dimanche 28 octobre 2018

Ferme les yeux et dors une heure, ou alors regarde, lis et écoute

Il a neigé dans les montagnes, et l'heure d'hiver, la dernière nous laisse une heure à nous, qu'en ferons-nous?
Regarder le ciel, apparemment gris pour le moment, le neige n'est pas loin...
Ou se remémorer le ciel bleu de l'été:


Fleurs d'été : Photo: lfdd
Penser aux vacances?

Poésie 

Lire un poème - tiens un poème de Gaston Jung en Alsacien, Aanfiirholz, ou celui-ci :

WIESCHDI NAACHT

's lääwe iesch e draum
e draum vum e hüss
un fliejsch emool nüss
un fliejsch iever d'landschaft
un kummsch wiedder haim
iesch's hüss abgebrännt 
biesch umsunscht haimgerännt
no dräjsch dich jezt um
luej emool doo anne :
d'landschaft schteht ien flamme
mieddem draime iesch's erum
jeder draum het sin änd

Doch nooch jeder naacht
giebt's e dropfe liecht

1998 Gaston Jung
Le dernier poème du recueil OFFE GSAAT


Ou celui qu'il a traduit en Français d'un des frères Matthis: 

Le moineau joue du trombone sur les toits,
Le vent pleure comme si tu le pinçais des dix doigts,
Le charbonnier Auguste tape deux notes trop bas,
Et l’oie des neiges souffle dans son harmonica ;
Et les prés et les champs préparent l’accouchement,
Au tas de betteraves grignotent les souris,
Les arbres ont tous des têtes d’enterrement,
Comme Ève jadis chassée du Paradis.
Le froid vient faire ses compliments, tout en
Raccourcissant les jours, les nuits s’allongeant d’autant,
Et le coq se bagarre même avec les canards pour monter,
Malgré qu’il soit rhumatisant, les marches d’escalier.

Albert Matthis, L’Hiver, extrait des Quatre saisons (écrit entre 1897 et 1900). Traduction Gaston Jung


Ou encore celui où il "explique" pourquoi il traduit leurs poèmes, à l'occasion de la remise de la bourse de la traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz le 3 mars 2006:

Pourquoi je traduis des poèmes des frères Matthis
(Rêve les yeux grands ouverts)
traduit du strasbourgeois par l\'Auteur

1
Disons que je rêve et que ce rêve trop beau
séparé du réel par une grille rouillée
est fait d’un grand tapis de divers végétaux
devenus minéraux, leur éclat conservé :
petits galets blancs-jaunes, en forme de mirabelles
pommes rouges pommes pâles, citrons et citronnelles
melons verts ronds et fermes comme boulets à canon
et plus de dix-mille fruits-pavés dans le gazon…

2
Cette image de la vie où règnent dans la splendeur
les saveurs d’un parterre bariolé de couleurs
a toutes les apparences d’une cour d’église rurale et
réformée dans une rue citadine dite « du Bouclier »
à Strasbourg, et cette cour de rêve pavée des plus
vifs coloris, confrontée à l’église aux murs nus
et modestes, gris et muets, sauf quand appellent
le dimanche les cloches – cette image est éternelle…

3
À ces fruits ainsi rutilants, vrais ou faux :
pommes poires coings pêches prunes abricots
mirabelles cerises et rhubarbe et groseilles
fraises et framboises   plus : dix ou douze recueils
de poèmes, rectangles où on lit un (pré)nom
de poètes écrivant l’alsacien ou bilingues ou bien
triphones   hier : Nathan, Albert et Adolphe   main-
tenant : Claude, André, Adrien, Conrad, Sylvie, Gaston…

4
Et chacun a posé sur l’herbe une fleur ou un morceau
de plante qui lui ressemble : Nathan une colchique
d’automne – – celle qu’Albert nomme du magnifique
mot « fülefüte », Adolphe préfère de loin un coquelicot,
Claude aime une ortie noire même sans fleur, André
est amoureux d’un pommier en fleur, Adrien s’émeut
à la vue du lierre, Conrad se chauffe au soleil-
tournesol, Sylvie adore les bouquets d’étoiles
et Gaston aime du chardon la fleur bleue…

