Affichage des articles dont le libellé est Mathilde Monnier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mathilde Monnier. Afficher tous les articles

vendredi 23 octobre 2026

Mathilde Monnier et Lucie Antunes au 104 pour Silence: Du beau son pour les oreilles et plein de mouvement pour les yeux

Nous connaissons la propension naturelle de la chorégraphe Mathilde Monnier à construire des collaborations. Que ce soit avec des philosophes (Jean-Luc Nancy), des écrivains (Christine Angot), d'autres danseurs ou performeurs (La Ribot) ou, bien sûr et très largement, des musiciens (Philippe Katerine, EricM, et récemment Eve Risser - voir Le Mur).

Le projet Silence qu'elle présente avec Lucie Antunes au 104 à Paris dans le cadre du Festival d'Automne, après l'avoir créé à Bonlieu puis joué au Festival d'Avignon cette année, est une nouvelle brique dans cette construction. Il est différent du Ballet Le Mur, créé lors du Festival Musica à Strasbourg par les danseurs du Ballet de l'Opéra National du Rhin avec Eve Risser, compositrice, et interprète de la musique également sur scène. Le Mur est une vraie chorégraphie, tandis que pour Silence, il y a une présence beaucoup plus forte de la musique, des musiciens, des paroles des chansons, en quelque sorte du "concert", et l'imbrication qui se noue entre les danseurs et danseuses et la musique. 


Mathilde Monnier - Lucie Antunes - Silence - Photo: Marc Coudrais


Du côté de Lucie Antunes, il y a aussi un esprit porté sur les collaborations, que ce soit avec d'autres musiciens, des chorégraphes ou des poètes ou des romanciers. Pour le disque Silence, elle a travaillé avec la poétesse Laura Vasquez, l'artiste allemand Wolfgang Tillmans, la chanteuse Clara Ysé (pour la chanson Coupe-moi) et les deux musiciens Canblaster et Vega Voga qui l'accompagnent sur scène.


Mathilde Monnier - Lucie Antunes - Silence - Photo: Marc Coudrais


Silence est conçu comme un concert chorégraphié, les instruments de musique se retrouvent au milieu de la scène, en rond au milieu d'un grand cercle blanc, un peu à l'image de son disque éponyme qu'elle vient de sortir et qui lui est en vinyle cristal transparent. 

Le concert-spectacle commence par un grand rassemblement au centre de ce cercle où les dix interprètes, les trois musiciens et les sept danseurs-euses - performeurs.euses entonnent dans un choral moderne des variations de "silence" pour le briser, en laissant bien sûr un temps pour que l'on en entende l'écho, puis en lançant les modulaires avant que Lucie Antunes se mette à la batterie. 


Mathilde Monnier - Lucie Antunes - Silence - Photo: Marc Coudrais


Les danseurs commencent à tourner tout au bord extérieur du cercle en bougeant uniquement les bras, puis ce mouvement se propage au haut du corps et enfin au corps tout entier. Chacun et chacune ayant sa gestuelle propre. Cette gestuelle expressive est assez singulière, et ce n’est bien sûr pas de la danse à la manière classique. On sent qu’elle vient de l’intérieur. Les morceaux s’enchainent, Lucie Antunes jouant successivement et alternant la batterie et tous ses accessoires et le vibraphone. Elle se met aussi au piano vers la fin du concert pour une magnifique chanson, presque romantique et, bien sûr sa voix, en respirs et en percussions rythme également quelques chansons: une vraie femme-orchestre. Orchestre, et voix que complètent bien  souvent les danseuses et les danseurs, l’un d’eux jouant également de la basse. 


Mathilde Monnier - Lucie Antunes - Silence - Photo: Marc Coudrais


Les danseuses et danseurs naviguent entre la danse, l'interprétation des chants ou des mélodies et jouent également avec les instruments et les percussions. Il n'y a pas de frontière entre la musique et la danse. D'ailleurs c'est une peu le sens de cette pièce, cette traversée des univers, cette perméabilité des corps aux rythmes, à la musique, cette fusion, d'une certaine manière comme une transe due à la musique. Elle emplit l’espace, forme un cocon sonore autour des spectateurs et les mouvements et déplacements des danseurs, coordonnés et variés nous emportent dans un ballet hypnotique, quelquefois magique, quelquefois éclaté, quelquefois plus discret et minimaliste, mais toujours habité et incarné.


Mathilde Monnier - Lucie Antunes - Silence - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Les variations sont multiples, entre une ligne tournante qui se dessine autour de l’orchestre ou des corps qui s’entrechoquent, des mains qui s’envolent ou des corps qui décollent, nous sommes fascinés et surpris par les variations qui font écho à la composition de la musicienne et qui transforment ce concert en un ballet magique. Les plages se suivent dans une diversité heureuse, nous n’avons pas l’impression d’être à un concert mais dans une expérience totale où la danse et le musique forme un tout qui nous absorbe, autant que les danseurs et les musiciens dans un voyage sans frontière, où le silence du titre renvoie à une douce sérénité mentale et qui s’achève dans des nappes sonores et vocales bienfaitrices. Et nous repartons sur notre petit nuage, transformés.


La Fleur du Dimanche



Au 104 - Paris , du 21 au 23 octobre 2026 

Composition, musique
Lucie Antunes
Chorégraphie
Mathilde Monnier
Scénographie
Annie Tolleter
Lumière
Eric Wurtz
Costumes
Laurence Alquier, Harmony Coryn
Musicien·nes
Lucie Antunes, Canblaster, Vega Voga, Makeda Monnet
Interprètes
Hans Peter Diop, Martin Enrique Gil, Thiago Granato, Lucia Garcia Pullès, Sophia Seiss, Carolina Passos Sousa, Judit Waeterschoot
Textes
Laura Vazquez, Louisahhh, Wolfgang Tillmans, Halo Maud
Régie générale, lumière
Emmanuel Fornès
Ingénieurie son
Stéphane Le Brun
Régie son
Antoine Varosa
Production
OTTO Productions / Nicolas Roux

jeudi 1 octobre 2026

Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser: Au gré du Mur, le corps ose et la musique musarde

 Cà y est, l'événement du Festival Musica (mais pas que...) est arrivé. La création de Le Mur ou la Peau de Mathilde Monnier et Eve Risser est donnée à l'Opéra National du Rhin. Nous connaissons le travail atypique des deux artistes, chacune dans son domaine:  Eve Risser avait participé avec Samuel Achache à la pièce Sans Tambour de Samuel Achache en TNS en 2024 et avait présenté dans le cadre du Festival Musica en 2022 le Concerto contre Piano et Orchestre de l'Orchestre La Sourde) et Mathilde Monnier, qui n'arrête jamais d'interroger chaque mouvement et la danse en elle-même  - on l'a vue au travail dans le film Vers Mathilde de Claire Denis et ses nombreuses pièces le prouvent (nous avions pu voir à Strasbourg Twin Paradox en 2013 et Black Lights récemment).


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Elle revient donc, très attendue, pour cette création avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin Le Mur ou la Peau, créé à l'initiative d'Eve Risser et invité par Bruno Bouché à travailler avec le Ballet. Ce sont donc douze danseuses et danseurs qui se retrouvent, assis ou à genou, à l'avant-scène, en shorts noirs et maillots "Marcel" multicolores, tandis que trône derrière eux en plein milieu de la scène une grand piano à queue noir où Eve Risser commence doucement à "fabriquer du son", frappant sur le piano lui-même (sonorisé) ou sur les touches, les cordes assourdies ou transformées, les frottant aussi, pour poser un tapis de rythme. Dans une introspection superficielle, de diverses manières, les danseuses et danseurs explorent leur corps, plutôt la surface, la peau, qui des mains, des bras, des jambes, du torse, des épaules, du visage aussi, l'étalent, la massent, la triturent, l'observent, tordent leurs habits aussi, comme s'ils essayaient de passer la frontière de l'extérieur vers l'intérieur. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney

Pendant ce temps, Eve Risser glisse de variantions de rythme dans des constructions sonores de plus en plus organisées. Du côté des danseurs, des frappes des mains organisent également un rythme, qui à un moment devient vague roulante de mains qui se tournent comme une marée d'un côté ou de l'autre de la scène.


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Les danseurs se lèvent et se meuvent chacun(e) à leur manière pour esquisser quelques duos improbable dans une gestuelle originale et souvent élastique ou désarticulée, toujours impressionnante et très construite esthétiquement. Une grande danseuse fait un solo en mouvements saccadés qui se transforment en une sorte de smurf urbain et élastique sur une musique dansante. Les danseurs enchainent des variations de magnifiques solos, duos ou trios en s'appropriant le mur (superbe création d'Annie Tolleter) qui barre le milieu de la scène sur toute sa largeur. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Ses couleurs pastel grise, bleue et rose qui varient entre une toile de Rothko et les minimalistes américains, nous fait basculer d'un espace frontal à une plongée en surplomb selon les délicates variations de lumière d'Eric Wurtz. Pendant ces merveilleuses variations, le piano, poussé par Eve Risser, sur une musique percussive a traversé la scène de gauche à droite et un autre, droit, prend sa place de ce côté-là, doté d'un grosse caisse et dont les notes aigües font des bruits de crécelle. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Dans ce nouvel espace sonore, augmenté par les effets sonores d'Adrian' Bourget, des superbes solos, dont celui des cheveux balancés de Brett Fukuda nous enchantent et des duos masculins qui nous émerveillent. Le mur devient multi-usages, servant autant de support, d'outil de percussion, de soutien ou d'obstacle, sujet de projection du corps ou de protection. A noter l'effet où un danseur habillé en noir se dédouble littéralement. Autre effet de multiplication quand les danseurs, soit se multiplient en duo ou, multiplient en écho presque infini leur gestes qui se répand sur le mur. Ce mur devient aussi instrument de musique, caressé, frappé, heurté, des pieds, des poings, du corps entier qui s'y jette ou s'y écrase. Un moment de surprise quand la musique s'arrête (certains se mettent d'ailleurs à applaudir, pensant que c'est la fin du concert d'Eve Risser), et qu'après un moment de silence, la danse continue, sans tapis sonore, libre, d'autant plus présente et envoûtante, fascinante. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Mais la musique revient, plus calme; sereine, pour un dernier feu d'artifice de  danse virtuose et d'invention gestuelle, dans un ultime éblouissement, dans une suite de gestes ensorcelants, mettant en valeur les caractéristiques physiques et les aptitudes de chacun. Mathilde Monnier ayant d'ailleurs favorisé pour chacun et chacune des interprètes, via des improvisation la proposition de mouvements, bribes de chorégraphies personnelles, sur lesquelles elle s'est appuyées pour la pièce. 


Le Mur ou la peau - Mathilde Monnier - Eve Risser - Photo: Agathe Poupeney


Et les douze danseuses et danseurs, volontaires pour ce projet, s'en sortent admirablement. Au point que, lorsque c'est vraiment la fin, on a envie de dire "Encore !" pour ce spectacle enthousiasmant et entraînant. Une vraie réussite, une belle collaboration inventive entre musique et danse et une interprétation exceptionnelle de ces douze danseuses et danseurs toutes et tous uniques: Brett Fukuda, Julia Juliard, Zazie Schmidlin, Emmy Stoeri, Orania Varvaris, Lara Wolters, Jasper Arran, Marc Comellas, Marin Delavaud et Jérémie Neveu en alternance, Erwan Jeammot, Pierre-Emile Lemieux-Vienne et Miguel Lopez. Une belle et valeureuse équipe pour un spectacle impeccable. 


La Fleur du Dimanche


Le Mur ou la Peau


Strasbourg - Opéra du Rhin - du 1er (création) au 4 octobre 2026

Spectacle présenté dans le cadre du festival Musica
avec le soutien de Fidelio présenté avec l'Opéra national du Rhin et Jazzdor

Mulhouse - La Filature - le 5 et 6 novembre 2026

 

Metz - Cité Musicale Metz - 15 octobre 2026t


Chorégraphie et costumes
Mathilde Monnier
Composition originale et pianos
Ève Risser
Scénographie
Annie Tolleter
Lumières
Eric Wurtz
Son, effets
Adrian' Bourget

jeudi 30 mai 2013

Twin Paradox: Danser à deux le chantier de la danse

"Danser malgré tout. Danser après tout.*" C'est ce que dit Mathilde Monnier de son dernier spectacle donné au Maillon le 29 et 30 mai 2013 dans la cadre du Festival Nouvelles proposé par Pôle Sud.


Mathilde Monnier - Twin Paradox

Littéralement, les couples d'amants enlacés du début, couverts de fleurs colorées s'épuisent dans cet immense chantier de danse de couples qui s'entrechoquent jusqu'à ne plus tenir debout.
La référence aux marathons de danse des années 20 aux Etats-Unis et au film de Sydney Lumet "On achève bien les chevaux" transpire dans la pièce, sans que sur scène nous assistions vraiment à ce genre de compétition.
Cela se passe plutôt dans la mise en place d’atmosphères, d'ambiances, soutenues par la création musicale de Luc Ferrari, dont la bande son (mixage de prises de sons réels - camions, chant de cigales ou chuchotements dans des langues variées et quelques traits musicaux triturés) instaure un climat qui nous emporte dans cette tension.



La  scénographie, elle-même présentant le plateau comme un chantier, avec ses plaques oranges, mais non dépourvu de magie, comme lors d'une boucle de répit où il neige des feuilles dorées à la fois apaisantes, mais où le souffle ne lâche pas.
Le spectacle se goûte dans la durée, qui disloque les couples et les transforme, les amenant d'habits multicolores à un noir et blanc sommaire bien que gardant la mémoire des fleurs.

Vous en avez un extrait ici:


Twin paradox from Karim Zeriahen on Vimeo.

Je reviens juste sur la ligne directrice du festival que j'avais soulignée la semaine dernière pour compléter par une remarque suite au spectacle de David Rolland "L'Etranger au Paradis", joué mardi 28 mai au théâtre de Hautepierre.
Je faisais remarquer que les mots, et les silences qui les rythment semblaient une thématique qui traversait quelques pièces. La pièce de David Rolland, mettant en scène douze danseurs à la limite de la perte d'identité font écho au spectacle de Benoit Lachambre où quelquefois les corps vibrants se transforment en personnages de jeux vidéo, abandonnés à leur sort. Mais ici, c'est plutôt une série, un genre de troupe multicolore de pacmans-pixels colorés (rouges, verts, bleus,...) qui arpente indéfiniment des parcours programmés et néanmoins variés sur un plateau de jeu.
Au point que les interprètes, dont il faut souligner la formidable capacité à se laisser (télé)guider, nous fascinent dans leur déplacement hypnotiques - il faut précsier que les danseurs, tousrecrutés à Strasbourg, ont eu deux joours de répétition - un vrai challenge dont ils s'en sont magnifiquement tirés.


Ici, une version de l'année dernière:

Et là, le chanson de Gloria Lasso, à laquelle se réfère la pièce:



Bons Spectacles

La Fleur du Dimanche


* Une bande dessinée qui raconte la vie de Mathilde Monnier, ou plutôt où Mathilde se raconte, coédité par Denoël Graphic et le Centre National de la Danse vient de paraître. L'auteur - avec Mathilde Monnier - est François Olislaeger, qui voulait danser chez Mathilde, s'est donc retrouvé à dessiner sa vie.