vendredi 14 juillet 2023

Jazz à la Petite France, le 14 juillet, c'est parti pour danser l'été, et le 15 aussi, et bien sûr le 16 cela se termine

 Un festival qui cultive son succès pour la troisième année à Strasbourg, en plein été, c'est le Festival Jazz à la Petite France. L'année dernière nous en découvrions la deuxième année et plein de superbes groupes venus d'ici et d'ailleurs.

Et cette année, le Festival affiche très clairement sa volonté d'égalité des genres (il y a même pendant trois jours - du 13 au 15 juillet des rencontres professionnelles européennes sur ce sujet "gender equality in the music sector in Europe", et la programmation affiche 45 % de femmes sur scène - trois fois plus que la moyenne! 


Le Bal Perdu


Jazz à la Petite France - Bal Perdu - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Bal Perdu - Photo: lfdd


D'ailleurs le premier groupe est équilibré: une femme, un homme qui nous offrent Le Bal Perdu: Marie Dubus (Marie Cheyenne que l'on a aussi vu avec les Cracked Cookies) est en train de monter un projet avec Guillaume Schleer (Firmin & Hector) dont ils nous présentent en une petite demi-heure appétissante les premiers résultats (la suite le 7 novembre).  Guillaume à l'accordéon et Marie à la flûte et à la voix, quelquefois presque sauvage nous emmènent dans un mélange de valses, de javas et autres improvisations très virtuose. Les doigts sur la flûte sont agiles et la voix n'attend pas le silence pour enchaîner, l'accordéon accompagne ou mène la danse. Les compositions (La percée, Lithium 2032,..) de Guillaume Schleer alternent avec la chanson réaliste pleine d'humour noir de Fréhel - La Peur (Un chat qui miaule) ou une valse de Yann Tiersen, auquel le groupe rend hommage.


Jugend Jazz Orchester


Jazz à la Petite France - Jugend Jazz Orchester - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Jugend Jazz Orchester - Photo: lfdd

Le groupe qui suit est également  dans l'objectif du festival, beaucoup de femmes, surtout à la voix et en plus ce sont des Suisses avec un directeur artistique berlinois (Benjamin Weidenkamp). Ce Jugend Jazz Orchester avec presqu'une vingtaine de jeunes nous offrent une musique dont nous sentons leur joie de l'interpréter - et même d'en composer certain morceaux, comme par exemple une bien engagée "marche antifasciste" du saxophoniste Mattia Facchini. Le grand ensemble navigue entre Franck Zappa et le free Jazz en passant par les Swingle Sisters un Big Band à géométrie musicale variable. 


Jazz à la Petite France - Jugend Jazz Orchester - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Jugend Jazz Orchester - Photo: lfdd

Ce qui ne l'est pas c'est leur engagement à la fois musical - et ils prennent un plaisir visible à jouer et chanter, mais aussi politique et écologique comme le laissent entendre les titres 1.5 point (1.5° - l'objectif du G20) ou the fruit of green growth (les fruits de la croissance verte) qui ne sont pas laborieux du tout et très bien arrangés - et interprétés - par la dynamique petite troupe qui réchauffe bien l'atmosphère sous les arbres de la place Saint Thomas.


Jazz à la Petite France - Jugend Jazz Orchester - Photo: lfdd


Fuz4tet

Pour Fuz4tet, il n'y a qu'une femme dans le quartet, mais quelle femme ! Yuliia Vydovska, une chanteuse et violoniste ukrainienne arrivée à Strasbourg en 2019 qui a monté ce groupe avec ses collègues du Conservatoire, Lucas Habe,  Nello Dronne et Maxime Epp. Et ce sont donc des chansons traditionnelles ukrainiennes très dansantes - 14 juillet oblige - qu'elle et ils nous  interprètent dans une version jazz contemporain. 

Jazz à la Petite France - Fuz4tet - Nello Dronne - Yuliia Vydosvska - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Fuz4tet - Yuliia Vydosvska - Maxime Epp - Lucas Haabe- Photo: lfdd



Nous les avions découverts dans le cadre du festival Arsmondo dans la belle salle Ponnelle de l'Opéra du Rhin et les voici en plein air et plein d'énergie encore pour faire danser et chanter le public qui apprécie. La voix de Yuliia porte mais elle sait aussi la moduler, chanter autant des mélodies enjôleuses ou romantiques, des airs traditionnels ou des berceuses - curieusement pleine de punch et bien sonore - ou se laisser emporter dans des improvisations où elle dialogue avec ses complices dont on devine une belle proximité et une connaissance mutuelle (ils et elle ont régulièrement animé des jams au People bar - et recherchent apparemment un nouveau lieu pour continuer - Si vous les avez ratés, il y aura un concert "privé" à Illkirch sur invitation cette semaine - attention places limitées - si vous êtes intéressé.e.s, un petit mail...). 


