dimanche 29 septembre 2019

Musica 2019: Deuxième samedi: Dufourt - Doppelgänger - Les Cris de Paris et Keravec

Programme chargé pour ce deuxième samedi du Festival Musica: des concerts du matin au soir et tard dans la nuit... De quoi épuiser les festivaliers!

Ca démarre pour les  enfants à 10h30 avec le 'mini-musica" et les choses sérieuses à 11h00 avec la suite de l'hommage - Portrait de Hugues Dufourt version 3: le piano:

Portrait Hugues Dufourt #3 - Jean-Pierre Collot


Musica 2019 - Portrait Hugues Dufoutr - Jean-Pierre Collot - Photo: lfdd

Au piano, Jean-Pierre Collot nous propose ce portrait en quatre pièces sur plus d'une heure de concert, une belle palette de talents. Pour commencer "An Schwager Kronos" (1994) / 11’ d'après un poème de Goethe traduit en français "Au postillon, Kronos" dont voici le début:

An Schwager Kronos

Spude dich, Kronos!
Fort den rasselnden Trott!
Bergab gleitet der Weg;
Ekles Schwindeln zögert
Mir vor die Stirne dein Zaudern.
Frisch, holpert es gleich,
Ueber Stock und Steine den Trott
Rasch in's Leben hinein!

Nun schon wieder
Den erathmenden Schritt
Mühsam Berg hinauf.
Auf denn, nicht träge denn,
Strebend und hoffend hinan!

Weit, hoch, herrlich [der Blick
Rings]1 ins Leben hinein,
Vom Gebirg' zum Gebirg'
Schwebet der ewige Geist,
Ewigen Lebens ahndevoll.

Au postillon Chronos

Hâte-toi, Chronos !
En avant, au trot ferraillant!
En descendant glisse le chemin ;
Un vertige écœurant hésite
En moi à te voir traîner.
Allons, cahote également,
Sur les branches et les pierres au trot,
Vivement dans la vie !

Maintenant déjà à nouveau
Essoufflé au pas,
Péniblement en montant la colline.
En haut alors, ne sois pas paresseux,
Luttant et espérant vers le haut !

Large, haute et splendide est la vue
Circulaire sur la vie,
Depuis les montagnes jusqu'aux montagnes
Flotte l'esprit éternel,
Plein de promesse de vie éternelle.

La pièce joue sur les contrastes, sombre - clair, avec des frappes puissantes et des décalages d'accords. Nous pouvons apprécier la virtuosité de Jean-Pierre Collot dans cette pièce relativement calme.

La deuxième pièce, également sur un poème de Goethe, "Rastlose Liebe" - "Amour sans trêve" (2000) / 5’ est écrite en écho d'un Lied de Schubert comme toutes les pièces de cette matinée. Schubert qui a été une source d'inspiration et de confrontation réussie pour Hugues Dufourt. Plus courte et plus enjouée que les autres, elle garde un rythme rapide et vif.

Pour la pièce "Meeresstille" (1997) / 13’ toujours sur un poème de Goethe que Beethoven avait mis en musique, le rythme est celui d'un lent voyage de retour au pays, calme et doux, reposant, allant vers le silence.

Dernière, et conséquente pièce, "Erlkönig" (2006) durant près de 30 minutes, la lente chevauchée de ce père qui essaie de ramener sur son cheval, son fils à la maison, en traversant des forêts brumeuses, et de multiples obstacles pour finalement se rendre compte à l'arrivée que son fils est mort. La chevauchées est lourde et sourde au départ et l'on sent la tension monter au fur et à mesure de la pièce, le temps s'accélère mais tout finit dans un dernier souffle qui laisse les spectateurs eux aussi exténués. Mais ils trouvent encore l'énergie de saluer la performance de l'interprète et le talent du compositeur. 


Musica 2019 - Portrait Hugues Dufourt - Jean-Pierre Collot - Photo: lfdd

Il ne faut pas oublier qu'Hugues Dufour a étudié le piano avec Louis Hildbrand (un "enseignement de haut niveau") et qu'il a aussi été introduit à la musique de son temps par Roger Accard. Il estime que la pratique instrumentale est indispensable pour un compositeur et il dit: "Selon moi, les musiciens simplement formés à l'écriture sont patauds" et nous lui donnons raison à la suite de ce concert.
  
Doppelgänger

La journée continue au Théâtre de Hautepierre avec les flamands de l'Ensemble Nadar qui vont nous émerveiller avec leurs trouvailles magiques dans le spectacle Doppelgäger. Le titre annonce le double ou le sosie et tout va tourner autour de cette magie qui a commencé avec le cinéma de Méliès dont le film qui met en scène un homme-orchestre qui fait apparaître puis disparaître six sosies et leurs chaises débute le programme. La suite va décliner et explorer toutes les variations et potentialités des nouveaux médias et des technologies digitales, jusqu'au jeu vidéo, de ces pistes de magie visuelle. 
Les pièces de Simon Steen-Andersen "Study for string instrument #2"(2009) et "Study for string instrument #3" (2011), de même que celle de Serge Verstockt "À la recherche de temps" (2005) jouent sur la multiplication à l'image des interprètes qui se répondent et se complètent dans un joyeux délire de musique.


Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

Stefan Prins avec "
Generation Kill" (2012) nous rend attentif à la multiplication des "doubles" quitte à ce qu'ils soient dématérialisés, télécommandés et qu'à la limite ils se dissolvent dans l'écran en éclatant dans la pixellisation. Le dispositif renforce la position du double qui n'est plus soi-même, qui n'est même plus l'autre puisque c'est une créature totalement fictive gérée et manipulée par des humains - quatre musisiens qui nous tournent le dos - et qui font vivre sur leurs ordinateurs et à l'aide de joystick ces créatures virtuelles qui se superposent et occultent les vrais musiciens enfermés dans leurs cubes. 


Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

La composition avec les effets en temps réel et les musiciens (percussion, guitare électrique, violon, violoncelle) est originale et assez prenante, comme un jeu vidéo, même si, de part ce dispositif même de jeu vidéo (les joueurs absorbés dans leur action et nous tournant le dos font que la durée de la pièce (plus de 25 minutes) semble un peu longue.


Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

Un extrait du film des Marx Brothers "Duck Soup", la "scène du miroir", nous rappelle que quelquefois la simplicité peut être aussi d'une grande qualité, et que l'interprétation, ou le jeu de la relation à l'autre (et même à l'intrus qui arrive à la fin) est porteur de sens.

Le summum de la virtuosité est atteint avec la pièce de Michael Beil
"Exit to Enter" (2013) pour laquelle les musiciens se multiplient en direct sous nos yeux ébahis et nous font des danses musicales tout en continuant d'interpréter le morceau. Un vrai moment de magie que Méliès lui-même ne renierait pas. D'autant plus que la musique de Michael Beil est entrainante à souhait. 
Nous sommes doublement ravis de voir la fabrication du spectacle et d'en déguster le résultat en même temps.
Il faut saluer ces artistes mutlitâches et multiples, qui sont plus nombreux qu'il le font croire:
Marieke Berendsen, Katrien Gaelens, Yves Goemaere, Wannes Gonnissen, Pieter Matthynssens, Elisa Medinilla, Thomas Moore, Stefan Prins, Dries Tack Kobe, Van Cauwenberghe.

Et si vous voulez les voir, c'est ici:


   

A suivre...

La Fleur du Dimanche

vendredi 27 septembre 2019

Musica 2019: Einstein on the Beach: une énorme vague qui nous submerge

Eintein on the Beach a révolutionné la musique contemporaine, sinon le monde de l'art en général, tout comme Wagner en son temps... 
Lors de sa création  au Festival d'Avignon en 1976, ce spectacle total - musique, danse, arts plastiques - de Philip Glass et Robert Wilson, créé avec avec les chorégraphes Lucinda Childs et Andy Degroat, et des textes de Lucinda Childs, d'un jeune autiste Christopher Knowles et de Samuel M. Johnson eurent un écho formidable. D'autant que ce spectacle de presque cinq heures, tellement gigantesque à créer, ne sera repris que très peu par la suite. Après la première tournée, il n'y eut en effet que deux reprises en 1992 et en 2012.
Un nouvelle version scénique est créée le 11 août 2019 par Daniele Finzi Pasca au Grand Théâtre de Genève à l'Opéra, dont les dernières repésentations viennent de s'achever.
Une autre version, concertante et plus légère - et qui dure une heure de moins a été créée en novembre 2018 par l'ensemble Ictus, que nous avons pu voir lors du Liquid Room de Musica il y a une semaine aux Halles Citadelle.
C'est cette version que le Festival Musica propose ce 27 septembre à son public nombreux et ravi au Palais de la Musique et des congrès de Strasbourg.


Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Musica 2019 - Einstein on the Beach - Philip Glass - Ictus - Photo: lfdd

Fa, si la, do, ré, facile à adorer

La pièce, hypnotique dans sa construction, faite de répétitions et de brusques changements de phrases musicales, se contruit sur presque quatre heures avec un langage minimal (one, two, three, for,... one two, three, four, five, six, seven, eight) ou encore les notes (fa, si, la, do, ré,...) chantées par les membres du Colegium Vocale de Gent qui vont tenir, en alternance, la durée du spectacle, de même que les musiciens de l'ensemble Ictus (deux flutes, le saxophone, la clarinette et le violon et deux synthétiseurs, virtuoses à souhait), et la récitante Suzanne Vega, à la voix claire et enjôleuse, électrique presque et un peu sifflante. 
La musique sur la durée nous introduit dans un état second, rompu de temps en temps par des brusques sursauts, ou nous entrainant dans une danse moyennâgeuse sous forme d'une chaconne jouée au violon et au synthétiseur. Auparavant on a bien cru entendre quelques airs religieux chantés par les choeurs. Mais la musique reste très minimaliste et répétitive, même si l'interprétation de l'ensemble Ictus et du Colegium Vocale de Gent et leur occupation de la scène est très zen.
Le choix de Suzanne Vega comme récitante se justifie également totalemnt à la fin de la pièce lors du dernier texte où sa voix charmeuse et douce nous sussure à l'oreille ce conte de fée qui clôt la pièce avec le texte de Samuel M. Johnson:

"The day with its cares and perplexities is ended and the night is now upon us. 
The night should be a time of peace and tranquility, a time to relax and be calm. 
...
And what sort of story shall we hear? 
Ah, it will be a familiar story, a story that is so very, very old, and yet it is so new. It is the old, old story of love.

La journée avec ses soucis et ses perplexités est terminée et la nuit est maintenant sur nous.
La nuit doit être un moment de paix et de tranquillité, un moment de détente et de calme.
...
Et quelle sorte d'histoire allons-nous entendre?

Ah, ce sera une histoire familière, une histoire très, très ancienne et pourtant si nouvelle. C'est la vieille, vieille histoire d'amour."

....
"wo lovers sat on a park bench with their bodies touching each other, holding hands in the moonlight.
There was silence between them. 
So profound was their love for each other, they needed no words to express it. 
And so they sat in silence, on a park bench, with their bodies touching, holding hands in the moonlight.
Finally she spoke. "Do you love me, John?" she asked. 
"You know I love you. darling," he replied. "I love you more than tongue can tell. You are the light of my life. my sun. moon and stars. You are my everything. Without you I have no reason for being."
Again there was silence as the two lovers sat on a park bench, their bodies touching, holding hands in the moonlight. 
Once more she spoke. 
"How much do you love me, John?" she asked. 
He answered : "How much do I love you? 
Count the stars in the sky. 
Measure the waters of the oceans with a teaspoon. 
Number the grains of sand on the sea shore. 
Impossible, you say. 
Yes and it is just as impossible for me to say how much I love you.
"My love for you is higher than the heavens, deeper than Hades, and broader than the earth. 
It has no limits, no bounds. 
Everything must have an ending except my love for you."
There was more of silence as the two lovers sat on a park bench with their bodies touching, holding hands in the moonlight.
Once more her voice was heard. 
"Kiss me, John" she implored. 
And leaning over, he pressed his lips warmly to hers in fervent osculation."
Samuel M Johnson

Et son charme incarné dans cette construction presque abstraite nous invite à une belle nuit où nous garderons encore longtemps en mémoire ce magnifique voyage.



La Fleur du Dimanche

jeudi 26 septembre 2019

Musica 2019: Musique Temple: La Messe dans le noir et le bruit

Depuis l'annonce de la programmation du Festival Musica, tout le monde attendait cette soirée emblématique de la nouvelle direction du Festival: "Sonic Temple", une soirée dans l'église Saint-PAul dédiée à une branche de la musique d'aujourd'hui trop peu connue encore en France.

Même si le mouvement noise ou bruitiste cherche ses racines dans le Futurisme italien -  Luigi Russolo avec son manifeste "L'arte dei rumori" (L'Art des bruits) en 1913 - ou dans la musique electrocaoustique - Edgard Varèse, Pierre Schaeffer, John Cage,... ou dans différentes expressions rock - Lou Reed, Velvet Underground, Captain Beefheart, et bien d'autres moins connus du grand public, la branche actuelle est surtout partie du Punk et la musique industrielle en Europe et au Japon, le groupe Merzbow créé par Masami Akita.

La soirée Strasbourgeoise, très "ouverte" , en témoigne le tarif "prix libre" va nous en présenter six facettes complémentaires.

En guise d'introduction, la dernière pièce de Phill Niblock pour orge, jouée par Hampus Lindvall, et bande sonore,  "Unmounted / Muted noun" - jeu de mot sur "Non monté / nom en sourdine" - est emblématique du travail de ce photographe-vidéaste, devenu musicien autodidacte. Une accumulation de masses sonores se propagent dans l'espace de l'église avec des micro-intervalles. L'expérience physique de l'écoute est à son plein, l'expérience immersive fonctionne.




Suit une pièce d'Erwan Keravec, le "sonneur" qui avait dans l'après-midi performé dans l'espace public, en l'occurrence sur les toits de la Faculté à l'Esplanade. Pour ce soir, ce sera une longue plainte des bourdons de sa cornemuse qui vont égalemant, via la résonnance et les harmoniques faisre émerger des chants de fées bretonnes - ou alsaciennes.





La performance d'Alice Kemp est plus "intime" et théâtrale, invitant les spectateurs(trices) à se plonger dans l'écoute du silence avant de voir émerger, dans une concetration immobile des fragments des sons, de voix et de musique qui vont se densifier pour nous laisser à nouveau dans le silence.







La performance de Dave Phillips est très impressionnante et ne laisse pas le spectateur tranquille. De brusques flashes associés à de brusques sons très forts, un déplacement incessant et nerveux, des cris amplifiés et saturés, puis des projections d'images d’espèces animales menacées et des cris, des questions répétées nous interrogent sur notre situation et le devenir de la planète... "What? " .. "Oh what?".









Le musicien Rudolf Eb.er, à l'origine du label Schimpluch, mélange de bruitisme et d'esprit Dada va nous célébrer un belle messe bruitiste dans le choeur de l'église auréolé d'un rouge de feu et de sang, couleur de l'Esprit.
  


Pour clôre cette longue soirée, Michael Gendreau nous propose une autre messe à sa façon en faisant résonner la totalité de l'église dans ses ondes propres, en particuliers les basses et les ultrabasses qui résonnent, se répondent et s'amplifient dans un parcours dans la pierre et les airs dont les spectateur(trice)s ont pu faire une expérience physique totale, avec la sourde angoisse de l'effondrement du bâtiment tout en pensant à Einstürzende Neubauten. 



Cette soirée aura été, dans un retour à l'esprit de découverte du Festival Musica des origines, l'occasion d'une expérience de spectateur et de découverte de musiques originales et peu connues. L'occasion aussi de s'ouvrir sur de nouveaux publics en brassant les populations dans une célébration du son et du corps.



La Fleur du Dimanche

mercredi 25 septembre 2019

Musica 2019: Hugues Dufourt : Portrait à traits brossés

Musica rend hommage à travers trois concerts à Hugues Dufourt, le compositeur philosophe qui a travaillé au CNRS et à l'IRCAM. Il a créé le CRISS  - Collectif de Recherche Instrumentale et de Synthèse Sonore avec, entre autres, Tristan Murail et s'intéresse de près au rapport entre musique et peinture.

Portrait en images:

Premier concert: Portrait Hugues Dufourt #1 - Accroche Note

Le concert démarre avec une pièce de 1990 pour guitare électrique et percussion "L"ile sonnante" Christelle Séry, à la guitare tire des distorsions et des boucles auxquelles répondent les gongs et cymbales frappées par Emmanuel Séjourné, cela frappe, sonne, un bruit d'hélicoptère apparait en tournoyant, des rifs strient cette pièce en boucles variablement aigues ou graves.

Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd

Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd


Suit "Vermillon" (2003) de Rebecca Saunders, pour guitare, toujours Christelle Séry, clarinette, Armand Angster et Violoncelle, Christophe Beau, où des nappes de sons passent sur les trois instruments, des éclats brusques, l'explosion d'une note. Les attaques et regroupées de plein de délicatesse, font se rejoindre les trois instruments qui se rejoignent et se fondent.
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Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd



Retour sur Dufourt avec "Ombre portée" (2015) pour violoncelle solo où l'instrument semble tenir un discours magistral fait d'énonciations graves et de caresses plus aigües puis quelques plaintes... presqu'un dialogue avec soi-même, en écho.


Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd


Pour terminer, "La vallée close" (2016) de Tristan Murail, compagnon d'aventure spectrales invite l'ensemble au complet auquel se joint la magnifique voix de Françoise Kubler pour chanter les Sonnets de Pétrarque d'une voix douce qui chante l'amour, avec un clin d'eoil à Liszt.


Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd


Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd

Musica 2019 - Hugues Dufour - Accroche Note - Photo: Lfdd


Deuxième concert: Portrait Hugues Dufourt #2 - Quatuor Arditti


Le portrait en touches précises de Dufourt se continue avec les trois pièces pour quatuor, magnifiquement interprétées par le Quatuor Arditi dont il faut saluer la prouesse technique et artistique: 

Dawn Flight (2008) / 22’
La  pièce présente une formidable virtuosité, avec des accords décalés, qui surprennent les oreilles. Les attaques asynchrones répètent des phrases en décalage énergiques comme si on n'en avait jamais fini... Pour finir, un vol léger, subtil, quelques sons qui se répandent come un cri dans l'air du matin.

Uneasiness (2010) / 20’
Après une introduction en solo de l'alto en sons tirés, les cordes se rejoignent pour un épisode inquiet. Curieusement le tourner des pages fait partie du jeu des musicien.

Le Supplice de Marsyas d'après Titien (2019) / 23’
Des frottements légers puis un air qui essaie d'émerger.. L'air se densifie alternant avec des traits courts, saccadés puis une partie plus calme, presque tendre avant d'accélérer et de partir en grattements et un soupir final.

Musica 2019 - Hugues Dufour - Quatuor Arditi  - Photo: Lfdd


A suivre

La Fleur du Dimanche

Le dernier portrait est programmé le samedi 28 septembre à 11h00 à la Salle de la Bourse avec Jean-Pierre Collot au piano:
Portrait Hugues Dufourt #3 - Jean-Pierre Collot

mardi 24 septembre 2019

Musica 2019: La Classe... de la Hear et du Conservatoire: Place aux jeunes... talents

Depuis quelques années le Festival Musica a mis en place un compagnonnage fécond avec la Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR), à la fois dans le domaine de la création - les étudiants en classe de composition, encadrés pas Daniel D'Adamo - que de l'interprétation - les élèves de la classe de direction mené(e)s par Jean-Philippe Wutz - sont confronté(e)s à la représentations publique d'oeuvres spécialement créées au cours de leur cursus. Et ce avec le concours de l'Ensemble de musique contemporaine de l'Académie Supérieure de Musique. C'est une formidable opportunité qui s'offre à la fois aux élèves compositeurs qui une année durant en duo avec les élèves-chefs d'orchestre vont se confronter à la réalité concrète de création d'une courte pièce pour petit ensemble, en l'occurrence des formations avec un effectif d'environ huit à quatorze musiciens, et donc des instruments variés, et aux chefs de créer ces pièces en condition réelles.
Cette expérience aboutit à un rendu "intermédiaire", le travail de diplôme en juin qui verra une première exécution, et la possibilité de peaufiner, d'amender ou de compléter l'oeuvre pour ce spectacle dans le cadre du Festival en septembre lors de cette soirée "Jeunes compositeur(trice)s et musicien(ne)s". Une deuxième soirée, le 1er octobre 2019, "Tell me everything" sera l'occasion pour les jeunes interprètes de se frotter également au répertoire contemporain sous la direction de Jean-Philippe Wurtz.


Evolution de la chute (2019) - Loïc Le Roux

La première pièce, de Loïc Le Roux, mariage de mondes sonores, entre bruitages, bruissements, grondements sourds qui s'éveillent et d'où émergent quelques phrases mélodiques énchevêtrées dans la masse fait se lever un souffle, vents et cordes ponctuées de percussions pour finir dans une extinction lointaine. Pour la petite histoire, la version initiale de juin de cinq minutes s'est vu adjoindre trois autres minutes de compositions qui concluent la pièce et l'équilibrent. 




Static memories. Chapter I J.M.H (2019) - Nicolas Medero Larrosa

La pièce de l'Argentin Nicolas Medero Larrosa nous présente la naissance d'un son, tourbillonnant et glissant, sifflant (à noter la présence des ondes Martenot jouées par Rémi Zeller), véritable travail suer la masse du son, essaim d'abeilles, tension souterraine et électrique qui quelquefois éclate en plein jour et se diffuse alentour. Les initiales du titre - J.M.H. - pourraient de réérer à Jimmy Hendrix, dont la pièce s'inspire des premières secondes de son morceau Foxy Lady.





Des espaces autres (2019) - Salvatore Iaia

La pièce "Des espaces autres" de Salvatore Iaia sont effectivement des espaces, formes musicales en mouvement, en déplacement, en décalage, glissements et frictions de plaques, avec des cordes pincées, frottées ou frappées, un bel univers d'une belle construction. 






zOOm (2019) - Sérgio Rodrigo

Pour "zOOm", le jeune compositeur brésilien nous propose des masses sonores, cordes et accordéon qui se fragmentent en éclats, puis s'étirent sur un rythme lancinant qui se distend jusqu'à l'immobilité.





Les espaces et les figures (2019) - Damian Gorandi

L'Argentin Damien Gorandi, lui aussi se frotte aux espaces, en tire de matières sonores variées confrontation des instruments tout en délicatesse complétés de sons électriques qui installent une tension et un univers très cinématographique, comme un film sans images. Les sons aigus de la flute et de l'accordéon, ainsi que de l'électronique qui s'opposent aux basses des cordes et des percussions. Il faut noter la précise direction féminine de cette formation par Natalia Salinas - la parité pour les compositeurs et les chefs n'est pas encore réalité... 





La soirée dans son ensemble a montré la qualité des auteur (compositeurs) qui ont pu présenter leur oeuvres soutenu(e)s par l'excellence des apprenti(e)s chef(fe)s d'orchestre et des musicien(ne)s de l'Académie Supérieure de Musique sous la houlette de Daniel D'Adamo et de Jean-Philippe Wutz. De belles promesses...


La Fleur du Dimanche

Jeunes compositeur(trice)s et musicien(ne)s
programme
Ensemble de musique contemporaine de l'Académie supérieure de musique de Strasbourg-HEAR

Classe de composition de Daniel D'Adamo
Classe de direction de Jean-Philippe Wurtz

Loïc Le Roux
Evolution de la chute (2019) / 8’
création mondiale

Nicolas Medero Larrosa
Static memories. Chapter I J.M.H (2019) / 7’
création mondiale

Salvatore Iaia
Des espaces autres (2019) / 8’
création mondiale

Sérgio Rodrigo
zOOm (2019) / 7’
création mondiale

Damian Gorandi
Les espaces et les figures (2019) / 10’
création mondiale



dimanche 22 septembre 2019

Musica à Bâle: La révolution d'Amour de Nono

"Die Schönheit steht der Revolution nicht entgegen" - "La beauté ne s'oppose pas à la révolution" !

Cette citation d'Ernesto 'Che" Guevara en exergue du spectacle "Al Gran Sole Carico d'Amore"  (Au grand soleil d’amour chargé) de Luigi Nono, présenté en première suisse au Grand Théâtre de Bâle dans le cadre du Festival Musica 2019 donne le ton et l'orientation de la pièce:
Il n'est nullement question de faire un spectacle moche, et la mise en scène de Sebastian Baumgarten, les décors de Janina Audick, la vidéo de Chris Kondek et les costume de Chritina Schmitt font de cette pièce un "beau spectacle" avec une esthétique un peu rétro et tout cela se regarde très agréablement.


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

Pour cette pièce, plus "Action scénique" qu'Opéra, comme le définit lui-même Luigi Nono, les deux parties jouent beaucoup sur des "tableaux" de toute beauté, autant dans le choix des vidéos ou des photos de fond de scène qui nous immergent dans les différents lieux de l'histoire (la nature, les usines ou les sites industriels) que des décors et la disposition spatiale de la scène et de son occupation. La masse des figurants est quelquefois impressionnante jusqu'à une cinquantaine de personne sur scène.  


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

Le choix de l'orchestration est également dans une certaine virtuosité et une ampleur autant pour la partie orchestrale que pour la partie vocale - que ce soient les choeurs, les solos ou les parties dédiées aux différents personnages interprétés par des quatuors.


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

Il faut dire que la pièce ne suit pas une narration linéaire et le déroulement d'une histoire, mais elle est à la fois circulaire et faite de collages de textes, de citations et d'éléments divers.
Luigi Nono, avec la collaboration de Juri Ljubimow, fait la construction du "livret" à partir de textes et de citations de Karl Marx à Che Guevara, de Cesar Pavese à Arthur Rimbaud, de Gramsci à Castro, de Brecht à Gorki, dont la "mère" est un des personnages de la pièce.
Les femmes ont d'ailleurs le rôle principal, autant dans la première partie, qui s'intéresse plus particulièrement à deux d'entre elles, Louise Michel, l'héroïne de la Commune de Paris et "Tania" - Tamara Bunke, une Allemande partie aux côtés de Che Guevara dans sa révolution et qui a été assassinée. 


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

Ces deux figures symboliques de révolutions échouées sont la base, le sens même de la pièce de Luigi Nono.
Dans la deuxième partie, il va rendre compte plus anonymement - bien qu'il cite toujours des "héros" de révolutions déchues, des destinées d'anonymes, ou de personnages de romans (Gorki, Pavese) ou de poésies (Rimbaud avec "Les Mains de Marie-Jeanne" qui donnent son titre à la pièce):

L'éclat de ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis !
Dans leurs phalanges savoureuses
Le grand soleil met un rubis !

Une tache de populace
Les brunit comme un sein d'hier ;
Le dos de ces Mains est la place
Qu'en baisa tout Révolté fier !

Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d'amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris insurgé !

Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,
À vos poings, Mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !

Et c'est un soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois,
On veut vous déhâler, Mains d'ange,
En vous faisant saigner les doigts !


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

Ce sera Déola, la prostituée qui, à Parme assiste impuissante à l'arrivée du fascisme en Italie, ou Pawel, exploité, qui essaie de se révolter, en vain contre le directeur de l'usine. Ce seront tous ces inconnus de la Commune, de la guerre du Vietnam, des révoltes d'Amérique du Sud ou d'ailleurs qui se battent pour la justice et la fraternité. Et ce seront pour finir, la foule qui essaie de résister à la "machina represiva"  - Unterdrückungsmaschine - La "Machine de répression", qui, comme une épée de Damoclès, support du pouvoir (l'on voir Nixon à la télévision justifier l'engagement au Vietnam), écrase la foule qui pourtant résiste et gagne.


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

L'objectif de Nono n'est pas de construire un monument à la "Révolution", aux révolutions, mais de montrer des situations "pour l'exemple" et la réflexion, dans une distanciation brechtienne (à noter sa présence "orale" sur la bande magnétique qui défile sur le magnétophone tout au long du spectacle), et une leçon d'humanité, à l'exemple de Louise Michel qui a gagné son "exil".

"Für dieses weite und hilfsbereite Herz, trunken von Solidarität, ist die einzig atembare Luft die Menschenliebe"
"Pour ce coeur immense et généreux, ivre de solidarité, le seul air respirable est la bonté"
Jules Jouy über/à propos de Louise Michel

Ou la paroles des sud-américains qui disent:
"La nature était notre amie
La forêt notre maison".


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

C'est le message du révolutionnaire Nono, "l'Orphée de gauche" qui s'est engagé dans ce spectacle à rendre vivant une pensée de progrès, incarnée par ces personnages et relayée par ces paroles, du passé, du présent et du futur pour nous rendre sensible à l'engagement et à la générosité humaine, pour un futur meilleur.
C'est par ailleurs également l'intention de Sébastian Baumgarten, soutenu à la direction de l'orchestre par Jonathan Stockhammer de rendre actuel ce message, de l'inscrire dans une problématique de notre temps, non comme une nouvelle révolution mais comme une prise de conscience de notre responsabilité supragénérationelle étendue (erweiterte generationsübergreifenden Verantwortung) de notre être, pas seulement par rapport à l'autre mais par rapport aux animaux, aux plantes et à la matière, de penser en incluant les "marges" (Ränder) dans la durée.


Musica 2019 - Theater Basel - Luigi Nono - Al Gran Sole Carico d'Amore - Photo: Birgit Hupffeld

La pièce à la fois très belle, mais également dangereuse, parce qu'elle ne nous laisse pas en paix (alors que, comme le dit Sébastian Baumgarten, nous vivons depuis plus de soixante-dix ans dans un monde en paix et que nous avons peur de changer), c'est donc avec raison que cette création suisse se justifie - qui n'est que la huitième production depuis la création à Milan en 1975.

Et comme le dit Rilke:  
"Car le beau n'est rien d'autre que le commencement du terrible que nous supportons encore avec peine et nous l'admirons, parce qu'il possède suffisamment de flegme pour renoncer à nous détruire."





La Fleur du Dimanche

Al Gran Sole Carico d'Amore

A voir encore à Bâle au Theather Basel les 28 et 30 septembre et 12, 16 et 29 octobre 2019 

Orchestre Symphonique de Bâle

Choeur du Theater Basel

Direction musicale Jonathan Stockhammer
Mise en scène Sebastian Baumgarten
Scénographie Janina Audick
Costumes Christina Schmitt
Vidéo Chris Kondek
Direction de chœur Michael Clark
Son Cornelius Bohn
Dramaturgie Pavel B. Jiracek
avec Sara HershkowitzCathrin LangeSarah BradyKristina StanekRainelle KrauseNoa FrenkelKarl-Heinz BrandtDomen KrizajAndrew MurphyAlin AncaAntoin Herrera-Lopez KesselPaull-Anthony KeightleyCarina Braunschmidt
MUSIKALISCHE LEITUNG Jonathan Stockhammer
INSZENIERUNG Sebastian Baumgarten
BÜHNE Janina Audick
KOSTÜME Christina Schmitt
CHOREOGRAFIE Beate Vollack
VIDEO Chris Kondek
LICHT Roland Edrich
CHOR Michael Clark
KLANGREGIE Cornelius Bohn
DRAMATURGIE Pavel B. Jiracek

Ensemble
SOPRANO 1 Sara Hershkowitz
SOPRANO 2 Cathrin Lange
SOPRANO 3 Sarah Brady
SOPRANO 4 Kristina Stanek
TANIA Rainelle Krause
CONTRALTO Noa Frenkel
TENORE Karl-Heinz Brandt
BARITONO Domen Križaj
BASSO 1 Andrew Murphy Alin Anca
BASSO 2 Antoin Herrera-Lopez Kessel Paull-Anthony Keightley
UFFICIALE Ingo Anders
SOLDATO Constantin Rupp
VOCE DI DONNA Carina Braunschmidt
Kammerchor des Theater Basel
Chor des Theater Basel
Statisterie des Theater Basel

Es spielt das Sinfonieorchester Basel.