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vendredi 26 juin 2026

Au Festival Montpellier Danse, Armin Hokmi avec Bazm (Répertoire): De petits pas pour un grand saut dans le répertoire de la danse contemporaine

 Armin Hokmi est un enfant de Montpellier pourrait-on dire. Au moins en tant que danseur et chorégraphe. Cet artiste iranien, passé par la Norvège et installé à Berlin a créé au Festival Montpellier Danse en 2024 Shiraz (vu à Pôle Sud en mars 2026), la pièce hommage au Festival de Shiraz en Iran qui l'a fait connaître dans le Mode entier. Il avait aussi créé au Festival l'année dernière Of the heart - An Etude qui annonçait déjà cette pièce qu'il crée ici, Bazm (Répertoire). C'était le premier pas dans cette volonté de constituer un répertoire imaginaire, en tout cas très personnel et sensible, un répertoire de pièces de ballet censées faire date. Mais Armin Hokmi, sous son apparence affable est quelqu'un de très malin et malicieux, au point de faire croire que le mot Bazm du titre pourrait signifier (répertoire) - ou son contraire - alors que c'est plutôt la fête, le banquet. Et il adore nous perdre, parce que Bazm n'est ni une fête, ni une pièce de répertoire - enfin pas encore, elle risque pourtant de le devenir, tout comme Shiraz en prend le chemin.


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Son langage est original et autant pour Of the heart - An Etude il y avait une sorte d'accumulation du mouvement, pour cette nouvelle création il y a aussi une sorte d'accumulation, mais c'est plutôt dans une épure de gestes, de mouvements, et de déplacements. Il y a bien sûr répétition, toujours presque dans l'ordre de l'hypnotique, mais les gestes sont réduits au minimum. Au départ d'ailleurs, les danseurs sont tout d'abord deux, et puis un ou deux supplémentation. Ils apparaissent sur scène, de dos (comme si leur visage ou leur expression pouvait perturber la lecture plutôt distanciée de la danse) et puis repartent, portant leurs mains fortement collées à la hanche, une sorte d'ancrage, de levier. 


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Les quelques mouvements subtils et sporadiques se limitent à un haussement d'épaule ou à un déplacement léger de rotation grâce au déplacement d'un pied. Cette épure nous fait rentrer dans une contemplation pleine d'attention dans laquelle nous allons découvrir de subtils changements pour chaque interprète. Les bras collés changent-ils de côté ? Comment est-ce que les danseurs avancent, tournent, reculent, partent, reviennent, pivotent ? Comment et avec qui se retrouvent-ils en écho, en symbiose ou en décalage ? 


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Au fur et à mesure, le nombre d'interprètes augmente sur le plateau qui se retrouve plus ou moins occupé - ou quelquefois déserté. Ce qui est intéressant aussi, c'est leur positionnement dans l'espace, formant des figures variable jusqu'à neuf interprètes, dans des groupes où chacun(e) prend une place par rapport à l'autre, à côté , en opposition, perpendiculaire, devant ou derrière et que ces figures n'arrêtent pas de changer. Ce sont au total neuf danseuses et danseur, presqu'identiques mais quand même particuliers, avec des costumes originaux, une belle conception de Moriah Azkenaizer qui les individualise avec des bandes de couleur variées sur des survêtement colorés, ce qui amène une dimension de mouvement dynamique supplémentaire. 


Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Le plus intéressant est d'essayer de fixer cette géométrie variable, de déceler le moments d'échos et les relations dans le groupe, relations qui changent continuellement en se construisant les uns sur les autres. La musique créée par l'artiste pluridisciplinaire Helen Island qui compose sur son ordinateur des airs et des vagues qui convoque autant le piano ou la guitare (acoustique) que des staccatos de violons, contribue à installer cette atmosphère globale dans laquelle nous flottons presque. Les éclairages de Vito Walter qui se muent en atmosphères mielleuses participent à notre immersion en quelque sorte dans cet événement, une sorte d'art total. Et ce n'est pas sans surprise, mais très naturellement que, sur une chanson plaisante, quand tous et toutes ont quitté la scène, et que notre esprit est encore en train de divaguer, que nous réalisons que la pièce est terminée. C'est à la fois sans regret mais pleinement satisfait de ce voyage un peu spécial auquel nous avons participé que nous nous rendons compte que nous avons vécu quelque chose d'exceptionnel et d'inhabituel. Une sorte de rupture dans la représentation de la danse. Une danse presque minimale mais qui fait plein effet. Une petite révolution. Et nous souhaitons à Armin Hokmi de continuer sur ce chemin plein d'avenir et de potentialités.


La Fleur du Dimanche


Bazm (Répertoire)


Montpellier - 26 et 27 juin 2026

Concept, chorégraphie et direction artistique : Armin Hokmi
Danse et interprétation : : Louise Dahl, Even Eileraas,, Tasha Hess-Neustadt, Aline Lebrun, Gyeongjin Lee, Ángel Martinez Hernández, Adam Russell-Jones, Leonie Türke, Eline Chao Vaaje, Emmi Venna
Musique : Helen Island, CARYO
Scénographie et conception lumière : Felipe Osorio Guzmán
Création lumière : Vito Walter
Directeur des répétitions : Ángel Martinez Hernández
Costumes : Moriah Askenaizer
Réalisation des costumes : L’atelier Bas et Hauts, Paris
Régisseur son : Fabien Minez
Conseil artistique : Jonas Maria Droste, Julie Guibert , Cecilio Orozco
Production : Armin Hokmi Kiasaraei
Coordination de production : Ashley Molco Castelló
Remerciements à Naomi Perlov et Frédéric Granger
Coproductions : Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie dans le cadre du Festival Montpellier Danse 2026 et du dispositif « Artiste associé » du Ministère de la Culture, CNDC Angers, CCN-Ballet national de Marseille dans le cadre de l’accueil studio / Ministère de la Culture, Théâtre de la Ville Paris, Charleroi Danse, Radialsystem Berlin, Rosendal International Theatre, Dansens Hus Oslo, BIT Teatergarasjen Bergen, euro-scene Leipzig, Norrlandsoperan Umeå | Soutiens : Hauptstadtkulturfonds Berlin, Fonds franco-allemand Transfabrik, Nordic Culture Fund, FFUK, Arts Council Norway | Avec le soutien du programme de résidence de PACT Zollverein (Essen), financé par le Ministère de la Culture et des Sciences du Land de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, la Friche la Belle de Mai (Marseille) avec le soutien de la SCIC FBDM, et du programme de résidence O Espaço do Tempo et FELD/LAB, une initiative soutenue par le Goethe-Institut au Portugal.
Remerciements à Frédéric Granger du CCN-BNM, Denis Boudemagh – STRADA