Jazz à la Petite France -Fuz4tet - Nello Dronne - Yuliia Vydosvska - Maxime Epp - Lucas Haabe- Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Fuz4tet - Nello Dronne - Yuliia Vydosvska - Photo: lfdd


En tout cas entre la poésie des paroles, la paix et la musique, un vrai plaisir et le public ne s'y est pas trompé en leur apportant de chaleureux applaudissements.


Petite Lucette

La soirée s'achève en beauté avec le groupe grenoblois Petite Lucette qui nous joue du jazz guinguette, des chansons à danser (ah bon ?) et des musiques d'Amérique du Sud. Les titres sont de la poésie pure (La soupette de Lucette, Chat perché, La Java du carillon, Toujours avoir une licorne dans sa poche, Les Jupons de Lucette,... ) et les musicien.ne.s (2 à 3) sont de vrai.e.s virtuoses et filent à cent à l'heure. 

Jazz à la Petite France - Petite Lucette - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Petite Lucette - Photo: lfdd


Sylvain Fouché aux claviers et au piano fait courir ses doigts à toute vitesse, Clémentine Ristord aux saxophones enchaîne les notes à vive allure, Manon Saillard marque le rythme à la grosse caisse et caresses les percussions, Mathieu Imbert donne un tempo puissant à la batterie et nous offre un morceau de rap bien enlevé et Pierre-Antoine Desparture joue de la contrebasse à fond le rythme.  les danses traditionnelle des Alpes deviennent des air brésiliens avec la Cumbia del Sappey.  Leur interprétation qui semblait un peu intériorisée au début prend corps au fur et à mesure et le public qui commence à sentir des démangeaisons dans les jambes se met à danser sur les côtés de la place et vers la scène. 

Jazz à la Petite France - Petite Lucette - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Petite Lucette - Photo: lfdd


La Petite Lucette part à bride abattue et envoie toute son énergie dans le public. Pour terminer, un morceau qui calme un peu le jeu où Sylvain Fouché nous fait une belle prestation, presque romantique à l'orgue et en bis , un hommage à Hermeto Pascoal dont on comprend bien qu'il ait pu influencer le groupe isérois. Au cas où vous souhaitez les voir - ou revoir - ils sont en tournée (voir leur page fb) et seront dans le Haut-Rhin le 18 et 19 août dans le cadre du Festival Meteo Campagne).


Jour 2 : 15 juillet - le grand mix:


Las Baklavas 

Avec Las Baklavas la deuxième journée du Festival Jazz à la Petite France démarre sur les chapeaux de roues. Ce pétillant groupe en majorité féminin (5 filles et 1 garçon) qui mixe aussi la France et l'Amérique du Sud, et, du côté de la musique les influences de ces deux pays et les rythmes balkaniques. Avec Sonia Boudier à la basse, Mathilde Erb au violon, Elsa Mareau à l'alto, Lourdes Marzialetti à l'accordéon, Niloha Riveros à la clarinette, Basile Touratier à la batterie et tout ce beau monde qui pousse aussi de la voix, des airs qui vous entrainent, il y a une sacrée dynamique qui s'installe et qui diffuse sur la place qui chauffe.

 

Jazz à la Petite France - Las Baklavas - Photo: lfdd

Abraham Réunion

Le groupe Abraham Réunion ne vient pas de la Réunion, mais est plutôt influencé par la musique caribéenne - et Jazz. Leur bonheur est de jouer ensemble, en famille, le grand frère Zacharie à la contrebasse, la grande soeur Clélya au piano et la petite soeur Cynthya au chant, ce trio Abraham est accompagné à la batterie par Arnaud Dolmen. On sent une belle familiarité entre eux, des sourires e des rires sont échangés et leurs chansons interprétées avec brio sentent l'optimisme et la générosité.

Jazz à la Petite France - Abraham Réunion - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Abraham Réunion - Photo: lfdd


Los Negros Soundsystem

Changement de style et d'ambiance avec Los Negros Soundsystem qui installe une grande table avec les platines, les instruments de mixage, au milieu de la scène pour DJ Bongo - le colombien Herbert Asprilla. A côté de lui, derrière son micro, le cubain Daniel Allen Oberto lui répond en direct au saxophone ou à la clarinette. Les deux compères, maintenant berlinois, travaillent depuis longtemps ensemble et brassent un mélange rythmé et dansant dans une large palette sonore et musicale.


Jazz à la Petite France - Los Negros Soundsystem - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Los Negros Soundsystem - Photo: lfdd


Jas Kayser

La soirée s'achève avec Jas Kayser et ses trois acolytes, Richie Sweets aux percussions, Alex Blake à la guitare et Daisy George à la basse pour une bonne heure bourrée de rythme et d'un très bon groove. A 26 ans, Jas ne manque pas de pêche, ni de culot, quand, il y a 4 ans déjà, Lenny Kravitz l'invite à lui donner la réplique dans un clip réalisé par Jean-Baptiste Mondino Low. Et c'est c'est tout à fait mérité quand, il y a deux ans, elle est la découverte de JazzFM. 


Jazz à la Petite France - Jas Kayser - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Jas Kayser - Photo: lfdd


Sa frappe est rapide et nerveuse et pourtant, son tempo est calme, apaisant pour le morceau Between the gap où elle entre dans un long cérémoniel, dans lequel Alex Blake à la guitare tisse quelques notes puis, après une magnifique improvisation de Jas, file une longue mélodie aux notes courtes, avant de passer le relais à Daisy George à la contrebasse. 


Jazz à la Petite France - Jas Kayser - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Jas Kayser - Photo: lfdd

Elle et Richie Stevens aux percussions se répondent et se complètent comme deux complices, totalement dans le même rythme, en symbiose, tandis qu'Alex Blake arbore un énorme sourire en grattant ses cordes avec doigté et qu'à côté Daisy George, serein sourit intérieurement derrière sa contrebasse. Le plaisir de jouer se voit, et le bonheur qu'ils partagent se transmet jusqu'à nous par la musique. 


Jazz à la Petite France - Jas Kayser - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Jas Kayser - Photo: lfdd

Et ce n'est pas une surprise quand, lorsque Jas propose au public de se lever et de danser,  sans hésiter, tout le monde se lève et expérimente la musique également avec son corps. Car ce n'est pas juste un seul sens qui est touché, le corps aussi écoute, est touché et s'exprime dans une communion enchantée. Encore une belle découverte de ce Festival.

Pour continuer sur le plaisir des sens, il faut noter aussi que c'est très agréable d'écouter la musique avec cette odeur de tarte flambée qui flotte dans l'air, et bienheureux sont ceux qui peuvent aussi en déguster. En écoutant Jas Kayser ici:





Jour 3 : 16 juillet – Et finir en beauté :


Naïssan Jalal


Pour le dernier jour du Festival Jazz à la Petite France, c’est Naïssan Jalal qui ouvre les festivités. Victoire du Jazz en 2019, elle est là avec Clément Petit au violoncelle, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Zaza Desiderio à la batterie. Sa musique aux influences ancestrales du pourtour méditerranéen comme le Maroc ou l’Egypte – elle joue d’ailleurs en plus de la flûte, cette version traditionnelle qu’est la nay – ou des Amériques est pour elle aussi un outil de guérison. 


Jazz à la Petite France - Naîssam Jalal - Photo: lfdd


Le disque Healing Rituals qu’elle vient de sortir contient ainsi toute une série de « Rituels » du vent, de la colline, de la terre, de la forêt, du Soleil, qui sont comme des chants, mélopées de guérison qui, par le rythme, les sons, le chant, la flute et les autres instruments, sont destinés à plonger l’auditeur dans certains états psychologiques et physiques tendant vers la beauté et la plénitude, le bien-être. Ce sont donc quelques-uns de ces rituels qu’elle nous offre avec ses trois complices. 


Jazz à la Petite France - Naîssam Jalal - Photo: lfdd


Elle-même variant ses interventions chantées plus ou moins aiguës ou graves selon les thèmes (plutôt grave pour la terre, plus enjoué puis mystérieux pour la forêt), passant sans transition et en enchaînements rapides de la voix à l’instrument. Ses musiciens, tous talentueux, ayant également un espace pour improviser. Les morceaux alternent des moments de tension avec des airs lancinants et de belles envolées et d’autres plus reposant, plus calmes. Et même si l’on ne croit pas aux esprits, on peut quand même noter le moment totalement synchrone où quand elle finit une de ces rituels, sur la dernière note, une cloche proche reprend pile le son.


Subconscious Trio


Le groupe Subconscious Trio, formé par trois musiciennes, coche les trois cases « féminines » des interprètes : Monique Chao, originaire de Taiwan, Victoria Kirilova de Bulgarie et l’Italienne Francesca Remigi se sont rencontrées au Conservatoire de Milan en 2015 et depuis ont fondé ce groupe et édité un disque Water Shapes dont elles vont interpréter quelques pièces, dont Whale Fall, Woman in gravity, I Like My Bed More Than I Like Most People et Two Beggars, une pièce où Monique Chao la pianiste chante aussi sur une composition de Francesca Remigi. 


Jazz à la Petite France - Subconscious Trio - Photo: lfdd


Celle-ci est à la batterie, instrument qu’elle maitrise sans problème. Victoria Kirilova à la contrebasse pose délicatement la trame rythmique et au piano, Monique Chao nous offre une touche claire et limpide au piano. 


Jazz à la Petite France - Subconscious Trio - Photo: lfdd


Les trois interprètes qui se sont partagé les différentes compositions de l’album, dans une sensibilité écologique et universelles nous offrent avec ce concert un moment intime et délicat avec quelques réminiscences folkloriques.


Emma Rawicz


Pour clore le festival, c’est le tour du feu d’artifice Emma Rawicz, le coup de cœur du Festival. « L’étoile montante de la scène londonienne », la jeune saxophoniste de 21 ans – qui a commencé à jouer de l’instrument à 16 ans seulement - fait sa première prestation en Europe Continentale avec une formation d’enfer. Au piano, le génial et véloce Ivo Neame dont on peut apprécier la qualité et l’agilité de jeu lors des nombreux solos que lui offre la saxophoniste. Le batteur Asaf Sirkis n’est pas moins surprenant, un jeu inventif, une frappe précise, alternant des enchaînements de baguettes tournoyantes et des frappes puissantes qui claquent. On sent vraiment une complicité et une écoute entre ces trois interprètes qui ont enregistré ensemble avec le bassiste Conor Chaplin, le guitariste Ant Law et la chanteuse Immy Churchill le deuxième (déjà) disque qui va sortir en août et dont ils jouent quelques morceaux. Pour ce concert, Ante Lav n’est pas présent et le bassiste est remplacé par Kevin Glasgow dont le jeu est de qualité même s’il est moins familier avec le répertoire d’Emma. Il faut dire que le jeu est nerveux et entrainant. Les compositions d'Emma Rawicz pulsent et son jazz déborde d’énergie. Et son jeu au saxophone ténor en impose, autant dans les morceaux funk que pour la ballade qu’elle nous offre en bis en réponse à l’enthousiasme du public qui l’ovationne . 

  

Jazz à la Petite France - Emma Rawicz - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Emma Rawicz - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Emma Rawicz - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Emma Rawicz - Photo: lfdd

Jazz à la Petite France - Emma Rawicz - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche

vendredi 7 juillet 2023

Derrière l'image - 20230707 - L'Annunciata - Peindre avec les mots

 Catalogue des oeuvres : Derrière l'Image - Oeuvre N° 1 

DLI_20230707_LMDL_202300707_3_Annunciata_Peindre_avec_les_mots     


Sources: 

Le Monde des Livres - 7 juillet 2023 - Page 3-4 - L'Annunciata - Antonello de Messine - Croquis palermitains avec Vierge - Fabrice Gabriel - Peindre à Palerme - Yvan Chaudouet


Oeuvre - Ardoise:

Face:


Dos :


Dos ouvert :



Texte Final


Il arrive que les livres aient besoin d'un peu de lenteur.

Regarder. … être capable de prendre le temps.

Un portrait n'est qu'un support mais sans lui tu n'es rien.

Ne pas peindre avec les mots.

… ne pas écrire. « rédiger ».

Langue de coton

écriveron.



Texte intermédiaire:



Il arrive que les livres aient besoin d'un peu de lenteur. F.G.

Fisch à rendez-vous avec L'Annonciation, d'Antonello de Messine (1475), qui l'attend au musée du Pallazzo Abatellis, à deux pas du port de Palerme. Il s'y présente donc, et le tableau - une célèbre Vierge au voile bleu - lui parle littéralement.  F.G.

Je reste ? Au moins un moment. Repartir pour aller où ? Alors pour l'instant je resterai. Regarder. J'ai pu prendre la route, je devrais être capable de prendre le temps. Toutes les mues sont tombées. Je retournerai voir le tableau. Je regarderai la mer et les parcs, les gens et les rues Y.C

L'auteur réinvente la tradition ancienne du "voyage en Italie". F.G.

Un portrait n'est qu'un support mais sans lui tu n'es rien. Si le modèle est absent, aucun stimulus de peinture valable ni suffisamment durable. L'histoire est tout entière contenue dans l'être.  Y.C.

Au bout d'une demi-heure, grâce à la concentration induite par son travail Fisch parvient à s'affranchir complètement du regard de reptile de Frederico. Son propre regard peut à présent se porter sur la zone glacée des yeux du modèle sans s'embourber dans d'autres considérations, sans y voir autre chose que des fentes ménagées dans la chair devenue sujet, c'est-à-dire formes et couleurs précises. Fisch se répète sans cesse une phrase d'Annunciata : ne pas peindre avec les mots. Ce qu'il voit ne sont plus des yeux, des cils, des paupières, un nez, des lèvres, des poils, mais des masses et des vides dont les couleurs s'interpénètrent en fonction des jeux de la lumière.  Y.C.


Projet Wotan - Joëlle Stolz - Pas d'espace intersidéral pour Lutz Kayser - Denis Cosnard: 

Des rêves d'apesanteur qui les ont fait vibrer tant d'années, de la petite fortune qu'ils ont cru accumuler, des amis puissants qui les ont protégés puis lâchés, ne subsiste presque plus rien. D.C.

La Rédactrice - Michèle Cohen - Sans plus de platitude - Raphaëlle Leyris

Comment imaginer un destin littéraire quand vous escorte le cuisant souvenir d'un commentaire professoral sanctionnant votre style "d'une platitude gênante"? En semblant surtout ne pas s'y employer. En rusant. En prenant garde à ne pas écrire. Tout au plus à rédiger. R.L.

A 20 ans, j’ai fait connaissance de l’écriture radiophonique et sa grammaire de base, combinatoire de voix/musique, voix/bruitage, voix/silence, voix/voix, musique/bruitage et musique/silence : et encore ruptures, cadences, durée, espace, écho, réverbération, tout ce dont disposait l’outil radiophonique pour inventer une forme, un fond, du texte, de l’écriture, un style.

Où se rencontrent liberté et savoir-faire – attention, pas « habileté », un terme qui la chiffonne

Langue de coton

C'est en écrivant que l'on devient écriveron. Raymond Queneau.

Les débuts – par où recommencer ? – Claire Marin – Roger-Pol Droit

Aventure grandiose ou infime, tout se joue et s’annonce depuis le début. Mais comment sait-on qu’une nouvelle vie commence ? Il se pourrait qu’on ne discerne un début qu’en le reconstituant.

Le catalogue complet des oeuvres "Derrière l'image" est disponible ici:

Catalogue des oeuvres "Derrière l'Image"



mardi 4 juillet 2023

Les 23ème Rencontres d'été de Musique de Chambre avec Accroche Note: trois soirées, un beau tiercé gagnant

 Comme en 2022 et 2021 - on a sauté 2020 - et 2019 et les années précédentes, l'Ensemble Accroche Note nous donne ce rendez-vous estival au frais dans l'église du Bouclier à Strasbourg pour mélanger les genres. On y trouve donc autant du classique que du contemporain, de la musique instrumentale et vocale (Françoise Kubler, l'un des piliers de l'ensemble Accroche Note avec Armand Angster, oblige),  du répertoire et même des créations (cette année ce sera la création de Gualtiero Dazzi Kleine Nacht), des ensemble invités et des compagnons fidèles, comme Wilhem Latchoumia. Et donc trois programmes qui se complètent durant ces trois soirées d'été pour balayer différents pans de la musique concertante.

