lundi 23 mars 2026

Au TNS L'infiltré de et par Océan: des boites et des cases ou comment déboiter et casser les codes

 Océan, comédien et réalisateur a suivi un long chemin de transition et propose une étape de ce parcours au TNS avec L'infiltré.

Nous l'avions rencontré en décembre 2019 au cinéma Star à Strasbourg où il présentait son film Océan, témoignage de l'intérieur de se "transition" toute fraîche. Dans le débat qui a suivi, il disait "l'identité c'est quelque chose de mouvant, de changeant, de fugace". Cette réflexion sur l'identité ne l'a pas quittée, mais alors qu'à l'époque il était totalement plongé dans le processus, pour le spectacle qu'il vient de créer et pour lequel il a réalisé une série d'ateliers avec des étudiant.e.s en partenariat avec le SUAC - Service universitaire de l'action culturelle - de l'Université de Strasbourg pour interroger les injections normatives concernant le genre, il prend un peu d'altitude. 

Avant tout, petite définition d'un mot qui n'est entré dans le dictionnaire Oxford English Dictionary qu'en 2015, et, à priori, né en après 1998 suite à l'invention du terme cissexuel par le sexologue allemand Volkmar Sigusch. Il s'est diffusé après 2006. La cisidentité désigne "la situation d'une personne dont l'identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à sa naissance". Le terme transgenre: "personne dont l'identité de genre ne coïncide pas avec le sexe assigné à la naissance" étant plus courant depuis les années 1990.


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff


Cet aspect un peu didactique passé, revenons-en à notre Océan, qui sur scène devient le professeur Michel, Océan Michel, qui, bien qu'il annonce un "spectacle assumé comme pédagogique" s'engouffre dans une conférence à cent à l'heure et sans pupitre - ponctué d'exercices physiques pour faire baisser son taux de testostérone sur les conseils de son surveillant médical IA, Cette intelligence artificielle qui accélère aussi les différents chapitres de sa "conférence" qui est à la fois variée, plaisante et intelligemment illustrée par les dessins d'Anaïs Caura. Balayant l'histoire du "transgenre" autant historiquement que géographiquement, nous y découvrons des femmes ayant vécu en secret sous des apparences d'homme, ainsi que des cultures ayant par exemple totalement accepté la féminité ouvertement assumée de certains hommes que ce soit en Amérique du Sud, en Inde ou l'exemple du Chevalier d'Eon, en France sous Louis XV.  

Océan fait le parallèle entre sa propre manie de classer et ranger ses Tupperware et cette propension à mettre des cases à remplir (comme sur les formulaires et les cartes d'identité "Monsieur ou Madame", sans autre choix), des règles de classification - qui sont forcément mouvantes - selon les périodes ou les pays. Cette injonction à rentrer dans les cases justifiée par des règles variable, Océan s'en moque gaiement, démontrant l'absurdité et l'instabilité de ces critères par des exemples croustillants - par exemple très explicites - ou curieux - dans le monde animal. Pointant aussi la misogynie qui frappe les scientifiques femmes qui osent découvrir des exemples flagrants qui cassent les règles du "mâle dominant". Ou encore dans le domaine du sport féminin où dès qu'une femme dépasse les capacités que l'on daigne accepter de athletes femmes, elles son exclues de la compétition. 

Sur quoi vient se greffer un racisme certain, la plupart n'étant pas "blanches". ces enchainements permettant de dévoiler autant les préjugés liés au statut de la femme que de la race. Tout cela orchestré par les "Mâles blancs dominants" qui légifèrent, dénigrent et discréditent, agressent violentent et tuent par préjugé, idée préconçue. Ainsi aussi ces "protecteurs" qui sous prétexte de protéger et de défendre, s'adonnent (en secret et souvent en toute impunité) à toutes sortes de violences. Les exemples que nous offre Océan vont de son expérience personnelle de jeune fille abusée ou de la prise de conscience du rôle assignée à la police dans le maintien de cet "ordre da la société dominante, et même dans la lecture lucide des "meurtres des Zoulous" dont on laisse sous silence la nécessité de se défendre contre les actes racistes. 


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff

Passant ainsi d'une présentation presque scientifique mais à la fois ludique et instructive de cette réalité fluctuante vis-à-vis du corps et de ses multiples variantes dans sa réalité et ses sensations, vers une lecture plus sensible et aussi plus politisée, Océan plonge dans une introspection dans la mouvance des sentiments, entre violence et amour dans cette identité changeante. L'obligeant, lui mais aussi nombre de ces personnes à la recherche de leur vrai "soi" à s'interroger sur les relations d'amour et de violence envers l'autre. Allant jusqu'à en référer à Abraham (qui lui aussi est "transformé" en gagnant un "h", tout comme sa femme Saraï en Sarah) dont le bélier apporte la puissance alors qu'Océan s'interroge sur son statut d'agneau déguisé en louveteau. Mais il conclut sur une note en équilibre, mettant en balance sa "paternité" et la fragilité de quelques une de ces "adoptés".  

L'aventure continue, passionnante, et Océan continue son voyage au long cours après nous avoir embarqué dans la découvertes des iels.


La Fleur du Dimanche


L'infiltré


Au TNS à Strasbourg, du 23 mrs au 1er avril 2026

[Conception et écriture] Océan
[Mise en scène] Océan et Flore Vialet
[Lumière] Léa Maris
[Son] Elisa Monteil 
[Vidéo] Jean Doroszczuk
[Dessin] Anaïs Caura
[Chorégraphie] Marlène Rostaing
[Dramaturgie] Leïla Adham
[Régie générale] Marie-Lou Poulain
[Composition] Thibault Frisoni
[Scénographie] Marco Ievoli
[Costumes] Colombe Lauriot Prévost
[Direction de production] Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
[Répétition] Debi Debbie
[Avec les étudiant·es] Estelle Akakpo, Coline Forster, Charlie Fouché, Lou-Ann Graindorge, Clarisse Haton, Ameline Jung, Geoffrey Ridet dit Lewyn, Pauline Roche, Noa Schublin, Tiphaine Vauje

Production déléguée En Votre Compagnie
Coproduction MIXT – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, les Plateaux Sauvages, Châteauvallon - Liberté, scène nationale , le Théâtre National de Strasbourg, l’Avant-Poste, Bordeaux
Accueil en résidence Chartreuse - CNES - Villeneuve-lez-Avignon
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec l’accompagnement du Centre des Récits du Théâtre national de Strasbourg.
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et de la Ville de Paris.
En partenariat à Strasbourg avec le SUAC de l'Université de Strasbourg et son dispositif Carte Culture
Les décors sont réalisés par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg.
Spectacle créé le 9 mars 2026 aux Plateaux Sauvages.    

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