mardi 24 octobre 2023

Thomas Bernhard au TNS : Oui - dire ou mourir

 Entrés dans la salle, nous mettons un certain temps à remarquer que le comédien est déjà sur scène. Et jusqu'à ce temps que l'ensemble de la salle le remarque il faut  encore un petit moment. Assis sur une chaise, pas loin du public, à juste distance, dans la pénombre, il feuillette un classeur ou un livre. La lumière qui est projetée sur la salle alors que lui est faiblement éclairé ne permet pas de définir précisément de quel objet il s'agit. Plus tard, on imagine que c'étaient des partitions de Schumann qu'il tient en main. Quand la salle est totalement silencieuse, il attendra encore avant de prendre la parole. Assis, presque recroquevillé sur sa chaise, il se tortille, se torture presque, intérieurement visiblement. On sent une souffrance. Puis il se lève et se rapproche du public pour parler du porc-épic ou plutôt de Schopenhauer qui narre une parabole qui convient autant à la situation de la représentation, que de l'histoire qui va être racontée pendant cette heure et demie, dans une prose prenante et à laquelle nous allons être suspendus. Mais revenons à nos porcs-épics. Ceux-ci, en hiver, s'ils se rapprochent quand il fait froid, pour se réchauffer vont se piquer, se blesser, se faire souffrir de leurs piquant et, ainsi devoir s'éloigner, et donc de nouveau avoir froid. Et alors de nouveau se rapprocher, puis se rééloigner jusqu'à trouver la "bonne distance". De même pour les humains, qui cherchent la relation mais tiennent également à garder leur tranquillité. Mais Oui, de Thomas Bernhardt, nous présente une situation bien plus extrême, ce qui ne nous étonne pas du tout de cet auteur à la fois provocateur et versatile qui souvent s'est retrouvé en opposition avec le public et ses proches.


Oui - Thomas Bernard - Célie Pauthe - Claude Duparfait - Mina Kavani - Photo: Jean-Louis Fernandez


Cette histoire est une histoire en miroir, et même en double miroir. D'abord, cette relation entre le narrateur et son "ami" Moritz, l'agent immobilier du village auprès de qui le narrateur déverse son âme et ses tourments quand le silence et l'isolement lui sont devenus insoutenables. Et puis l'irruption de cette femme, la femme du "Suisse" venu s'enterrer au fin fond de l'Autriche, qu'il va rencontrer et qui elle aussi, va se confier à lui au cours de promenades à deux dans la forêt. Et pour l'un et pour l'autre, cette parole émise devrait sauver. Car, comme il est dit: "Il est possible que l’on soit sauvé par le simple fait de comprendre clairement un moment décisif et de faire une analyse de tout ce qu’implique ce moment.


Oui - Thomas Bernard - Célie Pauthe - Claude Duparfait - Mina Kavani - Photo: Jean-Louis Fernandez


Mais les choses ne se passent pas comme elles le devraient. La parole de la "Persane", la femme du "Suisse" est confisquée, comme vampirisée par le narrateur. Il écoute mais ne renvoie pas en retour ce souffle vital et l'amour qu'il ressent pour cette femme et il l'abandonne. Et il rebondit sur cette parole en un deuxième miroir qui est ce livre qu'il est en train de construire et transcrire oralement devant nous, ce texte devenu pièce de théâtre. Soulignons ici la très intelligente adaptation par Célie Pauthe dans une connivence constructive avec Claude Duparfait grâce aussi à leur intérêt, même leur amour pour les textes de Thomas Bernhardt. Ainsi, en nous prenant comme témoins de sa remémoration des événements, le narrateur parvient à accepter son état et continuer à vivre. Ce qu'il a refusé à cette femme dont il vole même une de ses dernières paroles, en tout cas la dernière du roman au point d'en faire "un beau titre".


