mercredi 27 mars 2024

Les Fantasticks, une comédie musicale qui prend des airs très colorés

 Les Fantasticks sont arrivés à Strasbourg. Curieusement cette comédie musicale écrite par Tom Jones, non pas le chanteur mais le librettiste Thomas Collins „Tom“ Jones, sur une musique de Harvey Schmidt a eu beaucoup  de succès à Brodway n'avait jamais été jouée à Strasbourg. Elle a été jouée sans interruption pendant 17162 représentations - un record depuis sa création le 2 mai 1960 au Sullivan Street Playhouse à Brodway et a vu plus de 11.00 productions dans 3.000 villes. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck


C'est donc une production inédite à l'Opéra National du Rhin, en coréalisation avec la Comédie de Colmar, grâce aussi à une nouvelle traduction du texte par le directeur de l'Opéra Alain Perroux qui l'adapte, on le verra, à la culture française. Elle avait été créée pour de petites salles avec un décor réduit et un accompagnement musical qui se recentre sur un piano et une harpe (la harpiste faisant quelques percussions). Et la distribution se limite à cinq chanteurs et trois comédiens. Mais c'est amplement suffisant pour le sujet, où l'on assiste en quelque sorte à un roman d'apprentissage - Bildungsroman -  où un jeune homme de dix-neuf ans qui vit avec sa mère, découvre en même temps l'amour avec sa voisine qui en a seize et vit avec son père  et la réalité du monde extérieur. Tout cela narré par une personnage haut en couleurs, le narrateur-chanteur-voleur qui en quelque sorte tire les ficelles de l'intrigue. C'est lui qui après une mise en place volontairement un peu brouillonne va nous chanter la chanson la plus célèbre "Try to remember" (que chantait en français Nana Mouscouri - Au coeur de septembre, devenue "Souvenir tendre" dans cette version), nous situant directement dans l'atmosphère de la comédie: de la nostalgie, du romantisme, de la tendresse, des sentiments. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck


C'est Bruno Khouri (que nous avions déjà pu apprécier dans Danser Schubert) de l'Opéra Studio, avec une belle voix de ténor basse qui assure autant au chant que dans la narration mais également dans le jeu d'acteur - il interprète El Gallo, un personnage haut en couleur, en quelque sorte le grand ordonnateur des événements.  La jeune fille autour de laquelle tout - et toue le monde tourne, c'est Luisa interprétée par Ana Escudero, à la taille du rôle et dont la voix a une belle clarté dans les aigus. Pour elle le rouge est mis et elle affole tout le monde avec ses premiers émois. Son père, tout vert, qui adore arroser ses plantes ressemble à un personnage de bande dessinée avec ses lunettes rondes et son air ébahi et sa voix de baryton-basse assure par sa voix son chant et sa diction sonore (très bon Michal Karski). Son jeu de complicité et de chamaillerie avec sa voisine Mme Hucklebee, jaune comme l'abeille fait le miel de la douceur de la pièce. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck



D'ailleurs Mme Hucklebee (Bernadette Johns, qui était également dans Danser Schubert) avec son visage souriant et enjoué et ses yeux bleus lumineux éclairent la scène et les déroulement de la pièce (sauf à un moment où elle n'est pas très contente et elle perd la maîtrise du destin. Mais c'est aussi le principe de réalité auquel son fils doit se confronter - il n'a pas subi suffisamment avec la leçon involontaire qu'on lui a fait subir. C'est d'ailleurs ce personnage de Matt (Jean Miannay) qui est le plus nuancé, voire ambivalent, en regard également à sa couleur, le violet. C'est d'ailleurs une très belle inspiration que de prendre ces couleurs franches et colorées pour les personnages principaux qui égayent la scène, avec comme décor les deux serres remplies de plantes vertes dont s'occupent les parents. Les autres acteurs étant plus sur les tons noirs et gris, comme le personnage qui joue et symbolise le mur, muet mais qui a quand même des oreilles. 


Les Fantasticks - Tom Jones - Harvey Schmidt - Photo: Klara Beck


En dehors de ces couleurs, la pièce est également égayée par des scènes qui vont chercher du côté de la Commedia del'Arte que ce soient les scènes de combat et d'enlèvement ou encore les intermèdes, comme dans le théâtre de Shakespeare où l'on bascule dans du théâtre dans le théâtre. Et justement on retrouve à la fois le maître du théâtre élisabéthain mais aussi le Cid ou Cyrano et d'autres encore qui apportent des respirations. Et cela avec la troupe de jeune comédiens, Yan del Puppo et Gulliver Hecq, et Quentin Ehret, "le muet", qui fait le mur et dont le jeu et la présence et la gestuelle sont assez impressionnantes.  Cela donne un spectacle enlevé et enjoué, avec un bel équilibre entre scènes tendres et sentimentales, d'autres plus enlevées ou comiques, airs plus ou moins connus mais en tout cas très bien chantés. Le tout dans une mise en scène inventive et sans faiblesse deMyriam Marzouki, des décors de Margaux Folléa ,des costumes de Laure Mahéo et une esthétique très joyeuse et pimpante. Sans oublier la "grand orchestre piano - harpe avec le duo (ce soir là) de Laurihanh Nguyen à la harpe et Hugo Mathieu au piano. Une fabuleuses soirée !


La Fleur du Dimanche

  

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