dimanche 31 janvier 2016

El Cigala ayant chanté, les fleurs sont revenues, les histoires d'amour aussi...

Un boléro dans la nuit d'hiver, chaloupé, entraîne vers des rivages lointains, et convoque des souvenirs, pousse aussi à la découverte.

Les fleurs ont fait des tentatives, les mimosas, les crocus sont en avance et on se met à rêver de muguet et de lys....

Crocus de janvier 2016 - Phot: lfdd


Le flamenco sobre et profond d'El Cigalo chantant "La Historia de un Amor", magnifique est la porte ouverte vers des découvertes surprenantes.

Osez le Mimosa - Photo: lfdd

La première étant le nombre d'interprètes ayant chanté cette chanson - je vous en ai sélectionné quelques-un(e)s pour votre plaisir et votre découverte - il y en a bien qui vous étonneront ou surprendront ou vous plairont.

Fleurs - Vitrail - Eugen Boerner - Musée Offenburg - Photo:lfdd


Donc, ce jour ne sera pas l'objet d'une réflexion philosophique - pour changer un peu - mais l'occasion, après avoir admiré les fleurs d'un superbe vitrail vu au Musée d'Offenbourg - Museum im Rittershaus (allez-y, ce n'est pas loin et vaut le détour) d'avoir une écoute comparée de ce titre, "Historia de un amor" (Histoire d'un amour en espagnol) écrit en 1955 par l'auteur panaméen Carlos Eleta Almaran inspiré par la récente disparition de la femme de son frère.

Fleurs - Vitrail - Eugen Boerner - Musée Offenburg - Photo:lfdd


Bande-son du film mexicain éponyme de 1956 avec l'actrice Libertad Lamarque, elle devient rapidement un succès mondial. Elle a été interprétée par entre autres, Luis Mariano, Pérez Prado, Nicola Di Bari, Abbe Lane, Julio Iglesias, Angélica María, Nana Mouskouri, George Dalaras, Perez Prado, Laura Fygi, Iva Zanicchi, Eydie Gormé et Trio Los Panchos, Dizzy Reece, Guadalupe Pineda, Pedro Infante, Luz Casal, Ana Gabriel, Luis Miguel, Yasar, Lili Boniche, Los Tres Ases, Dany Brillant, Sargis Maghakyan Sr., Cesária Évora, Agnès Jaoui. Elle a aussi été traduite et interprétée en anglais, en français (Dalida, Gloria Lasso), en russe intitulée Pervaya vstrecha, en polonais intitulée Moje zycie, twoje zycie (chantée par Stanislawa Celinska), en arabe intitulée Dak El-Mahroum écrite et chantée par Cheb Hasni, en persan et en chinois intitulée "wo de xin li zhi you ni mei you ta" chantée par Jin Ting (1960) et Leslie Cheung.

Fleurs - Vitrail - Eugen Boerner - Musée Offenburg - Photo:lfdd


En voici donc quelques versions.

D'abord par l'interprète originale Libertad Lamarque: 




La Historia de un Amor 

Ya no estas mas a mi lado, corazón 
En el alma sólo tengo soledad 
Y si ya no puedo verte 
porque Dios me hizo quererte 
para hacerme sufrir más 

Siempre fuiste la razón de mi existir 
Adorarte para mí fue religion 
Y en tus besos yo encontraba 
El calor que me brindaban 
El amor y la pasión 

Es la Historia De Un Amor 
Como no hay otro igual 
Que me hizo comprender 
Todo el bien, todo el mal 
Que le dió luz a mi vida 
Apagándola después 
Ay, qué vida tan oscura 
Sin tu amor no viviré 

Ya no estas mas a mi lado, corazón 
En el alma sólo tengo soledad 
Y si ya no puedo verte 
porque Dios me hizo quererte 
para hacerme sufrir más 

Es la Historia De Un Amor 
Como no hay otro igual 
Que me hizo comprender 
Todo el bien, todo el mal 
Que le dió luz a mi vida 
Apagándola después 
Ay, qué vida tan oscura 
Sin tu amor no viviré

Ya no estas mas a mi lado, corazón 
En el alma sólo tengo soledad 
Y si ya no puedo verte 
porque Dios me hizo quererte 

para hacerme sufrir más"


Luz Casal - Historia de un Amor





Guadalupe Pineda - Historia de un Amor:






Dalida - Histoire d'un amour (Historia de un amor) - 1957





Histoire d'un amour

Mon histoire c'est l'histoire d'un amour
ma complainte c'est la plainte de deux coeurs
un roman comme tant d'autres
qui pourrait être le votre
gens d'ici ou bien d'ailleurs

C'est la flâmme qui enflâmme sans bruler
C'est le rêve que l'on rêve sans dormir
Comme un arbre qui se dresse
Plein de force et de tendresse
Vers le jour qui va venir

Refrain
C'est l'histoire d'un amour, éternel et banal
Qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal
Avec l'heure ou l'on s'enlace celle ou l'on se dit adieu
Avec les soirées d'angoise et les matins merveilleux

Mon histoire c'est l'histoire qu'on connait 
Ceux qui s'aiment jouent la même je le sais
Et tragique ou bien profonde
C'est la seule chanson du monde
Qui ne finira jamais.

