samedi 7 février 2026

Au Festival Premières au Maillon: Chara Kotsali It's the end of the amusement phase: On achève bien les chevaux hellènes - Fini de jouer !

 It's the end of the amusement phase de Chara Kotsali démarre sur les chapeaux de roues sur un flot - flow de paroles moitié anglais, moitié grec. Le son est premier, la voix, les voix multiples qui se mêlent dans une bande son faite de collages sur un rythme effréné, mélange aussi, rapidement de musiques, toutes sortes de musique aussi. Des réminiscences de musique du pays (Chara Kotsali est grecque) qui émergent après ce premier solo introductif où il est question de "problèmes">", de "bazard'", d'"extinction", d'"accélération supersonique, gin tonic", de "choc du futur". Et sur cette musique plus ou moins en sourdine, démarre aussi cette danse ancrée dans le souvenir, que les trois interprètes, Chara Kotsali, Sofia Pouchtou et Christina Skoutela vont faire naître, d'abord tout en intériorité, mimant les gestes, les esquissant comme pour une répétition pour les faire advenir et les faire surgir et exploser sur le plateau.


Chara Kotsali - It's the end of the amusement phase - Photo: Pinelopi Gerasimou


Et c'est parti pour une folle cavalcade sans fin pour ces trois danseuses habillées léger dans de gracieux et confortables habits sport. Elles vont sans s'arrêter, alterner toutes sortes de genres de danse, de celles folkloriques à celles populaires ou de cabaret, du disco aux raves, des danses américaines à la macarena, tournoyant dans une incroyable unité et synchronicité. Sans faiblir et sans s'essouffler, elles enchainent fête d'anniversaire, défilé de majorettes, de carnaval avec confetti - ou avec poupée ou révolver - défilé au drapeau ou à la grosse caisse, manifestation et revendication tout en continuant à parler ou à marquer les changements de rythme et de danse. 


Chara Kotsali - It's the end of the amusement phase - Photo: Pinelopi Gerasimou


Elles mêlent le privé et l'universel, tandis que la bande son déroule ce poème épique multilingue qui unit l'expression brute, le collage de mots et d'évènements, marquant des dates des anniversaires. Ce peut être ceux d'une naissance (celle des pères et peut-être aussi celle des trois interprètes) tout comme une révolution (1789) ou d'un massacre ou d'un bombardement ou d'une guerre (1936 - Espagne, 1951 - Grèce, 1959 - Cuba, 1968 - mai, 1975 - Vietnam, 2008 - Grèce,...). 


Chara Kotsali - It's the end of the amusement phase - Photo: Pinelopi Gerasimou

Leur danse magnifique, leur énergie transcende le temps. Elles se projettent avec grâce et détermination dans un rituel incantatoire, hymne de révolte et surgissement de vitalité. La beauté de leur danse conjure la violence de monde. Et elles nous transmettent cette beauté et cette énergie. Sauvons le monde ! 


La Fleur du Dimanche


 It's the end of the amusement phase


Au Maillon le 6 et 7 février 2026

Conception, chorégraphie, texte : Chara Kotsali
Co-création de la performance : Sofia Pouchtou, Christina Skoutela, Chara Kotsali
Assistante chorégraphe : Vassia Zorbali
2ème assistante chorégraphe : Clara Aguilar
Création sonore et musique : Anna Maria Rammou, Chara Kotsali
Décor et costumes : Periklis Pravitas
Création des lumières : Eliza Alexandropoulou
Consultante en dramaturgie : Dimitra Mitropoulou
Regard extérieur : Κοnstantina Georgelou
Production en ligne : TooFarEast & Chara Kotsali
Traduction et surtitrage : Lisa Trahard
La recherche pour IT’S THE END OF THE AMUSEMENT PHASE a été soutenue par Onassis AiR et le Réseau Grand Luxe. Chara Kotsali remercie tout particulièrement TROIS C-L Luxembourg, CAMPUS Paulo Cunha e Silva (Porto), Grand Studio Bruxelles et L’Abri Genève.

