mercredi 22 janvier 2020

Au TNS: Nous pour un moment: Jeu est un autre

Avec la pièce "Nous pour un moment" d'Arne Lygre, jouée actuellement au TNS à Strasbourg dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig, nous entrons définitivement dans le théâtre du XXIème siècle.


TNS Strasbourg - Nous pour un moment - Arne Lygre - Stéphane Braunschweig - Photo: Elisabeth Careecchio

Nous sommes en face d'acteurs qui jouent tous magnifiquement mais l'histoire est portée par non par des personnages avec des noms, mais des "catégories relationnelles" dont nous essayons de comprendre le sens ou d'en circonscrire le contexte, la valeur. Et c'est très vivifiant pour le spectateur. Si l'on rajoute que ces "relations" vivent, actent et parlent dans un monde "mouvant", le challenge est encore plus prenant. Les frontières entre les différents "états d'énonciation" glissent tout au long du texte. Il est important de saisir si ce que dit le comédien ou la comédienne se rapporte à ce que dit effectivement la "personne", ce qu'elle pense - donc pensée exprimée - ou ce qu'elle fait ou pense faire. Et chacun(e) ponctue et agrémente son texte par des "ais-je dit", des "je pense" ou "je dis" qui vont plus loin que la "distanciation brechtienne" parce que ces mots sont totalement intégrés dans la "couleur" et le "sentiment" du reste de la phrase que joue l'acteur. Si l'on rajoute que, dans la même phrase la comédienne ou le comédien saute du présent au passé ou au futur, la gymnastique mentale est encore plus délicieuse. Nous en arrivons à nous croire dans un univers où la cinquième dimension est présente. 


TNS Strasbourg - Nous pour un moment - Arne Lygre - Stéphane Braunschweig - Photo: Elisabeth Careecchio

D'ailleurs, quelquefois il nous semble que ce qui se trame devant nous n'est qu'un jeu d'avatars ayant figure humaine, d'autant plus que le génie de Stéphane Braunschweig est d'avoir transformé la scène en un immense pédiluve dans lequel les déplacements prennent un tour singulier et les chaises, le lit ou la table qui la meublent prennent des airs d'îles échouées dans l'univers. Et il y a ce jeu "habité" et sensible des comédiens qui nous met en totale empathie avec ces "figures". Le tableau ne serait pas complet si je ne vous disais qu'en plus les comédiens "incarnent" des figures différentes et peuvent se transformer  d'une "connaissance" à un "ennemi" ou un "ami lointain", un "inconnu" ou une "relation". Nous avons beau reconnaître le comédien, nous ne sommes pas sûrs de qui est en face de nous, surtout, comme je l'ai dit précédemment, les "catégories" sont "ondoyantes" et "fluides".

Cet aspect fluctuant des "personnes" tout au long de la pièce, définit bien l'état d'esprit dans lequel ils se trouvent. Leur vie et leurs relations volatiles et éphémères dans tous les domaines, de leurs amours à leur vie en société. Leurs intérêts deviennent aussi fluctuants que leur usage des réseaux sociaux. Les relations sentimentales ne sont nouées que "jusqu’à nouvel ordre " ("pour un moment"), comme l'analysait Szygmunt Bauman, le sociologue (auteur du livre "La vie liquide") auquel Stéphane Braunschweig se réfère dans le livret du spectacle. 


TNS Strasbourg - Nous pour un moment - Arne Lygre - Stéphane Braunschweig - Photo: Elisabeth Careecchio