5
La rue du Bouclier à Strasbourg relie la Grand-rue
à la place Saint-Thomas et la « Petite France » connue
pour ses ruelles, ses berges et ses ponts qui sont
à toute heure autant d’invitations   et si l’envie 
vous vient d’aller de place Kléber jusqu’aux Ponts-
Couverts et par le quartier Finkwiller, le circuit 
tournant pour aboutir à Gutenberg   alors vos pas sont
dans les pas des frères Matthis, il y a plus de cent ans…

6
Et tout comme moi vous rencontrerez un de nos vieux
frères-poètes ou même un plus jeune (Jean-Paul ou Joseph)
dans ces quartiers le long de l’Ill ou autour de la nef
de l’imposante cathédrale – ô merveille parmi les lieux
témoins de l’art et de la foi, qui durent malgré les incendies
les tempêtes les guerres et les épidémies, depuis 
qu’en l’an huit-cent-vingt six Ernold dit le Noir a décrit
une première église (en bois) sise à cet endroit précis…

7
Et quand tard le soir au « Coin des Pucelles » ou au « Saint-
Sépulcre » vous buvez comme les frères Matthis le vin
de l’Amitié à la santé de l’Alsace et de la bonne vie,
dehors sous les étoiles la flèche de la cathédrale a mis
son doigt de pierre dans le sens du désir d’avenir :
vers le haut et conçu pour durer. L’art de mêler sourire
et mélancolie, espoir et modestie, réalité rude et poésie
se situe, pour nos poètes-jumeaux, comme leur ville : ici,
entre un fleuve qui relie et qu’un vignoble ennoblit, une liberté bénie. 


Le Passé - Archéologie, Histoire, Philosophie, Littérature, Société,...

Ou se demander ce que l'on trouve dans le passé, quel rapport entre l'histoire et l'archéologie, quel intérêt? et lire le réponse d'Alain Schnapp interviewé dans le Monde des Livres du 26 octobre - "L'archéologie permet d'écrire une nouvelle histoire" par Thierry Barthélémy à l'occasion de le sortie du livre commis avec, entre autres Jean-Paul Demoule et Dominique Garcia "Une histoire des civilisations - Comment l'Archéologie bouleverse nos connaissances":
"Chateaubriand expliquait que "tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines", parce qu'ils ont plus ou moins conscience de la brièveté de leur vie. Si l'on regarde ne serait-ce que ses parents ou ses grands-parents, si l'on essaie de penser sa vie dans le temps, on en déduit la rapidité de nos existences par rapport à l'immensité du temps. Regarder en arrière, regarder le passé, c'est une des conditions philosophiques du rapport de l'homme au monde. Vous trouvez cela aussi bien dans les sociétés sans écriture que chez les Sumériens ou les Chinois anciens. Je cite souvent cette phrase de Saint Augustin (IVe-Ve siècle), qui explique qu'on ne comprend les choses du présent et celles du futur qu'à condition de savoir d'où elles viennent. Et j'ai trouvé, un peu par provocation, un naturaliste arabe du IXème siècle, Al-Jazih, qui reprend à sa façon la parabole de Saint Augustin: "Dieu a rendu inhérente en nous la nécessité de connaître l'histoire de nos prédécesseurs, tout comme s'imposait à nos prédécesseurs de connaître l'histoire de leurs prédécesseurs, tout comme il sera nécessaire à ceux qui viendront après nous de connaître notre histoire."


EXTRAIT

Ou se donner envie de lire la suite du livre de Christophe Donner "Au clair de la Lune" qui conte l'histoire de deux génies méconnus, deux injustices, l'inventeur de la photographie Nicéphore Niepce et celui de l'enregistrement du son, Scott de Martinville:




MUSIQUE

Et pour finir en image et en musique, trois étapes...


