jeudi 1 octobre 2026

Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser: Au gré du Mur, le corps ose et la musique musarde

 Cà y est, l'événement du Festival Musica (mais pas que...) est arrivé. La création de Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser est donnée à l'Opéra National du Rhin. Nous connaissons le travail atypique des deux artistes, chacune dans son domaine:  Eve Risser avait participé avec Samuel Achache à la pièce Sans Tambour de Samuel Achache en TNS en 2024 et avait présenté dans le cadre du Festival Musica en 2022 le Concerto contre Piano et Orchestre de l'Orchestre La Sourde) et Mathilde Monnier, qui n'arrête jamais d'interroger chaque mouvement et la danse en elle-même  - on l'a vue au travail dans le film Vers Mathilde de Claire Denis et ses nombreuses pièces le prouvent (nous avions pu voir à Strasbourg Twin Paradox en 2013 et Black Lights récemment).


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Elle revient donc, très attendue, pour cette création avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin Le Mur ou la Peau, créé à l'initiative d'Eve Risser et invité par Bruno Bouché à travailler avec le Ballet. Ce sont donc douze danseuses et danseurs qui se retrouvent, assis ou à genou, à l'avant-scène, en shorts noirs et maillots "Marcel" multicolores, tandis que trône derrière eux en plein milieu de la scène une grand piano à queue noir où Eve Risser commence doucement à "fabriquer du son", frappant sur le piano lui-même (sonorisé) ou sur les touches, les cordes assourdies ou transformées, les frottant aussi, pour poser un tapis de rythme. Dans une introspection superficielle, de diverses manières, les danseuses et danseurs explorent leur corps, plutôt la surface, la peau, qui des mains, des bras, des jambes, du torse, des épaules, du visage aussi, l'étalent, la massent, la triturent, l'observent, tordent leurs habits aussi, comme s'ils essayaient de passer la frontière de l'extérieur vers l'intérieur. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney

Pendant ce temps, Eve Risser glisse de variantions de rythme dans des constructions sonores de plus en plus organisées. Du côté des danseurs, des frappes des mains organisent également un rythme, qui à un moment devient vague roulante de mains qui se tournent comme une marée d'un côté ou de l'autre de la scène.


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Les danseurs se lèvent et se meuvent chacun(e) à leur manière pour esquisser quelques duos improbable dans une gestuelle originale et souvent élastique ou désarticulée, toujours impressionnante et très construite esthétiquement. Une grande danseuse fait un solo en mouvements saccadés qui se transforment en une sorte de smurf urbain et élastique sur une musique dansante. Les danseurs enchainent des variations de magnifiques solos, duos ou trios en s'appropriant le mur (superbe création d'Annie Tolleter) qui barre le milieu de la scène sur toute sa largeur. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Ses couleurs pastel grise, bleue et rose qui varient entre une toile de Rothko et les minimalistes américains, nous fait basculer d'un espace frontal à une plongée en surplomb selon les délicates variations de lumière d'Eric Wurtz. Pendant ces merveilleuses variations, le piano, poussé par Eve Risser, sur une musique percussive a traversé la scène de gauche à droite et un autre, droit, prend sa place de ce côté-là, doté d'un grosse caisse et dont les notes aigües font des bruits de crécelle. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Dans ce nouvel espace sonore, augmenté par les effets sonores d'Adrian' Bourget, des superbes solos, dont celui des cheveux balancés de Brett Fukuda nous enchantent et des duos masculins qui nous émerveillent. Le mur devient multi-usages, servant autant de support, d'outil de percussion, de soutien ou d'obstacle, sujet de projection du corps ou de protection. A noter l'effet où un danseur habillé en noir se dédouble littéralement. Autre effet de multiplication quand les danseurs, soit se multiplient en duo ou, multiplient en écho presque infini leur gestes qui se répand sur le mur. Ce mur devient aussi instrument de musique, caressé, frappé, heurté, des pieds, des poings, du corps entier qui s'y jette ou s'y écrase. Un moment de surprise quand la musique s'arrête (certains se mettent d'ailleurs à applaudir, pensant que c'est la fin du concert d'Eve Risser), et qu'après un moment de silence, la danse continue, sans tapis sonore, libre, d'autant plus présente et envoûtante, fascinante. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Mais la musique revient, plus calme; sereine, pour un dernier feu d'artifice de  danse virtuose et d'invention gestuelle, dans un ultime éblouissement, dans une suite de gestes ensorcelants, mettant en valeur les caractéristiques physiques et les aptitudes de chacun. Mathilde Monnier ayant d'ailleurs favorisé pour chacun et chacune des interprètes, via des improvisation la proposition de mouvements, bribes de chorégraphies personnelles, sur lesquelles elle s'est appuyées pour la pièce. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Et les douze danseuses et danseurs, volontaires pour ce projet, s'en sortent admirablement. Au point que, lorsque c'est vraiment la fin, on a envie de dire "Encore !" pour ce spectacle enthousiasmant et entraînant. Une vraie réussite, une belle collaboration inventive entre musique et danse et une interprétation exceptionnelle de ces douze danseuses et danseurs toutes et tous uniques: Brett Fukuda, Julia Juliard, Zazie Schmidlin, Emmy Stoeri, Orania Varvaris, Lara Wolters, Jasper Arran, Marc Comellas, Marin Delavaud et Jérémie Neveu en alternance, Erwan Jeammot, Pierre-Emile Lemieux-Vienne et Miguel Lopez. Une belle et valeureuse équipe pour un spectacle impeccable. 


