Troisième soirée de Galas: L'histoire d'un homme découvert sur la plage d'une île anglaise, habillé en costume de soirée, mutique et amnésique, c'est Piano Man de Marcus Lindeen, la pièce qu'il a crée à partir de ce fait divers qui l'a fasciné dans sa jeunesse (il avait 25 ans à l'époque). Ce qui intéresse Marcus Lindeen dans ce sujet est triple (au moins). La première de ces choses est le mystère que le sujet peut porter en lui-même, son originalité, le sens caché, inconnu et qui peut d'ailleurs le rester.
En introduction, parmi un certain nombre de dossiers qu'il archive comme documentation dans cette idée, il nous montre le film "I'm too sad to tell you" - "Je suis trop triste pour te le dire" (1970) de l'artiste performeur néerlandais Bas Jan Ader où nous le voyons pleurer sans explication. Nous reviendrons à cet artiste dans la dernière partie de la pièce intitulée Acte V - In Search of the Miraculous - A la recherche du Miracoulous qui se parle, entre autres de la dernière et inachevée performance de Bas Jan Ader et dont le titre se réfère au livre du philosophe russe P. D. Ouspensky sur l'enseignement de George Gurdjieff. Cela nous amène à la deuxième raison qui motive Marcus Lindeen sur ce projet. Et c'est la question de "comment raconter une histoire". Comment structurer la narration, comment remplir (ou pas) la page blanche pour laisser au spectateur le soin de remplir lui même ce blanc, de se projeter dans l'histoire ou de se la réinventer.
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| Piano Man - Marcus Lindeen - Photo: Jean-Louis Fernandez |
A ce propos, je veux vous conter ici l'épisode extraordinaire vécu à la sortie de la pièce et concernant la réception de ce récit par un spectateur. Il s'agit de définir la part de vérité ou d'invention, de réalité et de fiction dans cette histoire extraordinaire. A savoir la simulation et le statut des "acteurs" et de leur "rôle" dans la pièce: Est-ce que cette histoire est vraie ? Est-elle pure fiction ? Les acteurs sont-ils les vrais protagonistes de l'histoire ? Antony Bambury est-il ce clergyman de l'hôpital, Bridget O'Loughlin cette assistante sociale qui a côtoyé au plus près ce Piano Man et fait toutes les recherches pour essayer de savoir d'où il venait ? Et Niranjani Lyer est-elle ce neuropsychologue spécialiste des "fugues dissociatives" et des syndromes de Munchhausen. Et qui a réalisé ce film mixte entre retour au pays (dans les Pyrénées) et performance dansée du Boléro par François Chaignaud ? Il se trouve que le petit groupe de spectateurs qui discutait de cela à la sortie de la salle, parmi lesquels de trouvait celui qui a lu l'interview de Marcus Lindeen dans le livret programme des Galas (et donc qui a lu la réponse à toutes ces questions) tous se sont posé ces questions et ont essayé de démêler la réalité de la fiction.... Avec quand même en conclusion quelques réponses qui tenaient la route.
Mais en fait, comme pour les Mille et une nuits, l'important, c'est le récit, la narration et par où nous nous faisons emmener. Et le fait que les différents personnages sont très attachants apporte un charme certain au déroulé de cette histoire. Et en plus, avec cette pièce, nous nous faisons promener de manière magistrale de rebondissement en rebondissement, après l'introduction qui est surtout destinée à ancrer l'histoire dans un contexte actuel puisqu'elle s'est passée en 2005!). La preuve:
Donc, telle une véritable enquête policière, nous découvrons les hypothèses successives qui vont être tentées, analysées, mises de côté, alors qu'en parallèle nous découvrons "l'évolution" de ce malade, qui ne parle ni n'écrit, qui va s'exprimer grâce au dessin - ce piano - qui va, d'une part lui permettre de s'exprimer et, miracle, communiquer - si peu - avec le clergyman. Jusqu'à certaines révélations que je vous laisse découvrir. Mais d'un autre côté, et c'est aussi cela l'intérêt des récits, telle "une symphonie jamais finie", tandis que les différents éléments commencent à être révélés et que le mystère se lève en partie (au grand dam des tabloïds) avec comme conséquence le fait que ce qui était adulé sera sévèrement critiqué voire déconsidéré, oublié, il restera une part de mystère ou de non abouti.