C'est l'histoired'un amour 
Qui apporte chanque jour tout le bien tout le mal
Avec l'heure ou l'on s'enlace celle ou l'on se dit adieux
Avec des soirées d'angoisse et les matins merveilleux

Mon histoire je le sais
Mais naïve ou bien profinde
C'est la seule chanson du monde 
Qui ne finira jamais 
C'est l'histoire d'un amour"


Historia de un amor - Cesaria Evora  avec de superbes images de Garik Manukyan:



Et une autre version:





Gloria Lasso - histoire d'un amour - 1958:




Historia de un amor par Laetitia Casta: 


 



Et en chinois :





Et pour finir, Richard Galliano - Historia de Un Amor:





Et le maître "Diego el Cigala":



Bon dimanche

Le Fleur du Dimanche

mercredi 27 janvier 2016

Homage à Gottfried Honegger: la mauvaise herbe ne meurt jamais - Unkraut vergeht nicht

Il y a dix jours, Gottfried Honegger, âgé de 98 ans est mort à Zurich. Cet artiste qui a fréquenté Barnett Newmann, Marc Rothko et Sam Francis à New York dans les années 30 a commencé à casser les carrés: "Moi je dis que la vie n’est pas carrée. Et je décale". Et consacre sa vie à la création artistique, à sa diffusion et offre sa collection qu'il a rassemblé avec sa femme Sybil Albers à la commune de Mouans-Sartou qui crée l'Espace de l'Art Concret.
Une exposition rétrospective "alpha omega" présentant ses travaux de jeunesse en regards de ses dernières réalisation vient de démarrer le 24 janvier et est visible jusqu'au 24 mai 2016. 
Premier hommage posthume (pas volontaire) après celui du Centre Georges Pompidou l'été dernier.

La Fleur du Dimanche ne peut que s'associer à cet hommage par une libre interprétation d'une des thématiques qu'a creusé Gofffried Honegger à travers une publication "Le journal sentimental d'une mauvaise herbe" dont je vous livre la note d'intention de l'auteur et la couverture:


« Au nom de toutes les mauvaises herbes du monde, je remercie mon éditeur de publier des extraits de nos journaux intimes. En effet, la vie devient pour nous chaque jour plus difficile. Les seuls qui comme nous souffrent de l'ignorance sont les intellectuels dans le monde entier.
Si nous, les mauvaises herbes, nous voulons donner au monde un peu de couleur, montrer qu'être pauvre ne veut pas dire être malheureux, les intellectuels sont des gens persuadés qu'avec leur art ils seront capables, sinon de changer ce monde, du moins d'apporter un peu plus de justice, montrer que la vie dans tous ses aspects témoigne du miracle de vivre.
Oui, nous les mauvaises herbes et les intellectuels, nous portons en nous les seuls germes qui un jour seront le début de la création d'un paradis sans pommier et sans serpent. » Gottfried Honegger


Et comme l'on dit "Unkraut vergeht nicht - la mauvaise herbe ne meurt jamais", rendons-lui hommage en photo:

Hommage à Gottfried Honegger - Photo: lfdd


Hommage à Gottfried Honegger - Photo: lfdd


Hommage à Gottfried Honegger - Photo: lfdd


Hommage à Gottfried Honegger - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche



dimanche 24 janvier 2016

Je ne suis pas... une fleur. Je suis. Je suis un robot

Je vous avais promis une suite. Mais quelle suite possible à un écrivain caché, un écrivain qui ne veut pas dévoiler son identité, qui utilise un  pseudonyme ? 
Cet écrivain existe-t-il vraiment ?

La suite nous le dira, mais d’abord une fleur, qui n’est pas une fleur….


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Et pour les écrivains, il se trouve (encore le hasard ?) que dans le même numéro du Monde des Livres, deux articles allaient encore plus loin que le camouflage ou le secret de l’écrivain.

Le rythme littéraire de l’algorithme.

L’un parlait de l’influence – et même des nouveaux territoires – de l’ordinateur. Intitulé «Le best-seller et l’algorithme» Macha Séry évoquait les multiples usages et influences de la technologie et de ses capacité, en particulier de pouvoir analyser les «clés du succès».
C’est «un étude ­algorithmique de 200 romans ayant ­monopolisé le palmarès des meilleures ventes établi par le New York Times», qui donne des résultats étonnants.
Si vous voulez devenir un écrivain à succès, voici donc quelques les éléments qu’il faut respecter pour rentrer dans cette liste de «happy few»: «pas plus de onze mots par phrase, que vos personnages – au moins au nombre de 3 ou 4 – boivent du café, qu’ils se douchent, qu’ils froncent souvent les sourcils, serrent la mâchoire, soupirent, sourient ou hochent la tête. Evitez les rats, les géants et les ours, qui peuplent rarement les best-sellers. Faites fi de la nostalgie liée à l’enfance.» Eviter les «émotions complexes ­telles que la honte et la pitié. … la nature, mer ou montagne.» Optez plutôt pour «les dialogues, les verbes d’action, le vocabulaire à caractère policier et judiciaire (enquêtes, pistolet, meurtre, avocat, indices). Evoquez les technologies les plus en pointe et multipliez les conflits.»

