mercredi 29 novembre 2017

Lisbeth Gruwez: We're Pretty.... TIC, TOC, qui frappe à la porte, c'est Hitchkock

Cela commence comme un film qui serait joué par deux acteurs assis l'un à côté de l'autre sur une chaise, à distance respectable...
Mais le respectable ne fait pas partie du film, c'est plutôt l'attente, le suspense, l'anxiété ou une sourde angoisse qui sourd au fur et à mesure que l'on entend que l'on n'entend rien, ou si peu...
Pour commencer, le souffle du voisin, de la voisine, quelques bruits de la rue, le bruit que font les deux danseurs avec leurs gestes introvertis au ralenti, puis, un début de respiration, un souffle caché au creux d'un bras replié, timide ou plutôt farouche.
Mais tout cela dans un film au ralenti, qui creuse l'attente, qui nous fait inventer ces oiseaux qui pourraient s'abattre sur scène, mais qui semblent être dans leur tête. L'histoire s'écrit, toute en attente de l'événement, mais il n'y en aura pas, le rythme s'accélère, le son s'amplifie la respiration devient plus forte, plus présente, se multiplie, et monte en volume et en tension. 
Un note de piano ponctue ces souffles, la tension monte....
Et retombe...


We're pretty fuckin' far from okay  - Libeth Gruwez - Nicolas Vladyslav - Voetvolk


Une rampe de lumière nous éblouit, les deux comédiens cherchant un abri l'un chez l'autre, une réconciliation, un repos, mais de repos, il n'y en aura, même si le combat n'est pas violent, la paix n'est pas gagnée, les corps sont farouches et l'étau se resserre sur la lumière... NOIR.


We're pretty fuckin' far from okay  - Libeth Gruwez - Nicolas Vladyslav - Voetvolk


Pour finir, enfermés dans un carré de lumière qui les balaye du devant de la scène pour les plaquer contre le mur, les deux danseurs, d'abord au sol mais forcé de se lever, sont enfermé à la fois dans leur cadre lumineux et dans leur tête. Leurs gestes transpirent la souffrance intérieure, le mal-être dans sa peau. De tics en tocs, ils souffrent ensemble, et séparés, reliés uniquement par leur respiration, qui va à nouveau nous cerner, et leurs gestes de fous aliénés, possédés par des mouvements désordonnés et répétitifs, furieux et blessants....
We're pretty fuckin' far from okay.... Et ce n'est pas gagné !






"We're pretty fuckin' far from okay"  est le troisième volet de la trilogie, commencée avec "It's going to get worse and worse and worse, my friend" que l'on a pu voir à Pôle Sud en novembre 2015 (voir mon billet "Le pouvoir du corps, le corps du pouvoir") et "AH/HA"


La Fleur du Dimanche

Mercredi 29 et jeudi 30 novembre à 20h30 à Pôle Sud dans le cadre de la Biennale de la danse Grand Est - Exp.Édition 2017
Avec le soutien de l'Onda - Office national de diffusion artistique

We're pretty fuckin' far from okay
LISBETH GRUWEZ
VOETVOLK
Concept & chorégraphie : Lisbeth Gruwez
Composition, sound design & assistance : Maarten Van Cauwenberghe
Danseurs : Wannes Labath & Lisbeth Gruwez
Dramaturgie : Bart Van den Eynde
Répétiteur : Lucius Romeo-Fromm
Éclairage : Harry Cole & Caroline Mathieu
Direction technique : Thomas Glorieux
Scénographie : Marie Szersnovicz, Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe
Costumes : Alexandra Sebbag
Production : Voetvolk vzw / Coproduction : Festival d’Avignon - La Bâtie-Festival de Genève – KVS - Le Phare, CCN du Havre Normandie - Theater Im Pumpenhaus - Les Brigittines - Tandem Arras-Douai - Weimar Kunstfest – Julidans - MA Scène Nationale, Pays de Montbéliard - Troubleyn, Jan Fabre / En résidence : Troubleyn, Jan Fabre - Kunstencentrum BUDA - STUK & Les Brigittines / Avec le soutien de : kc NONA - la Communauté flamande & la Commission de la Communauté flamande  




dimanche 26 novembre 2017

Pour Noël, une Intelligence Artificielle, un Cerveau Bleu, un Minidrone de Guerre ou un Robot Salto

Ce n'est pas encore Noël, ni même le premier dimanche de l'Avant, mais avec tous ces Vendredi Noirs et Marchés de Noël qui poussent comme des champignons, on peut se demander de quel cadeau on rêve pour les fêtes de fin d'année.

