jeudi 28 avril 2022

Giselle... de François Gremaud et Samantha van Wissen au Maillon: l'art du récit et de la suspension

 Giselle, qui ne connaît pas le célèbre ballet d'Adolphe Adam, le summum du ballet romantique sur une idée de Théophile Gautier et un livret co-écrit avec Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges. Vous avez sûrement vu ou entendu ou au moins entendu parler de ce ballet qui fut le premier succès populaire pour un ballet, au point que son interprète Carlotta Grisi vit son salaire plus que tripler après l'avoir créé, le jour de ses 22 ans le 28 juin 1841. Mais attention, Giselle... de François Gremaud présenté au Maillon, si vous faites bien attention, compte trois points de suspension. De suspension, il en est effectivement question, puisque la danse est l'art du saut, de la légèreté, de l'élan vers le ciel et aussi du "porté", où les danseurs sont les faire-valoir des danseuses "sylphides" (du nom du premier ballet romantique), êtres sans corps et aérien. Et que l'on va voir quelques sauts, des déboulés, de jetés et grand jetés par la performeuse-danseuse Samantha van Wissen. Nous avons en version mimée (et même pantomimée) et dansée la matière de Giselle sans point de suspension, donc sans silence, mais avec commentaire, texte et contexte. C'est un vrai plaisir et un réel éclaircissement que d'avoir, d'abord en introduction un rappel rapide de la source de la danse (le Roi Soleil, Louis XIV, excusez du peu) jusqu'à la vraie reconnaissance de cet art qui marie musique et mouvement. Et, pour finir une très instructive "lecdem" ou lecture commentée, conférence non pas gesticulée mais vraiment dansée de ce ballet. Car Samantha est danseuse,  déjà en 1992 chez Anne Teresa De Keersmaeker dans la compagnie Rosas). Ce texte est à la fois bien didactique et explicatif, mais aussi avec beaucoup d'humour et de distance avec le texte écrit par François Gremaud et qui va comme un gant à l'interprète. 

Giselle- François Gremaud - Samantha van Wissen - Maillon - Photo: Dorothée Thébert-Filliger

Nous avons ainsi droit à presque deux heures de conférence (et de texte) en plus de la danse, où Samantha van Wissen incarne l'ensemble de la distribution du ballet, à savoir bien sûr Giselle, sa mère Berthe, ses deux amoureux, Hilarion et Loys (qui est aussi Albrecht), le chatelain, le duc de Courlande et sa fille Bathilde, mais aussi Wilfried, l'écuyer d'Albrecht, un chasseur, sans oublier la reine des Willis, plus deux willis qui font un duo adorable et même - et là c'est le clou du spectacle - l'ensemble de la troupe des willis au grand complet, c'est-à-dire un ensemble de 32 danseuses en batterie qu'elle arrive à nous faire imaginer remplir la scène.  Les willis, qui ont également donné le sous-titre au ballet Giselle sont des nymphes, en réalité des jeunes filles vierges mortes d'avoir trop dansé. Et Samantha nous conte ainsi cette passion de la danse, sur la scène et dans la vie, liée à l'amour, au point d'en être mortel.

Giselle- François Gremaud - Samantha van Wissen - Maillon - Photo: Dorothée Thébert-Filliger


Grâce à cette époustouflante prestation nous pouvons comprendre ce dont parle le ballet (qui par définition est muet), d'en saisir l'histoire tout en ayant un regard historique sur la danse - Samantha van Wissen nous fait même une lecture comparée en présentant les interprétations à travers les siècles, de Carlotta Grisi à Natalia Makarova, ou, pour les personnages masculins de Petipa à Mikhail Baryshnikov ou Noureev. Le tout avec un enthousiasme, une énergie, une prestance sans faille et un humour bien pesé. Une prestation qui nous donne envie de voir (ou revoir) la vraie Giselle mais qui nous donne aussi envie de voir la suite (et le début) du triptyque de François Gremaud dans lequel s'insère cette pièce, à savoir Carmen (à venir...) et Phèdre!  avec point point d'exclamation pousse à guetter le prochain passage de la pièce.

Giselle- François Gremaud - Samantha van Wissen - Maillon - Photo: Dorothée Thébert-Filliger


Mais nous ne pouvons conclure sans parler de la musique et du formidable petit orchestre de chambre avec Anastasia Lindeberg au violon, Valerio Lisci à la harpe,  Héléna Macherel à la flûte et Sara Zazo Romero au saxophone, puisqu'un ballet c'est aussi de la musique. Et donc c'est Luca Antignani qui a adapté cette musique d'orchestre que Théophile Gautier qualifiait de "supérieure à la musique ordinaire des ballets; elle abonde en motifs, en effets d'orchestre; elle contient même, attention touchante pour les amateurs de musique difficile, une fugue très bien conduite." Cette fugue, effectivement bien enlevée qui quelquefois est ôtée dans les représentations et qui permet à la danseuse soliste de reprendre son souffle. Et la formation de chambre à effectif réduit arrive à faire passer autant d'énergie dans la partition que la performeuse-danseuse dans sa prestation.  


La Fleur du Dimanche


Giselle...