La Fleur du Dimanche


Le Mur ou la Peau


Strasbourg - Opéra du Rhin - du 1er (création) au 4 octobre 2026

Mulhouse - La Filature - le 5 et 6 novembre 2026

 

Metz - Cité Musicale Metz - 15 octobre 2026t


Chorégraphie et costumes
Mathilde Monnier
Composition originale et pianos
Ève Risser
Scénographie
Annie Tolleter
Lumières
Eric Wurtz
Son, effets
Adrian' Bourget

mercredi 30 septembre 2026

George Aperghis Day à Musica: Une journée bien remplie .... et variée

 En ce 30 septembre, c'est la fête de Georges Aperghis, le plus français des musiciens grecs vivants (à moins que l'on me prouve le contraire). Il va fêter ses 80 ans en décembre - un hommage lui sera rendu en Grèce avec 3 jours de concerts du 9 au 11 octobre à Athènes - et le Festival Musica lui dédie une journée qui commence au Cinéma Cosmos avec la projection du film Un mot après l'autre d'Eric Darmon. Il est vrai que très tôt, Georges Aperghis, après avoir côtoyé Pierre Schaeffer et Pierre Henry et travaillé avec Iannis Xenakis (autre musicien grec), a exploré la voix et les mots, la parole, fortement présente dans ses oeuvres - qui ne connaît ses Récitations (1978), entendues à Musica il y a fort longtemps ?

L'après-midi continue avec un programme de musique de chambre à la HEAR par l'ensemble de la Horschule für Musik de Bâle, dont la collaboration avec le festival Musica date d'au moins 2023, et dont le groupe Zig Bang interprète dans une mise en scène de Ko Chaoming quatre pièces du musicien : Rasch (2001), Zig Bang (2004), Trio Funambule (2015 et Crosswind (1997) en regard de Did you picture my face (2026 de Rebecca Saunders.

Le livre d'entretiens de Stéphane Roth avec Georges Aperghis Composer avec langues qui vient de sortir complète et conclut le concert.


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker


Rendez-vous est donné pour la suite avec un Double Récital à la salle de la Bourse, double récital, mais aussi double contrebasse pour Florentin Ginot que nous avions déjà pu apprécier (avec l'ensemble Linéa en 2018). Il commence sur une contrebasse sombre pour nous emmener dans la nuit de Black Light (2019), un voyage dans les graves lents et relaxants, ne jouant que les cordes dans des graves profonds. Intercalant de temps en temps des grincements ou des accès de nervosité où les éclats explosent et les cordes réverbèrent. Une pièce magnifique et une interprétation totalement habitée.


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker


La deuxième pièce, jouée sur une contrebasse blonde, Obstinate (2017-2018) est presqu'un  dialogue assez violent entre l'interprète qui, équipé d'un micro, parle, chantonne et même éructe et siffle comme un fauve en expirant puissamment et la contrebasse qui résonne, grince et crie, tandis que de temps en temps, pour ponctuer les tentatives d'anéantissement, il laisse l'archer rebondir de plus en plus vite sur le bas des cordes. Florentin Ginot mouline et frappe, frotte, prend à bras le corps l'instrument dans une sorte de lutte opiniâtre duquel les crins de l'archet ne s'en sortent pas sans anicroche, dans un combat inégal. Une magnifique performance également.