Fleurs d'été : Photo: lfdd

La première pour vous donner envie d'aller voir Lady Gaga dans le film "A Star is Born"- I'll never love again :





La deuxième, un album posthume hommage à Alain Bashung avec Immortels de circonstance: 





Et des chansons à écouter les yeux fermés, en devinant qui est le chanteur...




Tamino - Persephone

Deux versions de Habibi

Tamino - Habibi (official audio):




Et la version "live"



Et la version Live de 
Indigo Night Session "Bruxelles Ma Belle"
Indigo Night:




Et Tamino - Summertime (Radio 1 Jazz Sessie):



Et pour finir, Close you Eyes de Loving Spoonful:




Et leur tube "Summer in the city" pour faire revenir l'été:




Et donc pour  faire revenir l'été, accrochons de flerus vertes aux arbres:


Fleurs vertes - Photo: Monique C.


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

jeudi 25 octobre 2018

Pelléas et Mélisande de Debussy à l'Opéra National du Rhin: La mélodie de l'amer

Depuis Tristan et Yseult, et même avant, on sait que les histoires d'amour finissent mal, en général.
Mais on continue d'en inventer de nouvelles et Maeterlinck, avec sa pièce Pelléas et Mélisande (1893) qui a inspiré Debussy pour son opéra (drame lyrique) en 1902 ou Schoenberg avec son poème symphonique (1905) nous en propose une pièce symboliste et atemporelle.


Pelléas et Mélisande - Photo: Klara Beck

L'histoire est simple. Mélisande, arrivée de nulle part, rencontre Golaud, veuf, qui demande via une lettre envoyée à son frère Pelléas, à sa mère, Geneviève et son grand-père, Arkel, si leur couple peut revenir au château familial. Et ce qui devait arriver arriva, le jeune frère de Golaud rencontre Mélisande et ils couvent un amour inavoué jusqu'à un soir où, enfermés dehors, ils se l'avouent. Mais, Golaud, qui les soupçonnait depuis longtemps, les surprend et tue son frère. Mélisande, enceinte accouchera du deuxième fils de Golaud mais la fin est proche....

L'orchestration de ce drame par Debussy est originale - "... après Wagner  dit-il, et non d'après Wagner". La musique est totalement nouvelle pour l'époque, pleine d'invention et discrète mais exprime clairement les sentiments et les ambiances, les décors, les symboles et les élans des personnages. C'est d'ailleurs le premier et seul "Opéra" de Debussy achevé.  Et son choix d'interprétation du chant, non des grands airs mélodiques - la mélodie, il la réserve à l'orchestre - mais des textes mis en avant par un phrasé avec un détachement clair de l'expression apporte à la pièce une vision limpide de l'histoire, et également une empathie et une immersion totale dans le déroulement de l'action. Il faut saluer le remarquable jeu, plutôt le chant sans fioritures des chanteurs, avec une mention "excellente" à Anne-Catherine Gillet. 


Pelléas et Mélisande - Photo: Klara Beck

Grâce à eux, nous sommes conquis et embarqués dans cette passionnante histoire.  Le mystérieux bateau qui nous amène ces personnages nous fait traverser toutes sortes d'éléments liquides, mer, lacs souterrains, fontaine aux aveugles, étangs, et brouillent nos repères, tandis que l'obscurité semble mener cette barque, sous les forêts qui cachent le soleil jusque dans le château et ses hautes tours. A croire que tout cela doit rester secret et qu'en même temps la brûlure de la passion se focalise sur les regards (la scène de l'enfant voyeur Yniold - Gregor Hoffman du Tölzer Knabenchor lors de la représentation du 25 octobre - est emblématique sur ce sujet dans sa violence sous-jacente - elle avait d'ailleurs été censurée à la première représentation. 
Le noir est aussi un choix de scénographie de Barrie Kosky, avec son complément le hors-champ, puisque l'action sur scène se passe dans des "cadres" qui jamais ne s'ouvrent et contre lesquels les personnages se cognent ou essaient de se soutenir, si tout simplement ils ne disparaissent pas purement et simplement dans un glissement irréel hors champ. Ce parti-pris de déplacement semble à la fois signifier que ces personnages ne sont pas maîtres de leur destin, de leur chemin, même qu'ils vont dans la direction opposée à celle que l'on attendrait d'eux, mais aussi qu'ils sont "portés" par ce destin et n'ont plus qu'à se laisser aller et exprimer ce que le destin leur ordonne.