Et à propos de champignons, en regardant le pissenlit - Taraxatum, on peut se demander ce qu'il sème à tout vent... On peut espérer qu'on s'aime à tout vent plutôt...


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd


Pour en revenir à l'Intelligence Artificielle, IA pour les intimes, que l'on croyait limitée, une philosophe française, Catherine Malabou qui dit dans son livre, Que faire dans notre cerveau, "Je pensais avoir atteint un mur infranchissable: la frontière entre l'homme et la machine" et elle parle de l'évolution de sa conception de la différence entre l'homme et la machine dans son dernier livre intitulé "Métamorphose de l'intelligence. Que faire du Cerveau Bleu?" avec les expérimentations scientifiques ont bouleversé ses points de vue.
Avec les puces "synaptiques" et le projet Blue Brain - cerveau bleu  à Lausanne, qui a pour objectif "la création d’un cerveau synthétique, réplique de l’architecture et des principes fonctionnels du cerveau vivant et la simulation de la vie", se posent d'autres questions : "Où situer, entre vie biologique et vie symbolique, la vie artificielle" qui serait "une intruse", une "doublure menaçante", ou un "nécessaire intermédiaire" qui permet de mieux comprendre les rapports et les intrications entre les deux premières et saisir "une forme d’hybridation entre le vivant et la machine"? 


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd



Dans l'article du Monde du 17 novembre " Plus rien ne nous séparera" de Céline Henne, Catherine Malabou dit: "Je me suis aperçue que mes conclusions étaient vraiment fausses. La frontière entre homme et machine est devenue poreuse: plus rien, ne principe, ne sépare radicalement l'intelligence artificielle de l'intelligence humaine.
Céline Henne précise que: "L’intelligence qui se définit par la dialectique entre autonomie et automatisme, programmation et rupture, caractérise aussi bien le fut ut ordinateur que l'homme."
Et Catherine Malabou de préciser, en remettant l'homme dans sa destinée: "Si l'intelligence, c'est le pouvoir de se transformer, j'essaie de montrer qu'elle est inséparable de l'autocritique.
A bon entendeur, salut!
Et elle en appelle à plus d'ouverture, surtout du côté français, et dans la collaboration entre la philosophie, les neurosciences et le politique:
"La neurobiologie véhicule une série de normes qui modélisent le cerveau: c'est là le vrai problème. Sur ce terrain, il y a, contrairement à ce qui se passe dans le monde anglo-saxon, un silence total des philosophes d'Europe continentale, où la place est laissée libre aux neurobiologistes pour produire une philosophie du cerveau très pauvre. La philosophie doit revenir sur la scène, entrer en dialogue avec les scientifiques pour développer une pensée du cerveau qui soit une pensée de la créativité, de l’épigenèse, de l'invention sans programme." 


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd


Ceci n'est pas pour peindre le diable sur la muraille, comme vous le verrez plus loin, mais, juste rester attentif et au aguets, garder en main un peu de son destin, même si comme semble le dire Steven Pinker, le monde n'a pas connu une "Longue Paix" comme aujourd'hui... En quelque sorte plus de conflit majeur depuis 1953! Et les tueries du XXème siècle ne sont rein face au 36 millions de morts en Chine au VIIème siècle avec la révolte d'An Lushan qui a décimé un sixième de l'humanité.

Cela ne nous empêche d'être attentif à la fois à l'évolution de l'IA - Intelligence artificielle, aux objets connecté, aux objets autonomes, aux robots et aux drones, dont les progrès sont impressionnants  comme vous pouvez le voir dans les deux films suivants:








Si vous voulez en savoir davantage, un article d'Isabelle Champeron, dans le Monde du 22 novembre intitulé "Les "Terminators" courent encore" en parle largement. 



Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd

Et pour finir en chanson, je vous rappelle que le 24 janvier 2016 en parlant des "robots écrivains" je vous avais offert les historiques en différentes versions de "Roboter" de Kraftwerk, que je ne remettrais pas pour ne pas me répéter (pour mes lecteurs fidèles), mais que vous trouverez ici:
Je ne suis pas... une fleur. Je suis. Je suis un robot

Par contre, je vous mets Toto le Robot et L'avion de Luke et "Comme un avion sans ailes": d'Hubert-Felix Thiéfaine:










Et pour finir "Tombé du ciel" d'Higelin:




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche  

samedi 25 novembre 2017

Les Bas-Fonds au TNS: Touchés !

