dimanche 18 septembre 2022

Un (premier) dimanche à Musica: des petits riens et beaucoup d'humour

 La musique contemporaine n'est pas toujours sérieuse. Les artistes sont souvent iconoclastes et les musiciens, de tous les temps, ont quelquefois choqué leur public. Les compositeurs d'aujourd'hui sont aussi très sérieux, mais ils ne sont pas non plus dénués d'humour. On l'aura vu pour certains concerts du Festival Musica, dont Bestiarum musicale proposé par l'ensemble Cairn autour des oeuvres de Noriko Baba.


Musica 2022 - Thierry Blondeau - Ensemble Cairn - Photo: lfdd


La matinée Bestiarum musicale qui lui est consacrée au TJP à Strasbourg voit en clôture la création de la pièce éponyme par l'ensemble Cairn sous la direction artistique de Jérôme Combier et la direction musicale de Guillaume Bourgogne avec, à la flûte Cédric Jullion, à la clarinette Ayumi Mori, au violon Constance Ronzatti, à l'alto Cécile Brossard, au violoncelle Alexa Ciciretti, à la guitare Christelle Séry, au piano Caroline Cren et aux percussions  Hsiao-Yun Tseng.  ses autres pièces sont encadrée par deux oeuvres, la première de Gérard Blondeau, Pêle-mêle (1998) et pour finir Talea de Gérard Grisey, son professeur.  Gérard Blondeau ne manque pas d'humour non plus en faisant balancer trois guitares par les musiciennes, guitares qui font les pendules sonores - avec le son des cordes grattées qui s'éteint en alternance avec la clarinette et un clavier qui joue de temps en temps un air de clavecin, et les cordes (violon, violoncelle). 


Musica 2022 - Noriko Baba - Ensemble Cairn - Bonbori - Photo: lfdd


Les trois pièces de Noriko jouent sur la mémoire et le quotidien, la poésie du presque rien, apparaissent de temps en temps des sons incongrus, comme par exemple dans Bonbori (2008) le bruit de connexion d'un modem (historique), des sonneries d'absence de téléphone ou de numérotation, des grésillements et des sifflements, tout comme le son d'une bouteille dans laquelle on souffle. Elle joue également avec le rythme, jouant des passages courts ou même très courts, et même mimant le silence non joué. 


Musica 2022 - Noriko Baba - Ensemble Cairn - Tumulte - Photo: lfdd


Pour Shiosai, tumulte des flots,(2012) un trio piano, violon et violoncelle, nous assistons à la montée en puissance de la mer, calme au départ et qui monte en puissance, en forte tension et déferle avec fracas et grincements puis qui se calme à nouveau.  

Musica 2022 - Noriko Baba - Ensemble Cairn - Bestiarum Musical - Photo: lfdd


Avec Bestiarum musicale, nous avons toujours cette ambiance à la fois enfantine et surréaliste, empreinte de poésie, avec la percussionniste qui joue sur une table à merveille avec ses jouets musicaux.


Musica 2022 - Gérard Grisey - Ensemble Cairn - Talea - Photo: lfdd


La pièce de Gérard Grisey Talea (1987) est une oeuvre énergique, entrecoupée de silences, qui joue sur les dissonnances et où le piano prend un grand rôle.