Pelléas et Mélisande - Photo: Klara Beck

Cette histoire d'amour est effectivement une histoire emblématique dont on ne peut pas changer le sens, pleine de passion et de souffrance. Pleine de sensualité souterraine également. Et elle est racontée à la fois d'une manière symbolique, mais aussi fantastique, onirique et même un brin surréaliste avant l'heure du moins dans cette mise en scène qui mixe cinéma muet et expressionniste et symboles oniriques. La pièce en suspension et en tension, et dont même les silences sont poignants, surtout après une sonnerie de trompettes en fa, arrive à nous faire amener de l'effroi à la beauté, de l'obscur à la clarté sans oublier l'érotisme dans une belle construction. La direction limpide de Franck Ollu avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg nous offre une très belle  lecture de ces magnifiques pages d'un Debussy unique.




La Fleur du Dimanche


Plus d'information sur la pièce:


Peléas et Mélisande 

Jusqu'au 27 octobre à l'Opéra National du Rhin à Strasbourg
Le 9 et 11 novembre à La Filature de Mulhouse


Pelléas et Mélisande
Drame lyrique en cinq actes
Claude Debussy, musique
Maurice Maeterlinck, livret
Créé le 30 avril 1902 à l'Opéra Comique

Franck Ollu, direction Musicale
Barrie Kosky , mise en scène
Julia Huebner, responsable de la reprise de la production
Klaus Gründberg, décors et lumières
Anne Kuhn, collaboratrice aux décors
Dinah Ehm, costumes
Chloé Lechat, assistante à la mise en scène
Marco Philipp, assistant aux lumières

Jacques Imbrailo, Pelléas
Anne-Catherine Gillet, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Marie-Ange Todorovitch, Geneviève
Vincent Le Texier, Arkel
Cajetan Dessloch, Yniold
Dionysos Inis, médecin, berger

Choeur de l'opéra national du Rhin
Alessandro Zuppardo, chef de choeur
Orchestre Philharmonique de Strasbourg

Coproduction du Komische Oper Berlin et du Nationaltheater Mannheim

dimanche 21 octobre 2018

La FIAC 2018 a la #Banane ... et le reste...

La FIAC de cette année a la couleur de la Banane. 
Jaune bonheur pour les visiteurs et les acheteurs.

Pour l'annoncer, j'avais posté sur Facebook dans le groupe La Banane du Jour la photo d'une page d'un magazine qui, en face de l'interview de la directrice de la FIAC, Jennifer Flay, montrait une sculpture couverte de bananes. 

Juste avant, le même Facebook m'avait proposé de "partager un souvenir" d'il y a 5 ans, en l'occurence un billet sur, non pas la FIAC, mais sur la "performance" à Strasbourg de Dries Verhoeven dans le cadre de la manifestation "Ville(s) en-jeu(x)" organisée, entre autres par le Maillon, Pôle Sud et la HEAR,.... et que j'avais intitulé "Ceci n'est pas une Carte Postale, ceci n'est pas un nu, ceci sont des Fleurs... Est-ce de l'Art?"
Ce "souvenir" montrait une "femme couverte de fleurs" devant une sculpture de Duane Hanson.  Et quelques jours plus tôt, dans la même série des "Femmes couvertes de Fleurs", j'avais un autre souvenir que Facebook me proposait de partager, un billet sur une autre manifestation artistique, l'ancienne "biennale" d'Art de Sélestat "Sélest'Art", en 2011. Et là, la photo était un slip "fleuri" en ammorce, slip qui "habillait une sculpture de Tony Matelli.

Mais l'Art et Facebook et ses algoritmes et surtout sa pruderie qui tend vers un intégrisme borné, ne font pas bon ménage. En l'occurence, alors que je venais à peine de partager la proposition du "moteur de recherche" des souvenirs, ne voilà-t-il pas que cette publication devient "contraire aux standards de la communauté" et se voit interdite d'accès et de partage.