Gorki est un conteur et ses personnages racontent des histoires, dont certaines que Maxime Gorki lui-même a certainement vécues.
Et dans les Bas-Fonds, adapté et mis en scène par Eric Lacascade, les histoires ne sont pas tristes, enfin façon de parler. 

Nous y côtoyons un univers que l'on ne soupçonne pas à priori et dont surtout, on soupçonne rarement la part de philosophie dont ces êtres laissés pour compte, bannis et rejetés de la société font preuve.


TNS - Les Bas Fonds - Eric Lacascade - Photo: Brigitte Enguerand

La pièce va pendant plus de deux heures, sur un rythme soutenu, nous présenter une galerie de personnages, tous plus hauts en couleur les uns que les autres et qui vont nous parler de la vie et de sa philosophie, de l'homme et de ses motivations, de l'amour et de ses errements, de la sagesse et du pouvoir, de la déchéance et de la rédemption. En résumé, comme le fait dire Gogol par la bouche de Louka, l'étranger, l'envoyé qui ausculte ce petit monde avec un regard d'entomologiste, une distance de philosophe et une sagesse de psychologue: "Je veux savoir comment ça fonctionne un homme".
Le cours du spectacle nous prouvera que la réponse est aussi variée que les hommes (et surtout pas "les gens"), mais qu'elle n'est pas forcément écrite et qu'elle peut se retourner - et elle le fait quelquefois - non pas dans le bon sens, mais que la chute peut être dure et que si on s'élève, elle peut être fatale comme le prouve l'image finale.


TNS - Les Bas Fonds - Eric Lacascade - Photo: Brigitte Enguerand


La force de cette pièce est donc dans le regard décalé et ouvert que l'on peut poser sur notre "humanité" et même si le fond est noir - très noir si on s'en tient au quatrième acte, franchement punk, de garder un peu d'espoir.  Et la mise en scène nous aura fait passer par des surprises et des variations de jeu très diverses. La scénographie et le décor, à priori assez sobre, réussissent également à faire passer l'ambiance de cette histoire pleine de bruit et de fureur.

Eric Lacascade et sa compagnie, une équipe fidèle de comédiens qui travaillent ensemble depuis une dizaine d'année, ainsi qu'un renfort de six jeunes comédiens issus de l'école qu'il dirige à Rennes, nous proposent donc ce théâtre "organique" plutôt que "politique" qui doit nous permettre comme il le dit dans le livret de la pièce jouée jusqu'au 1er décembre au TNS:
"Dans l'état de crise que nous vivons, s'attacher à décrire et à comprendre ces exclus permet aussi de mieux nous comprendre nous-mêmes.


La Fleur du Dimanche


Les Bas-Fonds
TNS -Strasbourg : jusqu'au 1er décembre 2017

Texte Maxime Gorki
Traduction André Markowicz
Adaptation et mise en scène Éric Lacascade

Avec Pénélope Avril, Leslie Bernard, Jérôme Bidaux, Mohamed Bouadla, Laure Catherin, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Murielle Colvez, Christophe Grégoire, Alain d’Haeyer, Stéphane E. Jais, Éric Lacascade, Christelle Legroux, Georges Slowick, Gaëtan Vettier

Collaboration artistique Arnaud Churin
Scénographie Emmanuel Clolus
Lumière Stéphane Babi Aubert
Costumes Axel Aust assisté de Augustin Rolland
Son Marc Bretonnière
Accessoires Angéline Croissant
Maquillage Catherine Saint-Sever
Assistanat à la mise en scène Vanessa Bonnet

Production Théâtre national de Bretagne - Rennes
Coproduction  Compagnie Lacascade, Les Gémeaux - Scène nationale de Sceaux, Théâtre de la Ville - Paris, MC2: Grenoble - Scène nationale, Le Grand T - Théâtre de Loire-Atlantique, Théâtre National de Strasbourg
Avec le soutien de l’ENSAD (École nationale supérieure d’Art dramatique de Montpellier Languedoc-Roussillon)


Spectacle créé le 2 mars 2017 au Théâtre national de Bretagne - Rennes

vendredi 24 novembre 2017

Les Percussions Live@Home 10 : Whiplash fouette la musique, la peau, le bois, le métal

Pour leur dixième soirée où les Percussions de Strasbourg nous reçoivent chez eux, le programme est de choix. Entre la création du jour d'une pièce de Stéphane Magnin Whiplash et une autre historique - de 1979 - pour l'ensemble de l'époque par Iannnis Xenakis, Pléiades, une troisième, au centre, de Francesco Filidei commandé par la Fondation Royaumont: Il Funerali dell'Anarchico Serantini, tous tissent le fil de force et de violence fouettée et battue.