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Marco Blaauw - Photo: Robert Becker


C'est Marco Blaauw qui fait le pendant dans ce Double récital avec une trompette "double", l'un des pavillon étant coiffé d'une sourdine, ce qui produit un son très particulier. Rajoutez-y un dispositif électronique qui fait surgir du son, que ce soit des parties que le musicien déclenche ou qu'il modifie en direct, et vous aurez la pièce qui correspond exactement à son titre Trompe-oreille (2026). Une série de sons dont vous arrivez difficilement, sinon pas du tout, à savoir qui les joue, d'où ils viennent et ce que c'est. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Marco Blaauw - Photo: Robert Becker


Toute une ménagerie, des animaux de la jungle, des cris, des bruits inidentifiables, de faux chants d'oiseaux, singes rieurs, voisinent avec des battement de cymbales, des souffles transformés, d'étranges sons soufflés ou des râles qui alternent de temps en temps avec des mélodies que Marco Blaauw arrive à tirer en longueur au point qu'on se demande si c'est bien lui qui joue. Un très grand jeu, qui nous offre une air en décrescendo qui s'éteint doucement avec un tout dernier cri bien senti. Un vrai morceau de bravoure.



Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


La soirée s'achève à la Cité de la Musique et de la Danse avec le magnifique Tell Tales (2025) interprété par au violon alto par Tabéa Zimmermann, grandiose et l'Exaudi Vocal ensemble, les interprètes pour lesquels George Aperghis avait composé cette pièce. Le violon alto, à l'égal de la voix d'une chanteuse se place ici en dialogue et s'oppose, enjoint et accompagne, fait contrepoint et se glisse dans le chant des deux chanteuses et quatre chanteurs qui composent l'ensemble vocal. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker



L'altiste, née à Lahr et récompensée de nombreux prix est effectivement une incomparable virtuose et son jeu est d'une vivacité et d'un virtuosité remarquable. Les chanteuses et chanteurs ne sont pas en reste avec cette partition qui fait presqu'une heure où ils passent de solos à des ensembles où chacun(e) a sa place. Il arrive aussi que le chant glisse de l'un(e) à l'autre ou qu'il soit en contrepoint ou en opposition. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


Les énergies se transmettent des un(e)s au autres, les mots aussi, quelquefois un solo, telle une prière soufie ou un genre de tirade shakespearienne essoufflée et ânonnée. Parfois des silences, à d'autre moments, toute la puissance éclate, des mots rebondissent et se heurtent. On sent que les interprètes ont une réelle complicité et chacun et chacune est complètement investi(e) dans la partition qui n'a plus de secret pour eux. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


Saluons donc Juliet Fraser la soprano qui tient les aigus sans aucun problème, la Mezzo Lucy Godard dont l'interprétation est remarquable, le contre-ténor Tom Williams, le ténor David de Winter, le baryton Michael Hickman et la basse James Weeks qui arrive à fait surgir des basses ben profondes. 


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


Et pour la direction précise de cette partition très sportive James Weeks. On n'oublie pas de saluer (et de célébrer) le travail de dentelle de cette pièce inclusive et interactive. Une fable pour les temps idéaux.


Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

samedi 26 septembre 2026

The Curing Line: un Opéra hybride qui fait bouger les lignes - Musica célèbre l'Irlande

 Cette année, Le Festival Musica célèbre l'Irlande et sa musique dans sa diversité à l'occasion de la Présidence Irlandaise du Conseil de l'Union Européenne. Après Landless et Irish Rising à Saint Paul suivi du concert Stitch'n'Bitch à Karmen Kamina, le week-end est chargé avec pas moins de dix événements dont The Curing Line présenté avec l'Opéra National du Rhin à la Cité de la Musique et de la Danse ce samedi 26 et dimanche 27 septembre.


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Maria Lax


The Curing Line est un opéra atypique, oscillant entre l'opéra de chambre, le concert rock, presque punk des fois, une présentation vidéo, un opéra avec choeur et une sorte de comédie musicale avec choeurs flirtant quelquefois avec le cinéma de Charlie Chaplin. Cela commence par une performance avec solo de batterie et one man show du batteur dont le gros plan de la tête est projeté sur deux écrans géants qui encadrent la scène et qui nous accueille par une tirade frénétique. 


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh

On y trouve un solo de guitare sur le même schéma, on assiste à une simili émission de télévision où l'animateur s'immerge dans la foule des spectateurs, on passe par des partitions qui font appel à une cheffe d'orchestre avec instruments, chanteurs et choeur mais aussi des duos ou des solos simplement accompagnés au piano. Où encore des mélodies et chants chants traditionnels irlandais. 