La suite de l’article est encore plus étonnante. Elle parle d’une expérience qui a permis, à partir de l’analyse des textes des livres primés dans certains prix littéraires de pouvoir prédire le suivant. Ironie du sort, ce qui aurait pu être le cas… Mais ironie du sort, les responsables de l’étude ayant constaté que souvent le prix allait à l’encontre des prévisions, ils ont introduit cette variable supplémentaire qui a finalement donné le mauvais pronostic.


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


La suite de l’article est encore plus étonnante. Elle parle d’une expérience qui a permis, à partir de l’analyse des textes des livres primés dans certains prix littéraires de pouvoir prédire le suivant. Ironie du sort, ce qui aurait pu être le cas… Mais ironie du sort, les responsables de l’étude ayant constaté que souvent le prix allait à l’encontre des prévisions, ils ont introduit cette variable supplémentaire qui a finalement donné le mauvais pronostic.



Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Je ne suis pas un écrivain, je suis un robot.

Le deuxième article est également assez étonnant. Déjà de par la relation du titre et du nom de l’auteur, Pascal Chabot. Nom qui en priori n’engage à rien, sauf qu’en y rajoutant un «t», nous avons Chatbot qui, en anglais est la contraction de «to chat» - discuter (via internet) – et une variation des robot «Bot» qui en général analysent (crawlent) à longueur de journée les sites internet, soit pour les référencer ou analyser vos actions ou même vous voler des données (par exemple en essayant par le calcul de découvrir des mots de passe….
Ce livre, intitulé «ChatBot le Robot. Drame philosophique en quatre questions et cinq actes» se passe en 2015 et raconte l’histoire d’ordinateurs devenus tellement intelligents qu’ils ont acquis la capacité de philosopher. L’article de Roger-Pol Droit, intitulé «Figures libres. Méditations d’un robot philosophe» en parle ainsi : «Un jury de professeurs, façon thèse et ¬habilitation, va donc mitonner des questions pièges pour le premier des « chatBots » (robots capables de converser) supposé philosophe. Il s’agit de savoir, en fonction de la pertinence de ses propos, si on peut légitimement considérer ce robot comme un penseur autonome, capable de méditations authentiques, non de ¬contrefaçons habilement coupées-collées.
Certes, sa « formation » n’a duré qu’un petit trimestre. Mais, étant donné les capacités surhumaines de la machine, ce fut bien suffisant pour qu’elle intègre tous les lexiques nécessaires, sache distinguer entre les écoles de pensée, possède à fond les œuvres classiques et leurs flots de commentaires, grave dans sa mémoire des milliers de citations, intègre même les sommaires de toutes ces revues savantes que plus personne d’humain ne lit depuis longtemps. Bref, son savoir philosophique est largement supérieur à celui du thésard moyen, sans parler des professeurs… D’autant que le robot fut doté aussi de tous les liens entre idées, techniques d’argumentation, analyse des concepts… bref, un trousseau complet.
Elégance et simplicité
Le grand jour venu, quatre questions ont été préparées par les membres du jury. Le robot les ignore. Elles portent sur lui-même, sa capacité à être philosophe, son mode d’existence, sa conscience de soi, son éventuelle supériorité sur les humains. Le test est d’autant plus crucial que rien, dans sa programmation, n’a porté, délibérément, sur ces points précis. On s’en voudrait de divulguer, tel un stupide chatBot spoiler, les belles réponses de la machine. Leur subtilité fait le charme de cette courte fiction, très réussie…..»


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Et il conclut: «Ce tout petit texte soulève en effet, avec élégance et simplicité, une série d’interrogations cruciales : faut-il être humain pour philosopher ? Si ce n’était plus le cas, que deviendraient, en retour, les humains ? [… ] La machine, dans ses répliques, se montre très fine, en tout cas dans cette fiction, dont on ne peut quand même pas oublier que l’auteur reste un humain. Si c’était l’inverse, il serait devenu, si l’on ose dire, robot pour être vrai…»


Je suis un Robot

En prime, je vous offre deux robots en bambou d’Ai Weiwei visibles dans les vitrines du Bon Marché à Paris :


Je ne suis pas un robot - Ai Weiwei - Photo: lfdd


Et en musique, quelques versions de la chanson «Je suis un Robot» de Kraftwerk.

D'abord la version de 1977




Puis celle de 1978





Et celle, revisitée de 2013





Bon dimanche.  

La Fleur du Dimanche

mercredi 20 janvier 2016

Clameur des Arènes - Le camouflage orange fluo et duo danse et lutte

Equilibre pourrait être le terme qui caractérise le mieux le spectacle "Clameur des Arènes" de Salia Sanou.