Au Maillon - Théâtre de Strasbourg, du 27 au 30 avril 2022

Avec : Samantha van Wissen
Conception et mise en scène : François Gremaud
Musique : Luca Antignani, d’après Adolphe Adam
Violon : Anastasia Lindeberg
Harpe : Valerio Lisci
Flute : Héléna Macherel
Saxophone : Sara Zazo Romero
Texte : François Gremaud, d’après Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Chorégraphie : Samantha van Wissen, d’après Jean Coralli et Jules Perrot
Assistanat : Wanda Bernasconi
Son, création : Bart Aga
Son, tournée : Raphaël Raccuia
Direction technique, lumière : Stéphane Gattoni - Zinzoline
Photographies : Dorothée Thébert-Filliger

mercredi 27 avril 2022

Les Serpents de Marie NDiaye au TNS: les mots dits et la violence sourde

 L'écriture de Marie NDiaye, déjà doublement primées ( Prix Fémina 2001 pour Rosie Carpe et  Prix Goncourt 2009 pour Trois femmes puissantes) est connue pour être une "écriture de l'ambiguïté", comme elle l'a dit elle-même et surtout une écriture "d'imagination". D'elle, nous attendons au TNS "Berlin mon garçon", plusieurs fois reporté et nous y avons vu Hilda (en octobre 2021 - voir le billet "Hilda de Marie NDiaye au TNS: la puissance du verbe, le boulet du silence"). Elle est "Autrice Associée" et nous avons donc le plaisir de découvrir "Les Serpents", une pièce de 2004 mise en scène par Jacques Vincey.

 Les Serpents - TNS - Marie NDiaye - Jacques Vincey - Photographie: Christophe Raynaud de Lage


Ce qui frappe au premier abord c'est le plateau nu, avec au fond un mur qui se révélera être un mur de son, un mur d'enceintes de toutes tailles et sur le côté deux rangées de projecteurs à hauteur d'homme. Ces spots chauds et lumineux nous projettent dans l'ambiance de ce jour d'été - un quatorze juillet étouffant - et enserrent la scène comme les champs de maïs le font pour cette maison que nous ne pénétrerons jamais, protégée par ce mur l'enceinte(s), source complémentaire d'ambiance. Car c'est par le son, en plus du texte magnifiquement interprété par les trois protagonistes féminines que s'installe aussi le décor de cette presque tragédie antique. Pour commencer, cette ambiance de campagne profonde avec uniquement le bruissement du vent dans les feuilles de maïs et de lointains avions qui survolent en sourdine la cour vide et surchauffée dans laquelle vont être "prisonnières" ces trois femmes. Puis des bruits qui sourdent de derrière ce mur, roulements, grincements bruits divers et inquiétants par leur non définition, de temps en temps des "choeurs d'esprits" qui s'envolent et, à l'acmé de l'angoisse, ce qui pourrait être des cris d'enfants dont on n'ose imaginer la raison. Et pour couronner, la voix du fils qui appelle sa femme (mais laquelle?), fils que l'on ne verra jamais.

 Les Serpents - TNS - Marie NDiaye - Jacques Vincey - Photographie: Christophe Raynaud de Lage


Parce que tout tourne autour de lui. C'est lui que sa mère est venue voir. C'est de lui et de son histoire, de son passé étrange et de ses relations perverses et de la mort étrange de son premier enfant, celui qu'il a eu avec Nancy qui vient aussi le voir, dont il est question tout au long du début de la pièce. Comme il est question de ce qui peut bien s'y passer, dans cette maison, fermée à tous sauf à sa dernière femme, France, dont on s'interroge aussi sur le sort de ses deux enfants qui y sont cloitrés.  Et toutes ces discussions, entre la mère et la femme du fils, entre la mère et l'ex-femme de son fils puis entre les trois femmes, qui démarrent de manière prosaïque, la chaleur, le maïs, le quatorze juillet et son feu d'artifice, l'épouse qui a trouvé sa sérénité, et même les soucis d'argent de la mère, sa tendance à vouloir emprunter à chacun(e), dérapent vers des situations bien plus inhabituelles - la mère qui se fait soudoyer pour révéler à l'ex-femme le devenir tragique de son fils Jacky, scène à la frange du comique ou la femme, France qui part en vrille en racontant sa vie tout en fantasmant sur le destin de ses enfants à l'intérieur. 

 Les Serpents - TNS - Marie NDiaye - Jacques Vincey - Photographie: Christophe Raynaud de Lage


Et le texte de Marie NDiaye, extrêmement précis et factuel dans les récits de chacun, mais également sujet à multiples interprétations, surtout pour France et la mère s'installe dans une instabilité qui nous fait douter de cette réalité même, jusqu'à nous emporter dans une sorte de conte macabre et sombre. La scénographie par sa mécanique oppressante et nocturne y contribue grandement jusqu'à nous faire croire à un grand festin anthropophage (Nancy, l'ex-femme ayant dû prendre la place de France à l'intérieur de la maison ne dit-elle pas: "Cette maison est fétide, je suis la dernière à être mangée"). Et grâce à la prestation remarquable des trois actrices nous en arrivons à nous demander si  nous aussi n'avons pas rejoint dans les délires de persécution et les pulsions destructives ces états insidieux et délétères où nous balançons entre l'ogre et le bourreau: Madame Diss, la mère, campée de manière altière et stricte par Hélène Alexandridis, au port impeccable, qui oscille entre la mendiante divine et la jouisseuse diabolique, Tiphaine Raffier qui incarne une France voguant avec une énergie juvénile entre un épanouissement béat et naïf et une soumission anxieuse et Bénédicte Cerutti, campant sur ses talons hauts une Nancy arrivée et accomplie, qui cependant porte en elle ses failles, ses regrets et ses manques

 Les Serpents - TNS - Marie NDiaye - Jacques Vincey - Photographie: Christophe Raynaud de Lage


Le spectacle aura été un moment cathartique où nous aurons touché du doigt la violence banale qui peut-être se tapit dans un coin oublié de notre coeur.