Personnel et confidentiel 


Musica 2022 - Personnel et confidentiel - Daniel Gloger - Photo: lfdd

Musica 2022 - Personnel et confidentiel - Daniel Gloger - Photo: lfdd


Pour la suite de l'humour, dans la pièce Personnel et confidentiel de Kaj Duncan David et Troels Primdahl avec Daniel Gloger, on se demande si c'est de l'humour ou si la répétition doit être vue comme du comique. Le dispositif et la proposition sont surprenants. Nous entrons dans la loge d'un artiste, le contre-ténor Daniel Gloger qui "performe" son propre rôle et nous présente dans ce qu'on pourrait appeler une répétition (qui à la fin devient une accélération sans fin et de plus en plus courte de séquences auxquelles nous avions déjà assisté - la répétition jusqu'à satiété), de la journée d'un chanteur en résidence. En allemand cela pourrait s'appeler "Probe", à la fois répétition, examen et épreuve. L'épreuve est partagée intimement par le spectateur et ce qui est appelé "opérette contemporaine" nous fait plutôt assister, pendant une heure et demie à des états d'âmes  de solitude et quelques échauffements de vocaux et musculaires minimalistes qui nous désarçonnent et nous perdent en chemin. Le verre de crémant sympathiquement partagé ne nous rend pas plus confidents et nous souffrons avec le chanteur.


Concerto contre Piano et Orchestre de l'Orchestre La Sourde avec Eve Risser.


Eve Risser aime marcher en dehors de sentiers battus (elle a fait le Grand Canyon en solitaire) et ses pas qui vont du classique vers le jazz (elle a intégré à 26 ans le Junior Liberation Music Orchestra de Charlie Haden puis l'ONJ en 2008), puis la musique contemporaine et l'ont menée à prendre de front - ou de concert - tous ces genres. Non dénuée d'humour - une qualité partagée avec les musiciens qui composent l'Orchestre La Sourde qui l'accompagne, elle nous propose une version originale du Concerto pour clavier en ut mineur de Carl Philip Emmanuel Bach. Preuve du mélange des genres, la soirée voit la mise en commun des moyens de Musica, Jazzdor et de l'Opéra National du Rhin, le tout accueilli dans le grand auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse.

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Orchestre La Sourde - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd


En guise d'introduction, un grand échalas, Thibault Perriard nous offre une conférence insolite sur l'orchestre et le pouvoir ("Qui dirige?"), la solitude (du soliste, du musicien, du compositeur,..) et la relativité des trajectoires parallèles. D'ailleurs, alors qu'un ensemble à corde de huit musiciens a commencé à jouer, il sort de dessous le rideau pour s'immiscer parmi eux avec sa batterie, bientôt rejoint par les vents qui font se lever le rideau. 


Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Orchestre La Sourde - Eve Risser - Photo: lfdd


La suite, avec l'arrivée du piano mobile d'Eve Risser, se déroule comme un grand ballet chorégraphié de figures géométrique d'organisation et de désorganisation tandis que les musiciens nous offrent toute une palette de variations, du baroque au free jazz, avec piano préparé - et réparé - qui à la fois nous enchantent et quelquefois nous font éclater d'un rire libérateur. Les  dix-huit musiciens* de l'Orchestre La Sourde et s'en sortent brillamment dans cette déconstruction-reconstruction du Concerto pour clavier en ut mineur de Carl Philipp Emanuel Bach dans cette re-mise en musique et la conception du quartet Samuel Achache, Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert et Eve Risser.


Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Eve Risser - Photo: lfdd


Le spectacle dôle et rafraîchissant est un plaisir pour les yeux, surpris par les multiples variations et agencements des musiciens dans l'espace, et les oreilles, décrassées entre les genres et appréciant tout autant les libres interprétations des thèmes et des mélodies que les retours à la partition historique qui resurgit de temps en temps et qui s'insinue dans notre mémoire. Une soirée à la fois iconoclaste et docte. 


A suivre ....

La Fleur du Dimanche


*Concerto contre Piano et Orchestre:

Orchestre La Sourde
piano | Eve Risser
batterie, percussions | Thibault Perriard
flûte | Anne Emmanuelle Davy
clarinettes et saxophones | Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert
trompettes | Olivier Laisney, Samuel Achache
cor | Nicolas Chedmail
violons | Marie Salvat, Boris Lamerand
violes de gambe | Étienne Floutier, Pauline Chiama
violoncelles | Gulrim Choi, Myrtille Hetzel
théorbe | Thibaut Roussel
contrebasses | Matthieu Bloch, Youen Cadiou
lumière | César Godefroy/Maël Fabre
costumes | Pauline Kieffer
peinture | Benoit Bonnemaison-Fitte

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