CLAMEUR DES ARENES - Salia Sanou -  Photo: Marc Coudrais


Equilibre entre la lutte qui est l'origine, la source d'inspiration, le fondement de ce spectacle et la danse, qui elle est le langage sur lequel se base le chorégraphe burkinabé installé en France, à Montpellier.
Equilibre entre les racines de cette pratique ancestrale - qui va plus loin que le sport, qui est un rite social - et sa transposition artistique.
Equilibre entre une certaine sauvagerie, mimétisme d'animalité et le funk-groove dansé entre blues américain et rites ancestraux.
Equilibre entre concentration et explosion, entre préliminaires et confrontation, entre action et repos.
Equilibre entre le silence de tableaux très graphiques et la fureur de l'affrontement.
Equilibre entre la musique très entraînante du quartet de musiciens, Emmanuel Pi Djob - guitare et chant, Benilde Foko - guitare basse, Sega Seck - batterie et Elvis Megne - clavier et les plages de silence et de concentration.
Equilibre, tout simplement de ces huit danseurs-lutteurs qui nous font front ou nous tournent le dos dans un dialogue au delà des cultures.

Cet équilibre nous balance dans un voyage qui nous berce et nous secoue sur les deux rives de la Méditerranée, entre nos deux continents en nous faisant sentir "frères" et nous faisant partager cette communion dans une lutte qui n'est que la constitution d'un dialogue, d'une relation, l'apprentissage d'une vie sociale.

A voir la réponse du public à la fin du spectacle, le message semble passé, le Fogo qui pour Salia Sanou définit "le cercle, l'espace en soi du dedans vers le dehors" a fonctionné.



Nous sommes tous eau (en Allemand "Wir sind alle so!")

Le spectacle "Clameur des Arènes", présenté avec Pôle Sud, est joué au Maillon à Strasbourg les 20, 21 et 22 janvier à 20h30.

Bons Spectacle

La Fleur du Dimanche

dimanche 17 janvier 2016

Je suis nous - qui suis-je? Je ne suis pas... Grothendieck

Encore un écho, un lien de plus cette semaine... Les faits sont têtus!  
Ou alors, on n'est attentif qu'à ce qui nous semble intéressant et fait sens...


Fleurs du dimanche 10h42 - Photo: lfdd

Qui est "Grothendieck":

Un petite anecdote pour commencer: J'étais "tombé" en 2014 sur un article nécrologique sur Alexandre Grothendieck: l'histoire d'un génial mathématicien qui a eu la médaille Fields en 1966, mais qui n'est pas que cela. Il est militant antimilitariste et écologique et après avoir été professeur associé au Collège de France où il dispense un cours intitulé «Faut-il continuer la recherche scientifique?», il part aux Etats-Unis, revient près de Paris puis s'installe dans l'Hérault en étant professeur à l’Université de Montpellier. Le 14 janvier, un article de Philippe Douroux dans Libération intitulé "Grothendieck, des gribouillis de génie en héritage" m'interpelle. Cela commence ainsi: "Le samedi 14 novembre (jour où je mettais une croix noire sur mon site en hommage aux victimes du Bataclan), à 2 heures du matin, les cinq cantines métalliques contenant les archives d’Alexandre Grothendieck rédigées pendant les vingt-trois dernières années de sa vie sont entrées dans Paris."
L'article parle de ses écrits mathématiques et aussi, donc de ces "Cinq cantines" qui contiennent tous les textes "extra-mathématiques", dont entre autres et une de ses dernières occupations, :
"Les derniers textes représentaient une formidable tentative de reconstruction de la Shoah. Il s’attachait à relier les 76 000 victimes de la déportation depuis la France vers les camps d’extermination les unes aux autres comme pour les arracher à la solitude. Jusqu’à la fin du mois d’août 2014, quelques semaines avant de mourir, Alexandre Grothendieck bâtit une formidable géométrie humaine faite de liens réels ou imaginaires."  

Une des questions que pose ce personnage qui mène "un combat contre le diable. En 1997, il décrivait fidèlement cet affrontement quotidien, alors que «Satan» lui avait enlevé toute envie de chercher. Constatant son incapacité à mener à bien ses projets de suicide, il acceptait de vivre en attendant la fin comme un défi à l’ange exterminateur." c'est: Qui est Alexandre Grothendieck... 


Fleurs du dimanche 10h44 - Photo: lfdd

Qui est "Nous"?

Le deuxième élément de la semaine fut, suite à une remarque d'une lectrice concernant l'article rendant compte du spectacle "Les Liaisons Dangereuses" de Cholderlos de Laclos au TNS. La question, ou plutôt le reproche fut: "Pourquoi dis-tu "nous"?
Cette question rebondit (passé simple, pas si simple) sur la question de l'identité. Je venais de lire - eh oui, je lis trop! - un autre article concernant l'auteur (ou auteure) Elena Ferrante dans le Monde des Livres et intitulé "Sous le masque obstinément" et qui, en ligne a été renommé en "Ellena Ferrante, obstinément, sous le masque".
Il (l'article de Florence Noiville) parle de cet(te) auteur(e) qui reste anonyme et peut très bien être une seule personne ou deux écrivains mêlant leur plume mais qui, définitivement, ne veut pas dévoiler son (ses) identité(s): "Si son identité est révélée, elle cessera immédiatement d'écrire" nous dit son éditeur, interface avec le public et la presse. 
La question est autant "Qui suis-je?" que "Qu'est-ce que je cherche?"
Est-ce important d'être: Lu ? Connu? Reconnu? Célèbre? Influent? 



Fleurs du dimanche 12h06 - Photo: lfdd


Qui est George Orwell? Qui est Marcel Ajar?

La dernière partie de la réflexion du jour est le nom et le surnom ou le pseudonyme. Dans le même supplément du Monde des Livres (15 janvier 2016) nous lisons et découvrons dans l'article intitulé "Esprit d'Orwell, y es-tu?" (Esprit es-tu là - Es-tu las?), Ariane Singer nous (?) apprend que le vrai nom de George Orwell était Eric Blair, tout comme Marcel Ajar, c'était le pseudonyme de Romain Gary....


Fleurs du dimanche 12h06 - Photo: lfdd

Qui est "La Fleur du Dimanche" ?

La question est "Où est la question?...
Et l'ultime question est: "Quelle est la fleur du dimanche? Celle de 10h444? Celle de 12h06?


Fleurs du dimanche 12h06 - Photo: lfdd


Ou celle de 18h58?
Et ma réponse est " La suite la semaine prochaine!"
Avec un clin d'oeil musical:
"Im a Simple Man" en hommage à ma lectrice ;-)  :

"I am a simple man
And I sing a simple song
I never been so much in love
And never hurt so bad at the same time"




Et pour ne pas le laisser Graham Nash seul ce dimanche, je lui offre un duo avec David Crosby: 




Bon dimanche

La Fleur du Dimanche

P.S. Si vous avez envie de lire le livre non publié d'Alexandre Grothendieck Récoltes et Semailles, je vous l'offre à la lecture ici:
http://lipn.univ-paris13.fr/~duchamp/Books&more/Grothendieck/RS/pdf/RetS.pdf
  

samedi 16 janvier 2016

Les Liaisons Dangereuses au TNS: Vives, les lettres...

Un roman épistolaire au théâtre? Pas évident..
Et pourtant... 
Le pari relevé par Christine Letailleur est plus que réussi.
Nous savions déjà, avec la lecture par Dominique Blanc du roman "autobiographique" Les Années d'Annie Ernaux que d'arriver à garder à la fois l'esprit du texte et trouver le bon rythme était dans ses cordes.


Les Liaisons Dangereuses - Photo: Brigitte Enguerand

Avec cette pièce, jouée au TNS et qui part en tournée européenne (Modène, Paris, Nice, Quimper,..) nous assistons à une joute endiablée entre Madame de Merteuil, maîtresse-femme, interprétée par Dominique Blanc et Monsieur de Valmont, séducteur en diable pris dans ses propres pièges joué par Vincent Perez bel homme.
L'espace scénique, genre "chambre mentale" avec ses coins recoins, escaliers, portes, portails, fenêtres, découpes qui sont magnifiquement découpés par un travail sur la lumière qui en fait un espace à la fois cinématographique et de bande dessinée, permet à la mise en scène de varier les niveaux de jeu par un mille-feuille de personnages, de niveau et de type de situations: comique visuel ou de répétition, valet "à la Sganarelle" - le Chasseur Richard Sammut - Curé hors du temps (Guy Prévot)...



Les Liaisons Dangereuses - Photo: Brigitte Enguerand

L'espace permet également de rendre compte du "trajet" des personnages, Cécile de Volanges - très bon premier rôle de Fanny Blondeau - ou de Madame de Tourvel - Julie Duchaussoy tout en finesse et en retenue - ou de Danceny - Manuel Garcie-Kilian qui passe d'un personnage cérébral à une corporalité où il va interpréter une danse de séduction bien enlevée. 
Les deux heures trente que dure la pièce se laissent avaler d'un trait tant les rebondissements et les stratégies nous laissent haletants.
Nous sommes surpris d'une parole très féministe de cette période de la fin du 18ème siècle juste avant la révolution qui s'incarne dans cette distribution très féminine (huit femmes pour deux hommes).
Comme le dit Christine Letailleur: 
"Le XVIII° Siècle est celui de l'apologie de la raison: on croit qu'elle va sauver le monde, améliorer les rapports humains... Laclos a une tournure d'esprit peu commune, parce qu'il démonte cette idée-là, ou du moins il la questionne en nous montrant que ce n'est peut-être pas si simple, que la raison, pour ceux qui possèdent les armes - c'est à dire le langage - peut être aussi au service de la destruction et de la manipulation."


Le spectacle est joué jusqu'au 16 janvier 2016 au TNS
C'est une production du Théâtre National de Bretagne.
Date des tournées ici:
http://www.t-n-b.fr/fr/saison/les_liaisons_dangereuses-948.php

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche
   

mercredi 13 janvier 2016

Catherine Diverrès à Pôle Sud: La danse voyage autour de la Terre et de la mer.

Rémanence du mouvement

Cela commence comme une catastrophe, insoutenable, le son crissant, la lumière contrastée, un écran blanc et devant immobile, la danseuse, dans une immobilité contradictoire, puis, le noir et l'ombre inversée, négative, la bombe, l'apocalypse.
L'image rémanente se superpose à la réalité, le passé reste imprimé dans notre vision. 
Cela devrait être du Butô, cela y ressemble dans un hommage qui revient à la source, au spectacle, au cabaret, au flamenco.

Catherine Diverrès - O Senseï
Hommage au maître

Catherine Diverrès, en costume noir, chemisier blanc, chaussures noires, dans un décor noir, excepté cet écran blanc sur lequel est écrit la catastrophe, devrait avoir le visage peint en blanc, mais non, le contraste du costume, des cheveux plaqués et brillant d'un noir de jai font l'affaire. Le silence est là, laissant la parole à la danse, au mouvement, à l'hommage au maître et à la référence, à Kazuo Ohno, à La Argentina, dans un solo qui traverse la danse de nos pays jusque vers l'occident. Une danse qui quelquefois se fait presque pantomime, tantôt classique, tantôt extatique ou saccadée, tantôt folklorique mais ancrée dans la terre. Un fantôme resurgit, double, triple sur l'écran puis se matérialise, pour se conclure dans un numéro qui balaye et mixe le strass et le cabaret, le classique et la chanson de charme, la présence et la distance, le corps et l'absence pour s'effacer doucement. C'était Ô Senseï, mouvement et musique, par la grande chorégraphe.

Catherine Diverrès - O Senseï

Une danse au couteau

La force de la chorégraphie de Catherine Diverrès, apparaît avec encore plus de puissance dans le duo Dentro, dansé magnifiquement et avec une force et une précision impressionnante par Harris Ghekas et Emilio Urbina.
Les deux danseurs, sur un plateau nu et noir, enserrés par une poursuite de lumière serrée sur chacun, qui les tient prisonniers en leur donnant progressivement un peu plus de liberté, vont nous offrir pendant un peu plus d'une demi-heure un dialogue, une osmose totale. Rythmée d'abord par des percussions et des cordes magnifiquement présentes qui résonnent dans les profondeurs de nos corps, leurs gestes précis, coupants et souples, s'enroulant dans l'espace et autour de leurs corps ou s'accrochant et se repoussant l'un l'autre, nous font vivre un dialogue hypnotique. 

Catherine Diverrès - Dentro

Dialogue du corps

L'espace s'élargit, la musique laisse la place à une voix qui chuchote des paroles dans une langue étrangère, des poèmes de Anastasios A. Gekas et Oscar Curieses. Les deux danseurs se sont rejoints se retrouvent se quittent toujours avec la même précision, la même puissance, la même force, le même rêve... Echo du texte...

En voici un extrait (celui de Oscar Curieses):

"Alors, hors du rêve, je retrouve l'homme qui a mon visage, il me donne une coup de fouet et dit: âme! Tout est cercle, cirque! 
Moi, j'ai rêvé d'un moi qui rêve. Dans mon rêve, le moi se réveille dans le cirque de soi-même etc."   

Et un extrait du spectacle:





Vu à Pôle Sud, le 12 et 13 janvier 2016


La Fleur du Dimanche

Vous avez envie d'en connaitre davantage sur Ô Sensei, vous avez un reportage de Luc Riolon sur la création du spectacle en 2012 ici:
http://www.numeridanse.tv/fr/video/1762_o-sensei

mardi 12 janvier 2016

Au TNS, Dominique Blanc lit "Les Années": D'un voyage dans le temps à la traversée du monde

Au TNS il y a la "saison" théâtrale, et, depuis l'arrivée de Stanislas Nordey, il y a "L'autre saison", une "saison parallèle dont le principe est la gratuité et l’éclectisme".

Une saison de découvertes et de rencontres, une saison d'ouverture et de mélange. Ouverte aux abonnés, aux spectateurs habituels, mais aussi ouverte au monde parce que délaissant quelquefois les murs du théâtre et surtout délaissant la forme classique de la "représentation".

A l'occasion de la programmation de la pièce "Les Liaisons Dangereuses" mise en scène par Christine Letailleur, avec Dominique Blanc à la distribution, le duo nous offre une "lecture" du roman "autobiographique" d'Annie Ernaux "Les années".

Seule sur scène, assise à la table avec une bougie et ses feuilles qui vont balayer en voyage express une vie, celle d'Annie Ernaux qui se raconte, raconte sa mémoire, sa famille, ses souvenirs et les reflets du monde des années 40 jusque vers la fin de la première décennie du vingt-et-unième siècle.


Pendant presque une heure et demie, nous assistons dans notre tête - et essayons de nous remémorer en écho - à la transformation d'un monde, d'une société, autant au niveau politique, que social et économique, en même temps que nous assistons à l'évolution d'une personne, une femme, de ses premiers souvenirs de cinq ans à son regard de femme de la soixantaine jetant un regard distancié et rétrospectif sur toute une vie et un monde qui a changé et qui écrit pour:

"Sauvez quelque chose du temps où on ne sera plus jamais.".

Le texte, bien qu'il ne soit jamais à la première personne, parle de moi, de nous ,de notre vie de nos souvenirs ou des souvenirs de nos parents. Annie Ernaux longtemps a voulu écrire ce texte, on y trouve des traces au fil du temps. Elle s'y est lancé un jour, une fois à la retraite, quand après la soixantaine, elle se retrouve face à ses enfants et petits enfants et à ce "jeune homme qu'elle rejoint les autres week-ends (qui) l'ennuie souvent, l'agace à regarder Téléfoot le dimanche matin, mais renoncer à lui serait cesser de communiquer à quelqu'un les actes et les incidents insignifiants de chaque jour, de verbaliser le quotidien."


Effectivement, nous assistons au déroulement de l'Histoire avec un grand H par le biais de ces petits riens de la vie quotidienne, de la vie familiale et de ses rituels et des transformations de la technique, de l'évolution de la sexualité et de la religion, et surtout du passage du temps et des marqueurs des époques.

Cela démarre par: "Les jours de fête après la guerre, dans la lenteur interminable des repas, sortait du néant et prenait forme le temps déjà commencé, celui que semblaient quelquefois fixer les parents quand ils oubliaient de nous répondre, les yeux dans le vague, le temps où l'on n'était pas, où l'on ne sera jamais, le temps d'avant."

Ce texte, énorme gageure de parler à la fois de soi, du monde, de politique et de sociologie, d’ethnologie, dans des mots simples et un style épuré, sans gras est une énorme réussite, mais le challenge n'était pas évident à réussir, car, comme le dit Annie Ernaux:
"Elle voulait réunir de multiples images d'elle, séparées, désaccordées, par le fil d'un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mouvement d'une génération. Au moment d commencer, elle achoppe toujours sur les mêmes problèmes: comment représenter à la fois le passage du temps historique, le changement des choses, des idées, les moeurs et l'intime de cette femme, faire coïncider la fresque de quarante-cinq années et la recherche d'un moi hors de l'Histoire, celui des moments suspendus dont elle faisait dont elle faisait des poèmes à vingt ans, Solitude, etc."


Annie Ernaux a réussi à le faire dans son magnifique livre qui balaie un pan de vie et d'Histoire et Dominique Blanc a réussi à captiver un auditoire en emmenant dans un voyage voyage dans le temps un public nombreux, attentif et heureux de cette traversée...


Si vous voulez en revivre l'esprit, je vous propose une émission de France Inter du 13 mars de l'année dernière où Dominique Blanc parle de la lecture qu'elle faisait à l'époque à l'Atelier à Paris.

Bonne écoute:
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1066079#
 
La Fleur du Dimanche

dimanche 10 janvier 2016

Un an après Charlie, Nous sommes tous Chocolat

Il y a un an, nous étions tous - enfin presque tous - Charlie. 
Après a soufflé un vent de "Liberté": "Liberté de Penser, liberté de panser".
Nous avions cru que tout était arrivé, mais non, nous avons eu des surprises et nous sommes devenu Paris, nous avons porté le "Noir" et puis nous avons porté le "Bleu-Blanc-Rouge".
Et nous avions pensé que nous étions nous..... nous tous...

Mais place à la Fleur:


Houx de l'année - Photo: lfdd


Qui, avec un clin d'oeil nous permet de dire: 
Où sommes-nous? 
Qui sommes nous? 

Et nous renvoie au jeu de mot du titre et qui nous permet via l'actualité proche (cinématographique - si, si) à laquelle nous n'allons pas échapper, nous faire nous poser la question du nous, soulevée par Gérard Noiriel, l'auteur du livre "Chocolat, La véritable histoire d’un homme sans nom" éditée chez Bayard et qui a servi de base au film de Roschdy Zem avec Omar Sy, "Chocolat".

Dans une article dans Libération Livre du 12 janvier, intitulé «CHOCOLAT, TU T’ES BATTU, TU AS ÉTÉ L’ACTEUR DE TA VIE»Natalie Levisalles  l'interwieve et je vous en offre un extrait sur le "nous":

Gérard Noiriel "Quand Rafael arrive en France, c’est un immigré qui ne parle pas le français. Il devient la vedette d’un grand spectacle, mais il ne fera jamais partie du même monde que les intellectuels caribéens. Benito Sylvain, par exemple, ne l’a pas une seule fois évoqué dans sa revue la Fraternité, qui est pourtant censée parler des Noirs. Il y a entre ces mondes un fossé qu’on tend aujourd’hui à gommer avec le retour des logiques identitaires.

Quant aux intellectuels juifs, il y a une évolution. Jusqu’à l’affaire Dreyfus, dans ce milieu culturel parisien, les Noirs ne sont pas vus comme des hommes mais comme des personnages, comme Guignol. La personne qui est derrière Chocolat, on ne sait pas qui c’est, on s’en fout. Les intellectuels juifs, eux, sont en phase d’intégration, on est au début de la IIIe République, il faut voir l’antisémitisme, ils en bavent. Quelque part, ils sont en lutte pour leur identité. Comme l’a relevé Freud, on se rassemble en se moquant d’un tiers. Chocolat permet à ceux qui ne sont pas sûrs de leur identité de former un ensemble avec les Français. Ce qui explique que, en 1895, dans la Revue blanche, qui est la grande revue des intellectuels de gauche, et au moment où Léon Blum en est le secrétaire de rédaction, on puisse voir une caricature par Toulouse-Lautrec montrant Chocolat en singe. Dix ans après, à gauche, plus personne ne fait ça, ce n’est plus possible. Avec l’affaire Dreyfus, un certain nombre de gens ont découvert l’universalité de la stigmatisation. Et la question noire commence à être vraiment posée en France.

Natalie Levisalles "Vous dites qu’à plusieurs moments de sa vie, Rafael, noir et étranger, s’est pourtant retrouvé inclus dans un «nous»."
Gérard Noiriel:"Il y a des circonstances de la vie qui font que certaines différences sont relativisées. Dans des travaux antérieurs, j’ai défendu l’idée que l’identité n’existait pas, qu’il n’existait que des formes d’identification. Nous sommes tous le produit de multiples critères identitaires qui fonctionnent le plus souvent comme des identités latentes. Selon les circonstances, certaines sont mises en avant et d’autres pas, on le voit bien, on ne se trimballe pas toujours avec son identité française en bandoulière. Rafael, c’était pareil. On avait forcément conscience qu’il était différent ; en Espagne, par exemple, on le blaguait, on l’appelait «El Rubio» («le blond»), mais chez les mineurs, l’identité professionnelle prend le dessus. Le «nous mineurs» l’emporte. Notamment quand on se retrouve, comme les collègues de Rafael, face à des paysans dans un village de Bilbao.

Quand on dit «nous», il y a de la familiarité. Et la familiarité s’oppose à l’étrangeté. Mon hypothèse, c’est que l’intégration de Chocolat est passée par la familiarité. Que les gens puissent se dire «il est comme nous» est important. Je travaille beaucoup dans les projets d’éducation populaire. Quand on voit tous ces jeunes qui sont français, qui sont nés en France, et qui disent «les Français» en parlant des autres, on se dit qu’on a raté quelque chose.

Natalie Levisalles "Il y a donc le «nous». Et puis le «eux et nous»?

Gérard Noiriel "Je me suis interrogé sur le «eux et nous», sur la dimension psychologique d’identification à des groupes. La question du «eux et nous» n’est pas historique, elle est éternelle. Claude Lévi-Strauss a montré qu’on retrouve le «eux et nous» dans toutes les sociétés humaines, à toutes les époques. Le «nous» se construit par rejet de l’autre. Le problème, c’est de savoir qui est désigné comme l’autre. C’est pour ça que je suis engagé dans une logique de «désidentification». Cette désidentification permet une émancipation, elle permet de choisir. On ne peut pas échapper à l’identité, mais on peut trouver des identités souples, relatives, distanciées. Une identité distanciée est une identité dont on est capable de se moquer. Cela veut aussi dire pouvoir épouser l’identité de l’autre, pas promouvoir une identité contre une autre.

Malheureusement, c’est complètement contradictoire avec le champ politique. Si on fait de la politique, on a tendance à dire: «Nous Français.» Il y a eu une époque où on disait: «Nous les prolétaires.» On jouait aussi sur une identité, mais cette identité était universaliste : «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.» On voit bien que l’écroulement du mouvement ouvrier a entraîné le recul de l’identité sociale. Mais il est fondamental de rappeler que nous avons une appartenance sociale, j’essaie de le souligner dans ce livre. On ne peut pas comprendre l’histoire de Chocolat si on ne comprend pas les liens qu’il a tissés avec son environnement, le monde du cirque, les classes populaires.


On le voit bien quand sa fille, Suzanne, meurt à 19 ans. A son enterrement, c’est très touchant, tout le milieu du cirque se rassemble autour de lui alors que les autres continuent à pérorer sur le nègre mal blanchi."


Pour en revenir à l'expression "Je suis chocolat" - et pas "Nous sommes tous Chocolat" - c'est effectivement le Clown Chocolat qui l'a popularisée, comme il disait "Je suis Chocolat, je suis Chocolat!"... c'est ainsi que serait née l'expression "Etre chocolat" qui associait le fait de se faire avoir au personnage de cirque.

On dit que l'expression existait déjà avant (voir expressio.fr), avec les joueurs de bonneteau, cet attrape-nigaud, jeu de trois cartes que le bonneteur mélange après les avoir retournées, le joueur devant deviner où se trouve une de ces cartes (il en existe aussi la variante avec un gobelet).
C'est grâce à un compère du bonneteur qui "gagnait" régulièrement, que les joueurs étaient incités à tenter leur chance et à se faire plumer.
Le rôle de ce compère était de "faire le chocolat", c'est-à-dire de jouer l'appât, la 'sucrerie' qui attire le nigaud. Par extension, "le chocolat" était le joueur ainsi pris dans la nasse et trompé par les tricheurs. 

Pour terminer le chocolat en chanson, je vous en offre deux, la première, ce sera la femme, Olivia Ruiz qui chante "La Femme Chocolat":




Et le deuxième, la chanson chocolat enfantine pour vous donner du tonus pour la journée...




Bonne journée

La Fleur du Dimanche