mercredi 29 avril 2026

Alarm Clocks... de Robyn Orlin, Camille et Phuphuma Love Minus: A l'eau, à l'eau - Eau secours !

On dit que le hasard n'existe pas, qu'il n'y a que des rencontres. 
Mais des fois, il faut forcer le hasard, parce que les rencontres auront été difficile à mettre en oeuvre. C'est le cas de ce spectacle Alarm Clocks, créé à La Filature de Mulhouse en partenariat avec La Coupole de Saint Louis, et coproduit avec la Philharmonie de Paris où elle sera jouée du 4 au 7 mai. Il réunit trois noms, trois entités de la danse, de la chanson et de la chorégraphie qui se sont déjà rencontrées précédemment, entre autres pour le spectacle Walking next to our shoes… dans les années 2010 en ce qui concerne Phuphuma Love Minus, la chorale masculine sud-africaine et Robyn Orlin. Cette dernière  a également collaboré dans ces années-là avec Camille sur son disque Ilo Veyou. Ce trio devait monter le spectacle en 2020, mais le Covid est passé par là et une première version "light" a été montrée à Lyon, non pour la Fête des Lumières mais pour les nuits de Fourvière en mai 2024 avec le choeur en vidéo. Et puis il y a eu Emilia Perez... Et la pluie de récompenses, à Cannes, aux Césars, aux Golden Globes et aux Oscars - une grosse année bien chargée pour Camille. 


Alarm Clocks - Camille - (c) Mehdi Benkler


Et enfin cette production reprend grâce à la Filature et ses partenaires avec une semaine de résidence pour peaufiner la collaboration entre les parties. Le véritable titre en est (comme on peut s'y attendre avec Robyn Orlin) en entier: 

...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER

ce qui signifie en français "... les réveils ont été remplacés par des inondations et nous nous réveillons avec, dans nos mains, les yeux pas lavés ..... une pièce sur l'eau sans eau" et nous rend attentif à ce que nous ne voulons pas (encore) voir...

Pour essayer de nous avertir et surtout nous "ouvrir les yeux", Robyn Orlin, creuse donc, non un puit, mais l'idée était de catte rencontre autour de l'eau avec la chanteuse Camille dont on connait le rapport original au son et ce choeur d'hommes sud-africain dont le répertoire rassemble autant des chansons traditionnelles que des chansons engagées. Car les Phuphuma Love Minus cultivent la tradition de l’isicathamiya, ces chants a cappella sur lesquels ils dansent en rythme, réactivations de la tradition des ouvriers zoulous des faubourgs de Durban et Johannesburg. Leur arrivée sur scène sera surprenante car Camille commence seule, enfilant une robe colorée dont les bords font tout un cercle autour d'elle sur la scène dans un patchwork tout en nuances bleues et vertes - le costume est fait de toute une série de "plastiques": nylon, lycra, élasthanne,... dont elle liste poétiquement les noms - et qui fait une flaque, un lac, synecdoque et métaphore de l'eau, de la mer, que ces déchets polluent. Camille va interpréter, également à capella, puis avec les choeurs de Phuphuma Love Minus, des chansons traditionnelles "A la claire fontaine", comme une chanson du groupe punk Garbage (clin d'oeil appuyé aux déchets) où elle arrive à imiter les riffs et les distortions de la guitare, et bien sûr aussi quelques-uns de ses tubes dont Allez allez allez... ou encore une chanson en mémoire des grandes inondations en Louisiane dans un très beau blues. Ses chansons se tissent en alternance ou finement imbriquées dans les choeurs masculins. Et ceux-ci alternent leurs chants qui parlent aussi, entre autres, de l'eau - qui manque dans le désert - de leurs magnifiques variations à voix multiples et de leurs chorégraphies tellement naturelles que Camille se sent presqu'obligée de faire une démonstration de danse classique - ce qui n'est pas évident avec son costume. Mais elle n'a pas de souci à se faire, le groupe qui l'entoure de ses rythmes et mouvements, chants, bruitages divers (vent, pluie, mer) est en totale symbiose et en fait véritable un groupe "augmenté". Saluons au passage les effets spéciaux en vidéo d'Eric Perroys très bien sentis et variés qui nous plongent littéralement dans une mer de mouvements, au risque de s'y noyer, sans oublier Birgit Neppl qui a conçu ce "costume-décor" magique et transformable  en mer émouvante. 


Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine


De temps en temps Camille, elle, plonge sur la scène dans la caméra fixée au sol pour faire quelques confidences et communier avec le public. On lui sent une très belle complicité, qu'elle va pousser jusqu'à démolir le mur de l'enceinte pour le transformer en un agréable liquide amniotique qui nous berce de bonheur. Mais elle n'en est pas dupe pour autant et reste critique, tout autant que Robyn Orlin et ses compatriotes et elle rappelle à Emmanuel Macron que l'eau - et l'Océan ("Emmanuel, l'Océan c'est nous") - est en danger et qu'il ne faut pas oublier de s'engager (ce qu'il n'a pas fait lors de la conférence de l'UNOC - Conférence des Nations Unies sur l’Océan) en le lui rappelant, pour conclure le concert sur une note salée: "Emmanuel, as-tu oublié l’océan salé où tu es né ?"


Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine


Pour nous, l'océan, même en danger, a été surtout une belle rencontre, rencontre de culture, découverte d'une personnalité attachante et empathique, d'une voix magnifique, intensifiée par cette rencontre de ces extraordinaires voix d'Afrique du Sud et de ces dix interprètes qui joignent le geste aux beaux chants pour littéralement nous enchanter.  Une très belle traversée en chanson, un voyage sur et sous l'eau, dont nous gardons quelques précieuses gouttes en mémoire.

En prime, pour vous montrer la magie de la rencontre, même si vous n'êtes pas dans la salle en proximité, je vous offre ces quelques extrait filmés par Arte ici:



Bon spectacle

La Fleur du Dimanche


Alarm Clocks

...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER

Création - 29 avril à 20h00 à la Filature - Mulhouse

Tournée

Paris - La Philharmonie - du 4 au 7 mai 2026 - 20h00
Luxembourg - La Philharmonie Luxembourg -  dimanche 10 mai 2026  - 19h30
Anglet - Théâtre Quintaou (grande salle) - mercredi 13 mai  - 20h00

Distribution

Robyn Orlin , conception, mise en scène, costumes, décor
Camille , chant, danse
Phuphuma Love Minus
Mlungiseleni Majozi , chant
Saziso Mvelase , chant
Lucky Khumalo , chant
Mqapheleni Ngidi , chant
Jabulani Mcunu , chant
Amos Bhengu , chant
Siphesihle Ngidi , chant
Mbongeleni Ngidi , chant
Mbuyiseleni Myeza , chant
S'Yabonga Majozi , chant
Marie Sigal , cheffe de choeur
Birgit Neppl , costumes, décor
Jean-Marc L’Hostis , régisseur général
Vito Walter , conception lumière
Eric Perroys , vidéo
Zak Cammoun , son

dimanche 5 avril 2026

Ne pas oublier Guernica, ne pas oublier l'Ukraine, ne pas oublier les pays en guerre, se battre pour la Liberté.... La Fraternité

 En ce jour de Pâques 2026, premier dimanche après la pleine lune du 21 mars et symboliquement fête de la lumière, de la renaissance, de la résurrection pour les Chrétiens, temps de Pessah pour les Juifs, libération et renouveau, je "ressuscite" (excusez le jeu de mots) la Fleur du Dimanche, pour ne pas oublier. 

Ne pas oublier Guernica, le bombardement de la ville dont on va fêter les quatre-vingt-dix ans le 26 avril 2027. A cette occasion d'ailleurs, la toile de Picasso pourrait sortir à nouveau du musée de la Reine Sofia à Madrid pour se rapprocher de la ville martyre et être exposée à Bilbao au Musée Guggenheim. En Alsace, le Musée Unterlinden à Colmar possède une des trois tapisseries, copie de cette toile. Mais sans attendre l'année prochaine vous pourrez en voir une copie dans sa taille réelle carrément 7 mètres de long et 3 mètres 50 de haut, et d'une très belle qualité à Metz à partir du 9 avril dans le cadre de l'installation Guernica/Ukraine.


Guernica - Pablo Picasso - (c) Fondation Picasso


Ne pas oublier l'Ukraine non plus, qui est dans sa quatrième année de conflit, et cela grâce à l'oeuvre de l'artiste français Jean Pierre Raynaud Sans titre - Ukraine qu'il a réalisée pour soutenir l'Ukraine à l'appel du Président Zelenski à la Biennale de Venise. La toile a été offerte au pays via S.E. l’Ambassadeur d’Ukraine le 24 février 2023 à Paris, lors de son exposition à la Sorbonne, dans la Cour d'Honneur à côté du chef -d'oeuvre de Picasso. En attendant la possibilité d'être accueillies au pays, les deux toiles voyagent, comme la toile de Picasso en son temps, pour marquer le soutien à l'Ukraine et sensibiliser aux Droits de l'Homme.  


Inauguration - Première exposition Guernica/Ukraine - Université de la Sorbonne - Paris - 24 février 2023


Jean Pierre Raynaud a créé cette toile, de la même taille que celle de Picasso comme une réponse d'aujourd'hui à toute pensée de guerre. L'artiste l'a créé à la demande de Baudouin Jannink ,éditeur d'art qui a voulu ainsi marquer le soutien au pays envahi. Les éditions jannink ont réalisé un ouvrage d’art à tirage unique et numéroté à 2022 exemplaires, 1937 – Guernica – Ukraine – 2022, qui retrace en parallèle l’histoire de Guernica, le contexte historique et la réalisation de la toile de Picasso, et de Sans titre – Ukraine de Jean Pierre Raynaud, avec le contexte du conflit ukrainien et le travail de l’artiste.


1937 – Guernica – Ukraine – 2022 - éditions jannink


Pour Jean Pierre Raynaud, l'oeuvre Sans titre – Ukraine est pensée comme une allégorie intemporelle anti-guerre: rien ne fait allusion à des circonstances politiques concrètes. Le symbolisme incarné par la signalétique permet non seulement d’échapper à toute contextualisation, mais également de désigner universellement et brutalement l’entrave à la liberté́́ que présentent la guerre, la violence et la barbarie. 

Vous pourrez donc voir ces deux oeuvre à Metz, troisième étape d'un parcours dans le Grand Est, après la Sorbonne à Paris, la foire d'art contemporain ST-ART à Strasbourg, le Conseil de l’Europe et d’autres villes, dans les Hôtels de Région de Strasbourg et de Châlons-en-Champagne, grâce au soutien de la Région Grand Est. Les deux toiles seront exposées dans le cloître de l'Hôtel de Région de Metz - 1 Place Gabriel Hocquard du 9 au 29 avril.

Un vernissage de l'exposition aura lieu le 9 avril 2026 à 17h00 sous la présidence de Franck Leroy et des élus du Conseil Régional Grand Est, en présence de Baudouin Jannink.


Sant titre - Ukraine - Jean Pierre Raynaud


Vous pouvez vous inscrire au vernissage jusqu'au 8 avril via ce lien INSCRIPTION - Les inscriptions sont gérées directement par la Région Grand Est, faites moi un mail pour me prévenir de votre venue.

Par votre présence vous montrerez que vous n'oubliez pas les pays en guerre - une soixantaine de conflits pour 195 pays dans la monde - ni la soixantaine de pays dont la population subit une dictature, alors qu'à peu près autant ne sont pas franchement en démocratie. Et vous aurez l'occasion de voir cette installation impressionnante dans le cadre de ce cloître magnifique. Parlez en autour de vous, comme on dit, "pour ne pas oublier".


La Fleur du Dimanche


/!\ Attention /!\ Bientôt du nouveau: Je participe à une exposition originale en mai en Alsace du Nord sur le thème du "Trésor". Si vous voulez être informés de l'événement, inscrivez vous à ma lettre d'information. 

Cliquez ici pour remplir le formulaire avec votre Nom, prénom et adresse mail et "confirmez" en renvoyant le mail que vous recevrez (vérifiez bien dans les "Spams".


mercredi 1 avril 2026

Bachar Mar Khalifé au PréO : un ilot de sérénité dans un monde meurtri

Bachar Mar Khalifé revient au PréO d'Oberhausbergen pour un nouveau concert intitulé Postludes, après son passage ici même en novembre 2022. C'est dans une salle pleine (le programme affichait complet depuis déjà un moment et l'on y a vu des personnes venant de loin, même d'Allemagne) que le musicien franco-libanais arrive sur scène sobrement et s'installe au clavier de son grand piano à queue noir pour nous emmener dans un voyage musical varié mais où son style à la fois épuré et son toucher précis et virtuose nous envoûte et nous transporte. 




Pour commencer la balade, il nous offre un air doux et nostalgique qui, en vagues mélodiques successives enflent et accélèrent, montent en puissance puis, comme une mer qui s'échoue sur la plage se calme pour mieux rebondir, repartir, puis nous poser en douceur sur le rivage. La suivante s'enroule en ritournelles joyeuses set mélodieuses qu'il dynamisent avec un instrument de percussion posé sur son piano et dont il joue d'une main tout en continuant à jouer du piano. Et c'est avec une interprétation magnifique de la chanson de Nirvana Something In The Way qu'il nous chuchote à l'oreille, puis nous chante presque en blues, qu'il continue de construire cette relation intime avec nous, dans une communion silencieuse. C'est presqu'une surprise de l'entendre dire le nom du groupe à la fin et de s'adresser à nous pour nous rappeler des souvenirs communs.




Son autre intervention, en introduction de la chanson suivante c'est la dédicace: "A mon pays lointain, à mon pays imaginaire, à mon pays meurtri". Il chante dans la belle langue de son pays, pays qu'il a dû quitter alors qu'il n'avait que six ans pour se réfugier en France. Il va aussi nous interpréter en écho une lumineuse version de la chanson de Christophe Les Paradis Perdus minimaliste et émouvante. Les notes du piano s'envolent claires et cristallines et l'on sent la concentration extrême du public. Rappelant qu'il adorait Christophe et qu'il avait enregistré un morceau avec lui, Jnoun* (folie en arabe) il l'interprète, laissant le fantôme de Christophe apparaître en se mettant dans le noir lorsqu'il interprète ses parties de chant. 

S'ensuivent quelques autres belles pièces au piano où Bachar Mar Khalifé prouve sa formidable qualité de jeu, son agilité, sa capacité de développer un thème, de le faire varier, d'explorer le piano à fond en nous ensorcelant de ses doigts agiles, de ses enroulements, de ses montées et descentes de gamme, de ses poussées en rythme et de sa formidable capacité de nous redéposer à terre après nous avoir projeté à mille mètres au-dessus du sol. 




Avant de finir sur un ton plus grave, tout d'abord sur un extrait de poème de Khalil Gibran sur lequel il explore aussi le registre des basses de son piano:

Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Et puis, s'effaçant pour devenir une ombre, il chante un air en soutien de son peuple et de sa Patrie: Mawtini, chanson qu'il fredonne ensuite sans paroles, presque dans le noir et qu'il donne à la salle qui la reprend avec lui en fraternité et avec empathie.
C'est à contrejour qu'il continue d'explorer son piano, poussant les limites du jeu, le transformant en instrument de percussion puis en synthétiseur, plongeant carrément dans le coeur de l'instrument et nous  submergeant de sons à foison. Au point que le public lui fait un salut triomphal. Cela vaut un double bonus en rappel, dont le premier, comme un hommage à sa mère qui jouait du Chopin, la nuit, au début de ses années en France et dont il interprète une Variation.Variation dont il construit sa propre improvisation en nous ramenant à la musique d'aujourd'hui. Puis, en final, une chanson traditionnelle en arabe qu'il interprète au piano et aux percussion avec énergie. Pour finir, il conclut avec cette capacité magique qu'il a, d'à la fois nous emporter dans des hauteurs incroyables et de nous ramener rassénérés et apaisés sur terre, en nous laissant dans nous coeurs de très belles émotions et sensations que nous gardons bien au chaud en sortant dans la nuit encore bien fraîche de cette belle pleine lune "rose" d'avant Pâques.


La Fleur du Dimanche.


*Mon appareil photo ayant fait défaut, je vous offre en cadeau, une interprétation de Bachar Mar Khalifé et de Christophe de Jnoun.




Et comme "il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous", à l'instant où je vous écris, de l'autre bout du monde, en Malaisie, un ami m'envoie de Penang cette photo en direct (transmission de pensée....) que je vous offre aussi:


Lune rose de Claude Debeauvais