Il faut également saluer la scénographie qui lie et dynamise le déroulé des trois pièces qui s'interpénètrent et se répondent en écho, dès le lever de rideau qui présente le programme par des tableaux muets. 

La partie "Peaux" de Pléiades de Xenakis nous entraîne dans une boucle de percussions avec des variations de rythme et de puissance, quelquefois en décalage, des montées entrecoupées des périodes plus calmes qui roulent et qui tournent.


Percussions de Strasbourg - Whiplash - Stéphane Magnin - Photo: lfdd


Puis la surprise du début de Whiplash I de Stéphane Magnin qui démarre dans un presque silence à dresser les oreilles. Oreilles qui vont bientôt siffler comme les coups de baguettes qui strient l'air en rythme et en déconstruction du rythme, soutenus par des grondements sourds ou des inspirations. La deuxième partie de Whiplash fait la part belle à la percussion de deux bouts de bois, manipulés et battus par les six percussionistes, quelquefois à l'aide de maillets.


Percussions de Strasbourg - Il Funerali dell'Anarchico Serantini - Francesco Filidei - Photo: lfdd


Pour la pièce de Francesco Filidei "Il Funerali dell'Anarchico Serantini", nous somme face à une table d'un procès où ont pris place les six percussionnistes, silencieux et qui nous toisent en silence puis vont, dans un grondement invisible, installer une certaine tension qui va se libérer dans un cri muet, puis dans des gestes saccadés, complétés de sons de plus en plus agressifs et dans une danse mécaniques, mascarade et hommage à Francesco Serantini, l'anarchiste italien mort en 1972.

Percussions de Strasbourg - Pléiades - Peaux -Sixxen - Iannis Xenakis - Photo: lfdd


La troisième partie de Whiplash marie le bois et le métal sur des modalités variées et plus sereines. Puis vient le passage "Métaux" de Pléiades pour lequel a été créé le sixxen (Six pour les six percussionnistes et Xen pour Xenakis), instrument conçu par Xenakis à l'occasion de la création de la pièce. Son son qui va des cloches de vaches à celles des églises avec des accents de gamelans balinais et la partition de Xenakis permet aux percussions d'en extraire toutes les variations autant en termes de rythme que de vibration ou de sonorité. Et la disposition en cercle - infernal - concourt à transformer nos six percussionnistes en magiciens du son en diable.


Percussions de Strasbourg - Il Funerali dell'Anarchico Serantini - Francesco Filidei - partition - Photo: lfdd

La dernière partie de Whiplash de son côté semble marier et reprendre toutes les pièces et les ambiances que nous avons pu apprécier lors de cette soirée. Commençant par un battement sourd et inquiétant, coeur qui irradie au fur et à mesure autour de la scène, puis monte en puissance et nous emporte dans un cyclone de percussions en roulement et en écho, pour finir en beauté dans une union aboutie de peau et de métal en extase.

Les multiples rappels du public prouvent que les vibrations sont passées.

La Fleur du Dimanche

dimanche 19 novembre 2017

Retour à l'Amour: Le miracle toujours renouvelé.

Après la mort, la passion, après la banane et l'humour, retour sur une fleur plus délicate pour parler de ce qui ne devrait pas être un cliché - l'Amour éternel...


La fleur du dimanche de l'Amour - Phot: lfdd

Pour commencer mon Texte à Valeur Ajoutée, un extrait de lettre dont je vous laisse deviner l'auteur:

"Mais je sais déjà que je suis lié à toi par le lien le plus fort qui est celui de la vie. C'est cela que je voulais t'expliquer, parce que je n'ai jamais su le faire. On dit quelquefois qu'on choisit tel ou tel être. Je ne t'ai pas choisie. Tu es entrée par hasard dans une vie dont je n'étais pas fier, et de ce jour-là quelque chose a commencé à changer, lentement malgré moi, malgré toi aussi qui étais alors lointaine,  puis tournée vers une autre vie. Ce que j'ai écrit ou fait depuis le printemps 1944 a toujours été différent, en profondeur, de tout ce qui s'est passé pour moi et en moi, auparavant. J'ai mieux respiré, j'ai détesté moins de choses, j'ai admiré librement ce qui méritait de l'être. Avant toi, hors de toi, je n'adhérais à rien. Cette force dont tu te moquais quelquefois n'a jamais été une force solitaire, une force de refus. Avec toi j'ai accepté plus de choses. J'ai appris à vivre, d'une certaine manière. (...) C'est pour cela sans doute qu'il s'est toujours mêlé à mon amour une gratitude immense."

