vendredi 22 septembre 2023

Le Maillon présente Musica: Queen of Hearts et Place - la Reine des Coeurs contre une Place à Soi

 Dans le combat de la princesse et de l'exilé, qui va gagner? Tout au moins en musique.

Le Maillon qui présente ces deux programme du Festival Musica laisse le  choix au spectateur en lui proposant la pièce sur Lady Di Queen of Hearts deux fois dans la petite salle, le vendredi 22 et le samedi 23 septembre à 19h00. Et pour la grande pièce de Ted Hearne écrite avec l'auteur et rappeur Saul William, Place, elle a sa place dans la grande salle le vendredi soir à 21h00.

Il est vrai que pour le Théâtre Musical de Jannik Giger, Leo Hoffmann, Benjamin van Bebber, Sarah Maria Sun, Jude Ellison et Sady Doyle (que de monde...) l'approche est plus intimiste à priori: une interview au plus près des sentiments de la Princesse de Galles le 20 novembre 1995 (deux ans avant sa mort accidentelle) qui révèle les pans de son intimité et ses souffrances. La mise en scène est cependant plus clinquante à part un extrait de cette interview sur un tout petit écran derrière un voile sur lequel est fixée l'image de la voiture accidenté fatale, dans laquelle la princesse se qualifie de "Reine des coeurs" (ou reine dans les coeurs de ses sujets et de la foule de ses admirateurs) et refuse de se sentir elle-même comme une Reine: "I am Queen in peoples' hart but I don't be myself a Queen". Cette séquence vient à nouveau conclure la pièce et l'on a l'impression que plein de choses se sont mélangées. C'est peut-être la volonté des auteurs, mais cela perturbe un peu de ne pas savoir si les paroles - qui basculent du l'anglais à l'allemand par exemple - sont de Lady Di, ou d'autres stars ou héroïnes du peuple comme Marylin Monroe qui apparait aussi sur les écran ou d'autres chanteuses qui doutent de leur succès et n'arrivent pas à assumer leur célébrité (Britney Spears). De même les époques et la temporalité sont allègrement bousculés et l'on se perd un peu dans un vortex temporel qui engloutit le passé de la princesse et son futur et sa mort (prédite?).   


Musica - Le Maillon - Queen of Hearts  Photo: Bettina Matthiessen

La mise en scène qui fait le grand écart entre des moments de vérité et de confession intime (les doutes, les douleurs de la personne privée et ses contraintes de personnage public, les revirements et volte-face aussi dans sa conduite, son instabilité) et des scènes grandiloquentes et grotesques, parodies d'émissions de TV, dont l'autodérision annihile les effets - des moments grotesques et grand guignol ou kitsch. Alors que la soprano Sarah Maria Sun a une voix magnifique, l'on aurait aimé y goûter un peu plus et ainsi que de son talent d'interprétation dont elle aurait pu jouer avec plus de finesse et de variété. Dans le rôle de l'intervieweur, Silvester von Hösslin en fait quelquefois un peu trop. En terme de lecture, on se demande, entre autres, quel est le poids que peut avoir la malédiction d'Henri 8 qui tua ses femmes pour avoir un héritier mâle (Geschieden Gekopft Gestorben - Divorcée, Décapitée, Morte) et qui semble peser sur la jeune princesse et l'on s'interroge du rôle (intégrateur?) qu'à l'orchestre de jeunes Orchesterschule Insel lors de la cérémonie d'adieu final de la princesse, dérisoire et presque ridicule. Si la critique du poids des médias (presse et réseaux sociaux - déjà!) est évidente, la pièce en tout cas ne fait pas assez l'effort de clarifier sa position en jouant sur les clichés qu'elle dénonce dans son sujet.  


Place


La création de Ted Hearne, Place est une grande fresque musicale, tel un oratorio mêlant un ensemble classique, le collectif lovemusic strasbourgeois avec une formation plutôt rock, guitare, basse, synthé, batterie, et également synthé et électronique et aussi des samples joués par l'auteur et chef d'orchestre Ted Hearne ainsi qu'une ensemble de six solistes tous magnifiques. Une mention spéciale pour Steven Bradshaw qui assure à merveille, avec quelquefois de l'auto-tune, le personnage "blanc" qui va être confronté à la problématique de la pièce, à savoir la gentrification d'un quartier de New York dans lequel il va habiter puis le quitter, Fort Green à Brooklin, où il va, à l'instar du compositeur, côtoyer la diversité, surtout raciale et en prendre conscience, surtout prendre conscience de cette situation autocentrée des blancs en général. 