Pour en revenir à l'histoire - et à l'écriture d'Arne Lygre, la pièce "coule" d'une "personne" à une autre, comme une "filature" policière, où l'intrigue est plutôt sur le niveau et la qualité de la relation qui y est interrogée, en gardant bien sûr un aspect de suspense tout au long du déroulement. Nous sommes - et restons jusqu'au bout - très curieux de ce qui va se passer, même si, formellement - et c'est un jeu de la part de l'auteur (un peu comme un système oulipien) nous assitons au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire à un niveau de relation qui se distend. Et le triangle originel qui serait le plus "soudé", bien qu'il soit fondé sur la brisure d'un lien dérive vers des liens familiaux rompus et niés, une solitude humaine, familiale et sociale lourde à porter. Pour finir par une note d'espoir dans un film noir: un "ennemi inconnu" qui perd une de ses deux caractéristiques.
Le texte, simple et sans fioritures, est un très bon stimulant pour notre attention qui se délecte dans les méandres de la vie et des rebondissements de ces "rencontres". Un bon exercice de "dissociation" tel que le définissait Stéphane Braunschweig. La sobriété des lumières et de la scénographie (même avec l'artifice de la "piscine") est totalement au service d'une mise en scène épurée, qui met en avant le jeu et ce texte porté par de superbes comédiens   


La Fleur du Dimanche


NOUS POUR UN MOMENT

Au TNS Strasbourg - du 22 au 30 janvier 2020

Texte Arne Lygre
Traduction du norvégien Stéphane Braunschweig, Astrid Schenka
Mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
Collaboration artistique Anne-Françoise Benhamou
Avec
Anne Cantineau, Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Glenn Marausse, Pierric Plathier, Chloé Réjon, Jean-Philippe Vidal
Lumière Marion Hewlett
Son Xavier Jacquot
Costumes Thibault Vancraenenbroeck
Le texte, dans la traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, est publié chez L’Arche Éditeur

Production Odéon – Théâtre de l’Europe
Avec le soutien du Cercle de l’Odéon

Création le 15 novembre 2019 aux Ateliers Berthier de l’Odéon - Théâtre de l’Europe

mardi 21 janvier 2020

Labourer à Pôle Sud: danser jusqu'au fond des entrailles

La scène au "Studio" de Pôle Sud, pour le spectacle "Labourer" de Madeleine Fournier, est ouverte...


Labourer - Madeleine Fournier - Photo Patrick Berger

Un carré de tapis blanc, un écran blanc qui délimite le fond et un rideau de velours bleu qui fait coin, une chaise dans le coin et une jeune femme assise, habillée d'un legging noir, d'une chemise noire à l'envers et des gants rouges. Les joues, rouges, elles aussi... La  couleur "nature", rustique, le sang qui monte aux joues. Un air médiéval voix et viole de gambe monte de derrière le rideau. La jeune femme pousse des gémissements, des mugissements, des cris d'accouchement, d'enfantement, en se pliant, se frottant avec ses gants, rouges, méthodiquement, puis se calmant... La chanson elle aussi s'achève et Madeleine se lève. Elle esquisse des pas, hésitants, des gestes de pantin, elle ancre ses poings avec ses gants rouges dans la tapis blanc. Une batterie de percussions (grosses caisses, caisses claires, tambourin,..) cercle la scène ouverte et elles se mettent à jouer tout seul, dans des rythmes syncopés. 


Labourer - Madeleine Fournier - Photo Patrick Berger

La danseuse se déhanche en rythme, tourne son bassin, suit les battements et se met à trembler. Puis se lève et danse une danse enroulante et souple, enfin se décale de côté comme en glissant en mouvements de pieds, et, de ses chaussures noires à talon se lance dans une danse chtonienne. Son geste se calque sur les percussions, mais quelquefois en décalage et bloque le rythme ternaire. Elle chante un air que l'on pourrait croire traditionnel.
Suit la projection en noir et blanc d'un film scientifique mais dont la poésie "abstraite" fait rêver. Des fleurs se mettent à danser par la magie du tournage en accéléré. Le pissenlit, les camas, les cyclamens et le trèfle se balancent et dansent sans vent, au gré de leur évolution, les volubilis, les potirons et les liserons font la ronde et des vrilles en l'air. Les percussions accompagnent la danse. Puis changement de décor, ou plutôt d'habit de corps. 


