Le chorégraphe et danseur Armin Hokmi, venu d'Iran, passé par la Suède et Berlin se révèle en France en particulier grâce au Festival Montpellier Danse où il est remarqué comme interprète en 2022 puis comme chorégraphe avec Shiraz en 2023 et le solo Of the heart - An Etude (voir mon billet du 23 juin 2025) en 2025. Nous y verrons en juin sa création Bazm. Sa pièce, Shiraz, révélation emblématique, qui a été jouée dans le monde entier, est repartie en tournée après trois dates en Allemagne et en Suède puis une dizaine de villes en France où les premières dates sont à Pôle Sud le 10 et 11 mars.
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| Armin Hokmi - Shiraz - Photo: Bertrand Delous |
Shiraz est effectivement une pièce magnifique dans laquelle Armin Hokmi montre son talent de chorégraphe qui revisite toute une tradition de la danse de son pays. En même temps il interroge la réception de cette danse par le public. Ainsi, alors que la danse est totalement proscrite par les dirigeants actuels dans l'espace public, et ce d'autant plus si ce sont des femmes qui dansent, il transforme cette tradition festive d'une corporalité engagée, il nous présente dans Shiraz une danse toute en retenue, en intériorité, une danse presqu'uniquement "pensée", minimale. Elle ressemble à la tradition soufie des derviches de par son mouvement continuel, où les danseurs tournent en rond, mais là où tout était virevolte, énergie et vitesse, il nous offre concentration, intériorité et lenteur. Là où la gestuelle pourrait être généreuse et expansive, c'est la sobriété et la maîtrise qui guide le pas des danseurs et des danseurs.
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| Armin Hokmi - Shiraz - Photo: Bertrand Delous |
Ce sont cinq femmes et deux hommes qui, à très petits pas, tournent et avancent imperceptiblement dans des figures qui se composent et se décomposent, formant de temps en temps une ligne ou une configuration. Ils étaient déjà là à l'entrée des spectateurs et le noir final laisse à penser qu'ils continuent de danser. Par d'infimes mouvements, surtout du haut du corps - bascule infime des hanches, micro-mouvements de la tête, quelques mouvements des épaules, ou tête levée - ils expriment des choses enfouies qui émergent doucement. Une atmosphère s'installe dans une longue introduction soutenue par une musique percussive répétitive à souhait qui marque le rythme de manière lancinante. Elle est ponctuée de temps en temps par de petites variations d'orgue ou une plage plus aérée.
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| Armin Hokmi - Shiraz - Photo: Bertrand Delous |
Ce procédé nous emporte dans une sorte d'hypnose, presqu'un état second, dont émergent des détails de gestes captés ici ou là, au hasard. Et, de temps en temps, comme par miracle, dans une synchronicité stupéfiante où l'on imagine une transmission de pensée entre les interprètes, des moment de mouvements d'ensemble tout aussi ténus nous émerveillent dans notre songe éveillé. La conjonction des battement de la musique et des gestes délicats, discrets et presqu'intériorisés nous plonge dans une étrange atmosphère. Les interprètes, absorbés en eux-mêmes, quelquefois la main devant le visage soit pour cacher leur regard, soit pour les maintenir dans une concentration extrême, semblent être mus par une force intérieure qui sourd à peine de leur corps et nous happe littéralement.
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| Armin Hokmi - Shiraz - Photo: Bertrand Delous |
Après ce voyage intérieur introductif et une bascule dans un univers rouge, les mouvements glissent vers des expressions qui se diversifient, et où, dans un minimalisme toujours animé nous décelons des remontées de gestes qui pourraient poindre de la danse classique ou contemporaine. Quelques attitudes et positions d'un vocabulaire familier tentent de se se mettre en place, et, dans un deuxième temps des résurgences de danses folkloriques les pousse presque à battre les sol. Dans ce mécanisme de voiler/dévoiler, la pièce ouvre et ferme tout à la fois un univers, une expression et fait se rencontrer des cultures, entre l'Orient et l'Occident. Et nous plongeons dans l'infime et l'imperceptible pour nous ouvrir à un univers qui dépasse nos perceptions. La danse minimale qui sourd sur le plateau nous donne accès à un monde caché et révélé, sorte d'entre-deux qui nous enchante et nous ensorcèle. Un songe stupéfiant, envoûtant et sensuel.
La Fleur du Dimanche
Tournée
13 mars - Le Carreau - Scène nationale Forbach, France
17-18 mars - Maison de la Danse Lyon, France
21 mars - CNDC Angers, France
25-28 mars - Théâtre de la Ville Paris, France
31 mars - 1 avril - Festival À Corps 2026- TAP Poitiers, France
4 avril - Festival Le Grand Bain - Roubaix, France
9-10 avril - CCN de Caen, France
23 avril - Opera Limoges, France
28 avril - Pavillon Noir- Aix en Provence, France




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