Musica - Le Maillon - Place - Ted Hearnes - Saul Williams


Noter également l'arrivée haute en couleur de Sol Ruiz et la très belle prestation de Isaiah Robinson sur les réponses qu'apporte le regard et la position de l'autre, à travers le texte de Saul William, qui dépeint la situation plutôt ignorée, sinon niée des noirs qui tentent de se faire entendre et donc sur une version du Messie de Haendel dire au lieu d'Halleluia (Dieu est béni) "Mind your business" (Occupe-toi de tes affaires). Sur cette composition qui passe volontiers d'un genre musical à un autre en de très pointus collages, laissant les instrument classiques soit crisser leurs cordes, soit laisser filer l'archer et jouer trombone, clarinette ou clarinette basse et flûte ou piccolo. Et l'on passe allègrement par de motifs répétés de samples (voix ou musicaux) ou des passages plus rocks et rythmés et des solos où les chanteuses et chanteurs dans une superbe dynamique et une belle homogénéité dans la diversité. 


Musica - Le Maillon - Place - Ted Hearnes -  Isaiah Sol - Ayanna Josephine - Video: Tim Brown


Les images projetées sur le grand écran du fond nous font prendre la matière du récit, que ce soit l'environnement architectural et humain de ce récit (la misère à sa porte ou les déménagements forcés) et la réflexion qu'elle soulève que la mise en abyme de la prestation musicale ou son illustration. Une belle performance de plus d'une heure dont nous sortons, à défaut d'être plus engagé politiquement au moins satisfait de la démonstration et de la prestation qui nous a comblés.


La Fleur du Dimanche



jeudi 21 septembre 2023

Musica à Saint Paul: une première soirée qui nous vient des Etats-Unis

Le Festival Musica nous propose une soirée double à l'église Saint Paul à Strasbourg avec un programme musical qui interroge les racines des raisons de la révolte. 


Musica - Eglise Saint Paul - Photo: lfdd


Oration of loss

Pour le premier concert, le programme est centré sur l'expression des noirs "afro-diasporique" avec deux compositrices Hannah Kendall et Corie Rose Soumah, ainsi que le tromboniste George Lewis qui nous offre sa composition Lone Coast Anacrucis (2023).


Musica - This is but an oration of loss - Hannah Kendall - Ekmeles - Photo: lfdd


Pour This is but an oration of loss (2023) Hannah Kendall reprend le poème Zong! de M. NourbeSe Philip. Celui-ci, long poème de pleurs et de cris en mémoire à la noyade de 130 esclaves jetés d'un bateau, le Zong, démarre par un choeur discret joué par trois harmonicas qui vont accompagner les notes tenues, vibrations, et les textes dits et magnifiquement chantées par les chanteurs de l'ensemble Ekmeles de New-York. De discrètes notes de boite à musique ponctuent ce puissant poème. Une interprétation très émouvante et poignante.


Musica - Lone Coast Anacrucis - George Lewis - Ekmeles - Photo: lfdd


Pour Lone Coast Anacrucis de George Lewis, l'accordéoniste Iwo Jedynecki accompagne discrètement les chanteurs du groupe qui font de longs glissandos qui éclatent quelquefois plus furieusement. Il nous gratifie d'un très beau final en solo.


Musica - like a frog on the road to it - Corie Rose Soumah - Ekmeles - Photo: lfdd

Musica - like a frog on the road to it - Corie Rose Soumah - Ekmeles - Photo: lfdd


La pièce de Corie Rose Soumah like a frog on the road to it (2023), elle, interroge la dualité, la bi-nationalité et l’identité bi-raciale dans une pièce qui fait intervenir l'électronique et des percussion, avec des variations d'interprétation vocale, passant de la voix chantée à des bruits de bouche et chuchotements, soupirs et respirs sur fond de bruits marins, d'eau ou des cris de corbeaux et des fonds sonores électronique qui s'intègrent merveilleusement. L'interprétation des ces pièces par l'ensemble Ekmeles est superbe et le Prix de la Fondation Ernst von Siemens est tout à fait mérité.


 My Body & A Lesser Privacy


En deuxième partie de soirée, c'est Marina Rosenfeld avec l'Ensemble Contrechamps qui nous proposent My Body & A Lesser Privacy une "déambulation" musicale qui concrètement ne sera qu'une déambulations mentale, mais quelle déambulation.


Musica - My Body & A Lesser Privacy - Marina Rosenfeld - Ensemble Contrechamps - Photo: lfdd

Dans une disposition circulaire pour l'ensemble des musiciens et leurs instruments - flûte, saxophone,  violon, contrebasse, piano (qu'ils se partagent un moment à deux - tout en bougeant de côté régulièrement) et percussions, ainsi que des platines et des haut-parleurs, ils sont au centre du choeur avec les spectateurs éclatés dans l'église. 


Musica - My Body & A Lesser Privacy - Marina Rosenfeld - Ensemble Contrechamps - Photo: lfdd

Marina Rosenfeld à la manette de ses deux platines ponctue le silence de dubbing avec ses "galettes" sur lesquelles elle a enregistre ses sons, des "énonciations" qu'elle a préparées et auxquelles son petit big band répond ponctuellement avec discrétion, qui de faire crisser son violon, glisser quelques notes de piano ou de piano percussif, des notes de flûte ou de saxophone, des variations de vibraphone. 


