mercredi 1 juillet 2026

Montpellier, c'est Montpellier Danse, mais c'est aussi des exposition. Et quand la danse s'arrête on va aux expositions

 Quand on est à Montpellier pour le Festival Montpellier Danse, on a de la chance, parce que quand la danse s'arrête, on peut aussi aller voir les expositions.

Donc profite de la ville, de son ambiance et surtout des salles climatisées ou rafraîchies.


Donc pour la danse, je vais vous faire le résumé des spectacles vus pendant le Festival - Certains vont tourner (par exemple à Strasbourg ou en Alsace - ou à Belfort, à Paris aussi). Alors soyez attentifs et prévoyez. Faites-vous une idée ou revenez ici après les avoir vus pour vous en raviver la mémoire:


Cinq jours au Soleil d'Emanuel Gat - Une superproduction, un Grand Spectacle:

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Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker


Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Le rencontre d'une ex-danseuse étoile et d'un musicien danseur

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Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker 


Le Pas du Monde du Collectif XY - Entre cirque est mouvement, la danse de la matière et de la nature

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Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier


In the Brain de Schechter II - Une grande fresque pleine de bruit et de fureur

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Hofesh Shechter - In the Brain - Photo: Todd MacDonald


Vision d'Eric Minh Cuong Castaing - L'expérience des sens sans la vision

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Vision -  Eric Minh Cuong Castaing - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker


This is la mort de Zoé Lakhnati - Les héros se délitent

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This is la mort - Zoé Lakhnati - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker


Twama Paradise de et avec Héla Fattoumi - Devenir soeurs par la danse

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Twama Paradise - Héla Fattoumi - Sondos Belhassen - Photo: Laurent Philippe

Armin Hokmi avec Bazm (Répertoire) - une nouvelle sorte de répertoire qui s'invente pour le XXIèmeSièce

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/au-festival-montpellier-danse-armin.html 

Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Pour ce qui est des expositions, je suis parti avant la grande exposition au Musée Fabre consacré à Pierre Paulin et à ses réalisations dans le domaine du Design.

Par contre au Mo.Co - 13 rue de la République - il y a une rétrospective de Kiki Smith jusqu'au 11 octobre 2026. 

Voici quelques images dont les fleurs, les sculptures, les dessins, les tapisseries, il y a aussi des photos et des objets scientifiques.


MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker




A suivre .... très bientôt les expositions ...



La Fleur du Dimanche 



mardi 30 juin 2026

L'Accroche Note ne raccroche pas les instruments l'été: Le plaisir de la diversité: Schumann et Stockhausen pour commencer

 Quand commence l'été, à Strasbourg, l'on se réjouit de passer quelques soirées au frais dans la petite église du Bouclier dans la rue du même nom à la Petite France. 

Eh bien, cette année, le plaisir fut toujours aussi intense, même si la chaleur, intense elle aussi, a chassé la fraîcheur et c'est les portes ouvertes pour faire du courant d'air que nous avons pu profiter de cette première soirée consacrée à Schumann et Stockhausen. Le programme de ces 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre fait le grand écart entre le couple allemand, grandes figures de la musique romantique du début du XIXème siècle et le musicien allemand, qui a œuvré dans la musique électronique et dont le catalogue monumental (de même que les oeuvres, souvent monumentales, elles aussi) sont aussi influencées par l'aléatoire, et pour Aus den sieben Tage (Venu des sept jours), par l'intuition. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Pour commencer le concert, ce sera Clara Schumann, la femme que Robert Schumann épousée après quelques péripéties la veille de ses 21 ans (il en avait 9 de plus). C'est un air clarinette et piano créé en 1853. L'original est pour violon mais à l'époque il était courant de réécrire pour un autre instrument. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Le premier mouvement est très court, le deuxième est un dialogue complice entre Wilhem Latchoumia au piano et Armand Angster à la clarinette. Le troisième est plus enjoué et enroulé, comme un flot qui grossit et monte en puissance. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Suivent de Robert Schumann deux Fantasiestücke. La première opus 88 pour piano clarinette et violoncelle de 1842. Idem pour celle-là, elle était originellement écrite pour violon au lieu de la clarinette. Au premier mouvement, le piano mène la danse et le violoncelle conclut. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Le deuxième est plus dansant et sautillant à trois temps, puis ça sautille deux fois plus. C'est gai et allègre et ça s'arrête net. Le troisième est plus lent et rêveur et finit presque funèbre. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker
 