Ce texte est à la fois humble et passionné, ce qui est très beau aussi c'est que la lettre, les lettres ont eu des réponses tout aussi belles:
"J'attends le miracle toujours renouvelé de ta présence."
En écho de ces mots:
"Loin de toi je croyais mal vivre, mais ce n'est pas vrai. Loin de toi, je ne sais plus vivre du tout." ... "Si j'avais à choisir entre le monde et toi, c'est toi que je préférerais à la vie et au ciel."

Belle déclaration ! D'autres également:

"J'ai décidé une fois pour toutes que nous étions unis pour toujours. Alors tout cela ce sont des ombres légères. Elles passent et il reste le sol de notre amour."

Voilà, celui qui chante ce chant d'amour, c'est Albert Camus...

Et celle qui lui répond:
"Je t'aime irrémédiablement, comme on aime la mer.".... c'est Maria Casarès.

Et il faut remercier également la fille d'Albert Camus, Catherine Camus qui a autorisé la publication de ces lettres intimes chez Gallimard dans le livre "Correspondances (1944-1959)" et qui le justifie d'une belle manière:
"Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l'espace plus lumineux, l'air plus léger simplement parce qu'ils ont existé." 
Merci également à Macha Séry d'en avoir parlé dans un article intitulé "Les amants merveilleux" dans le Monde Littéraire du 10 novembre.

Exceptionnellement je ne vous mets pas de chanson en conclusion, mais un poème de Louise Labbé, éternelle poète de l'amour "Tant que mes yeux" dit par Maria Casarès et un "Chausson", le "Poème de de l'amour et de la mer" interprété par Jessie Norman.







Allez,je vous mets en prime "Este es Amor" de Lope de Vega:





Desmayarse, atreverse, estar furioso,
áspero, tierno, liberal, esquivo,
alentado, mortal, difunto, vivo,
leal, traidor, cobarde y animoso;

no hallar fuera del bien centro y reposo,
mostrarse alegre, triste, humilde, altivo,
enojado, valiente, fugitivo,
satisfecho, ofendido, receloso;

huir el rostro al claro desengaño,
beber veneno por licor süave,
olvidar el provecho, amar el daño;

creer que un cielo en un infierno cabe,
dar la vida y el alma a un desengaño;

esto es amor, quien lo probó lo sabe.



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche 



ST-ART deuxième tour, quelques régionaux de l'étape et Jacques Pajak via l'Espagne

La Foire d'Art contemporain de Strasbourg continue ce dimanche et jusqu'à lundi, pour vous la possibilité de voir ou revoir des arstistes et leurs oeuvres exposées dans des galeries alsaciennes ou d'ailleurs et éventuellement d'en rencontrer certains - ils sont nombreux sur les stands ou dans les allées.

Quelques choix complémentaires au premier tour de piste de samedi: 
Venet à St-Art, allez-y aussi, il y de l'art et je n'ai pas encore vu de cochon, mais j'y retourne...

Effectivement, j'y ai trouvé le cochon, il y en a peut-être d'autres, à vous de les trouver.
J'y ai trouvé également un peintre strasbourgeois qui a fait un détour par une galerie espagnole de Barcelone Art Nou Mil-lenni: Jacques Pajak (1930-1965), dont vous verrez trois oeuvres et d'autres de son ami August Puig:


St-Art - Galerie Art Nou Millenni - Jacques Pajak - Photo: lfdd


Des oeuvres intéressantes, plus historiques, celles de Robert Debré et la sculpture d'Eric Dietmann chez Red Room de Lyon:


St-Art - Galerie Red Room - Olivier Debré - Photo: lfdd



St-Art - Galerie Red Room - Eric Dietman - Photo: lfdd

Et chez Chantal Bamberger, à côté d'autres "historiques", Louise Bourgeois, Miro, Picasso, Alechinssky, le travail délicat de Claudie Hunsinger avec ses végétaux et une réflexion sur les ossuaires.


