Au départ il y a méprise, double méprise (ou peut-être plus)... Mais où est la vérité ?
Le spectacle Summit Strasbourg présenté au Maillon dans le Temps Fort "Démocratie en Jeu" arrive pour moi chargé d'une double attente.
La première tient à la précédente pièce de la troupe Ontroerend Goed, la "très joueuse compagnie de Gand" dont le nom mêle l’idée de bien et d’émotion et qui peut se traduire par "émobilier" (comme émouvoir ?) Cette pièce a été programmée au Maillon en 2019. Dans cette pièce £¥€$, où "le public est invité à se mettre dans la peau du “1 %”, c’est-à-dire les super-riches qui contrôlent l’économie mondiale" on mettait le public "aux commandes" pour apprendre et comprendre réellement les mécanismes économiques en les expérimentant. Ne l'ayant pas vue, je l'imaginais (selon les échos recueillis) comme une expérience pédagogique au sens noble. Mais chacun arrive au théâtre avec ses projections, et ses interprétations. D'ailleurs, prenez le titre £¥€$, que lisez-vous ? Eyes, les yeux pour voir ? Ou Lies - les mensonges qu'on vous cache ?
Le spectacle Summit Strasbourg présenté au Maillon dans le Temps Fort "Démocratie en Jeu" arrive pour moi chargé d'une double attente.
La première tient à la précédente pièce de la troupe Ontroerend Goed, la "très joueuse compagnie de Gand" dont le nom mêle l’idée de bien et d’émotion et qui peut se traduire par "émobilier" (comme émouvoir ?) Cette pièce a été programmée au Maillon en 2019. Dans cette pièce £¥€$, où "le public est invité à se mettre dans la peau du “1 %”, c’est-à-dire les super-riches qui contrôlent l’économie mondiale" on mettait le public "aux commandes" pour apprendre et comprendre réellement les mécanismes économiques en les expérimentant. Ne l'ayant pas vue, je l'imaginais (selon les échos recueillis) comme une expérience pédagogique au sens noble. Mais chacun arrive au théâtre avec ses projections, et ses interprétations. D'ailleurs, prenez le titre £¥€$, que lisez-vous ? Eyes, les yeux pour voir ? Ou Lies - les mensonges qu'on vous cache ?
Et voilà... C'est déjà vous qui décidez.
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| Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier |
Eh bien, c'est la même chose pour Summit Strasbourg où l'on projette une attente, voire un contenu alors qu'il faudrait être totalement à l'écoute. Or à Strasbourg, ce mot Summit, n’est jamais tout à fait neutre. On y a connu quelques sommets — dont celui de 2009, que certains n’ont sans doute pas oublié. De plus cette pièce s’inscrit dans ce temps fort consacré à « la culture du débat à l’épreuve du présent », et il est assez naturel d’imaginer une expérience interactive, participative, peut-être même une sorte d’expérimentation du débat - sinon politique, du moins démocratique. Le contexte actuel n’y est évidemment pas pour rien. Les élections locales réveillant aussi l’appétit de discussion publique.
Car il ne faut pas se méprendre : la troupe Ontroerend Goed ne nous méprise pas. La règle du jeu est annoncée dès notre arrivée : « Vous êtes invité·e à un sommet. Ou plutôt : vous êtes invité·e à une pièce de théâtre intitulée SUMMIT Strasbourg, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. »
Tout est dit....
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| Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier |
Et même répété. La seule ironie serait peut-être de répéter cette phrase. Encore et encore... Au risque de tomber dans le comique de répétition. Mais "un homme averti en vaut deux". Ainsi, lorsque l’on nous parle de « la scène » alors même que le plateau est vide - ou qu’il n’est traversé que fugitivement - il faut rester vigilant. De même lorsqu’on vous affirme que vous êtes ici, ou que vous n’y êtes pas. Que vous êtes au théâtre - ou que vous n’y êtes pas. Plus troublant encore lorsque l’on nous explique que ce mot, théâtre, possède même une existence juridique. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas signer n’importe quoi. Et faire attention quand on vote à main levée....
Dire que quelque chose est du théâtre parce qu’un comédien prononce un "texte qui a été écrit": voilà peut-être déjà une épreuve de discernement.
Car c’est bien là le cœur du dispositif de Summit: nous amener à interroger sans cesse ce qui relève du réel et ce qui relève du jeu. Et surtout à mesurer dans quelle mesure nos propres réactions - face aux injonctions des comédiens - restent celles de spectateurs assis dans l’ombre… ou deviennent, volontairement ou non, une part du dispositif prévu par la mise en scène.
Ainsi, pour revenir à cette question simple: qu’est-ce qui fait théâtre ?
Prenons un exemple simple.
Un comédien traverse le plateau. Est-ce du théâtre ?
Ou simplement une traversée ?
Et si c’est un spectateur qui traverse ?
Et si ce spectateur se met à regarder le public de la scène ?
Sommes-nous toujours dans le théâtre ?
Car c’est bien là le cœur du dispositif de Summit: nous amener à interroger sans cesse ce qui relève du réel et ce qui relève du jeu. Et surtout à mesurer dans quelle mesure nos propres réactions - face aux injonctions des comédiens - restent celles de spectateurs assis dans l’ombre… ou deviennent, volontairement ou non, une part du dispositif prévu par la mise en scène.
Ainsi, pour revenir à cette question simple: qu’est-ce qui fait théâtre ?
Prenons un exemple simple.
Un comédien traverse le plateau. Est-ce du théâtre ?
Ou simplement une traversée ?
Et si c’est un spectateur qui traverse ?
Et si ce spectateur se met à regarder le public de la scène ?
Sommes-nous toujours dans le théâtre ?
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| Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier |
La question devient plus troublante encore lorsqu’une scène d’abattage de poulet est évoquée — mais non montrée, puisque la décapitation se produit en coulisses.
Était-ce réel ?
Était-ce simulé ?
Ou bien simplement imaginé ?
Était-ce réel ?
Était-ce simulé ?
Ou bien simplement imaginé ?
Le doute, ici, devient une matière dramaturgique.
C’est le cas par exemple dans cette séquence où une torture nous est imposée… mais une torture imaginaire. Rien n’est montré. Tout repose sur ce que le spectateur accepte - ou refuse - de produire par son imagination. Avec en prime un spectateur "exemple" et "cobaye" de cette torture.
Superbe leçon.
Leçon de discernement, d’abord.
Leçon d’analyse ensuite.
Mais aussi leçon de responsabilité.
C’est le cas par exemple dans cette séquence où une torture nous est imposée… mais une torture imaginaire. Rien n’est montré. Tout repose sur ce que le spectateur accepte - ou refuse - de produire par son imagination. Avec en prime un spectateur "exemple" et "cobaye" de cette torture.
Superbe leçon.
Leçon de discernement, d’abord.
Leçon d’analyse ensuite.
Mais aussi leçon de responsabilité.
Car la question devient alors très simple: jusqu’où suivons-nous les conventions de la représentation théâtrale ? Et à quel moment décidons-nous de ne plus les suivre — ou d’y contrevenir ?
Jusqu’où acceptons-nous le discours qui nous est proposé ?
Et à quel moment décidons-nous d’en douter ?
Prenons un exemple presque enfantin : la poule.
Jusqu’où acceptons-nous le discours qui nous est proposé ?
Et à quel moment décidons-nous d’en douter ?
Prenons un exemple presque enfantin : la poule.
À quel moment acceptons-nous de voir une poule dans une cage… alors qu’il n’y en a pas ?
Simplement parce qu’on nous affirme qu’elle est là.
Suivons-nous l’injonction à imaginer ?
Et jusqu’à quel point croyons-nous qu’une poule enfermée dans un cercle… n’en sortira pas* ?
Simplement parce qu’on nous affirme qu’elle est là.
Suivons-nous l’injonction à imaginer ?
Et jusqu’à quel point croyons-nous qu’une poule enfermée dans un cercle… n’en sortira pas* ?
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| Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier |
C'est donc sur toutes ces interrogations, l'interrogation du réel et la part d'imagination acceptée, de la liberté de choisir, de la confiance ou du doute, de l'engagement ou de l'opposition, de l'échelle de vérité et de fantaisie, de sérieux et d'humour que "joue" la troupe de via de nombreux angles d'approche et des séquences variées et révélatrices. Et si nous en sortons un peu déstabilisé et le cerveau qui mouline encore, le pari est réussi.
La Fleur du Dimanche
* La poule dans un cercle de craie
Dans le documentaire de Werner Herzog Au pays du silence et de l'obscurité (1971), de Werner Herzog il nous montre une scène où une poule est placée dans un cercle tracé à la craie. La poule reste immobile à l’intérieur et n’ose pas franchir la ligne, alors que rien ne l’empêche physiquement de sortir. Herzog utilise cette image comme métaphore de limites psychologiques ou sociales: une barrière imaginaire peut suffire à immobiliser un être vivant.
Au XIXᵉ siècle, le physiologiste allemand Wilhelm Preyer avait déjà fait ce type d'expérience.
Mais ce n'est pas forcément un cercle qui fait cet effet, une simple ligne tracée devant le bec de la poule fait le même effet. J'ai moi-même expérimenté cela enfant. Mais tout dépend de la poule (il y en a qui ne réagissent pas ainsi - tout comme cela peut être expérimenté avec d'autres oiseaux.
Au Maillon, du 12 au 14 mars 2026
Mise en scène : Alexander Devriendt
Avec et par : Mourad Baaiz, Karolien De Bleser, Leonore Spee, Charlotte De Bruyne, Aaron J. Gordon, Aurélie Lannoy, Hervé Guerrisi, Solal Forte
Assistance à la mise en scène : Remi Cosijn
Scénographie : ONBETAALBAAR
Graphisme : Emma Raymaekers, Nick Mattan
Lumière : Dennis Diels
Musique : Joris Blanckaert
Costumes : Charlotte Goethals
Photographie : Michiel Devijver
Dramaturgie : Britt Bakker, Miguel Melgares, Samir Veen
Technique : Nick De Keyser, Frederik Vanslembrouck, Diederik De Cock, Ine Van Bortel, Lucas Van de Voorde
Production : NTGent / Ontroerend Goed
Coproduction : Stadttheater Schaffhausen (CH)
Avec le soutien de : Communauté flamande, Ville de Gand

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