vendredi 10 juillet 2026

Jazz à la Petite France, c'est parti pour la 6ème édition avec de l'ombre, la parité et les prix libres et de belles découvertes

 Première journée du Festival Jazz à la Petite France, qui en est à sa 5ème édition. Un festival engagé, responsable et qui vise la parité. Et ce n'est pas parce qu'il programme principalement des femmes qu'il n'y a pas de découvertes à faire. D'ailleurs, pour cette première journée, il n'y a que de bonnes surprises.


Jazz à la Petite France - Octa - Maxime Epp - Photo: Robert Becker


L'ouverture se fait avec Octa, un groupe autour du batteur Maxime Epp que nous avions déjà pu voir à l'oeuvre ici même en 2023 avec le groupe Fuz4tet et la chanteuse ukrainienne Yuliia Vydovska. Dans ce groupe il y avait aussi le contrebassiste Nello Drone qui participe aussi à Octa. 


Jazz à la Petite France - parité - Photo: Robert Becker


L'octet est paritaire, quatre femmes et quatre hommes, avec Claire Besson à la guitare, Nina Casati au violon, Inès Soubeste au violoncelle et Marie Dubus à la flûte. Du côté masculin, il y a en plus Étienne Bideau à l'alto et Mathieu Genelot au saxophone. 


Jazz à la Petite France - Octa - Maxime Epp - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Octa - Maxime Epp - Photo: Robert Becker


Maxime Epp a également écrit les compositions, des pièces très introspectives, sur l'air du temps, par exemple un morceau sur le Donon gelé qui émerge de ses souvenirs d'enfance, un autre, Brume à lames, réminiscence de paysages de brouillard vengeurs. 


Jazz à la Petite France - Octa - eau - Photo: Robert Becker


D'autres parlent  de changements physiques (de l'eau) ou d'équilibre - et donc de déséquilibre. Ce dernier morceau voit une très belle intervention à la guitare de Claire Besson. Les compositions sont très écrites, précises, rigoureuses et très bien interprétées par l'ensemble du groupe. On aimerait peut-être plus de vent de liberté dans la dynamique, même si certains, comme Nelo Drone semblent lâcher la bride.


Jazz à la Petite France - Séverine Morfin - Malik Ziad - Photo: Robert Becker


La deuxième partie est assurée par ​Séverine Morfin à l'alto et Malik Ziad à la mandole et au guembri, des instruments de musique arabe dont la rencontre - ainsi que celle de ces deux artistes - ouvre des horizons nouveaux. 


Jazz à la Petite France - Séverine Morfin - Malik Ziad - Photo: Robert Becker


L'interprète et compositrice Séverine Morfin qui vient de la musique contemporaine, instrumentale et électroacoustique explore ici des univers qui marient le jazz et des musiques hypnotiques, aux ambiances relaxantes, procurant un immense bien-être. 


Jazz à la Petite France - Séverine Morfin - Malik Ziad - Photo: Robert Becker


Son dialogue avec Malik Ziad et ses deux instrument utilisés presque à contre-emploi nous décontenancent et nous surprennent par leurs sonorités étranges. Les différents morceaux qu'ils nous offrent nous emmènent dans des sortes de transes, des états seconds, Un curieux et bénéfique voyage.


Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker


Pour terminer la soirée, c'est le trio de Phillip Klawitter, Klar Wetter, avec Francesco Rees à la batterie et Christophe Rieger au saxophone ténor, qui s'associe à la somptueuse saxophoniste Sophie Alour qui nous offre pour finir une concert de toute beauté. Son jeune trio, appelant le temps clair, l'été et la joie, nous emporte et nous bouscule dans de belles sonorités et des rythmes joyeux. 


Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker


Le dialogue et le relais fonctionne très bien avec Sophie Alour, dont des beaux duos ou des relais avec Christophe Rieger dont le jeu est plus coulant, celui de Sophie Alour est puissant et son saxophone un peu rauque est impeccable et précis. Les différentes compositions, récentes, dont un disque Hold on to Something va sortir en novembre sont variées. Ainsi de Scream, une pièce douce pour sensibiliser à la santé mentale ou le Lab du Laàb - hommage au Laàb (où se tiendra une jam après le concert) ou encore Running for your life, où Phillip Klawitter exécute une beau dialogue avec la batterie de Francesco Rees, toutes les compositions ont une belle inventivité et une très belle tenue, pleine d'énergie. 


Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker

Les rencontres sont favorisées, grâce aussi à ce festival et Claire Besson a aussi une place d'invitée avec sa guitare pour une très belle prestation. Pour ce concert réussi, le jeu de l'ensemble de protagonistes est magistral, clair et ample, bien rythmé et le phrasé clair. On ne peut que constater le très haut niveau de qualité de certains groupes de jazz en Alsace, dont en particulier celui-ci qui n'a pas à rougir de la comparaison avec des pointures nationales. En sout cas leur prestations nous a enchanté et ravis. A suivre donc au Laàb et à demain pour la deuxième journée du Festival ! 


La Fleur du Dimanche

samedi 4 juillet 2026

Les Vies de Léon au Festival Les Scène Sauvages: voyage dans la mémoire de l'Europe

 Les Scènes Sauvages sont nées 2019 et et ce festival de théâtre, mais pas que, essaime dans les Vosges au dessus de Schirmeck pour la huitième édition avec dix-huit rendez-vous au plus près de la nature. 

Nous y avions fait en tour en 2022 et avions assisté au spectacle de Jérôme Bel Isadora Duncan, consacré à la danseuse qu'Elisabeth Schwartz avait ressuscitée. L'idée de m'immerger dans l'environnement de cette vallée prisée par de nombreux Strasbourgeois et Strasbourgeoises, mais aussi d'une population dont l'environnement s'enracine dans la présence du Pasteur Oberlin et l'esprit de Lenz qui plane encore sur les paysages, m'a poussé à faire une plongée initiatique de deux jours dans la nature généreuse et de découvrir cinq facettes de ce festival, riche en découvertes.


Première étape : Les Vies de Léon

 C'est une pièce de théâtre, plutôt destinée à un public jeune (les classes primaires CM1 CM2 entre 9 et 11 ans), mais qui se laisse voir de façon agréable par les adultes également. L'intérêt - et l'originalité de la pièce est son dispositif qui mobilise une tête d'enregistrement binaurale en partenariat avec Radio France.  Ce dispositif apporte une proximité et une intimité avec le spectateur, chacun se faisant souffler l'histoire dans son oreille et, de même les comédiens s'ils parlent, même a voix basse ou loin, sont au crux de l'oreille de chacun. Ainsi le personnage de la grand-mère, narratrice de cette "histoire vraie et dont l'écoute est vécue par un enfant dont nous partageons le statut donne une présence très forte et une réalité attestée aux moments de jeu. 


Scènes Sauvages - Les Vies de Léon - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Ce récit, crée à partir d'une histoire vraie, va suivre Léon, personnage réel qui a fui la Pologne pour s'installer en Belgique et ensuite se retrouver dans des camps au sud de la France, d'abord à Douadic ensuite à Rivesaltes pour arriver finalement en Palestine où il s'installe après la guerre. L'histoire prend naissance grâce à ces deux lettres que le personnage réel a écrit dans ces camps au Maréchal Pétain pour s'en faire libérer. Julie Bertin et Jade Herbulot ont ainsi construit sur des archives et avec les comédiens ce récit qui fait intervenir cette tête binaurale comme objet mystérieux et créé le personnage de la grand-mère. Le dispositif d'écoute dans le casque apporte une proximité, une intimité qui plonge le spectateur jeune ou adulte au plus près de la vie, des sensations, des émotions, des sentiments de Louis. 


Scènes Sauvages - Les Vies de Léon - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Cette tête, sculpture un peu magique, va nous permettre de suivre le destin de cet enfant venu de Pologne, passé par la France et la Belgique et dont le destin va éclairer de manière très intime, la vie, sur plus d'une dizaine d'années. Etienne Galharague incarne avec justesse et crédibilité Léon sur cette période. Il va rencontrer un certain nombre de personnages (oncle, militaire, bucherons, gardien, policier, résistant,...) que Pierre Duprat interprète à tour de rôles. C'est un véritable challenge, totalement réussi pour lui, de se transformer sans arrêt tout au long de la pièce.


Scènes Sauvages - Les Vies de Léon - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Les Vies de Léon fait appel à la sensibilité des spectateurs, c'est en même temps une véritable leçon d'histoire et de géographie. Elle permet de comprendre la situation d'un jeune juif, réfugié et en fuite avant et pendant la guerre en France. Les performances de ces deux acteurs nous font vivre au plus près un moment sensible de notre histoire. Les multiples rebondissements et les rencontres que fait Léon, permettent de comprendre son évolution, mais aussi la situation chez nous ,en France, d'une histoire que l'on apprend pas dans les cours d'histoire. Mais grâce à ce dispositif, nous somme en empathie et quelques épisodes humoristiques, entre autre l'utilisation des panneaux ou certaines fraichement comiques (de répétition), comme la sorties des poubelles (indice) permettent d'alléger la charge de la situation. En tout cas un spectacle à mettre sous tous les yeux, jeunes comme vieux ! 


La Fleur du Dimanche

jeudi 2 juillet 2026

Rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note - Hommage à Kaija Saariaho - Voyage septentrional au pays de l'Amour et du Bonheur

 Pour la troisième soirée des 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note à l'église du Bouclier à Strasbourg, le programme rend hommage à Kaija Saariaho dans un Concert Finlandais. La compositrice, finlandaise, née en 1952 et décédée en juin 2023, était une habituée de Strasbourg, au moins pour être venue souvent à Musica ( j'avais déjà noté son passage en 2013 et elle a eu droit à un hommage pour ses 70 ans en 2022, alors qu'elle était déjà malade) et l'Ensemble Accroche Note a déjà joué à de nombreuses reprises ses compositions. Kaija Saariaho est également passée par Fribourg-en-Brisgau en 1980, après avoir découvert l'école spectrale française à Darmstadt et s'est installée à Paris pour se former à l'IRCAM. L'Accroche Note avait organisé cette année une soirée le 31 mai au Conservatoire avec la HEAR et le quatuor Adastra. C'est d'ailleurs avec les étudiants de la HEAR que se déroule cette soirée qui met au programme deux autres musiciens finlandais, Jean Sibelius et Esa-Pekka Salonen, un compositeur et chef d'orchestre très proche, et trois oeuvres de Kaija Saariaho.


Accroche Note - Kaija Saariaho - Oi Kuu - Armand Angster - Christophe Beau - Photo: Robert Becker

Le concert démarre avec une pièce de Kaija Saariaho pour clarinette basse et violoncelle, Oi Kuu (Salut la lune) (1990), où elle expérimente la relation harmonique de deux instruments que l'on n'a pas l'habitude d'entendre ensemble, avec des articulations qui convergent et divergent, alternativement. Un très beau duo entre Wilhem Latchoumia et le violoncelle de Christophe Beau.

 

Accroche Note - Kaija Saariaho - Cendres - Louise Deschodt - Juliette Devienne - Pierre Gautier - Photo: Robert Becker

Suit Cendres (1997) pour flûte violoncelle et piano. Kaija Saariaho s'est inspire de la fumée et commence très doucement avec le piano très léger bien maîtrisé par Pierre Gautier et le violoncelle que caresse Juliette Devienne. La flûte de Louise Deschodt les rejoint et cela s'emballe et souffle. Cela se calme une peu et devient plaintif puis énervé. 


Accroche Note - Kaija Saariaho - Cendres - Louise Deschodt - Juliette Devienne - Pierre Gautier - Photo: Robert Becker

C'est une belle prestation de ces trois interprètes entre douceur et énergie et dont on ne peut que constater la très belle maîtrise de la pièce.


Accroche Note - Jean Sibelius - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker

Wilhem Latchoumia revient pour interpréter quelques courtes pièces pour piano de Sibelius, dont Esquisse opus. 76, Chansons sans paroles op. 40, légère et rapide, la Sonatine N° 1 op. 5 assez romantique, l'impromptu N° 5 op.5, bien vivant et rapide,  Elegiaco op.76, air plus calme, Humoresque op. 101 bien romantique et deux rondinos op 68 à nouveau plus calme. Un vrai plaisir.


Accroche Note - Jean Sibelius - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


Nous continuons avec Nachtlieder (1978) d'Esa-Pekka Salonen pour clarinette et piano par le duo Latchoumia - Beau, une partition calme et romantique, nordique, qui est bien dans l'esprit de Kaija Saariaho. Où l'on peut apprécier toute la délicatesses des deux interprètes. 


Accroche Note - Esa-Pekka Salonen - Armand Angster - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker

Accroche Note - Esa-Pekka Salonen - Armand Angster - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


Et qui convient bien à cette nuit d'été qui commence à tomber, pleine de mystère.

 

Accroche Note - Kaija Saariaho - Lonh - Françoise Kubler - Photo: Robert Becker

Pour clore la soirée et continuer à faire le chemin de la nuit, Françoise Kubler nous propose dans le crépuscule et le début d'obscurité la superbe pièce de Kaija Saariaho Lonh pour voix et électronique. Le titre signifie "de loin" (amor de lonh ) en occitan, et la pièce, écrite pour une voix soprano et des sons électroniques, ainsi que quelques voix basé sur un poème du XIIème siècle du troubadour Jaufré Rudel qui chante l'amour de la femme partie au loin en mai. 


Accroche Note - Kaija Saariaho - Lonh - Françoise Kubler - Photo: Robert Becker

Accroche Note - Kaija Saariaho - Lonh - Françoise Kubler - Photo: Robert Becker


La musique, électronique est plutôt spectrale tandis que la Françoise Kubler nous chante de sa belle et puissante voix de soprano à la mode des troubadours. La bande son contient aussi des textes en plusieurs langues, des sons de clochettes, gong et voix graves. Sans plus aucun éclairage, dont elle n'a pas besoin, Françoise Kubler en contrepoint virtuose, nous offre sa belle voix qui n'a rien perdu de son éclat, de sa clarté et de sa force.


Accroche Note - Concert Finlandais - Hommage à Kaija Saariaho - Photo: Robert Becker

Un très belle conclusion à cette soirée qui marque aussi la fin de ces trois soirées enchanteresses dans cette ambiance très intime, au plus proche des musiciens. Un vrai plaisir et une belle rencontre que nous offre généreusement Le duo "augmenté" de l'Accroche Note et on se dit "A l'année prochaine.


La Fleu du Dimanche


Pour retrouver le programme des soirées précédentes


 

mercredi 1 juillet 2026

Créations Contemporaines avec l'Accroche Note: La musique est vivante, elle naît ici pour notre plus grand plaisir

Pour ces 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note à l'église du Bouclier, ce sont les Créations Contemporaines qui sont à l'honneur en ce 1er juillet 2026. 


Accroche Note -  Armand Angster - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker
Accroche Note -  Wilhem Latchoumia - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker



La soirée démarre avec une pièce d'Edison Demisov, le vétéran du groupe, compositeur russe né en 1929, et qui s'est installé en France à la fin de sa vie. Elève de Dmitri Chostakovitch, il a découvert la seconde école de Vienne puis a fondé avec quelques compositeurs proches l'avant-garde de la musique soviétique, peu appréciée dans son pays. Sa pièce Ode (de 1968), hommage à Che Guevara permet à Armand Angster de coiffer le béret du célèbre révolutionnaire pour faire "vrai".


Accroche Note -  Wilhem Latchoumia - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker

Accroche Note -  Armand Angster - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker


Sa clarinette lance des stridences que Wilhem Latchoumia ponctue au piano. Sami Bounechada complète de ses frappes nerveuses aux percussions, puis par un gros coup de gong. Tout cela se calme avec des sons de cloches et les cordes du piano pincées. 


Accroche Note - Charles-David Wajnberg - Interface - Photo: Robert Becker

La deuxième pièce est une création de Charles-David Wajnberg, Interface (2026). Charles-David Wajnberg, qui a étudié avec Pascal Dusapin à Paris au Collège de France puis avec Philippe Manoury à Strasbourg a déjà vu jouer ou créer plusieurs de ses pièces, en particulier au Festival Musica. Ici, c'est une pièce de 15 minutes, pour soprano, flûte, clarinette, trombone, alto, violoncelle et clavier et électronique qui est présentée. 


Accroche Note - Charles-David Wajnberg - Interface - Photo: Robert Becker

Les sons, d'ambiance ou de cris d'oiseau, corne de brume ou cris de goélands, sonnerie de tram ou bruits d'eau se nappent et répondent aux sons des instruments, si ce n'est l'inverse. Les traits de musique se tirent en lamentations. La voix claire et précise de Françoise Kubler qui perce les plaintes. Le trombone qui souffle et couaque, un train qui passe en écho des roulements, et le texte arrive via le synthétiseur. 


Accroche Note - Charles-David Wajnberg - Interface - Photo: Robert Becker

Pour cette création, nous avons bien sûr la soprano Françoise Kubler, à la flûte Lisa Meignin, à la clarinette Armand Angster, au trombone Thierrry Spisser, à l'alto Agnès Maison, au violoncelle Christophe Beau et au clavier et électronique Wilhem Latchoumia. 


Accroche Note - Bruno Mantovani - Moi jeu - Sami Bounechada - Photo: Robert Becker

Le prolixe et multi-récompensé Bruno Mantovani, qui a étudié au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris entre 1993 et 2000 où il à remporté cinq premiers prix et qu'il a ensuite dirigé entre 2010 et 2019 a composé Moi jeu pour marimba en 1998. 


Accroche Note - Bruno Mantovani - Moi jeu - Sami Bounechada - Photo: Robert Becker

C'est une pièce virtuose qui mélange en des frappes délicates et d'autres puissantes et vives aux deux extrêmes de l'instrument. Elle démarre doucement avant d'accélérer puis d' alterner des moments calmes avec brusque accélérations. On assiste ici à une superbe chorégraphie du percussionniste Sami Bounechada qui nous offre une prestation virtuose. 


Accroche Note - Salvatore Sciarino - Ultime Rose - Photo: Robert Becker


Suit, de Salvatore Sciarino, musicien au départ autodidacte, Ultime rose (de "Vanitas") (1981), une pièce pour soprano, violoncelle et piano. Une pièce douce et presque romantique pour laquelle chante des textes des poètes baroques allemands Martin Opitz, Christian Günter et Christoffel von Grimmelshausen. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Cristophe Beau - Salvatore Sciarino - Ultime Rose - Photo: Robert Becker
Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Salvatore Sciarino - Ultime Rose - Photo: Robert Becker

L'ambiance est délicate, des cordes du violoncelle vibrent ou sifflent, le piano pose ses notes tranquillement et la rose meurt lentement. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker


Et pour finir en beauté, le plaisir de Françoise Kubler est de créer la quatrième saison des haikus d'Yvan Fedele, l'automne: Aki Haiku (2026) Ce sont de très courtes pièces en japonais où elle est accompagnée à la clarinette basse par Armand Angster, au marimba par Sami Bounechada et au piano par Wilhem Latchoumia. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker

Le rythme est nerveux Françoise Kubler souffle dans une pièce et rejoint le violoncelle dans une autre. L'une ressemble à une chanson slave et une autre, constituée de bruits de bouche, est accompagnée de bruitages. Une autre est un dialogue avec le violoncelle puis vient une chanson très rapide. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker
Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker
Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker

C'est une véritable performance pour les musiciens et la cantatrice. une très belle oeuvre qui n'est pas dénuée d'humour.  


La Fleur du Dimanche


Et le lien vers la première soirée, le 30 juin 2026, c'est là : On ne raccroche pas !

mardi 30 juin 2026

L'Accroche Note ne raccroche pas les instruments l'été: Le plaisir de la diversité: Schumann et Stockhausen pour commencer

 Quand commence l'été, à Strasbourg, l'on se réjouit de passer quelques soirées au frais dans la petite église du Bouclier dans la rue du même nom à la Petite France. 

Eh bien, cette année, le plaisir fut toujours aussi intense, même si la chaleur, intense elle aussi, a chassé la fraîcheur et c'est les portes ouvertes pour faire du courant d'air que nous avons pu profiter de cette première soirée consacrée à Schumann et Stockhausen. Le programme de ces 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre fait le grand écart entre le couple allemand, grandes figures de la musique romantique du début du XIXème siècle et le musicien allemand, qui a œuvré dans la musique électronique et dont le catalogue monumental (de même que les oeuvres, souvent monumentales, elles aussi) sont aussi influencées par l'aléatoire, et pour Aus den sieben Tage (Venu des sept jours), par l'intuition. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Pour commencer le concert, ce sera Clara Schumann, la femme que Robert Schumann épousée après quelques péripéties la veille de ses 21 ans (il en avait 9 de plus). C'est un air clarinette et piano créé en 1853. L'original est pour violon mais à l'époque il était courant de réécrire pour un autre instrument. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Le premier mouvement est très court, le deuxième est un dialogue complice entre Wilhem Latchoumia au piano et Armand Angster à la clarinette. Le troisième est plus enjoué et enroulé, comme un flot qui grossit et monte en puissance. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Suivent de Robert Schumann deux Fantasiestücke. La première opus 88 pour piano clarinette et violoncelle de 1842. Idem pour celle-là, elle était originellement écrite pour violon au lieu de la clarinette. Au premier mouvement, le piano mène la danse et le violoncelle conclut. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Le deuxième est plus dansant et sautillant à trois temps, puis ça sautille deux fois plus. C'est gai et allègre et ça s'arrête net. Le troisième est plus lent et rêveur et finit presque funèbre. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker
 

Le quatrième est plus altier avec des changements de rythme. Les trois interprètes sont très à l'écoute entre eux, de vrais complices... 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Suivent les Fantasiestücke opus 73 pour violoncelle et piano de 1849, une sorte de rêverie douce. Au deuxième mouvement, le piano est encore plus doux Wilhem Latchoumia le caresse avant que cela ne s'envole... et finit dans un soupir. Le troisième est vigoureux et enflammé. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Et l'on arrive à Karlheinz Stockhausen et son Tierkreis (Zodiaques) de 1974, pour soprano et piano, une composition "à la carte" où les musiciens sont libres et peuvent adapter la partition. Ce seront les quatre signes du zodiaque Cancer, Lion, Balance et Capricorne qui seront joués. Stockhausen s'est appuyé autant sur les signes que sur les caractères de ses proches qui étaient né(e)s sous ce signe. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Françoise Kubler se fait un plaisir également de nous chanter une belle chanson douce. Pour le Lion, il y aura l'intervention d'une boîte à musique - Stockhausen a fait fabriquer ces boites à musique avec des mélodies qu'il a spécialement composées pour elles. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Pour la Balance, des frappes violentes au piano alternent avec des parties chantées. Un interlude inattendu du public, ou plus précisément, avec le téléphone d'une spectatrice avec une sonnerie qui n'était pas sur la partition, et que sa propriétaire ne reconnait pas. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Une deuxième boîte à musique, celle de Wilhem Latchoumia, puis un air puissant de Françoise Kubler avec un léger accompagnement au piano. Puis à nouveau la boîte à musique ou plutôt les deux qui sont promenées dans le public comme une quête inversée. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Wilhem Latchoumia prend le relais avec le Klavierstück VII (1954), des notes éparses ou liées comme des gouttes après la pluie ou des chutes plus brutales. Un vrai travail de précision du génial pianiste qui nous offre une sorte de dentelle sonore faite de touches ailées et d'éclats massifs. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Et l'on finit avec un dernier Stockhausen: Aus den sieben Tage (Venu des sept jours) (1968), une pièce pour soprano, clarinette, violoncelle et piano.  Françoise Kubler arrive sur scène avec une tasse et un couvercle pour improviser des percussions et le violoncelle et la clarinette sont cachés sur la tribune. Et pour cette cette pièce "intuitive" il n'y a que les textes pour ces quinze morceaux pour lesquels la soprano et les musiciens doivent donc inventer leur partition. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Exercice pour lequel ces vieux briscards de l'Accroche Note, fondé en 1981 par Françoise Kubler et Armand Angster et auquel Christophe Beau et Wilhem Latchoumia participent depuis de nombreuses années, n'ont aucun souci et performent haut la main, pour le plus grand plaisir du public fidèle.


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche 


Rendez-vous demain, à la deuxième soirée, ici: Créations contemporaines