jeudi 26 mars 2026

Segnali di Resonanza d'Ezio Schiavulli: Effet papillon, Intention Direction, Perturbation, Inter Action

 L'effet Papillon est une réflexion qui a intrigué et intrigue toujours Ezio Schiavulli au point qu'il y consacre un spectacle dont il en fait le moteur transposé. Le chorégraphe italien qui a noué pendant déjà six ans des liens avec l'Alsace lors de résidence dans quelques lieux de spectacle du Nord Alsace, entre autres Saverne, Wissembourg et Bischwiller, présente à la MAC la première de Segnali di Resonanza. Nous avons déjà pu voir une de ses précédentes pièces Heres: nel nome del figlio où il se penchait sur ses origines et son père, batteur de Jazz, et où il intégrait totalement ce rythme qui le berçait déjà tout jeune et qui l'a peut-être amené à être danseur. Ici, c'est la "théorie du chaos", les interactions et les conséquences des décision ou des gestes, des position, qu'il creuse et met en spectacle. "Est-ce que ce que je fais va changer le monde ?" est la question lancinante avec comme conséquence l'incertitude, l'imprévisible, le hasard que l'on aimerait bien contrôler. En tenant compte de l'environnement, et de la relation humaine. 


Segnali di Resonanza - Ezio Schiavulli - Photo: Damien Dausch

Ainsi, il questionne le public sur la décision que chacun a prise de venir au spectacle au lieu de rester tranquillement à la maison, provoquant échanges et complicités, intégration. S'interrogeant sur la "bonne place" de chacun, de lui et aussi et de ses "machines" qu'il promène par un fil, qui est autant laisse que cordon ombilical. Et dont il dit qu'elles vont elles aussi interagir en résonance avec la scène, le danseur. Oscillant entre réflexion poétique et philosophique ("Le regard influence ce qu'il regarde") et instants dansés originaux et alertes, dans lesquels on imagine des essais de fixer la hasard, dont une qui est une simulation des double pendules qu'il réalise avec ses bras. S'appuyant sur le dicton "Entre le soleil de ce matin et la lune de ce soir, nous ne sommes plus les mêmes", il permet l'expérience du spectateur de la perception multiple de sa danse dans un espace quadri-frontal, multipliant les points de vue sur la scène et favorisant le chaos. La composition musicale augmente encore cet espace dans une perception ouverte. 


Segnali di Resonanza - Ezio Schiavulli - Photo: Damien Dausch


Il multiplie aussi les expériences en proposant, après son solo, un duo, puis un trio pour explorer les multiples variations selon le nombre, mais aussi selon les interprètes. Ainsi dans la deuxième partie, les deux danseurs, l'un petit et à la gestuelle rigide, plus sèche et anguleuse (le précis et dynamique Gabriele Montaruli) se compare avec un grand danseur, plus flexible et relâché (le sympathique et touchant Davide Lafabianna). Leur danse composée de gestes de toucher, de transmission du mouvement ou de force, de poids, s'appuie sur des transferts d'énergie et nous entraîne dans un mouvement sans fin avec soutiens, rebonds et interactions. 




Pour la partie trio, les mouvements se font plus dans des aller-retours d'un bout à l'autre de la scène (en longueur) et des quelques figures acrobatiques. Dans cette configuration dans laquelle s'est intégrée une femme (la droite et juste Alizée Leman), l'aspect triangulaire favorise les échanges de regards, des séparations-retrouvailles et une occupation plus dense de l'espace. 


Segnali di Resonanza - Ezio Schiavulli - Photo: Damien Dausch


Dans cette pièce foisonnante et énergique, où chacun peut observer et expérimenter, essayer de découvrir les multiples interactions entre gestes, mouvements, liaisons et répercussions, le hasard se fait beauté et les éclairages colorés et tournoyants renforcent la perception fragmentée d'un monde agité et libre, mais également contraint. Les bribes de réalité s'offrent à nous en parcelles éparses et mouvantes, sublimées par la musique qui nous enveloppe en immersion dans des nappes sonores et des compositions originales, dont, la contrebasse finale qui nous ramène comme une échelle à la réalité.


La Fleur du Dimanche


Segnali di Resonanza


A la MAC à Bischwiller le 26 mars 2026

Au PréO à Oberhausbergen le 15 avril 2026 - Dans le cadre du Curieux Festival

Tournée 

DISTRIBUTION
CONCEPTION CHORÉGRAPHIQUE : Ezio Schiavulli
ASSISTANT CHOREGRAPHE : Gabriele Montaruli
AUTRICE ET ASSISTANTE À LA DRAMATURGIE : Rosalie Vaudaux
INTERPRÈTES : Ezio Schiavulli, Gabriele Montaruli, Alizée Leman, Davide
Lafabiana
CONCEPTION MUSICALE : Antonello Arciuli
CRÉATION ET PROGRAMMATION LUMIÈRE : Malou Hacques
PRODUCTION
Association Expresso Forma — Cie Ez3_Ezio Schiavulli (Strasbourg, France)
Associazione RIcerca E Sviluppo COreografico (Bari, Italie)
CO-PRODUCTION
L’Association des Scènes du Nord Alsace (la M.A.C. de Bischwiller, la Saline de
Soultz-sous-Forêt, la Castine de Reichshoffen, la Nef de Wissembourg, l’Espace
Rohan de Saverne, le Relais Culturel de Haguenau), Centre de Production
National de la danse Porta d’Oriente (Bari, Italie), l’association RIESCO (Bari, Italie)
et l’AGORA DE LA DANSE, Montréal - Canada.
SOUTIENS
Ministère la culture française (DRAC Grand Est), Région Grand Est (Fr), Ministère
de la culture italienne (MiC), Région des Pouilles, Institut culturel italien de
Strasbourg et Montréal

mercredi 25 mars 2026

Caravage à l'Opéra National du Rhin: Beau comme un tableau animé - Noir et vivant...