vendredi 6 février 2026

Art Karlsruhe 2026, une Foire dense et une rencontre qui donne la #Banane

 Cette année, la Foire Art Karlsruhe prend de l'avance et densifie sa participation. Alors que d'habitude elle se tient dans la deuxième quinzaine de février - sauf en 2022 où c'était carrément en juillet, et en 2023 où c'était début mai - elle se lève tôt en février et resserre sa participation à environ 180 exposants dont 46 galeries venant de 46 pays dont l'Italie, l'Espagne, le Japon, la Pologne et Taïwan. Dans le lot, 18 nouveaux exposants. La galerie alsacienne de Masevaux JustBEE a même deux stands. Les grands classiques de l'Art  (Moderne) qui sont maintenant dans le Hall 1 sont présentés par plus d'une vingtaine de galeries, on y trouve Marc Chagall, Salvador Dali, Lyonel Feininger, Joan Miró et Pablo Picasso et la galerie madrilène Ladron de Guevara est encore présente avec les travaux de Maximilien Luce vus l'année dernière. Un accent est mis sur le Pop Art américain avec Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg, Andy Warhol et Tom Wesselmann et une présentation de la collection du collectionneur Dietmar Kohlrusch. Il y a aussi les espaces de sculptures (18 sur toute la foire). Le tout donne une agréable impression de grands espaces où les oeuvres peuvent être à l'aise, les visiteurs aussi. On peut même y rencontrer des artistes, comme Markus Lüperz dont on trouve beaucoup de sculptures sur différents stands et... une surprise plus loin...


Art Karlsruhe - Markus Lüpertz et .... - Photo: Carlotta Roob

 


Les Fleurs 

Pour commencer notre visite, Fleur du Dimanche oblige, je vous propose un "pot-pourri" de fleurs. Toujours à la galerie Ladron de Guevara, ces deux tableaux d'Emilie Charmy, d'origine alsacienne née à Saint Etienne et passée par Lyon puis Paris où elle a été découverte par Berthe Weil, d'une part des pivoines et des pavot et - Alsace oblige? - des géraniums:

 

Art Karlsruhe - Ladron de Guevara - Emilie Charmy - Fleurs - Photo: Robert Becker


On change pour de la photo avec ces fleurs de Vera Mercer chez Schlichtenmaier:


Art Karlsruhe - Galerie Schlichtenmaier - Vera Mercer - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe - Galerie Schlichtenmaier - Vera Mercer - Photo: Robert Becker


Un hommage à Monet ? de Dénesh Ghyczy à la Galerie an der Pinakothek der Moderne


Art Karlsruhe -  Galerie an der Pinakothek der Moderne - Dénesh Ghyczy - Photo: Robert Becker


Et à la Galerie Koch-Westenhoff,  Stefan Dobritz et ses nénuphars:


Art Karlsruhe - Galerie Koch-Westenhoff - Stefan Dobritz - Photo: Robert Becker


Et des oiseaux de paradis devant deux oeuvres d'Otto Piene:


Art Karlsruhe - Galerie Samuelis Baumgarte - Otto Piene - Photo: Robert Becker


A la Galerie parisienne Eric Mouchet, les fleurs vues par Bertrand Hughes et Christine Crozat avec un travail en commun:


Art Karlsruhe - Galerie Eric Mouchet - Bertrand Hughes - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe - Galerie Eric Mouchet - Bertrand Hughes - Christine Crozat - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe - Galerie Eric Mouchet - Christine Crozat - Photo: Robert Becker


Il faut noter qu'Eric Mouchet est le (re)découvreur du couple Robert Michel et Ella Bergmann-Michel, des artistes qui étaient proche de Kurt Schwitters et du Bauhaus et membres actifs de l'avant-garde allemande à partir des années 1920. Il les avait déjà exposés l'année dernière.

Un autre aspect de l'approche des fleurs, c'est celle de Marlon Lanziner qui est très originale, du fait qu'il fond dans du bronze des plantes en pleine floraison dans toute leur fragilité. Ca travail a reçu toute l'attention des Assurances Artima, la branche assurance des oeuvres d'art de Manheimer Verrsicherung AG qui lui a décerné le Prix de la Foire Art Karlsruhe conjointement par la ville de Karlsruhe et le Land Baden-Wurtemberg. Voici quelques-unes de ses sculptures et une photo:


Art Karlsruhe -  Artima - Marlon Lanziner - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Artima - Marlon Lanziner - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Artima - Marlon Lanziner - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Artima - Marlon Lanziner - Photo: Robert Becker


Autre travail à partir de la photographie, celui de Birgit Unterweger à la Galerie Steinberger qui fait un délicat travail autant an couleur qu'en noir et blanc avec des paysages féériques.

