C'est suite à la venue du Ballet de l'Opéra National du Rhin à Chemnitz à l'occasion des festivités de Capitale Européenne de la Culture en 2025 que Bruno Bouché a découvert le Ballet de cette ville et que le Ballet du Rhin y a dansé à l'invitation de Sabrina Sadowska. Cette danseuse chorégraphe née à Bâle, et qui dirige le Ballet de Chemnitz, a lancé à Chemnitz le festival TANZ | MODERNE | TANZ. Mulhouse étant un ville jumelée avec Chemnitz, c'était presque naturel qu'une collaboration se mette en place et c'est ainsi qu'en 2025 Bruno Bouché se retrouve à créer une nouvelle pièce avec le ballet de la ville. Le hazard (?) faisant aussi qu'une des danseuse de la troupe de Chemnitz, Anna-Maria Maas est passée par le Ballet National du Rhin avant 2020.
![]() |
| Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna |
Pour Bruno Bouché la volonté de s'approcher de la peinture du Caravage (et pas forcément de sa vie aventureux et mystérieuse) renforcé par la lecture du livre de Yannick Haenel La solitude Caravage (2019) trouve ici l'occasion de prendre forme. Un travail d'improvisation en regard des peintures du maître ont permis au chorégraphe a permis d'ouvrir les prémices de cette approche de la lumière, des chairs, de l'esprit de la peinture, sa sensualité et sa violence et la mystique contenue dans les tableaux. La collaboration avec des compagnons de route proches, avec lesquels il a déjà l'habitude de travailler - Frédérique Lombard à la dramaturgie, Romain de Lagarde, à la fois aux costumes et aux lumières et Julien Lepreux - vont permettre de transposer sur scène cet univers d'ombre et de lumière dans la pièce Caravage ou le silence de nos battements de coeur.
![]() |
| Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna |
C'est d'ailleurs dans le noir que tout commence. Pas dans le silence, un son continu irritant troublé par des coups de tonnerre - ou des fracas de bombes qui explosent - ponctuent les mouvements hachés d'une figure christique dans la pénombre, titubant et errant, entre Christ en croix sans sa croix ou homme essayant vainement de décoller. L'image se révèle lentement et la musique s'amplifie, des mélodies sombres et puissante à l'orgue renforçant cette ambiance solennelle. Cet homme seul sur le plateau est rejoint par d'autres personnages qui ne semblent que passer, traverser quand un deuxième rideau se lève au milieu de la scène dévoilant encore une autre séparation. Ce procédé de dévoilement d'un monde "à l'arrière" se répète amenant à chaque fois cette surprise, surtout que s'y rajoute un effet de "fuite" et de perspective difficile à mesurer sur ce plateau très profond. Presque comparable, l'effet de ces énormes pièces de tissus en plis impressionnants qui lévitent à un moment au-dessus des interprètes, les "encadrant" dans des tableaux.
![]() |
| Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna |
Des tableaux, mais animés, changeants, dans lesquels soit les personnages presque figés sur place dans leurs position ne bougent que les mains ou la tête, dans une gestuelle harmonieuse, ou encore des séquences de déplacements des différentes figures d'un tableau qui se défont et se réorganisent différemment dans une chorégraphie inventive, pour figurer de multiples scènes contiguës dans une fluidité parfaite. Par la variété et l'originalité des costumes, nous voyons ainsi se côtoyer des pages du moyen-âge et des dames de cour dans leurs tissus moirés. Mais également des costumes blancs légers ou des fraises en accessoires. Ou encore, pour un très bel ensemble en "tenue légère" - une simple chemise - qui met le corps au premier plan, que ce soit pour quelques solos (un envol majestueux), de beaux duos avec portés audacieux ou des mouvements d'ensemble très bien exécutés (avec cette gestuelle de signe de croix inaboutis).
![]() |
| Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna |
Et surtout, comme dans les toiles du Caravage, ces corps nus (ou presque), souffrants, se heurtant, se battant, se frottant, se soutenant, tombant, se cherchant, se poussant, se repoussant, exténués et malades, et, quelquefois victorieux. La construction de la pièce, toujours mouvante, équilibre à merveille ces différents épisodes, ces duos douloureux, ces grandes fresques avec la foule qui s'amasse puis disparait, tout comme ce moment surprenant où, en un instant, tous les danseurs se jettent ensemble et forment une masse d'où émerge une femme en robe rouge alors que tout s'effondre. La construction - déconstruction de ces scènes, éclairées avec une finesse qui ennoblit les corps et les costumes, nous laisse approcher de l'esprit sombre et baroque de l'expression de cette force tragique faite de contrastes et de réalisme.
![]() |
| Caravage - Bruno Bouché - Ballet du Théâtre de Chemnitz - Photo: Ida Zenna |
Et la musique de Julien Lepreux, qui navigue entre les sons ténus et mesurés des synthés jusqu'à des partitions orchestrales plus baroques, arrive à s'adapter de manière appropriée à chaque scène ou atmosphère. A l'image de cette épée (suspendue comme pour marquer la violence qui sous-tend le récit) qui peut aussi se lire comme une croix, la pièce balance entre la mort et le spirituel, entre la lumière et les ténèbres, entre la foule et la solitude, dans une énergie opposée et une beauté traîtresse.
La Fleur du Dimanche
Caravage ou le silence de nos battements de coeur
A Strasbourg - du 27 mars au 1er avril 2026
Musique: Julien Lepreux
Dramaturgie: Frédérique Lombart
Scénographie et costumes: Bruno Bouché, Romain de Lagarde:
Assistante scénographie et costumes: Adéla Libbra
Anna-Maria Maas
Dávid Janik
Benjamin Kirkman
Koh Yoshitake
Kirill Kornilov
Miguel Eugênio
Victoria Dorodna
Lívia Pinheiro
Ellis Campbell
Alexander Gore
Andrea Johns
Ilya Manaenkov
Margaux Pagès
Ella Puurtinen
Aleksandr Solovei
Hanna Szychowicz
Irisa van Niekerk
Beatrice Carmans *
Adéla Marešová *
* Stagiaires de l’école de danse du Ballet de Hambourg – John Neumeier





Une belle évocation d’un spectateur attentif et pertinent, cela donne vraiment envie d’aller voir ce spectacle, bravo ! Ambroise
RépondreSupprimerMerci pour la remarque Ambroise
RépondreSupprimer