Oui - Thomas Bernard - Célie Pauthe - Claude Duparfait - Photo: Jean-Louis Fernandez 


Ainsi, ce personnage, qui va rester seul sur scène, souvent coincé sur sa chaise, et qui est magnifiquement interprété par Claude Duparfait, va nous conter cette histoire en spirale. Un récit incroyable et surprenante écrit dans un style envoûtant et dans lequel nous serons littéralement immergés. La scansion, la manière que le comédien a de marteler les consonnes nous entraine dans un état presque hypnotique. Et les attitudes entravées, presque convulsives qu'il incarne lui confèrent une inquiétante étrangeté. Pour faire apparaître l'autre personnage, cette Persane, ce sera par la magie du cinéma qu'est convoqué ce fantôme, dans une forêt brumeuse et hiératique, sombre avec de majestueux troncs qui montent au ciel (magnifiques images d'Irina Lubtschansky). Mina Kavani lui apporte tout le mystère et l'insondabilité qu'il faut à ce personnage qui part d'un mutisme extrême pour arriver à un ultime refus de parler après avoir passé par un rendez-vous où ils se rejoignent et se perdent en même temps. Il faut aussi relever le travail très précis sur la lumière de Sébastien Michaud. Il modifie imperceptiblement les ambiances qui vont de la pénombre inquiétante à des contrastes puissants alors que nous avons l'impression d'être encore plongés dans le noir. Et tout cela construit cette ambiance de rêve éveillé dans lequel cette "étrangère" aurait pu être à la fois salvatrice et sauvée. Mais finalement, ce "tombeau" pour la morte est le marchepied pour le narrateur pour se sauver soi-même.


La Fleur du Dimanche


Au TNS - Strasbourg - du 24 au 28 octobre 2023

Oui

D’après
Thomas Bernhard
Traduction
Jean-Claude Hémery
Adaptation et conception
Claude Duparfait
Célie Pauthe
Mise en scène
Célie Pauthe
Avec
Claude Duparfait
et à l’image
Mina Kavani
Accompagnement scénographique
Guillaume Delaveau
Lumière
Sébastien Michaud
Son
Aline Loustalot
Vidéo
François Weber
Costumes
Anaïs Romand
Assistanat à la mise en scène
Antoine Girard

mercredi 18 octobre 2023

Danse Macabre de Zimmermann au Maillon: Attention d'enfer !

 Martin Zimmermann est un "abonné" du Maillon si l'on peut dire. En effet, depuis de nombreuses années (déjà dans les années 2000) cet artiste multiple - il a fait d'abord les beaux Arts (pour avoir un diplôme sur les injonctions de ses parents) puis le CNAC (les Arts du Cirque) à Châlons-en-Champagne d'où il sort avec une tournée dans le spectacle coordonné par Joseph Nadj Le cri du Caméléon, puis il revient en Suisse. Pendant de nombreuses années avec le trio MZDP (Metzger, Zimmermann et De Perrot), puis en duo avec Dimitri de Perrot jusqu'en 2017. On leur doit quelques spectacles inclassables, entre cirque, danse et musique, toujours en équilibre instable dans des constructions inventives. Pour son dernier spectacle Danse Macabre présenté au Maillon, il met en scène et joue les trouble-fêtes, en l'occurrence le diable, espiègle "en diable" qui va subvertir tout au long de cette pièce qui dure bien une heure et demie le cours des choses et des parcours des trois protagonistes qui se croisent plus qu'ils ne se rencontrent dans une mise en scène éclatée et explosive. Car comme à son habitude, dans sa pièce rien ou pas grand chose n'est stable, le déséquilibre guette, les choses et les objets disparaissent ou apparaissent sans que l'on s'en rende compte, les personnages aussi. Martin Zimmermann; en plus d'être un diable est également un esprit malin, une sorte de prestidigitateur.


Danse Macabre - Martin Zimmermann - Photo: Nelly Rodriguez, Basil Stücheli


Le décor est foisonnant, même s'il se réduit à peu de choses, une grande "tour de Babel" virtuelle qui au fur et à mesure de révèle être une sorte d'usine de tri des ordures ménagères, un immense dépotoir au sol avec plein de papier qui vole et d'où émerge une des protagoniste, tout comme le diable aussi dans des cartons "magiques". Un autre arrive ni vu ni connu par la goulotte déversoir des sac poubelles et il s'agit de faire bien attention à tout ce qui se passe sur scène pour ne rater aucune action ou apparition des personnage dans cet univers surprenant éclairé avec précision pour amplifier les effets de surprise ou d'étrangeté. Tout au long de la pièce nous aurons ainsi des objets qui changent de place ou de destination, comme par exemple les gros bidons devenant cachette, percussion, théâtre de marionnettes où l'on peut même voir son double (le théâtre du diable et son double). La partie de décor qui "bouge" le plus, et l'on ne s'en étonne pas car elle est au centre du travail de Martin Zimmermann, c'est la maison en déséquilibre instable sur la point de la construction, qui lui permet d'alterner des séquences comiques et acrobatiques et même poétiques. 


Danse Macabre - Martin Zimmermann - Photo: Nelly Rodriguez, Basil Stücheli


Et l'on ne s'en lasse pas de voir ces glissades et rebondissements, ces portes qui claquent, des chaises qui glissent tout comme les personnages qui s'y retrouvent pris dans des va-et-vient incessants et déstabilisants, cherchant leur équilibre,  le trouvant quelquefois à la pointe d'une position troublante où l'on ne sait plus qui bouge de l'homme ou de la maison, tant les repères sont variables. On pense au cinéma muet, au cirque bien sûr avec toutes les acrobaties, dans une belle virtuosité et une effervescence physique. Les corps se bousculent, se heurtent, s'entraident, se cherchent, se prouvent des inclinations certaines.  Et de temps en temps - il faut bien se reposer aussi - une pause, pour reprendre ses esprits, mais aussi pour jeter un regard sur le passé, prendre date, regarder rétrospectivement le chemin parcouru à toute vitesse. Et tout simplement s'arrêter pour regarder glisser tout doucement une chaise et l'accompagner dans son lent voyage.


Danse Macabre - Martin Zimmermann - Photo: Nelly Rodriguez, Basil Stücheli


Les trois personnages, chacun dans son univers, presque étanche aux autres, sauf de temps en temps, tracent leur parcours et leur style. Il y a la femme acrobate souple et agile, d'une flexibilité incroyable, le travesti chanteur à la voix magique, autant à l'aise dans la chanson anglaise que les airs de musique traditionnels ou les improvisation et le personnage de clown Auguste, à la fois philosophe et saltimbanque. Le personnage du diable, insaisissable et fuyant, est pourvu d'une bonne dose d'ironie et de raillerie et ses dents qui s'entrechoquent ne sont pas rassurantes. La musique, très présente contribue à renforcer les différentes atmosphères de la pièce, entre angoisse, mystère, peur et répit, les moments de tension et les plages de rémission. 


Danse Macabre - Martin Zimmermann - Photo: Nelly Rodriguez, Basil Stücheli


Et le décor dont je parlais, conçu très judicieusement pour arriver à se métamorphoser au fur et à mesure de l'avancement de la pièce pour arriver à une construction finale qui nous emmène sur le versant festif de l'enfer nous assistons à une déconstruction finale iconoclaste avec moult persiflage et gausseries inutiles, car la fin est prédite et tout est déjà dit.



La Fleur du Dimanche 

dimanche 15 octobre 2023

Jérôme - Danser l’Amant des Morts au MAMCS: La douleur et la douceur

 Dans le cadre de l'exposition Aux temps du Sida au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, de multiples manifestations et rencontres ont lieu au Musée et ailleurs. Le Ballet de l'Opéra National du Rhin pour sa part a proposé une performance dansée  Jérôme - Danser l’Amant des Morts le dimanche 15 octobre lors de deux séances publiques dans la grand hall du Musée.


Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd


Le ballet s'inspire librement du livre de Mathieu Riboulet L'Amant des morts et met en scène sept danseuses et danseur du Ballet dans un décor minimaliste, deux lits noirs, tête-bêche et un petit, assemblés au bout d'un espace délimité par des néons violets. Au pied du lit, un danseur, déshabillé, est prostré et le Cold Song de Purcell interprété par Klaus Nomi s'élève en plainte émouvante. Des personnages en longs manteaux gris s'approchent de lui et l'emportent tandis qu'un autre personnage tout habillé d'un long manteau de cuir noir se tient de côté. Le groupe de danseurs portent le premier danseur et le rhabillent et le posent à terre dans une sollicitude délicate. 


Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd


Les figures de secours, gestes de soins et de soutien, la démarche de sauvetage, les attitudes de piéta ou de fragilité alternent avec les fulgurances de surgissements. Les chutes, les tournoiements, les sursauts, l'abandon se succèdent pour aboutir à une exténuation extrême. 


Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd

Tous sont à terre  sauf le personnage en noir qui est torse nu en jupe. Au fur et à mesure tout le monde, à commencer par le premier danseur, se relève et revit en tournant. Tous se prennent dans les bras avec tendresse et sollicitude. Puis, alors que le fils et le père semble se faire un dernier adieu, dans une transformation à vue, avec une musique moderne qui prend le rythme, les autres se retrouvent en slip et bustier rose, et s'installent sur les lits dans des poses langoureuses. et tout finit dans une course échevelée d'un bout à l'autre de la scène.


Jérôme - Ballet de l'ONR - MAMCS - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche


Jérôme - Danser l’Amant des Morts

Une performance de Bruno Bouché avec les danseurs du Ballet de l’OnR

Emmanuel d’AUTHENAY, assistant à la dramaturgie, costumes et scénographie


Interprètes: 

Audrey BECKER, Pierre DONCQ, Mathis NOUR, Marwik SCHMITT, Emmy STOERI, Alain TRIVIDIC, Hénoc WAYSENSON

samedi 14 octobre 2023

Aux temps du Sida au MAMCS : Se souvenir des corps, encore et Danser l'amour des morts avec le Ballet du Rhin

 L'exposition "Aux temps du Sida, Oeuvres, récits et entrelacs" qui vient de débuter au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg aura dû patienter un peu. Prévue en 2020, une autre pandémie en aura reporté la réalisation jusqu'à ces jours, d'une certaine manière comme pour saluer le départ en retraite du directeur des Musées Paul Lang qui l'a initié et dont il a confié le commissariat à Estelle Pietrzyk, conservatrice en chef et responsable du MAMCS. Et elle nous a conçu une exposition à la fois artistique mais également totalement ancrée dans l'époque. Mêlant des oeuvres majeures et emblématiques dans différents domaines artistiques (plastique, cinématographique, littéraire, chorégraphique,..) autant que sociologique ou scientifique, dans un parcours immersif qui nous fait littéralement vivre au plus intime les peurs, la douleur, les espoirs et les révoltes des ces quatre décennies qui ont vu passer cet ouragan dévastateur en nous laissant très longtemps perdus et désemparés. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd


L'exposition débute par un "couloir du temps" en référence à l'aids timeline du collectif Group Material avec entre autres Felix Gonzales-Torres, Jenny Holzer et Barbara Kruger, couloir qui nous accueille observés par un personnage surplombant  π (pi) de Merryl Ferri-Levisse qui a également réalisé le papier peint symbolique qui nous emmène dans l'entonnoir du temps accompagné par Prince qui nous chante "a big desease with a little name" (un maladie grave avec un nom court). Ce couloir qui remonte de nos jours, où plus de quarante millions de personnes sont mortes, aux débuts de l'histoire de la crise sanitaire, affiche des objets, livres, articles, dessins, disques, cartes postales et toutes sortes de témoignages de l'apparition et du développement de cette maladie dans notre société. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Françoise Petrovitch - Photo: lfdd


On y trouve autant un dessin de Tomi Ungerer qui a illustré des emballages de préservatifs, vecteurs de prévention que des couvertures historiques de magazines parlant du Sida ou des disques et articles tracts, affiches, cartes postales - entre autres des campagnes d'Act Up - qui nous remémorent le chemin depuis, par exemple le premier "coming out" d'un artiste, Rock Hudson, annonçant sa maladie. Un portrait de Françoise Barré-Michel par Hervé di Rosa côtoie le photo de Michel Foucault par Hervé Guibert ou une aquarelle d'un "Singe Vert" par Françoise Pétrovitch. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Bruno Pélassy - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Je sors ce soir - Photo: lfdd

Tout de suite après, un genre d'antichambre d'entrée nous accueille avec un rideau de perles "Viva la Muerte" grinçant de Bruno Pélassy, des photos de corps attaqués de Kiki Smith ou le portrait jeune de John Hanning I SURVIVED AIDS. Cette antichambre nous mène directement au monde de la nuit - Je sors ce soir -avec l'univers de discothèques, avec le clip Tainted Love de Soft Cells et la chorégraphie Still/Here de Bill T Jones dans une Dance Box intelligemment décorée.  Bill T Jones nous le retrouvons en train de se faire peindre le corps par Keith Haring à côté d'une grande sculpture de Johan Creten et d'une installation "sous moustiquaire" de Barthélémy Toguo. Une chambre avec un téléviseur d'époque sur lequel sont diffusés toute une série d'archives, documents et journaux TV permettant de se replonger dans le temps et une armoire qui cache un secret: une conception de Jean-Michel Othoniel, qui ouvre le "placard" et nous fait entrer dans le cabinet secret où l'on découvre des films interdits, des images taboues ou scandaleuses, dont deux autoportraits de Robert Mappelthorpe - le dernier six mois avant sa mort et le portrait par ce dernier de Roy Cohn, ouvertement (officiellement) anti homosexuel, l'ancien conseiller de McCarthy et de Donald Trump et mort du Sida en 1986.


Aux temps du Sida - MAMCS - Bartélémy Toguo - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Roni Horn - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Hervé Guibert - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Antony Goicolea - Photo: lfdd

Après ces espaces "Prolifération" et "ceci est mon sang", avec entre autres une grande fresque sur toile biface de Fabrice Hyber et d'intéressantes oeuvres et projets de Michel Journiac dont les "billets de sang", nous arrivons dans des espaces - "Je n'ai fait que traverser le monde en courant" et "Cette époque est un thrène" où des lettres de Fabrice Guibert, à écouter au casque aussi, de même que les énumérations Felix's Toys de Roni Horn ou ou la chambre The Millwaukee Room de Dominique Gonzalez-Foster rendent hommage à Felix Gonzalez-Torres, dont on voit les photos des jouets qu'il envoyait à ses amis. Nous avons aussi toute une série de photos, en noir et blanc d'Hervé Guibert et en couleur de Nan Golding qui témoignent de l'intérieur du vécu de cette époque. Des extraits de films d'Almodovar, de Robin Campillo et de Leos Carax nous font aussi revivre l'époque. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Jean-Luc Lagarce - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Alain Buffard - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Alain Buffard - Photo: lfdd


De manière plus intime nous arrivons aussi à des carnets et des archives de Jean-Luc Lagarce, aux citations et dessin de Copi, aux "actions" de David Wojnarowicz avec une impressionnante photo de lui à la bouche cousue par Marion Scemama, qui a filmé aussi son monologue performance "If I had a Dollar to spend - si j'avais un Dollar à dépenser". 


Aux temps du Sida - MAMCS - David Wojnarowicz - Marion Scemama - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Jean-Luc Verna - Photo: lfdd


D'autres vidéo, dont la performance d'Alain Buffard ou d'Anna Halprin montrant la fragilité induite par la maladie sont de magnifiques témoignages artistiques que l'on peut apprécier dans le "cocon" du rideau brodé de perles et de cristaux de Jean-Luc Verna (dont on appréciera ailleurs dans l'exposition à la fois les dessins noirs ou en couleur: Trithérapie qui chante), ainsi que les photos des collages d'Ernest Pignon-Ernest dans les rues de Warwick (Durban), et, sur le mur en très grand, le sigle d'Act Up "Silence = Death". 


Aux temps du Sida - MAMCS - Bruno Pélassy - Photo: lfdd


Une dernière salle "Protocoles et Luttes" présente des oeuvres en référence aux traitements avec trois énormes gélules de General Idea Blue (Cobalt Pla(c)ebo, la Variation of Love de Pascal Lièvre des oeuvres de Pascale Martine-Thayou ou de Chéri Samba ou un "autel" dédié aux actions des Soeurs de la Perpétuelle indulgence. Et avant de danser dans l'Arène sous les guirlandes d'ampoules de Felix Gonzalez-Torres, nous passons dans la salle de cinéma attenante pour s'immerger pendant soixante-seize minutes dans le film de Derek Jarman Blue où il nous parle au plus intime de cette maladie qui va l'emporter six mois après la réalisation de ce film. Et nous sortons, secoués en saluant le travail en écho de Bruno Pélassy Gracias a la vida.

Mais ce n'est pas fini.... Tout au fond de la nef, derrière les grands vases de Barthélémi Toguo Vaincre le virus, se trouve une Permanence, un espace participatif et de rencontre avec des professionnels ou des associations et deux vitrines qui ont accueilli les objets et souvenirs de donataires volontaires qui ont partagé des objets, livres ou pièces de collection, dont, entre autres, le dessin de  Freddy Ruhlmann La-si-do-ré.


Un grand nombre de manifestations: ateliers, conférence, projections, rencontres, lectures, spectacles, concerts, visites guidées, cartes blanches, au Musée et en partenariat avec d'autres structures, dont Pôle Sud, et le Lieu Documentaire, mais aussi l'Opéra National du Rhin et son Ballet, Arte et l'Université, les librairies Kleber et Quai des Brumes et le cinémas Cosmos.


La Fleur du Dimanche


A lire: 

Danser l'amour des morts avec le Ballet du Rhin


Quelques manifestations à venir:

Au MAMCS:

Lectures croisées - dimanche 29 octobre à 15h00

Intervention chantée de Pelicanto: 29 octobre à 15h00

Week-End festif - du 1er au 3 décembre - entrée libre au Musée pour toutes les manifestations

Deep in vogue - plusieurs séances le 10 décembre de 14h30 à 17h30


Avec le Lieu Documentaire - projections

Un remède de chameau - documentaire - 28 novembre 16h00

Good Boy, histoire d'un solo - Réal. Marie-Hélène Rebois - 29 novembre 14h30

120 battements par minutes - Robin Campillo - 7 janvier 2024 à 14h30 - avec ARTE

Hervé Guibert, La mort propagande - 7 janvier 2024 à 16h00 - avec ARTE 


Pôle Sud 

Good Boy - Alain Buffard -  22 et 23 novembre à 19h00 


A la Pokop

Soirée Radiophonique - 7 novembre à 18h30


A suivre...

dimanche 8 octobre 2023

Quarante ans de Musica: Les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur le Festival de musique contemporaine

Le Festival Musica qui a fêté ses 40 ans s'est achevé dimanche dernier. Prenons le temps d'en parcourir quelques souvenirs.

Et profitons de la superbe exposition des dessins de Véronique Boyer Les Yeux fermés pour remonter le temps et continuer le voyage avec quelques images sauvées de la mémoire dans les petits carnets qu'elle a exhumés de ses tiroir pour les offrir aux archives du Festival. 


Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Olivier Messiaen - Laurent Aymar  26.9.96 - Photo: lfdd


Depuis 1984, inlassablement, dans le noir elle croquait les artistes et les musiciens sur scène sur ces petits agendas hérités de sa grand-mère. En quelques traits précis, elle installait le fugace, le provisoire, l'imperceptible, un instant de vivant sur les pages de ces petits carnets. Elle inscrivait ainsi les notes fugaces, les sons, les voix, à travers les corps, les attitudes, les instruments et l'occupation de l'espace dans une célébration de l'événement sensible, dans une transposition visuelle par ses traits, ses lignes, ses courbes, ses formes sur cette petite surface blanche, un peu jaunie. Après le concert, souvent tard le soir, de mémoire, elle les complétait, à l'encre, avec des couleurs, à l'aquarelle, délicatement. 


Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Irvine Arditti - Photo: lfdd


Elle rendait ainsi l'impalpable, l'interprétation de notes par des musiciens, des chanteurs, des comédiens, un orchestre, l'atmosphère d'un récital, d'un concert, d'une symphonie, d'un théâtre musical ,visible, sensible, évident. Expressif. Ces quelques traits et ces quelques taches de couleur nous révèlent la quintessence d'événements fugaces, passés que l'on peut ainsi essayer de se remémorer. Les dessins ont été scannés et nettoyés et sont accrochés, bien rangés dans une salle du QG du Festival installé dans les locaux de l'ancienne Poste place de la Cathédrale. 


Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Jean-Piere Drouet - Photo: lfdd


Des espaces différents permettent de les apprécier en toute intimité et dans une vitrine certains carnets sont présentés alignés pour permettre d'apprécier les "originaux" avec les pages ouvertes sur certains croquis. 


Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Martine Viard - 16.9.1990 - Photo: lfdd


Un autre espace, derrière des rideaux noirs nous mettent dans l'obcurité comme pour restituer l'ambiance des concerts. Et c'est à l'aide de petites lampes de poche que nous découvrons une à une quelques autres œuvres dans ce cabinet secret.


Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Photo: lfdd

Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Musica 1984 - Photo: lfdd

Musica 2023 - Véronique Boyer - Les Yeux fermés - Kagel - Lulu - Messiaen - Photo: lfdd




Pour conclure, jetons un regard rétrospectif sur le Festival 2023. 
Voici le programme résumé:

Le Festival a débuté le 5 et le 9 septembre par deux expositions, celle de Véronique Boyer dont vous avez eu quelques aperçus ci-dessus et une autre au CEAAC intitulée Colère Divine sur la fragilité et la force de résonnance. Puis la grande soirée de lancement à la Laiterie le 15 septembre avec Clipping, avec Daveed Dibs et William Hutson et Jonathan Snipes ainsi que l’ensemble Asko/Schoenberg et Louis Andriesen. Le lendemain, 16 septembre une grosse journée avec sept concerts jusqu’au bout de la nuit - avec Jean Catoire - dont celui de l’ensemble lovemusic qui nous emmène en enfer:

Musica 2023 - Nightmare - lovemusic - Photo: lfdd



L’enfer, c’est là aussi que nous mène Simon Steen-Andersen avec l’opéra Don Giovanni en Enfer qu’il présente à l’Opéra National du Rhin en nous découvrant les dessous du bâtiment:

Musica - ONR - Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck 



Le dimanche 17, deux concerts sont programmés par des « anciens » (spectateurs) de Musica qui proposent la Sonate de Requiem d’Olivier Greif au Münsterhof et de la musique et de la danse venant de Palestine avec le programme La musique au pied du mur à l’Espace Django. Toujours programmé par un « ancien », Les Artisans du son avec l’ensemble Itinéraire au Nouveau CFA des Compagnons du Devoir le lundi 18 septembre. La mardi 19 Musica est accueilli à Pôle Sud avec deux pièces Answer Machine de Phillip Venable et Sonate et Interludes dansés par Lénio Kakléa sur une pièce de John Cage :

Lenio Kaklea - Orlando Bass - Sonates et interludes - John Cage - Photo: Marc Domage



Le Festival Musica s'offre un intermède coloré et plaisant le mercredi 20 avec le spectacle Hide to Show de Michael Beil, création française avec l'Ensemble Nadar à la Cité de la Musique et de la Danse à Strasbourg, Inspiré par la création d’une chanteuse japonaise en image de synthèse: 

Hide to Show - Michael Beil - Nadar Ensemble - Photo:Wim Heirbaut


Musica prend ses quartiers à l’église Saint Paul pour une soirée plutôt orienté voix qui parle de révolte :

Musica - Oration of Loss - Ekmeles - Photo: lfdd


Au Maillon le Festival Musica laisse le  choix au spectateur en lui proposant la pièce sur Lady Di Queen of Hearts deux fois dans la petite salle, le vendredi 22 et le samedi 23 septembre à 19h00 et pièce de Ted Hearne et Saul William, Place, le vendredi soir dans la grande salle à 21h00:

Musica - Le Maillon - Queen of Hearts  Photo: Bettina Matthiessen


La venue à Strasbourg au Festival Musica de l'Ensemble Intercontemporain, créé par Pierre Boulez nous offre deux soirées, la première dirigé par Pierre Bleuse avec au programme Michaël Levinas, Hughes Dufourt et Liza Lim le lundi 25 et la deuxième le mardi 26 où l'orchestre joue des compositions d'Eno poppe sous sa direction: 

Musica - Ensemble Intercontemporain - Liza Lim - Photo: lfdd



Musica - Enno Poppe - Prozession - Photo: lfdd


Retour à Saint Paul pour le retour de la cinquième édition de Sonic Temple le 28 septembre:

Musica - Sonic Temple - Vica Pacheco - Photo: lfdd


Puis un petit tour à l’Opéra, Salle Ponnelle avec le Quatuor Arditti pour une pièce de et avec Jennifer Walshe Everything is important:

Musica - Jennifer Walshe - Quatuor Arditti - Photo: lfdd


Le Quatuor Arditti remet le couvert doublement puisque pour un autre concert, il réplique le concert du 17 septembre 1985 le 30 septembre 2023 à l’église Sainte Aurélie:

Musica - Quatuor Arditti - Photo: lfdd


Tout au long du festival ont eu lieu des concerts pour soi en appartement, pour un ou deux spectateurs, une expérience unique, même à deux !

Musica - Concert pour soi - Photo: lfdd


Et pour finir en beauté, Musica s'offre et nous offre un voyage à Bâle avec au programme la visite du Musée Tinguely puis un concert au centre Don Bosco pour finir dans un gymnase géant construit par Herzog et de Meuron pour écouter rien que trois ensembles: Le Basel Sinfonietta, le NDR Bigband et le Chorwerk Ruhr pour des pièces de Sofia Gubaidulina, Michael Wertmüller et Simon Steen-Andersen:

Musica à Bâle - TRIO - Simon Steen-Andersen - Photo: lfdd


Rendez-vous en 2024


La Fleur du Dimanche