysse était, en 2023 la revisitation d'une pièce ancienne, historique de Jean-Claude Gallotta avec une troupe rajeunie, et, autre souvenir, celui d'une performance mémorable - et longue de trois heures vus pouvez en voir quelques photos et une vidéo - de Dana Michel dans une salle et cette cour, qui porte désormais le nom du défunt directeur de Montpellier Danse, Cour Montanari.


Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Marion Barbeau - Photo: Sandy Korzekwa


Est-ce cette volonté de questionner à la fois cette mémoire du corps et de ses performances et exercices passés, et le regard mais surtout l'expérience réelle du corps dans cette recherche du souvenir qui l'a amené à mettre en "piste" Marion Barbeau et Ulysse Zangs dans une lecture comparée de ces deux figures singulières de la danse contemporaine? Avec la pièce Ulysse Marion, nous avons une similitude de contexte: les deux interprètes, arrivés à la danse tôt (autour de 18 ans pour Marion Barbeau, se penchent sur leur passé à l'École de danse de l'Opéra national de Paris et sur leur parcours professionnel (précoce pour les deux). et leur bifurcation - et c'est cela qui est intéressant - dans d'autres voies que la seule danse: le cinéma et le jeu d'acteur pour Marion et la musique pour Ulysse. Je profite de ce nom pour raviver le souvenir de l'édition 2023, Ulysse était, en 2023 la revisitation d'une pièce ancienne, historique de Jean-Claude Gallotta avec une troupe rajeunie, et, autre souvenir, celui d'une performance mémorable - et longue de trois heures vus pouvez en voir quelques photos et une vidéo - de Dana Michel dans une salle et cette cour, qui porte désormais le nom du défunt directeur de Montpellier Danse, Cour Montanari.


Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Marion Barbeau - Photo: Sandy Korzekwa


C'est donc là que, après que les deux larrons et la larronne aient discuté et plaisanté sur le gravier de la cour coupée en deux, pendant que les spectateurs s'asseyaient sur des coussins au sol, Marion Barbeau commence à faire de grands sauts élastiques puis à cadrer les alentours puis se met à trembler entièrement dans son corps, vêtue d'un vieux jean pattes d'éléphant qui s'étiole et d'une lourde veste en cuir noir. Elle pousse un grand cri silencieux comme une prière au ciel qui commence à s'assombrir. Puis ce seront des mouvements de danse classiques, remontant du lointain et se fracassant dans son élan. Son corps est encore agile, entraîné et capable de toutes ces performances qui l'ont destinée à être étoile. Elle saute, tourne, virevolte, fait des pointes après avoir tombé la veste et le pantalon pour se retrouver en short jaune et t-shirt noir. Elle amorce quantités de figures classiques qu'elle abandonne en chemin, essaye, bégaye, hésite, abandonne, recommence puis, comme preuve de la rigueur et la persévérance de son apprentissage toute jeune nous offre la chanson La Petite Fugue qu'elle a chanté toute petite, de sa petite voix haut perchée. Elle sait toujours occuper l'espace et s'y sent à l'aise, dans cette belle cour où la lumière l'éclaire de plus en plus. Elle sait la prendre et aime cela. Et même si ressurgissent les souvenirs et les douleurs des exercices, elle n'arrête pas, elle danse sa vie...


Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Ulysse Zangs - Photo: Sandy Korzekwa


Ulyse Zangs, lui la chante, sa vie, sa guitare en bandoulière, d'une voix rappelant Bob Dylan ou Pete Seeger, avec plus de douceur, de velour et d'aigus doux et sucrés, il fait le tour de la cour sous le colonnes avant d'arriver au fond pour se rapprocher de face. Une longue chanson douce et nostalgique qu'il nous offre pour montrer que maintenant, c'est plus la musique qui le porte. Mais il n'a ni oublié la danse, et il est encore très capable à la fois de courir très vite, de sauter et de tournoyer de manière très acrobatique, dès qu'il a posé sa guitare dans le public pour prouver sa virtuosité et sa célérité, sa force, sa puissance et son énergie - c'est vrai qu'il encore à un âge où son corps lui permet - et il ne se gène pas, lui non plus de démontrer son agilité sur une de ses chanson en bande son. 


Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Ulysse Zangs - Photo: Sandy Korzekwa


Mais, à l'image de Marion, nous le voyons aussi rompre la grâce et casser la magie de cette danse exceptionnelle dont il démontre la maîtrise tous les détails avant, là aussi de l'achever par une chute ou une attitude de prostré, renvoyant au passé une conclusion esthétique. Il laisse au projecteur en fond de scène le soin de nous éblouir et préfère, sur un geste caressant et protecteur sur un objet invisible - geste que nous avons également cru discerner chez Marion - après une dernière chanson qu'il chante au milieu du public, s'éloigner vers le fond de scène en compagnie de Marion, comme dans un vieux film où, le cow-boy va vers l'inconnu, mais pas seul, pour la fin de son voyage... 


La Fleur du Dimanche


Ulysse Marion


Montpellier Danse - du 20 au 22 juin 2026

Distribution / Production
Chorégraphie : Dimitri Chamblas en collaboration avec les interprètes Marion Barbeau et Ulysse Zangs
Musique : Pierre Aviat, Ulysse Zangs
Lumière : Yves Godin coréalisée avec Fabrice Le Fur
Régie générale : Jack McWeeny
Régie son : Jack McWeeny
Régie lumière : Fabrice Le Fur
Production et diffusion : Studio Dimitri Chamblas
Studio manager : Elodie Vitrano
Coproductions : La Villette, Paris – Initiatives d’Artistes, California Institute of the Arts, Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie, Théâtre de Nîmes, scène conventionnée d’intérêt national – art & création – danse contemporaine, Théâtre Molière → Sète, scène nationale archipel de Thau, Ménagerie de Verre dans le cadre du dispositif Studio Lab
Remerciements : festival Parterre, festival de l’Impertinence
Le Studio Dimitri Chamblas est soutenu le ministère de la Culture – Direction Générale de la Création Artistique et la Direction régionale des affaires culturelles Occitanie.
Dimitri Chamblas est artiste associé au Théâtre de Nîmes, scène conventionnée pour la danse contemporaine et au Théâtre Molière → Sète, scène nationale archipel de Thau.

Cinq jours au Soleil d'Emanuel Gat à Montpellier Danse: La musique de la cinquième de Mahler sous la lumière

 Pour vraiment débuter la 46ème édition du Festival Montpellier Danse, il ne fallait pas moins que la compagnie Emanuel Gat Dance qui magnifie la Symphonie N° 5 de Gustav Mahler pour nous emporter dans une oeuvre d'art complète. Le chorégraphe, fidèle habitué du festival, qui signe aussi les lumières et quelques composition sonores complémentaires nous propose une lecture émouvante de cette pièce musicale majeure avec une troupe renouvelée composée de danseuses et de danseur relativement jeunes, né(e)s autour de l'an 2000.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


La pièce Cinq jours au Soleil démarre bien sûr par cette énergique fanfare de trompette en faisant émerger progressivement d'une brume un peu surnaturelle les différentes figures de danseuses et de danseurs, dans de très grands voiles en soie faisant penser à la danse expressionniste de Mary Wigman. D'abord une, en robe rouge, la tête masquée, puis deux qui se transmettant par geste et attitudes des mouvements réduits. Puis quatre, six et plus qui, espacé.e.s sur le plateau, instaurent ce dialogue gestuel. Mais très rapidement, les douze danseurs, flottant presque sur la scène, volant dans leurs voiles, ondulant avec frénésie et vibrations agitent le plateau de leurs frémissements.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