Et par ricochet la précédente, que j'ai "rhabillée" ici avec deux #Bananes:



Précédemment, j'avais bien remarqué, mais pas vraiment compris que cette censure avait déjà sévi sur un canapé de Joana Vasconcellos, il est vrai orné de deux généreux coussins:



Et, comble de pruderie, tous les billets, avec publications de fleurs du mois ont subi le même sort. 

Il faut dire que l'une des fleurs est en train de se faire "butiner" par une abeille...


Et que le Cactus de Raymond ne manque pas de "piquants"



Pareil pour "Le Partage de Midi" de Paul Claudel, au TNS de Strasbourg qui n'échappe pas à la censure... 






Bon, passons le mur de la c..... ensure...

Et venons à la FIAC....sous la coupole du Grand Palais, et ouvrons grand les yeux:



La FIAC à Paris au Grand Palais - ouvrons grand les yeux - Photo: lfdd

FEUILLETON FIAC PARIS 2018 - 1er épisode

Pour commencer, retrouvons la sculpture à la #Banane....


FIAC 2018 - Toni Matelli  - Four Seasons - Photo: lfdd


FIAC 2018 - Toni Matelli  - Four Seasons - Photo: lfdd


FIAC 2018 - Toni Matelli  - Four Seasons - Photo: lfdd


FIAC 2018 - Toni Matelli  - Four Seasons - Photo: lfdd


FIAC 2018 - Toni Matelli  - Four Seasons - Photo: lfdd


FIAC 2018 - Toni Matelli  - Four Seasons - Photo: lfdd


FEUILLETON FIAC PARIS 2018 - 2ème épisode

Nous avons donc retrouvé le sculpteur à la #Banane dont nous avions posté la photo le matin sur le stand de la galerie suédoise Andrehn-Schiptjenko  qui avait prêté ses oeuvres à la Biennale d'Art de Sélestat en 2011 (voir mon billet Sélest’Art - 19ème biennale d'Art) :

 
Head and Shoulders ... and Banana - FIAC 2018 - Toni Matelli - Photo: lfdd

Toni Matelli ne fait pas que des bananes, de petites pousses d'arbres prennent racine sous les panneaux du bord du stand dans le béton du Grand Palais:


FIAC 2018 - Toni Matelli - weed - Photo: lfdd

Le plus surprenant c'est qu'en face du Grand Palais, au Petit Palais, pour l'exposition "FIAC on Site" dont les visuels 2018 ne sont pas encore disponibles sur le site - vous pouvez encore visiter l'expo de 2017 - un autre artiste hyperréaliste est à l'honneur, John DeAndrea avec deux oeuvres, American Icon - Kent State de 2015, impressive comme diraient les américains:


FIAC 2018 - Petit Palais - John DeAndrea - American Icon - Kent State - Photo: lfdd


FIAC 2018 - Petit Palais - John DeAndrea - American Icon - Kent State - Photo: lfdd

Et Jenifer - 2012:


FIAC 2018 - Petit Palais - John DeAndrea - Jenifer - Photo: lfdd

FIAC 2018 - Petit Palais - John DeAndrea - Jenifer - Photo: lfdd

FIAC 2018 - Petit Palais - John DeAndrea Jenifer - Photo: lfdd

Des hyperréalistes, nous connaissons bien Duane Hanson dont nous avons parlé plus haut, et donc John DeAndrea et Toni Matelli, ainsi que l'historique George Segal, et Maurizio Catellan, et dans un autre genre, Ron Mueck vu à la Fondation Cartier il y a quelques années et dans le même style Sam Jinks, Patricia Picinini, et Liu Xue...

De retour au Grand Palais, nous découvrons aussi Hans-Peter Feldmann avec une Regine lisant sur un stand:


FIAC 2018 - Hans Peter Feldmann - Regine - Photo: lfdd
FIAC 2018 - Hans Peter Feldmann - Regine - Photo: lfdd


Du même Feldmann, un tableau qui fait suite à sa séerie de "nez rouges"....

