Le projet Silence qu'elle présente avec Lucie Antunes au 104 à Paris dans le cadre du Festival d'Automne, après l'avoir créé à Bonlieu puis joué au Festival d'Avignon cette année, est une nouvelle brique dans cette construction. Il est différent du Ballet Le Mur, créé lors du Festival Musica à Strasbourg par les danseurs du Ballet de l'Opéra National du Rhin avec Eve Risser, compositrice, et interprète de la musique également sur scène. Le Mur est une vraie chorégraphie, tandis que pour Silence, il y a une présence beaucoup plus forte de la musique, des musiciens, des paroles des chansons, en quelque sorte du "concert", et l'imbrication qui se noue entre les danseurs et danseuses et la musique.
Du côté de Lucie Antunes, il y a aussi un esprit porté sur les collaborations, que ce soit avec d'autres musiciens, des chorégraphes ou des poètes ou des romanciers. Pour le disque Silence, elle a travaillé avec la poétesse Laura Vasquez, l'artiste allemand Wolfgang Tillmans, la chanteuse Clara Ysé (pour la chanson Coupe-moi) et les deux musiciens Canblaster et Vega Voga qui l'accompagnent sur scène.
Silence est conçu comme un concert chorégraphié, les instruments de musique se retrouvent au milieu de la scène, en rond au milieu d'un grand cercle blanc, un peu à l'image de son disque éponyme qu'elle vient de sortir et qui lui est en vinyle cristal transparent.
Le concert-spectacle commence par un grand rassemblement au centre de ce cercle où les dix interprètes, les trois musiciens et les sept danseurs-euses - performeurs.euses entonnent dans un choral moderne des variations de "silence" pour le briser, en laissant bien sûr un temps pour que l'on en entende l'écho, puis en lançant les modulaires avant que Lucie Antunes se mette à la batterie.
Les danseurs commencent à tourner tout au bord extérieur du cercle en bougeant uniquement
les bras, puis ce mouvement se propage au haut du corps et enfin au corps tout
entier. Chacun et chacune ayant sa gestuelle propre. Cette gestuelle expressive
est assez singulière, et ce n’est bien sûr pas de la danse à la manière
classique. On sent qu’elle vient de l’intérieur. Les morceaux s’enchainent, Lucie
Antunes jouant successivement et alternant la batterie et tous ses accessoires
et le vibraphone. Elle se met aussi au piano vers la fin du concert pour une
magnifique chanson, presque romantique et, bien sûr sa voix, en respirs et en percussions rythme également quelques chansons: une vraie
femme-orchestre. Orchestre, et voix que complètent bien souvent les danseuses et les danseurs, l’un d’eux jouant également
de la basse.
Les danseuses et danseurs naviguent entre la danse, l'interprétation des chants ou des mélodies et jouent également avec les instruments et les percussions. Il n'y a pas de frontière entre la musique et la danse. D'ailleurs c'est une peu le sens de cette pièce, cette traversée des univers, cette perméabilité des corps aux rythmes, à la musique, cette fusion, d'une certaine manière comme une transe due à la musique. Elle emplit l’espace, forme un cocon sonore autour des
spectateurs et les mouvements et déplacements des danseurs, coordonnés et variés
nous emportent dans un ballet hypnotique, quelquefois magique, quelquefois
éclaté, quelquefois plus discret et minimaliste, mais toujours habité et
incarné.
Les variations sont multiples, entre une ligne tournante qui se
dessine autour de l’orchestre ou des corps qui s’entrechoquent, des mains qui
s’envolent ou des corps qui décollent, nous sommes fascinés et surpris par les
variations qui font écho à la composition de la musicienne et qui transforment
ce concert en un ballet magique. Les plages se suivent dans une diversité
heureuse, nous n’avons pas l’impression d’être à un concert mais dans une
expérience totale où la danse et le musique forme un tout qui nous absorbe,
autant que les danseurs et les musiciens dans un voyage sans frontière, où le
silence du titre renvoie à une douce sérénité mentale et qui s’achève dans des
nappes sonores et vocales bienfaitrices. Et nous repartons sur notre petit nuage, transformés.
La Fleur du Dimanche
Au 104 - Paris , du 21 au 23 octobre 2026
Composition, musique
Lucie Antunes
Chorégraphie
Mathilde Monnier
Scénographie
Annie Tolleter
Lumière
Eric Wurtz
Costumes
Laurence Alquier, Harmony Coryn
Musicien·nes
Lucie Antunes, Canblaster, Vega Voga, Makeda Monnet
Interprètes
Hans Peter Diop, Martin Enrique Gil, Thiago Granato, Lucia Garcia Pullès, Sophia Seiss, Carolina Passos Sousa, Judit Waeterschoot
Textes
Laura Vazquez, Louisahhh, Wolfgang Tillmans, Halo Maud
Régie générale, lumière
Emmanuel Fornès
Ingénieurie son
Stéphane Le Brun
Régie son
Antoine Varosa
Production
OTTO Productions / Nicolas Roux





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