samedi 29 février 2020

Quand l'Imaginaire rencontre Inverspace, la musique traverse les frontières et parle de "Patrie" et d'écologie

Premier concert de l'année pour l'ensemble l'Imaginaire qui se fait rare - presque comme un 29 février. Pour compenser ils se sont associés à l'ensemble Bâlois Inverspace pour jouer à l'espace Faubourg 12 à Strasbourg et vont jouer demain à la Druckereihalle im Ackermannshof à Bâle - entre le Rhin et l'Hôpital - un programme légèrement modifié*.

Honneur aux invités, qui démarrent une pièce pour percussion de Sarah Nemtsov Void Imagings, qui voit les quatre musiciens d'Inverspace jouer du bol tibétain, des cymbales, pots de terre et autres percussions, ainsi que du papier bulle ou d'aluminium (qui servira à "étouffer" les micros suspendus - quatre autres microphones étant eux accrochés aux baguettes pour les percussions. La pièce alterne entre un esprit très rituel et une interrogation sur la mort et l'humour - le livre de Julian Barnes ayant inspiré la compositrice.


l'Imaginaire - Inverspace - Nicolas Mondon - Photo: lfdd

Avec Trio de Nicolas Mondon, Keiko Murakami aux flutes, Philippe Koerper au saxophone et Gilles Grimaître au piano (préparé, trituré et soumis à vibration), les interprètes de l'Imaginaire nous prouvent leur talent et les variations de souffle de texture et d'énergie de cette pièce en trois parties.



l'Imaginaire - Inverspace - Wolfgang Heiniger - Photo: lfdd


Après une pause qui permet au public d'échanger autour d'un verre, Inverspace présente avec la collaboration de Gilles Grimaître qui remplace au pied levé Jan Gubser à la platine et à l'électronique Heimat III (2018) de Wolfgang Heiniger, avec Maruta Staravoitava aux flûtes, Patrick Stadler au Saxophone, Clemens Hund-Göschel au piano et Joao Carlos Pacheco aux percussions. La pièce, fraiche et pleine d'humour ne manque pas d'ironie. Le texte de Wolfgang Heiniger sur la Patrie vue sous l'angle de l'odeur et de la couleur des sacs poubelles, répéte et découpé à différentes reprises en est un bon exemple. 


l'Imaginaire - Inverspace - Damian Gorandi - Photo: lfdd

La pièce de Damian Gorandi Fragility's dementia - Who has the power in contemporary music? qui avait été créée l'année dernière suite à une collaboration avec l'Imaginaire a permis de constater la qualité de cette écriture qui joue sur les énergies et les différents modes de jeu des musiciens, tout en explorant la matière même du son. 



l'Imaginaire - Inverspace - Damian Gorandi - Photo: lfdd

Pour clore la soirée, la pièce de Léo Collin, Corals (2019) voit à nouveau l'équipe d'Inverspace avec Gilles Grimaître dans une pièce à la fois grave et ironique. Se pose la question de l'écologie et de la nature humaine tout en mettant le spectateur en face d'une performance simulée. Les instruments sont pervertis ou décalés - une boite frottée sur une table, par exemple. On ne sait plus si ce qui est joué est réel ou pas et même l'hélicoptère jouet n'arrive pas à décoller de la table du percussionniste.


l'Imaginaire - Inverspace - Damian Gorandi - Photo: lfdd

Les deux ensembles en tout cas ont prouvé à la fois que la musique pouvait être politique, écologique, humoristique et engagée. Et de qualité.

La Fleur du Dimanche  


CONCERT "l'Imaginaire & Inverspace"

01 mars 2020, 20h
Druckereihalle im Ackermannshof, Bâle - Suisse
1ère partie : Ensemble l’Imaginaire 

Nicolas Mondon : Trio

Damian Gorandi : Fragility’s dementia  - Who has the power in contemporary music?
Paul Clift : The Past Is A Foreign Country, They Do Things Differently There

2ème  partie : Ensemble Inverspace 

Paul Clift création 2020 - 10/15 min 
Leo Collin  création 2020 - 10/15 min  
Raphael Languillat  RGB / (airstrike ) 2019 - 20 min 

lundi 24 février 2020

Elvedon de Christos Papadopoulos au Théâtre de la Ville: Le temps que la danse émerge...


