mercredi 18 mars 2026

Tempest de Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe à Pôle Sud: Un cyclone-anticyclone: Ca chauffe sur la banquise

 On peut dire qu'entre Lisbeth Gruwez et Pôle Sud CDCN, c'est une relation longue et fidèle (souvent d'ailleurs avec la compagnie Voetvolk qu'elle a fondée avec Maarten Van Cauwenberghe). Tempest est au moins la sixième pièce jouée à Strasbourg. Ce qui n'est pas pour me déplaire, car depuis ma découverte de l'artiste dans la pièce Quando l'uomo principale è una donna qu'elle a coécrit avec Jan Fabre, j'en ai vu au moins cinq autres (It's going to get worse and worse and worse, my friend en 2015, Liz Gruwez dances Bob Dylan en 2016, We're pretty fuckin' far from okay en 2017 et Into the open en 2023). Et en revoyant ces billets, en particulier sa photo de 2015, je me dis qu'elle n'a pas pris une ride. Et elle a toujours la même énergie, dont elle dit qu'elle en est "le réceptacle". D'ailleurs, Maarten Van Cauwenberghe dit à propos d'elle qu'au début un critique l'avait qualifié de "bombe d'énergie" voire de "bombe atomique". Et cette énergie elle arrive à la tenir dans cette pièce sur presqu'une heure. Heureusement qu'elle a aussi fait une recherche auprès de maîtres des arts martiaux, en particulier du taichi pour à la fois canaliser cette énergie et la maîtriser, l'intérioriser. Et que la composition musicale de Maarten Van Cauwenberghe équilibre cette même énergie en musique avec force et vitalité, mais aussi sur des plages plus reposantes.


Tempest - Lisbeth Gruwez - Photo: Danny Willems


La pièce commence d'ailleurs dans un long voyage intérieur, concentré, quand la lumière monte très lentement, que l'on discerne le corps de la danseuse d'abord immobile puis remuant le haut du corps, les mains, les bras, le buste, accroché à un triangle incliné blanc en fond de scène à droite. Du silence naissent des gazouillis d'oiseau presqu'inaudibles puis de légères nappes sonores. Lisbeth Gruwez se lève et reste accrochée sur cette surface glissante et précaire avec toute sa force intérieure avant de plonger sur le plateau. Là, l'énergie se libère en une gestuelle millimétrée, tournoyante, dans son survêtement noir et blanc avec des bandes oranges. La musique de Maarten Van Cauwenberghe à base de multiples percussion (bois et métal et des clochettes plus des nappes multiples qui se superposent font monter la tension et concentrent l'énergie de la danseuse. 


Tempest - Lisbeth Gruwez - Photo: Danny Willems


Une accalmie provisoire fait retomber la tension, une perche, longue canne devient lance puis, plus tard, hampe de drapeau, quand un ruban rouge y est accroché. Entre temps une embellie a transformé la plateau en iceberg parcouru d'une brume glacée qui parcourt la banquise pour rafraichir l'atmosphère. Puis ce sont des vagues envahissante que dompte Lisbeth Gruwez en maîtresse des élément. Et elle repart de plus belle dans une chorégraphie impeccable sur un rythme époustouflant. 


Tempest - Lisbeth Gruwez - Photo: Danny Willems


Pour accéder à un summum d'énergie, les stroboscopes autour de la scène vont nous donnent l'illusion d'un mouvement du corps qui n'arrête pas d'accélérer alors que la danseuse est immobile ou presque, bougeant dans un ralenti imperceptible et où la conjonction de la lumière la fait tournoyer, se déplacer, s'envoler même et redescendre dans une vision surnaturelle, alors que nous sommes toujours happés par la composition sonore qui, elle aussi nous immerge dans cet oeil du cyclone au point de presque nous étouffer. Mais, pour finir, défait l'étreinte et la pression, en nous laissant souffler, lorsque le rythme de la musique et la lumière stroboscopique ralentit, se radoucit et nous lâche dans le noir. Et l'on ne peut qu'être ébahis par la performance de l'interprète, et saluer la précision et la qualité de ses gestes, sa force intérieure et son énergie et la magnifique équilibre que la musique instaure avec sa gestuelle.


La Fleur du Dimanche


Tempest


A Pôle Sud, le 17 et 18 mars 2026


Conception : Voetvolk 
Chorégraphie et performance : Lisbeth Gruwez
Musique : Maarten Van Cauwenberghe
Éclairage : Jan Maertens
Scénographie : ruimtevaarders
Implémentation scénographie : decoratelier KVS
Costumes : Eli Verkeyn
Mentor en arts martiaux : Rob Gemmeke
Assistante : Christine Herman
Remerciements : Francesca Chiodi Latini & Koen Tachelet

Production : Voetvolk vzw
Coproduction : December Dance (Concertgebouw Brugge & Cultuurcentrum Brugge) (BE), MA scène nationale – Pays de Montbéliard (FR), Perpodium, POLE-SUD (Strasbourg / FR), Theater im Pumpenhaus (Münster / DE)
Résidences : kunstencentrum BUDA (BE), CENTQUATRE-PARIS (FR), Chang Theatre (Bangkok / TH), kunstencentrum nona (BE), POLE-SUD (Strasbourg / FR), Theater im Pumpenhaus (Münster / DE), Voetvolk Atelier Rubigny (FR), WestK Performing Arts (Hong Kong / HK)
Distribution internationale : Materialise – Stéphane Noël
Avec le soutien : Tax Shelter du gouvernement fédéral belge et du gouvernement flamand

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