jeudi 15 octobre 2026

When I saw the Sea d'Ali Chahrour à Pôle Sud: Regarder le soleil en face ou regarder au loin

 Est-ce un hasard si les deux chorégraphes de cette soirée deux en un de Pôle Sud, Kiyan Khoshoie et Ali Chahrour s'intéressent au corps de danseurs non professionnels, possible. Ce qui est sûr, c'est qu'ils viennent du Moyen-Orient, de pays sujets à la violence, violence du pouvoir, ou violence d'agresseur externes. L'Iran pour Kiyan Khoshoie (même s'il est maintenant installé en Suisse) et le Liban pour Ali Chahrour.


When I saw the Sea - Ali Chahrour - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Kiyan Khoshoie lui, avec son projet en chantier Body Electric, s'intéresse au corps "commun", de "everibody" qui danse, chez lui, dans un club, en boite, dehors... C'est le sujet de son prochain spectacle pour lequel il travaille volontairement avec des non-danseurs, des commédiens-comédiennes et un performeuse. Et va essayer de comprendre à la fois ce qui "fait danser", ce qui donne envie de bouger, et va interroger le "mantra pop". En référence à son pays d'origine où la danse est interdite dans les lieux publics, il va chercher à montrer comment on danse quand même, même si on n'a ni le droit, ni le temps. Cette urgence et cette volonté qui pousse au "mouv". Et pour illustrer cette réflexion, il nous fait une magnifique démonstration de ce que lui, danseur virtuose, imagine comme courte chorégraphie sur les réminiscences de morceaux pop des années passées. On comparera avec son futur spectacle qu'il va créer en janvier 2027 en Suisse.


When I saw the Sea - Ali Chahrour - Photo: Christophe Raynaud de Lage



Chez Ali Chahrour, avec son spectacle When I Saw The Sea, nous plongeons dans un autre environnement, c'est la guerre: Nous sommes littéralement sous les feux de projecteurs qui nous aveuglent, le bruit des bombes nous accompagnent et nous entendons des messages désespérés au téléphone, des messages d'amour aussi, jetés comme des signaux de détresse. Et dans un coin de la scène, Zena va nous conter son incroyable situation, sa condition d'esclave moderne (avec le système Kalafa), à la fois abandonnée, brimé et privée de tout. Et sa quête, quasi impossible de retrouver sa mère. En contrepoint, un duo de musicien, Abed Kobeissy à la guitare et autres instruments, et Lynn Adid, de sa voix exceptionnelle, nous créent et interprètent de magnifiques compositions qui parlent de fleurs, de nature, d'un bonheur et de rêves difficilement accessibles. Nous allons découvrir, avec les trois femmes, Zena, Tenei et Rania, cette situation, ce statut qui nie la liberté, qui enchaîne et enferme les femmes au Liban, et dans d'autres pays alentours. Qui sépare les mères de leurs enfants, qui nie leur existence, qui les nourrit mal, qui les soumet. 


When I saw the Sea - Ali Chahrour - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Elles vont mettre en scène leur corps, leur velléité d'habiter le monde. Elles vont exister par le simple fait d'être là, de bouger sur scène, de raconter leur périple d'étrangères, leur besoin d'humanité, leur désir de famille, leur quête d'amour, leur soif  de bouger, d'être vues comme des êtres humains. Elles vont également chanter, Rania, l'orpheline éthiopienne un peu plus, et aussi danser et chanter des airs ancestraux. Tout au long de la pièce, au fur et à mesure de leur arrivée, elles vont commencer à bouger, elles vont se réunir, porter ensemble cet espoir de liberté, pas encore acquise qu'elles espèrent atteindre. Nous sentons cette volonté d'un monde meilleur, qui sourd de ces destins bridés. 


When I saw the Sea - Ali Chahrour - Photo: Christophe Raynaud de Lage



Mais le hiatus entre la beauté du spectacle - surtout la beauté des chants - et les conditions de ces femmes là-bas, en parallèle à d'autres situations, bien présentes chez nous aussi, nous font ressentir un décalage. Par exemple entre elles et les deux musiciens sur leur estrade, ou qui nous tournent le dos quand ils en descendent, entre ce qu'on nous montre sur scène et la réalité du quotidien de ces femmes et de leurs semblables, entre leur rêves ("C'est la première foi que je vois la mer, au Liban") et les conditions de terrain, surtout dans ce pays en guerre. Souhaitons leur d'avancer sur le chemin de la liberté, à elles et à tou(te)s les autres.


La Fleur du Dimanche


When I Saw The Sea


A Pôle Sud le 14 et 15 octobre 2026


Mise en scène et chorégraphie : Ali Chahrour  
Interprétation : Zena Moussa, Tenei Ahmad, Rania Jamal  
Musique composée et interprétée par : Lynn Adib, Abed Kobeissy  
Assistant à la mise en scène et à la chorégraphie : Chadi Aoun  
Conception de la lumière et direction technique : Guillaume Tesson  
Assistant au directeur technique : Pol Seif  
Designer sonore : Benoît Rave  
Scénographie : Guillaume Tesson, Ali Chahrour  
Responsable de la communication : Chadi Aoun  
Photographie : Léa Skayem  
Conception graphique : Christina Atik  
Relecture : Hala Omran  
Traduction : Marianne Noujeim  
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Production : Ali Chahrour  
Directeurs de production : Christel Salem, Chadi Aoun  
Coproduction : Festival d’Avignon / Ibsen Scope / HAU Hebbel am Ufer, Berlin / Arab fund for arts and culture (AFAC) / Al Mawred al Thaqafi / DeSingel Antwerp / Domino Zagreb, Perforations Festival / Holland Festival / Zürcher Theater Spektakel / Al Madina Theater  
Soutiens : Théatre Béryte / Institut Français de Beyrouth / Wicked Solutions / WASL Productions / Beit el Laffé / Raseef, Beirut / Houna center / Orient 499  
Remerciements : Kafa, Megaphone, Daraj Media, Hammana Artist House, Zoukak Theatre, Seenaryo, Mohana Ishak, Hussein Hajj, Abdallah Hatoum, Anthony Sahyoun, Ali Khedr, Eric Deniaud, Chrystèle Khodr, Raymond Zakaria, Hind Hamdan, Viany Ngemakoue, Sophie Ndongo, Jouma Fayé, Mariam Sesay, Sarie Teshome, Aisha Temam, Raheel Teshome, Mihret Birhane, Laurentine Mbekati  

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