La Fleur du Dimanche


Les Serpents


Au TNS du 27 avril au 5 mai 2022


COPRODUCTION


Texte Marie NDiaye
Mise en scène Jacques Vincey
Avec Hélène Alexandridis, Bénédicte Cerutti, Tiphaine Raffier
Dramaturgie Pierre Lesquelen
Scénographie Mathieu Lorry-Dupuy
Lumière Marie-Christine Soma
assistée de Juliette Besançon
Son Alexandre Meyer, Frédéric Minière
Costumes Olga Karpinsky
Perruques et maquillage Cécile Kretschmar
Marie NDiaye est autrice associée au TNS
Le texte est publié aux Éditions de Minuit
Production Théâtre Olympia – Centre dramatique national de Tours
Coproduction Théâtre National de Strasbourg, Théâtre des Ilets CDN de Montluçon

lundi 25 avril 2022

Julie de Lespinasse au TNS: Dialogue avec les absents dans une mise en scène magique et hantée de Christine Letailleur

Julie de Lespinasse pourrait être le personnage d'un roman populaire, le roman réaliste du XVIIIème siècle, presque l'héroïne d'un feuilleton du XIXème. Fille naturelle et illégitime, née à Lyon en 1732 est élevée seule par sa mère. A la mort de celle-ci en 1748, à 16 ans, elle s'occupe des enfants de sa soeur, dont elle apprend à vingt ans par son mari qu'il est son père. C'est sa tante naturelle Madame du Deffand, Marie de Vichy-Chamrond, qui tenait salon à Paris rue Saint Dominique qui la fit venir en 1754 parce que sa vue baissait. Celle-ci ayant découvert que Julie recevait dans sa chambre avant l'ouverture du salon, une dispute amena Julie de Lespinasse à quitter la maison et ouvrir son propre salon rue de Bellechasse. Elle y habitat avec d'Alembert et ce lieu fut le "laboratoire de l’Encyclopédie" dont elle fut l’égérie. Elle rencontra en 1766, et en tomba amoureuse, le marquis de Mora, fils de l’ambassadeur d’Espagne de dix ans son cadet. Il était déjà veuf à 20 ans et quand ils voulurent se marier le père s'y opposa. Le marquis de Mora fit de nombreux voyages chez lui en Espagne pour se soigner des poumons. C'est à ce moment-là qu'elle rencontra le comte de Guibert  qui avait 11 ans de moins qu'elle. Le comte de Guibert, brillant officier et tacticien avait écrit un livre Essai général de tactique qui intéressa Frédéric II le Grand mais aussi plus tard Napoléon. Il était souvent en voyage ou sur des combats dans toute l'Europe. Ce qui nous vaut ces lettres échangées avec Julie de Lespinasse, que la veuve de Guibert eut l'intelligence de faire paraître en 1809.


Julie de Lespinasse - Judith Henry - TNS - Christine Letailleur - Photo: Jean-Louis Fernandez


Parce que justement, ce ne sont pas ces rebondissements et ces chaos de la vie qui sont intéressant dans ce matériau épistolaire, mais cet état d'esprit nouveau, cette passion et cette liberté, presque révolutionnaire et féministe qui animait Julie de Lespinasse. Et c'est toute la grâce de Christine Letailleur d'avoir su extraire ce suc de passion et de doute de cet échange de lettres et de l'avoir magnifié dans une mise en scène à la fois prenante et déstabilisante. La scénographie (une intelligente collaboration entre Christine Letailleur et Emmanuel Clolus) est un vrai joyau. Le décor, un magnifique écrin , simple mais recelant de multiples surprises et cachettes, à l'image d'une boite à mystère qui se transforme en un espace changeant au gré des trappes ou portes qui s'ouvrent, des niches porteuses de lumière ou d'unee cheminée qui crépite et brûle les souvenirs. La lumière magnifique (par le magicien Grégoire de Lafond), multiplie les espaces, entre alcôve ou pièce baignée de lumière, passage ou ouverture, ou même d'une sorte de cave-cachot et, par un instant de magie, fait apparaitre, grâce à une bougie, un divan (Freud n'est pas loin!). La vidéo, (Stéphane Pougnand), met discrètement un peu d'ambiance intime ou végétalise avec de la nature l'environnement ou, de manière plus appuyée, nous emmene dans des délires psychotropes funèbres en nous déstabilisant. Mais c'est surtout la construction des textes et de la mise en scène et du jeu qui nous bousculent. Les différents niveaux de jeu, que ce soit Julie de Lespinasse, interprétée avec finesse et grâce par Judith Henry, qui passe du niveau de lecture d'une lettre à son écriture puis aussi à son énonciation intériorisée, ou encore la question de moment - est-ce maintenant ou en décalage, est-ce un souvenir - ou de l'auteur - est-ce un texte de Julie ou de Guibert, ou encore de Mora - ou du destinataire, réel ou rêvé de ce qui est énoncé. Le summum est atteint quand c'est Mora qui "parle" de lui et de son enterrement, de ses bijoux - et des mots "tout passe, hormis l'amour" gravés dans sa bague qu'on lui enlève. Il faut d'ailleurs saluer la superbe présence-absence de Manuel Garcie-Kilian qui arrive à transformer en fantôme le spectre de Mora qui glisse sur scène et à un moment apparaît comme "vibrant" derrière la fenêtre. Notons à ce propos que certains effets d'éclairage renforcent cet effet d' "images fantômes" par la persistance rétinienne lors de pauses-poses de Julie de Lespinasse, surtout dans la première partie de la pièce. Partie qui est plus particulièrement consacrée à l'attente (de Guibert n'est jamais là, et pour cause). Notons un autre absent, mais pas tout à fait fantôme, mais plutôt démiurge, c'est la voix off du narrateur (Alain Fromager) qui tisse les fils du récit en maître du temps. Un mot encore du texte, des textes, qui nous éclairent sur cette femme exceptionnelle, à part, résolument en avance, qui ose, à la fois sa vie et son (ses) amour(s). Nous sommes au plus près de ses sentiments, de sa passion et de ses errements et nous suivons son amour, ses colères et ses attentes en première partie ("Mon ami, je souffre, je vous aime, et je vous attends.") et ses souffrances, ses regrets et ses doutes en deuxième partie.  Elle s'affirme réellement féministe et libérée:

"Nous, femmes, n’avons pas les mêmes droits que les hommes. Les hommes, eux, peuvent aimer de bien jolies jeunes filles et prendre du plaisir jusqu’à la veille d’aller au tombeau, mais pour nous autres femmes, les lois de l’amour sont bien différentes, plus injustes, plus cruelles ; à quarante ans, l’amour nous est interdit alors que notre cœur, nos sens, sont pourtant loin d’être éteints." Dans son discours, elle annonce les découvertes de la psychanalyse dans son balancement entre l'amour et la mort, les pulsions, le désir et la frustration:

Ces gens raisonnables n’aiment rien; ils ne vivent que de vanité et d’ambition, et moi, je ne vis que pour aimer! Quel bonheur que d’aimer! C’est le seul principe de tout ce qui est beau, de tout ce qui est bon et grand dans la nature. Aimer, souffrir, le ciel, l’enfer : voilà ce à quoi je me suis vouée, c’est le climat que je veux habiter, et non pas cet état tempéré dans lequel vivent tous les esclaves et les automates dont nous sommes environnés."


Julie de Lespinasse - Portrait par Carmontelle

Elle ne survivra même pas un an au mariage du comte de Guibert.

Nous remercions Christine Letailleur de nous avoir offert ce texte magnifique (merci aussi à Emmanuel Léonard, orfèvre du son spacialisé) dans un écrin à sa mesure. Avec ces tableaux qui vont chercher du côté des clairs-obscurs flamands ou de George de la Tour jusqu'à des ambiances du cinéma expressionniste et même des lumières magiques de James Turrell, le tout dans une robe merveilleuse (crée par Elisabeth Kinderstuth et l'atelier couture du TNS), le plaisir est total.


La Fleur du Dimanche 


Julie de Lespinasse 


Au TNS du 25 avril au 5 mai 2022


D’après la biographie de Julie de Lespinasse de Pierre de Ségur et les lettres au colonel de Guibert
Adaptation et mise en scène de Christine Letailleur
Avec
Manuel Garcie-Kilian - Le spectre de Mora
Judith Henry - Julie de Lespinasse
Alain Fromager - Voix-off de Guibert
Scénographie Emmanuel Clolus, Christine Letailleur
Lumière Grégoire de Lafond
Son Manu Léonard
Vidéo Stéphane Pougnand
Costumes Élisabeth Kinderstuth
Assistanat à la mise en scène Stéphanie Cosserat
Régie générale et plateau Karl-Emmanuel Le Bras
Christine Letailleur est metteure en scène associée au TNS
Le décors sont réalisés par les ateliers de La Colline
Les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS

Avec le soutien de La Colline – théâtre national

Création le 25 avril 22 au Théâtre National de Strasbourg

vendredi 22 avril 2022

Filer à la Filature et fuir les fantômes puis partir dans l'Entre-Deux avec Laurie Anderson: Chute !

 C'est un vendredi que l'on pourrait placer sous le signe des fantômes, car, entre les deux expositions (à Colmar et à Mulhouse) et le film puis le concert spectacle de Laurie Anderson à la Filature à Mulhouse, les esprits, avatars, doubles et apparitions nous ont accompagnés tout le long de cette fin de semaine.

Pour commencer, à Colmar à l'espace d'Art Contemporain André Malraux où une magnifique exposition  - presque - rétrospective de Patrick Bailly-Maître-Grand se tient encore jusqu'au 22 mai. Il n'y a pas les Véroniques, mais de superbes daguerréotypes qui invoquent les esprits, d'une part celles des ancêtres via des crânes décorés, d'autre part des "doubles humains" deux fois dégradés, en l'occurrence des têtes de poupées de cire du début du vingtième siècle, abimées et défigurées. Nous avons aussi le plaisir de découvrir les premiers travaux photographiques, "Les Noires" où, au début des années 1980 le "peintre", Patrick Bailly-Maître-Grand ne lâche pas encore totalement la matière pour la lumière et où la photo déborde en gravure du papier. Un clin d'oeil à Cy Twombly nous accueille aussi au pied des escaliers et le premier étage nous offre une promenade dans les multiples jeux et tours de magie lumineux de l'artiste, entre voyage sur la lune les pieds sur terre (blanche), nimbes de fantômes ou lucioles folles, soupirails et les dés jetés d'Alea Jacta Est. Entre rayogrammes, strobophotographies, monotypes ou herbes flashées, nous en prenons plein les yeux éblouis. 

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Noires

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Noires

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - City Twombly

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Apollo XI

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Nimbes

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Lucioles - détail


A Mulhouse, à la Filature, l'exposition en cours (jusqu'au 7 mai), première partie d'un compagnonnage avec l'artiste SMITH, dont l'on pourra voir l'installation "Desidération" à partir du 24 mai en relation avec la Biennale de la Photographie du 11 juin au 24 juillet. Ses photographies, aux couleurs pastel et blanchies, laiteuses nous emmènent dans un monde éthéré, instantanés de portraits intimes et de relations délicates, éthérées, un monde flotant, indéfini. Il nous parle de présences absentes, d'anges en quelque sorte... de fanômes. Les fantômes les spectres sont aussi le sujet du film Spectrographies (2014) projeté dans l'exposition et qui est présenté en présence de l'artiste dans une salle avant le concert. On y voit un essai de se rapprocher de la chaleur humaine, de la capturer, même de l'incorporer (via une puce implantée sous la peau), et une quête de fantômes, que ce soit le fantôme de Pascale Ogier ou la tombe de Maurice Merleau-Ponty que vient hanter Mathieu Amalric pour terminer son livre inachevé Le Visible et l'Invisible. Une balade nocturne en compagnie de beautés ténébreuses qui nous hantent et où la musique nous projette dans le passé.