St-Art - Galerie Bamberger - Claudie Hunsinger - Photo: lfdd


Chez Radiall, grand espace de sculpture et un autre de peintures avec entre autres Stephan Marienfield et Frank Fischer


St-Art - Galerie Radial - Stephan Marienfield et Frank Fischer - Photo: lfdd


Et comme on ne peut pas tout bien faire et que les peintres quelquefois se copient, trouvez ceux que Ben copie chez Georges-Michel Kahn.


St-Art - Galerie Kahn - Ben - Photo: lfdd


A suivre... l'exposition sur la Foire

La Fleurdu Dimanche

samedi 18 novembre 2017

Venet à St-Art, allez-y aussi, il y de l'art et je n'ai pas encore vu de cochon, mais j'y retourne...

St-Art vingt-deuxième édition de la foire d'Art contemporain de Strasbourg, et troisième sous (et dans) une nouvelle direction..... 
Est-ce la bonne ? 
C'est vous (et les artistes et les galeries) qui le direz...
Pour ma part, pour le peu que j'en ai vu, et la liste des galeries présentes, cela va vers une plus grande qualité, tel que souhaité.

Je vous ferai une point complémentaire au fur et à mesure, pour le moment, ayant rapidement eu une visite en préview,je ne peux que vous donner les premières pistes pour vous donner envie d'y aller.

D'abord, la Venet Foundation, invitée d'honneur qui présente une partie de sa collection en face de l'entrée. On y trouve des oeuvres de Donald Judd, Lauwrence Wiener, Robert Morris, Arman et César, entre autres, une mise en bouche pour aller dans son écrin du domaine du Muy en Provence pour voir la suite. 
N'oubliez pas de saluer sa "Ligne indéterminée" en passant Place de Bordeaux:


St-Art 207 - Bernar Venet Fondation  Michel_Nuridsany -  Bernar Venet - Photo: lfdd


Juste à côté, vous avez la galerie Baudouin Lebon qui présente, entre autres des tableaux de Evsa Modell (le mari de Lisette), des photographies Laurence Demaison et de Patrick Bally-Maître-Grand:


St-Art 207 - Patrick Bailly-Maitre-Grand - Baudouin Lebon - Photo: lfdd


De l'autre côté, Christophe Tailleur présente des photos de Valérie Graftieaux - et son "musée portatif, et les artistes de la galerie, dont les dessins à l'encre de Chine (et avec quelques couleurs de Thomas Henriot:


St-Art 207 - Thomas Henriot - Chritophe Tailleur - Photo: lfdd


Toujours dans la rangée de front,la Galerie parisienne Sobering dont c'est la première venue à St-Art et qui propose à côté des oeuvres historiques et plus actuelles de Pavlos, un tableau du Strasbourgeois Michel Déjean.

St-Art - Galerie Sobering - Pavlos - Chaise



Autre carte Blanche, celle donnée à Olivier Kaeppelin qui présente Damien Cabanes qui a eu déjà quelques expositiosn en Alsace et qui présente des oeuvres inédites dont, comme il le disiat lors de la présentation officielle les oeuvres de l'intérieur à l'intérieur de son espace (les vues d'atelier) et les oeuvres d'extérieur à l'extérieur (une vue de village d'un côté et des vaches de l'autre.... Peintes sur le motif !


St-Art 207 - Olivier Kaeppelin - Damien Cabanes  - Photo: lfdd


St-Art 207 - Damien Cabanes - Vaches - Photo: lfdd

Signalons pour mémoire, la galerie lyonnaise Mathieu, fidèle à St-Art depuis des années qui présente entre autes, de photographies, de Jacqueline Salmon et de Georges Rousse, et des sculptures de Vladimir Skoda et des peinture et dessins de Sonia Haan:


St-Art 207 - Sonia Haan - Galerie Mathieu - Photo: lfdd


Et au niveau des galeries strasbourgeoises et alsaciennes , il y a de quoi faire, entre les anciennes et le nouvelles, faites un tour, il y a toujours de choses à voir chez Aeden, Bamberger, Bucciali, BW - Béatrice Wolff, l'ESGGA, l'Estampe, la Fondation Fernet-Branca, Bertrand Gillig, Yves Iffrig, Kahn (ex Strasbourgeois), Jean-François Kaiser, la Galerie Mobile de Michel Bedez avec Christophe Meyer, Pascale Froessel, la Popartisserie, Radiall, Tailleur et les nouveaux Without Art Gallery.