La première soirée, encadrée par Johannes Brahms, sera un hommage à Kaija Saariaho et à Ada Gentile, deux femmes à l'honneur, la première qui avait eu son portrait lors du dernier Festival Musica et qui nous a quitté en juin. Et c'est avec le Quatuor Adastra qui  s'est formé en 2013 à Strasbourg que les deux piliers de l'Accroche Note vont dérouler la soirée.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


C'est donc avec le Quintette avec clarinette op 115 de Johannes Brahms que nous entrons dans l'été. Oeuvre tardive, elle a été écrite pour le clarinettiste Richard Mühlfeld et c'est Armand Angster et sa clarinette magique qui reprend avec brio cette partition, accompagné de l'ensemble strasbourgeois Adastra composé de Julien Moquet et Bastien Vidal aux violons, Marion Abeilhou à l'alto et Antoine Martiynciow au violoncelle pour une superbe interprétation. Un plaisir riche et généreux avec quelques réminiscences tziganes dans lequel la clarinette virtuose se promène avec joie,  en accord parfait avec les autres musicien.ne.s.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Avec Die Aussicht, un poème mis en musique par Kaija Saariaho en 2019, c'est Françoise Kubler qui rend hommage à la compositrice finlandaise récemment disparue. Le court poème de Hölderlin, qu'il avait écrit en regardant par la fenêtre de sa petite chambre de sa tour à Tübingen et qu'il avait signé Scardanelli décrit le paysage en huit vers que Kaija Saariaho a mis en musique avec grâce et que Françoise Kubler interprète avec sensibilité, très bien accompagnée par le quatuor.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Autre hommage, celui à Ada Gentille, avec Landscape of the mind (1991), une pièce pour clarinette et quatuor à corde que la compositrice  a écrit au retour d'un séjour de Chicago où elle avait joué ses pièces dans une exposition éponyme. La pièce décrit des paysages légers, discrètes, par petites touches impressionnistes presque, qui font penser au voyage et qui s'achèvent avec délicatesse.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Retour à Brahms avec quelques Lieder dans lesquels Françoise prouve encore, si c'était nécessaire, toute l'étendue de son talent de soprano, avec des pièces joyeuses (Ständchen), la célèbre berceuse Wiegenlied, ou le dansant Der Jäger. Une belle conclusion à la très belle soirée qui nous avait été offerte par le Quatuor Adastra et les deux organisateurs de ce programme. En attendant la suite..


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd



La deuxième soirée sera consacré au cymbalum, cet instrument qui est plutôt répandu en Europe centrale, dans la musique hongroise et tsigane et qui fut aussi un instrument de prédilection pour Kaija Sariahoo (voir les billets sur son portrait au Festival Musica en 2022).

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


 Nous avons, à Strasbourg, la chance d’avoir une interprète réputée de cet instrument, Aleksandra Dzenisenia, membre de l’ensemble Intercolor, et c’est donc elle qui assurera la majeure partie des pièces du programme, à commencer par les Scènes villageoises du compositeur hongrois Béla Bartok. Ces chants populaires que le compositeur a recueilli en Europe Centrale et Orientale ont été arrangées dans une veine bien virtuose, ce qui ne pose aucun souci, ni pour l’interprète au cymbalum, ni pour Françoise Kubler qui les interprète dans la langue originale avec force, puissance et chaleur, dont la dernière pleine de cris et d’énergie.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Nous restons en Hongrie avec Bela Kovacs, le clarinettiste et compositeur qui a dédié la pièce à Rov Feidmann, le célèbre clarinettiste klezmer la pièce Sholem Alekhem, Rov Feidmann, une salutation ou une bénédiction en yiddish. Et ce sera Armand Angster qui nous jouera cet air populaire et dansant avec une virtuosité accompagné bien sûr par le cymbalum d’ Aleksandra Dzenisenia. 

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Et elle sera seule cette fois-ci à nous interpréter Szalkak (éclats) de Györki Kurtag, encore un compositeur hongrois, avec cette pièce très colorée, qui passe par différents états, calme, fougueux, léger, tendre, volontaire, et qui s’éteint doucement.
 
Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


La pièce suivante sera un beau défi pour le couple Angster – Kubler avec la pièce de Georges Aperghis A Mi-mots (2022) que le compositeur avait dédié au couple et qu’ils ont créé à l’occasion des quarante ans de l’Ensemble Accroche Note. Et nous retrouvons ce flot de mots, réels ou inventés et de souffle ainsi que les battements de mains qui témoignent de la complicité inoxydable des deux interprètes.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Suit, encore de Kurtag, Tre pezzi pour cymbalum et clarinette (1996) que le compositeur avec dédicacé à Michel Portal et qu’Armand Angster ne démérite pas de jouer. La pièce commence dans la douceur et continue dans une belle énergie et beaucoup d’ondulation et de variations sonores très envoûtantes.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Françoise Kubler sera seule avec son tambourin pour interpréter In meinen Armen schlafen de Bernard Menu qu’il a écrit pour elle. Avec son tambourin sur lequel elle marque le rythme, elle chante cet extrait du poème de Claudius que Schubert a utilisé pour la Jeune Fille et la Mort "Sei guten Muts, ich bin nicht wild, sollst sanft in meinen Armen schlafen" (Sois courageuse, je ne suis pas sauvage, dors en paix entre mes bras). Cette phrase, répétée comme une incantation, un souvenir, passe du grave dans d’extraordinaires aigus.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Et la soirée s’achève avec la création de la pièce Kleine Nacht de Gualtiero Dazzi, avec sept madrigaux pour voix, clarinette basse, violoncelle et cymbalum sur des poèmes, les derniers, de Paul Celan, magnifiques. Magnifiques textes, très belle composition et superbes interprétation des quatre interprètes, Françoise Kubler (voix), Armand Angster (clarinette basse), Aleksandra Dzenisenia (cymbalum) et Timothée (violoncelle).  
  

Troisième et dernière soirée des 23ème Rencontres d'été de Musique de Chambre avec Accroche Note: Cette fois-ci le programme sera axé autour d’André Bouchourechliev et de Debussy dont le compositeur, né en Bulgarie et qui a émigré à Paris, dit que c’est à lui Debussy (et non à Stravinsky ou à Schoenberg) que l’on doit la révolution musicale du XXème siècle. 


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Nous commençons avec une œuvre de Bouchourechliev Nocturnes pour clarinette et piano (1984), une œuvre d’inspiration assez romantique qu’interprètent Armand Angter à la clarinette et Wilhem Latchoumia au piano. La pièce débute de manière assez calme et reposante, enchaînant quelques éclats et stridences. Quelquefois le son tournoie et rebondit à la clarinette, alors que le piano joue des notes par grappes et pour finir, les notes au piano roulent et la clarinette pousse quelques stridences. 


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Avec La soirée dans Grenade (1903) pour piano de Claude Debussy, nous avons droit à un vrai voyage dans cette ville où le compositeur français n’a jamais mis les pieds. Mais on s’y croit totalement avec ces réminiscences de danses espagnoles, tangos et habaneras, l’atmosphère de bals et l’ambiance de la ville est totale au point d’avoir fait dire à Manuel de Falla « tout le morceau dans ses moindres recoins fait sentir l’Espagne ». Et l’interprétation de Wilhem Latchoumia nous plonge bien dans ce dépaysement.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Suit, de Claude Debussy aussi, la Sonate pour violon et piano (1917), une des dernières pièces majeures du compositeur, une pièce mystérieuse, douloureuse et tendre. Ce sont les frères Jules, au violon et Hugo Stella au piano qui nous en font une très belle interprétation, toute en finesse dans les changements de rythme.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


La pièce suivante, Archipel IV (1970) de Bouchourechliev est un vrai challenge pour Wilhem Latchoumia. Le compositeur laisse à l’interprète la liberté de choisir les séquences prédéfinies qu’il a composées pour « construire » la pièce. Et c’est à un vrai travail de titan auquel se confronte le pianiste, alternant les frappes vigoureuses, violentes, les roulements de notes, les enroulements et les moments plus calmes dans les aigus, les notes égrenées avec leur écho et de délicats tintements qui font penser à des boites à musique, dans une extrême concentration.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Pour clore la soirée en beauté, ce sera Françoise Kubler avec Cinq poèmes de Charles Baudelaire (1889) pour piano et voix. Et l’on peut apprécier sa richesse d’interprétation avec ces poèmes issus des Fleurs du Mal (Le Balcon, La mort des Amants) et des Nouvelles Fleurs du Mal (Recueillement) ainsi que du recueil Epaves (Le Jet d’eau) pour s’achever par le magnifique Harmonie du Soir :

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !


La Fleur du Dimanche