Art Karlsruhe -  Steinberger Galerien  - Birgit Unterweger - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Steinberger Galerien  - Birgit Unterweger - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Steinberger Galerien  - Birgit Unterweger - Photo: Robert Becker



La démarche de Hiroyuki Masuyama à la Galerie Rothamel est encore plus originale. Il a fait 365 photographies d'une forêt du côté de Düsseldorf qu'il a juxtaposés pour en donner faire une vue chronologique sur l'année 2021. Il a également réalisé un hommage photographique à Caspar David-Friedrich - que l'on voit en reflet sur la vitre ;-)


Art Karlsruhe -  Galerie Rothamel - Hiroyuki Masuyama - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Galerie Rothamel - Hiroyuki Masuyama - Photo: Robert Becker


La Banane


Après les fleurs, les fruits.. et en particulier la #banane.

On la trouve dans une nature morte de Karl Hofer à la galerie Michael Schwarze Fine Art: Blaue Schale mit Früchte, une oeuvre tardive de 1954.


Art Karlsruhe -  Galerie Michael Schwarze Fine Art - Karl Hofer - Photo: Robert Becker

 

Et sculptée dans du bois de tilleul par Jessi Strixner à la Galerie Filser & Gräf en deux versions: couchée ou fixée au mur (en écho à celle de Maurizio Catelan).


Art Karlsruhe -  Galerie Filser & Gräf - Jessi Strixner - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe -  Galerie Filser & Gräf - Jessi Strixner - Photo: Robert Becker

Mais celui qui n'a pas copié Catelan et qui "spraye" ses bananes depuis des années sur les murs de musées du monde entier et qui la décline en de multiples versions, Thomas Baumgärtel, est là en chair et en os sur le stand de Geissler-Bentler et il a accepté de poser pour un "Autoportrait à la Banane" et un "Portrait à la Banane" suivi de quelques variations:


Art Karlsruhe -  Galerie Geissler Bentler - Autoportrait à la Banane - Thomas Baumgärtel - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe - Galerie Geissler Bentler - Portrait à la Banane - Thomas Baumgärtel - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe - Galerie Geissler Bentler - Bansky - Richter - Banane - Thomas Baumgärtel - Photo: Robert Becker

Art Karlsruhe - Galerie Geissler Bentler - Catelanbanane - Thomas Baumgärtel - Photo: Robert Becker


Art Karlsruhe - Galerie Geissler Bentler - Ueckerbanane - Thomas Baumgärtel - Photo: Robert Becker


Art Karlsruhe - Galerie Arthus - Schwanzwaldbanane - Thomas Baumgärtel - Photo: Robert Becker



A suivre...


La Fleur du Dimanche

jeudi 5 février 2026

A Pôle Sud, le corps au centre de la scène: Les Idoles et Strip - Arthur Perole avec Tendre Carcasse

 A Pôle Sud, la soirée en deux temps nous offre une présentation de "Travaux Publics" de Strip à 19h00 et le spectacle Tendre Carcasse d'Arthur Perole à 20h30 et à priori ces deux présentations n'ont aucun rapport. Mais curieusement, une problématique sous-tend les réflexions de ces deux pièces, le rapport au corps. Bien sûr vous me direz que la danse a forcément à voir avec le corps dans tous ses états, mais ici, avec ces deux versants d'une approche de réflexion sur le corps, autant dans sa sensibilité intime que dans sa transformation et dans sa relations aux autres, nous avons deux lectures en écho de cette matérialité physique, mais pas que.


Chandra Granjean - Lise Messina - Les Idoles - Photo: Thom Grand Mourcel


 Nous avions déjà pu apprécier l'année dernière lors du Festival L'Année Commence avec Elles la pièce Reface de Chandra Granjean et Lise Messina avec ce travail précis et minutieux sur la transformation des visages. Le chantier en cours s'ouvre et s'élargit à un groupe de six danseuses et danseurs mais considérés comme une entité. Leurs silhouette, habillées de gris, coiffées de perruques peroxydées ou noires et leurs visages semblable à des masques impassibles nous apparaissent soudés, dans un lent balancement qui s'amplifie en symbiose avec la musique. Celle-ci faite de bruissements, de craquements et de sons mélangés va faire monter une tension constante qui augmente en battements et pulsations, avec quelques rares accords de guitare et en nappes sonores qui nous enveloppe dans un bain qui nous focalise sur ces corps et que même le plein feu dans la salle ne peut briser. En plus du balancement, de minuscules mouvements de mains ou de bras, en l'air ou se posant sur le visage ou les cheveux, passant de l'un(e) à l'autre, dans une continuité indistincte font de cette masse une sorte d'organisme, un blob en quelque sorte qui a une vie propre et dont les mouvements sembles n'appartenir à personne. Quelquefois des sparadraps sont posés sur les visages, ou les cheveux de la perruque sont déplacés par l'un(e) ou l'autre. Les balancements s'amplifient, se diversifient, les perruques se soulèvent, dans une atmosphère mystérieuse. On se croirait dans un film expressionniste ou une pièce de Berthold Brecht ou de Tadeusz Kantor dans un temps indéfini. Sous les perruques, les cheveux plaqués laissent passer d'autres cheveux, colorés, qui ne sont pas les vrais. Le groupe, toujours avec ce balancement, cette respiration, voit ses mouvements s'élargir, s'aérer et les personnages se délitent, se dépouillent de leurs accessoires, leurs masques, qui sont jetés à terre ou ingurgités. La bande arrête l'effeuillage, la pièce Strip est à venir. Et nous, nous sortons par la petite porte de cet univers étrange.