Labourer - Madeleine Fournier - Photo Patrick Berger

Le noir laisse place au blanc, une chemise trop grande se fait robe de cette jeune fille qui se cherche femme, les mains toujours gantées de rouge, à prendre la mesure de son corps, à en délimiter les bords. Elle devient plus "engageante" avec le public, plus sensuelle, plus féminine, tout en se mettant à distance en chantant une chanson avec un accent "pays". La tension monte et le tempo se ralentit, l'énergie rentre dans le corps qu'elle roule doucement à terre dans une dernière ronde intime. 


Labourer - Madeleine Fournier - Visuel: Catherine Hershey

Entre la terre et la mère, le corps se cherche, hésite, tangue, et se perd, cherche son rythme, au fond de lui-même ou dans la terre. La danse, la bourrée, rythme bousculé, corps chahuté, cherche ses frontières et ses ouvertures, entre plaisir et douleur, nature et transgression. Madeleine Fournier valse entre hésitation et engagement, découverte et intimité, danse et entrave, séduction et fermeture, corporéité et sensation. Un spectacle sous tension, entre la claque et les claquettes.

Allez, en prime, je vous dévoile la bande-annonce:





La Fleur Du Dimanche


Labourer - Madeleine Fournier
Création et interprétation : Madeleine Fournier
Dispositif sonore et musique : Clément Vercelletto
Lumière : Pierre Bouglé
Regard extérieur : David Marques
Aide costume : Valentine Solé
Conseil film : Dominique Willoughby
Graphisme : Catherine Hershey

Production ODETTA


Pôle Sud CNDC - Strasbourg - 21 janvier 2020

Festival Parallèle - Marseille31 Janvier 2020 

Le Phare - CCN - Le Havre - 6 Février 2020

Théâtre de la Bastille - Paris - 3 au 6 mars 2020

Emmetrop  -  Bourges - 24 Mars 2020

La Norville - 25 Avril 2020 


Festival Actoral - Usine C, Montréal - Novembre 2020 

dimanche 19 janvier 2020

Les dimanches de l'Orchestre: Accords accortes à cors et à cordes

Il est des manifestations qui rendent les dimanches matins plus sympathiques, les rendez-vous de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg en font partie et ce dimanche le programme était consacré à deux pièces de Beethoven.


Les matins de l'OPS - Beethoven - Hedy Kerpitchian - Philippe Lindecker - Benjamin Boura - Alexandre Somov - Photo: lfdd


Pour commencer, le Quatuor à cordes N°7 en fa majeur "Razoumovski" (1806), dédié à l'un des premiers mécènes de Beethoven et mélomane, musicien également puisqu'il prend quelquefois place dans l'ensemble qu'il crée dans son Palais à Vienne. Il joue d'ailleurs cette pièce qui lui est dédiée en 1809 et la trouve "techniquement trop difficile à jouer". Certains critiques partagent cet avis sur la difficulté de cette pièce qualifiée de "musique de cinglé". Beethoven rétorque que "ce n'est pas pour vous, c'est pour les temps à venir." Et le temps est venu de l'apprécier pleinement, dans cette interprétation par le quatuor constitué de Hedy Kerpitchian et Philppe Lindecker aux violons, Benjamin Boura à l'alto et Alexandre Soumov au violoncelle. Le jeu précis, clair et limpide, l'écoute et le dialogue, les solos, les reprises et les ensembles sont millimétrés et nous font apprécier toute la verve et la richesse de cette pièce en quatre mouvements qui dure bien quarante minutes. Quarante minutes de plaisir, où les mélodies sautillantes, reprises dans un bel élan font place à des mélodies légères puis plus graves. Les mouvements se font délicats,  plus lents avant d'accélérer et de s'envoler dans un beau final. La pièce donne et redonne la voix à chacun dans son registre avec une belle égalité et les quatre interprètes sont chacun magnifiques.

