Du 5 au 22 mars, pendant son "Temps Fort", le Maillon a vécu en vrai un débat sur la démocratie et ses enjeux. Cela a commencé par l'ingérence politique de la Chine sur la programmation, l'ambassadeur demandant le retrait de la pièce Ceci n'est pas une ambassade de Stephan Kaegi - Rimini Protokoll dont on connait le regard lucide sur les mécanisme de fonctionnement de la société moderne. La direction de Maillon, justifiant la liberté d'expression artistique et soutenue par le monde politique n'a pas cédé, alors que l'Ambassade mettait en balance des investissements chinois en Alsace - Cela montre bien les moyens que met en oeuvre la politique internationale aujourd'hui, belle démonstration. Il y a eu ensuite le "théâtre immersif" du Summit Strasbourg de Oeterend Goed - à ne pas confondre avec le Sommet de Christophe Marhaler, et le Rituel 4: Le Grand Débat d'Emilie Rousset et Louise Hémon, relecture sous forme de cadavre exquis des débats d'entre deux tours des présidentielles. Et ce samedi, un "débat immersif" avec la philosophe Barbara Stiegler et l'historien Christophe Pébarthe, dans leur Acte 62: Histoire et actualité de l'apathie en démocratie. Démarrant, comme à la fois démonstration et mise en pratique de l'acte démocratique, ce sont les "spectateurs" qui deviennent acteurs et moteur de cette "conférence - rencontre" qui nourrit concrètement les interrogations de la salle. Les intervenants définissent ainsi ce qu'on appelle la démocratie et ses multiples variantes - démocratie participative, démocratie directe, vraie démocratie - en remontant à l'origine du mot et du concept dans Athènes au VIème siècle avant JC pour remonter à son émergence actuelle en 1789. Et sont analysés les mutations de ce concept et et des structures politiques, essentiellement en France pour étudier ce que l'on nomme couramment l'apathie et qui découle de ce que Walther Lippmann définissait comme la "manufacture du consentement" et que l'organisation actuelle de ce qu'on nomme "démocratie" cultive en communicant sur le désengagement du peuple - ou plutôt de la "masse" que de l'éducation "engagée" de celle-ci.
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| The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner |
C'est justement ce que Michiel Vandevelde engage dans son spectacle The Goldberg Variations, dont la programmation ce samedi 21 mars se justifie doublement. D'une part dans son objectif d'engagement et de réflexion sociale qui résonne en écho de la conférence qui a précédé, et en ce 21 mars Journée mondiale de la trisomie 21. Car, cette pièce qui fait référence à Steve Paxton (que l'on verra dansant cette pièce dans les années 80) qui a popularisé la danse en bousculant le vocabulaire classique contraignant et intégrant des gestes de la vie quotidienne et bousculant se veut totalement engagée et revendicative. Ainsi, des images de manifestations mais aussi de défilés militaires sont projetés sur une grande toile en avant-scène.
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| The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner |
Pour introduire le spectacle, les trois interprètes: Amanda Barrio Charmelo, une danseuse née à Lima et basée à Bruxelles, Oskar Stalpaert, "avec un K", un danseur de la Platform K - une compagnie qui forme à la danse contemporaine des artistes en situation de handicap et collabore avec des chorégraphes pour développer des créations - doté du chromosome 21, et Michiel Vandevelde danseur - qui n'a plus "dansé depuis 5 ans" - et chorégraphe à l'origine de ce projet, se présentent. Philippe Thuriot, le musicien qui a transcrit ces Variations Goldberg pour l'accordéon s'exprimera derrière le rideau avec son instrument pour faire parler la musique. Les images projetées, belles variations de reflets lumineux mouvants, flous accompagnent les notes qui glissent agiles. Le procédé, d'un flou "artistique" qui souvent se transforme en des images engagées socialement ou politiquement, datant des grands révoltes passées semblent nous inviter à nous laisser focaliser notre attention sur le message aussi. Comme c'est aussi le cas de l'extrait d'entretien d'Anna Arendt dans son rapport avec Karl Jaspers et de l'engagement au risque de la révélation.
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| The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner |
Tout cela fait partie du sous-texte de cette volonté à la fois d'équité, d'égalité, de liberté et d'engagement qui motive les protagonistes de cette chorégraphie. Mais le plus visible, et c'est une réelle réussite, c'est la cohérence et la juste participation des quatre protagonistes dans ce dialogue entre la musique et les corps. Ainsi la présence de l'instrument populaire qu'est l'accordéon qui s'empare de la musique savante de Bach apporte un souffle nouveau (ce n'est pas un jeu de mots) et une très belle dynamique. Et même occulté par les voiles sur l'écran desquelles le monde s'immisce dans la salle de spectacle ou le noir qui nous permet d'apprécier cette pause de vision, l'esprit est porté dans une dynamique joyeuse et heureuse.
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| The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner |
Mais c'est dans le superbe équilibre des trois corps qui incarnent d'une énergie vivante toute en fusion que se fait la véritable démonstration d'une humanité inclusive. Chaque interprète a sa place et sa dynamique, les solos, duos ou trios s'emparent du plateau dans une joyeuse liberté. Amanda Barrio Charmelo, Oskar Stalpaert, ou Michiel Vandevelde nous offrent un feu d'artifice de figures et d'enchaînements, Amanda Barrio Charmelo dans ses agiles mouvements des mains et ses ondulations serpentines, Oskar Stalpaert qui nous éblouit de ses sauts et acrobaties souples et alertes que l'on n'oserait pas exécuter et Michiel Vandevelde dans sa gestuelle qui se rapproche plus de son référent Steve Paxton. Les différents tableaux et mouvements à deux ou trois interprètes, habilement distribués dans des complexités graphiques sont totalement maîtrisés et d'un bel ensemble.
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| The Goldberg Variations - Amanda Barrio Charmelo - Oskar Stalpaert - Michiel Vandevelde - Photo: Katja Illner |
La preuve que la "nouvelle danse" n'est pas élitaire mais agrandit son impact public. Les effets de lumière et les changements d'éclairage qui lorgnent du côté du music-hall et la bonne énergie des mouvements circulaires ou des allers-retours face au public avec de multiples variations nous enchantent et nous séduisent. Ce spectacle, dont la volonté d'implique et d'engagement n'est pas pesante touche son but sans discours inutile est une réussite plaisante.
La Fleur du Dimanche
Composition et musique live : Philippe Thuriot
Avec : Oskar Stalpaert, Amanda Barrio Charmelo et Michiel Vandevelde
Costumes : Tutia Schaad
Assistance costumes : Camil Krings
Dramaturgie : Kristof van Baarle
Scénographie : Michiel Vandevelde, avec le soutien de Tom Callemin
Conseils lumière : Tom Bruwier
Technique : Maxim Van Meerhaeghe, Maarten Snoeck
Diffusion : GOOD COMPANY
Production : Platform K
Coproduction : VIERNULVIER / KAAP
Avec le soutien : Gouvernement flamand / Loterie Nationale / Ville de Gand / Konekt / Fondation Roi Baudouin






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