Arthur Perole - Tendre Carcasse - Photo: Nina Flore Hernandez


Avec Tendre Carcasse, ce sont quatre corps alignés sur le devant de la scène, habillés de costumes bariolés qui nous font face et essayent de parler. De parler de leur corps et des sensations et souvenirs qui leurs sont liés. Dans la vague dans laquelle nous sommes où la danse, d'une part reproduit les gestes du quotidien et, d'autre part donne la parole (intime) aux danseurs qui, souvent nous content leur histoire, leurs souvenirs et leur vécu, Arthur Pérole fait le lien des deux dans un savant et réussi mélange des tendances. En scénarisant - et dramatisant - les bouts de souvenir de chacun dans un intelligent "feuilletage" de l'expression de chacun et chacune, il apporte un suspense et un rythme bienvenu à une parole qui en devient à la fois poétique et presqu'universelle. La peau très blanche et les taches de rousseur d'Agathe Saurel, ou sa petite taille devenant relative en face d'une consoeur selon la perspective ou carrément une observation sociologique d'une saillie comique acide quand elle parle de sa grand-mère s'extirpe de l'anecdote pour devenir réflexion profonde. 


Arthur Perole - Tendre Carcasse - Photo: Nina Flore Hernandez


Tout comme la mer qui emplit l'espace et le récit de Mathis Laine Silas, au même titre que la taille des ongles qui emporte tout le monde dans un voyage intime sur et dans le corps de chacun(e). Les souvenirs en relation avec le corps, son acceptation, ses accidents ou malformations renvoient chacun et chacune à ces problématiques qu'il ou elle a traversés, à des rejets ou agressions qu'il ou elle a dû subir pour ces questions d'image, d'orientation sexuelle ou de race. Remarquable la réponse d'Elisabeth Merle face à une agression raciste qui la fait délirer dans un poème-chanson délirant avec un flot (flow) d'expressions sur les parties du corps qui fait décoller tout le monde dans une danse-transe libératrice, apogée du spectacle. 


Arthur Perole - Tendre Carcasse - Photo: Nina Flore Hernandez


Mais auparavant et tout au long, nous avons de la part d'Arthur Pérole une très intelligente chorégraphie qui, joue sur les échos et les contrastes et oppositions de ces geste, tics ou habitudes du quotidien, ces attitudes que l'on oublie et qui ici sont mis en scène dans une explosion graduelle avec beaucoup d'humour et de distanciation. Les confidences qui, au fur et à mesure nous sont confiées, quelquefois susurrées à l'oreille nous tiennent en haleine tandis que nous sommes également happés par l'ensemble des mouvements en choeur ou en opposition ou les efforts de "transports imaginaires" d'une masse de concept virtuel.

 

Arthur Perole - Tendre Carcasse - Photo: Nina Flore Hernandez


Un savant mélange qui voit jongler entre corps et objet, une pensée en mouvement et la trajectoire de la réflexion et ses hoquets, ses sursauts jusqu'à une explosion d'énergie libératrice. Une vitalité rédemptrice qui nous rassemble dans un éclat de joie.


La Fleur du Dimanche 


Tendre Carcasse

Le 5 et 6 février à Pôle Sud

Conception et mise en scène : Arthur Perole
Chorégraphie en collaboration avec les interprètes : Arthur Bateau, Matthis Laine Silas, Elisabeth Merle, Agathe Saurel
Collaboration artistique : Alexandre Da Silva
Création lumières : Anthony Merlaud
Création musicale : Benoit Martin
Création costumes : Camille Penager
Régie générale, lumières : Nicolas Galland
Régie son : Benoit Martin ou Yann Sandeau
Production diffusion : Sarah Benoliel
Administration : Anne Vion, Maureen Pette