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh

La vidéo apparaît sous différentes formes, projection en direct, ou faux direct discrètement monté, duplex ou réminiscences de souvenirs jusqu'à l'étape ultime, ce récit dans le noir où nous créons nous-mêmes les images de cette dernière "chevauchée" (en voiture pour l'occasion) qui clôt la pièce.


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh


La scénographie et la mise en scène est assez agile, même frénétique des fois, le décor change constamment et nous projette dans différents univers sans transition, sur un rythme soutenu, avec des accessoires, tables, panneaux qui transforment le plateau continuellement. La narration balance entre le récit de la destinée d'une jeune fille abandonnée et adoptée et les dons dont elle hérite de ce père, basculant dans des univers plus ou moins féériques ou magiques, n'hésitant pas non plus à user de la critique des relations sociales, du travail et de la pollution. Les aspects du conte, de la magie et de la réalité des relations humaines et sociales sont intriquées et participent à dessiner les contours d'un univers entre le fabuleux et le surnaturel. Les incantations, les anaphores à partir de la lumière, les invocations des animaux, en particulier le corbeau rouge contribuent à installer un entre deux mystérieux, fait de croyances et de dons transmis. 


The Curing Line - Michael Gallen - Photo: Ros Kavanagh

Le sortilège et le surnaturel peuple le parcours de ces personnages étranges qui nous captivent. La partition et la superbe qualité d'interprétation, autant des chanteuses et des chanteurs que des instrumentistes (qui eux aussi ne sont pas que musiciens) nous ravit et nous émerveille. Tout concourt à nous offrir un superbe spectacle et de magnifiques prestations de l'ensemble de la distribution. Une forme inventive et une prestation impeccable et réussie.


La Fleur du Dimanche


The Curing Line (2026)

Strasbourg - Cité de la Musique et de la Danse - samedi 26 et dimanche 27 septembre 2026

création française
composition, mise en scène, livret Michael Gallen
livret Annemarie Ní Churreáin
mise en scène, création vidéo Shawn Fitzgerald Ahern
création vidéo Laura Rainsford
scénographie, costumes Pai Rathaya
création sonore Simon Cullen
création lumière Yukiko Yoshimoto
Distribution
direction Clara Baget
soprano Amy Ní Fhearraigh, Sarah Shine
batterie, cor, trompette, voix Romain Bly
clarinette, clarinette basse, voix Joséphine Besançon
contrebasse, guitare basse, voix Caimin Gilmore
violon, alto, voix Maria Ryan
piano, harpe celtique, flûte irlandaise, voix Oisín Walsh-Peelo
Ensemble vocal Oscillations
chef de choeur Yann Lauras
interprète à l’écran Colm Breathnach, Ruth McGill, Aaron O’Hare

mercredi 23 septembre 2026

Avec Musica au Maillon: Hunter: Björk et le management dans le même panier

Dans la suite du programme du Festival Musica, le Maillon présente une oeuvre singulière de Liesa Van der Aa: Hunter. La compositrice, metteuse en scène, directrice et cheffe d'orchestre flamande a fait du basket, du violon, elle a touché à l'art visuel et à la performance. Elle était chanteuse et a sorti plusieurs disques (du pop au baroque et au jazz), réalisé et collaboré sur des films et du théâtre musical. Elle était déjà actrice et performeuse et parmi ses nombreuses collaboration elle a réécrit I Want Absolute Beauty de PJ Harwey mis en scène par Ivo van Hove et dansé par la Horde pour la Ruhrtrienale de 2024. Le projet Hunter lui a été commandé par le Neuköllnoper à Berlin. Il s'agissait de créer une oeuvre à partir du mythique album de Björk Homogenic. 


Hunter - Liesa Van der Aa - B O D I E S Ensemble - Photo: Peter van Heesen


Elle a donc travaillé sur certaines phrases ou expressions de ce disque, et, inspirée par le background de sentiments qui en sous-tend l'ambiance, à savoir une impression de rupture, de conflits, elle bascule dans le monde du sport, de la performance, du surpassements de soi et du management. D'où l'idée du terrain de basket qui constitue une partie du décor, l'endroit où se situe l'action de la pièce. Et c'est donc autour de l'entraînement et de la compétition, du challenge, éléments, expériences qu'elle a bien connus, pour construire cette oeuvre pleine de tensions, d'essais, de ratages ou de répétition. 


Hunter - Liesa Van der Aa - B O D I E S Ensemble - Photo: Peter van Heesen


Liesa Van der Aa en est donc arrivée à une oeuvre très écrite, complexe dans sa structure, ses sautes, ses arrêts, ses décalages. Une partition complexe, presque slammée, qui s'appuie sur un tissus de nappes sonores en boucles répétitives et ponctuations. Une construction qui se présente de manière assez austère, presque mécanique, mais décalée, heurtée. Une partition sur laquelle le magnifique l'ensemble vocal allemand de Berlin Bodies a travaillé avec la compositrice - un vrai challenge vocal et rythmique - pour aboutir à cette mise en scène qui, dans cette construction en quatre parties (Andante religioso, Adagio espressivo, Adagio ma non troppo, Allegro moderato) passe d'une mise en place (exposition) à l'engagement, une partie beaucoup plus dansée puis un mouvement de révolte, une destitution, en quelque sorte. 


Hunter - Liesa Van der Aa - B O D I E S Ensemble - Photo: Peter van Heesen


Les antagonismes et les frottements sont bien rendus,, que ce soient entre l'équipe de huit filles menées par la volontaire, et délicate aussi Kat Frankie, et leur coach Naomi Beeldens qui maîtrise parfaitement cette énergie contenue, qu'avec la cheffe d'orchestre dont le pouvoir est également disputé. La composition fait de chocs et d'entrechocs nourrit bien cette tension, et la partie plus dansée, chorégraphiée par Jacquelyn Elder de La Horde qui arrive très bien à faire bouger les chanteuses de l'ensemble Bodies. 


Hunter - Liesa Van der Aa - Photo: Angela Vanderstraeten


Ces moments, et quelques autres de complicité entre les huit membres (comme les huit tentacules d'un poulpe qui appartiennent à une même entité - rappelons que le poulpe a neuf cerveaux) apporte une touche de douceur, d'harmonie et de bienveillance dans cette construction d'affrontement et de combat. Un monde sans répit et sans pardon, sans faiblesse possible. Une formidable leçon de contrôle de l'authenticité et de la justesse. A méditer...


La Fleur du Dimanche


Dans le cadre du Festival Musica au Maillon le 23 et 24 septembre 2026


Mise en scène et direction musicale : Liesa Van der Aa
Avec : B O D I E S Ensemble (Barbara Greshake, Erika Emerson, Kat Frankie, Tara Nome Doyle, Liza Wolowicz, Trinidad Doherty, Jenniffer Kae, Anna-Lucia Rupp), Liesa Van der Aa et Naomi Beeldens
Arrangements : Liesa Van der Aa, Boris Van Overschee, Rocco Segers
Chorégraphie : Jacquelyn Elder
Dramaturgie : Naomi Beeldens, Anne van de Wetering
Scénographie : Bert Depuydt
Costumes : Wim Muyllaert
Son : Christian Döpping
Direction technique : Moritz Schick
Assistante à la mise en scène, directrice de production : Cara Freitag
Tournées en Belgique et en Allemagne : Sarie Van der Aa, Boke Marissen
Tournées : ehrliche arbeit – freelance office for culture
Un projet de l’Opéra de Neukölln en collaboration avec One Trick Pony
Avec le soutien de : Hauptstadtkulturfonds Berlin
Une collaboration avec le Musicboard Berlin