OPS - Beethoven - H. Kerpitchian - P. Lindecker - B. Boura - A. Somov - A. Beunache - S. Lentz - Photo: lfdd

Pour la deuxième pièce, le Sextuor pour deux cors et quatuor à corde en mi bémol majeur op.81b (1794-1795), écrit à 24 ans, alors qu'il s'était installé à Vienne et avait suivi l'enseignement de Joseph Haydn, nous sommes plus dans une pièce de divertissement, qui cependant ne manque pas de virtuosité, en particulier pour les deux cors (Alban Beunache et Sébastien Lentz) qui se relaient pour jouer la mélodie et les variations bien rapides - les cordes reprenant elles aussi les airs et les variations. La pièce est virtuose et plaisante, le doux son du cor rassurant et bucolique et la pièce, toujours finement interprété par des musiciens complices est une petite bulle de plaisir envoyée dans le temps à travers les siècles.

OPS - Beethoven - H. Kerpitchian - P. Lindecker - B. Boura - A. Somov - A. Beunache - S. Lentz - Photo: lfdd


Prochain rendez-vous du dimanche matin
Les Cordes en toute Latttidude avec Rossini, Bach et Britten...
Dimanche 2 février 2020 - 11h00


La Fleur du Dimanche 

Il faut bien commencer l'année, alors, regardez, lisez et écoutez

Je vous ai posté mes voeux "sur le bout de la langue" sur la pointe des pieds, du bout des doigts. 
Les avez-vous vus, lus, écoutés ?
Parce l'époque est à l'urgence et si vous ne les avez pas notés, je vous prie de bien vouloir pianoter sur votre clavier pour rétropédaler.
Il n'est pas trop tard.... et prenez votre temps, "il n'y en a plus pour très longtemps":
"Pendant que je dormais, pendant que je rêvais
Les aiguilles ont tourné, il est trop tard"

Regardez la nature:

Fleurs de janvier - Photo: lfdd


Les perce-neige(s) sont déjà éclos(e), et il neige, la mer monte et elle crie:

"J'ai toujours aimé les perce-neige
ne seait-ce que parce que dans leur têtu fleurir
ils traduisent la parole qui met en perce le silence
à la façon dont darde le téton qui déchire
le tissu d'été sous la vive poussée du désir"

.....

Ferme les yeux
et c'est la mer que tu entends

Toute cécité consentie
sert autant de conque
aux rumeurs de ton sang
qu'à celles du monde

....

Le vent
son besoin de parler haut

d'ampli 
de micro
Toujours mégaphone 
au poing comme 
un semeur de décibels

Le vent
Haut-parleur!

Les trois poèmes sont d'Albert Strickler - dans son Journal 2018 - Le coeur à tue-tête et dans son livre de poésie consacré à la mer (il y en a également un sur le flocon de neige) Feuilleter la mer.

Fleurs de janvier - Photo: lfdd


Pour démarer en beauté l'année en chanson, je vous en offre deux de Mike Patton et Jean-Claude Vannier.

La première Corpse Flower (le nom d'une fleur géante et puante):

 


Et puis "Chanson d'amour":

 


Et pour un peu de tendresse, les Brigitte qui nous chantent "A bouche que veux-tu":





Bon Dimanche et Bonne année 2020 


vendredi 17 janvier 2020

Love Music et Fred Frith: La musique sans frontières traverse les années et les âmes

Les frontières de la musique sont fluides, comme un souffle...
Pour son premier concert de l'année à la BNU de Strasbourg, le collectif "lovemusic" joue avec le feu et avec le temps. Son concert s'appelle "Orologio di Fuoco", en référence à une des pièces "Fireclock" (2019), une création mondiale commandée à Maurizio Pisati qui est jouée devant le film qui montre la mise à feu de la sculpture d'allumettes qui a inspiré la pièce. 


Lovemusic - Orologie di fuoco - Emiliano Gavito - Léa Trommenschlager - Adam Starkie - Photo: lfdd, 

Le concert qui sera repris en Italie, à Milan le 4 mars 2020 tourne autour du temps et rassemble autour d'Adam Starkie à la clarinette et d'Emiliano Gavito aux flutes la guitare de Christian Lozano. La soprano Léa Trommenschlager rejoint Christian Lozano pour la première création de Philippe Venable "Time stands still" et le groupe aux wood blocks pour la deuxième "Numbers 91-95" qui voit resurgir deux magnétophones à cassettes qui enregistrent (et rediffusent le texte de Simon Howard dont Adam Starkie nous offre une lumineuse interprétation.
Vous l'aurez deviné, la pièce tourne autour du temps et l'installation "Poet Mechanic XX" de Cameron Graham qui tourne en interlude sur les écrans de télévision pour clore le concert en dévoilant son son tournant délicat et discret résume le ton de la soirée. Un souffle imperceptible, éphémère, léger comme le temps, fugace et aérien. 