Le quatrième est plus altier avec des changements de rythme. Les trois interprètes sont très à l'écoute entre eux, de vrais complices... 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Suivent les Fantasiestücke opus 73 pour violoncelle et piano de 1849, une sorte de rêverie douce. Au deuxième mouvement, le piano est encore plus doux Wilhem Latchoumia le caresse avant que cela ne s'envole... et finit dans un soupir. Le troisième est vigoureux et enflammé. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Et l'on arrive à Karlheinz Stockhausen et son Tierkreis (Zodiaques) de 1974, pour soprano et piano, une composition "à la carte" où les musiciens sont libres et peuvent adapter la partition. Ce seront les quatre signes du zodiaque Cancer, Lion, Balance et Capricorne qui seront joués. Stockhausen s'est appuyé autant sur les signes que sur les caractères de ses proches qui étaient né(e)s sous ce signe. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Françoise Kubler se fait un plaisir également de nous chanter une belle chanson douce. Pour le Lion, il y aura l'intervention d'une boîte à musique - Stockhausen a fait fabriquer ces boites à musique avec des mélodies qu'il a spécialement composées pour elles. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Pour la Balance, des frappes violentes au piano alternent avec des parties chantées. Un interlude inattendu du public, ou plus précisément, avec le téléphone d'une spectatrice avec une sonnerie qui n'était pas sur la partition, et que sa propriétaire ne reconnait pas. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Une deuxième boîte à musique, celle de Wilhem Latchoumia, puis un air puissant de Françoise Kubler avec un léger accompagnement au piano. Puis à nouveau la boîte à musique ou plutôt les deux qui sont promenées dans le public comme une quête inversée. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Wilhem Latchoumia prend le relais avec le Klavierstück VII (1954), des notes éparses ou liées comme des gouttes après la pluie ou des chutes plus brutales. Un vrai travail de précision du génial pianiste qui nous offre une sorte de dentelle sonore faite de touches ailées et d'éclats massifs. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Et l'on finit avec un dernier Stockhausen: Aus den sieben Tage (Venu des sept jours) (1968), une pièce pour soprano, clarinette, violoncelle et piano.  Françoise Kubler arrive sur scène avec une tasse et un couvercle pour improviser des percussions et le violoncelle et la clarinette sont cachés sur la tribune. Et pour cette cette pièce "intuitive" il n'y a que les textes pour ces quinze morceaux pour lesquels la soprano et les musiciens doivent donc inventer leur partition. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Exercice pour lequel ces vieux briscards de l'Accroche Note, fondé en 1981 par Françoise Kubler et Armand Angster et auquel Christophe Beau et Wilhem Latchoumia participent depuis de nombreuses années, n'ont aucun souci et performent haut la main, pour le plus grand plaisir du public fidèle.


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche 


Rendez-vous demain, à la deuxième soirée


samedi 27 juin 2026

Ballets Russes à l'Opéra National du Rhin: Un siècle après, Nijinski revient... Toujours aussi décoiffant

 Pour clore la saison, le Ballet de l'Opéra National du Rhin nous propose sous l’intitulé Ballets Russes trois pièces emblématiques du répertoire de la danse contemporaine qui chacune a marqué une révolution au début du XXème siècle. Ce sont Le Sacre du Printemps, L'après-midi d'un Faune et le Boléro de Ravel. Ces trois pièces qui avaient été créées à l'origine par Valslav Nijinski - et par sa sœur Bronislava Nijinska pour le Boléro - entre 1912 et 1928. 


Ballets Russes - Hunt - Tero Saarinen - Photo: Agathe Poupeney


La soirée débute par la pièce Hunt que le chorégraphe Tero Saarinen a créée en 2002 sur la musique de la Danse Sacrale du Sacre du Printemps de Stravinski, une pièce commandée par la Biennale de Venise. Elle est dansée par Suzie Buisson (en alternance avec Lara Wolter). Pour commencer, la danseuse est en fond de scène, de dos sous une douche de lumière. En contre-jour, elle danse au rythme de la musique dans un espace qui s'ouvre au fur et à mesure avec les projecteurs qui encerclent la scène. La musique de Stravinsky démarre doucement dans une ambiance bucolique puis dans une danse plus nerveuse suivie de grands éclats de trompettes et des staccatos de violons. La danseuse avance au fur et à mesure sur la scène où elle est maintenant éclairée par l'arc de cercle des projecteurs. Vêtue d'une simple robe en tissu, elle va être transformée par un écran qui descend des cintres sur lequel est projetée une danse circulaire vue en plongée. 