mardi 22 septembre 2026

Paradis Plage au TNS avec le Festival Musica: La parole tue, le cri libère

  L'artiste et comédienne marocaine Kenza Berrada avait déjà écrit et mis en scène le solo en scène Boujloud, l'homme aux peaux, l'histoire d'un mythe de l'Atlas sur le tabou et la transgression qu'elle avait transposé du côté féminin. Elle revient ici et creuse une autre transgression, encore plus profonde et intime, dans Paradis Plage, une vie comme dans du miel dont la première est présentée au TNS avec le Festival Musica. Cette coopération est totalement justifiée, en dehors des contingences financières qui rendent les collaborations de plus en plus nécessaires, par la problématique sociale soulevée et, bien sûr par la présence originale de la musique qui investit complètement la narration et le spectacle. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Kenza Berrada travaille ici avec le Kabareh Cheikhats, ce groupe d'hommes de 27 à 70 ans, travestis, qui chantent la aïta pour rendre hommage aux cheikat, ces femmes mises au ban de la société marocaine. Leur destinée est en écho avec l'histoire que nous narre cette pièce et les comédiens la lancent d'une manière dynamique et festive par une première chanson avant d'endosser les différents rôles des membres de cette famille que l'on va suivre sur un certain nombre d'année. De l'enfance de Benti, jusqu'à son mariage, lors duquel le Kabareh Cheikhats va bien sûr enflammer la cérémonie, elle sent le besoin de faire remonter un secret de famille. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Un des personnages,  la "Dada", une vieille femme qui a été "recueillie" à onze ans par la famille est intéressant de par son statut. Domestique (nourrice, cuisinière et femme de ménage) elle est la "mémoire" de la maison, celle qui accompagne et se tait (c'est d'ailleurs d'elle que vient le sous-titre de la pièce, elle qualifie ainsi sa vie..). Elle sera le miroir et l'écho des souvenirs de Benti à travers les différents tableaux où les comédiens du Kabareh Cheikhats interprètent les grands-parents, mère, tante, frère, neveu, dans les scènes qui font revivre ou montrent des discussions pour arriver au noeud du problème, un inceste adelphique. Ces moments font émerger différentes visions d'une réalité tue, oubliée ou cachée. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Le plateau et son décor simple et variable permet de représenter ces différents lieux - de l'espace intime d'un lit à la grande salle de fête du mariage - grâce à des rideaux, des sortes de matelas noirs mobiles et des accessoires (candélabres ou longs vases) qui transfigurent la scène. On passe ainsi d'une grande proximité à un large espace destiné à la fête. Les comédiens, travestis pour mieux incarner la scène, de par leur vécu portent aussi une grande complicité, une complicité avec la thématique traitée. Et ainsi, par leur jeu, mais aussi par leur chant crié, ils permettent cette sorte de catharsis, la réparation et la réconciliation. Par le cri, la parole se libère et brise le silence. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Le propos est bien sûr intime, la problématique n'en est pas moins universelle, et ce qui se passe et s'est passé dans cette demeure bourgeoise de Fès, au Maroc, n'est pas circonscrit à ce lieu, cet environnement, cette culture, il suffit de suivre les actualités pour s'en convaincre. Et la pièce de Kenza Berrada, avec beaucoup de sensibilité, participe à briser ce silence et à aider à libérer la parole et grâce à son théâtre à porter plus loin une lumière réparatrice.


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


La Fleur du Dimanche


Paradis Plage, une vie comme dans du miel


Au TNS du 18 septembre au 8 octobre 2026

[Texte et mise en scène] Kenza Berrada
[Avec] le Kabareh Cheikhats : Amine Naouni الشيخة وردة الحداوية موالت الحمر, Ali Lamaadli الشيخة العالية, Ghassan Elhakim الشيخة حورية العوّ امة, El Mostafa Boutankite الشيخة مصطفى, Walid Rakik الشيخة العويتقة ڤيرجين
et Kenza Berrada كنزة برادة 
[Collaboration à l’écriture] Raphaël Chevènement
[Son] Kinda Hassan
[Vidéo] Maud Neve
[Scénographie] Florian Sanson
[Assistanat à la scénographie] Noa Gimenez
[Lumière et régie générale] Pierre Daubigny
[Costumes] Judith de Luze
[Mouvement] Annabelle Chambon et Cédric Charron
[Assistanat à la mise en scène] Elios Lévy
[Coaching vocal] Hippolyte Broud
[Dialogue dramaturgique] Hippolyte Lykiaveris, Chlo Lavalette
[Musique additionnelle] Emma Le Masne et Nathan Herveux
[Régie générale] Ludovic Heime
[Surtitrage] Arthur Dutertre 
[Administration et production] Martin Lorenté 
[Diffusion et production] Marko Rankov
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Swen Ferbach 
[Régie plateau] Jeanne Dubos 
[Machiniste] Jean De Luca 
[Régie lumière] Simon Anquetil 
[Régie son] Mathieu Martin 
[Régie vidéo] Xīng Weì 
[Habilleuse] Selma Kalt 
[Accessoiriste] Anne Joyaux

Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Production Compagnie BANJALIKO 
Production déléguée Cyclorama
Coproduction Théâtre National de Strasbourg ; T2G Théâtre de Gennevilliers – Centre Dramatique National ; Saison Méditerranée 2026 de l’Institut Français ; Festival d’Automne à Paris ; structure production incubateur ; Points communs – Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise / Val-d’Oise ;Festival Musica - Strasbourg
Soutiens Fonds de dotation Porosus ; Jeune Théâtre National ; Commission Internationale du Théâtre Francophone ; Institut Français du Maroc ; Spedidam
Accueils en résidence Institut Français de Casablanca ; Le Point Éphémère ; Théâtre Silvia Monfort ; La Maison des Métallos pour le festival Fragments ; « Cartes Blanches » du Nouveau Studio Théâtre – Nantes
Ce projet est créé dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
Présenté avec le Festival Musica
Avec le soutien de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale pour les représentations surtitrées dans ta langue.
France Culture, partenaire de la saison du TnS, et plus particulièrement de Paradis Plage cette saison 26-27.


dimanche 20 septembre 2026

Musica et Roomful of Teeth, seconde - S'amuser avec les mots et les sons, du désespoir à la renaissance

 Le groupe vocal Roomful of Teeth qui nous vient des Etats-Unis et a déjà performé vendredi lors de l'ouverture du Festival Musica avec Gabriel Kahane nous présente ce dimanche une deuxième proposition à la Cité de la Musique et de la Danse avec deux créations et leur pièce emblématique, la Partita for 8 voices de Caroline Shaw (Prix Pulitzer 2013, déjà présentée lors l'ouverture du Festival Musica en 2021). Le groupe Roomful of Teeth avait d'ailleurs été fondé par Caroline Shaw et Brad Wells ainsi que, entre autres, Cameron Beauchamp qui en assure la direction artistique. 


Musica -Roomful of Teeth - Alyssa Regent - Rumors of war - Photo: Robert Becker


La première pièce, Rumors of War d'Alyssa Regent (qui avait présenté ce samedi avec l'ensemble 2e2m et la soprano Juliette Allen Mors Oculi sur des textes de Louise Labé) s'intéresse à une autre poétesse, ici en l'occurrence Sylvia Plath dont le poème Lady Lazarus a permis à la compositrice guadeloupéenne d'enchevêtrer trois niveaux de récits sur ce personnage "Elle" qui semble dissociée et qui se raconte dans trois langues, l'anglais, le français et le Silt, une langue imaginaire qu'Alyssa Regent a inventée et qu'elle continue de développer. Le dispositif en cercle avec quatre chanteuses du côté gauche et les quatre chanteurs du côté droit en fait un intéressant déploiement spatial où les voix, les paroles, les respirs, les soupirs, les vibrations se diffusent et bougent dans l'espace, et la partition construit peu a peu une présence, une existence, un être-là. Les huit interprètes incarnent et interprètent avec délicatesse et précision ce parcours intime.


Musica - Alyssa Regent - Forent Ghys - Stéphane Roth - Photo: Robert Becker


La deuxième pièce, une composition du musicien (double-bassiste) et compositeur bordelais Florent Ghys - installé, lui aussi, comme Alyssa Regent aux Etats-Unis - Gourmandise, est vrai plaisir. C'est un jeu sur les mots, essentiellement des interjections, ces mots courts, nombreux dans la langue française et à qui on peut faire dire plein de choses, selon la manière dont on les prononce. Leur intérêt est aussi leur brièveté et l'unité de sens et de rythme qu'elles portent en elles. Après une courte variations sur le titre du morceau, découpé et remonté à l'envi, une vidéo présentant un semblant de leçon de français traitant de ces interjections, et qui dialogue avec l'ensemble sur scène. 


Musica - Roomful of Teeth - Forent Ghys - Gourmandises - Photo: Robert Becker


Il est suivi d'une montée en puissance d'un sampling vidéo et sonore des interprètes, chanteurs et chanteuses en gros plan, filmés et inclus dans des clips structurés et organisés. Et leurs alter egos sur scène en font une lecture "augmentée". Objet inclassable, bourré d'humour et cependant structuré comme la plus sérieuse des musiques minimaliste new-yorkaise, nous assistons à un véritable déluge visuel et un flot saccadé qui structure cette composition englobante jusqu'à l'exténuement. Jubilatoire et vivifiant. Pour vous donner un aperçu à la fois du sérieux et de l'humour dont Florent Ghys est capable, je vous offre une petite pépite où il a fait un montage dans lequel Steve Reich "chante" la mélodie du Sacre du Printemps  de Stravinski:




Après la Gourmandise, la cerise sur la gâteau sera la Partita for 8 voices (2009-2012) de Caroline Shaw; cette pièce multiprimée (un Grammy Award pour leur disque en 2012).


Musica - Roomful of Teeth - Caroline Shaw - Partita for 8 voices - Photo: Robert Becker


 Cette pièce en quatre mouvements - Allemande, Sarabande, Courante, Passacaglia - commence parlée par les huit musiciens qui enchaînent des airs chantés, des onomatopées, du texte, des soupirs, des respirations, des phrases et des airs en choeur et des variations, incluant également des technique de chants de gorge inuit. Gabriel Kahane, qui a rejoint le groupe, prend le rôle de multiples voix de speakers. Les voix sont magnifiquement rythmées, quelquefois tuilées et nous font vivre un moment exceptionnel de puissance et de beauté. Après un grande montée en intensité pour le troisième mouvement, le dernier qui semble plus aéré et uni, calme un peu le jeu, avec un peu plus de paroles. Mais il reste cependant toujours virtuose et dynamique et nous amène de belles sensations de plénitude. Une magnifique soirée, un très bon début de Festival.


Musica - Roomful of Teeth - Caroline Shaw - Partita for 8 voices - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

vendredi 18 septembre 2026

Avec Gabriel Kahane à Musica: Book of Travelers et Elevator Song - Différents trains et différentes musiques d'ascenseur

Gabriel Kahane est un musicien qui voyage. Avec cette soirée au Maillon à Strasbourg, proposé par le Festival Musica, nous allons le suivre pour ce concert dans deux parcours particuliers, complémentaires, l'un à la rencontre de l'autre et l'autre à la découverte des voix et des histoires dans un voyage aléatoire dans différents étages d'un hôtel en faisant connaissance de destinée originales via des voix particulières du groupe Roomful of Teeth.


Gabriel Kahane - Book of Travelers - Photo: DR


Gabriel Kahane est aussi un conteur, un pianiste, un compositeur, surtout quelqu'un qui s'intéresse à l'autre. Ainsi de Book of Travelers, ce concert-déambulation qui a son origine dans un voyage en train qu'il a effectué suite à l'élection de Donald Trump en 2016 à travers les Etats-Unis à bord d'une demi-douzaine de trains (qui, aux Etats-Unis ne dépassent pas les 80 km/h) et, parcourant 8.980 miles et rencontrant des dizaines de voyageurs. Nous voici donc embarqués pendant une heure à écouter ses poèmes instantanés chantés, qu'il accompagne accompagnés. Ce sont des paysages, des portraits intérieurs, les sentiments défilent, il croise des destinées, la violence, d'autres voyageuses et voyageurs, la solitude, la misère, la séparation, quelquefois des surprises, normal, il ne faut pas juger les gens à leurs habits... tout cela avec un regard aiguisé, parsemé de suspens et d'humour, et beaucoup d'humanité. Un épisode qui nous invite à "Chanter avec un étranger" (Singing with a stranger) Une belle leçon de vie à retenir dans notre contexte actuel, en France. Peut-être un "mode d'emploi" pré-électoral. 


Gabriel Kahane - Book of Travelers - Photo: Robert Becker


Sa voix, entre le chanteur folk à la voix aigüe mais douce et apaisante, qui va quelquefois chercher du côté de William Sheller pour la nostalgie qui pince, nous nous laissons aller dans son odyssée, non pas d'Ulysse, mais à la rencontre de l'autre, généreuses curieuse, partageuse et humaine surtout. Un voyage, ponctué de messages de sa Pénélope, mais qui semble nécessaire pour avancer dans le vivre-ensemble.



Gabriel Kahane - Roomful of Teeth - Elevator Song - Photo: Anja Schutz

Autre véhicule, autre univers, dans la deuxième partie du programme avec Elevator Song, où les stations sont des chambres à différents étage d'un hôtel, marqués par la sonnerie de l'ascenseur correspondant à des univers divers, incarnés par les voix particulières des neuf chanteurs et chanteuses du groupe Roomful of Teeth. Chacun dans le groupe aura voix au chapitre, mêlant ses vocalises et variations , magnifiques solos avec le reste du groupe dans des chorals plus classiques ou des dissonances crissantes. Ici, les récits seront plus littéraires ou carrément documentaires comme ce mode d'emploi de la drague ou sous forme de mini-nouvelles. 


Gabriel Kahane - Roomful of Teeth - Elevator Song - Photo: Robert Becker

L'on peut se laisser à admirer les superbes voix de ces neuf interprètes, celle claire et limpide de la soprano Esteli Gomez, à la magnifique voix ultra-grave de Cameron Beauchamp en passant par la voix, plus pop et chaleureuse d'Eliza Bagg.


Gabriel Kahane - Roomful of Teeth - Elevator Song - Photo: Robert Becker

Une formidable palette sonore qui permet à Gabriel Kahane de naviguer autant dans l'expérimentation sonore que dans des univers qui vont du classique au pop ou à des variations à rechercher du côté du music-hall tout en nous faisant découvrir des univers singuliers, presque surréalistes. Une belle perspective et un très beau travail de collaboration, fidèle et fructueux.


La Fleur du Dimanche