  En palpitations, flux et reflux, disparaissant et réapparaissant à nouveau du fin fond de la scène, Le rideau se baisse doucement en pleine lumière puis se relève et apparaissent des costumes plus contemporains, coloré, sport et confortables, qui donnent une autre présence aux corps des danseurs et des danseuses, renforcée par la présence de quelques interprètes restés vêtus de leurs robes de voiles - les costumes ont été créés par la  styliste polonaise Inez Vicher. Ainsi vêtus, les différents interprètes se lancent avec virtuosité dans des démonstration de leur maîtrise corporelle, allant du post-classique à des performances plus acrobatiques    S'accordant sur la musique, qui alterne des mouvements furieux et des moments d'apaisement, la chorégraphie balance entre des solos, duos ou trios avec des ensembles plus vastes où les interprètes remplissent le vaste plateau nu de l'Opéra Berlioz au Corum.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


Une nouvelle mue des corps s'annonce, une des danseuse apparaît en maillot deux pièce, le bikini de plage et danse un solo alors que tout s'est vidé et même qui le silence s'est fait, silence qui peu à peu se meuble semble-t-il de cris d'oiseaux ou d'enfants et de ce qu'on pourrait interpréter comme des détonations lointaines. Puis nous arrivons, lorsque toute la troupe après s'être déshabillée se retrouve dans une sorte de "scène de plage" avec toujours cette incertitude sur l'interprétation de l'ambiance. Est-elle joyeuse ou inquiétante, le doute existe, persiste jusqu'à ce que la musique revienne, arrive à un rythme très enjoué et presque sautillant où toute la petite troupe batifole à loisir avec entrain.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


Reviennent dans la partie finale, dans une lumière expressionniste, les danseuses et les danseurs en costumes et l'on fait vraiment dans ces rapports au corps, aux habits et à la lumière l'expérience d'un espace habité par la musique dans laquelle les trajectoires, les mouvements, les trajectoires déterminent une histoire très forte qui procède étrangement de ces différentes conjonctions avec une liberté et une fraîcheur incomparable. Et l'on ne peut que féliciter Emanuel Gat d'avoir osé recruter cette nouvelle équipe par laquelle rien de ce que personne ne pouvait prédire est arrivé dans confrontation. 


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


Car, comme Emanuel Gat le dit lui-même de son travail, il écrit la partition lumière avant la chorégraphie, il fait les répétitions et l'écriture chorégraphique sans la partition. D'avoir choisi des interprètes qui ne se connaissaient pas ni ne connaissaient Mahler, ni la 5ème, cette confrontation heureuse donnent à la pièce une vie, une fraicheur, un élan, une vigueur sans limite et ne rend que plus poignant le mouvement final, à la fois crépuscule des Dieux et résurrection éternelle dans un autre monde. Une sublime conclusion pour cette magnifique construction où les gestes, les mouvements, les directions et la partition sonore et les éclairages convergent vers le sublime.


La Fleur du Dimanche 


 Cinq jours au Soleil


Festival Montpelier Danse - 21 et 22 juin 2026

Venise - 17 juillet 2026


Distribution / Production
Chorégraphie, scénographie et lumières : Emanuel Gat 
Musique : Gustav Mahler, Symphonie n° 5 en do dièse mineur (mouvements 1–4) Wiener Philharmoniker, Leonard Bernstein (1987)  
Création sonore additionnelle : Emanuel Gat  
Avec : Emma Bogerd, Théo Brassart, Geremia Cappagli, Léa Delaporte, Zohar Kotz, Itai Meir, Giulia Quacqueri, Johanne Skogstad, Katherina Solvang, Noah Oost, Anaïs Van Caekenberghe, Winter Wieringa
Costumes : VICHER
Direction technique : Guillaume Février
Son : Frédéric Duru
Production : Emanuel Gat Dance
Administration : Marie-Pierre Guiol
Chargée de production : Mélanie Bichot
Coproduction : Agora, Cité Internationale de la Danse Montpellier Danse + CCN Occitanie Danse, Biennale Danza di Venezia, American Dance Festival, Festival de danse de Cannes, Pôle arts de la scène – La Friche Belle de mai, Theater Freiburg.
Accueil en résidence : KLAP Maison pour la Danse, SCENE44 . n + n Corsino, Ecole nationale de danse de Marseille.
Emanuel Gat Dance bénéficie du soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRA C Provence-Alpes-Côte d’Azur, de la Région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur et of du Conseil Départemental des Bouches du Rhône.
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas pour l’accueil en résidence à l’Agora

samedi 20 juin 2026

Danser Mozart par le Ballet de l'Opéra National du Rhin: Dans la série Danser.... je choisis Mozart.... pour petits et grands