Ballets Russes - Hunt - Tero Saarinen - Photo: Agathe Poupeney


Cet écran devient une partie de sa robe à volants, ces volants qui vont virevolter autour d'elle. Tout en continuant de danser cette robe devient la surface de projection d'une vidéo en puzzle à la Nam June Paik, avec de superbes images crées par Marita Liulia qui se marient avec bonheur aux lumières de Mikki Kuntu. Elles animent et font vibrer le plateau par séries de flashes vibrants. L’interprète incarne magnifiquement les différentes danses et occupe maintenant l’espace du plateau et la vidéo fait d’elle un corps "augmenté", avec son visage qui en contient une multitude d’autres et toute la surface de sa robe, et même plus, qui ouvre à d’autres images et une multitude d'espace. Et la pièce se conclut pour son sacrifice par un magnifique "saut de l’ange". 


Ballets Russes - L'après-midi d'un faune - Photo: Agathe Poupeney


Pour L’Après-midi d’un faune (2012), de Claude Debussy, la chorégraphe Dominique Brun s’est appuyée sur des documents d’époque: photos, films et notes et documents de Nijinski, sur sa chorégraphie, en particulier avec la notation Laban, pour restituer au plus près cette création historique qui a révolutionné la danse au début du siècle dernier, rompant avec la tradition classique. La musique est interprétée au piano à quatre mains par Sandrine le Grand et Jérôme Granjon. Julia Weiss et Erwan Jeammot ou Jesse Lyon ou Afonso Nunes, interprètent le faune et la nymphe, dans de magnifiques costumes de Sylvie Skinazi. 


Ballets Russes - L'après-midi d'un faune - Photo: Agathe Poupeney


La danse, première chorégraphie de Nijinski, est très symbolique. Les mouvements et les pauses font penser à des figures de vase grecs ou de bas-relief égyptiens. Ils sont presque expressionnistes et ne manquent pas d'humour, comme dans un comique décalé. La danse et le décor sont réduits au minimum. Le rocher, une estrade avec un escalier, et de nymphes, il n'y en a qu'une qui jette ses voiles et les abandonne au désir du faune. On se croirait revenu à l'époque de Diaghilev et de Nijinsky. En tout cas, que ce soit le mouvement ou les pauses, les ralentis, l'immobilité, surprenante pour l'époque, des danseurs, nous sommes subjugués par leur qualité d'interprétation. 


Ballets Russes - Le Bolero - François Chaignaud - Photo: Agathe Poupeney


Le summum est atteint par la version au piano à quatre mains du Boléro de Ravel chorégraphiée par Dominique Brun et François Chaignaud. Cette version va à l'essentiel et François Chaignaud, dans sa robe magnifique en tulle coloré - comme un truc en plumes multicolores, créée par Romain Brau - nous montre ici le sommet de son art de la danse et sa qualité d'interpétation. 


Ballets Russes - Le Bolero - François Chaignaud - Photo: Agathe Poupeney


Ses variations, changements de rythme et de style, ses pas de flamenco, son énergie habitée, son art d’occuper l’espace par sa simple présence. Ici nul besoin de meubler avec la présence de tous les danseurs qui pourraient entourer le soliste, sa présence sur ce praticable de fortune ouvre l’imaginaire et l’on se met à repenser à La Argentina vue par Kazuo Ono. 