Le Théâtre de la Ville qui suit et soutient le travail de Christos Papadopoulos a présenté deux de ses pièces en alternance (pour Ion voir mon billet du 22 février). La reprise d’Elvedon est l’occasion de voir la cohérence du travail de ce chorégraphe grec reconnu dans son pays mais également ailleurs dans le monde.

Elvedon - Christos Papadopoulos - Théâtre de la Ville


Elvedon fait référence à un monde imaginaire qui apparait dans le roman Waves de Virginia Woolf. La pièce parle du temps et de l’éternité. Le temps dans sa plus simple expression, le rythme et son plus simple geste, le balancement. Et l’éternité dans sa première unité: le cycle.

Elvedon - Christos Papadopoulos - Théâtre de la Ville


La musique de Coty K., simple et répétitive va construire l’univers imaginaire. Un bruit de mer qui rappelle les vagues qui amènent le rythme qui va se construire tout au long de la pièce. Six corps courbés à terre de dos, émergeant de l'obscurité et qui vont se relever et se retourner un à un. Des mouvements de balancements qui vont habiter totalement ces corps à l’unisson, en des variations minimes et progressives, hypnotiques et envoûtantes, au fond de cet océan de la mémoire de Virginia Woolf.


Elvedon - Christos Papadopoulos - Théâtre de la Ville


La musique rajoute par ses discrètes variations et son rythme entêtant à l’effet de transe qui boucle te temps, les heures, le flow, les marées. Les balancements se construisent, se déploient, les rythmes s’immiscent dans les corps qui s’organisent, se regroupent et se redéployent en lignes de force. Des sourires apparaissent sur ces visages auparavant impassibles. Les corps, ayant intégré le pas, la marche, la vitesse, se déploient dans l’espace en des variations circulaires dans une course effrénée, ultime... pour recommencer? 


Elvedon - Christos Papadopoulos - Théâtre de la Ville

Par cette chorégraphie à la fois simple, épurée au maximum Christos Papadopoulos nous prouve qu'il est un digne héritier des pionniers de la révolution de la danse minimaliste américaine. 
Sa pièce, sans bavardage, construit un univers mental fort qui nous submerge et nous emporte dans une marée salvatrice.

La Fleur du Dimanche

ELVEDON

CONCEPT, CHORÉGRAPHIE Christos Papadopoulos

MUSIQUE Coti K. LUMIÈRES Miltiades Athanasiou 
VIDÉO-PHOTOGRAPHIE Patroklos Skafidas 
ASSISTANTE CHORÉGRAPHIE Katerina Spyropoulou

AVEC Ioanna Paraskevopoulou, Chara Kotsali, Amalia Kosma, Maria Bregianni, Nondas Damopoulos,Georgios Kotsifakis (19-22 février), Nanti Gogoulou (24 février)

Remarque: Lors de la représentation du 24 févier, Christos Papadopoulos a pris le rôle du danseur masculin au pied levé... parmi les cinq danseuses, dont Nadi Gogoulou qui remplaçait également un danseur...

vendredi 21 février 2020

ION de Christos Papadopoulos au Théâtre des Abbesses: Les électrons libre vont bien !

Le Théâtre de la Ville est fidèle à ses chorégraphes. Qu'ils ou elles soient connu(e)s, comme Pina Bausch ou Anna Teresa de Keersmaeker (voir mon billet du jeudi 20 février), ou moins, comme Lucy Guerin ou Christos Papadopoulos, la structure culturelle phare de la danse à Paris les accompagne, leur donne des rendez-vous réguliers et suit leur travail. C'est donc le cas du chorégraphe grec qui depuis 2017 voit ses différentes créations présentées dans la maison. Il est bien connu en Grèce et il a également chorégraphié la scène de danse finale du dernier film de Costa-Gavras "Adults in the room". Il est de retour pour deux pièces en alternance, Eveldon et Ion.

Ion démarre dans une obscurité grondante et l'on sent et entend courir dans le noir plusieurs personnes, d'une manière assez irrégulière. Un néon posé au milieu du fond de scène commence à faire discerner deux puis quatre puis six (puis plus) danseurs et danseuses que l'on pense nu(e)s, arrivent de l'arrière, faisant une rapide tour sur scène pour repartir. Le bruit des pas se mêle aux grondements. Les corps glissent, se croisent, s'agitent. Puis doucement, la scène s'éclaire au fur et à mesure, et l'on se rend compte que le néon posé à terre s'élève, éclairant faiblement et en partie, surtout à contre-jour puis en plongée ces corps fébriles. Le plateau commence à être habité, la vie semble sortir de la brume et de l'obscurité. 


ION - Christos Papadopoulos - Théâtre de la Ville - Théâtre des Abbesses


Et l'on bascule dans une autre univers, fait d'oscillations et de lents glissements, presqu'imperceptibles, répondant à une logique inconnue. Dans un premier temps, les danseuses et les danseurs forment un groupe homogène qui bouge comme une seule masse, se déplaçant et chacun changeant de place dans le groupe, celui-ci se déplaçant de manière limitée, les corps se décalant. Puis chacun gagne son autonomie, avançant, reculant, essayant de croiser quelqu'un ou au moins de s'en rapprocher, prenant des position sur le plateau, ne bougeant que de bras et du torse, nu, des pantalons couvrant le bas des corps et les visages restant droits, les regards fixés dans le lointain. Ces glissements imperceptibles vers l'avant, l'arrière ou sur les côtés étant le résultat uniquement du glissement des pieds qui jamais ne se soulèvent du sol. Mais les écahnges restent restent à un niveau sommaire. 
Sur une musique lancinante de Coti K. les dix danseuses et danseurs forment des figures alléatoires qui se font et se défont et à force qui laissent des traces sur le sol, comme des pas dans la neige. On s'imagine des approches et des dialogues implicites, des liaisons et des réorganisations dans cet ensemble "organique", entre une chorégraphie minimaliste et des migrations de micro-organismes sous microscope, ou des poissons en eaux profondes. 
Pour finir, le grondement revient, le néon reprend le dessus, ne semblant être la seule issue, en tout cas le seul espoir et la seule clarté vers laquelle se tournent les créatures glissantes qui nous tournent le dos, nous laissant à l'obscurité finale.
Mais nous gardons en tête cette performance singulière, ces mouvements totalement maitrisés et cette chorégraphie minimaliste et grégaire qui nous interroge sur le lien et la sociabilisation.


La Fleur du Dimanche

Pour lire le billet sur Elvedon, c'est ici:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2020/02/elvedon-de-christos-papadopoulos-au.html
ION

Du 20 au 22 février

CONCEPT & CHORÉGRAPHIE Christos Papadopoulos


DRAMATURGIE Tassos Koukoutas 
MUSIQUE Coti K. 
LUMIÈRES Tasos Palaioroutas 
COSTUMES Angelos Mentis 
SCÉNOGRAPHIE Evangelia Therianou 
1RE ASSISTANTE À LA CHORÉGRAPHIE Katerina Spyropoulou 
2E ASSISTANTE À LA CHORÉGRAPHIE Ioanna Antonarou 
AVEC **MARIA BREGIANNI, NONTAS DAMOPOULOS, NANTI GOGOULOU, AMALIA KOSMA, HARA KOTSALI, GEORGIOS KOTSIFAKIS, DIMITRA MERTZANI, EFTHYMIS MOSCHOPOULOS, IOANNA PARASKEVOPOULOU, ANESTIS NIKAS

jeudi 20 février 2020

Fase d'Anne Teresa de Keersmaeker à Paris: Retour aux origines de la danse contemporaine de Rosas

Fase, four movements to the music of Steve Reich est la première pièce créée par Anne Teresa de Keersmaeker à Bruxelles en 1982, avec Michèle Anne de Mey à son retour de New York, à l'origine de sa compagnie Rosas. C'est dire que cette reprise à l'Espace Cardin à Paris pour le Théâtre de la Ville par les danseuses de la relève* (après une reprise en 1993, également au Théâtre de la Ville) est un retour aux origines de cette danse contemporaine qui travaille sur le rythme, seul, la beauté pure en contrepoint de la musique. Cette musique, révolutionnaire elle aussi, de Steve Reich, faite de répétitions (avec des variantes infimes) de notes et d'accords - ou de sons - simples (bouts de phrases retravaillées ou claquements de mains) joue sur le minimalisme.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville

Pour ce spectacle, en quatre mouvements, ce sont deux pièces instrumentales - la première, Piano Phase, la troisième, Violin Phase que les danseuses vont danser en robes blanches et longues.
Pour Piano Phase, les deux danseuses, dans une scénographie construite autour de trois plans du plateau (le fond, le milieu et l'avant de la scène) combiné à une scénographie lumière qui fond quelquefois les ombres des deux danseuses en une seule est assez magique. Hypnotique même de par les effets de tournés sur elles-mêmes comme des derviches, dans un rythme obsédant, perturbé quelquefois par un léger accéléré de l'une d'elle qui les fait se retrouver face à face pour de courts instants avant la suite des rotations synchrones. La performance est magistrale. On imagine difficilement la synchronisation de la chorégraphie, pourtant ressentie sur cette pièce pianistique. Ajoutez-y les changements de plans qui font des effets de zooms et qui amène un autre aspect de réception de la danse.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville


Pour la deuxième pièce, Come Out les deux interprètes se retrouvent assises, en pantalons avec des bottines noires à talon sous deux abat-jours jaunes et leur chorégraphe ne sera que de gestuelle de mains, de bras et de tête avec quelques rotations sur les tabourets.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville

La troisième pièce Violin Phase sera la plus virtuose, la danseuse (impressionnante Yuka Hashimoto) encore en longue robe blanche tournoie sereinement, faisant de grands cercles, avançant et reculant, dans une énergie qui se déploie dans l'espace. L'empathie envahit la salle. Elle bondit allègrement et joyeusement, occupant l'espace sans trève. Une vraie performance alors qu'elle n'a pas arrêté de danser depuis le début.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville

Elle sera encore en scène pour la quatrième pièce Clapping Music où elle sera à nouveau rejointe par Laura Maria Poletti, dans un coin de lumière à droite de la scène pour une chorégraphie de gestes de profil contre la découpe blanche de lumière. En pliés de genoux, pointes et gestes de bras, de biais, toujours en subliment le rythme du son, les interprètes nous racontent une histoire sans mots et sans intention, avec uniquement l'objectif de nous emmener avec elles dans leur voyage. Et nous y souscrivons volontiers, bougeant dans notre monde imaginaire et prenant un plaisir secret dans cette performance.

La Fleur du Dimanche

Phase

Du 12 au 22 février 2020

CHORÉGRAPHIE 
Anne Teresa De Keersmaeker

Créée par Michèle Anne De Mey, Anne Teresa De Keersmaeker 
MUSIQUE Steve Reich, 
PIANO PHASE (1967), COME OUT (1966), VIOLIN PHASE (1967), CLAPPING MUSIC (1972) 
LUMIÈRES Remon Fromont 
COSTUMES 1981 Martine André, Anne Teresa De Keersmaeker 
AVEC EN ALTERNANCE Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti / Laura Bachman, Soa Ratsifandrihana

CRÉATION LE 18 MARS 1982, BEURSSCHOUWBURG, BRUXELLES.

mardi 18 février 2020

Yours, Virginia - Ballet de l'Opéra National du Rhin: Une lettre à la mer, sans réponse, à écrire encore ?

L'ambition de Bruno Bouché, directeur artistique de CCN -Ballet de l'Opéra National du Rhin est de constituer le répertoire du Ballet du XXIème siècle. Pour ce faire, il a invité Gil Harush, dont nous avons déjà pu voir ici "The Heart of my Heart" en 2018 (une production nominée par la critique pour le Prix de la Meilleure création) pour une nouvelle création avec l'ensemble de la troupe du Ballet du Rhin. Gil Harush, à la fois chorégraphe, psychothérapeute et professeur de danse s'est intéressé à la vie, à la personne de Virginia Woolf, sujet brûlant et intrigant à la fois, autrice ayant révolutionné la littérature de son temps, ayant aussi marqué par sa vie mouvementée les moeurs de son époque (son livre "Orlando" s'inspire sur sa liaison avec Vita Sackville-Westteacher) et qui s'est suicidée à 57 ans dans la rivière qui passe près de sa maison.


Yours, Virginia - Gil Harush - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupeney

Le sujet est vaste et aboutit à "Yours, Virginia", vaste fresque-collage d'une vingtaine de tableaux qui rassemble donc les danseurs du Ballet de l'Opéra National du Rhin et, sur scène quelquefois, au piano, Maxime Georges. L'Orchestre symphonique de Mulhouse dans la fosse, dirigé par le chef bâlois Thomas Herzog joue en direct les nombreux passages musicaux qui colorent les différentes pièces chorégraphique, allant de Haendel ou Gluck à Chostakovitch ou Philippe Glass en passant par Beethoven ou Tchaïkovski et même Edward Elgar et des musiques électroniques. C'est dire que le portrait en creux de cette "féministe" - telle que la qualifie Gil Harush - va se construire dans une belle diversité.



Yours, Virginia - Gil Harush - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupeney

Dès la première partie, ce personnage va se retrouver démultiplié par les danseuses habillées en maillot noir échancré et une jupette blanche fendue qui submergent la scène alors que les danseurs sont en short blanc avec un maillot transparent bleu. Un texte liminaire "Will you assure him of this?" qui fait référence à une des dernières lettre de Virginia à sa soeur Vanessa qui parle de son mari, marque l'intention:
"I cu an't imagine that anyone could have done for more me than he has. We have been perfectly happy until this last few weeks, when this horror began. Will you assure him of this?"
"Je ne peux imaginer que quiconque aurait pu faire autant pour moi que lui. Nous avons été parfaitement heureux jusqu'à ces dernières semaines, quand cette horreur a commencé. Voulez-vous bien l'assurer de ceci?"


Yours, Virginia - Gil Harush - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupeney

La personnalité est difficile à comprendre et les tableaux, entre mouvements d'ensemble et solos ou petites formations essayent de cerner cette pensée multiple, avec très souvent des duplications des personnages, des échos transformés ou des entraves dans le jeu - quelques solos ou autres scènes se passant derrière la "foule". Le vocabulaire lui-même est souvent transposé, les danseuses ayant des mouvements très chtoniens, enracinés, presque masculins. Quelques rares éléments scénographiques - un "écran" de verre qui projette des scènes fantasmées (?), un bocal bleu, tonneau des danaïdes impossible à vider, une pierre symbole de la noyade et un parterre de fleurs suspendu à l'envers - suggèrent des clés de lecture. Et quelques tableaux un peu plus figuratifs (deux rois que dansent en slip, une danseuse classique en haut de cuirasse, des baigneurs sur fonds de mer, une maitresse-femme qui dompte la foule à quatre pattes, un mouvement d'ensemble qui prend son envol de cygne) jettent quelques repères dans ce patchwork singulier.


Yours, Virginia - Gil Harush - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupeney

Une lettre jetée à travers les siècles pour essayer de comprendre la pensée créatrice de Virginia et continuer à se poser les questions plutôt que d'avoir des réponses toutes faites.

La Fleur du Dimanche

Yours, Virginia

Du 18 au 21 février - Opéra National du Rhin - Strasbourg
Du 2 au 3 avril 2020 - Opéra National de Lorraine

Chorégraphie: Gil Harush
Musique : Benjamin Britten, Dmitri Chostakovitch, Philip Glass, Arvo Pärt, Ralph Vaughan Williams
Direction musicale: Thomas Herzog
Dramaturgie musicale : Jamie Man
Costumes : Gil Harush
Scénographie: Aurélie Maestre
Lumières: Virginie Galas

CCN - Ballet de l'Opéra national du Rhin, 
Orchestre symphonique de Mulhouse

samedi 15 février 2020

ART Karlsruhe a la #Banane: une foire d'Art en forme

Le ton est donné sur le parking menant à Art Karlsruhe: la Banane!
Elle est collée à l'arrière d'une VW noire et augure de la vitalité de cette Foire d'Art qui en très peu d'années a réussi à se hisser à un bon niveau.


Art Karlsruhe - Banane- Photo: lfdd

Petit tour d'horizon en quelques chapitres: Les Fleurs - La Banane - la Couleur - la France - Les classiques - ...

Les Fleurs 

L'art aime les fleurs, Art Karlsruhe aussi et La Fleur du Dimanche, bien sûr n'est pas insensibles aux bouquets fleuris...
Dans le couloir, pour ne pas se perdre, les tulipes jaunes et rouges aux couleurs de la foire indiquent le chemin à l'amateur(trice) d'art entre les quatre halls où l'on peut trouver de nombreux artistes sur les 210 stands (dont 41 nouveaux arrivants) qui présentent une large variété d'oeuvres....


Art Karlsruhe 2020 - Couloir et tulipes - Photo: lfdd


Art Karlsruhe 2020 - Couloir et tulipes - Mondrian ? - Photo: lfdd


A l'entrée du Hall 1 nous retrouvons les valeurs immuables, comme l'année dernière, les céramiques de fleurs de Patrick Gross chez Chief & Spirit:


Art Karlsruhe 2020 - Chief & Spirit - Stephan Gross - Daisy net - Photo: lfdd


Et une sculpture de Patrick Bergsma: Dutsch Blues avec de la porcelaine de Delft :

Art Karlsruhe 2020 - Chief & Spirit - Patrick Bergsma - Dutch Blues - Photo: lfdd

Idem à l'entrée du Hall 2, les tulipes auxcouleurs d'Art KArlsruhe d'Alireza Varsandeh sur le stand de Barbara von Stechov: 

Art Karlsruhe 2020 - Barbara von Stechov - Alireza Varsandeh - Photo: lfdd




La Banane

Nous ne nous attendions pas à autant de bananes sur une foire d'art. Même à la FIAC nous n'en avons pas vues autant.
La première, clin d'oeil à Thomas Baumgaertel - à propos duquel nous avons échangés quelques mots avec un collectionneur curieux au moment la prise de vue de la photographie inaugurale  - ne nous laissait pas augurer que nous allions trouver un beau panel d'oeuvres dudit Baumgaertel sur une galerie germano-espagnole (Karlsruhe-Barcelone).


Art Karlsruhe - Baumgaertel - Banane Stop - Photo: lfdd

Art Karlsruhe - Baumgaertel - Kunst kauft Banane Stop - Photo: lfdd


Art Karlsruhe - Baumgaertel - Bundesbananenadler Stop - Photo: lfdd


Idem pour l'hommage à Maurizio Catellan par Imke Valentien de la Galerie Valentien de Stuttgart intitulé "Spass musss sein" - Il faut bien en rire - Ou quand le galeriste devient artiste !

Art Karlsruhe - Galerie Valentien - Imke Valentien - Spass muss sein - Photo: lfdd

Pour être plus sérieux, une sérigraphie de Brainwash "Banana Split, weiss" (blanc) sur le stand de Art Box Berlin:


Art Karlsruhe - Brainwash - Banana Split, weiss - ArtBoxBerlin - Photo: lfdd


Pour un peu d'humour, les bananes se trouvent encore sur les sacs (comme l'année dernière avec la Kunsthalle de Schweinfurt) ou dans la coupe sur le meuble de stand ( à manger avec ou sans baguettes):


Art Karlsruhe - Bananes Bonbon  - Photo: lfdd 

Des grosses pointures de l'Art se sont également penchées sur la banane. Ici Fernando Botero avec Medelin :


Art Karlsruhe -- Fernando Botero - Medelin - Photo: lfdd
Art Karlsruhe - Fernando Botero - Medelin - Photo: lfdd

L'Art est un cri !

L'artiste, souvent, exprime une angoisse par rapport au futur (ou tout simplement par rapport à son futur à lui, voir Munch..). Sur la foire, les réseaux sociaux - et leurs règles et usages de communication ont inspiré Adrian Mechernich qui fait face à ce tableau angoissant:


Art Karlsruhe 2020 - Art Room - Adrian Mechernich  - The scream emoji - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2020 - Art Room - Adrian Mechernich  - The scream emoji - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2020 - Art Room - Adrian Mechernich  - The scream emoji - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2020 - Art Room - Adrian Mechernich  - The scream emoji - Photo: lfdd

 

Art Couleur et Matière

Autre versant de Art Karlsruhe, la couleur.... C'est une foire gaie et colorée, avec entre autres Heinz Mack et d'autres...  Art_Karlsruhe_2020_Couleur_Heinz_Mack_P1390593:


Art Karlsruhe 2020 - Heinz Mack - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2020 -  Photo: lfdd




A suivre...


La Fleur du Dimanche

vendredi 14 février 2020

Nik Bärtsch et les Percussions de Strasbourg: Shaker Kami: secouer doucement... l'esprit

Le ton est donné dans la salle de du Fossé des Treize à Strasbourg pour le concert Jazzdor de Nik Bärtsch et des Percussions de Strasbourg pour cette création mondiale de "Shaker Kami".... 
Dans le noir, les six musicien.ne.s Nik Bärtsch, Flora Duverger, Théo His-Mahier, Enrico Pedicone, Rémi Schwartz et Galdric Subirana s'invitent dans la salle plongée dans le noir et enveloppent le public de doux grésillements de grillons. 

Jazzdor - Shaker Kami - Nick Bärtsch - Percussions de Strasbourg - Photo: lfdd

Ce massage calmant des oreilles mute en de douces percussions de ces "shaker", puis se développent en rythmes alternés quand les protagonistes se retrouvent en rond sur scène pour de belles et discrètes variations. Celles-ci se colorent de sonorités aquatiques quand le maître Zen Nik Bärtsch lance au piano les premières notes qui vont conduire et bercer les auditeurs nombreux de ce concert original. 

Jazzdor - Shaker Kami - Nick Bärtsch - Percussions de Strasbourg - Photo: lfdd


Résultat d'une série de résidences avec les Percussions de Strasbourg, le travail de création voit son aboutissement avec cette création mondiale de "Skaker Kami" que l'on peut essayer de d'interpréter par "esprits secoueurs" - Kami étant le noms donné aux dieux ou aux esprits dans la religion shintoïste et les shakers étant ces "outils" percussifs qui vont permettre d'atteindre un "état d'esprit" apaisé, entre relaxation, communication et groove. Etat dans lequel les musiciens et le public va tendre grâce à des structures répétitives, entêtantes, envoûtantes. 

Jazzdor - Shaker Kami - Nick Bärtsch - Enrico Pedicone - Photo: Patrik Lambin

Jazzdor - Shaker Kami - Nick Bärtsch - Percussions de Strasbourg - Photo: Patrik Lambin


Nik Bärtsch au piano, le frappant comme instrument de percussion, ou frappant des notes brèves qui vont se déployer en séquences répétitives et évolutives, quelquefois pinçant ou frottant les cordes, donne la structure. Deux batteries Enrico Pedicone et Théo His-Mahier, Galdric Subirana aux percussions et synthétiseur, Flora Duverger, entre percussions, lap steel guitare et kalimba électrique, et Rémi Schwartz au xylophone, dans un bel ensemble cohérent vont nous emmener pendant une bonne heure dans ce voyage reposant, tout en variations, en écoute et en retrouvailles sur un tapis de percussions mais aussi de changements de rythme entrecoupé de quelques mélodies dansantes qui pourraient être des valses sans fin. 

Jazzdor - Shaker Kami - Nick Bärtsch - Flora Duverger - Photo: Patrik Lambin

Shaker Kami - Rémi Schwartz - Percussions de Strasbourg - Photo: Patrik Lambin

L'on se laisse happer par cet univers propice à l'écoute intériorisée et quand cela s'arrête, on en redemande. Et le groupe nous fait don d'un rappel comme un supplément d'âme qu'il nous permet d'emporter dans la nuit de février..  

Jazzdor - Shaker Kami - Nick Bärtsch - Percussions de Strasbourg - Photo: Patrik Lambin





Je vous propose de jeter un coup d'oeil sur l'interview de Nick Bärtsch et les images de répétitions avec les Percussions de Strasbourg qu'Alain Walther a faites pour Szenik - merci à lui:
https://www.facebook.com/szenik.eu/videos/721695995026373/

Et merci à Patrick Lambin pour ses photos en N&B.


La Fleur du Dimanche

Shaker Kami

14.02.2020 : Jazzdor, Strasbourg
07.03.2020 : Festival Apple & Olives, Zürich
11.04.2020 : Theaterhaus, Jazztage Festival, Stuttgart
22.05.2020 : Festival Musique Action, CCAM de Nancy

jeudi 13 février 2020

Histoires d'amour à l'OPS: un Mahler n'arrive jamais seul ou une Saint Valentin poignante

Le titre nous le laissait deviner: d'histoires d'Amour, il y en avait au moins deux. Et comme le veut (un peu) la légende (ou la tradition), qui dit amour - Eros - dit mort - Thanatos.

Le programme du concert à l'affiche de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg sous le signe (et la date) de la Saint Valentin, en ce 13 et 14 février 2020, voit donc une première pièce de Richard Wagner, un résumé en quelque sorte de l'Opéra Tristan et Isolde qui dure quatre bonnes heures: Le Prélude et la Mort d'Isolde en dix-neuf minutes.