Nous connaissons maintenant bien la "série" Danser .... au XXIème siècle, ou au moins devrions nous en avoir entendu parler. Après Chostakovitch, Tchaïkokovski, Bach, Wagner, Schubert, et d'autres, voici Mozart, musicien prodige et virtuose s'il en est, que Bruno Bouché, dans sa relecture du répertoire chorégraphique à la lumière du 21ème siècle confie à deux danseurs, passés par le Ballet de l'Opéra National du Rhin et également chorégraphes, pour qu'ils portent leur regard contemporain sur ce musicien que le grand public, grâce au cinéma lie au rire extraordinaire de son interprète Tom Hulce dans le film aux 8 oscars Amadeus de Milos Forman. 


Danser Mozart - Amadé - Ruben Julliard - Photo: Agathe Poupeney

La soirée est composée en deux volets et le premier, Amadé, ce nom coupé comme la destinée de ce musicien de génie mort déjà à 35 ans, chorégraphié par Rubén Julliard ressemble à un gracieux conte de fées. Dans une ambiance brumeuse et colorée, Mozart en habits, interprété pour cette dernière représentation par Marc Comellas, est entouré de quatre muses (Alice Pernão, Julia Juillard, Emmy Stoeri et Milla Look) dans de très beaux et originaux costumes en noir et blanc. 


Danser Mozart - Amadé - Ruben Julliard - Photo: Agathe Poupeney


Leurs mouvements sont délicats et altiers, les pointes des pieds posées au loin sont souples et élégantes. les mouvements d'ensembles sont magnifiques et il nous semble assister à un conte de fées où, comme dans une maison de poupée, la vie du compositeur virevolte avec entrain dans tout son parcours de vie et de création grâce à l'énergie et au mouvement des cinq interprètes. 


Danser Mozart - Amadé - Ruben Julliard - Photo: Agathe Poupeney


Les ambiances changent, les partitions volent et se fixent en oeuvres au mur, dans une succession de courts tableaux soutenus par des moments musicaux très bien choisis. La musique enregistrée fait succéder à un choeur un piano seul, et puis l'orchestre, une voix de soprano monte haut et la gravité du Requiem se clôt par l'image d'un commandeur qui annonce la deuxième partie.


Gangflow, chorégraphié par Marwik Schmitt, comme le titre le laisse deviner, lorgne plutôt du côté des danses urbaines et commence dans un grand fracas et des tremblements. 


Danser Mozart - Gangflow - Marwick Schmitt - Photo: Agathe Poupeney


L'atmosphère est sombre, la lumière rare (un peu trop rare même) et le noir du bas des costumes sur le noir du sol et de la scène occulte pas mal des gestes et des mouvements des jambes des danseuses qui interprètent les soeurs Weber (Ana Enriquez, Nirina Olivier et Orania Varvaris) face à Mozart (Miguel Lopes) . Elles virevoltent autour de lui, affublées, l'une, de deux branches de violon, comme des épées plantées dans son dos, ailes sans plumes, et une autre avec le même accessoire coincé dans sa bouche (pas évident de danser avec cela). 


Danser Mozart - Gangflow - Marwick Schmitt - Photo: Agathe Poupeney


La danse est moins virtuose et classique, elle lorgne donc plutôt du côté du mimodrame ou de la street danse, ce qui semble plaire au public jeune qui applaudit au passage ressemblant à de la street dance dans une rave party sur la musique de Gessafelstein, qui tout comme Para One ou Brian Eno, apporte une touche contemporaine au Requiem de Mozart. La lecture contemporaine est bien présente, l'essai a été tenté, côté musique, pour la danse on peut mieux faire. Mais cela reste dans l'ambiance désespérée et noire qui a accompagné la destinée du compositeur. Heureusement qu'il nous lègue de plusierus centaine d'oeuvres magnifiques qui continuent d'inspirer les créateurs.