Ballets Russes - Le Bolero - François Chaignaud - Photo: Agathe Poupeney


Et la magnifique interprétation des deux pianiste contribue pleinement à faire de cette pièce un succès. et de la soirée un événement unique. Mémorable


La Fleur du Dimanche 


Ballets Russes 

L’Après-midi d’un faune
Duo.
Conception, recréation chorégraphique
Dominique Brun
Chorégraphie, notation
Vaslav Nijinski
Traduction en système Laban
Ann Hutchinson Guest, Claudia Jeschke
Musique
Claude Debussy
Poème
Stéphane Mallarmé
Costumes
Sylvie Skinazi
Décors
Léon Bakst
Ballet de l'Opéra national du Rhin
Piano
Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand

Un Boléro
Solo.
Chorégraphie
Dominique Brun, François Chaignaud
Interprétation
François Chaignaud
Musique
Maurice Ravel
Piano
Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand
Costumes
Romain Brau
Scénographie
Odile Blanchard
Association Les porteurs d'ombre

HUNT
Solo
Chorégraphie
Tero Saarinen
Musique
Igor Stravinski
Costumes
Erika Turunen
Décor, lumières
Mikki Kunttu
Multimedia
Marita Liulia
Photographie en projections
Mikki Kunttu
Directeur des répétitions
Henrikki Heikkilä
Ballet de l'Opéra national du Rhin


vendredi 26 juin 2026

Au Festival Montpellier Danse, Armin Hokmi avec Bazm (Répertoire): De petits pas pour un grand saut dans le répertoire de la danse contemporaine

 Armin Hokmi est un enfant de Montpellier pourrait-on dire. Au moins en tant que danseur et chorégraphe. Cet artiste iranien, passé par la Norvège et installé à Berlin a créé au Festival Montpellier Danse en 2024 Shiraz (vu à Pôle Sud en mars 2026), la pièce hommage au Festival de Shiraz en Iran qui l'a fait connaître dans le Mode entier. Il avait aussi créé au Festival l'année dernière Of the heart - An Etude qui annonçait déjà cette pièce qu'il crée ici, Bazm (Répertoire). C'était le premier pas dans cette volonté de constituer un répertoire imaginaire, en tout cas très personnel et sensible, un répertoire de pièces de ballet censées faire date. Mais Armin Hokmi, sous son apparence affable est quelqu'un de très malin et malicieux, au point de faire croire que le mot Bazm du titre pourrait signifier (répertoire) - ou son contraire - alors que c'est plutôt la fête, le banquet. Et il adore nous perdre, parce que Bazm n'est ni une fête, ni une pièce de répertoire - enfin pas encore, elle risque pourtant de le devenir, tout comme Shiraz en prend le chemin.


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Son langage est original et autant pour Of the heart - An Etude il y avait une sorte d'accumulation du mouvement, pour cette nouvelle création il y a aussi une sorte d'accumulation, mais c'est plutôt dans une épure de gestes, de mouvements, et de déplacements. Il y a bien sûr répétition, toujours presque dans l'ordre de l'hypnotique, mais les gestes sont réduits au minimum. Au départ d'ailleurs, les danseurs sont tout d'abord deux, et puis un ou deux supplémentation. Ils apparaissent sur scène, de dos (comme si leur visage ou leur expression pouvait perturber la lecture plutôt distanciée de la danse) et puis repartent, portant leurs mains fortement collées à la hanche, une sorte d'ancrage, de levier. 


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Les quelques mouvements subtils et sporadiques se limitent à un haussement d'épaule ou à un déplacement léger de rotation grâce au déplacement d'un pied. Cette épure nous fait rentrer dans une contemplation pleine d'attention dans laquelle nous allons découvrir de subtils changements pour chaque interprète. Les bras collés changent-ils de côté ? Comment est-ce que les danseurs avancent, tournent, reculent, partent, reviennent, pivotent ? Comment et avec qui se retrouvent-ils en écho, en symbiose ou en décalage ? 


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Au fur et à mesure, le nombre d'interprètes augmente sur le plateau qui se retrouve plus ou moins occupé - ou quelquefois déserté. Ce qui est intéressant aussi, c'est leur positionnement dans l'espace, formant des figures variable jusqu'à neuf interprètes, dans des groupes où chacun(e) prend une place par rapport à l'autre, à côté , en opposition, perpendiculaire, devant ou derrière et que ces figures n'arrêtent pas de changer. Ce sont au total neuf danseuses et danseur, presqu'identiques mais quand même particuliers, avec des costumes originaux, une belle conception de Moriah Azkenaizer qui les individualise avec des bandes de couleur variées sur des survêtement colorés, ce qui amène une dimension de mouvement dynamique supplémentaire. 


