samedi 31 décembre 2016

2016: de Dada à Saravah et une seconde d'éternité offerte

2016 a duré longtemps, exceptionnellement longtemps, un jour et une seconde de plus qu'un année habituelle..
Oui, parce que 2016 était une année bissextile, et qu'on plus, ce jour, le samedi 31 décembre 2016, au lieu de 24 heures, va durer une seconde de plus, comme le 30 juin 2015 (je vous en avais expliqué la raison dans mon billet du 28 juin : Je vous offre une seconde pour finir le mois).

Et je vous offre du gui pour pouvoir vous embrasser: 


Gui de l'An Neuf - Photo: lfdd

Car selon la tradition, comme le disaient les Celtes "O Ghel an Heu" qui ne signifie nullement "Au Gui l'an Neuf" mais "Que le blé germe" s'embrasser sous le gui (qui autrefois était aussi signe de Paix - à tout le moins de trêve, est devenu symbole d'amour et de fécondité... Alors, ne vous gênez pas, on en remet une couche - euh une boule:


Gui de l'An Neuf - Photo: lfdd

Et pour revenir sur l'année qui a vu passer l'anniversaire de Dada - il  y a cent ans - a aussi vu les 50 ans du Label Saravah fondé par Pierre Barouh dont la philosophie clairement exprimée était: "Saravah: Il y a des années on l'on a envie de ne rien faire"

Et Pierre Barouh nous a quitté avant la fin de cette longue année dont il n'a pas vu le bout. Il n'était pas le seul, la liste est longue, des connus et des moins connus, des proches aussi...
Alors, pour cette fin d'année, une petite pensées pour eux, pour Philipe et Pierre, et tous les autres et parmi les célébrités, en en oubliant bien sûr, les Barouh, Boulez et Bowie, Delpech et Cohen, Signe Anderson, la voix magnifique de Jefferson Airplane, Ettore Scola, Andrzej Wajda et François Dupeyron, Jacques Rivette, Valérie Gignabodet et Zulawski, Zaha Hadid, Pierre Karli et Mumamed Ali, Marc Riboud, Ted Benoit, Marcel Gotlib, Siné, Chimulus et Puig Rosado, Michèle Morgan,  Zsa Zsa Gabor et Oleg Popov, et bien d'autres.

Et pensons à tous ceux qui sont encore là et avec lesquels nous allons partager de beaux moments en 2017.
De chez Saravah, il reste Jacques Higelin, Brigitte Fontaine et bien d'autres et dans l'esprit Dada, Topor (dont on va commémorer les 20 ans de la disparition en 2017 ) est repris par une jeune artiste prénommée Léopoldine HH qui nous chante une texte intitulé "Zozo Lala" que je vous avais proposé le 1er octobre, à l'occasion de la sortie de son disque.

J'ai failli en oublier le TVA - qui va bien avec ce cimetière, comme le dit mon ami Raymond...
Et c'est une phrase de Pasolini dans le film "La Ricotta", phrase qu'il fait dire à Orson Welles qui joue un réalisateur, à la fin du film: 
"Il fallait qu'il meure pour qu'on se rende compte qu'il était vivant."

Je vous offre aussi trois chansons de Barouh. D'abord la première version de Samba Saravah:




Une émission de Rebecca Manzoni sur France Inter pour les 50 ans de Saravah:





Sa chanson en hommage au cinéma "Le P'tit Ciné": 




Et pour finir, en plein saudade, Pierre Barouh - Le courage d’aimer:





Et pour finir un peu plus gaiement , un hymne à l'Amour, de Jefferson Airplane: Somebody to love




Bonne Fin d'année 2016


La Fleur du
Dimanche

dimanche 25 décembre 2016

Noël, le mariage de la pomme (ou de la banane) et du sapin (ou du singe)

Je vous avais promis hier de vous parler des animaux aujourd'hui.
Pour nous remettre à notre place dans notre monde "Umwelt" et prendre conscience de la part que nous occupons et celle que nous devrions avoir.
Non, je ne parlerai pas des animaux de la crèche et de la place entre l'âne et le boeuf, mais... tout d'abord la mariage de la pomme et du sapin:


Pommes de Noël - Photo: lfdd
 

Vous le savez peut-être, la pomme a été la première décoration des sapins, avant de voir la boule Fizz, création 2016 des boules de Meisenthal (qui cherche ses racines - ou le jus - plutôt chez le citron).
Et comme vous le savez, la Fleur du Dimanche fait ce qu'elle veut avec les sapins (et les fleurs), por Noël, je vous offre un sapin bleu-violet avec un papillon (clin d'oeil à la chanson de Henri Salvador "L'abeille et le papillon" que je vous propose aujourd'hui - en fin de texte):

Sapin bleu de Noêl et papillon - Photo: lfdd

Et donc, suite au TVA d'hier sur les plantes, je vous offre un extrait d'un autre article (excusez si Le Monde et Libération - que je cite souvent - parlent de choses un peu en dehors de sentier battus de l'actualité) dans Libération, le 21 décembre, celui de Natalie Levisalles "Les chimpanzés ne se posent pas de questions sur la politique", sur un primatologue Frans de Waal: 

"Depuis une trentaine d’années, le primatologue Frans de Waal nous fait découvrir ce qui se passe dans la tête et dans les sociétés des grands singes. Livre après livre (la Politique du chimpanzé, Bonobos: le bonheur d’être singe, l’Age de l’empathie…), il décrit précisément et malicieusement les bonobos et les chimpanzés en particulier, montrant aussi à quel point ils sont proches de nous autres humains. Dans son dernier livre, Sommes-nous trop «bêtes» pour comprendre l’intelligence des animaux? (lire Libé des historiens du 6 octobre), il s’intéresse à l’intelligence animale en général. Celle des singes, mais pas seulement. Il est aussi beaucoup question de dauphins, d’éléphants, de pies et d’un certain Alex, perroquet génial qui maîtrise notamment le concept de couleur.
De Waal rapporte d’incroyables marques d’intelligence technique ou sociale. Chez le chimpanzé, il nous montre une spectaculaire (et bien supérieure à celle des hommes) aptitude à mémoriser des nombres de 1 à 9.
...
- Vous avez inventé le terme d’anthropodéni. Pour quelle raison ?
C’est une réaction à l’accusation d’anthropomorphisme. Depuis longtemps, certains chercheurs disaient: quand des chimpanzés s’embrassent et s’enlacent après une bagarre, il faut appeler ça «contact post-conflit» parce que, si vous appelez ça «réconciliation», vous sous-entendez que ce qui se passe chez les chimpanzés est semblable à ce qui se passe chez les hommes. Eh bien moi, je dis que si dans une espèce proche de nous, des individus font des choses semblables dans des circonstances semblables, on doit faire l’hypothèse que, derrière, il y a la même psychologie. A moins que quelqu’un prouve le contraire. La plupart des sciences sociales sont dans l’anthropodéni : elles considèrent l’être humain comme une espèce très spéciale, en dehors de la nature. Mais affirmer qu’il y a une discontinuité entre l’homme et le singe, c’est du néocréationnisme. On accepte Darwin, on reconnaît que l’homme est le produit de l’évolution… mais seulement jusqu’au cou.

- Entre les années 60 et 90, on a tenté d’apprendre le langage aux grands singes, avec des résultats décevants. Les singes comprennent pourtant des mots…
Comprendre un mot veut dire qu’on peut attacher un symbole arbitraire à un objet. C’est une chose que les grands singes font très bien, mais ce n’est pas exactement le langage. Au début, les linguistes avaient défini le langage comme une communication symbolique. Quand ils ont vu que les singes pouvaient utiliser les mots de manière appropriée, ils ont dit : en fait, l’essence du langage, c’est la syntaxe. Et il est clair que les grands singes n’ont pas beaucoup de syntaxe. Mais ces expériences ont permis de voir qu’il y avait de la cognition chez les animaux. Ensuite, on a vu que leur usage du langage n’était pas supérieur à celui d’un enfant de 2 ans. Les chimpanzés demandent : «Est-ce que je peux avoir une banane ? Est-ce qu’on va jouer ?» mais ils ne réfléchissent pas sur le cosmos et ne posent pas de questions sur la politique.

- Vous dites que les humains habitent le même Umwelt que les primates…
L’Umwelt, c’est la manière dont on perçoit son environnement. Comme les humains, les primates ont deux mains et une vision binoculaire, mais en fait, ils n’ont pas exactement le même Umwelt. Si on met un chimpanzé dans une pièce, il va se demander «où est-ce que je peux m’accrocher ?» et il va grimper sur la bibliothèque. Le chimpanzé regarde cette pièce plus tridimensionnellement que nous, singes bipèdes et terrestres, qui regardons les surfaces. Mais si vous prenez un oiseau, il regarde Paris de manière totalement différente : il voit les toits, les endroits où il peut se poser et ignore totalement les rues. Pour un éléphant ou un chien, le monde est fait d’odeurs, alors que nous donnons priorité à la vision. Si on étudie le poisson, la pieuvre, la chauve-souris, on doit prendre en compte le fait qu’ils perçoivent des mondes très différents. Et pourtant, nous n’avons pas de respect pour les cognitions différentes des nôtres.