Production : Compagnie F
Coproduction : Ballet Preljocaj / CCN d’Aix-en-Provence, Carreau du temple, Établissement culturel et sportif de la Ville de Paris, Le Gymnase – CDCN Roubaix, 3BisF – centre d’art contemporain à Aix-en-Provence, La Commanderie – Saint-Quentin-en-Yvelines
Avec le mécénat du groupe de la Caisse des dépôts
Avec le soutien de KLAP Maison pour la danse
Mise à disposition de studio au CND Centre national de la danse
La compagnie est soutenue par la DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, le département des Bouches-du-Rhône, la ville de Marseille.

vendredi 30 janvier 2026

Au Festival Premières au Maillon: Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Il fait - enfin - beau à la maison... Mais où est ma maison?

 La météo est le sujet idéal pour lancer une conversation. Est-ce la raison pour laquelle la télévision russe a intitulé l'émission Pogoda doma - Le temps qu'il fait à la maison - pour interviewer des artistes chez eux? En tout cas c'est sur cette émission qui interroge l'âme slave des deux artistes que sont ses parents - et par ricochet lui-même enfant et sa grande soeur, qu'Aleksander Kapeliush se base pour illustrer - et justifier son parcours de danseur qui a viré en metteur en scène qu'il nous présente dans sa pièce Das Wetter Zuhause. Ein Wohnzimmerballet - La météo à la maison, un ballet de salon dans le cadre du Festival Premières du Maillon, accueilli à la HEAR


Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz


Le récit d'Aleksander Kapeliush est ponctué par ses multiples voyages, symbolisés par cette valise qu'il transporte et d'où il sort les objets fétiches qu'il dépose lors de ses différentes étapes: une photo de lui avec sa mère, un cygne (hautement symbolique) et une grenade rouge en céramique, une sorte de chez-soi portatif. Ces voyages dans les différents pays où il a habité après avoir quitté la Russie et Saint Pétersbourg après l'invasion de l'Ukraine, Israël et l'Allemagne, Berlin et Ludwigsburg sont matérialisé par ses entrées et sorties du plateau, qui se structurent en 4 actes avec une "Ouverture" et une fin "Happy End" où à priori tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et la météo du foyer est au beau fixe: "Zuhause ist es gutes Wetter".


Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz


La révélation dans cette émission de vouloir devenir danseur et aussi de "construire une maison", un "théâtre" prouvent sa constance et sa ténacité. La présence continue de l'archétype du Lac des Cygnes, autant jeu d'enfant, thème musical, symbole de la Nation Russe et de la liberté et de la Perestroika (comme le 19 août 1991 jour du Putsch de Moscou) et oeuvre éminemment symbolique de son orientation sexuelle sous-tend et balance aussi continuellement son histoire. Directement dans son parcours de vie et également dans le déroulé de ce drame musical de Tchaïkovski en quatre actes qui rythme la narration.

Ainsi, de ce parcours forcé, qui lui permet d'avoir appris quatre langues (russe, allemand, hébreux, anglais), bientôt cinq, d'avoir deux passeports (des deux pays en occident en guerre, la Russie et Israël), qui lui fait se rendre compte qu'il est plutôt calme et effacé et plus proche de Rothbat que d'Odette, il nous livre une chronique équilibré, entre confidence et questions-réponses à un simili interrogatoire administratif, non dénué d'un humour aigre-doux. Et il entrecoupe cela de courts apartés artistiques dans un coin, voyage dans le temps, ou de musique et chansons, qu'il a écrite, s'accompagnant à la guitare ou au piano pour une chanson de son idole Taylor Swift.  


Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz


La scénographie et le décor minimaliste nous projettent dans les différentes périodes et lieux dans lesquels il nous mène en distillant de temps en temps quelques notations politiques ou sentimentales, aidé par les effets de lumière minimalistes sur le plateau et les scènes parallèles. Les effets de mise en scène, en particulier cette "grande chaise" qui avait servi à le montrer enfant et qui montre sa fragilité ou le plateau qui lui devient inaccessible sont plus parlants que mille explications tout comme les "entremets" dansés ou les "cartons" du ballet en référence, dont il prouve bien que même une histoire écrite peut évoluer et finir autrement que la fin - qui n'est jamais définitive. 

Avec Das Wetter zuhause. ein Wohnzimmerballett, Aleksander Kapeliush, en nous plongeant dans une partie de sa vie intime nous montre que le privé et l'intime ne se réduit pas à ce qui se passe entre quatre murs d'une chambre et que le climat politique a aussi une influence sur le destin de chaque individu.


