On dit que le hasard n'existe pas, qu'il n'y a que des rencontres.
Mais des fois, il faut forcer le hasard, parce que les rencontres auront été difficile à mettre en oeuvre. C'est le cas de ce spectacle Alarm Clocks, créé à La Filature de Mulhouse en partenariat avec La Coupole de Saint Louis, et coproduit avec la Philharmonie de Paris où elle sera jouée du 4 au 7 mai. Il réunit trois noms, trois entités de la danse, de la chanson et de la chorégraphie qui se sont déjà rencontrées précédemment, entre autres pour le spectacle Walking next to our shoes… dans les années 2010 en ce qui concerne Phuphuma Love Minus, la chorale masculine sud-africaine et Robyn Orlin. Cette dernière a également collaboré dans ces années-là avec Camille sur son disque Ilo Veyou. Ce trio devait monter le spectacle en 2020, mais le Covid est passé par là et une première version "light" a été montrée à Lyon, non pour la Fête des Lumières mais pour les nuits de Fourvière en mai 2024 avec le choeur en vidéo. Et puis il y a eu Emilia Perez... Et la pluie de récompenses, à Cannes, aux Césars, aux Golden Globes et aux Oscars - une grosse année bien chargée pour Camille.
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| Alarm Clocks - Camille - (c) Mehdi Benkler |
Et enfin cette production reprend grâce à la Filature et ses partenaires avec une semaine de résidence pour peaufiner la collaboration entre les parties. Le véritable titre en est (comme on peut s'y attendre avec Robyn Orlin) en entier:
...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER,
ce qui signifie en français "... les réveils ont été remplacés par des inondations et nous nous réveillons avec, dans nos mains, les yeux pas lavés ..... une pièce sur l'eau sans eau" et nous rend attentif à ce que nous ne voulons pas (encore) voir...
Pour essayer de nous avertir et surtout nous "ouvrir les yeux", Robyn Orlin, creuse donc, non un puit, mais l'idée était de catte rencontre autour de l'eau avec la chanteuse Camille dont on connait le rapport original au son et ce choeur d'hommes sud-africain dont le répertoire rassemble autant des chansons traditionnelles que des chansons engagées. Car les Phuphuma Love Minus cultivent la tradition de l’isicathamiya, ces chants a cappella sur lesquels ils dansent en rythme, réactivations de la tradition des ouvriers zoulous des faubourgs de Durban et Johannesburg. Leur arrivée sur scène sera surprenante car Camille commence seule, enfilant une robe colorée dont les bords font tout un cercle autour d'elle sur la scène dans un patchwork tout en nuances bleues et vertes - le costume est fait de toute une série de "plastiques": nylon, lycra, élasthanne,... dont elle liste poétiquement les noms - et qui fait une flaque, un lac, synecdoque et métaphore de l'eau, de la mer, que ces déchets polluent. Camille va interpréter, également à capella, puis avec les choeurs de Phuphuma Love Minus, des chansons traditionnelles "A la claire fontaine", comme une chanson du groupe punk Garbage (clin d'oeil appuyé aux déchets) où elle arrive à imiter les riffs et les distortions de la guitare, et bien sûr aussi quelques-uns de ses tubes dont Allez allez allez... ou encore une chanson en mémoire des grandes inondations en Louisiane dans un très beau blues. Ses chansons se tissent en alternance ou finement imbriquées dans les choeurs masculins. Et ceux-ci alternent leurs chants qui parlent aussi, entre autres, de l'eau - qui manque dans le désert - de leurs magnifiques variations à voix multiples et de leurs chorégraphies tellement naturelles que Camille se sent presqu'obligée de faire une démonstration de danse classique - ce qui n'est pas évident avec son costume. Mais elle n'a pas de souci à se faire, le groupe qui l'entoure de ses rythmes et mouvements, chants, bruitages divers (vent, pluie, mer) est en totale symbiose et en fait véritable un groupe "augmenté". Saluons au passage les effets spéciaux en vidéo d'Eric Perroys très bien sentis et variés qui nous plongent littéralement dans une mer de mouvements, au risque de s'y noyer, sans oublier Birgit Neppl qui a conçu ce "costume-décor" magique et transformable en mer émouvante.
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| Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine |
De temps en temps Camille, elle, plonge sur la scène dans la caméra fixée au sol pour faire quelques confidences et communier avec le public. On lui sent une très belle complicité, qu'elle va pousser jusqu'à démolir le mur de l'enceinte pour le transformer en un agréable liquide amniotique qui nous berce de bonheur. Mais elle n'en est pas dupe pour autant et reste critique, tout autant que Robyn Orlin et ses compatriotes et elle rappelle à Emmanuel Macron que l'eau - et l'Océan ("Emmanuel, l'Océan c'est nous") - est en danger et qu'il ne faut pas oublier de s'engager (ce qu'il n'a pas fait lors de la conférence de l'UNOC - Conférence des Nations Unies sur l’Océan) en le lui rappelant, pour conclure le concert sur une note salée: "Emmanuel, as-tu oublié l’océan salé où tu es né ?"
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| Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine |
Pour nous, l'océan, même en danger, a été surtout une belle rencontre, rencontre de culture, découverte d'une personnalité attachante et empathique, d'une voix magnifique, intensifiée par cette rencontre de ces extraordinaires voix d'Afrique du Sud et de ces dix interprètes qui joignent le geste aux beaux chants pour littéralement nous enchanter. Une très belle traversée en chanson, un voyage sur et sous l'eau, dont nous gardons quelques précieuses gouttes en mémoire.
En prime, pour vous montrer la magie de la rencontre, même si vous n'êtes pas dans la salle en proximité, je vous offre ces quelques extrait filmés par Arte ici:
Bon spectacle
La Fleur du Dimanche
...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER
Paris - La Philharmonie - du 4 au 7 mai 2026 - 20h00
Anglet - Théâtre Quintaou (grande salle) - mercredi 13 mai - 20h00
Camille , chant, danse
Phuphuma Love Minus
Mlungiseleni Majozi , chant
Saziso Mvelase , chant
Lucky Khumalo , chant
Mqapheleni Ngidi , chant
Jabulani Mcunu , chant
Amos Bhengu , chant
Siphesihle Ngidi , chant
Mbongeleni Ngidi , chant
Mbuyiseleni Myeza , chant
S'Yabonga Majozi , chant
Marie Sigal , cheffe de choeur
Birgit Neppl , costumes, décor
Jean-Marc L’Hostis , régisseur général
Vito Walter , conception lumière
Eric Perroys , vidéo
Zak Cammoun , son
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Très documenté et intéressant..gc
RépondreSupprimerMerci beaucoup GC ;-)
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