En bonus (merci à Thomas Hahn pour la découverte), entre le XVIIIème siècle de Mozart et le XXIème siècle du "Danser Mozart", un détour par le lointain XXème siècle avec Falco, le chanteur autrichien (le seul chanteur allemand qui est entré dans les charts américains) avec une version rap allemande Rock me Amadeus sortie en 1986 que voici:



La Fleur du Dimanche


Mozart

Du 21 mai au 20 juin 2026


Amadé
Chorégraphie, scénographie, costumes
Rubén Julliard
Musique
Wolfgang Amadeus Mozart
Lumières
Marco Hollinger
Ballet de l'Opéra national du Rhin
Gangflow
Chorégraphie, scénographie, costumes
Marwik Schmitt
Musique
Para One, Gesaffelstein, Wolfgang Amadeus Mozart, Brian Eno
Lumières
Marco Hollinger
Ballet de l'Opéra national du Rhin

dimanche 14 juin 2026

Trois Soeurs au Guensthal: Sous le cerisier, le théâtre de Tchekhov, médecin des âmes

Ici, l'été débute dans la Vallée de la Faveur, cette enclave culturelle et artistique des Vosges du Nord à laquelle on accède par un sentier forestier de quelques kilomètres et qui nous amène dans une belle clairière, loin du monde, pour un voyage dans l'espace et le temps. Cette année, c'est encore Tchekhov, auteur de plus de 600 textes et de plus de quinze pièces de théâtre - dont parmi les dernières La Cerisaie, Oncle Vania, La Mouette (que nous avions vue ici l'année dernière*) qui est au programme. Et c'est Les Trois Soeurs que Le "Théâtre Forestier**" présente avec la Compagnie du Matamore, dans une mise en scène de Serge Lipszyc. Il faut dire que Shakespeare (dont Le Songe d'une nuit d'été, ou York ou (Henri VI et Richard III), convient à cette nature un peu féérique où nous sommes plongés, ainsi que Tchekhov dont nous pouvons imaginer l'atmosphère des résidences de province. Ils y gagnent un supplément d'âme dans ces lieux uniques et remarquables. 


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Valentine von Hörde - Photo: Robert Becker


Tchekhov qui était médecin se nourrissait de ses multiples rencontres pour disséquer les âmes et nous en présenter les errements dans ses nombreuses oeuvres. Avec Les Trois Soeurs, il suit la destinée de trois soeurs et de leur frère et des personnages qui gravitent autour d'eux, dans cette campagne profonde, une petite ville de garnison de Russie.


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Valentine von Hörde - Sylvain Urban - Photo: Robert Becker


Pour se mettre en appétit, en amuse-bouche, d'une certaine manière pour passer de l'autre côté du miroir, nous avons droit à la lecture de Quatre Actes avec Olga, un texte proposé par Valérie Durin et Serge Lipszyc, qui se base sur les échanges épistolaires entre Anton Tchekhov et la comédienne Olga Knipper qui décrit leur rencontre, leur histoire d'amour et leur mariage, en quatre étapes qui correspondent aux quatre dernières pièces de Tchekhov. Pour l'Acte I, ce sera La Mouette (sa nouvelle mise en scène et leur première rencontre en 1898), lue par Valentine Van Hörde, nouvelle venue au Théâtre Forestier mais qui excelle dans son statut de comédienne fatale, et Sylvain Urban (déjà vu l'année dernière) présentant un auteur sympathique et occupé. 