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Le plus intéressant est d'essayer de fixer cette géométrie variable, de déceler le moments d'échos et les relations dans le groupe, relations qui changent continuellement en se construisant les uns sur les autres. La musique créée par l'artiste pluridisciplinaire Helen Island qui compose sur son ordinateur des airs et des vagues qui convoque autant le piano ou la guitare (acoustique) que des staccatos de violons, contribue à installer cette atmosphère globale dans laquelle nous flottons presque. Les éclairages de Vito Walter qui se muent en atmosphères mielleuses participent à notre immersion en quelque sorte dans cet événement, une sorte d'art total. Et ce n'est pas sans surprise, mais très naturellement que, sur une chanson plaisante, quand tous et toutes ont quitté la scène, et que notre esprit est encore en train de divaguer, que nous réalisons que la pièce est terminée. C'est à la fois sans regret mais pleinement satisfait de ce voyage un peu spécial auquel nous avons participé que nous nous rendons compte que nous avons vécu quelque chose d'exceptionnel et d'inhabituel. Une sorte de rupture dans la représentation de la danse. Une danse presque minimale mais qui fait plein effet. Une petite révolution. Et nous souhaitons à Armin Hokmi de continuer sur ce chemin plein d'avenir et de potentialités.


La Fleur du Dimanche


Bazm (Répertoire)


Montpellier - 26 et 27 juin 2026

Concept, chorégraphie et direction artistique : Armin Hokmi
Danse et interprétation : : Louise Dahl, Even Eileraas,, Tasha Hess-Neustadt, Aline Lebrun, Gyeongjin Lee, Ángel Martinez Hernández, Adam Russell-Jones, Leonie Türke, Eline Chao Vaaje, Emmi Venna
Musique : Helen Island, CARYO
Scénographie et conception lumière : Felipe Osorio Guzmán
Création lumière : Vito Walter
Directeur des répétitions : Ángel Martinez Hernández
Costumes : Moriah Askenaizer
Réalisation des costumes : L’atelier Bas et Hauts, Paris
Régisseur son : Fabien Minez
Conseil artistique : Jonas Maria Droste, Julie Guibert , Cecilio Orozco
Production : Armin Hokmi Kiasaraei
Coordination de production : Ashley Molco Castelló
Remerciements à Naomi Perlov et Frédéric Granger
Coproductions : Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie dans le cadre du Festival Montpellier Danse 2026 et du dispositif « Artiste associé » du Ministère de la Culture, CNDC Angers, CCN-Ballet national de Marseille dans le cadre de l’accueil studio / Ministère de la Culture, Théâtre de la Ville Paris, Charleroi Danse, Radialsystem Berlin, Rosendal International Theatre, Dansens Hus Oslo, BIT Teatergarasjen Bergen, euro-scene Leipzig, Norrlandsoperan Umeå | Soutiens : Hauptstadtkulturfonds Berlin, Fonds franco-allemand Transfabrik, Nordic Culture Fund, FFUK, Arts Council Norway | Avec le soutien du programme de résidence de PACT Zollverein (Essen), financé par le Ministère de la Culture et des Sciences du Land de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, la Friche la Belle de Mai (Marseille) avec le soutien de la SCIC FBDM, et du programme de résidence O Espaço do Tempo et FELD/LAB, une initiative soutenue par le Goethe-Institut au Portugal.
Remerciements à Frédéric Granger du CCN-BNM, Denis Boudemagh – STRADA

 

Twama Paradise de et avec Héla Fattoumi à Montpellier Danse: Sur un air de souvenir on se fait le cinéma Paradise

 La dernière création de Héla Fattoumi Twama Paradise balance, entre elle et son jumeau-gémeau de l'autre côté de la Méditerranée, la danseuse et actrice Sondos Bekhassem. Entre la chanson et la danse, entre la danse et la pantomime, entre la France et la Tunisie, entre le constat et le souvenir, entre l'engagement et le plaisir. Le plaisir de danser, à nouveau, le plaisir de se confronter avec son alter ego de longue date, depuis longtemps croisée, fréquentée, considérée, approchée, affectionnée, pour finalement concrétiser une rencontre sur le plateau, un dialogue, une connexion, une complicité, autant dans la danse que dans les souvenirs, les pensées et les opinions.


Twama Paradise - Héla Fattoumi - Sondos Belhassen - Photo: Laurent Philippe


Cela commence plutôt sur le mode nostalgique, avec des chansons alternant la langue arabe et le français, sur une musique douce et nostalgique, pour laquelle les deux danseuses chanteuses alternent leur voix et tournent dos à dos, mêlant leurs cheveux et fusionnant leur visage dans la pénombre, puis, explorant l'espace, cherchant leur place respective pour un dialogue constructif qu'elles bâtissent en interrogation mutuelle puis en une sorte de pantomime dans laquelle elles questionnent les attitudes et interactions, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans les relations sociales, révélant le statut de la femme, et plus particulièrement de la femme dans une société qui reste celle plombée par la vision masculine et par le fracture de l'âge. 


Twama Paradise - Héla Fattoumi - Sondos Belhassen - Photo: Laurent Philippe


En particulier, et c'est le point nodal du spectacle, la femme de plus de cinquante ans qui, ces derniers temps ose se présenter sur scène. Les deux danseuses sont au coeur brûlant de ces réflexions et les passent en revue, les dévoilant sans trop remettre le fer au feu, proposant plutôt une suite de situations, de constatations qu'une prise à bras-le-corps ou une remise en cause de la situation, même si l'on imagine que de l'autre côté de la Méditerranée cela risque de faire quelques vagues. Elle auront au moins pointé du doigt des attitudes et des situations que l'on a pas l'habitude de voir sur la plateau, et cela en réalisant un vieux rêve de presque plus de trente ans, danser ensemble, de s'inventer la soeur qu'on n'a pas eue. Il faut toujours répondre à ses rêve, surtout s'il peuvent (se) faire plaisir. Et au final, faire passer de la douceur et de la sororité plutôt que de la tension, ça fait du bien, même si ça passe...


La Fleur du Dimanche


Twama Paradise


Montpellier - 26 - 27 - 28 juin 2026


Conception et chorégraphie : Héla Fattoumi
Interprétation : Sondos Belhassen et Héla Fattoumi
Costumes et scénographie : Gwendoline Bouget
Conception musicale et accompagnement : Éric Lamoureux
Sons utilisés : Ons (Aïchoucha) de Khalil EPI, The Key to the exit de Deena Abdelwahed, Les Jumelles d’Heykel Fattoumi
Création lumière : Manon Bongeot
Direction technique et vidéo : Thierry Meyer
Régie son : Valentin Maugain
Documentation : Mariem Guellouz et Pauline Boivineau
Préparation vocale : Bettina Prigent
Production : Alice Péquignot
Production : VIADANSE Centre chorégraphique national de Bourgogne-Franche-Comté à Belfort |
Coproduction : Agora Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie,
Institut français, Saison Méditerranée, Le Carreau du Temple – Paris, Théâtre national tunisien

This is la mort de Zoé Lakhnati au Festival Montpellier Danse: Quatre petits tours et tu meurs .... de chaud

 Cette semaine de fin juin 2026 restera dans les annales du Festival Montpellier Danse, sinon dans la mémoire collective des Français, plus particulièrement comme la semaine des records de chaleur (la première d'une série ?) conséquence au réchauffement climatique (il n'y a presque que ceux qui en sont resté au petit optimum climatique médiéval pour affirmer le contraire). 

Elle restera également sûrement dans la mémoire de Zoé Lakhnati qui nous a offert son This is la mort dans les jardins de l'Hôtel de la Grave, où se trouve la DRAC à Montpellier. Et heureusement que ce jardin est pourvu d'un joli bassin avec son jet d'eau et d'un grand escalier qui lui fait face pour permettre aux heureux spectateurs d'assister à l'ombre des arbres à un spectacle qui zappe entre le glitch et le kitsch et ne manque pas d'humour ni d'impertinence.


Zoe Lakhnati - This is la Mort - Photo: Laurent Philippe


Se basant sur des icones remises au goût du jour, ces héros de rêve dans leurs mythes adaptés au monde contemporain, elle assure - ou achève - en quatre actes au rythme enlevé et avec une ironie sarcastique et drolatique les errements des héros éternels qui nous parlent à tous. Ce n'est sûrement pas un hasard si le premier est un chevalier surgi du Moyen-Age, plus Monty Python ou Stan Laurel que Don Quichotte, qui se promène le nez (de son casque) en l'air, humant ce dernier et explorant le jardin, se cognant dans les arbres et les rochers, prenant la pose et batifolant avec le jet d'eau pour, au final se retrouver dans un strip-tease involontaire, son armure se délitant lamentablement et la carapace dévoilant un nouveau héros, sorte de Monsieur Muscle, pas plus futé que le Chevalier de la Triste Figure, mais tout aussi souriant et naïvement charmeur dont la chute finale ne peut que se faire dans le bassin. 


