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mercredi 27 mars 2024

Vieux Farka Touré et Losso Keïta à l'Espace Django: l'Afrique avec Amour, Rock et Blues, un voyage hypnotique

 Dans la programmation de l'Espace Django au Neuhof à Strasbourg, le concert de la soirée du 28 mars tourne autour de musiciens africains. La tête d'affiche c'est Vieux Farka Touré qui vient accompagné de cinq musiciens. Et la première partie, c'est Losso Keïta, seul en scène qui l'assure.


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd


Et il l'assure bien, très bien même. Armé de sa "voix d'or" douce comme le miel et pleine de chaleur, jouant de sa kalamengoni, une sorte de grande guitare mais en fait une harpe avec une caisse de résonnance ronde qu'il joue à la verticale en pinçant les cordes. Et il frappe la mesure avec ses pieds sur une calebasse. 


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd


Il est complètement immergé dans sa musique et en même temps il est totalement connecté avec le public avec lequel il interagit, lui faisant quelques leçons de vie ou de philosophie; expliquant par exemple qu'il faut remercier l'autre quand on vient mais aussi quand on va partir. Que par exemple "Quand cela ne va pas avec l'autre ou les autres, le problème vient peut-être de toi". Ses chansons, qu'il chante dans sa langue ou quelquefois en français, sont très belles. Il improvise quelquefois en réaction avec le public et tient beaucoup à ce que ce dernier participe dans des échos variés qu'il lui apprend et que le public chante avec entrain. Cela donne une belle ambiance et de belles ondes, soutenues par sa voix enchanteresse et ses rythmes qui bercent doucement nos oreilles. Ses chansons bien ancrées dans sa culture, son pays, le Burkina Faso et la nature, qu'il vénère par ses airs, ses paroles et ses mélopées, il nous les partage avec tout son enthousiasme communicatif. Un vrai moment de plaisir.


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd

Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd



En deuxième partie, changement de braquet. C'est à un déploiement de puissance que nous assistons, rien moins qu'un bassiste, un joueur de n'goni, une petite guitare traditionnelle malienne, toute en longueur, deux guitares, la sienne, dont il joue avec une virtuosité sans égale et celle de son compère en costume traditionnel et pour la section rythmique avec une batterie qui imprime avec force son rythme presque du début à la fin du concert et un djembé. 


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Se suivent pendant une bonne heure et demie une belle série de morceaux qui débutent invariablement par une virtuose intro du maître exposant le motif - on ne l'appelle pas sans raison le Jimmy Hendrix du désert - avant que l'équipe parte en rang serrés pour développer avec de multiples variations de morceaux qui vont chercher du côté du rock bien martelé et du blues. Ces morceaux nous entraînent dans un état presqu'hypnotique, immergés dans ce cocon sonore et rythmique qui nous transporte et nous fait bouger. 


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Quelques variations dans l'esprit blues - il faut effectivement avouer que le blues est une musique qui nous est arrivée d'Afrique - qui nous font encore plus apprécier sa voix tout à fait adaptée à ce style de chanson. Il nous gratifie d'ailleurs d'un morceau en solo tout en sensibilité où nous apprécions la finesse de l'interprétation, autant de sa voix que son jeu de guitare.


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Et en rappel le groupe nous joue un morceau plus traditionnel, autre facette très intéressante du talent de ce fils d'Ali Farka Touré dont ce dernier pourrait être fier. En tout cas le public lui est très satisfait de cette très belle prestation et du très beau voyage musical pour lequel il a été embarqué pendant cette soirée.


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd

Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche 

jeudi 25 janvier 2024

L'année commence avec elles.. en chansons avec Lüssi et Claire Days.... en suspension dans les airs

 Pôle Sud passe le pont du Rhin Tortu pour poser les amarres du Festival L'année Commence avec Elles du côté du partenaire du Neuhof, l'Espace Django avec une soirée 100% féminine. Avec Lüssi et Claire Days, c'est une ambiance folk, rock doux, qui nous attend en toute intimité pour faire écho à la danse présentée au Centre National de Développement Chorégraphique de la Meinau (voir mes précédents billets ici).



La soirée commence avec Lüssi, jeune artiste strasbourgeoise qui vient de remporter le prix "découverte" du dispositif Music&lles (mis en place par Sturm Production) accompagnée au violoncelle par Lucille. Elle-même démarre seule avec sa guitare électrique pour nous chanter des chansons mélancoliques de sa voix haut perchée et claire, chansons qui nous parlent avec douceur de chagrins d'amour, de moments qui s'étirent, de pleurs, de d'ennui et d'Insomnies. Ses airs enchanteurs où elle triture les mots, nous bercent et nous emportent ailleurs au son du violoncelle qui ponctue de son tapis grave les accompagnements à la guitare électrique ou acoustique en toute simplicité. Ses mélopées envoutantes nous enveloppent et sa chanson nostalgique Grand-Maman sur la maison de sa grand-mère exhale le bonheur de l'enfance revisitée. Elle lui rend hommage en ce jour spécial, marqué par son départ définitif, curieux hasard. La voici:



En deuxième partie, Claire Days, accompagnée aux claviers et à la basse par Udo del Rosso nous propose un folk un peu plus rugueux. 




De sa voix brute, un peu rocailleuse mais très bien posée, elle nous chante dans un anglais impeccable - elle écrit et chante dans cette langue depuis toute petite, vocation précoce - de magnifiques poèmes, des mélodies tristes et émouvantes, des histoires d'amour non réciproque, des constructions de châteaux, des récits de bascule et une chanson dédiée à sa soeur My sister qu'elle a écrite pour lui donner de la force dans l'épreuve, pour qu'elle arrive à dire non ("you have to say no, it's too much already"). Je vous en propose le très beau clip:



Elle nous offre aussi toute une palette de chansons en français, langue qu'elle s'est appropriée récemment et qui dans sa bouche est pleine de surprise sur des mélodies très originales, mais intéressantes et surprenantes. Le tour de chant nous emporte dans son univers un peu décalé doux-amer mais quand même agréable. Ses thèmes ne sont pas toujours joyeux et l'atmosphère que son complice Ugo del Rosso arrive à créer sur son synthétiseur est à la fois mystérieuse et décalée, un peu anachronique. Cependant elle a une belle présence rassurante et douce et même si elle nous nous chante "Tu pense à la mort", il y a une belle énergie dans ses composition. Et pour finir en bis, elle nous interprète une chanson de Miley Cyrus puis en guise d'au revoir une chanson qu'elle a composée comme un adieu lorsqu'elle a quitté Paris pour partir à Lyon. 

A noter que le concert était chantsigné, c'est-à-dire que deux interprètes du langage des signe étaient sur scène pour traduire en synchrone les paroles - en français et en anglais - pour permettre à des personnes malentendantes d'y participer. Une très belle et généreuse initiative qui a fait quelques heureux.


La Fleur du Dimanche