Affichage des articles dont le libellé est Musée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Musée. Afficher tous les articles

vendredi 22 mars 2024

La Quinzaine de la Danse à Mulhouse et Illzach: Même au Musée, les tableaux dansent sous nos yeux

 Du côté de Mulhouse, grâce aux actions conjuguées de Thomas Ress, directeur de l'Espace 110 - Centre Culturel d'Illzach, de Bruno Bouché, directeur du CCN - Ballet de l'Opéra National du Rhin et de Benoît André, Directeur de la Filature, la Quinzaine de le Danse se déploie à l'Espace 110, à la Filature, et dans d'autres lieux, dont le Musée des Beaux Arts de Mulhouse, à priori un lieu pas spécialement dédié à la danse, même si dans certains tableaux, le mouvement, le corps sont mis à l'honneur. A l'espace 110 on a pu voir Kamuyot (voir mon billet sur le spectacle lors de son passage au CSC de la Meinau à côté de Pôle Sud) et l'installation 5 chambres y est encore visible jusqu'au 26 mars 2024. Cette date marquera la fin du Festival et se clôture à la Filature par une Nelken Line participative d'après Pina Bausch et une Yellow Party de Mickaël Phelippeau avec un DJ set de Barbara Butch.


Visites Dansées - Julia Weiss - CCN Ballet du Rhin - Aurélie Gandit - Photo: Michel Petit


Pour ce qui est du Musée des Beaux Arts à Mulhouse, c'est l'occasion de reprendre avec une danseuse (Julia Weiss) et deux danseurs (Pierre Doncq et Alain Tridivic) du Ballet de l'Opéra National du Rhin une Visite Dansée créée par Aurélie Gandit et passée au "répertoire" du Ballet en 2023. Aurélie Gandit, au départ guide conférencière au Musée des Beaux-Arts de Nancy a créé ce dispositif artistique où elle mêle la visite guidée d'oeuvres avec une chorégraphie adaptée au sujet (voir à ce propos sa visite dansée du Retable d'Issenheim à l'occasion de la fin de sa restauration au Musée d'Unterlinden). Ici au Musée à Mulhouse, ce sera un parcours historique qui part de la salle du Moyen-Age avec une mise en mouvement d'un Triptyque de la Nativité incarné par Julia Weiss puis des coups de zoom sur les personnage du chef-d'oeuvre de Brueghel le Jeune  la Scène de patinage où l'on visualise le laçage des patins, on découvre un homme tombé à l'eau, un femme qui se réchauffe et une autre qui se fait soutenir par trois hommes (Julia Weiss se glissant successivement dans la peau des quatre personnages) et où l'on est également attentifs à la vie de la taverne dans ce tableau riche en détails. 


Visites Dansées - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Brueghel Jeune - Scène de patinage - détail - Photo: Robert Becker


S'ensuit une alternance de lectures comparées non sans humour avec Alain Trividic qui fait une analyse en gestes et en paroles de deux grandes natures mortes de la Renaissance et Pierre Doncq avec des portraits dont celui d'un banquier - le Portrait d’Everhard Jabach par Hyacinthe Rigaud  - à l'air suffisant et à la chevelure généreuses qui lui inspire son autoportrait nerveux à la blessure sur son crâne rasé. Autre alternance, avec en dévoilement le contexte politique de la production des artistes alsaciens exilés à Paris au moment de la Guerre de 1870, avec L'exode de Louis-Frédéric Schutzenberger et L'Envoi du Tonkin de Camille Alfred Pabst. L'accent est mis sur l'écartèlement, le va-et-vient entre les nations en conflit où les Alsaciens doivent se positionner et les valeurs et coutumes - costume folklorique, Légion d'Honneur - et le coq du tableau Le Vainqueur de la danse du coq de Gustave Brion,..  que Trividic percute avec énergie.

Dans la salle autour de Boudin et Maufra, les oeuvres donnent l'occasion à Julia Weiss, langoureusement alanguie, silencieuse de contempler les marines puis à se mesurer à l'horizontalité du paysage en déployant ses bras en vagues et variations climatiques. En exprimant sa sensibilité sinon sa sensualité au contact de cette nature, elle se baigne dans la peinture impressionniste. Elle prend la lumière et se retrouve en suspension à nager en plein ciel.


Jean-Jacques Henner - Petite bergère - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Photo: Robert Becker


Autre ambiance dans la grande salle consacrée à Jean-Jacques Henner où elle se plonge carrément dans l'atmosphère sombre et mystérieuse des femmes peintes par l'artiste alsacien, avec leur regard sombre et  intériorisé, comme sa Madeleine et autres modèles songeuses, dont les expressions et les attitudes passent successivement sur le visage et les poses de la danseuse en miroir. Sa très belle évocation de la blanche silhouette immobile et nue de La Femme au divan noir dont la description ("la chair passe de l'or pâle au rouge") toute en variations s'oppose au costume noir et aux variations souples de la danseuse qui nous en fait voir une lecture animée sous une multitude de points de vues.


Jean-Jacques Henner - La femme au divan noir - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Photo: Robert Becker


La visite s'achève avec la salle de peintures plus académiques, volontiers qualifiées de "pompier" avec une interprétation ailée du Zéphir et un déchirant Orphée qui se voile les yeux pour essayer de se remémorer la beauté d'Eurydice, occasion pour les danseurs de nous conseiller de nous remémorer les instants que nous venons de vivre, rencontre entre la danse, le corps en mouvement et la peinture - qui serait le summum de l'instant figé. Mais nous nous rendons compte qu'il n'en est rien et que cette Visite Dansée nous invite à inventer nous aussi tous les mouvements, les gestes, les trajectoires et les relations qu'un tableau ou une sculpture nous permet de saisir. 


Visites Dansées - Musée des Beaux Arts Mulhouse - Ballet du Rhin - Photo: Michel Petit

Et nous remercions la danseuse et les danseurs pour la qualité de transposition (en plus des explications qu'ils et elle nous ont données) dont ils ont fait preuve pour rendre vivants et présents ces oeuvres qui s'offrent à nous à travers les siècles dans ce bel écrin.


Visites Dansées - CCN Ballet du Rhin - Pierre Doncq - Julia Weiss - Alain Trividic - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

 

samedi 14 octobre 2023

Aux temps du Sida au MAMCS : Se souvenir des corps, encore et Danser l'amour des morts avec le Ballet du Rhin

 L'exposition "Aux temps du Sida, Oeuvres, récits et entrelacs" qui vient de débuter au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg aura dû patienter un peu. Prévue en 2020, une autre pandémie en aura reporté la réalisation jusqu'à ces jours, d'une certaine manière comme pour saluer le départ en retraite du directeur des Musées Paul Lang qui l'a initié et dont il a confié le commissariat à Estelle Pietrzyk, conservatrice en chef et responsable du MAMCS. Et elle nous a conçu une exposition à la fois artistique mais également totalement ancrée dans l'époque. Mêlant des oeuvres majeures et emblématiques dans différents domaines artistiques (plastique, cinématographique, littéraire, chorégraphique,..) autant que sociologique ou scientifique, dans un parcours immersif qui nous fait littéralement vivre au plus intime les peurs, la douleur, les espoirs et les révoltes des ces quatre décennies qui ont vu passer cet ouragan dévastateur en nous laissant très longtemps perdus et désemparés. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd


L'exposition débute par un "couloir du temps" en référence à l'aids timeline du collectif Group Material avec entre autres Felix Gonzales-Torres, Jenny Holzer et Barbara Kruger, couloir qui nous accueille observés par un personnage surplombant  π (pi) de Merryl Ferri-Levisse qui a également réalisé le papier peint symbolique qui nous emmène dans l'entonnoir du temps accompagné par Prince qui nous chante "a big desease with a little name" (un maladie grave avec un nom court). Ce couloir qui remonte de nos jours, où plus de quarante millions de personnes sont mortes, aux débuts de l'histoire de la crise sanitaire, affiche des objets, livres, articles, dessins, disques, cartes postales et toutes sortes de témoignages de l'apparition et du développement de cette maladie dans notre société. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Le mur du temps - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Françoise Petrovitch - Photo: lfdd


On y trouve autant un dessin de Tomi Ungerer qui a illustré des emballages de préservatifs, vecteurs de prévention que des couvertures historiques de magazines parlant du Sida ou des disques et articles tracts, affiches, cartes postales - entre autres des campagnes d'Act Up - qui nous remémorent le chemin depuis, par exemple le premier "coming out" d'un artiste, Rock Hudson, annonçant sa maladie. Un portrait de Françoise Barré-Michel par Hervé di Rosa côtoie le photo de Michel Foucault par Hervé Guibert ou une aquarelle d'un "Singe Vert" par Françoise Pétrovitch. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Bruno Pélassy - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Je sors ce soir - Photo: lfdd

Tout de suite après, un genre d'antichambre d'entrée nous accueille avec un rideau de perles "Viva la Muerte" grinçant de Bruno Pélassy, des photos de corps attaqués de Kiki Smith ou le portrait jeune de John Hanning I SURVIVED AIDS. Cette antichambre nous mène directement au monde de la nuit - Je sors ce soir -avec l'univers de discothèques, avec le clip Tainted Love de Soft Cells et la chorégraphie Still/Here de Bill T Jones dans une Dance Box intelligemment décorée.  Bill T Jones nous le retrouvons en train de se faire peindre le corps par Keith Haring à côté d'une grande sculpture de Johan Creten et d'une installation "sous moustiquaire" de Barthélémy Toguo. Une chambre avec un téléviseur d'époque sur lequel sont diffusés toute une série d'archives, documents et journaux TV permettant de se replonger dans le temps et une armoire qui cache un secret: une conception de Jean-Michel Othoniel, qui ouvre le "placard" et nous fait entrer dans le cabinet secret où l'on découvre des films interdits, des images taboues ou scandaleuses, dont deux autoportraits de Robert Mappelthorpe - le dernier six mois avant sa mort et le portrait par ce dernier de Roy Cohn, ouvertement (officiellement) anti homosexuel, l'ancien conseiller de McCarthy et de Donald Trump et mort du Sida en 1986.


Aux temps du Sida - MAMCS - Bartélémy Toguo - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Roni Horn - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Hervé Guibert - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Antony Goicolea - Photo: lfdd

Après ces espaces "Prolifération" et "ceci est mon sang", avec entre autres une grande fresque sur toile biface de Fabrice Hyber et d'intéressantes oeuvres et projets de Michel Journiac dont les "billets de sang", nous arrivons dans des espaces - "Je n'ai fait que traverser le monde en courant" et "Cette époque est un thrène" où des lettres de Fabrice Guibert, à écouter au casque aussi, de même que les énumérations Felix's Toys de Roni Horn ou ou la chambre The Millwaukee Room de Dominique Gonzalez-Foster rendent hommage à Felix Gonzalez-Torres, dont on voit les photos des jouets qu'il envoyait à ses amis. Nous avons aussi toute une série de photos, en noir et blanc d'Hervé Guibert et en couleur de Nan Golding qui témoignent de l'intérieur du vécu de cette époque. Des extraits de films d'Almodovar, de Robin Campillo et de Leos Carax nous font aussi revivre l'époque. 


Aux temps du Sida - MAMCS - Jean-Luc Lagarce - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Alain Buffard - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Alain Buffard - Photo: lfdd


De manière plus intime nous arrivons aussi à des carnets et des archives de Jean-Luc Lagarce, aux citations et dessin de Copi, aux "actions" de David Wojnarowicz avec une impressionnante photo de lui à la bouche cousue par Marion Scemama, qui a filmé aussi son monologue performance "If I had a Dollar to spend - si j'avais un Dollar à dépenser". 


Aux temps du Sida - MAMCS - David Wojnarowicz - Marion Scemama - Photo: lfdd

Aux temps du Sida - MAMCS - Jean-Luc Verna - Photo: lfdd


D'autres vidéo, dont la performance d'Alain Buffard ou d'Anna Halprin montrant la fragilité induite par la maladie sont de magnifiques témoignages artistiques que l'on peut apprécier dans le "cocon" du rideau brodé de perles et de cristaux de Jean-Luc Verna (dont on appréciera ailleurs dans l'exposition à la fois les dessins noirs ou en couleur: Trithérapie qui chante), ainsi que les photos des collages d'Ernest Pignon-Ernest dans les rues de Warwick (Durban), et, sur le mur en très grand, le sigle d'Act Up "Silence = Death". 


Aux temps du Sida - MAMCS - Bruno Pélassy - Photo: lfdd


Une dernière salle "Protocoles et Luttes" présente des oeuvres en référence aux traitements avec trois énormes gélules de General Idea Blue (Cobalt Pla(c)ebo, la Variation of Love de Pascal Lièvre des oeuvres de Pascale Martine-Thayou ou de Chéri Samba ou un "autel" dédié aux actions des Soeurs de la Perpétuelle indulgence. Et avant de danser dans l'Arène sous les guirlandes d'ampoules de Felix Gonzalez-Torres, nous passons dans la salle de cinéma attenante pour s'immerger pendant soixante-seize minutes dans le film de Derek Jarman Blue où il nous parle au plus intime de cette maladie qui va l'emporter six mois après la réalisation de ce film. Et nous sortons, secoués en saluant le travail en écho de Bruno Pélassy Gracias a la vida.

Mais ce n'est pas fini.... Tout au fond de la nef, derrière les grands vases de Barthélémi Toguo Vaincre le virus, se trouve une Permanence, un espace participatif et de rencontre avec des professionnels ou des associations et deux vitrines qui ont accueilli les objets et souvenirs de donataires volontaires qui ont partagé des objets, livres ou pièces de collection, dont, entre autres, le dessin de  Freddy Ruhlmann La-si-do-ré.


Un grand nombre de manifestations: ateliers, conférence, projections, rencontres, lectures, spectacles, concerts, visites guidées, cartes blanches, au Musée et en partenariat avec d'autres structures, dont Pôle Sud, et le Lieu Documentaire, mais aussi l'Opéra National du Rhin et son Ballet, Arte et l'Université, les librairies Kleber et Quai des Brumes et le cinémas Cosmos.


La Fleur du Dimanche


A lire: 

Danser l'amour des morts avec le Ballet du Rhin


Quelques manifestations à venir:

Au MAMCS:

Lectures croisées - dimanche 29 octobre à 15h00

Intervention chantée de Pelicanto: 29 octobre à 15h00

Week-End festif - du 1er au 3 décembre - entrée libre au Musée pour toutes les manifestations

Deep in vogue - plusieurs séances le 10 décembre de 14h30 à 17h30


Avec le Lieu Documentaire - projections

Un remède de chameau - documentaire - 28 novembre 16h00

Good Boy, histoire d'un solo - Réal. Marie-Hélène Rebois - 29 novembre 14h30

120 battements par minutes - Robin Campillo - 7 janvier 2024 à 14h30 - avec ARTE

Hervé Guibert, La mort propagande - 7 janvier 2024 à 16h00 - avec ARTE 


Pôle Sud 

Good Boy - Alain Buffard -  22 et 23 novembre à 19h00 


A la Pokop

Soirée Radiophonique - 7 novembre à 18h30


A suivre...

dimanche 12 juin 2022

Un après-midi au Musée pour les 60 ans des Percusions: Silences et bruits épars

 Ce dimanche, dernier jour des festivités pour honorer les 60 ans de la création des Percussions de Strasbourg (voir mon billet de jeudi "Un feu d'artifice de musique"), et cela se passe au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg - MAMCS, là où l'on rend hommage à Jean-Hans Arp à qui John Cage avait dédié sa pièce "But what about the noise..." à l'occasion du centenaire de sa naissance en 1985. La pièce, dédiée aux Percussions de Strasbourg fut présentée lors du concert inaugural du Festival Musica en 2020 en première partie de la pièce "100 cymbales" de Ryoji Ikeda (voir le billet du 17 septembre 2020). Et c'est la version de Ryoji Ikeda de "But what about the noise..." adaptée de Cage où l'on n'a que les claves (morceaux de bois que l'on frappe) qui sera jouée pour cette pièce qui se déroule sans interruption entre 15h00 et 18h00, fermeture du Musée. 

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd


Lorsque l'on rentre dans le Musée, sous la grande nef, on entend déjà résonner des  cliquetis ou plutôt des sons de gouttes qui semblent tomber de la voûte majestueuse. Au fur et à mesure l'on discerne et identifie, sur les passerelles ou dans des coins ou des passages les interprètes (une dizaine éparpillés dans le Musée) de par leur attitude concentrée et immobile, sauf quand, de temps en temps ils-elles font claquer leurs bouts de bois plus ou moins fort - ou alors ils-elles les frottent ensemble. Tout l'espace est rempli de ces bruissements, claquements, qui se répondent en ondes concentriques ou en écho. Et c'est tout le bâtiment qui prend vie, comme si la pierre, le sol respirait, craquait, se reliait d'un bout à l'autre, d'une salle à l'autre, du haut en bas, du Nord au Sud. Et donc, déambulant dans le musée et ses différentes salles, nous nous rapprochons, rencontrons, croisons au hasard, ou délibérément si les interprètes ne bougent pas trop vite et gardent un certain temps leur position, nous formons notre propre partition, notre mixage de cette pièce presque hypnotique, en tout cas reposante qui appelle à la sérénité. Sauf quand, en de rares moment l'énergie monte et les frappes se font plus vigoureuses, ou alors quand, par surprise, nous croisons un(e) interprète qui dans sa déambulation surgit de derrière un mur ou un coin en sens inverse du nôtre et nous troublent dans notre parcours de visite. Parce que nous en profitons pour découvrir ou revoir les oeuvres exposées, tout en jouant à cache-cache avec les musiciens que nous essayons de pister. Un agréable moment dont je vous propose quelques images:


Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd


En conclusion, "Bon Anniversaire et longue vie aux Percussions de Strasbourg".


La Fleur du Dimanche 

vendredi 22 avril 2022

Filer à la Filature et fuir les fantômes puis partir dans l'Entre-Deux avec Laurie Anderson: Chute !

 C'est un vendredi que l'on pourrait placer sous le signe des fantômes, car, entre les deux expositions (à Colmar et à Mulhouse) et le film puis le concert spectacle de Laurie Anderson à la Filature à Mulhouse, les esprits, avatars, doubles et apparitions nous ont accompagnés tout le long de cette fin de semaine.

Pour commencer, à Colmar à l'espace d'Art Contemporain André Malraux où une magnifique exposition  - presque - rétrospective de Patrick Bailly-Maître-Grand se tient encore jusqu'au 22 mai. Il n'y a pas les Véroniques, mais de superbes daguerréotypes qui invoquent les esprits, d'une part celles des ancêtres via des crânes décorés, d'autre part des "doubles humains" deux fois dégradés, en l'occurrence des têtes de poupées de cire du début du vingtième siècle, abimées et défigurées. Nous avons aussi le plaisir de découvrir les premiers travaux photographiques, "Les Noires" où, au début des années 1980 le "peintre", Patrick Bailly-Maître-Grand ne lâche pas encore totalement la matière pour la lumière et où la photo déborde en gravure du papier. Un clin d'oeil à Cy Twombly nous accueille aussi au pied des escaliers et le premier étage nous offre une promenade dans les multiples jeux et tours de magie lumineux de l'artiste, entre voyage sur la lune les pieds sur terre (blanche), nimbes de fantômes ou lucioles folles, soupirails et les dés jetés d'Alea Jacta Est. Entre rayogrammes, strobophotographies, monotypes ou herbes flashées, nous en prenons plein les yeux éblouis. 

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Noires

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Noires

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - City Twombly

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Apollo XI

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Nimbes

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand - Les Lucioles - détail


A Mulhouse, à la Filature, l'exposition en cours (jusqu'au 7 mai), première partie d'un compagnonnage avec l'artiste SMITH, dont l'on pourra voir l'installation "Desidération" à partir du 24 mai en relation avec la Biennale de la Photographie du 11 juin au 24 juillet. Ses photographies, aux couleurs pastel et blanchies, laiteuses nous emmènent dans un monde éthéré, instantanés de portraits intimes et de relations délicates, éthérées, un monde flotant, indéfini. Il nous parle de présences absentes, d'anges en quelque sorte... de fanômes. Les fantômes les spectres sont aussi le sujet du film Spectrographies (2014) projeté dans l'exposition et qui est présenté en présence de l'artiste dans une salle avant le concert. On y voit un essai de se rapprocher de la chaleur humaine, de la capturer, même de l'incorporer (via une puce implantée sous la peau), et une quête de fantômes, que ce soit le fantôme de Pascale Ogier ou la tombe de Maurice Merleau-Ponty que vient hanter Mathieu Amalric pour terminer son livre inachevé Le Visible et l'Invisible. Une balade nocturne en compagnie de beautés ténébreuses qui nous hantent et où la musique nous projette dans le passé.

Et la dernière étape de ce voyage avec les fantômes se fera avec Laurie Anderson qui en introduction dédie le concert à des êtres chers qui sont partis il y a deux mois, et d'autres un peu plus longtemps. Mais c'est un voyage sans tristesse, dans un entre deux, le Bardo, qui dans la philosophie boudhiste signifie un état intermédiaire, entre le sommeil, le rêve, la méditation et la mort. Avec son complice Rubin Khodeli, qui improvise sur son violoncelle électrique ("il ne joue jamais la même note, ni celle qu'il a déjà jouée ni celle qu'il va jouer" dit-elle de lui) alors qu'elle jongle entre son violon, ses différentes claviers, ses boucles, ses films qui passent en fond de scène, même les lumières, et l'histoire - ou plutôt les histoires qu'elle va nous conter pendant une bonne heure et demie. Histoires inspirées de ses amitiés musicales (Phil Glass, John Cage, James Brown et bien sûr Lou Reed), ou les réflexions qui lui viennent des nouveaux usages dans le show-business comme les concerts d'hologrammes d'artistes vivants ou disparus (encore des fantômes ressuscités). Mais cela elle n'en a que faire, elle gère cela de manière transparentes ("Ceux qui disent que la technologie n'est pas un problème ne comprennent pas la technologie" assure-t-elle très philosophe). Et ses animations ou ses films nous portent tout au long du concert-spectacle en nous poussant à nous interroger sur ce que l'on voit. Allons-nous en avant ou reculons-nous? Quand elle nous parle des images envoyée par une caméra sur un observatoire d'oiseau qu'elle regardait pendant le confinement, nous y voyons un "fantôme", un chat qui rôde. Les oiseaux, objet de méditation su sujet de philosophie, à l'instar d'Aristophane dont elle nous raconte le début pour nous inciter à le relire et y réfléchir. Elle nous parle de la perte, des catastrophes qui nous permettent de nous reconstruire (la tempête Sandy à New-York) qui fait le ménage à la cave, de la fragilité de nos vies et de la philosophie boudhiste, entre le livre des morts et la tai-chi sport de combat ralenti où les gestes à priori très beaux sont une décapitation au ralenti (elle nous en fait une très belle démonstration sur scène). Et pour finir ce magnifique dialogue entre chansons, paroles et duo musical, elle nous gratifie d'une reprise de Gee Wiz de Phil Glass qu'elle avait interprètée aux Grammy Awards en 2020. Un grande dame nous a conté une belle histoire: The Art of Falling, ou comment tomber, doucement, lentement et tenir pourtant, soutenu par la force de la musique.


Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd

Concert Laurie Anderson - La Filature - Mulhouse - Photo: lfdd


Et un aperçu de son art (martial) du Tai Chi:





La Fleur du Dimanche

lundi 2 septembre 2019

Voyage estival en Art: Expositions en Allemagne


L'été a été une période de rencontres, comme je le disais dans mon billet de "fausse rentrée" du 25 août: rencontres avec des ami.e.s, connu.e.s ou inconnu.e.s et également des rencontres avec l'Art dans de multiples lieux - galeries, centres d'art, musées, fondations,... - en Alsace, Allemagne, Suisse, mais également un peu plus loin. Certaines expositions sont encore visibles - ne tardez pas si vous souhaitez voir ces oeuvres "en vrai", sinon, j'espère que les quelques images que je vais égrener au fur et à mesure des "excursions" vont vous donner envie d'aller voir les expositions suivantes.

Pour commencer, passons la frontière pour aller à Baden-Baden où pas moins de trois structures l'une à côté de l'autre nous proposent toujours des expositions de très bon niveau. Et ayons une pensée particulière pour Frieder Burda, le fondateur du Musée Burda qui nous a quitté le 14 juillet 2019. C'est d'ailleurs une date symbolique puisque l'exposition en cours "Ensemble - Centre Georges Pompidou - Museum Frieder Burda" présente la collection de ces deux Musées (Frieder Burda était le seul Allemand à faire partie de la comission d'acquisition du Centre Pompidou). Et ce 14 juillet, Fête Nationale française, le Musée proposait une entrée gratuite pour les couples franco-allemands.

Frieder Burda, fils d'industriel et de collectionneur a posé son acte fondateur de collectionneur en achetant en 1968 à Kassel une toile découpée de Lucio Fontana. Il a suivi et soutenu Gerhard Richter, Sigmar Polke, Max Baeckamn, Georg Baselitz et bien d'autres peintres allemands mais il a également dans sa collection des toiles tardives de Picasso et des artistes américains contemporains.
L'exposition en cours permet de confronter les collections dans l'Art en France et en Allemagne.
En voici un courte sélection, à commencer par une mise en abime d'une toile de Gerhard Richter et sa version par Jean-Olivier Hucleux avec le portrait du collectionneur.


Musée Frieder Burda - Ensemble: Gerhard Richter:  Party -Jean-Olivier Hucleux: Portät Frieder Burda - Photo: lfdd

Et quelques oeuvres de Jean-Michel Othoniel, Sigmar Polke, Gerhard Richter, Markus Lüpertz, Georg Baselitz et une composition photographique de Maurice Tabard.


Musée Frieder Burda - Ensemble: Jean-Michel Othoniel - Photo: lfdd

Musée Frieder Burda - Ensemble: Sigmar Polke - Cameleonardo da Willich - Photo: lfdd

Musée Frieder Burda - Ensemble: Sigmar Polke - Kinderspiel - Photo: lfdd

Musée Frieder Burda - Ensemble: Gerhard Richter - Chinon - Photo: lfdd

Musée Frieder Burda - Ensemble: Gerhard Richter - Chinon - Photo: lfdd

Musée Frieder Burda - Ensemble: Gerhard Richter - Chinon - Photo: lfdd

Musée Frieder Burda - Ensemble: Gerhard Richter - Chinon - Photo: lfdd


Musée Frieder Burda - Ensemble: Markus Lupertz - Execution - Georg Baselitz - Dresdner Frauen Giebe - Photo: lfdd


Musée Frieder Burda - Ensemble: Maurice Tabard - Composition - Photo: lfdd


Juste à côté du Musée Frieder Burda, il y a même un passage qui joint les deux bâtiment, à la Kunsthalle, vous pouvez actuellement voir l'exposition Nina Canell jusqu'au 20 octobre.

Si vous avez raté la précédente, "Psyche als Schauplatz des Politischen - La Psyché comme scène du Politique", c'est bien dommage, elle était "gratinée"...

En voici quelques vues:


Kunsthalle Baden-Baden - Psyche als Schauplatz des Politischen - Photo: lfdd

Kunsthalle Baden-Baden - Psyche als Schauplatz des Politischen - Photo: lfdd

Kunsthalle Baden-Baden - Psyche als Schauplatz des Politischen - Photo: lfdd


Le troisième musée, à Baden-Baden, le LA8, Musée des Sciences et des techniques  avu sa précédetne exposition s'achever (Schein oder Sein - Paraitre ou être) ddié à la représentation de la représentation de soi. Vous en aurez quelques images bientôt. La prochaine "Die Welt von Oben - der Traum vom Fliegen im 19en Jahrhundert" - Le Monde vu d'en haut - le rêve de voler au 19ème siècle démarera le 28 spetmebre 2019. Nous en parlerons.



Une autre exposition à ne pas rater en Allemange, c'est à Durbach, le Musée Hurrle expose sous le titre "Kunst Cosmos Oberrhein" jusqu'au 13 octobre un large panorama des artistes (plus d'une centaine vraimaent importants) ayant travaillé dans le Rhin Supérieur de part et d'autre du Rhin.
Une exposition majeure à ne pas rater.
Quelques images pour commencer:

Musee Hurrle - Daniel Depoutot - Photo: lfdd

Musee Hurrle - Dan Stephan - Eux trois - Photo: lfdd

Musee Hurrle - Gérard Haug - Petit conte pour enfant sage - Photo: lfdd


Musee Hurrle - Eva Schaeuble- Episode - Photo: lfdd

Musee Hurrle - Germain Roesz - Haleh Zahed - Photo: lfdd

Musee Hurrle - Daniel Schlier - Kopf mit Kuh - Kopf mit Schwein - Photo: lfdd

A suivre...

L'épisode 2 se trouve ici: "Epidode 2


La Fleur du Dimanche