Bonne visite à la recherche de l'Art et des cochons:


St-Art 2017 - les cochons de Joanna Hair - Galerie Bénédicte Giniaux - Photo: lfdd

Bonne Visite

La Fleur du Dimanche

mercredi 15 novembre 2017

Le Ballet du Rhin danse les grands chorégraphes du XXIème siècle: Magistral

Ouverture de saison pour le nouveau directeur du Ballet du Rhin avec au programme, un trio magistral. Tous les trois, élèves de John Cranko et Maria Haydée à Stuttgart et ayant eu une carrière mondiale, Uwe Scholz, Jiri Kilian et William Forsythe ont réinventé le langage classique de la chorégraphie, chacun à sa manière. Et c'est une très belle initiative de proposer trois pièces "Forsythe · Kylián · Scholz" presque toutes les trois de la même durée (environ une demi-heure) pour une soirée qui va nous emmener dans ces trois univers.


Ballet du Rhin - Jeunehomme - Uwe Scholz - Photo: Agathe Poupenay


Celui qui démarre la soirée, c'est Uwe Scholz, avec Jeunehomme, sur des mouvements du concerto pour piano N° 9 de Mozart, frais, alerte et enjoué. Le piano, dansé par un virtuose que l'on devine à l'aube d'une grande carrière, le japonais Riku Ota, finaliste du concours du Ballet de Lausanne 2017 et qui est aux cours de la John Cranko Schule à Stuttgart amène dès l'entrée un souffle frais et rafraichissant sur scène. Les duos, par paires de six ou avec deux duos féminins complètent l'énergie, les traversée, entrées-sorties, pleines d'énergie. Les mouvements d'ensemble et la danse très physique, mais légère nous entrainent dans une belle dynamique, avec quelques accents qui s'ancrent dans des ensembles folkloriques, sans renier la grammaire classique des taquetés ou de quadrilles. Le décor, claire partition musicale, met en valeur les costumes originaux, à motifs géométrique et colorés dont la couleur différente sur le buste et le dos apporte un espace ou un mouvement supplémentaire pour les couples.


Ballet du Rhin - 27'52 - Jiri Killian - Photo: Agathe Poupenay


La deuxième pièce 27'52 de Jiri Kilian sur une musique de Dirk Haubrich joue sur plus d'intimité, avec six danseurs, souvent en duos, variés, pour les femmes Red (Susie Buisson), Yellow (Monica Barbotte), et Purple (Dongting Xing) qui vont varier les expressions, au rythme de la musique qui varie elle aussi, d'abord ondulante, puis jouant plus sur le choc, la frappe, et la chute, pour revenir à des enroulés et le tournoiement, pour terminer sur une fragilité - une nudité pour la femme, qui se clôt par des une surprise de mise en scène (scénographique), qui est annoncée par les enroulés de tapis changeant de couleur - du noir au blanc ou du blanc au noir, tapis qui deviennent huttes ou abris mais aussi piège et danger pour les danseurs.


Ballet du Rhin - Quintett - William Forsythe - Photo: Agathe Poupenay


Quintett, la chorégraphie de William Forsythe sur une pièce de Gavin Bryars Jesus Blood Never Failed Me yet ("Le sang de Jésus ne m'a encore jamais manqué") est une pièce hypnotique et envoutante. La mélodie, chantée par un vieil homme, et qui arrive de loin, se rapproche et nous englobe dans une mélopée qui se construit, tourne et se répète à l'infini en montant en crescendo avec les boucles de l'orchestre qui ne nous lâchent pas, reprennent après chaque prise de souffle du vieillard et en paralèlle les danseurs qui eux aussi rentrent, sortent, se brisent, se désarticulent, virevoltent l'un sur l'autre ou se transmettant une énergie qui coule et se transforme, et ainsi participent à ce va-et-vient entre l'énergie et le vide, entre le dialogue et le retrait, entre la vie et la mort.
Il faut relever la qualité de danse toute "Forsythienne" de cinq interprètes, autant les deux femmes, la petite bleue (Ana-Karina Enriquez Gonzalez et la grande orange Susie Buisson, ainsi que des trois garçons: Jean-Philippe Rivière, Mikhael Kinley Safronoff et Marwik Schmitt.