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| La piano dessiné par Piano Man |
Et c'est là que l'on arrive à la troisième raison, ou motivation de la pièce: c'est la situation de la personne qui n'est pas dans la norme, le gay, le queer, le trans, et l'évolution dans le temps, entre 2005 et aujourd'hui, de ce sujet. Et donc la force qu'il faut pour accepter, l'assumer, défendre ce statut, cet état. Et, en face, dans la société en général, comment on peut l'intégrer socialement, sachant que le combat pour cette reconnaissance n'est pas terminé.
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| Piano Man - Marcus Lindeen - Photo: Jean-Louis Fernandez |
Et parmi ces nombreux combats, reste la question du sens que chacun et chacune donne à sa vie. Avec comme seule solution peut-être, d'effacer la mémoire, de faire disparaître l'histoire.. Et, alors même lorsqu'on a fait "oeuvre", il faut la laisser ainsi, inachevée, en attente. En attente d'une nouvelle vie, d'une autre vie... Peut-être que la "vraie" vie est ailleurs. Et c'est ce mystère posé par Piano Man que Marcus Lindeen nous invite à creuser, tout en stimulant notre cerveau. En nous offrant un peu de dopamine et de plaisir cognitif. Grâce à ce spectacle qui ne nous laisse pas totalement passif dans notre fauteuil et qui fait bouger notre raisonnement et nos certitudes.
La Fleur du Dimanche
P.S. Question subsidiaire: Si vous allez voir le spectacle, quelle est votre explications sur le petit bandeau bleu sur les yeux de Piano Man ? Vous pouvez me répondre par mail ou en commentaire (merci de signer avec au moins votre prénom)
Au TNS à Strasbourg du 5 au 13 mars 2026
[Dramaturgie, traduction et collaboration artistique] Marianne Ségol
[Conception] Marcus Lindeen et Marianne Ségol
[Dramaturgie et traduction] Marianne Ségol
[Avec]
Anthony Bambury, Niranjani Iyer, Nans Laborde-Jordàa et Bridget O’Loughlin
[Scénographie] Hélène Jourdan
[Lumière] Diane Guérin
[Composition musicale] Hans Appelqvist
[Son] Nicolas Brusq
[Vidéo] Marcus Lindeen, Hans Appelqvist
[Régie vidéo] Xīng Weì
[Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie] Louison Ryser
[Régie générale compagnie Wild Minds] David Marain
[Casting] Lola Diane
[Voix] Manon Clavel, David Houry, Julien Lewkowitz, Julie Pilot, Marianne Ségol
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Yann Argenté
[Régie plateau] Jeanne Dubos
[Régie lumière] Simon Drouart
[Régie son] Thibaud Thaunay
[Régie vidéo] Lucie Franz
[Habilleuse] Bénédicte Foki, Angèle Gaspar
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean-Christophe Bardeaux
[Production] Théâtre national de Strasbourg, Compagnie Wild Minds
[Coproduction] CDN d’Orléans, les Célestins – théâtre de Lyon, Festival d’Automne
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec le soutien de l'Institut Français de Suède
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 5 mars 2026 dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition
Avec l'aimable autorisation de :
L'auteur Bogomir Ecker pour les images issues du livre Idylle + desaster - die fotosammlung bogomir ecker
Le créateur vidéo Bobby Fingers pour la vidéo Fabio and the Goose
Le photographe et biologiste Andreas Kay pour la vidéo de la nymphe de Flatidae.




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