 C'est suite à la venue du Ballet de l'Opéra National du Rhin à Chemnitz à l'occasion des festivités de Capitale Européenne de la Culture en 2025 que Bruno Bouché a découvert le Ballet de cette ville et que le Ballet du Rhin y a dansé à l'invitation de Sabrina Sadowska. Cette danseuse chorégraphe née à Bâle, et qui dirige le Ballet de Chemnitz, a lancé à Chemnitz le festival TANZ | MODERNE | TANZ. Mulhouse étant un ville jumelée avec Chemnitz, c'était presque naturel qu'une collaboration se mette en place et c'est ainsi qu'en 2025 Bruno Bouché se retrouve à créer une nouvelle pièce avec le ballet de la ville. Le hazard (?) faisant aussi qu'une des danseuse de la troupe de Chemnitz, Anna-Maria Maas est passée par le Ballet National du Rhin avant 2020.


Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna


Pour Bruno Bouché la volonté de s'approcher de la peinture du Caravage (et pas forcément de sa vie aventureux et mystérieuse) renforcé par la lecture du livre de Yannick Haenel La solitude Caravage (2019) trouve ici l'occasion de prendre forme. Un travail d'improvisation en regard des peintures du maître ont permis au chorégraphe a permis d'ouvrir les prémices de cette approche de la lumière, des chairs, de l'esprit de la peinture, sa sensualité et sa violence et la mystique contenue dans les tableaux. La collaboration avec des compagnons de route proches, avec lesquels il a déjà l'habitude de travailler - Frédérique Lombard à la dramaturgie, Romain de Lagarde, à la fois aux costumes et aux lumières et Julien Lepreux - vont permettre de transposer sur scène cet univers d'ombre et de lumière dans la pièce Caravage ou le silence de nos battements de coeur.


Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna


C'est d'ailleurs dans le noir que tout commence. Pas dans le silence, un son continu irritant troublé par des coups de tonnerre - ou des fracas de bombes qui explosent - ponctuent les mouvements hachés d'une figure christique dans la pénombre, titubant et errant, entre Christ en croix sans sa croix ou homme essayant vainement de décoller. L'image se révèle lentement et la musique s'amplifie, des mélodies sombres et puissante à l'orgue renforçant cette ambiance solennelle. Cet homme seul sur le plateau est rejoint par d'autres personnages qui ne semblent que passer, traverser quand un deuxième rideau se lève au milieu de la scène dévoilant encore une autre séparation. Ce procédé de dévoilement d'un monde "à l'arrière" se répète amenant à chaque fois cette surprise, surtout que s'y rajoute un effet de "fuite" et de perspective difficile à mesurer sur ce plateau très profond. Presque comparable, l'effet de ces énormes pièces de tissus en plis impressionnants qui lévitent à un moment au-dessus des interprètes, les "encadrant" dans des tableaux.


Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna


Des tableaux, mais animés, changeants, dans lesquels soit les personnages presque figés sur place dans leurs position ne bougent que les mains ou la tête, dans une gestuelle harmonieuse, ou encore des séquences de déplacements des différentes figures d'un tableau qui se défont et se réorganisent différemment dans une chorégraphie inventive, pour figurer de multiples scènes contiguës dans une fluidité parfaite. Par la variété et l'originalité des costumes, nous voyons ainsi se côtoyer des pages du moyen-âge et des dames de cour dans leurs tissus moirés. Mais également des costumes blancs légers ou des fraises en accessoires. Ou encore, pour un très bel ensemble en "tenue légère" - une simple chemise - qui met le corps au premier plan, que ce soit pour quelques solos (un envol majestueux), de beaux duos avec portés audacieux ou des mouvements d'ensemble très bien exécutés (avec cette gestuelle de signe de croix inaboutis). 


Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna

Et surtout, comme dans les toiles du Caravage, ces corps nus (ou presque), souffrants, se heurtant, se battant, se frottant, se soutenant, tombant, se cherchant, se poussant, se repoussant, exténués et malades, et, quelquefois victorieux. La construction de la pièce, toujours mouvante, équilibre à merveille ces différents épisodes, ces duos douloureux, ces grandes fresques avec la foule qui s'amasse puis disparait, tout comme ce moment surprenant où, en un instant, tous les danseurs se jettent ensemble et forment une masse d'où émerge une femme en robe rouge alors que tout s'effondre. La construction - déconstruction de ces scènes, éclairées avec une finesse qui ennoblit les corps et les costumes, nous laisse approcher de l'esprit sombre et baroque de l'expression de cette force tragique faite de contrastes et de réalisme. 


Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna

Et la musique de Julien Lepreux, qui navigue entre les sons ténus et mesurés des synthés jusqu'à des partitions orchestrales plus baroques, arrive à s'adapter de manière appropriée à chaque scène ou atmosphère. A l'image de cette épée (suspendue comme pour marquer la violence qui sous-tend le récit) qui peut aussi se lire comme une croix, la pièce balance entre la mort et le spirituel, entre la lumière et les ténèbres, entre la foule et la solitude, dans une énergie opposée et une beauté traîtresse. 


La Fleur du Dimanche


Caravage ou le silence de nos battements de coeur


A Strasbourg - du 27 mars au 1er avril 2026

Chorégraphie: Bruno Bouché
Musique: Julien Lepreux
Dramaturgie: Frédérique Lombart
Scénographie et costumes: Bruno Bouché, Romain de Lagarde: 
Lumières: Romain de Lagarde
Assistante scénographie et costumes: Adéla Libbra

Ballet du Théâtre de Chemnitz (compagnie invitée)
Artistes principaux:
Anna-Maria Maas
Dávid Janik
Benjamin Kirkman
Koh Yoshitake
Kirill Kornilov
Miguel Eugênio
Victoria Dorodna
Lívia Pinheiro
Ellis Campbell

Artistes
Alexander Gore
Andrea Johns
Ilya Manaenkov
Margaux Pagès
Ella Puurtinen
Aleksandr Solovei
Hanna Szychowicz
Irisa van Niekerk
Beatrice Carmans *
Adéla Marešová *
* Stagiaires de l’école de danse du Ballet de Hambourg – John Neumeier

mardi 24 mars 2026

Sous les Fleurs à Pôle Sud: Avec Thomas Lebrun, les Muxes deviennent muses dansantes

 " Attention chef d'oeuvre ! " pourrait-on dire à propos du spectacle Sous les Fleurs de Thomas Lebrun créé en 2023. Cette dernière création de celui qui fut, au départ, danseur interprète chez des chorégraphes de renom avant de fonder sa compagnie en 2000 puis de diriger le Centre National Chorégraphique de Tours en 2012 où il a créé une quinzaine de pièces dont deux que nous avons pu voir à Pôle Sud (... de bon augure en 2022 et le magnifique L'envahissement de l'être (danser avec Duras) en 2024.


Sous les Fleurs - Thomas Lebrun - Photo: Frédéric Iovino

Et le mot chef-d'œuvre n'est pas trop tant la qualité, la beauté et la précision de ce qui est proposé sur scène est impressionnante. C'est une soirée mémorable, un voyage dans la beauté et la délicatesse. Un univers unique et particulier dans lequel nous sommes plongés, immergés au plus profond. Un voyage dans un monde à part, presque hors du monde. Autant par la beauté des costumes fleuris et colorés (une collaboration de Thomas Lebrun avec Kite Vollard) que par les éclairages au millimètre, tirés au cordeau et construisant des univers particuliers, colorés et changeants (un travail époustouflants de Françoise Michel dont on connait la précision) et surtout par la beauté, l'unité et la finesse des gestes des cinq interprètes (Antoine Arbeit, Raphaël Cottin, Arthur Gautier, Sébastien Ly, Nicolas Martel). Et également le judicieux choix musical qui nous transporte de pays en sensations et en atmosphères.


Sous les Fleurs - Thomas Lebrun - Photo: Frédéric Iovino

Pour commencer, une musique du Trio Monte Alban, sorte de composition populaire bien colorée et revigorante entre la banda et le folklore, de la région de l'isthme de Tehuantepec qui nous met dans l'ambiance. C'est cette région qui a inspiré le sujet de cette chorégraphie à Thomas Lebrun: les Muxes. Les Muxes sont un troisième genre* reconnu et accepté au Mexique. et Thomas Lebrun, en résidence de création à Juchitàn dans l'isthme de Tehuantepec, y  a rencontré Felina Santiago Valdivieso, militante Muxe, dont les paroles font partie de la bande son de la pièce. Très lentement les cinq danseurs, dans des gilets et jupes dans des tissus colorés et fleuris arrivent dans une procession hiératique, au ralenti, dans cet espace bordé de trois murs, percé de quatre portes, pour s'installer sur et autour de deux fauteuils. Ils vont figurer quelques tableaux de groupe, bougeant très lentement et délicatement leur tête et leurs mains, composant des tableaux vivants dans un décor coloré - des pans de murs d'un bleu profond ou d'un rouge vif - tableaux dont ils vont alterner les positions mais garder toujours des gestes et des attitudes de tendresse et de familiarité. La musique alterne entre inspirations folkloriques et compositions contemporaines et même des chansons de variété ou la traditionnelle Llorona. 


Sous les Fleurs - Thomas Lebrun - Photo: Frédéric Iovino

Des défilés nonchalants mais néanmoins pointés au millimètre mettent en relief la beauté des costumes. Les robes, soulevées ou tenues en éventail vont être ôtées successivement, au point d'arriver au jupon blanc. Puis la sérénité des parcours et des corps est mise à l'épreuve, des soubresauts et des tressaillements dans une univers dont l'atmosphère se fait plus contrastée, avec une lumière qui isole et fait violence. Tout comme ces cheveux dénoués qu'ils agitent avec force. Un autre tableau, où les danseurs, torse nu, coiffés de fleurs et portant des masques de mort, introduit une gravité certaine et leur "sortie" est assez prenante. Puis leur défilé où, habillé de noir, ils sèment des bouquets de roses pourrait marquer la fin d'une époque. Dont les derniers témoins semblent nous pointer du regard.

Nous restons immobiles dans nos sièges, stupéfaits et pétrifiés. Epoustouflés par tant de grâce et de précision des gestes réduits à l'essentiel - transformés et symbolisés (gestes de tendresse, de couture et de soins, d'attention) que les cinq danseur, dans un accord et une harmonie parfaite, nous ont transmis durant cette soirée mémorable. Et nous remercions Thomas Lebrun et son équipe de nous avoir révélé cet aspect de la beauté du Monde.


La Fleur du Dimanche


*A propos de genre, une heureuse coïncidence fait que en même temps au TNS à Strasbourg, Océan joue son spectacle L'Infiltré dans lequel il cite, entre autres, ces Muxes. 


Sous les Fleurs


A Pôle Sud CDCN - Strasbourg - le 24 et 25 mars 2026


Chorégraphie : Thomas Lebrun
Interprètes : Antoine Arbeit, Raphaël Cottin, Arthur Gautier, Sébastien Ly, Nicolas Martel
Musiques : Trio Monte Alban, Maxime Fabre, Susana Harp, La Bruja de Texcoco (arrangement Seb Martel), Banda Regional Princesa Donashii, Rocio Durcal, Hector Berlioz, Eddy de Pretto, extrait de MUXES, film d’Ivan Olita, produit par Bravo Studio et avec la voix de Felina Santiago Valdivieso
Création lumières : Françoise Michel
Création son : Maxime Fabre
Création costumes : Kite Vollard, Thomas Lebrun
Masques : Ruua Masks
Conception scénographie : Xavier Carré, Thomas Lebrun
Construction : Atelier du T°, CDN de Tours
Régie générale : Gérald Bouvet
Régie son : Clément Hubert
Assistante sur le projet : Anne-Emmanuelle Deroo
Chercheur anthropologue : Raymundo Ruiz González
Remerciements : Felina Santiago Valdivieso, Benito Hernandez

Production : Centre chorégraphique national de Tours
Coproduction : Équinoxe – Scène nationale de Châteauroux, La Rampe-La Ponatière – Scène conventionnée-Échirolles 

lundi 23 mars 2026

Au TNS L'infiltré de et par Océan: des boites et des cases ou comment déboiter et casser les codes

 Océan, comédien et réalisateur a suivi un long chemin de transition et propose une étape de ce parcours au TNS avec L'infiltré.

Nous l'avions rencontré en décembre 2019 au cinéma Star à Strasbourg où il présentait son film Océan, témoignage de l'intérieur de se "transition" toute fraîche. Dans le débat qui a suivi, il disait "l'identité c'est quelque chose de mouvant, de changeant, de fugace". Cette réflexion sur l'identité ne l'a pas quittée, mais alors qu'à l'époque il était totalement plongé dans le processus, pour le spectacle qu'il vient de créer et pour lequel il a réalisé une série d'ateliers avec des étudiant.e.s en partenariat avec le SUAC - Service universitaire de l'action culturelle - de l'Université de Strasbourg pour interroger les injections normatives concernant le genre, il prend un peu d'altitude. 

Avant tout, petite définition d'un mot qui n'est entré dans le dictionnaire Oxford English Dictionary qu'en 2015, et, à priori, né en après 1998 suite à l'invention du terme cissexuel par le sexologue allemand Volkmar Sigusch. Il s'est diffusé après 2006. La cisidentité désigne "la situation d'une personne dont l'identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à sa naissance". Le terme transgenre: "personne dont l'identité de genre ne coïncide pas avec le sexe assigné à la naissance" étant plus courant depuis les années 1990.


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff


Cet aspect un peu didactique passé, revenons-en à notre Océan, qui sur scène devient le professeur Michel, Océan Michel, qui, bien qu'il annonce un "spectacle assumé comme pédagogique" s'engouffre dans une conférence à cent à l'heure et sans pupitre - ponctué d'exercices physiques pour faire baisser son taux de testostérone sur les conseils de son surveillant médical IA, Cette intelligence artificielle qui accélère aussi les différents chapitres de sa "conférence" qui est à la fois variée, plaisante et intelligemment illustrée par les dessins d'Anaïs Caura. Balayant l'histoire du "transgenre" autant historiquement que géographiquement, nous y découvrons des femmes ayant vécu en secret sous des apparences d'homme, ainsi que des cultures ayant par exemple totalement accepté la féminité ouvertement assumée de certains hommes que ce soit en Amérique du Sud, en Inde ou l'exemple du Chevalier d'Eon, en France sous Louis XV.  

Océan fait le parallèle entre sa propre manie de classer et ranger ses Tupperware et cette propension à mettre des cases à remplir (comme sur les formulaires et les cartes d'identité "Monsieur ou Madame", sans autre choix), des règles de classification - qui sont forcément mouvantes - selon les périodes ou les pays. Cette injonction à rentrer dans les cases justifiée par des règles variable, Océan s'en moque gaiement, démontrant l'absurdité et l'instabilité de ces critères par des exemples croustillants - par exemple très explicites - ou curieux - dans le monde animal. Pointant aussi la misogynie qui frappe les scientifiques femmes qui osent découvrir des exemples flagrants qui cassent les règles du "mâle dominant". Ou encore dans le domaine du sport féminin où dès qu'une femme dépasse les capacités que l'on daigne accepter de athletes femmes, elles son exclues de la compétition. 

Sur quoi vient se greffer un racisme certain, la plupart n'étant pas "blanches". ces enchainements permettant de dévoiler autant les préjugés liés au statut de la femme que de la race. Tout cela orchestré par les "Mâles blancs dominants" qui légifèrent, dénigrent et discréditent, agressent violentent et tuent par préjugé, idée préconçue. Ainsi aussi ces "protecteurs" qui sous prétexte de protéger et de défendre, s'adonnent (en secret et souvent en toute impunité) à toutes sortes de violences. Les exemples que nous offre Océan vont de son expérience personnelle de jeune fille abusée ou de la prise de conscience du rôle assignée à la police dans le maintien de cet "ordre da la société dominante, et même dans la lecture lucide des "meurtres des Zoulous" dont on laisse sous silence la nécessité de se défendre contre les actes racistes. 


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff

Passant ainsi d'une présentation presque scientifique mais à la fois ludique et instructive de cette réalité fluctuante vis-à-vis du corps et de ses multiples variantes dans sa réalité et ses sensations, vers une lecture plus sensible et aussi plus politisée, Océan plonge dans une introspection dans la mouvance des sentiments, entre violence et amour dans cette identité changeante. L'obligeant, lui mais aussi nombre de ces personnes à la recherche de leur vrai "soi" à s'interroger sur les relations d'amour et de violence envers l'autre. Allant jusqu'à en référer à Abraham (qui lui aussi est "transformé" en gagnant un "h", tout comme sa femme Saraï en Sarah) dont le bélier apporte la puissance alors qu'Océan s'interroge sur son statut d'agneau déguisé en louveteau. Mais il conclut sur une note en équilibre, mettant en balance sa "paternité" et la fragilité de quelques une de ces "adoptés".  

L'aventure continue, passionnante, et Océan continue son voyage au long cours après nous avoir embarqué dans la découvertes des iels.


La Fleur du Dimanche


L'infiltré


Au TNS à Strasbourg, du 23 mrs au 1er avril 2026

[Conception et écriture] Océan
[Mise en scène] Océan et Flore Vialet
[Lumière] Léa Maris
[Son] Elisa Monteil 
[Vidéo] Jean Doroszczuk
[Dessin] Anaïs Caura
[Chorégraphie] Marlène Rostaing
[Dramaturgie] Leïla Adham
[Régie générale] Marie-Lou Poulain
[Composition] Thibault Frisoni
[Scénographie] Marco Ievoli
[Costumes] Colombe Lauriot Prévost
[Direction de production] Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
[Répétition] Debi Debbie
[Avec les étudiant·es] Estelle Akakpo, Coline Forster, Charlie Fouché, Lou-Ann Graindorge, Clarisse Haton, Ameline Jung, Geoffrey Ridet dit Lewyn, Pauline Roche, Noa Schublin, Tiphaine Vauje

Production déléguée En Votre Compagnie
Coproduction MIXT – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, les Plateaux Sauvages, Châteauvallon - Liberté, scène nationale , le Théâtre National de Strasbourg, l’Avant-Poste, Bordeaux
Accueil en résidence Chartreuse - CNES - Villeneuve-lez-Avignon
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec l’accompagnement du Centre des Récits du Théâtre national de Strasbourg.
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et de la Ville de Paris.
En partenariat à Strasbourg avec le SUAC de l'Université de Strasbourg et son dispositif Carte Culture
Les décors sont réalisés par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg.
Spectacle créé le 9 mars 2026 aux Plateaux Sauvages.    

samedi 21 mars 2026

Les démocraties ne sont pas un jeu au Maillon: en débat ou en danse, tous impliqués

 Du 5 au 22 mars, pendant son "Temps Fort", le Maillon a vécu en vrai un débat sur la démocratie et ses enjeux. Cela a commencé par l'ingérence politique de la Chine sur la programmation, l'ambassadeur demandant le retrait de la pièce Ceci n'est pas une ambassade de Stephan Kaegi - Rimini Protokoll dont on connait le regard lucide sur les mécanisme de fonctionnement de la société moderne. La direction de Maillon, justifiant la liberté d'expression artistique et soutenue par le monde politique n'a pas cédé, alors que l'Ambassade mettait en balance des investissements chinois en Alsace - Cela montre bien les moyens que met en oeuvre la politique internationale aujourd'hui, belle démonstration.  Il y a eu ensuite le "théâtre immersif" du Summit Strasbourg de Oeterend Goed - à ne pas confondre avec le Sommet de Christophe Marhaler, et le Rituel 4: Le Grand Débat d'Emilie Rousset et Louise Hémon, relecture sous forme de cadavre exquis des débats d'entre deux tours des présidentielles. Et ce samedi, un "débat immersif" avec la philosophe Barbara Stiegler et l'historien Christophe Pébarthe, dans leur Acte 62: Histoire et actualité de l'apathie en démocratie. Démarrant, comme à la fois démonstration et mise en pratique de l'acte démocratique, ce sont les "spectateurs" qui deviennent acteurs et moteur de cette "conférence - rencontre" qui nourrit concrètement les interrogations de la salle. Les intervenants définissent ainsi ce qu'on appelle la démocratie et ses multiples variantes - démocratie participative, démocratie directe, vraie démocratie - en remontant à l'origine du mot et du concept dans Athènes au VIème siècle avant JC pour remonter à son émergence actuelle en 1789. Et sont analysés les mutations de ce concept et et des structures politiques, essentiellement en France pour étudier ce que l'on nomme couramment l'apathie et qui découle de ce que Walther Lippmann définissait comme la "manufacture du consentement" et que l'organisation actuelle de ce qu'on nomme "démocratie" cultive en communicant sur le désengagement du peuple - ou plutôt de la "masse" que de l'éducation "engagée" de celle-ci. 


The Goldberg Variations


The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner

C'est justement ce que Michiel Vandevelde engage dans son spectacle The Goldberg Variations, dont la programmation ce samedi 21 mars se justifie doublement. D'une part dans son objectif d'engagement et de réflexion sociale qui résonne en écho de la conférence qui a précédé, et en ce 21 mars Journée mondiale de la trisomie 21. Car, cette pièce qui fait référence à Steve Paxton (que l'on verra dansant cette pièce dans les années 80) qui a popularisé la danse en bousculant le vocabulaire classique contraignant et intégrant des gestes de la vie quotidienne et bousculant se veut totalement engagée et revendicative. Ainsi, des images de manifestations mais aussi de défilés militaires sont projetés sur une grande toile en avant-scène. 


The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner

Pour introduire le spectacle, les trois interprètes: Amanda Barrio Charmelo,  une danseuse née à Lima et basée à Bruxelles, Oskar Stalpaert, "avec un K", un danseur de la Platform K - une compagnie qui forme à la danse contemporaine des artistes en situation de handicap et collabore avec des chorégraphes pour développer des créations - doté du chromosome 21, et Michiel Vandevelde danseur - qui n'a plus "dansé depuis 5 ans" - et chorégraphe à l'origine de ce projet, se présentent. Philippe Thuriot, le musicien qui a transcrit ces Variations Goldberg pour l'accordéon s'exprimera derrière le rideau avec son instrument pour faire parler la musique. Les images projetées, belles variations de reflets lumineux mouvants, flous accompagnent les notes qui glissent agiles. Le procédé, d'un flou "artistique" qui souvent se transforme en des images engagées socialement ou politiquement, datant des grands révoltes passées semblent nous inviter à nous laisser focaliser notre attention sur le message aussi. Comme c'est aussi le cas de l'extrait d'entretien d'Anna Arendt dans son rapport avec Karl Jaspers et de l'engagement au risque de la révélation. 


The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner

Tout cela fait partie du sous-texte de cette volonté à la fois d'équité, d'égalité, de liberté et d'engagement qui motive les protagonistes de cette chorégraphie. Mais le plus visible, et c'est une réelle réussite, c'est la cohérence et la juste participation des quatre protagonistes dans ce dialogue entre la musique et les corps. Ainsi la présence de l'instrument populaire qu'est l'accordéon qui s'empare de la musique savante de Bach apporte un souffle nouveau (ce n'est pas un jeu de mots) et une très belle dynamique. Et même occulté par les voiles sur l'écran desquelles le monde s'immisce dans la salle de spectacle ou le noir qui nous permet d'apprécier cette pause de vision, l'esprit est porté dans une dynamique joyeuse et heureuse. 


The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner

Mais c'est dans le superbe équilibre des trois corps qui incarnent d'une énergie vivante toute en fusion que se fait la véritable démonstration d'une humanité inclusive. Chaque interprète a sa place et sa dynamique, les solos, duos ou trios s'emparent du plateau dans une joyeuse liberté.  Amanda Barrio Charmelo, Oskar Stalpaert, ou Michiel Vandevelde nous offrent un feu d'artifice de figures et d'enchaînements, Amanda Barrio Charmelo dans ses agiles mouvements des mains et ses ondulations serpentines, Oskar Stalpaert qui nous éblouit de ses sauts et acrobaties souples et alertes que l'on n'oserait pas exécuter et Michiel Vandevelde dans sa gestuelle qui se rapproche plus de son référent Steve Paxton. Les différents tableaux et mouvements à deux ou trois interprètes, habilement distribués dans des complexités graphiques sont totalement maîtrisés et d'un bel ensemble. 


The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner

La preuve que la "nouvelle danse" n'est pas élitaire mais agrandit son impact public. Les effets de lumière et les changements d'éclairage qui lorgnent du côté du music-hall et la bonne énergie des mouvements circulaires ou des allers-retours face au public avec de multiples variations nous enchantent et nous séduisent. Ce spectacle, dont la volonté d'implique et d'engagement n'est pas pesante touche son but sans discours inutile est une réussite plaisante.


La Fleur du Dimanche


The Goldberg Variations


Au Maillon - Strasbourg, le 21 et 22 mars 2026

Chorégraphie : Michiel Vandevelde
Composition et musique live : Philippe Thuriot
Avec : Oskar Stalpaert, Amanda Barrio Charmelo et Michiel Vandevelde
Costumes : Tutia Schaad
Assistance costumes : Camil Krings
Dramaturgie : Kristof van Baarle
Scénographie : Michiel Vandevelde, avec le soutien de Tom Callemin
Conseils lumière : Tom Bruwier
Technique : Maxim Van Meerhaeghe, Maarten Snoeck
Diffusion : GOOD COMPANY
Production : Platform K
Coproduction : VIERNULVIER / KAAP
Avec le soutien : Gouvernement flamand / Loterie Nationale / Ville de Gand / Konekt / Fondation Roi Baudouin


mercredi 18 mars 2026

Tempest de Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe à Pôle Sud: Un cyclone-anticyclone: Ca chauffe sur la banquise

 On peut dire qu'entre Lisbeth Gruwez et Pôle Sud CDCN, c'est une relation longue et fidèle (souvent d'ailleurs avec la compagnie Voetvolk qu'elle a fondée avec Maarten Van Cauwenberghe). Tempest est au moins la sixième pièce jouée à Strasbourg. Ce qui n'est pas pour me déplaire, car depuis ma découverte de l'artiste dans la pièce Quando l'uomo principale è una donna qu'elle a coécrit avec Jan Fabre, j'en ai vu au moins cinq autres (It's going to get worse and worse and worse, my friend en 2015, Liz Gruwez dances Bob Dylan en 2016, We're pretty fuckin' far from okay en 2017 et Into the open en 2023). Et en revoyant ces billets, en particulier sa photo de 2015, je me dis qu'elle n'a pas pris une ride. Et elle a toujours la même énergie, dont elle dit qu'elle en est "le réceptacle". D'ailleurs, Maarten Van Cauwenberghe dit à propos d'elle qu'au début un critique l'avait qualifié de "bombe d'énergie" voire de "bombe atomique". Et cette énergie elle arrive à la tenir dans cette pièce sur presqu'une heure. Heureusement qu'elle a aussi fait une recherche auprès de maîtres des arts martiaux, en particulier du taichi pour à la fois canaliser cette énergie et la maîtriser, l'intérioriser. Et que la composition musicale de Maarten Van Cauwenberghe équilibre cette même énergie en musique avec force et vitalité, mais aussi sur des plages plus reposantes.


Tempest - Lisbeth Gruwez - Photo: Danny Willems


La pièce commence d'ailleurs dans un long voyage intérieur, concentré, quand la lumière monte très lentement, que l'on discerne le corps de la danseuse d'abord immobile puis remuant le haut du corps, les mains, les bras, le buste, accroché à un triangle incliné blanc en fond de scène à droite. Du silence naissent des gazouillis d'oiseau presqu'inaudibles puis de légères nappes sonores. Lisbeth Gruwez se lève et reste accrochée sur cette surface glissante et précaire avec toute sa force intérieure avant de plonger sur le plateau. Là, l'énergie se libère en une gestuelle millimétrée, tournoyante, dans son survêtement noir et blanc avec des bandes oranges. La musique de Maarten Van Cauwenberghe à base de multiples percussion (bois et métal et des clochettes plus des nappes multiples qui se superposent font monter la tension et concentrent l'énergie de la danseuse. 


Tempest - Lisbeth Gruwez - Photo: Danny Willems


Une accalmie provisoire fait retomber la tension, une perche, longue canne devient lance puis, plus tard, hampe de drapeau, quand un ruban rouge y est accroché. Entre temps une embellie a transformé la plateau en iceberg parcouru d'une brume glacée qui parcourt la banquise pour rafraichir l'atmosphère. Puis ce sont des vagues envahissante que dompte Lisbeth Gruwez en maîtresse des élément. Et elle repart de plus belle dans une chorégraphie impeccable sur un rythme époustouflant. 


Tempest - Lisbeth Gruwez - Photo: Danny Willems


Pour accéder à un summum d'énergie, les stroboscopes autour de la scène vont nous donnent l'illusion d'un mouvement du corps qui n'arrête pas d'accélérer alors que la danseuse est immobile ou presque, bougeant dans un ralenti imperceptible et où la conjonction de la lumière la fait tournoyer, se déplacer, s'envoler même et redescendre dans une vision surnaturelle, alors que nous sommes toujours happés par la composition sonore qui, elle aussi nous immerge dans cet oeil du cyclone au point de presque nous étouffer. Mais, pour finir, défait l'étreinte et la pression, en nous laissant souffler, lorsque le rythme de la musique et la lumière stroboscopique ralentit, se radoucit et nous lâche dans le noir. Et l'on ne peut qu'être ébahis par la performance de l'interprète, et saluer la précision et la qualité de ses gestes, sa force intérieure et son énergie et la magnifique équilibre que la musique instaure avec sa gestuelle.


La Fleur du Dimanche


Tempest


A Pôle Sud, le 17 et 18 mars 2026


Conception : Voetvolk 
Chorégraphie et performance : Lisbeth Gruwez
Musique : Maarten Van Cauwenberghe
Éclairage : Jan Maertens
Scénographie : ruimtevaarders
Implémentation scénographie : decoratelier KVS
Costumes : Eli Verkeyn
Mentor en arts martiaux : Rob Gemmeke
Assistante : Christine Herman
Remerciements : Francesca Chiodi Latini & Koen Tachelet

Production : Voetvolk vzw
Coproduction : December Dance (Concertgebouw Brugge & Cultuurcentrum Brugge) (BE), MA scène nationale – Pays de Montbéliard (FR), Perpodium, POLE-SUD (Strasbourg / FR), Theater im Pumpenhaus (Münster / DE)
Résidences : kunstencentrum BUDA (BE), CENTQUATRE-PARIS (FR), Chang Theatre (Bangkok / TH), kunstencentrum nona (BE), POLE-SUD (Strasbourg / FR), Theater im Pumpenhaus (Münster / DE), Voetvolk Atelier Rubigny (FR), WestK Performing Arts (Hong Kong / HK)
Distribution internationale : Materialise – Stéphane Noël
Avec le soutien : Tax Shelter du gouvernement fédéral belge et du gouvernement flamand

mardi 17 mars 2026

Honda Romance de Vimala Pons: Tomber, se redresser, se lever, muter, et commencer... par la fin

Vous vous souvenez peut-être de Vimala Pons qui tombe, ou de tout ce qu'elle soulevait et qui tombe, la chute .... comme dans les gags.... Mais ce n'est pas cela, les gags, très peu pour elle, c'est plutôt la déconstruction des gags, et pour chuter, c'en est presque fini. Nous l'avions vue dans Grande au Maillon en 2017 avec Tsirihaka Harrivel, quand sur la scène une multitude d'objets explosait ou eux-mêmes chutaient. C'est est fini, quand cinq mois après, Tsirihaka Harrivel est vraiment tombé (pas volontairement) de huit mètres de hauteur. Depuis, les choses ont changé. Mais ce qui est resté, apparemment une marque de fabrique (je me suis rendu compte en relisant le billet de 2017), c'est cette constance à vouloir raconter les histoires à l'envers. 


Honda Romance - Vimala Pons - Photo: Makoto C ôkubo


Ainsi, pour la pièce Honda Romance, quand le rideau s'ouvre, très lentement, dans un puissant son de déflagration (là non plus, elle n'a pas changé), nous la voyons couchée à terre, écrasée sous une sorte de satellite avec qui qui dialogue, en même temps qu'avec nous, une fois qu'elle a réussi à attraper son (faux) micro. Et elle dit de cet épisode que ce n'est pas vraiment le début de la pièce mais un épilogue: l'épilogue de la pièce précédente. En réalité, c'est bien la conclusion de son histoire récente, mise en scène symboliquement, la démonstration de sa volonté de se relever, d'avoir la force de surmonter ce qui l'a écrasée précédemment et de tenir debout. On comprend qu'elle a "traversé une dépression" - elle parle d'une "histoire d'amour" dans son dialogue avec son satellite-robot qu'elle arrive à soulever et à remettre dans le ciel. 