Une magnifique soirée avec un superbe niveau d'interprétation qui nous emporte ailleurs et nous laisse que des bons souvenirs.

La Fleur du Dimanche

P.S. La mort a porté son ombre autour de ce spectacle: Quand Forsythe a créé la pièce Quintett en 1993, sa femme se mourrait d'un cancer. Et le spectacle du 14 novembre était dédié à Didier Merle Schmid, danseur et maitre de ballet du Ballet de l'OnR pendant presque 40 ans.

Générique

JEUNEHOMME / Uwe Scholz
Pièce pour 21 danseurs
Création en 1986 par les Ballets de Monte-Carlo
Entrée au répertoire en 2000
Danseurs: Riku Ota, Donting Xing, Alain Trividic, Monica Berbotte, Julia Bergua Orero, Clara Lefevre, Anna-Maria Maas, Alice Pernao, Alessa Rogers, Monica Babotte, Ana-Karina Enriquez Gonzalez, Misacko Kato, Susie Buisson, Francesca Masutti, Nichola Jones, Mikhael Kinley Safronoff, Pierre-Emile Lemieux Venne, Jesse Lyon, Valentin Thuet, Hénoc Waysenson

Chorégraphie, décors et costumes
Uwe Scholz
Musique Wolfgang Amadeus Mozart


27’52’’/ Jiří Kylián
[Entrée au répertoire]

Pièce pour 6 danseurs
Création en 2002 par le Nederlands Dans Theater II

Chorégraphie et décors Jiří Kylián
Musique Dirk Haubrich
Costumes Joke Visser
Lumières Kees Tjebbes

QUINTETT / William Forsythe
[Entrée au répertoire]

Pièce pour 5 danseurs
Création en 1993 par le Ballett Frankfurt

Chorégraphie William Forsythe 
en collaboration avec Dana Carpersen, Stephen Galloway, Jacopo Godani, Thomas McManus, Jones San Martin
Musique Gavin Bryars
Décors et lumières William Forsythe

Costumes Stephen Galloway

dimanche 12 novembre 2017

Recopier, inventer: faire d'une campanule une fleur de la passion

Après la banane, passons à un autre fruit, avec passion:


Passiflore - Photo: lfdd

Je ne vais pas faire long, juste raconter l'histoire sympathique de cette photographie:
Un samedi matin, sur le chemin du Musée Picasso dans le Marais, en découvrant dans les feuilles sur un espalier en bord de rue,  quelques fleurs de ces passiflores baignées par le soleil de novembre, je me dis que c'est le moment de capturer la beauté de la fleur et ce soleil d'automne.... 
Je n'avais pas fini d'en photographier la plus belle qu'un couple de japonais, fascinés par les mêmes fleurs tombe en bonheur et suit mon exemple. 
Et quand nous en avons fini de les apprécier et de les capturer, la journée ayant bien commencé, nous nous saluons d'un souriant "arigatô gozaïmash'ta"


Passiflore - Photo: lfdd

Pour le TVA, ce sera à l'occasion de la publication du livre "Classé sans suite" - En italien "Non luogo a procedere" - littéralement "non-lieu" qui raconte une histoire autour d'un bâtiment, la "Risiera", une usine à décortiquer le riz qui, abandonnée a servi de camp d'extermination nazi lors de la dernière guerre mondiale - deux, trois citations du livre:

"écrire c'est toujours transcrire; de même que le copiste médiéval recopiait un texte ancien, chaque écrivain transcrit un texte caché et insaisissable, le livre indicible de la vie, les mots gravés dans les choses, dans la nervure d'une feuille."

"Comme disait un jésuite espagnol du XVIIème siècle, "dire la vérité, c'est comme pratiquer une saignée au coeur. C'est comme une intervention chirurgicale qui peut sauver ou tuer."

"Les écrivains - les Grecs le savaient déjà - racontent beaucoup de mensonges, autrement dit, ils inventent. Mais l'éthymologie suggère qu'"inventer" est étroitement lié à "trouver" - "inventio", "invenire" - quelque chose de réel, de vrai."


Passiflore - Photo: lfdd


Comme chanson, deux styles, la première, Babx, qui nous chante aujourd'hui "Omaya"




Et pour rendre hommage à Aragon, "l'Etrangère" interprétée successivement par Léo Ferré et Yves Montand: 



En ce temps-là j'étais crédule
Un mot m'était promission
Et je prenais les campanules
Pour les fleurs de la passion


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche