dimanche 29 septembre 2019

Musica 2019: Deuxième samedi: Dufourt - Doppelgänger - Les Cris de Paris et Keravec

Programme chargé pour ce deuxième samedi du Festival Musica: des concerts du matin au soir et tard dans la nuit... De quoi épuiser les festivaliers!

Ca démarre pour les  enfants à 10h30 avec le 'mini-musica" et les choses sérieuses à 11h00 avec la suite de l'hommage - Portrait de Hugues Dufourt version 3: le piano:

Portrait Hugues Dufourt #3 - Jean-Pierre Collot


Musica 2019 - Portrait Hugues Dufoutr - Jean-Pierre Collot - Photo: lfdd

Au piano, Jean-Pierre Collot nous propose ce portrait en quatre pièces sur plus d'une heure de concert, une belle palette de talents. Pour commencer "An Schwager Kronos" (1994) / 11’ d'après un poème de Goethe traduit en français "Au postillon, Kronos" dont voici le début:

An Schwager Kronos

Spude dich, Kronos!
Fort den rasselnden Trott!
Bergab gleitet der Weg;
Ekles Schwindeln zögert
Mir vor die Stirne dein Zaudern.
Frisch, holpert es gleich,
Ueber Stock und Steine den Trott
Rasch in's Leben hinein!

Nun schon wieder
Den erathmenden Schritt
Mühsam Berg hinauf.
Auf denn, nicht träge denn,
Strebend und hoffend hinan!

Weit, hoch, herrlich [der Blick
Rings]1 ins Leben hinein,
Vom Gebirg' zum Gebirg'
Schwebet der ewige Geist,
Ewigen Lebens ahndevoll.

Au postillon Chronos

Hâte-toi, Chronos !
En avant, au trot ferraillant!
En descendant glisse le chemin ;
Un vertige écœurant hésite
En moi à te voir traîner.
Allons, cahote également,
Sur les branches et les pierres au trot,
Vivement dans la vie !

Maintenant déjà à nouveau
Essoufflé au pas,
Péniblement en montant la colline.
En haut alors, ne sois pas paresseux,
Luttant et espérant vers le haut !

Large, haute et splendide est la vue
Circulaire sur la vie,
Depuis les montagnes jusqu'aux montagnes
Flotte l'esprit éternel,
Plein de promesse de vie éternelle.

La pièce joue sur les contrastes, sombre - clair, avec des frappes puissantes et des décalages d'accords. Nous pouvons apprécier la virtuosité de Jean-Pierre Collot dans cette pièce relativement calme.

La deuxième pièce, également sur un poème de Goethe, "Rastlose Liebe" - "Amour sans trêve" (2000) / 5’ est écrite en écho d'un Lied de Schubert comme toutes les pièces de cette matinée. Schubert qui a été une source d'inspiration et de confrontation réussie pour Hugues Dufourt. Plus courte et plus enjouée que les autres, elle garde un rythme rapide et vif.

Pour la pièce "Meeresstille" (1997) / 13’ toujours sur un poème de Goethe que Beethoven avait mis en musique, le rythme est celui d'un lent voyage de retour au pays, calme et doux, reposant, allant vers le silence.

Dernière, et conséquente pièce, "Erlkönig" (2006) durant près de 30 minutes, la lente chevauchée de ce père qui essaie de ramener sur son cheval, son fils à la maison, en traversant des forêts brumeuses, et de multiples obstacles pour finalement se rendre compte à l'arrivée que son fils est mort. La chevauchées est lourde et sourde au départ et l'on sent la tension monter au fur et à mesure de la pièce, le temps s'accélère mais tout finit dans un dernier souffle qui laisse les spectateurs eux aussi exténués. Mais ils trouvent encore l'énergie de saluer la performance de l'interprète et le talent du compositeur. 


Musica 2019 - Portrait Hugues Dufourt - Jean-Pierre Collot - Photo: lfdd

Il ne faut pas oublier qu'Hugues Dufour a étudié le piano avec Louis Hildbrand (un "enseignement de haut niveau") et qu'il a aussi été introduit à la musique de son temps par Roger Accard. Il estime que la pratique instrumentale est indispensable pour un compositeur et il dit: "Selon moi, les musiciens simplement formés à l'écriture sont patauds" et nous lui donnons raison à la suite de ce concert.
  
Doppelgänger

La journée continue au Théâtre de Hautepierre avec les flamands de l'Ensemble Nadar qui vont nous émerveiller avec leurs trouvailles magiques dans le spectacle Doppelgäger. Le titre annonce le double ou le sosie et tout va tourner autour de cette magie qui a commencé avec le cinéma de Méliès dont le film qui met en scène un homme-orchestre qui fait apparaître puis disparaître six sosies et leurs chaises débute le programme. La suite va décliner et explorer toutes les variations et potentialités des nouveaux médias et des technologies digitales, jusqu'au jeu vidéo, de ces pistes de magie visuelle. 
Les pièces de Simon Steen-Andersen "Study for string instrument #2"(2009) et "Study for string instrument #3" (2011), de même que celle de Serge Verstockt "À la recherche de temps" (2005) jouent sur la multiplication à l'image des interprètes qui se répondent et se complètent dans un joyeux délire de musique.


Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

Stefan Prins avec "
Generation Kill" (2012) nous rend attentif à la multiplication des "doubles" quitte à ce qu'ils soient dématérialisés, télécommandés et qu'à la limite ils se dissolvent dans l'écran en éclatant dans la pixellisation. Le dispositif renforce la position du double qui n'est plus soi-même, qui n'est même plus l'autre puisque c'est une créature totalement fictive gérée et manipulée par des humains - quatre musisiens qui nous tournent le dos - et qui font vivre sur leurs ordinateurs et à l'aide de joystick ces créatures virtuelles qui se superposent et occultent les vrais musiciens enfermés dans leurs cubes. 


Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

La composition avec les effets en temps réel et les musiciens (percussion, guitare électrique, violon, violoncelle) est originale et assez prenante, comme un jeu vidéo, même si, de part ce dispositif même de jeu vidéo (les joueurs absorbés dans leur action et nous tournant le dos font que la durée de la pièce (plus de 25 minutes) semble un peu longue.


Musica 2019 - Ensemble Nadar - Generation to Kill - Stefan Prins - Photo: lfdd

Un extrait du film des Marx Brothers "Duck Soup", la "scène du miroir", nous rappelle que quelquefois la simplicité peut être aussi d'une grande qualité, et que l'interprétation, ou le jeu de la relation à l'autre (et même à l'intrus qui arrive à la fin) est porteur de sens.

Le summum de la virtuosité est atteint avec la pièce de Michael Beil
"Exit to Enter" (2013) pour laquelle les musiciens se multiplient en direct sous nos yeux ébahis et nous font des danses musicales tout en continuant d'interpréter le morceau. Un vrai moment de magie que Méliès lui-même ne renierait pas. D'autant plus que la musique de Michael Beil est entrainante à souhait. 
Nous sommes doublement ravis de voir la fabrication du spectacle et d'en déguster le résultat en même temps.
Il faut saluer ces artistes mutlitâches et multiples, qui sont plus nombreux qu'il le font croire:
Marieke Berendsen, Katrien Gaelens, Yves Goemaere, Wannes Gonnissen, Pieter Matthynssens, Elisa Medinilla, Thomas Moore, Stefan Prins, Dries Tack Kobe, Van Cauwenberghe.

Et si vous voulez les voir, c'est ici:


   

A suivre...

La Fleur du Dimanche

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