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vendredi 23 octobre 2026
Mathilde Monnier et Lucie Antunes au 104 pour Silence: Du beau son pour les oreilles et plein de mouvement pour les yeux
jeudi 1 octobre 2026
Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser: Au gré du Mur, le corps ose et la musique musarde
Cà y est, l'événement du Festival Musica (mais pas que...) est arrivé. La création de Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser est donnée à l'Opéra National du Rhin. Nous connaissons le travail atypique des deux artistes, chacune dans son domaine: Eve Risser avait participé avec Samuel Achache à la pièce Sans Tambour de Samuel Achache en TNS en 2024 et avait présenté dans le cadre du Festival Musica en 2022 le Concerto contre Piano et Orchestre de l'Orchestre La Sourde) et Mathilde Monnier, qui n'arrête jamais d'interroger chaque mouvement et la danse en elle-même - on l'a vue au travail dans le film Vers Mathilde de Claire Denis et ses nombreuses pièces le prouvent (nous avions pu voir à Strasbourg Twin Paradox en 2013 et Black Lights récemment).
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| Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney |
Elle revient donc, très attendue, pour cette création avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin Le Mur ou la Peau, créé à l'initiative d'Eve Risser et invité par Bruno Bouché à travailler avec le Ballet. Ce sont donc douze danseuses et danseurs qui se retrouvent, assis ou à genou, à l'avant-scène, en shorts noirs et maillots "Marcel" multicolores, tandis que trône derrière eux en plein milieu de la scène une grand piano à queue noir où Eve Risser commence doucement à "fabriquer du son", frappant sur le piano lui-même (sonorisé) ou sur les touches, les cordes assourdies ou transformées, les frottant aussi, pour poser un tapis de rythme. Dans une introspection superficielle, de diverses manières, les danseuses et danseurs explorent leur corps, plutôt la surface, la peau, qui des mains, des bras, des jambes, du torse, des épaules, du visage aussi, l'étalent, la massent, la triturent, l'observent, tordent leurs habits aussi, comme s'ils essayaient de passer la frontière de l'extérieur vers l'intérieur.
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| Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney |
Pendant ce temps, Eve Risser glisse de variantions de rythme dans des constructions sonores de plus en plus organisées. Du côté des danseurs, des frappes des mains organisent également un rythme, qui à un moment devient vague roulante de mains qui se tournent comme une marée d'un côté ou de l'autre de la scène.
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| Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney |
Les danseurs se lèvent et se meuvent chacun(e) à leur manière pour esquisser quelques duos improbable dans une gestuelle originale et souvent élastique ou désarticulée, toujours impressionnante et très construite esthétiquement. Une grande danseuse fait un solo en mouvements saccadés qui se transforment en une sorte de smurf urbain et élastique sur une musique dansante. Les danseurs enchainent des variations de magnifiques solos, duos ou trios en s'appropriant le mur (superbe création d'Annie Tolleter) qui barre le milieu de la scène sur toute sa largeur.
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| Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney |
Ses couleurs pastel grise, bleue et rose qui varient entre une toile de Rothko et les minimalistes américains, nous fait basculer d'un espace frontal à une plongée en surplomb selon les délicates variations de lumière d'Eric Wurtz. Pendant ces merveilleuses variations, le piano, poussé par Eve Risser, sur une musique percussive a traversé la scène de gauche à droite et un autre, droit, prend sa place de ce côté-là, doté d'un grosse caisse et dont les notes aigües font des bruits de crécelle.
Dans ce nouvel espace sonore, augmenté par les effets sonores d'Adrian' Bourget, des superbes solos, dont celui des cheveux balancés de Brett Fukuda nous enchantent et des duos masculins qui nous émerveillent. Le mur devient multi-usages, servant autant de support, d'outil de percussion, de soutien ou d'obstacle, sujet de projection du corps ou de protection. A noter l'effet où un danseur habillé en noir se dédouble littéralement. Autre effet de multiplication quand les danseurs, soit se multiplient en duo ou, multiplient en écho presque infini leur gestes qui se répand sur le mur. Ce mur devient aussi instrument de musique, caressé, frappé, heurté, des pieds, des poings, du corps entier qui s'y jette ou s'y écrase. Un moment de surprise quand la musique s'arrête (certains se mettent d'ailleurs à applaudir, pensant que c'est la fin du concert d'Eve Risser), et qu'après un moment de silence, la danse continue, sans tapis sonore, libre, d'autant plus présente et envoûtante, fascinante.
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| Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney |
Mais la musique revient, plus calme; sereine, pour un dernier feu d'artifice de danse virtuose et d'invention gestuelle, dans un ultime éblouissement, dans une suite de gestes ensorcelants, mettant en valeur les caractéristiques physiques et les aptitudes de chacun. Mathilde Monnier ayant d'ailleurs favorisé pour chacun et chacune des interprètes, via des improvisation la proposition de mouvements, bribes de chorégraphies personnelles, sur lesquelles elle s'est appuyées pour la pièce.
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| Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney |
Et les douze danseuses et danseurs, volontaires pour ce projet, s'en sortent admirablement. Au point que, lorsque c'est vraiment la fin, on a envie de dire "Encore !" pour ce spectacle enthousiasmant et entraînant. Une vraie réussite, une belle collaboration inventive entre musique et danse et une interprétation exceptionnelle de ces douze danseuses et danseurs toutes et tous uniques: Brett Fukuda, Julia Juliard, Zazie Schmidlin, Emmy Stoeri, Orania Varvaris, Lara Wolters, Jasper Arran, Marc Comellas, Marin Delavaud et Jérémie Neveu en alternance, Erwan Jeammot, Pierre-Emile Lemieux-Vienne et Miguel Lopez. Une belle et valeureuse équipe pour un spectacle impeccable.
La Fleur du Dimanche
Strasbourg - Opéra du Rhin - du 1er (création) au 4 octobre 2026
avec le soutien de Fidelio présenté avec l'Opéra national du Rhin et Jazzdor
Mulhouse - La Filature - le 5 et 6 novembre 2026
Metz - Cité Musicale Metz - 15 octobre 2026t
Mathilde Monnier
Composition originale et pianos
Ève Risser
Scénographie
Annie Tolleter
Lumières
Eric Wurtz
Son, effets
Adrian' Bourget
jeudi 30 mai 2013
Twin Paradox: Danser à deux le chantier de la danse
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| Mathilde Monnier - Twin Paradox |
Littéralement, les couples d'amants enlacés du début, couverts de fleurs colorées s'épuisent dans cet immense chantier de danse de couples qui s'entrechoquent jusqu'à ne plus tenir debout.
La référence aux marathons de danse des années 20 aux Etats-Unis et au film de Sydney Lumet "On achève bien les chevaux" transpire dans la pièce, sans que sur scène nous assistions vraiment à ce genre de compétition.
Cela se passe plutôt dans la mise en place d’atmosphères, d'ambiances, soutenues par la création musicale de Luc Ferrari, dont la bande son (mixage de prises de sons réels - camions, chant de cigales ou chuchotements dans des langues variées et quelques traits musicaux triturés) instaure un climat qui nous emporte dans cette tension.
La scénographie, elle-même présentant le plateau comme un chantier, avec ses plaques oranges, mais non dépourvu de magie, comme lors d'une boucle de répit où il neige des feuilles dorées à la fois apaisantes, mais où le souffle ne lâche pas.
Le spectacle se goûte dans la durée, qui disloque les couples et les transforme, les amenant d'habits multicolores à un noir et blanc sommaire bien que gardant la mémoire des fleurs.
Vous en avez un extrait ici:
Twin paradox from Karim Zeriahen on Vimeo.
Je reviens juste sur la ligne directrice du festival que j'avais soulignée la semaine dernière pour compléter par une remarque suite au spectacle de David Rolland "L'Etranger au Paradis", joué mardi 28 mai au théâtre de Hautepierre.
Je faisais remarquer que les mots, et les silences qui les rythment semblaient une thématique qui traversait quelques pièces. La pièce de David Rolland, mettant en scène douze danseurs à la limite de la perte d'identité font écho au spectacle de Benoit Lachambre où quelquefois les corps vibrants se transforment en personnages de jeux vidéo, abandonnés à leur sort. Mais ici, c'est plutôt une série, un genre de troupe multicolore de pacmans-pixels colorés (rouges, verts, bleus,...) qui arpente indéfiniment des parcours programmés et néanmoins variés sur un plateau de jeu.
Au point que les interprètes, dont il faut souligner la formidable capacité à se laisser (télé)guider, nous fascinent dans leur déplacement hypnotiques - il faut précsier que les danseurs, tousrecrutés à Strasbourg, ont eu deux joours de répétition - un vrai challenge dont ils s'en sont magnifiquement tirés.
* Une bande dessinée qui raconte la vie de Mathilde Monnier, ou plutôt où Mathilde se raconte, coédité par Denoël Graphic et le Centre National de la Danse vient de paraître. L'auteur - avec Mathilde Monnier - est François Olislaeger, qui voulait danser chez Mathilde, s'est donc retrouvé à dessiner sa vie.