Zoe Lakhnati - This is la Mort - Photo Duy-Laurent Tran


Le nouvelle chrysalide dévoile une Star au gilet d'étoiles étincelantes, clone de Michaël Jackson plus vrai que nature, que Zoé Lakhnati imite à merveille, ce qui ne l'empêche pas de mal finir, comme on le devine. Et le dernier acte sera le plus zappé, nerveux, passant en revue une accumulation d'images et de poses iconiques des héros du film noir, où le personnage chaussé de lunettes noires, traqué et terrorisé tente de tenir tête à ses poursuivants mais finit quand même sa destinée, devinez où ?


Zoe Lakhnati - This is la Mort - Photo Duy-Laurent Tran


Cette récréation rafraîchissante que nous offre Zoé Lakhnati, à la fois réflexion sur le statut des héros et leur destinée tragique, qui nous fascinent également,  ainsi que l'énorme accumulations d'images qu'elle assemble en les animant d'une belle énergie, lorgne plus du côté de la performance que de la danse, dont on devine ici et là derrière les clins d'oeils qu'elle nous jette avec impertinence et une totale complicité, toute la maîtrise qui prouve la qualité de son parcours. Nous attendons la suite de la série.... Le tome II.


La Fleur du Dimanche


This is la mort


Montpellier - du 21 au 28 juin 2026

Chorégraphie et interprétation : Zoé Lakhnati
Musique : Macarena Bielski López
Dramaturgie : Antoine Dupuy Larbre
Création costume : Constance Tabourga
Création lumière : Alice Panziera
Assistanat chorégraphique : Philomène Jander
Regard extérieur : Eleni Roberts
Avec les voix de Céleste Brunnquell et Suzanne de Baecque
Production et diffusion : Anouk Dupont-Seignour
Production : Studio Crash

Coproduction : Charleroi Danse, Les Halles de Schaerbeek, La Halle Tropisme / programme IMMERSION, Compagnie MM, Ménagerie de Verre, AtelierSi (dans le cadre du Nouveau Grand Tour en Italie avec l’Institut français), Réseau Danse Occitanie (au titre de l’aide à la production / création), La Maison Danse CDCN Uzès Gard Occitanie
Résidence dans le cadre de l’accueil-studio, dispositif soutenu par le ministère de la Culture / DRAC Occitanie
Soutiens : DRAC Occitanie (aide à la création), BUDAkunstcentrum, La Briqueterie – CDCN du Val-de-Marne (résidence en simple prêt), La Ménagerie de Verre (dispositif Studio Lab), De l’Impertinence – Laboratoire artistique et culturel
Remerciements : P.A.R.T.S – Génération XIII, Gaïa Debuchy, Dora Pentchev, Émilie Dezeuze, David Le Borgne
Artiste associée à la Ménagerie de Verre (2024–2026), Zoé Lakhnati est lauréate 2024 du Fonds régional pour les talents émergents (FoRTE), financé par la région Île-de-France.


jeudi 25 juin 2026

Vision d'Eric Minh Cuong Castaing au Festival Montpellier Danse: l'expérience de la rencontre, des recontres

 Par opposition au titre, la feuille de salle du spectacle Vision insiste sur le verbe écouter - auscultare. Et cette sorte de chiasme est assez représentative de ce qui nous attend pour cette "pièce" si l'on ose l'appeler ainsi, d'Eric Minh Cuong Castaing, artiste associé au Festival Montpellier Danse, et son équipe, Aloun Marchal, chorégraphe, performeur et Marine Relinger, cinéaste et dramaturge. De ce trio nous avions pu voir l'année dernière Forme(s) de vie qui grâce un film et une expérience très concrète en immersion nous faisait prendre conscience de la situation de personnes diminuées physiquement dans une démarche très concrète et sensible.  

Pour Vision, curieusement, l'oreille étant le remplaçant, bien pauvre, de l'oeil s'il vient à défaillir - bien que, pour une personne qui a encore la capacité de voir, il est très difficile de se l'imaginer ou de simuler le fait de ne pas voir (même en fermant les yeux - je ne sais pas si vous avez déjà tenté l'expérience), le challenge que s'est fixé l'équipe de production avec les quatre interprètes est presque un pari perdu d'avance. Ne maîtrisant pas la perception (ou l'essai de faire abstraction du sens de la vision pour être en situation transposée , sinon au moins en empathie avec les "performeurs" et "performeuses" nous ne pouvons qu'écouter nos sensations et imaginer leur situation et leur environnement sensible.


Vision - Eric Minh Cuong Castaing - Festival Montpellier Danse - Photo: Robert Becker


Suivant les consignes qu'ils nous transmettent, nous essayons tant bien que mal de réduire notre utilisation de la vision et d'imaginer un monde sonore sur lequel on nous fait des "gros plans sonores" (agrémenté d'anecdotes sur l'acoustique) ainsi que de plongées dans un univers de présences physiques dont nous nous interrogeons sur les limites plus ou moins contraintes: Pour ces quatre interprètes, quel est leur degré de capacité à voir et à être à l'aise avec l'espace? N'ayant qu'une information parcellaire - les spectateurs répartis dans quatre groupes n'auront qu'une "vue" partielle de cela, par exemple ceux qui sont dans le groupe de La Flâme connaitront son appétence pour la musique, surtout "métal" et les portes qui grincent (non pas pour Pierre Henri et ses Variations pour une porte et un soupir) et nous imaginons Nathalie Millon est plutôt dans le domaine du chant. Emmanuel Coutris est très très sensible à tout ce qu'il ne voit pas et il est capable de l'imaginer et de le décrire (son choix de la personne qu'il décrit à un moment, dont on imagine qu'il la choisit vraiment par hasard est assez bluffant), de même la précédente intervention sur le "point acoustique" et la "confession des lépreux" tient du miracle. Et bien sûr, si on ne connait pas Saïd Gharbi, sa perception et son occupation de l'espace est totalement extraordinaire. 


Vision - Eric Minh Cuong Castaing - Festival Montpellier Danse - Photo: Robert Becker

Vision - Eric Minh Cuong Castaing - Festival Montpellier Danse - Photo: Robert Becker

Vision - Eric Minh Cuong Castaing - Festival Montpellier Danse - Photo: Robert Becker


Tous ces épisodes, faussaient un peu la vision globale de ce sujet de réflexion et nous emmenaient plutôt vers un mirage brouillé un peu superficiel. Et la tentative d'auscultation des vibration de la clavicule du voisin ou de la voisine sous l'effet du chant était peut-être la porte d'entrée la plus proche pour creuser et en même temps nous rendre attentif à nous-même et à notre relations à l'autre, en terme à la fois d'intimité et de consentement - question que l'on a pu expérimenter en direct dans le feu de l'action (que suis-je en train de faire ?). 


Vision - Eric Minh Cuong Castaing - Festival Montpellier Danse - Photo: Robert Becker

Vision - Eric Minh Cuong Castaing - Festival Montpellier Danse - Photo: Robert Becker


Et pour s'examiner un peu plus attentivement et procéder à un examen de conscience, s'analyser vis-à-vis de la vision, il y a encore des champs de la vision à ausculter. La pièce appelle un examen plus approfondi.


La Fleur du Dimanche



Montpellier - 25 et 26 juin 2026 

Conception : Eric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal, Marine Relinger
Performeureuses : Emmanuel Coutris, Saïd Gharbi, Nathalie Milon, La Flâme
Chorégraphie : Eric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal
Dramaturgie : Marine Relinger
Création lumière : Sébastien Lefevre
Scénographie : Pia de Compiègne
Costume : Silvia Romanelli
Artiste sonore invitée : Anna Holveck
Accompagnant d’artistes : Théo Di Fusco
Costumes avec le regard des performeureuses : Silvia Romanelli

Une production Shōnen – Eric Minh Cuong Castaing
Directrice des productions et administration : Maxime Kottmann
Chargée de production : Carla Alberny
Chargée de communication et assistante de production : Dana Galindo
Durée : 1h

Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas pour l’accueil en résidence à l’Agora