Et la dernière étape de ce voyage avec les fantômes se fera avec Laurie Anderson qui en introduction dédie le concert à des êtres chers qui sont partis il y a deux mois, et d'autres un peu plus longtemps. Mais c'est un voyage sans tristesse, dans un entre deux, le Bardo, qui dans la philosophie boudhiste signifie un état intermédiaire, entre le sommeil, le rêve, la méditation et la mort. Avec son complice Rubin Khodeli, qui improvise sur son violoncelle électrique ("il ne joue jamais la même note, ni celle qu'il a déjà jouée ni celle qu'il va jouer" dit-elle de lui) alors qu'elle jongle entre son violon, ses différentes claviers, ses boucles, ses films qui passent en fond de scène, même les lumières, et l'histoire - ou plutôt les histoires qu'elle va nous conter pendant une bonne heure et demie. Histoires inspirées de ses amitiés musicales (Phil Glass, John Cage, James Brown et bien sûr Lou Reed), ou les réflexions qui lui viennent des nouveaux usages dans le show-business comme les concerts d'hologrammes d'artistes vivants ou disparus (encore des fantômes ressuscités). Mais cela elle n'en a que faire, elle gère cela de manière transparentes ("Ceux qui disent que la technologie n'est pas un problème ne comprennent pas la technologie" assure-t-elle très philosophe). Et ses animations ou ses films nous portent tout au long du concert-spectacle en nous poussant à nous interroger sur ce que l'on voit. Allons-nous en avant ou reculons-nous? Quand elle nous parle des images envoyée par une caméra sur un observatoire d'oiseau qu'elle regardait pendant le confinement, nous y voyons un "fantôme", un chat qui rôde. Les oiseaux, objet de méditation su sujet de philosophie, à l'instar d'Aristophane dont elle nous raconte le début pour nous inciter à le relire et y réfléchir. Elle nous parle de la perte, des catastrophes qui nous permettent de nous reconstruire (la tempête Sandy à New-York) qui fait le ménage à la cave, de la fragilité de nos vies et de la philosophie boudhiste, entre le livre des morts et la tai-chi sport de combat ralenti où les gestes à priori très beaux sont une décapitation au ralenti (elle nous en fait une très belle démonstration sur scène). Et pour finir ce magnifique dialogue entre chansons, paroles et duo musical, elle nous gratifie d'une reprise de Gee Wiz de Phil Glass qu'elle avait interprètée aux Grammy Awards en 2020. Un grande dame nous a conté une belle histoire: The Art of Falling, ou comment tomber, doucement, lentement et tenir pourtant, soutenu par la force de la musique.


Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd


Et un aperçu de son art (martial) du Tai Chi:





La Fleur du Dimanche

vendredi 8 avril 2022

28 i mig au Théâtre de la Colline: la nostalgie du cinéma sort de l'écran pour nous toucher au coeur

 Sur la grande scène du Théâtre de la Colline, pendant qu’au fond passent les nuages, les comédiens du collectif de La Perla 29 arrivent sur scène comme des fantômes. La troupe de Barcelone qui réunit comédiens, chanteurs et danseurs va, pendant presque deux heures, nous conter des histoires sensibles inspirées du cinéma, mais pas seulement. 


28 i mig - La Perla 29 - Photo: Tuong-Vi Nguyen

La pièce, conçue et mise en scène par Oriol Broggi, avec des improvisations de la troupe en 2013, voit ici une nouvelle version avec une équipe renouvelée. Le cinéma italien de Fellini les inspire, le titre de la pièce 28 i mig (28 1/2 en Catalan) est un hommage direct à son film 8 et demi. Et c’est tout le cinéma qui est convoqué, et le théâtre, et la littérature, qui vit devant nos yeux avec la chaleur du spectacle vivant. C’est aussi l’acteur Marcello Mastroianni et les actrices remarquables du cinéma italien qui sont célébrés, avec quelques scènes cultes, dont au début la rencontre dans Une Journée Particulière d’Antonietta (Sophia Loren) et de son voisin (Marcello Mastroianni) et, pour clore le spectacle, la réactivation de la fin du film 8 et demi quand Mastroianni, dans le rôle du réalisateur, à l’image de Fellini, doute et se perd,. Le comédien joue, en direct et en voix, devant l’écran, les scènes du film projetées en grand, puis s’installe à une terrasse en « Marcello ». 


28 i mig - La Perla 29 - Photo: Tuong-Vi Nguyen

Les différents tableaux sont d’une grande beauté formelle, pleins de magie, nous transportant en rêve sur une plage, dans une fête, dans une réunion de famille, sur une plage. Il faut saluer le travail magnifique de Francesc Izern et de ses projections vidéo, en particuliers celle où la mer envahit la scène recouverte de sable ocre. La magie opère aussi quand en fond de scène, un écran doré, nostalgie des vielles salles de cinéma,  s'élève et que les acteurs l'habitent littéralement. Ou encore quand ce petit monde s'agite et défile en passages discrets et humoristiques, une foule de caractères et de mini-tableaux tendres et poétiques. Ou encore les scènes de tournage, comiques et dérisoires.


28 i mig - La Perla 29 - Photo: Tuong-Vi Nguyen


Les choix des textes, de Dante à Shakespeare ou Tchekhov ou bien sûr, pour le cinéma, Scola et Bergman en plus de Fellini forment un bel ensemble. Tout une philosophie de la présence et du souvenir, de l'être ensemble et des relations se tisse dans ce camaîeux de scénettes qui se font écho et qui célèbrent la création, ou plutôt l'irrépressible besoin de création artistique, comme le dit Fellini:

« Non c’è fine. Non c’è inizio. C’è solo l’infinita passione per la vita. »

 « Il n’y a pas de fin. Il n’y a pas de début. Il n’y a que la passion infinie de la vie. »

Et encore :

"Mieux vaut détruire si l’on ne crée pas l’essentiel".


28 i mig - La Perla 29 - Photo: Tuong-Vi Nguyen


Et il ne faut pas oublier tout l’aspect musical. Car entre les airs de musique des films et les mélodies, les chansons de tous styles, mais surtout populaires avec airs d’accordéon et accompagnement de guitares - les guitares qui posent un tapis sonore discret et tendre sur la pièce - tout cela contribue fortement à créer une atmosphère tout à la fois festive et nostalgique. Surtout quand le chanteur Joan Garriga, de sa voix rauque entonne un air nostalgique. Au final, toute une belle dynamique quand tout ce beau monde à l’unisson, chacun avec son instrument, ou sa voix apporte sa note à l’ensemble et contribue à cette fête collective.


La Fleur du Dimanche


28 i mig

Du 16 amrs au 10 avril 2022 au Théâtre National de la Colline


équipe artistique
conception, mise en scène et scénographie Oriol Broggi - La Perla 29
adaptation des textes Jeroni Rubió et Oriol Broggi
avec Laura Aubert Blanch, Guillem Balart, Xavier Boada, Màrcia Cisteró, Enrico Ianniello, Blai Juanet Sanagustin, Clara Segura Crespo, Montse Vellvehí et Joan Garriga, Petete, Marc Serra et un cheval
lumières Pep Barcons
costumes Berta Riera
son Damien Bazin
vidéo Francesc Isern
musique originale Joan Garriga
maquillage et coiffure Àngels Salinas
assistanat à la mise en scène Rita Molina i Vallicrosa
confection des costumes Elisabet Meoz
technicien micros Roger Blasco
répétiteur chants Pablo Puche
dressage du cheval Equi-Event /Josep Maria Segú
traduction en français et régie des surtitres Alba Pagán
montage des sous-titres Ester Nadal
Remerciements à Focus, Jaume Viñas, Ariadna Carreras, Carles Segura, Marco Ruggero, Dagoll Dagom, Anna Castells, au Teatre Lliure et à Sala Beckett à Barcelone.

28 i mig a été créé en juin 2013 à Barcelone. C’est une nouvelle version qui est présentée à La Colline.

mercredi 6 avril 2022

Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste: Babylon, vous y étiez, nue 0-24

 La mise en scène de Bajazet de Racine par Frank Castorf était on ne peut plus attendue à Strasbourg. La venue du metteur en scène allemand, ancien directeur de la Volksbühne et qui a débuté sa carrière en RDA, dont les mises en scène sont réputées - et divisent les spectateurs - était déjà souhaitée par la regrettée Eva Kleinitz. La conjonction de la volonté de Jeanne Balibar - qui a joué dans quelques-unes de ses pièces en Allemagne - et de Jean-Damien Barbin qui a également déjà joué avec lui et qui connait bien Racine et Artaud ont permis cette co-production internationale qui est accueillie en collaboration avec le TNS au Maillon sur un plateau à la démesure de sa scénographie: Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste.


Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste - Frank Castorf - Jeanne Balibar - Photo: Mathilda Olmi


Un buste géant du Sultan aux yeux lumineux trône sur la droite de la scène. Lui est attachée une enseigne géante du style d'une boite de nuit au nom de Babylon. Babylone - Bagdad - souvent citée dans la pièce est la ville que le sultan, qui n'apparaît jamais, est en train de prendre. Casdorf aimant les collages surréalistes, un distributeur de Coca-cola est derrière cette enseigne et de l'autre côté une caravane "voilée" d'une burka sera le lieu de l'intime, l'arrière du sultan faisant plutôt office de "cuisine". Autre collage original, une enseigne qui pourrait ressembler au logo Opel, constitué d'un cercle traversé d'un éclair (d'où le nom "Blitz" en allemand) ressembalnt également à un Z (prophétique?).

Pour compléter le décor (scénographie d'Aleksandar Denic) nous avons à jardin une maison en fer sur roulette ressemblant à une cage (ce sera sa fonction à diverses reprises) et à cour toute une série de portants de vêtements (il y a beaucoup de changements de costumes - géniales créations d'Adriana Braga Peretzki - même si Jeanne Balibar nous offre son corps plus ou moins dénudé tout au long de la pièce. A se demander si ce n'est pas une provocation à l'ère du #metoo, elle nous rejoue d'ailleurs Jeanne Dielman faisant son pot-au-feu en costume d'Eve.

Frank Castorf a choisi cette pièce de Racine parce qu'elle parle essentiellement d'amour et de pouvoir. On y voit effectivement Roxane, interprétée par la magnifique Jeanne Balibar, intriguer pour le pouvoir. On peut se demander ce que va devenir la fabuleuses langue française de Racine et ses alexandrins limpides sous le travail de déconstruction re-construction du dramaturge allemand. D'autant plus effectivement qu'avec ses "collages" de texte (Artaud, Dostoïevski et Pascal), nous allons devoir jouer au puzzle.

Avec le vizir Acomat (Mounir Margoum) qui débute la pièce, nous sommes rassurés, bien qu'il ait quelquefois des accents d'Iznogoud assez burlesques. Et qu'avec son compère Osmin (Adama Diop) ils dévient des fois vers la téléréalité et le clin d'oeil au spectateur - ou téléspectateur, vu que de nombreuses scènes se passet dans les deux "cubes noirs" à l'abri des regards directs et sont diffusées en direct sur un grand écran. Il faut saluer le travail remarquable à la caméra d'Andreas Deinert qui fait le grand écart entre les plans en extérieur (sous la pluie Bd de Dresde) à des gros plans intimes à fleur de peau. Il est secondé par Glenn Zao qui tient la perche et pêche le son, exercice périlleux qui nuit quelquefois à  la bonne compréhension du texte. Mais nous savons bien que dans cette mise en scène, le texte n'a pas à être théâtralisé. Ce sont d'ailleurs les harangues à la limite du cri de Bazajet (Jean-Damien Barbin) qui sont les moins convaincantes. Claire Sermonne, dans le rôle d'Atalide s'en sort correctement dans son agitation frénétique et on peut dire que Jeanne Balibar dans le rôle de Roxane s'est taillé un rôle à sa démesure, variant les niveaux de jeu, passant de l'alexandrin à des improvisations  où elle nous fait découvrir son "soleil noir" à la Artaud sans aucune gêne. Sa litanie de titres de pièces de Boulevard, à la Feydaux démontre son ouverture d'esprit (critique). Et les scènes intimes prouvent qu'elle n'a aucun souci dans son rapport à son corps d'artiste.


Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste - Frank Castorf - Jeanne Balibar - Photo: Mathilda Olmi


Le rythme de la pièce ne faiblit pas et l'on peut se dire qu'il y a une clé dans le choix du texte de Pascal sur la chasse (ou l'ennui) en deuxième partie du spectacle. Il y est dit en substance que si l'homme ne fait rien, ne bouge pas, il s'ennuie et n'est pas heureux. Qu'il lui faut de l'occupation, ou plutôt de l'agitation, comme à la chasse il ne se satisfait pas d'une prise mais il est déjà à courir après la suivante.  On se demande d'ailleurs quelle leçon ou conclusion en tire Frank Castorf, tant on a l'impression que c'est pour lui-même qu'il l'a choisi.  Les différents textes insérés en collage dans le déroulement de la pièce semblent plutôt apporter des compléments de réflexion sur le théâtre et la société qu'un moteur à l'action. Tant il est vrai que la mise en scène de Frank Castorf s'oriente vers le décalage, la déconstruction voire la démolition. Une saine ironie, qu'il réclame aussi au spectateur, soutient la pièce. Une distanciation, plus dans les moyens employés (mise en scène, vidéo,..) en fait une version ultramoderne du théâtre brechtien. La retransmission en vidéo, avec ses décalages et sa distance en sont les outils.

Tout cela c'est efectivement le théâtre de Frank Castorf, un énorme puzzle qui rassemble ou fait se cogner des éléments disparates pour nous secouer, nous émouvoir, nous faire rire et trembler, et, si nous ne bougeons pas avec lui, nous ennuyer. Il nous offre forcément quelque chose à assembler ou reconstruire de notre côté: Trouver la vie dans le brutal et le sauvage.

On ne peut pas conclure sans parler de la magnifique musique de William Minke et des différents choix musicaux qui, autant que les assemblages de textes, joués sur différents registres, donnent une superbe unité de ton, une atmosphère plutôt sereine à la pièce.


La Fleur du Dimanche  



Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste.


Du 6 au 10 avril au Maillon à Strasbourg - co-accueil TNS


COPRODUCTION

PRÉSENTÉ AVEC LE MAILLON, THÉÂTRE DE STRASBOURG − SCÈNE EUROPÉENNE


D’après Jean Racine, Antonin Artaud
et des citations additionnelles de Féodor Dostoïevski, Blaise Pascal
Mise en scène et adaptation Frank Castorf
Avec Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Andreas Deinert, Adama Diop, Mounir Margoum, Claire Sermonne
Scénographie Aleksandar Denic
Costumes Adriana Braga Peretzki
Lumière Lothar Baumgarte
Musique William Minke
Vidéo Andreas Deinert
Assistanat à la mise en scène Hanna Lasserre, Camille Logoz, Camille Roduit
Assistanat aux costumes Sabrina Bosshard
Assistanat à la scénographie Maude Bovey (stage)
Régie générale Véronique Kespi
Régie plateau Jean-Daniel Buri
Régie lumière Jean-Baptiste Boutte
Régie son Ludovic Guglielmazzi
Perchman Glenn Zao
Régie vidéo Victor Hunziker
Régie habillage Clara Ognibene
Production Théâtre Vidy–Lausanne, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
Coproduction ExtraPôle Région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur, Grand Théâtre de Provence, Festival d’Automne à Paris, Théâtre National de Strasbourg, Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne, TANDEM Scène nationale, Douai, Bonlieu, Scène nationale Annecy, Teatro Nacional Argentino – Teatro Cervantes, Emilia Romagna Teatro Fondazione
Ce spectacle est soutenu par le projet PEPS dans le cadre du programme Européen de coopération transfrontalière Interreg France Suisse 2014-2020
Spectacle créé le 30 octobre 2019 au Théâtre Vidy–Lausanne

samedi 2 avril 2022

Le quintette de l'OPS se dédouble pour irriguer l'Alsace en doux flots de musique

 L'on connait l'OPS - Orchestre Philhamonique de Strasbourg au Palais de la Musique et des Congrès et leur salle fétiche, la salle Erasme. On sait aussi que cet orchestre de qualité investit d'autres salles strasbourgeoises, dont celle de la Cité de la Musique et de la Danse et même en banlieue celle de Django au Neudorf, entre autres. Mais leur périple les amène aussi, grâce au soutien de la Communauté Européenne d'Alsace (cette récente fusion des département du Bas-Rhin et du Haut-Rhin) d'irriguer des territoires moins centralisé, et même, entre le Nord à Niederbronn, l'Ouest à Schirmeck, le Sud à Erstein, de passer dans une commune de pas plus de mille habitants dans le Ried Nord. 


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

Car c'est à Dalhunden dans la petite église catholique Saint Laurent qu'un public gâté par une proximité heureuse des musiciens fut accueilli par le maire Michel Degoursy - également chef du choeur de la chorale locale Les Rousserolles. Et pût doublement profiter des deux rares quintettes pour piano et vents en mi bémol majeur. Rares parce qu'avec des cordes il en existe, pour les vents, d'une part il n'y en a pas beaucoup (Rimski-Korsakov en a écrit un aussi en mi bémol majeur mais pour trombone, hautbois, clarinette) et surtout, celles présentées dans cette "tournée" sont des oeuvres majeures dans cette forme de deux compositeurs "Stars" Mozart et Beethoven qui n'ont été écrites qu'à treize ans de distance, et que celui de Beethoven rend hommage à Mozart six ans après sa mort en citant un air de Don Giovanni. 


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

Le quintette de Wolfgang Amadeus Mozart dont il a lui-même écrit à son père que c'était "c'est ce que j’ai écrit de meilleur dans ma vie" comporte trois mouvements: Largo - Allegro moderato, Larghetto et Allegretto. Sa musique est légère et baroque, enjouée et dansante. Les vents dialoguent avec le piano - notons le jeu totalement impliqué de Naoko Perrouault. Une belle complémentarité des vents avec le hautbois allègre de Samuel Rataillaud, la basson au ton doux et soyeux de Gérald Poretti, le cor profond et envoûtant de Nicolas Ramez et la clarinette claire et légère de Jérôme Sallier. Tour à tour et puis tous dans un ensemble harmonieux brodent une tendre mélodie, au point que nous avons l'impression de la connaître par coeur...


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

La version de Ludwig van Beethoven - né quatorze ans après Mozart) compte lui aussi trois mouvements; Grave - Allegro ma non troppo, Andante cantabile et Rondo: Allegro ma non troppo. Le quintette est cependant beaucoup plus altier et imposant au début, plus sérieux. Le rythme est aussi plus lent et le piano est plus imposant. La partition est presque construite comme un concerto pour piano. Le deuxième mouvement se présente comme une rêverie avec de belles pages pour le hautbois et le basson. Et la pièce s'achève sur un mouvement plus allègre.


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

La soirée s'achève par un bis qui nous permet de redécouvrir une tranche de plaisir de l'écoute en nous donnant envie de suivre le parcours* des musiciens pour que ne cesse l'émerveillement.


La Fleur du Dimanche


* Les prochaines dates:

Schirmeck le 3 avril 2022 - 16h00 - Eglise Saint Georges

Niederbronn les Bains le 6 avril - 20h00 - Le Moulin 9

Erstein le 7 avril - 20h00 - Eglise Saint Martin

vendredi 1 avril 2022

Arsmondo Tsigane continue en Flamenco enflammé, et pas de fumée sans Papusza

 Le voyage tsigane proposé par l'Opéra National du Rhin continue à la Cité de la Musique et de la Danse à Strasbourg, dans une soirée flamenco en hommage à Papusza A Traves del Humo, Papusza avec deux pointures du flamenco. D'abord, et excusez du peu, Bogumila Delimata dite la Bogusha, danseuse de flamenco qui avait créé en 2006 le groupe Lacho Drom. Ce soir elle est accompagnée par le musicien, chanteur et compositeur de flamenco de Barcelone Cristobal Osorio et sa guitare véloce, dont l'inspiration s'est développée dans la région de Séville, Cadix, et Malaga, entre autres. 


A traves del Humo, Papusza - Bogumila Delimata - Chritobal Osorio


Leur duo est riche et généreux. Il démarre dans un coup de vent autour d'une table avec un bouquet dans un vase bleu, elle en costume rouge éclaboussant, lui en blanc frappant la table en rythme, elle chantant de sa belle voix enracinée et déjà le voyage commence, alors que derrière eux défilent des images colorées et peintes. Puis elle se lève et se met à danser avec ferveur un flamenco enraciné et flamboyant. Puis, c'est Cristobal, s'accompagnat à la guitare qui nous chante des airs tsiganes rythmés de frappes du pied et du talon. Et pendant près d'une heure, entre chansons d'amour et chanson d'amour (puisque tout est amour comme le dit Bogumila) des chansons tsiganes, des chansons populaires, des chansons interprétées au choix par Cristobal ou par Bogumila, alternant avec des passes de Flamenco, dansées avec énergie par la sombre flamenca qui arrive à changer au moins trois fois de costume pour se retrouver à la fin dans une robe noire couverte de coquelicots en train d'animer l'énergie du public qui ne demande que cela. 


Bogumila Delimata - Photo de Jeannette Grégori

Et de chansons à danser, des berceuse ou de airs entraînants, du flamenco sévillan ou gitan, avec des clins d'oeil à la poétesse Papusza, cette musicienne (harpiste) qui est devenue poète, la première poétesse tsigane à avoir été éditée pour finir par une chanson traditionnelle tsigane polonaise (ou russe?) qui parlait de soupe au poulet, prétexte pour faire se lever tout le monde et les entraîner dans une folle danse, ritournelle virevoltante. 

Bogumiła Delimata - Cristo Osorio - Photo: Andrzej Kazłowski

Le plaisir de danser ne finissant pas et se partageant, le duo Bogumila - Cristobal nous gratifie en bis d'une magnifique rumba catalane. L'esprit rom et tsigane nous accompagne pour la soirée et les airs entendus flottent dans nos mémoires pour se répandre dans l'air du soir.


La Fleur du Dimanche