Histoires d'amour - OPS - Wagner - Tristan et Isolde - Photo: lfdd

Cette légende médiévale que Richard Wagner a réécrite pour cette pièce qui marque l'entrée de la Musique dans la modernité, a été créée le 10 juin 1845 à Munich. Une lente introduction qui monte en puissance nous engage vers cet entremêlement du désir et le la mort avec une puissance et une sensualité incroyable. Les nombreuses mélodies se relaient et se répètent. La mort d'Isolde - "Liebestod" - conclut avec passion cette transfiguration de l'Amour éternel.


Histoires d'amour - OPS - Mahler - Symphonie N° 5 -  Photo: lfdd

Ensuite, la Symphonie n°5 en do dièse mineur de Gustav Mahler (1860-1911) qu'il a commencé à écrire en 1901. Le compositeur venait d'échapper de justesse à la mort (une hémorragie intestinale) et il va rencontrer Alma Schindler, qui n'a que 22 ans et avec qui il va vivre une relation passionnée. Cette passion donne également sa couleur à cette cinquième Symphonie.


Histoires d'amour - OPS - Mahler - Symphonie N° 5 -  Photo: Nicolas Rosès

Elle démarre par une puissante sonnerie de trompette (Vincent Gillig). La trompette et les vents vont souffler fortement en solo ou en famille tout au long de la pièce. Les cordes, graves, démarrent cette marche funèbre (Trauermarch: im gemessenen Schritt. Streng. Wie ein Kondukt) et les airs martiaux alternent avec une mélodie plus tendre, rassurante, tout en allant de climax en climax.


Histoires d'amour - OPS - Mahler - Symphonie N° 5 -  Photo: Nicolas Rosès

Le deuxième mouvement (Sturmisch bewegt. Mit grösster Vehemenz) débute par une véritable tempête sonore et les airs sont repris par les différentes familles d'instruments. Avec le troisième mouvement (Scherzo: kräftig, nicht zu schnell), le ciel se découvre, l'air redevient frais et virevoltant, presqu'une fête, des danses rustiques (Ländler) ou des valses viennoises se laissent entendre dans les variations pour se fondre dans un chaos avant le point final. 


Histoires d'amour - OPS - Mahler - Symphonie N° 5  - Direction. Aziz Shokhakimov -  Photo: Nicolas Rosès

Le quatrième mouvement, l'Adagietto: Sehr Lagsam, rendu célèbre par le film de Visconti "Mort à Venise" voit un dialogue apaisé et nostalgique entre les corde et la harpe (Pierre-Michel Vigneau). C'est d'ailleurs par ce mouvement que Mahler a commencé à écrire sa Symphonie. Pour le mouvement final, Rondo-Finale: Allegro c'est un retour aux vents. Quelques airs lancés et repris par les vents (cor, Alban Beunache, hautbois, Sébastien Giot et clarinette, Sébastien Koebel) puis par l'orchestre lancent la folle explosion de joie et les savants mélanges d'airs repris et mixés dans des supperposition et expositions ruptures continues.


Histoires d'amour - OPS - Mahler - Symphonie N° 5 - Direction. Aziz Shokhakimov -  Photo: Nicolas Rosès


Un vrai feu d'artifice et une montée en puissance sans fin où l'orchestre et son chef vont au bout de leur engagement. Un chef-d'oeuvre magnifiquement servi. En plus des solistes, il faut saluer la merveilleuse interprétation de l'ensemble des musicien.ne.s de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg qui ont magnifiquement alterné ces instants solos avec des mouvements d'ensemble, à l'unisson ou par grandes familles. Et le talent remarquable du chef "prodigue" Aziz Shokhakimov qui a complètement payé de sa personne dans une direction physiquement très engagée - une vrai spectacle à lui tout seul.
Il faut rappeler que ce dernier a apris à six ans le violon, l'alto et la direction d'orchestre à l'âge de six ans et qu'il a dirigé à treize ans l'orchestre symphonique national d'Ouzbekistan, dont il est devenu le chef principal à dix-huit ans. A 21 ans il remporte le Concours international de direction d'orchestre Gustav Mahler de Bamberg. Et il a prouvé tout son talent lors de cette soirée mémorable.

La Fleur du Dimanche

Concert du 13 février 2020 - 20h00 - Orchestre Philharmonique de Strasbourg
Premier violon - super soliste: Charlotte Juillard
Direction: Aziz Shokhakimov
Encore une représentation le 
14 février à 20h00 au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg