mercredi 3 juin 2026

Les Petites Filles modernes (titre provisoire) de Joël Pommerat au TNS: des voix qui nous guident, des images qui nous mentent, entre visions et illusions

 Avec la dernière pièce de Joël Pommerat présentée au TNS, Les Petites Filles modernes (titre provisoire) nous plongeons carrément dans un autre univers. Ce récit, qui se veut un conte pour adolescent(e)s nous fait revivre une ambiance qui nous rappelle les songes éveillés quand nous étions alités, cloîtrés dans notre chambre, sous le coup d'une forte fièvre et que, derrière la porte de la chambre d'enfant, le monde, par des échos de voix arrivait à nous par bribes. 


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Les lumières, baignant d'un éclat léger un espace changeant, plus encore les projections vidéo qui transforment et déforment, modifient et font bouger l'espace mouvant, nous déstabilisent. Elles rendent les déplacements des deux jeunes personnages sur scène instable, comme hors-sol, et nous immergent dans un univers onirique chancelant et fluctuant, tout comme la bande son qui appuie et accentue les ruptures, glissements et stridences qui nous font chavirer.


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Nous ne savons pas vraiment où nous sommes avec ces deux personnages à peine esquissés, dans un clair-obscur savamment distillé, plutôt traités comme des silhouettes, des attitudes, des paroles de jeunes, et dont nous nous questionnons sur le niveau de réalité. Car cette trajectoire de rapprochement entre Marjorie (Caroline Kerléo, qui l'incarne avec force) et Jade (Marie Malaquias toute en intériorité) dont nous observons les étapes et les épreuves d'une quête en quelques sorte semblable à un voyage initiatique, nous pouvons nous demander quelle est la part d'imaginaire produite par ces deux personnages. 


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Cet imaginaire qui nous est offert, construit par leur dialogue, mais également par les projections sonores du monde extérieur à la chambre de Jade, et surtout par les concrétisations très réelles des ces univers transposés (la boite, le couloir, le puits) que la scénographie arrive à rendre à la fois réels mais en même temps impalpables et immatériels: le couloir, dans une ligne de fuite sans fin, la boite dans un espace sans perspective, les murs mouvants, sans oublier les effets bluffants de la chute immobile.


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Dans cette construction du récit d'apprentissage de ces deux jeunes adolescentes qui se servent de leur imaginaire pour avancer, comprendre le monde, celui des adultes, des voisins, de la vie, la mort, l'amour, les frontières sont bousculées. Et différents modes d'expressions sont sollicités, même le cinéma, dont elles se servent comme outil de compréhension et de progression. Mais ne soyons pas dupe, nous n'arriverons pas à entrer dans leur "âme" et cette fausse réalité, et les émois de leur coeur, nous n'y accédons pas, car, à l'image du faux miroir qui les dédouble, l'inversion finale des rôles des comédiennes nous pointe le fugace et le transitoire de ce passage. Et le spectacle est une démonstration magistrale de cette impermanence et du flottement de la pensée et des êtres. Un beau parcours entre ombre et lumière.


La Fleur du Dimanche


Les Petites Filles modernes (titre provisoire)


Au TNS du 3 au 18 Juin 2026


Générique
[Création théâtrale] Joël Pommerat
[Avec] Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias
[Et les voix de] David Charier, Delphine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais et Faustine Zanardo
[Scénographie et lumière] Éric Soyer
[Vidéo] Renaud Rubiano
[Costumes] Isabelle Deffin
[Perruques] Julie Poulain
[Son] Philippe Perrin, Antoine Bourgain
[Musique originale] Antonin Leymarie
[Collaboration artistique] Garance Rivoal
[Assistanat à la mise en scène] David Charier
[Renfort assistanat] Roxane Isnard
[Collaboration à l’écriture] Zareen Benarfa
[Participation au travail de recherche] Pierre Sorais
[Direction technique] Emmanuel Abate
[Direction technique adjointe] Thaïs Morel
[Régie son] Antoine Bourgain
[Régie vidéo] Grégoire Chomel
[Régie lumière] Gwendal Malard
[Régie plateau] Jean-Pierre Constanziello, Inês Correia Da Silva Mota
[Habillage] Lise Crétiaux, Manon Denarié
[Réalisation maquette et accessoires] Claire Saint-Blancat
[Construction accessoires] Christian Bernou
[Construction décors] les ateliers du TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne
[Renfort costumes] Jeanne Chestier
[Renforts plateau] Lior Hayoun, Faustine Zanardo
[Diffusion internationale, missions spéciales et agent] Anne de Amézaga
[Administratrion] Elsa Blossier
[Co-directrion] Magali Briday-Voileau
[Chargée de production] Alice Caputo
[Responsable des tournées] Pierre-Quentin Derrien
[Direction de production] Lorraine Ronsin-Quéchon
Remerciements à Maurine Tainguy et Rose Trecan
Et l’équipe technique du TnS 
[Régie générale] Cyrille Siffer
[Régie plateau] Denis Schlotter
[Machiniste] Daniel Masson, Margaux Fabre
[Régie lumière] Christophe Leflo de Kerleau, Sophie Prietz (en alternance)
[Régie son] Maxime Daumas
[Régie vidéo]Tiphaine Steiner
[Habilleuse] Bénédicte Foki 
 
Production Compagnie Louis Brouillard
Coproduction TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne, CDN ; Châteauvallon-Liberté, Scène nationale de Toulon ; Mixt, Terrain d’arts en Loire-Atlantique ; Les Tréteaux de France, CDN ; Théâtre Nanterre-Amandiers, CDN ; Espaces Pluriels, Scène conventionnée d'intérêt national art et création danse de Pau ; Festival d’Automne à Paris ; L'Azimut, Pôle national cirque d’Antony et de Châtenay-Malabry ; Le Canal, Théâtre du Pays de Redon, Scène conventionnée d’intérêt national art et création pour le théâtre et la DRAC Bretagne ; Théâtre Le Bateau Feu, Scène Nationale Dunkerque ; Le Théâtre de Suresnes Jean Vilar ; La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; Théâtre français du Centre national des Arts du Canada - Ottawa ; Le National Taichung Theater.
Avec le soutien de La maisondelaculture de Bourges, Scène nationale.
Les répétitions du spectacle ont lieu à la Maison de la Culture de Bourges ; au Théâtre Ducourneau d’Agen ; à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; aux Tréteaux de France d’Aubervilliers, Centre dramatique national ; au Théâtre Silvia Montfort de Paris ; et au théâtre Châteauvallon-Liberté, Scène nationale. Des étapes de travail en amont ont été menées aux Plateaux Sauvages – Fabrique artistique et culturelle à Paris 20e, et à la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny.
Action financée par la Région Île-de-France. La Compagnie Louis Brouillard est conventionnée par la DRAC Île-de-France et la Région Île-de-France.
Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard sont associés à Nanterre-Amandiers, à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle, et au TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne.
Les textes de Joël Pommerat sont édités chez Actes Sud-Papiers.
Créé le 24 avril 2025 à Châteauvallon-Liberté, Scène nationale.