La Fleur du Dimanche


A voir aussi lors du Festival Premières au Maillon du 29 au 31 janvier 2026:

Language: No Problem de Marah Haj Hussein

Bidibibodibidoo de Francesco Alberici

Et le 6 et 7 février:

It’s the end of the amusement phase de Chara Kotsali 

Qui a peur  de Davide-Christelle Sanvee


Das Wetter Zuhause. Ein Wohnzimmerballet

Avec le Maillon à la HEAR du 29 au 31 janvier 2026

De : Aleksandr Kapeliush
Avec : Aleksandr Kapeliush et Amin Zariouh
Textes et chansons : Aleksandr Kapeliush
Conseils chorégraphiques : Leonid Leontev
Son : Dmitry Klenin
Invitée spéciale : M. Amin Zariouh
Voix : Germaine Sollberger
Pour, avec et sur : Marina Solopchenko, Emil Kapeliush, Vera Latysheva
Production: Akademie für Darstellende Kunst Baden-Württemberg GmbH
© ADK Baden-Württemberg (première en novembre 2024, ADK)
Direction artistique : Prof. Ludger Engels
Avec le soutien de l’Onda – Office national de diffusion artistique




jeudi 29 janvier 2026

Seppuku el funeral de Mishima d'Angélica Liddell au TNS: Mishima mon Amour

 Dire d'Angélica Liddell qu'elle est une artiste singulière serait presque trop sympathique pour cette actrice, danseuse, chorégraphe, performeuse et écrivaine catalane dont le terme d'"enragée" est plus souvent utilisé pour la qualifier. Ses pièces "performances" sont des événements qui secouent, dérangent, agressent même. Mais elle-même n'aime pas le terme de "performance", préférant celui de "représentation", qu'elle dit "intimement liée à la sincérité intérieure, au besoin intérieur, à l'idée de mort"... "un désir profond abyssal". Angelica Liddell ne "joue" pas, elle est totalement dans ce qu'elle dit et fait sur scène, sans filtre, sans distance.  


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio


Dans la pièce Seppuku el funeral de Mishima o el placer de morir qui est créée à Strasbourg au TNS (le TNS coproduit cette création),  il est question à la fois de Mishima, de Seppuku (qui définit la cérémonie du Hara-kiri en langage japonais écrit) et de la mort (le "plaisir de mourir"), tout est dit dans le titre et Angelica Liddell n'y va pas par quatre chemins. Mishima est son idole, à la fois littéraire mais surtout en raison de son acte extraordinaire et courageux de son suicide, son Seppuku (dont le film film de Mishima Yukuku qui le met en scène sort au moment où elle est dans le ventre de sa mère), lui attribuant ainsi la paternité de son propre désir de suicide, suicide dont elle montre le simulacre photographié pour introduire la pièce. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Car le suicide (celui de Mishima, réel ou à travers ses oeuvres avec un de ses textes où ce dernier annonce le sien, ou celui de nombreux suicidés ou morts dont la litanie est l'objet d'une longue et douloureuse cérémonie) est une des trames qui est la base du spectacle. Cette longue litanie est l'occasion de matérialiser la mort, les mort(e)s à qui elle rend hommage, à la foi en enfilant une pièce de vêtement (alors qu'elle était nue sur le plateau) en leur mémoire et en ajoutant à un court parcours de vie une sorte de "Jisei no ku", un "Adieu au coquillage", ce poème qui permet au mort de passer du monde flottant dans le monde des morts. Ces courts poèmes subliment d'une certaine façon la brutale matérialité de ces gestes (les différents types de suicides énoncés - médicaments, train, saut dans le vide, pendaison,..). Ce cérémonial répété avec les vêtements et la parole poétique en gagne une beauté universelle, Surtout avec cette lente procession des deux comédiens japonais Ichiro Sugae et Masanori Kikuzawa. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Ces derniers font un très beau duo tout au long du spectacle,  qui réfère au couple Yukio Mishima et Masakatsu Morita, jouant avec retenue la relation sensuelle de ces deux samouraï tout comme le simulacre de Seppuku que Mishima avait décrit dans un de ses livres, et dans un film. Ils offrent aussi la lecture d'autres textes de Mishima, sous forme de théâtre Nô, avec une très belle intervention dansée pour La légende du manteau de plume par Ichiro Sugae. Il récidive dans une danse lascive avec la culturiste (champion du monde) Alberto Alonso Martínez dans une scène presque surréaliste. La scène où Angélica Liddell brûle de l'encens mélangé aux cendres des parents sur fond de musique apporte un répit, un apaisement dans la narration. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Mais c'est pour mieux rebondir parce qu'elle va s'engouffrer dans un très long monologue sous forme d'anaphore qui va en accélérant où elle réclame avec force la fin de vie, la mort, pour elle et les autres, emportant dans ce geste la monde entier. Elle déclare "Je ne veux pas mourir en paix, je veux mourir en guerre" et elle souhaite à elle-même et aux autres un destin funeste, avouant son désir forcené de ne plus vivre, sa haine de la vieillesse, sa haine des autres et même sa haine d'elle-même et de son corps qui vieillit. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Ce procédé, alternant avec des scènes en contrepoint célébrant le corps, la beauté, le désir, le sexe ou la littérature de Mishima sera repris en accumulation se clôt en final par la chanson préférée de Mishima puis un tube disco des années 80 qui nous laisse un peu groggy tandis qu'Angélica Liddell nous annonce que "mourir n'est pas dangereux". 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Egale à elle-même, l'artiste ne laisse personne indifférent, n'hésitant pas à bousculer son public, l'accusant de ne pas écouter, de ne pas comprendre, prenant à bras-le-corps des sujet dont on ne parle qu'idéalisés dans des récits mythiques ou héroïques. Alors qu'elle, elle transpose ses propres peurs et douleurs dans un déluge verbal - dans l'esprit de son compatriote Salvador Dali - et qu'elle rehausse les faits-divers en des moments de pure poésie angélique. Elle souffle le chaud et le froid, faisant de la haine son "moteur de la création", poussant le corps à ses limites, se nourrissant de son insatisfaction pour créer. Elle détruit pour construire, liant la vie et la mort dans un même élan, ne survivant que grâce à l'art tout en prônant la destruction libératrice.


La Fleur du Dimanche


Seppuku el funeral de Mishima o el placer de morir


Au TNS Strasbourg du 29 janvier au 7 février 2026


[Texte, scénographie, costumes et mise en scène] Angélica Liddell

Adaptation de la pièce de théâtre NOH Hagoromo – Le Manteau de plumes (XIVe siècle).

Avec des extraits de Patriotisme et Le Marin rejeté par la mer, de Yukio Mishima.

[Avec] Nonoka Kato en alternance avec Ichiro Sugae, Masanori Kikuzawa, Angélica Liddell, Alberto Alonso Martínez, Gumersindo Puche, Kazan Tachimoto
[Lumière] Javier Alegría
[Son] Antonio Navarro
[Direction technique] Maxi Gilbert
[Coordination technique] Javier Castrillón
[Régie lumière] Francisco Jesús Galán
[Machinerie] Helena Galindo
[Régie générale] Michel Chevallier, Nicolas Guy 
[Construction du décor] Alfonso Reverón Díaz
[Logistique] Helena Pastor
[Production] Gumersindo Puche
[Assistanat de production] Jaime Del Fresno
tut Cervantès de Tokyo et à l’acteur de théâtre Nô de l’école Konparu, Tsunao Yamai
Coproduction Festival Temporada Alta, Théâtre National de Strasbourg, Wiener Festwochen | Free Republic of Vienna, Festival Grec, avec le soutien de la Comunidad de Madrid

Remerciements à l’Institut Cervantès de Tokyo et à l’acteur de théâtre Nô de l’école Konparu, Tsunao Yamai

mercredi 28 janvier 2026

Logbook à Pôle Sud: Un carnet de bord qui mélange les contraires, la diversité opposée qui fusionne

Nous avions déjà pu apprécier les talents de Solène Wachter et de Bryana Fritz à Pôle Sud lors des précédents Festivals L'Année Commence ave Elles. Bryana Fritz en 2023 avec Submission Submission et Solène Wachter en 2024 avec For You / not for you, de même, Solène Wachter avait fait la chorégraphie de la pièce de Joris Lacoste Nexus de l'Adoration vue récemment au Maillon. 


Logbook - Solène Wachter - Bryana Fritz - Photo: Christophe Raynaud de Lage


La pièce Logbook, a été créée lors du Festival d'Avignon 2025 pour les rencontres Vive le sujet ! Tentatives de la SACD qui propose des créations courtes pluridisciplinaires. C'est l'occasion pour Solène Wachter à qui la pièce avait été commandée de se confronter à Bryana Fritz dans un projet où les deux danseuses chorégraphes, qui ont un certain penchant pour la collaboration à confronter et mixer leurs deux univers. Univers qui ne sont pas forcément très éloignés, puisque les deux chorégraphes danseuses ont eu quelques expériences communes de formation (P.A.R.T.S.) et d'interprétation (chez Anne Teresa De Keersmaeker et Boris Charmatz). Et les deux ont en commun aussi de pratiquer le chant (le chant médiéval pour Bryana Fritz comme on a pu le voir dans Submission Submission). 


Logbook - Solène Wachter - Bryana Fritz - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Dans Logbook la référence est d'ailleurs le chant polyphonique, qui avait été introduit dans les chants religieux au XIIIème siècle à Avignon lors du Grand Schisme comme nous l'explique Bryana Fritz dans la pièce. Ainsi, nous avons cette sorte de confrontation-fusion entre les deux interprètes qui font se côtoyer et superposer lors de la pièce plusieurs chants, mélodies ou morceaux de musiques qui se frottent ou se marient au fur et à mesure du déroulement. Avec pour commencer un chanson rock qui voisine avec Se Canto, un chant occitan du XIVème siècle, Britney Spears et Purcell, Terry Riley et Frank Ocean, une chanson de Joan Baez et du RnB ou une chanson de Dalida (Moi je veux mourir sur scène) et un choral de Bach. Cette concomitance de style de rythme et d'esprit apporte une surprise et une richesse dans le fil la pièce, même si cela peut étonner ou rendre au premier abord difficile la réception, de même que les polyphonies ont compliqué l'écoute des prières auparavant monodiques. 


Logbook - Solène Wachter - Bryana Fritz - Photo: Christophe Raynaud de Lage


L'opposition est aussi visible dans le costume des deux interprètes qui portent en opposé l'une un haut transparent l'autre le bas, avec en impression un texte d'une chanson punk, l'autre un poème de Pablo Neruda. Le sort a voulu ce soir que l'opposition aille jusqu'au bout avec l'une qui danse, l'autre pas (parce qu'elle était blessée), mais en fait les deux danseuses ont chacune leur style très physique et énergique et c'est dommage - et l'on compatit pour la blessure de Solène Wachter - parce que connaissant son engagement et sa qualité, leur différents duos dansés nous auraient emportés loin. 


Logbook - Solène Wachter - Bryana Fritz - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Nous nous sommes satisfaits de la prestance et l'envergure de Bryana Fritz et sa capacité à s'envoler, autant par ses sauts que par les élégants et aériens mouvements de bras et les quelques mouvements en tandem avec elle de Solène Wachter, économisant (et nous imaginons son stoïcisme face à la douleur) sa cheville et profitant des mouvements au sol et de quelques figures avec les bras pour apprécier ces notations croisées et complémentaires. Un condensé de notes, d'idées qui fusent, s'entrechoquent et font des étincelles. L'énergie de la vie en somme.


La deuxième partie de la soirée, est consacrée  à la pièce de Leila Ka Maldonne qui avait déjà fait la clôture du Festival L'Année Commence ave Elles en 2024, une sorte de séance de rattrapage. 

Leïla Ka - Maldonne - Photo: Nora Houguenade


Dans mon billet je disais alors:

"Le dernier spectacle du Festival, Maldonne de Leïla Ka est une très belle conclusion de cette programmation qui donne voix - et corps - aux femmes. Elles sont cinq, debout immobile au centre de la scène, le temps que les spectateurs en arrivent à oublier leurs discussions et se concentrent, avec les danseuses, éclairées à contrejour, la tête légèrement penchées dans une introspection sereine."

En concluant : "Un spectacle puissant et prenant mené de main de maîtresse par Leïla Ka avec cette bande des cinq qui ne nous ménage pas et porte haut la parole des femmes.

La recension complète est là:

Maldonne de Leila Ka: L'habit fait la nonne et le geste donne



La Fleur du Dimanche


Logbook


Pôle Sud, le 28 et 29 janvier 2026 


Chorégraphie et Interprétation : Bryana Fritz et Solène Wachter
Régie son : Justine Pommereau
Régie lumière : (en cours)
Développement et production : Margaux Roy
Production et logistique : Claire Heyl
Administration : Florence Péaron

Production : Supergroup
Coproduction : Festival d’Avignon, SACD, Ménagerie de Verre (Paris), Espace Pasolini (Valenciennes), QWERTY (Marseille)
Avec le soutien de La Place de la Danse – CDCN Toulouse – Occitanie, Théâtre Garonne (Toulouse)
Résidences : Teatro comunale di Badolato, KLAP – Maison pour la Danse (Marseille), La Place de la Danse – CDCN Toulouse – Occitanie, Théâtre Garonne (Toulouse), Pavillon Noir – CCN Aix en Provence