Certaines parties de ce début de soirée - jeu de guitare, objets musicaux (un ruban de scotch déroulé) font un pont vers le concert de deuxième partie de soirée au programme: le concert "anniversaire" de Fred Frith en dialogue avec Nicolas Humbert et Marc Parisotto au Fossé des Treize dans le programme de Jazzdor.

Cut Up the border


... Après le pas, la coupe !  
Vous avez peut-être en tête le film "culte" "Step Across the Border" portrait de contrebandiers du musicien Fred Frith dont je vous ai parlé hier. Figurez-vous qu'il a nécessité plus de 2 ans de tournages et que les rushes "son" - plus de 33 heures enregistées par Jean Vapeur sur un Nagra - avaient subi un "dégat des eaux". Mais, que grâce au Bayericher Rundfunk et au Deuschlandfunk, le résultat du sauvetage de cette archive a donné lieu à un concert-improvisation il y a un an à l'occasion de l'Anniversaire de l'Art initiée par Robert Filliou (le jour de son propre anniversaire en 1973) et donc un objet disque qui en témoigne.

Jazzdor - Cut up the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Marc Parisotto - Photo: lfdd

Cette re-création a été "réactivée" en totale improvisation entre les trois compères Fred Frith, à la guitare et toutes sortes d'ustensiles et de pédales, et également Nicolas Humbert et Marc Parisotto, les deux complices qui ont retravaillé les bandes, dans un match de ping-pong entre la scène et les archives qu'ils envoyaient de la salle vers la scène (ou plutôt vers les enceintes) dans un jeu de collage (cut and paste) electronique vivifiant.


Jazzdor - Cut up the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Marc Parisotto - Photo: lfdd

Chacun à l'écoute de l'autre, essayant de trouver le bon ton, la bonne réponse, le son ou l'ambiance qui permettait de réactiver ce voyage à la fois dans le temps (plus de 30 ans) et également dans un univers fait de notes, de paroles ressucitées, de cris et de bruits, d'accords et de liaisons. 


Jazzdor - Cut up the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Marc Parisotto - Photo: lfdd

Pendant une bonne heure et demie, avec Fred Frith qui démarre en "nettoyant" sa guitare des traces de sons passés avec une brosse puis un pinceau, puis en tire les sons inimaginables qu'il cosntruit dans sa tête, rejoint par le duo qui s'appuie sur le matériau à sa disposition, avec moults changements et variations, se met en positions d'écoute du passé dont Nicolas Humbert et Marc Parisotto font encore défiler quelques images sonores.


Jazzdor - Cut up the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Marc Parisotto - Photo: lfdd


Jazzdor - Cut up the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Marc Parisotto - Photo: lfdd

Une soirée intense et de grande intériorité...


Jazzdor - Cut up the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Marc Parisotto - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche

jeudi 16 janvier 2020

Step Across the Border pour couper les frontières: La symphonie des espaces libérés

Fred Frith est un saute-frontières, sa musique ne se laisse pas emprisonner...  Nicolas Humbert et Werner Penzel, les deux rélisateurs, qui se sont atelés à partager la responsabilité de ce film, partagent ce point de vue et lui ont proposé un "portrait filmé".
Mais ce n'est en aucun cas un "reportage" classique, c'est une vaste symphonie qui joue avec les éléments - le vent, la mer, les nuages et la pluie, la ville et ses fumées, les trains et les voyageurs, les passants, parmi lesquels, quelquefois, Fred Frith et sa bande de joyeux inventeurs de sons et de bruits.


Step Across the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Werner Penzel

Pendant 90 minutes, dans un noir et blanc poétique, nous "vivons", plus que nous l'entendons, cette musique créée sous nos yeux, gage de liberté, d'improvisation inventive mais également précise et pointue. Le son, les sons et l'image, les images se répondent, dialoguent et construisent un univers qui ont fait de ce film, réalisé en 1990, une oeuvre à part, poème magistral qui nous fait découvrir la "cuisine"  (et même les "courses") de ce génial créateur qui ne jure que par la qualité de l'improvisation réussie et qui prouve que même un enfant (presqu'un bébé) peut faire de la musique.
En même temps ils nous montrent à petite dose la philosophie qui guide la réflexion de cette troupe et nous laisse voir la beauté des choses simples en nous les faisant entendre, voir nous montrer la densité du silence ou les moments de bonheur fugace auxquels on peut assister si on est un tant soit peu "à l'écoute du monde".
C'est une très belle leçon de vie, de bonheur et d'humanité.
La projection au cinéma Star de Strasbourg a permis d'échanger avec les protagonistes. 
Pour vous faire regretter de ne pas l'avoir vu, je vous en offre le générique:



Et pour les curieux, j'ai même déniché quelque pépites qui vont vous donner envie de commander le DVD... c'est ici:
http://vintagesounds.forumactif.com/t1376-film-step-across-the-border-1990

En complément de ce film, et en s'appuyant sur la masse des sources sonores "sauvées des eaux", une sélection retravaillée par Marc Parisotto et Nicolas Humbert va permettre une deuxième vie à ce monde bruissant dans un concert avec Fred Frith, en totale improvisation collective lors d'un concert Jazzdor "Cut up the Border" au Fossé des  Treize ce vendredi 17 janvier 2020 à 20h30( compte-rendu ici).


La Fleur du Dimanche  

Oona Dogherty: Danse dans les quartiers ou sur un fil... de lumière

Dans le cadre du mois de janvier de Pôle Sud CDNC intitulé "L'année commence avec elles", le spectacle  "Hope Hunt & The Ascension into Lazare" se positionne pile sur cette thématique d'actualité.
Oona Doherty avec les deux pièces nous confronte à la fois à la féminité mise en question et également à ce que l'on attend de la danse, avec un démarrage (en trombe) à l'extérieur de la salle de spectacle. Oona Doherty et son complice DJ Joss Carter nous jouent le risque de la rue, dans un quartier, qui peut être la banlieue de Belfast, comme de Strasbourg, avec une mise en scène de l'agression par de supposés cas sociaux. 


Oona Doherty - Pôle Sud CDNC - Photo: lfdd

Certains spectateurs ont dû sentir monter leur taux d'adrénaline, la mise en scène - et en condition - étant très réaliste. Le retour dans le "Studio" les a calmés, même si la danse "sur un fil de lumière" les a encore un peu laissés dans l'expectative. Mais le spectacle joue totalement sur ces espaces variants, cette non-définition, le va-et-vient entre les genres, justement: Oona Doherty, figure qui alterne la masculinité et le côté "mauvais garçon" dans ses attitudes et ses apostrophes: gros mots, en anglais, en Français et en Allemand (Scheisse, Bumsen,..) et la grâce d'un corps de danseuse à la limite du classique, entre survêtement ample et vêtement blanc de vierge angélique, invective au public ou imploration divine. Elle arrive avec une totale maîtrise à jouer sur le mouvement et la parole saccadée qui serait ceux d'une vidéo qui fonctionne par soubresauts, se déroulant de plus en plus, dans une gestuelle maîtrisée et des bruitages et une diction à la limite d'une magnifique glossolalie. 


Oona Doherty - Pôle Sud CDNC - Photo: lfdd

Dans son versant "vierge", cependant, alors qu'elle nous montre toute sa maîtrise et la souplesse d'un geste de danseur noéclassique sur une magnifique bande son "médiévale" qui va chercher les contre-uts, nous nous serions attendus à une interprétation qui prenne un peu plus de liberté dans le geste. Mais on sent bien tout le talent et l'énergie, la révolte aussi peut-être qu'elle a au fond de son corps.

La Fleur du Dimanche