-Quelles sont les implications de cette capacité à se projeter dans le futur ?
Prenons un exemple. Pour organiser une fête ce week-end, je dois être conscient de la marche à suivre. Si nous voyons que les animaux peuvent anticiper, il est difficile de penser qu’ils le fassent sans conscience. Mais il y a plus intéressant encore. J’ai déjà mentionné des expériences où les animaux peuvent différer leurs désirs. En voilà une autre. On donne à un singe un marshmallow et on lui dit : «Si tu attends, tu peux en avoir un second.» Pour faire ça, il doit prendre une décision, résister à la tentation, différer la gratification, toutes choses qui dépendent de la conscience… mais aussi du libre arbitre, qui est souvent défini comme la possibilité de résister à ses propres désirs. Si c’est le cas, alors les animaux ont peut-être aussi un libre arbitre."


Pour finir, je vous laisse avec les animaux et la banane. Pour commencer, le crocodile:




Et puis l'Abeille et le Papillon chantée par Henri Salvador:




"Une abeille un jour de printemps 
Voletait voletait gaiement 
Sur la rose bruyère en fleur 
Dont si douce est l'odeur

Au pied de la bruyère en fleur 
Une pauvre chenille en pleure 
Regardait voler dans le ciel 
La petite et son miel

Et la pauvre chenille en sanglots 
Lui disait "Je vous aime" 
Mais l'abeille là-haut, tout là-haut 
N'entendait pas un mot

Cependant que les jours passaient 
La chenille toujours pleurait 
Et l'abeille volait gaiement 
Dans le ciel du printemps

Après avoir pleuré jusqu'à la nuit 
Notre chenille s'endormit 
Mais le soleil de ses rayons 
Vint éveiller un papillon

Et sur une bruyère en fleur 
Notre abeille a donné son coeur 
Tandis que chantaient les grillons, 
Au petit papillon

Par les bois, les champs et les jardins 
Se frôlant de leurs ailes 
Ils butinent la rose et le thym 
Dans l'air frais du matin

Ma petite histoire est finie 
Elle montre que dans la vie 
Quand on est guidé par l'amour, 
On triomphe toujours 
On triomphe toujours 
On triomphe toujours."



Et puis la chauve-souris, par Thomas Fersen:





Et si vous voulez voir la différence entre le singe et le chanteur, Katerine avec sa banane:





Bon Dimanche de Noël !

La Fleur du Dimanche



samedi 24 décembre 2016

Noël: ça; sapin, ça pince, sapiens. Oh ! mots et coeur de fleurs

En ce jour de Noël, un peu de modestie, des mots d'humilité et des images de même...

Et tout d'abord, un petit coeur au coeur du givre posé sur une feuille pour vous souhaiter plein de bonheur:


Petit coeur pour un noël givré - photo: lfdd

Et au sujet de la modestie, le TVA est consacré aux plantes en général, ces plantes, sans qui nous ne serions pas (plus) vivants et auxquelles nous ne pensons presque jamais (ne vous inquiétez pas, je parlerai des animaux demain...), les hommes (et les femmes, nous en parlons régulièrement)... 

Je dois ce billet à Emanuele Coccia, philosophe, qui vient de publier le livre "La Vie des plantes : Une métaphysique du mélange" chez Rivages. Je ne l'ai pas lu, mais grâce à Robert Maggiori, qui en parlai dans Libération de ce meredi 21 décembre dans l'articel "Les plantes, liens dans l'autre", je peux vous en donner un apperçu de cette "métaphysique du mélange, un ouvrage singulier et étonnant, qui restitue aux végétaux leur fonction de lien essentiel entre la vie et le monde. «On ne peut séparer - ni physiquement ni métaphysiquement - la plante du monde qui l’accueille. Elle est la forme la plus intense, la plus radicale et la plus paradigmatique de l’être-au-monde. Interroger les plantes, c’est comprendre ce que signifie être-au-monde», écrit-il.
..
Les plantes, dit Coccia, «n’ont pas de mains pour manier le monde», mais ce sont pourtant les «agents les plus habiles dans la construction des formes», qui «ont ouvert à la vie le monde des formes» et fait du monde le «lieu de la figuration infinie». De plus, elles «coïncident avec les formes qu’elles inventent», lesquelles sont donc des «déclinaisons de l’être» et non pas simplement les conséquences d’un faire ou d’un agir. 