FIAC 2018 - Hans Peter Feldmann - Bouche rouge - Photo: lfdd



A suivre....


La Fleur du Dimanche

jeudi 18 octobre 2018

Verklärte Nacht d'Anne Teresa de Keersmaeker: Et souffrir de plaisir

Dans le cadre du Festival d'Automne, le portrait consacré à Anne Teresa de Keersmaeker en douze stations - douze spectacles tout au long d'une carrière qui se continue depuis plus de trente-cinq ans - marque la fidélité au Théâtre de la Ville et montre également le talent de découvreur que Gérard Violette a prouvé en l'inscrivant au programme en 1983 pour sa troisième pièce, la très connue "Rosas danst Rosas" de sa troupe Rosas créée deux ans plus tôt et les nombreuses fois où elle est repassée avec ses nouvelles créations. 
C'est donc l'occasion de voir - ou revoir - cette énergie de la danse qui passe dans tous ces spectacles, que ce soit sur un air minimaliste ou plus classique, ou version jazz ("A love supreme" de John Coltrane, nouvelle version - version masculine - chorégraphiée avec Salva Sanchis).


Anne Teresa De Keersmaeker - Verklärte Nacht - Photo: Anne van Aerchot

Au Théâtre de la Ville - Espace Cardin, c'est la version "double duo" de "Verklärte Nacht" qui est présentée avec Samantha van Wissen, débordante d'énergie et de sensualité, dans sa danse alternée entre Mark Lorimer puis Bostjan Antoncic. Le sextuor à cordes d'Arnold Schönberg enregistré par l'Orchestre Philharmonique et New-York sous la direction de Pierre Boulez, tout en variations entre des débordements passionnés et de fines et discrètes variations expriment à merveille l'état d'esprit encore romantique du jeune compositeur qui a écrit cette pièce pour son amour Mathilde von Zemlinski - dont le destin sera tout aussi romantique, et même tragique.


Anne Teresa De Keersmaeker - Verklärte Nacht - Photo: Anne van Aerchot

Cette histoire d'un amour coupable (la femme est enceinte d'un autre homme avant d'aimer son amour) est traduite avec tension - la première rencontre - et séparation - se fait dans le silence et la deuxième rencontre n'en est que plus poignante. Les interprètes, surtout Samantha van Wissen toute en balance entre passion, souffrance et désir (en Allemand la passion "Leidenschaft" est construit avec le mot "Leiden" et signifie littéralement "qui procure de la souffrance") et  totalement incarnée par les interprètes. 

"Sie geht mit ungelenkem Schritt.
Sie schaut empor; der Mond läuft mit.
Ihr dunkler Blick ertrinkt in Licht.

Elle va d'un pas incertain.
Elle relève le regard, la lune la suit.
Son regard sombre se noie dans la lumière."

La Femme et le monde (Weib und Welt) de Richard Dehmel


Anne Teresa De Keersmaeker - Verklärte Nacht - Photo: Anne van Aerchot

Nous assistons, nous aussi, souffrant en empathie avec le couple dans cette danse, à la fois de séduction, de désir, de rupture, d'acceptation qui passe d'un corps à l'autre et bascule de la proximité la plus sensuelle à l'inquiétude ou la folie presque. La danse se fait sur le fil, en déséquilibre et en symbioses violentes.
Le plateau de l'Espace Cardin qui favorise la proximité renforce cette union avec les protagonistes qui nous impliquent à merveille dans leur élan. La lumière, en clair-obscur qui révèle, cache ou met entre parenthèse l'un ou l'autre des deux protagosiste contribue à cette belle atmosphère de tension "éclairée" et transfigurée... 
Et, bien que la pièce soit courte, elle nous laisse exténués et hors d'haleine, mais avec le sentiment d'avoir vécu une très belle histoire d'amour.


 


La Fleur du Dimanche  

Verklärte Nacht
Théâtre de la Ville
Jusqu'au 24 octobre - 20h00

dimanche 14 octobre 2018

Des fous, j'ouvre la danse... et jamais je ne lis

En juin dernier, je vous avais parlé de Marie Frering, de son Heure du Poltron et de son précédent livre "Les souliers rouges" qui, dans sa langue inventive nous racontait l'épisode des danseurs fous de Strasbourg. 
L'actualité me permet d'en reparler.


Fleurs folles - Crète 2018 - Photo: lfdd

Effectivement, une exposition au Musée de l'Oeuvre Notre-Dame à Strasbourg débute le 16 octobre "1518 la Fièvre de la Danse" et traite de cet événement* de juillet 1518 où, pendant des semaines, de plus en plus de passants se sont mis à danser à côté de la cathédrale de Strasbourg. 
Et, en complément, un événement performance pilotée par Pôle Sud et le Cira et sous la houlette de Mark Thompkins, Rodolphe Burger, Philippe Poirier et la compagnie Dégadézo va faire danser comme des fous de nombreuses personnes pendant 3 heures le 19 octobre pour "La Fièvre de la Danse".

Pour en revenir à Marie Frering**, son livre nous en parle de l'intérieur et de l'extérieur. C'est un voyage aux tréfonds de l'Alsace de l'époque avec une découverte intime de la vie quotidienne des paysans et citadins, comme si vous y étiez, un vrai suspense policier. Et en même temps c'est une mine linguistique qui nous plonge dans le passé à la découverte d'une langue inventive et inventée mais qui sonne vrai.
Je ne vous cite que l'exemple du boeuf de Karli "qu'il appelait armoire-de-poils-de-cul-à-corne-de-hérisson-en-rut, ce qui, vite dit, donnait: horrigerarschkaschtemetsoieegelaufbrunfkerner. La langue était la seule chose non taxée, la longueur des mots ne coutait rien!"   
Et voilà comme elle décrit l'effet de cette danse sur un témoin de choix, Gerson: 
"D'aucuns avaient le pied en sang, et Gerson voulut écrire à maître Dürer, mais la plume agitée poulopait toute seule à délinéamenter les figures effervescentes de l'étrange danse à laquelle il avait assisté. Le lever du jour le trouva endormi à sa table, des dizaines de croquis jonchant le sol.
Quelques jours plus tôt, Frau Troffea avait eu dispute avec son mari qui voulait civet de lièvre et avait recraché le gruau quotidien au visage de sa femme. "Et avec quel argent avictuaiellerais-tu encore la maisonnée? lui avait crié sa commère, la seule épaisse venaison que je puisse t'apprêter c'est une fricassée de dettes, et le dernier schilling tu l'as engorgé avec des pots de bière ! Va-t'en donc te faire moine, t'auras meilleure bectance!" Le mari n'eut pas le temps de se lever pour l'embourrer de coups que Frau Tropffea avait claqué l'huis et était partie dans la rue où elle dansa de colère et de faim, l'estomac vide."

Pour conclure en musique, trois extraits, le premier de Sarah Murcia (avec Mark Tompkins) : Never mind the Future


Never Mind The future from Bonlieu Scène nationale Annecy on Vimeo.


Version deux (attention les oreilles) la version de la Filature


NEVER MIND THE FUTURE by Sarah Murcia @La Filature from La Filature on Vimeo.


Enfin un film "Song and Dance" pour mieux découvrir le travail de Mark Tompkins


SONG AND DANCE - 2003 from mark tompkins on Vimeo.


Et pour changer - et rester dans le souvenir de Musica qui vient de s'achever - et qui a rendu un hommage à Frank Zappa, "Dancing Fool"



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* autre livre qui parle de cette "fièvre dansante", 
Les danseurs fous de Strasbourg. Une épidémie de transe collective en 1518 de John Waller aux éditions de la Nuée Bleue.

** le deuxième livre de Marie Frering dont je vous avais parlé, L'heure du Poltron est un recueil de dix nouvelles, qui toutes présentent es personages originaux, aux quatres coins du monde, souvent dans une dualité intéressante et une écriture et un style varié. Il a reçu le prix Boccace 2018 du recueil des nouvelles.