Musica - My Body & A Lesser Privacy - Marina Rosenfeld - Ensemble Contrechamps - Photo: lfdd


Même si les spectateurs ne bougent pas trop, sur la scène, dans cette ambiance intime et prenante des sons qui construisent un univers discret et immersif, Marina Rosenfeld et ses musicien(ne)s habitent cet espace de gestes discrets tournés de mains et de poignets souples nous envoûtent tout en nous ramenant à terre lorsque tout ce petit monde, par de discrets frottements de petits cailloux nous ramènent à terre après ce très beau voyage.


Musica - My Body & A Lesser Privacy - Marina Rosenfeld - Ensemble Contrechamps - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche


Oration of loss

Ekmeles

soprano | Charlotte Mundy
mezzo-soprano | Elisa Sutherland
contre-ténor | Timothy Parsons
ténor | Tomás Cruz
baryton et direction artistique | Jeffrey Gavett
basse | Steven Hrycelak

accordéon | Iwo Jedynecki

 

My Body & A Lesser Privacy

composition et performance platines
Marina Rosenfeld
Ensemble Contrechamps
flûte | Maruta Staravoitava
saxophone et piano | Pierre-Stéphane Meugé
violon | Maximilian Haft
contrebasse | Noëlle Reymond
piano | Tamriko Kordzaia
percussion | Sébastien Cordier
et Thierry Debons
réalisation en informatique musicale
Maxime Le Saux
régie | Florian Gue


mercredi 20 septembre 2023

Hide to Show à Musica: Il n'y a rien à cacher, la musique est dans les boites colorées

 Le Festival Musica s'offre un intermède coloré et plaisant avec le spectacle Hide to Show de Michael Beil, création française avec l'Ensemble Nadar à la Cité de la Musique et de la Danse à Strasbourg. Inspiré par la création au Japon de la chanteuse Miku Hatsune et la série de Vocaloid  qui a suivi (ces chanteuses et chanteur en image et voix de synthèse), Michael Beil prend à contrepied cette mode et cet engouement pour créer ce spectacle où il joue avec notre perception. Plutôt que des images de synthèse, même s'il se fait le plaisir d'en glisser une dans le décor, il nous propose de vrai(e)s musiciens - chanteurs qui vont jouer à cache-cache avec leur double voire triple ou quadruple. 


Hide to Show - Michael Beil - Nadar Ensemble 


Dans six petites cabines sagement alignées sur la scène et fermées par des stores, nos huit musiciens vont apparaître et disparaître comme dans des fenêtres de robot-loterie de bandits-manchots sur une partition impeccablement synchronisée entre l'image et le son, les gestes et déplacements des musiciens et les projections des images vidéo sur cette surface changeante, entre dévoilement et disparition ou glissements vers le haut ou la bas de l'image. 


Hide to Show - Michael Beil - Nadar Ensemble - Photo:Wim Heirbaut


Une vraie symphonie d'images et de couleurs multiples, à la fois par les costumes colorés des musicien(ne)s dont ils changent à une vitesse folle, à vue ou par surprise. Mais aussi par les éclairages et les images vidéo projetées qui prennent aussi des couleurs franches et gaies, contrastées qui glissent d'une cabine à l'autre et participent de cet éblouissement coloré. La partition musicale, totalement synchrone avec ce que l'on pourrait appeler une chorégraphie de gestes et de mouvements, complétée par ce jeu des lumières kaléidoscopiques et virtuoses, se met en place doucement en valse hésitation pour, une fois lancée, traverser des airs dansants et chantants, réminiscences des tubes populaires des années (bien) passées ou de ritournelles populaires et enjouées, sujet de variations chorégraphiques. 


Hide to Show - Michael Beil - Nadar Ensemble 


Une reconstitution à la Kraftwerk version duo des années 70. en chemise à carreaux sur une coin de table est également au menu version humour froid et des escapades vers le côté de la scène avec des pièces pianistiques sympathiques ou même en big band - qui avec le virtuel compte 14 musiciens - donnent du tonus à l'ensemble. 

En somme, un spectacle bien enlevé où l'on ne sait pas toujours où l'on doit donner de la tête - et des yeux, la musique allègre soutenant tout cela avec rythme.


La Fleur du Dimanche



Hide to Show

Musique, mise en scène, création vidéo | Michael Beil 

vidéo live, scénographie | WARPED TYPE (Andreas Huck, Roland Nebe) 

conseillère chorégraphique | Barbara Galli-Jescheck 

livret | Charlotte Triebus 

Ensemble Nadar
flûte | Katrien Gaelens
clarinette | Dries Tack
trombone et euphonium | Thomas Moore
saxophone | Bertel Schollaert
violon | Winnie Huang
violoncelle et direction artistique | Pieter Matthynssens
piano | Elisa Medinilla
percussion | Yves Goemaere
IG son et coordination technique | Wannes Gonnissen
IG lumières | Steven Reymer
administrateur | Robin Goossens
production | Veerle Vervoort

mardi 19 septembre 2023

Avec Musica, le piano préparé s'invite sur scène à Pôle Sud: Cage et Kaklea, Venables et Kanga

 La création de Lenio Kaklea "avec" (et non "sur") les Sonates et Interludes de John Cage, suite à une commande de la Fondation Pinault (Bourse du Commerce - Pinault Collection) trouve pleinement sa place à Pôle Sud CDCN où la chorégraphe avait été invitée en janvier de cette année à l'occasion de la manifestation "L'année commence avec elles". Elle y présentait son parcours et ses recherche avec "Ballad" un récit autobiographique et sociologique engagé à la rencontre de femmes. 


Lenio Kaklea - Orlando Bass - Sonates et interludes - John Cage - Photo: Marc Domage


Et dans ce spectacle qui s'inscrit dans le Festival Musica (une présentation conjointe des deux structures),  c'est encore la parole féminine qui trouve sa place sur la scène. Elle prévient en introduction que "c'est la musique de John Cage qui est à mon service" et que John Cage est redevable à quelques femmes pour la composition de cette pièce, autant en terme d'influence musicale - la musicienne indienne Gita Sarabhai qui lui a fait découvrir cette musique qui l'a beaucoup influencé - que la chorégraphe africaine-américaine Syvilla Fort pour le piano préparé ou encore les danseuses et chorégraphes Syvilla Fort, Pearl Primus, Valerie Bettis ou Hanya Holm. 


Lenio Kaklea - Orlando Bass - Sonates et interludes - John Cage - Photo: Marc Domage


Ce n'est donc pas surprenant que le pianiste Orlando Bass qui interprète les seize sonates et quatre interludes se retrouve au fond de la scène, tournant le dos au public et laissant la scène à l'interprète dont le corps est lui aussi "préparé", habillé d'un pantalon et d'un blouson noir dans lequel ont été intégrées des pièces de rembourrement et des plaques de protection. Lenio Kaklea va passer de mouvements plus ou moins mécaniques, alternant avec un genre pantomime imitant des animaux (singe, cheval,..) à des positions et des enchaînement de danse, plus ou moins violents, ou des poses de statues antiques, une sorte de dictionnaire de gestes et d'attitudes, lorgnant quelquefois du côté de la peinture classique avec des figures au sol  à la manière d'Olympia ou de sculptures féminines lascives ou renversées. Elle se sert également de la vidéo pour explorer - et nous montrer - à la fois son corps et le rapport à l'espace, nous offrant en très gros plan son visage en sueur, dont elle triture la bouche, le nez, les yeux, yeux qu'elle fait rouler en magnifiques boules angoissantes en très gros plan - ces mêmes yeux noirs tellement expressifs quand elle toise le public pour le remettre à sa place. 


Lenio Kaklea - Orlando Bass - Sonates et interludes - John Cage - Photo: Marc Domage


Elle arrive aussi à faire un quadruple portrait très esthétique par un trucage ingénieux, tout comme elle fait un travelling avant sur elle assise à côté du pianiste à l'aide d'une "télécommande manuelle" très efficace. Elle va d'ailleurs employer employer le dernière technologie de l'image, à savoir un drone qui va s'écraser sur l'écran tout comme elle, un moment, se projette sur un mur au cours de la pièce. Cette pièce tout au long de laquelle elle va se défaire par étape de ses vêtements, ôtant d'abord sa veste noire - dont elle va s'harnacher à l'envers avant de la traîner par terre comme un animal mort, puis la faire tournoyer comme dans une séance de strip-tease. Séance qui va se muer en séances de poses successives très suggestives, offrant le corps de la femme, objet du désir dans ses occurrences les plus banales, interrogeant les archétypes de la sexualité des réseaux. 


Lenio Kaklea - Orlando Bass - Sonates et interludes - John Cage - Photo: Marc Domage

Puis elle se retrouve en collant transparent, à la fois corps désiré, offert - tout en se protégeant toutefois et en se mesurant aux spectateurs. Elle passe aussi de la femme en bottine (les bottines étant ses genouillères qui glissent sur les mollets) à la danseuse classique dans son rôle d'objet sexuel pour arriver à une réincarnation de "L'Origine du Monde" sous le piano. L'occasion pour renouer - ou nouer - avec le pianiste qu'elle emmène bras contre bras dans une exploration de la scène et une "leçon de danse" dans laquelle le pianiste essaie d'être aussi à l'aise que face à son piano. Il est vrai que son interprétation, dans les styles très variés - des influences indiennes à des rythmes de percussions humoristiques ou des variations plus classiques dans de multiples styles est un réel plaisir que l'on oublie quelquefois un peu à trop regarder la danseuse qui se "sert" de cette partition. Mais la modernité du message chorégraphique en renouvelle l'actualité.


Answer Machine Tape, 1987: hi are you there ?


Avec Answer Machine Tape, 1987 de Philip Venables, nous sommes dans un autre univers, même si le piano, lui est aussi "préparé" d'une certaine manière. Nous sommes effectivement en face d'un piano transformé d'une certaine manière en machine à écrire. Mais c'est une machine à écrire magique qui transforme les notes en lettre et en chiffres. Et la dactylo est un superbe pianiste, Zubin Kanga qui nous transporte dans des ambiances variables au gré des messages entendus sur un répondeur. Parce que le challenge de Philip Venables, dont nous avons déjà pu apprécier la diversité de ses talents (souvenez-vous de 4.48 Psychosis, cet opéra chanté de la pièce éponyme de Sarah Kane, magnifique ! ou de Talking Music, la pièce crée avec lovemusic et le Festival d'Automne en 2021), est de rendre intéressant et surtout sensible, cette série de près de 300 messages retrouvés sur une bande magnétique de répondeur téléphonique ayant appartenu au l'artiste David Wojnariwicz et qui couvre une période de temps entourant le décès de son ami, le photographe Peter Hujar qui est mort du Sida en 1987. 


Philip Venables - Zubin Kanga - Answer Machine Tape, 1987


A partir de cette mosaïque de mots laissés ainsi en attente de réponse, nous allons pouvoir à la fois essayer de construire des personnages, une ambiance, un récit, une histoire, une époque et un événement en creux auquel nous n'assistons pas. Parce que quoi de plus "absent" qu'un répondeur. Personne ne répond et celui qui laisse le message est presque aussi absent que le destinataire. A de rares exceptions près, les paroles posées ici sont des appels à courser l'absence. Surtout à cette époque, les portables n'existant pas, les rendez-vous sont pris de manière totalement aléatoire et la chance (et les créneaux de tir - c'est à dire de réponse) sont totalement aléatoires selon les rendez-vous entre le domicile ou le bureau (il y a même une demande de rappel d'un numéro inconnu). 


Philip Venables - Zubin Kanga - Answer Machine Tape, 1987


Tous ces messages décrivent ou sous-entendent ainsi des "états d'esprits", des "moods" (ambiances), des caractères, des personnages et des relations, que ce soit de travail , de dépendance, d'amitié, et les sentiments: peur, tristesse, abandon, inquiétude, besoin, tendresse,... qui peu à peu nous brossent un tableau sonore de relations qui aujourd'hui se visualiseraient par des graphiques colorés sans âme. Car ce moment de nostalgie (c'est passé, ce ne sera plus jamais comme cela) que nous décelons dans cette période cruciale et angoissante (le Sida encore à ses débuts) nous fait entrevoir la fragilité de l'homme. La musique de Philip Venables, merveilleusement interprétée par Zubin Kanga nous accompagne d'une manière totalement juste dans ces changements d'atmosphère et de rythme en nous plongeant dans le fil de l'histoire. 


Philip Venables - Zubin Kanga - Answer Machine Tape, 1987


Et l'on en vient à se demander par quelle magie, une suite de lettre ou de chiffres (les numéros de téléphone) peuvent conduire à des passage si mélodiques. Et comment, quelques mots dits par Jane, Gary, Neil, Susan, Nan, Stephen, Albert, John Tucker et bien d'autres, des phrases , des hésitations, des hum et des hi, des numéros de téléphone, repris en notes et qui s'inscrivent en résumé sur un écran, ponctué de signal de départ et de fin peuvent matérialiser des vies humaines (et la mort présente aussi). Un parcours émouvant.


La Fleur du Dimanche

dimanche 17 septembre 2023

Don Giovanni aux Enfers à Musica: Bienvenue dans la 5ème dimension de l'Enfer

 Les propositions du Festival Musica sont souvent étonnantes et décoiffantes - je vous ai parlé de la soirée à la Laiterie avec une soirée mélangeant tous les genres, de la tendance hip-hop mâtinée de trip-hop au baroque en passant par la musique répétitive et la new vawe. De même la soirée "cauchemar" avec lovemusic. L'autre moment attendu par le public et qui a ramené les projecteurs sur elle, c'est la relecture de Don Giovanni par l'enfant rebelle et prodige de la musique contemporaine, le compositeur danois Simon Steen-Andersen à l'Opéra du Rhin à Strasbourg.

Nous l'avions déjà vu à Strasbourg où, en 2019 il nous avait proposé l'air de la Reine de la nuit en version "autotuné" dans le Grand Bain avec Ictus. En 2020, Musica lui a consacré un large portrait avec, en particuliers deux pièces magistrales qui montrent bien sa problématique et son style, d'une part run-time error @Opel, une longue ballade genre "Der Lauf der Dinge", travelling suivant une balle dans l'usine Opel abandonnée, et son Piano concerto iconoclaste - le piano s'écrase pendant le concert !

Son idée de s'intéresser au monument Don Giovanni de Mozart en le "continuant" dans une intrication totale avec le bâtiment dans lequel se déroule la représentation - ici en l'occurrence l'Opéra National du Rhin (qui est coproducteur du spectacle avec l'Opéra National du Danemark et Musica, ainsi que La Muse en Circuit, Centre National de la Création Musicale) ne pouvait qu'attiser la curiosité des mélomanes.


Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck


Mais si on connait le bonhomme, on sait aussi que l'on va faire face à quelques surprises. Donc, qu'on ne s'attende pas à un recueil d'airs célèbres mis bout à bout dans une élégante suite chantée. Monsieur Simon Steen-Andersen est spécialiste dans l'art du "collage" au point que même son Polystphélès - les multiples versions de Méfistophéles dans les opéras du répertoire - est lui-même un collage du bout de mot "poli" (de politique) de La Damnation de Faust de Berlioz et du "stofele" de Mefistofele du Faust de Boito, avec bien sûr l'accompagnement orchestral correspondant. La partition est donc l'adaptation à partir des toutes les notes accompagnant les choix divers de textes dans plus de vingt-quatre oeuvres qui ont à voir avec l'enfer, Faust, le diable, Mephisto et autre personnages du monde souterrain. Et tout cela à la fois dans une belle cohérence pour tous ces style assemblés tout en sautant allègrement - même en cours de mot ou de phrase - d'un air à un autre. Mais cela c'est une marque de fabrique du compositeur et il y excelle.


Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck


Vous le savez peut-être déjà, la pièce commence par la scène du dîner chez Don Giovanni, celle où apparaît le commandeur et où Don Giovanni disparait en enfer. Dans la pièce de Simon Steen-Andersen, l'escamotage est ingénieux et heureux, et nous retrouvons donc le chanteur (et son personnage) en double parcours à la fois dans un songe comateux (pour le chanteur qui s'interroge sur son état, sa situation, son passé d'interprète et les rôles qu'il a joué) et dans un parcours en Enfer dans l'histoire de la musique que l'on va parcourir en exploration thématique et historique.


Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck


Cette "descente aux enfers" se doublant d'une chute dans les tréfonds de l'opéra, le virtuose compositeur qui est aussi un vidéaste inventif, va non seulement nous promener dans les recoins cachés du bâtiment dont on reconnaît quelques détails, mais aussi nous faire perdre les repères entre la scène et les images du décor que sont le film. Ainsi, nous allons retrouver les interprètes qui quittent la scène pour plonger dans l'écran - et l'inverse, ou nous nous promenons - ou volons littéralement dans les escaliers virevoltants qui nous donnent le vertige (mais certains aussi secrets). Une des plus impressionnante scène pour le spectateur est celle où il a l'impression de devenir acteur du film - de la représentation - quand la caméra tourne de 180° pour faire de lui le spectateurs qu'il voyait assistant à un concert avec le chanteur de dos au fond de la scène. 


Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck


Le compositeur-réalisateur aime bien nous faire perdre les repères. Ainsi les images où l'on se retrouve dans les ors et les dorures de la salle de concert, mais à l'envers alors que sur scène le chanteur vole. Ou encore vers le début où pendant que le char de Charon avance poussé sur la scène, le décor recule. L'inversion est un procédé également utilisé pour les rôles (Don Giovanni interprète les paroles de Zerline ou pour le jeu des instrumentistes (les musiciens de l'ensemble Ictus jouent dans leur dos la vielle de gambe et les percussions). 


Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck


Au niveau musical comme on pourrait s'en douter, on passe allègrement et sans prévenir d'un air baroque à un air classique, de Mozart à Wagner et Verdi ou à Berlioz, Bizet, Lully ou Offenbach et bien sûr il y a une guitare électrique avec Tom Pauwels. On y trouve aussi du folk et du blues, de la musique punk et de rave party tout comme des airs "autotunés" et le jingle de jeux télévisés s'inspirant de l'Orphéo de Monteverdi. Au niveau narration l'on parcourt ainsi les histoires de Don Juan et celles de Faust, toutes les scènes possibles en relation avec de l'enfer (Charon, Cerbère, Macbeth, les Parques, Faust et Marguerite, Iago et Turandot, Paolo et Francesca et bien sûr Orphée) pour finir là où cela a commencé, par une vision baroque de la Renaissance, chantant les amours antiques et bucoliques (mais toujours distanciés).


Don Giovanni aux Enfers - Simon Steen-Andersen - Photo: Clara Beck

Toutes ces histoires sont assemblées, presque bricolées, mais d'un bricolage qui montre son savoir-faire pour mieux déconstruire le récit d'une réelle virtuosité et d'une grande prouesse d'écriture nous emmènent dans un tourbillon d'enfer. Et pour les interprètes, c'est une réelle prouesse d'interprétation, que ce soit l'orchestre Philharmonique de Strasbourg et le chef Bassem Akiki pour qui il ne s'agit surtout pas de se laisser aller à jouer les airs connus, vu que cela change tout le temps, ou pour les autres musiciens dont l'ensemble Ictus et les six solistes ainsi que les basses du Choeur de l'Opéra National du Rhin qui contribuent aussi au jeu dans les scènes multiples et variées. L'écriture à niveaux multiples, autant pour le texte que la musique, pour la scène que pour tous les passages vidéo omniprésents, transforment ce spectacle en un spectacle "augmenté", une sorte d'énorme "sampling", comme on le connait déjà en musique. Il se déploie ici dans toutes ses dimensions, mêlant le spectacle vivant, la musique et l'opéra avec la vidéo avec toutes ses virtualités et interactions possibles, tant ses côtés magiques, que la déconstruction de la fabrication des images. Et les sautes temporelles mais également le passage brusque d'un espace à un autre, d'un personnage à l'autre nous font l'effet de nous retrouver dans des univers parallèles. Le spectacle nous ouvre les portes d'une autre dimension où nous nous perdons pour mieux nous retrouver.


La Fleur du Dimanche

samedi 16 septembre 2023

De l'autre côté de Musica: Cela commence comme un cauchemar avec Nightmare

 Pour son quarantième anniversaire le Festival Musica vous annonce la couleur dans son programme en vous demandant : 

"Vous êtes-vous déjà rendu de l'autre côté? La musique - c'est son pouvoir - peut vous le permettre."

L'année dernière, telle Alice, nous allions derrière le miroir avec Kaija Saariaho. Cette année, le programme nous promet l'Enfer avec Don Giovanni et, à la Laiterie des nuits d'enfer droit venues de la Cité des Anges, au CEAAC une exposition intitulé Colère Divine, une voyante au Wacken pour Dompter les rivières souterraines, au Palais des Fêtes, une Nuit Jean Catoire, un compositeur qui, face à une présence (de l'anté-sonore), se met à composer (il en dit "Cette présence demeurait immuable et non sonore et le son non sonore était son entière manifestation. En son immutabilité originelle demeurait le mobile de ses ultérieures manifestations, celles-ci encore non sonores en l’absolu”.

De quoi nous sortir de nos sentiers balisés et nous faire baliser...


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Même avec lovemusic - dont eux-même disent de leur musique: "Les concerts de lovemusic sont colorés, amusants et innovants, ..." et donc sympathiques - nous avons droit à un concert "Nigtmare" - cauchemar - en entrée en matière. C'est dans l'église du Temple Neuf, mais qu'on ne s'y méprenne, il n'y a rien de religieux, ni même d'exorcisme dans cette performance qui débute avec un violon accroché dans le buffet d'orgue en haut de la nef pour la création française de Ted Hearne Nobody’s (2010).  Le violon hoquette et l'interprète semble taper du pied pour exprimer sa colère.


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd

Sans transition, Rage against reply guy (2021) autre création française de Bára Gísladóttir fait exploser des sons dans les baffles de chaque côté de l'autel et des sons électroniques plus calmes infusent tandis que les interprètes en combinaison - bleu de travail violet - la couleur annoncée de Musica - s'installent en cercle (du diable ?) sur le côté de l'autel Christian Lozano Sedano à la guitare, Adam Starkie à la clarinette basse, Lola Malique au violoncelle, Emily Yabe au violon, Emiliano Gavito à la flûte alto et Finbar Hosie à l'électronique. Les différents sont s'additionnent jusqu'à un accumulation gigantesque qui s'épuise doucement.


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Avec Second nightmare for KIKU de Natacha Diels, nous assistons à une performance où la violoniste Emily Yabe dans une succession de gestes saccadés frotte ses cordes alors que derrière elle, coiffés de perruques noires, Adam Starkie et Christian Lozanno en duo symétrique frottent une éponge ou frappent sur de petites clochettes en vrais robots kraftwerkiens ponctués d'onomatopées virulentes.

La création française de Christopher Cerrone The Night Mare (2011) (la jument de la nuit débutent par des sons glissants qui se rejoignent et l'électronique qui fait des nappes. Avec  Nina Maghsoodloo au piano au violon, et Léa Legros Pontal au violon l'effectif de l'ensemble est complet. La musique incite plutôt à la rêverie jusqu'au choc final.

Suit en création, une commande de lovemusic m0nster (2022) d'Andreas Eduardo Frank où alternent un jeu instrumental, des interjections et des sons chantés. 


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd

Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Et pour finir, une autre création, commande du Festival Klangwerkstatt et du collectif lovemusic, la pièce de Helmut Oehring [iɱˈfɛrno ](from MAPPA) Contrapasso I–V (to: Wladimir Putin : Sergej Lawrow) (2022) qui fait alterner régulièrement des passages où des cris d'abord silencieux puis puissants de Lola Malique au violoncelle qu'elle frotte en sons crissants et stridents, face à l'impassibilité de marbre d'Adam Starkie et d'Emiliano Gavito alternent avec des gestes muets expressifs et coordonnés de trois interprètes utilisant la langue "maternelle" du compositeur, le langage des signes allemand. Par cinq fois, alternant sons et silence, pause et  stridence, pleine de douleur, complété par des boucles sonores, la pièce s'achève dans une énorme explosion de sons et de cris.


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Rendez-vous en Enfer... sur terre.


La Fleur du Dimanche  

vendredi 15 septembre 2023

L'Ensemble Céladon au Festival Voix et Route Romane: La fin'amor est bien verte avec Paulin Bündgen

 Le Festival Voix et Route Romane continue son chemin et s'installe pour une étape strasbourgeoise (avant Guebwiller) à l'église Saint Etienne, la seule église romane à Strasbourg, dont il ne reste d'ailleurs que le choeur, la nef ayant subi les bombardements lors de la dernière guerre. Mais l'acoustique est très favorable à ce genre de concerts.


Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Faisant suite à un répertoire (rare) de chansons de la communauté juive en hébreux et en langue d'oïl (voir mon billet "Il était une Voix - Alla Francesca"), nous avons, avec l'Ensemble Céladon, fondé et dirigé par Paulin Bündgen, une traversée originale dans le répertoire des troubadours du sud de la France au XIIème siècle. C'est un répertoire déjà ancien que le groupe a réactivé et dont le nouveau CD vient de sortir l'année dernière.


Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Les neuf poèmes mis en musique et orchestrés par le groupe avec l'aide de Christelle Chaillou, musicologue et Federico Saviotti, philologue, sont une longue traversée de la nuit et de l'amour qui s'y rapporte, dans une structure ternaire. D'abord "Avant la nuit" avec des poèmes qui se situent en amont, en attendant le printemps de l'amour: "Le vers comens cont vei del fau (du hêtre)...

"Je vois sans feuille la cime et les branches, 
que ni de l'oiseau ni de la grenouille 
on n'entens
ni chant, ni croassement,
et qu'ils n'en feront pas jusqu'à la douce saison
où il bourgeonnera de nouveau"


Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


De même Lo clar temps vei brunezir (s'obscucir)
et les oiseaux troublés,
car le froid les tient dans sa prise, muets
e sans espoir de joie.."

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Les interprétations sont plaisantes et variées, par exemple pour commencer, Paulin Bündgen démarre le récital a cappella, rejoint successivement par le luth, la vièle à archet, les percussions et la flûte de Gwenaël Bihan qui nous offre un beau duo avec le contre-ténor à la voix magnifique et la diction charmeuse et claire. 
Pour la deuxième pièce, ce sera Nolwenn Le Guern qui introduit à la vièle à archet avant la soprano Clara Coutouly qui nous offre un très sensible trio vièle à archet et Florent Marie au luth médiéval.

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


"Pendant" la nuit nous offre de belles pages narrant la fin'amor, souvent distant et dans l'attente - par exemple avec la rare page de poésie féminine de Beatriz de Dia (1140 - 1175 qui avec A chantar m'er de so q'ieu non volria
J'envoie vers vous cette chanson 
afin qu'elle soit mon messager 

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Ou la complainte de la femme abandonnée qui se trouve un amant et s'offre un guetteur, pour laquelle le luth de Florent Marie nous offre une mélancolique et poignante introduction et qui nous vaut une très beau duo plein de vie entre Clara Coutouly et Paulin Bündgen S'anc fui bela ni prezada
Si jamais je fus belle et estimée,
à présent je suis de haut en bas tombée

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


L'aube - et Après la nuit - arrive avec les cloches du genre bol chantant de Ludwin Bernaténé qui nous offre aussi une belle introduction aux percussions (une derbouka en céramique) qu'il frappe avec un très beau doigté. Les chansons - et la musique - sont très dansants et entraînants, nous donnant l'impression de virevolter dans une belle ronde amoureuse. 

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd



S'ensuit un duo vocal joyeux et expressif et l'on se rend compte que de volte en circonvolutions cette musique à la fois répétitive et hypnotique nous berce pour nous emmener dans une très belle ambiance sereine et reposante, sans énormément de puissance (c'est vrai que l'électricité - ni les amplificateurs - n'était pas encore inventés). Et cette ba(l)lade sur le chemin des amours rêvés ou consommés est un très agréable voyage.
 
Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Au point que la reprise en bis par le sympathique ensemble Céladon qui nous chante Cel que no vol auzir chanssos :
"Que celui qui ne veut pas écouter  des chansons
se garde bien de nous joindre
car je chante pour réjouir mon coeur
et pour le divertissement de mes compagnons
et plus encore qu'il puisse arriver 
que dans ma chanson je fasse plaisir à ma dame"
ne peut trouver l'acquiescement du public, ravi et complice.

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Car il semble ne pas vouloir partir et apprécier le plaisir partagé de cette belle soirée de fin'amor


La Fleur du Dimanche