«Dans la semence, en effet, la vie végétative démontre sa rationalité : la production d’une certaine réalité à partir d’un modèle formel et sans aucune erreur. Il s’agit d’une rationalité analogue à celle de la praxis ou de la production. Mais plus profonde et radicale, car elle concerne le cosmos dans sa totalité et non exclusivement un individu vivant.» En d’autres termes, «dans la semence, la rationalité n’est plus une simple fonction du psychisme (qu’il soit animal ou humain) ou l’attribut d’un seul étant, mais un fait cosmique. Il est le mode d’être et la réalité matérielle du cosmos». Pour exister, la plante «doit se confondre avec le monde» : aussi ne peut-on pas connaître l’un sans connaître l’autre.
...
L’origine de notre monde n’est pas «dans un événement infiniment distant dans le temps et l’espace»: elle est «ici, maintenant», dans les prés, les champs et les jardins, dans les feuilles qui bruissent au vent."

Je laisse la conclusion à Robert Maggiori:
"On aura rarement élevé les plantes à une telle dignité philosophique: Emanuele Coccia leur donne la faculté, bien antérieure à celle qu’auront les hommes et les animaux supérieurs, de façonner et d’apprivoiser la matière pour «la faire vibrer au rythme même de la vie et de ses générations», et n’hésite pas à affirmer que «la raison est une fleur».


Et commet je voua avais déjà parlé de "L'homme qui plantait des arbres" (le 26 janvier 2014), cette fois-ci en clien d'oeil à "la femme qui plantait des arbres (en l'occurence un pin/sapin), je vous offre une publicité d'un pépiniériste (Baumschule) grec Antemisaris de saison:




Et quelques chansons de circonstance, tout d'abord celle de Marmotille Eje dont je vous avais déjà "offert" un tube, celui du jour est donc : j'ai planté un sapin:





Et puis, rétro, mais trop, Richard  Anthony, lui a planté un Arbre (toutes sortes d'arbres)




Il y a même la Chanson du Dimanche (c'est la famille) qui a aussi planté un arbre:






Et bien sûr le canadien Gilles Vigneault (il y a des fans) lui a planté un chêne:



Et ce chêne a fait des petits:

Version moderne:


Variée:




Et exotique:






Alors bonne écoute et Bonnes Fêtes de Noël

La Fleur du Dimanche

dimanche 18 décembre 2016

Coleus pas Koleos, Renaud pas Renault, pêcheur pas pécheur, hameçon pas âme soeur, poisson pas on dîne..

Dimanche dernier, je vous parlais de la réalité - et de ce que l'on peut en voir si l'on ne regarde pas :
"Regardez là, il y a une fleur, c'est une fleur, mais puisque je vous dit que c'est une fleur...". Ce que voit l'ivrogne, explique Rosset, c'est que "son regard restera, comme toute chose au monde, étranger à ce qu'il voit, sans contact avec lui.

Il y a une différence entre la réalité et ce que l'on voit, de même qu'il y a une différence entre moi et vous, et aussi entre moi et Nathalie* qui dit:

"Les encouragements, je me les fabrique moi-même. Il n'est pas dit que les miens puissent devenir les vôtres, je veux dire par là que je ne promets rien, mais que je n'empêche personne non plus. Je n'empêche personne d'y mettre le nez, de repérer des ressemblances, des informations sur l'époque ou l'année en cours, des éléments - utiles ou pas. Ce que vous en ferez, c'est votre affaire. Si ça vous amuse, tant mieux. Et si vous y voyez le moyen de sortir d'une impasse ou une une explication possible à l'impasse dans laquelle vous vous êtes fourré, tant mieux aussi. Ce qui suit concerne tout le monde - en ce sens, et comme on le verra ultérieurement, je n'ai pas pris de risque. Je ne dis pas que l'ensemble soit pépère : on pourra toujours continuer à me reprocher les sauts du coq à l'âne, les problèmes de ponctuation, les allusions obscures, les paragraphes trop longs et les chapitres trop courts, etc., on pourra toujours tâcher d'excuser tout ça par la poésie, dire que ce n'est pas grave puisque c'est expérimental, ou dire au contraire que c'est du lourd, que ça sent le vécu, la tranche. Je vais résumer mon point de vue simplement : ce n'est pas parce que ce n'est pas pépère qu'on ne peut pas le lire, si tant est que ce ne le soit pas - pépère.

En signalant que ce qui suit concerne tout le monde, je ne viens pas poser qu'il y aurait là quelque chose démocratique d'emblée, littérature pour tous - c'est le genre d'option qui n'est jamais gagnée, pas plus en art qu'en politique, ça se travaille continûment, d'un bout à l'autre, avec des hauts et des bas, des rattrapages, des remords, il ne faut pas être fainéant.
...."


La fleur du jour sera une feuille de coléus:

Coleus - Photo :lfdd

Et c'est très drôle parce que le nom de cette plante vient du grec Koléus qui signifie "fourreau" (vagin) mais le mot Coleus en latin signifie "testicule" 


Coleus - Photo :lfdd

Et cela nous ramène au Texte à Valeur Ajoutée du début de ce billet qui est extrait du livre* qui parle de Brigitte**  


Coleus - Photo :lfdd

La plante m'a également forcément envoyé - via google - non pas dans les orties - qu'il ne faut pas confondre avec un coléus - mais sur la célèbre voiture de Renault.... que je ne connaissais pas si transgressif au niveau du nom. 


Hameçons préhistoriques japonais


Et le TVA prévu au départ - l'histoire d'hameçons vieux de plus 22.000 ans trouvés sur l'île d'Okinawa au Japon m'a montré la voix de Renaud puisque les chansons autour du pêcheur (dont la pêche à la baleine a eu son heure de gloire le 05/05/2015 : Avez-vous trouvé des Oeufs dans le nid de la Baleine?) sont chantées aujourd'hui par Renaud, Brassens et Gréco:






Le Pêcheur:

On dirait un fanatique
De la cause halieutique,
Avec sa belle canne et
Son moulinet.
Mais s'il pêche, c'est pour rire,

Et l'on peut être certain
Que jamais sa poêle à frire
Vit le plus menu fretin.
La pêche, à ce qu'on raconte,
Pour lui n'est en fin de compte
Qu'un prétexte, un alibi –
On connaît pis –
Un truc, un moyen plausible
De fuir un peu son chez-soi
Où sévit la plus nuisible
Des maritornes qui soient.
Avec une joie maligne,
Il monte au bout de sa ligne
Tout un tas d'objets divers :
Des bouts de fer,
Des paillassons, des sandales,
Des vieilles chaussett's à clous,
Des noyés faisant scandale
Aussitôt qu'on les rennfloue.
Si, déçu par une blonde,
Pensant faire un trou dans l'onde,
Tu tiens plus à te noyer
Qu'à te mouiller,
Désespéré, fais en sorte
D'aller piquer ton plongeon,
De peur qu'il ne te ressorte,
A l'écart de son bouchon.
Quand un goujon le taquine,
Qu'un gardon d'humeur coquine
Se laisse pour badiner
Hameçonner,
Le bonhomme lui reproche
Sa conduite puérile,
Puis à sa queue il accroche
Un petit poisson d'avril.
Mais s'il attrape une ondine,
L'une de ces gourgandines,
Femme mi-chair mi-poisson,
Le polisson – 
Coup de théâtre – dévore
Tout cru le bel animal :
Une cure de phosphore,
Ça peut pas faire de mal.
Quand il mourra, quand la Parque
L'emmènera dans sa barque,
En aval et en amont,
Truites, saumons,
Le crêpe à la queue sans doute,
L'escorteront chagrinés,
Laissant la rivière toute
Vide, désempoissonnée.
Lors, tombés dans la disette,
Repliant leurs épuisettes,
Tout penauds, tout pleurnicheurs,
Les vrais pêcheurs
Rentreront chez eux bredouilles
Danser devant le buffet,
Se faisant traiter d'andouilles
Par leur compagne. Bien fait !

Un fidèle lecteur m'ayant fait remarquer que ce n'est pas Brassens qui chante, je rajoute pour compenser une version russe du pêcheur chnatée par Brassens - ou son double vodka:






Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* j'ai volontairement laissé la citation en police droite et pas italique pour montrer l'italique de "littérature pour tous". 
Par ailleurs, je me permets d'appeler par son prénom Nathalie Quintane, l'ayant fréquentée dimanche dernier, elle en devient une "connaissance" et je me suis permis de citer l'intégralité du début de son livre parce que ce qu'elle dit résonne et raisonne avec la réflexion de ce blog où le TVA se veut aussi important que la - ou les - photographie(s) de fleurs, même si vous ne lisez pas toujours le texte parce que vous pensez que le texte est plus difficile à lire que la photographie. Et même si en le lisant, vous n'êtes pas toujours d'accord avec le texte.... Mais ce n'est pas non plus l'objectif du texte, l'important.
Et je reste fièle à l'objectif premier annoncé à la naissance de ce blog (le 20 février 2011) où je disais:
"Ce site va « ac-cueillir » des fleurs issues du paysage naturel ou  intérieur et les partager avec vous en vous donnant rendez-vous une fois par semaine pour cette pause/pose.
Les Fleurs du Dimanche sont gratuites…, et je rajoute chaque dimanche le TVA, Texte à Valeur Ajoutée, en rapport ou non avec l’image du jour, qui vous invite, en plus de la simple* contemplation, à partager et pourquoi pas réagir sur une pensée* ou un texte pour, je l’espère, vous rendre acteur/trice de cet échange. "
Je termine en dévoilant - si vous ne l'avez déjà deviné, le nom de Nathalie : Quintane et le titre du livre dont je vous ai offert le début: "Crâne chaud" - et pas chauve !  ;-) paru chez POL en 2012.
** Crâne chaud parle d'amour et de Brigitte Lahaye...

dimanche 11 décembre 2016

Que faire des classes, de la moyenne, des fleurs, des coeurs, des papillons, des tomates, de la réalité.. et de l'idiotie ?


Dimanche dernier, avec un fantôme de noix, ou plutôt une feuille volante de noyer, je vous ai abreuvé de télé-réalité.
Aujourd'hui, je poursuis mon exploration de la réalité et vous fais découvrir un coeur et un papillon qui n'en sont pas, de même que des tomates qui ne sont pas des PacMan. Et j'en profiterai pour vous parler des classes moyennes et de l'idiotie.

Voilà donc, en images, en texte et en musique, coeur, papillon, tomate et idiots:

Coeur - Photo: lfdd

Papillon - Photo: lfdd

Tomates - Photo: lfdd

Bon, les tomates ne sont pas mûres, mais on ne va pas les jeter sur tout le monde, ni sur les "classes moyennes". 
Que pourrait-on en faire?

Essai de réponse dans un article d'Eric Loret sur Nathalie Quintane dans le Monde des Livres du 2 décembre:
"... l'écrivaine qui a toujours pratiqué cette forme d'art que l'on appelle "l'idiotie", au sens où le philosophe Clément Rosset a défini le terme:  l'idiotie opère "la saisie comme singularité stupéfiante comme émergence insolite dans un champ de l'existence" d'"une chose toute simple" (Le Réel. Traité de l'idiotie, Minuit, 1977). Si l'on ne comprend pas ce que ça veut dire, on n'a qu'à penser à l'ivrogne qui s'extasie devant une fleur comme s'il s'agissait d'une soucoupe volante: "Regardez là, il y a une fleur, c'est une fleur, mais puisque je vous dit que c'est une fleur...". Ce que voit l'ivrogne, explique Rosset, c'est que "son regard restera, comme toute chose au monde, étranger à ce qu'il voit, sans contact avec lui." Chez Quintane, cela donne par exemple: "Je suis peu nombreuse, mais, je suis décidée" (sa biographie sur le site POL) ou, dès son premier livre, en 1997, Remarques (Cheyne); "Si on abat une cloison entre un salon et une chambre, que reste-t-il: le salon ou la chambre?"
... Pour Quintane, c'est en 2010 que la résistance s'organise cependant: "Sous la pression de la situation de l'époque, que je raconte dans Tomates (POL), qui était délicate, compliquée, dure, j'ai senti cette nécessité d'articuler les choses très clairement. J'ai décidé volontairement de "thématiser" comme on dit, d'écrire "Sarkozy", d'écrire ce nom.
...
Mais pas question de délaisser "le point d'idiotie, qui était le point de départ" et de laisser tombre le militantisme: "Il me semblait évident que le retour critique aurait d'autant plus de force si l'on prenait en compte d'où l'on venait, c'est-à-dire l'empêtrement, le déni;" Avec Que faire des classes moyennes?" cette conjonction du "point d'idiotie" et du politique est porté à son apogée...
"Il ne faut plus penser à punir le réel, parce que maintenat le c'est lui qui va nous mettre des fessées tout le temps. Il faut que ça cuise, et qu'on le sente. Ce texte est fait pour ça."

Et pour conclure, citons directement, sans repasser par la case Loret, Nathalie Quintane dans le texte, quand elle s'interroge sur le titre dans son livre :
"Pensant à la question qui donne un titre à ce texte, je me suis apperçue que j'étais en train de répondre à Que deviennent les classes moyennes? Et j'étais précisément en train de répondre à cette question en m'observant moi-même (...) 
Et c'est très exactement là, parvenue à ce point ... que je me suis dit qu'il fallait de toute urgence une réponse à la question: Que faire des classes moyennes, car les classes moyennes étaient en train de mettre en place le système de compensation qui permettrait que tout change pour que rien ne change, selon la célèbre formule."*


Et pour terminer en chansons, je vous ai dégoté une chanson de Jacques Brel: L'Age idiot:





L’âge idiot, c’est à vingt fleurs
Quand le ventre brûle de faim
Qu’on croit se laver le coeur 
Rien qu’en se lavant les mains

Qu’on a les yeux plus grands qu’le ventre
Qu’on a les yeux plus grands qu’le coeur 
Qu’on a le coeur encore trop tendre
Qu’on a les yeux encore pleins d’fleurs
Mais qu’on sent bon les champs de luzerne

L’odeur des tambours mal battus
Qu’on sent les clairons refroidis
Et les lits de petite vertu
Et qu’on s’endort toutes les nuits
Dans les casernes

L’âge idiot, c’est à trente fleurs
Quand le ventre prend naissance
Quand le ventre prend puissance
Qu’il vous grignote le coeur 
Quand les yeux se font plus lourds

Quand les yeux marquent les heures
Eux qui savent qu’à trente fleurs
Commence le compte à rebours
Qu’on r’jette les vieux dans leur caverne
Qu’on offre à Dieu des bonnets d’âne

Mais que le soir on s’allume des feux
En frottant deux coeur de femmes
Et qu’on regrette déjà un peu
Le temps des casernes

L’âge idiot c’est soixante fleurs
Quand le ventre se ballotte
Quand le ventre ventripote
Qu’il vous a bouffé le coeur 
Quand les yeux n’ont plus de larmes

Quand les yeux tombent en neige
Quand les yeux perdent leurs pièges
Quand les yeux rendent les armes
Qu’on se ressent de ses amours

Mais qu’on se sent des patiences
Pour des vieilles sur le retour
Ou des trop jeunes en partance
Et qu’on se croit protégé
Par les casernes

L’âge d’or c’est quand on meurt
Qu’on se couche sous son ventre
Qu’on se cache sous son ventre
Les mains protégeant le coeur

Qu’on a les yeux enfin ouverts
Mais qu’on ne se regarde plus
Qu’on regarde la lumière
Et ses nuages pendus
L’âge d’or c’est après l’enfer

C’est après l’âge d’argent
On redevient petit enfant
Dedans le ventre de la terre
L’âge d’or c’est quand on dort
Dans sa dernière caserne.


En prime et pour rigoler, je vous offre un petit bijou d'idiotie découvert sur internet. Sûr que vous reconnaitrez le chanteur, plus aussi jeune que dans le clip de 1985 de la Chanson de PacMan:




Vous l'avez reconnu, William ?

Bon Dimanche 

Le Fleur du Dimanche


* Pour ne pas mourir idiot, cette expression vient du roman "Le Guépard (Il Gattopardo) de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, paru en 1958 et inspirée par Tancredi Falconeri, qui dit: "Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change.".


mercredi 7 décembre 2016

Deux anniversaires, un disque, un concert et un hommage...

La pièce Burning Bright d’Hugues Dufourt a été écrite pour les 50 ans des Percussions de Strasbourg. Elle a été créée le 25 septembre 2014 lors du Festival Musica* au Théâtre National de Strasbourg. Elle suit de presque 40 ans la première collaboration des Percussions de Strasbourg avec Hugues Dufour, la création à Royan en 1977 d’Erewhon, début d’une longue collaboration entre le compositeur et l’ensemble unique de ces 6 percussions qui, maintenant depuis plus de cinquante ans continue en se renouvelant à porter dans le monde entier la musique contemporaine à partir de Strasbourg.
La nouvelle orientation du groupe rajeuni, dont la direction artistique est assurée par Jean Geoffoy est d’ailleurs de plus en plus se ressourcer avec le public et également de donner l’accès aux oeuvres, à la fois les créations que le répertoire via l’édition régulière de disques. 