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Sophie Thomann - Geoffrey Goudeau - Photo: Robert Becker


La troupe, disséminée parmi le public ponctue la lecture d'interventions et de repères (sortes d'intertitres: voyage, répétition, première,...) et la lecture est très bien incarnée par les comédiens et comédiennes qui se succèdent:  Sophie Thomann et Geoffrey Goudeau pour Oncle Vania, Pauline Leurent et Charles Leckler pour Les trois Soeurs et Isabelle Ruiz et Patrice Verdeil pour La Cerisaie. Valérie Durin et Serge Lipszyc ont réalisé un remarquable travail dans le choix, la découpe et la structuration des textes. 


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Pauline Leurent - Charles Leckler - Photo: Robert Becker


Grâce à l'énergie des comédiens ce qui aurait pu n'être qu'une alternance d'échange de lettres prend ainsi vie. L'on assiste ainsi presqu'en vrai, d'un côté à cet amour qui se cultive dans la distance et l'éloignement (Tchekhov est très souvent dans ses résidences pour écrire et Olga joue), et d'un autre à ces réflexions sur le succès (ou pas) des pièces (échecs qui apparemment n'ont pas grand effet sur l'auteur), ou encore sur ses relations avec les comédiens (dont Stanislavski), en répétition ou en relation avec leur jeu et leur interprétation des personnages des pièces. 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Isabelle Ruiz - Patrice Verdeil - Photo: Robert Becker


On observe aussi de manière très fine les relations du couple (avec toujours ce semblant de distance pour Anton qui se révèle dans les petits noms donné à sa femme - par exemple "mon crocodile"). On peut noter également quelques réflexions plus philosophiques, ou sur l'écriture:

 "Je veux dire aux gens: regardez-vous, regardez-vous comme vous vivez mal" ou

"L'art d'écrire ce n'est pas de bien écrire, mais de savoir biffer ce qui a été mal écrit"

La lecture nous réserve quelques surprises de mise en scène ou musicales et humoristiques. Et tout cela se termine bien sûr par les dernier mots de Tchekhov à Badenweiler en 1904 "Ich sterbe" après avoir bu une dernière coupe de champagne.


Le public, lui a droit à la gastronomique et subtilement épicée soupe d'Anthon, non pas Tchekhov mais le restaurant du chef Georges Flaig, à quelques kilomètres à vol d'oiseau et un petit dé de chèvre délicieux à s'en lécher les doigts. Et ainsi il est prêt pour le "plat de résistance", à savoir Les Trois Soeurs qui en quatre actes, parcourant les quatre saisons (celles de Russie, pas les pizzas) va nous amener jusqu'à la tombée de la nuit (à défaut de tomber de rideau).


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Le premier acte, se passe l'hiver, avec l'anniversaire de la plus jeune des soeurs, Irina (qu'interprète de manière très convaincante Valentine von Hörde), qui fête ses vingt ans (et l'anniversaire de la mort du père), nous permet de découvrir ces trois soeurs (et le frère) et la petite ruche qui gravite autour. Essentiellement des officiers de la garnison de la petite ville et le médecin militaire Tcheboutykine que Serge Lipszy incarne avec la nonchalance désabusée pour ne pas dire désespérée, puisqu'il s'adonne à l'alcool pour oublier les amours passées (pour la mère des trois soeurs morte il y a déjà longtemps). 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

C'est la plus âgée des soeurs, Olga, qu'interprète avec un détachement sérieux Isabelle Ruiz, qui a repris cette responsabilité de la famille. La cadette, Macha, d'un tempérament plus artistique, est jouée par Pauline Leurent avec grâce et séduction. Macha, mariée à Fiodor Illitch Kouliguine, professeur au lycée de la ville (Bruno Journée, assez velléitaire mais néanmoins farceur) va tomber amoureuse du lieutenant-colonel Verchinine (Yann Siptrott, très sérieux dans son rôle de gradé), bavard et dont la femme est dépressive voire suicidaire. Reste le frère Andreï Sergueïevitch Prozorov (Sylvain Urban) artiste et qui rêve d'une carrière universitaire à Moscou. 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Mais trop couvé, puis mal marié, il va mener la famille à la ruine après avoir traversé la pièce tel un fantôme. N'oublions pas le duo que forme le baron Nikolaï Lvovitch von Touzenbach (Charles Leckler) et le capitaine Vassili Vassilievitch Salioni (Geoffrey Goudeau) et surtout ce dernier dont les actes vont crescendo du malsain au maléfique, au néfaste et au funeste.