Honda Romance - Vimala Pons


Dans la séquence suivante, elle assure un performance époustouflante - à la fois physique, intellectuelle et artistique. Elle va jouer, à toute vitesse cent cinquante émotions, dans des séquences - des fois ultra-courtes en changeant au quart de tour de personnage, d'attitude et de niveau de langage - dans une maitrise extraordinaire à la fois de son texte, des attitudes et des gestes, et des ruptures. Et tout cela dans une implication totale de chaque segment. Une réelle performance - qui rime avec Honda Romance. Et comme on en est au titre, si nous pouvons nous permettre une remarque sur le sens induit de ce marriage entre une marque automobile - ou de moto ou de moteur - et une romance, une histoire d'amour populaire, nous pourrions dire que cela parle à la fois de l'énergie, de ce qui nous fait bouger, nous meut, entre autres, ou même, surtout, de ce qui concerne le coeur, l'amour, la vie. Quelque chose qui serait "beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie." tout en se présentant comme un challenge et une catharsis. Car en plus de cette performance verbale et physique, elle se bat aussi contre un vent très fort qui vient des trois directions de la scène!


Honda Romance - Vimala Pons - Photo: Philippe Jarrigeon


Et puis nous arrivons à la séquence qui aurait dû démarrer le spectacle - et c'est très bien que cela le conclue - une longue séquence presque hypnotique d'apparitions et de disparitions d'une dizaine de danseurs-chanteurs, dans des processions variées. Neuf chanteurs et chanteuses avec Vimala Pons, neufs corps divers, charmeurs, intrigants, uniques et insolites pour certain(e)s, habillés d'une belle variété de costumes, magnifiques créations de Marie La Rocca, qui fait que quelquefois l'on ne reconnait plus les interprètes. C'est sur les magnifiques composition vocales de Rebeka Warrior, très musique minimaliste, entre Laurie Anderson et Phil Glass que ces entrée et sorties qui font penser autant à Einstein on the Beach, et Bob Wilson qu'à Umwelt de Maguy Marin, un manège merveilleux où les voix des tous ce interprètes nous fascinent et nous surprennent. Et nous aident à surmonter l'effondrement. Une vraie potion magique, un onguent pour l'âme et une berceuse pour les oreilles. 


La Fleur du Dimanche


Honda Romance


Au TNS à Strasbourg, du 17 au 27 mars 2026

Générique 
[Conception, écriture et mise en scène, texte et interprétation] Vimala Pons
[Avec les chanteurs et chanteuses] Sabianka Bencsik, Joseph Decange, Océane Deweirder, François Gardeil, Myriam Jarmache, Flor Paichard, Vimala Pons, Firoozeh Raeesdana, Neige Requier, Léa Trommenschlager
[Collaboration, conception, mise en scène et composition musicale] Tsirihaka Harrivel 
[Composition musicale du chœur] Rebeka Warrior
[Collaboration artistique pour la direction, l’adaptation et l’arrangement musical] Fiona Monbet et Romain Louveau / Miroirs Étendus 
[Composition musicale du satellite] DMRA
[Recherche scénographique] Benjamin Bertrand, Marion Flament et Vimala Pons
[Regard scénographique] Marion Flament
[Confection du satellite] Charlotte Wallet
[Régie générale] Benjamin Bertrand, Marc Chevillon
[Lumière] Arnaud Pierrel
[Son] Anaëlle Marsollier
[Costumes] Marie La Rocca
[Assistanat aux costumes] Anne Tesson
[Collaboration et coordination artistique] Emeline Hervé
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Antoine Guilloux 
[Régie plateau] Denis Schlotter 
[Machiniste] Jean De Luca
[Régie lumière] Christophe Leflo de Kerleau 
[Electricien] Benjamin Soret 
[Régie vidéo] Xavier Prévot 
[Régie son] Imhotep Kenawi, Mathieu Martin 
[Accessoiriste] Anne Joyaux
[Habilleuse] Bénédicte Foki
 
Production TOUT ÇA / QUE ÇA et Comédie de Genève
Production musicale Miroirs Étendus
Coproduction MC2  Maison de la culture de Grenoble, Les Nuits de fourvière - festival international de la Métropole de Lyon, Odéon-Théâtre de l’Europe - Paris, Festival d’Automne - Paris, Centre dramatique national de Tours – Théâtre Olympia, Malraux scène nationale Chambéry Savoie, Le Lieu Unique – Nantes, CDN Orléans / Centre-Val de Loire, CENTQUATRE-PARIS, Les Halles de Schaerbeek - Bruxelles, 3 bis f Centre d’arts contemporains arts vivants & arts visuels – Aix-en-Provence
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas
Soutiens à la résidence Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie - La Brèche à Cherbourg, Villa Belleville - Paris, La Ménagerie de Verre dans le cadre du dispositif StudioLab, MC2 : Maison de la culture de Grenoble - Scène nationale
Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons sont artistes associé·es au Lieu Unique (Nantes)
Vimala Pons est artiste associée du CENTQUATRE (Paris), la MC2 : Maison de la culture de Grenoble - Scène nationale et le Centre Dramatique National de Tours - Théâtre Olympia
TOUT ÇA / QUE ÇA est conventionné par le Ministère de la Culture - DRAC Île-de-France
Création le 23 septembre 2025 à la Comédie de Genève