Burning Bright est donc le premier disque d’une série qui va permettre de réécouter**  les créations et le répertoire de l’ensemble strasbourgeois.
Il a été enregistré en mars au théâtre de Hautepierre et a déjà récolté un Diapason d’Or. Et il le vaut bien.
La pièce, inspirée du poème Tyger de William Blake qui lui a donné le titre, est une vision poétique sonore qui va chercher dans les opposés. Des couches de musique, des nappes sonores, du silence que viennent briser des percussions. Des moments flottants qui brusquement sont éclatés par des trombes qui s’abattent sur nos oreilles. 
Un long poème symphonique de plus d’une heure dont l’écoute nous surprend. Le disque pour cela a cet avantage, si l’on peut dire, que la musique, telle qu’on peut la voir jouée en concert sera encore plus surprenante dans l’écoute attentive du disque parce que nous ne pourrons pas prévoir ce qui nous attend. Et le plaisir en est grand.

Pour ceux qui veulent le "voir", une occasion leur est donnée ce samedi 10 décembre à l’église Saint Paul dans le cadre du Marché de Noël. Mais je vous recommande vivement de vous procurer le disque, d’autant plus qu’Hugues Dufour est un magnifique compositeur contemporain et qui excelle aussi dans la percussion.

Tyger, tyger

Tyger tyger, burning bright 
In the forests of the night, 
What immortal hand or eye 
Could frame thy fearful symmetry? 

In what distant deeps or skies 
Burnt the fire of thine eyes? 
On what wings dare he aspire? 
What the hand dare seize the fire? 

And what shoulder and what art 
Could twist the sinews of thy heart? 
And when thy heart began to beat, 
What dread hand and what dread feet? 

What the hammer? what the chain? 
In what furnace was thy brain? 
What the anvil? What dread grasp 
Dare its deadly terrors clasp? 

When the stars threw down their spears, 
And water'd heaven with their tears, 
Did He smile His work to see? 
Did He who made the lamb make thee? 

Tyger, tyger, burning bright 
In the forests of the night, 
What immortal hand or eye 
Dare frame thy fearful symmetry?


Tigre O Tigre

Tigre O Tigre! Toi qui luis
Au fond des forêts de la nuit,
Quel esprit immortel sut faire
Ta symétrie meurtrière?

Sur quels gouffres et sous quels cieux
Brûla-t-il le feu de tes yeux?
Quelle aile prît un tel essor?
Quel bras saisit ce feu, cet or?

Quelle force de quel sculpteur
Tordit les tendons de ton cœur?
Et quand ce coeur se mut en toi
Quels pieds, quels bras, et quel effroi!

A qui la chaîne, le marteau,
La forge où flamba ton cerveau,
L'enclume? Quelle poigne cruelle
Crut serrer ses terreurs mortelles?

Tout astre a déposé ses armes,
Et trempé le ciel de ses larmes.
Sourit-il? Te fit-il Celui
Qui fit l'agneau au temps jadis?

Tigre O Tigre! Toi qui luis
Au fond des forêts de la nuit,
Quel immortel oserait faire
Ta symétrie meurtrière?






Bon concert, bonne écoute, Bon Noël

La Fleur du Dimanche

Les interprètes du Disque "Brurning Bright sont:
Raphaël Aggery, Arnaud Lassus, Mihn-Tâm Ngueyn, François Papirer, Enrico Pedicone, Galdric Subirana.
Direction: Jean Geoffroy - Ingénieur du son: Franck Rossi - Production: Séverine Cpiello - Editions Henri Lemoine - Distribution: l'Autre Distribution.
Photographie de couverture: Thomas Jorion, ella a été réalisée dans le cadre d'une coproduction de La Chambre avec le Musée EDF Electropolis avec le soutien de la Fondation EDF.

* Nous rendons hommage à Rémy Pflimlin, le président de Musica qui vient de mourir et nous nous partageons la tristesse de cette disparition avec ses proches.

** Le concert à Saint Paul, 10 décembre à l’église Saint Paul dans le cadre du Marché de Noël.
Le disque est distribué par le label "Percussions de Strasbourg".