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Tchekhov décrit avec une attention précise les sentiments, les rêves reportés et impossibles (comme ce déménagement espéré à Moscou) et le désenchantement et les revers du sort qui frappent ses protagonistes avec une lucidité caustique et la mise en scène nous rend témoin de ces différents naufrages tout en gardant une distance et un regard caustique sinon humoristique sur le fil du récit. 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Nous ne pouvons qu'avoir de l'empathie pour ces êtres ballotés au gré des rebondissements ou de l'acceptation du sort étriqué qui lui est dévolu. Et les interprètes nous font aimer les personnages de cette comédie dramatique où, derrière le rire ou le sourire pointe une certaine amertume et du désabusement.


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Ainsi, s'il est bien dit que "Il n'y aura pas de bonheur pour nous", une tendresse touchante irrigue les personnages, leur sensibilité contrebalance leur maladresse, ou leurs lacunes. Les moments dérisoires restent de petites victoires et la séquence de la toupie un grand moment stanislaskien où l'on goûte du silence du moment présent, à l'image de cette tirade: "Ces arbres, je les vois pour la première fois de ma vie".


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Merci au Théâtre Forestier et à ses membres de nous permettre de tels voyages à la fois dans la nature et dans l'exploration de la nature humaine.... et Merci Docteur Tchekhov pour cette cure d'humanité, brute, nature, telle qu'elle est ! 

 


La Fleur du Dimanche


* Pour rappel les pièces jouées au Guensthal

2026 : Les trois Soeurs :  

2025 : La Mouette : La Mouette de Tchekhov au Guensthal: L'envol du théâtre dans un écrin de faveur

2024: Songe d'une nuit d'été : Un songe, une nuit, l'été au Guensthal

2023: Molière : Molière 401 : De Scapin au Jardin (des potes) au Misanthrope à la Cour (faire la)

2022: Un Platonov : Un Platonov de Tchekhov à Windstein

2021 : York : York de Shakespeare au Théâtre Forestier de la Faveur: Crimes et bombardements 

2020: Sauvage de Tchekhov

** Le Théâtre Forestier est né dans cette vallée du Guensthal après la rencontre de Yann Siptrott avec Serge Lipszyc qui dirigeait le Théâtre du Matamore, dont Yann Siptrott est devenu co-directeur 


Les Trois Soeurs

Au Guenstahl les WE du 30 mai au 5 juillet

Dernière minute: Reprise des représentations le WE du 19 et 20 septembre 2026

Distribution :
Sylvain Urban: Andreï Sergueïevitch Prozorov
Sophie Thomann: Natalia Ivanovna, (Natacha) sa fiancée puis son épouse
Isabelle Ruiz: Olga
Pauline Leurent: Macha
Valentine Von Horde: Irina
Bruno Journée: Fiodor Ilitch Kouliguine, professeur au lycée, mari de Macha & Anfissa, nourrice
Yann Siptrott: Alexandre Ignatievitch Verchinine, lieutenant-colonel commandant de division
Charles Leckler: Nikolaï Lvovitch Touzenbach, baron, lieutenant
Geoffrey Goudeau: Vassili Vassiliévitch Soliony, capitaine d’Etat Major
Serge Lipszyc: Ivan Romanovitch Tchéboutikine, médecin militaire
Patrice Verdeil: Alexei Pétrovitch Fédotik, sous lieutenant &
Féraponte, gardien dans l’administration rurale
 
Mise en scène: Serge Lipszyc
Adaptation: Valérie Durin et Serge Lipszyc
Scénographie / Accessoires: Sandrine Lamblin
Lumières: Jean-Louis Martineau
Costumes: Maya Thebault