vendredi 9 février 2024

Les Chercheurs de Monika Gintersdorfer au Maillon: Avec la Fleur trouver le bon plan(t) pour danser équitable

 Monika Gintersdorfer est une artiste globale. Autrichienne née à Lima, ayant vécu dans le monde entier - dont Mexico, le Pérou, la Côte d'Ivoire - elle travaille entre la France, l'Allemagne et l'Afrique. Au départ performeuse interventionniste dans les rues, elle apporte sur le plateau des pièces détonantes. Avec Franck Edmond Yao dit Gadoukou la Star, expert en danse coupé-décalé, ancien chorégraphe du footballeur chanteur Gadji Celi et sacré champion de danse en France, en Allemagne et au Portugal avant d'essaimer de nouveau en Afrique - il va chorégraphier la fresque Afro-danse des Jeux Olympiques à Paris - elle crée le collectif La Fleur qui rassemble la fine fleur de la danse urbaine africaine de la diaspora et qui nous propose ce spectacle au titre qui nous interroge Les Chercheurs. 


Les Chercheurs - Monika Gintersdorfer - Photo: Pascal Schmidt


C'est un spectacle plein d'énergie et de punch, de virtuosité, où chaque danseur et chaque danseuse nous émerveille de sa souplesse et de son agilité. Et nous contents aussi en conférences dansées les obstacles, les écueils, les achoppements et les tribulations des exilés africains en général et des artistes et danseurs en particulier dans leur parcours d'intégration en Europe et dans la profession. Pas de lamentations, mais un tableau réaliste et sévère d'une situation très compliquée qui s'achève par un appel à une prise de conscience et à un engagement des spectateurs. Ces spectateurs qui ont fait corps avec les magnifiques danseuses et danseurs dans leurs performances hors du commun. Cela commence par une parade individuelle, tous défilent, appelé(e)s au plateau par l'animateur Ordinateur (la Star): Joël Tenda, souple comme un serpent, tout en vagues ondulantes et en salto et culbutes acrobatiques (dont une position sur une main en "fleur éclatée"). Puis Barro Dancer aux pieds agiles, tout en souplesse et en démembrements dans des impros jazzy et saccadées. 


Les Chercheurs - Monika Gintersdorfer - Photo: Jan Lemitz


Suit Zotta la puissance Z, autrice d'une danse qui a pris son nom, où ses pieds sont rapides comme l'éclair. Elle assume complètement ses formes généreuses. Puis c'est au tour d'Alaingo Lamana qui avait pas mal dansé avec Zota. Lui, c'est à la fois les bras et les jambes et des fois même sa large chemise à manches courtes qui lui permettent d'étonner le public avec des mouvements tous plus surprenants les uns que les autres, ne se contentant pas de bouger les membres en rythme mais aussi de changer de niveau, passant du ras du sol à des surgissements verticaux. Pour terminer, Annick Choco, (le chocolat du planteur) nous vient tout en déhanchements et cheveux tressés en nattes, et pleine d'énergie. Après ce premier tour de piste, c'est une chorégraphie d'ensemble qui enflamme le plateau, entrecoupée de joutes individuelles et de battles sympathiques et virtuoses, en toute camaraderie. 


Les Chercheurs - Monika Gintersdorfer - Photo: Pascal Schmidt


Quelquefois des duos flamboyants continuent de faire monter la température, soutenue par les beats et les synthés de Timor Litzenberger, aux manettes sur le côté de la scène - il aura aussi son heure de gloire sur la piste à la fin lors de l'appel à la prise de conscience citoyenne des spectateurs. Entretemps, nous aurons appris que la recherche, c'est bien sûr toutes les démarches administratives mais aussi tout simplement pour arriver quelque part, en réfugié, quelque soit le plan ( le plan A, le plan B, le Plan C, quelquefois toutes les lettres de l'alphabet). C'est aussi chercher à survivre de leur art, cet art de la rue - qui a été repris et copié, sans honorer tous ces créateurs du coupé-décalé qui réinventent les dancefloors. Ces danseuses et danseurs aux mollets "nweer" qui ont des jeux de jambes affolants.  Ces princesses et princes de la piste qui ont dû quitter leur royaume et qui, pour un soir, nous enchantent sur la scène.  Ces rois et reines du spectacle qui nous font faire le plein d'énergie, d'engagement et d'enchantement.


La Fleur du Dimanche


Les Chercheurs


Au Maillon à Strasbourg - du 7 au 9 février 2024


Sur une idée de Ordinateur
Mise en scène : Monika Gintersdorfer
Chorégraphie : La Fleur
Avec Alaingo Lamama, Annick Choco, Barro Dancer, Mason Manning, Ordinateur, Joël Tenda, Zota La puissance Z
Musique : Timor Litzenberger
Costumes : Bobwear
Production : Éric Tagbo / Gregor Zoch / Points communs, Nouvelle Scène nationale de Cergy-Pontoise et Val d’Oise / FFT Düsseldorf  

jeudi 8 février 2024

Our Daily Performance à Pôle Sud: Quand un tuto youtube se met à danser et devient poème surréaliste

Quand on apprend que Barbara Matijevic a étudié les langues et la littérature et que Giuseppe Chico a joué au basquet pendant quelques années, on est moins surpris par le début de leur pièce Our Daily Performance présentée à Pôle Sud. Les deux danseurs et chorégraphes qui avaient travaillé chacuns de leur côté avec des chorégraphes reconnus ont fondé leur compagnie Premier Stratagème où ils créent des spectacles - performances - conférences incluant le numérique. Certains se souviennent peut-être de la performance de Barbara Matijevic lors d'Extra Danse en 2019. Elle jouait - dansait - interagissait avec tout ce qui se passait sur un écran d'ordinateur. 


Giuseppe Chico et Barbara Matijevic - Our daily performance - Photo: Matthieu Edet


Dans cette nouvelle pièce avec un effectif augmenté - ils sont cinq interprètes - il n'y plus d'écran, mais c'est le spectacle est la transposition de ce qui se trouve dans ce vaste univers youtube de vidéos d'apprentissages de toutes sortes de thèmes et de sujets dans lequel ils ont trouvé leur inspiration et leur matériaux. Bien choisi d'ailleurs parce que cela touche au corps, au mouvement, aux interactions entre différentes personnes dans toute une variété de situations ou de process. 


Giuseppe Chico et Barbara Matijevic - Our daily performance - Photo: Matthieu Edet


Cette construction dramaturgique est doublement intéressante: d'une part le contenu pédagogique nous met dans une appétence de savoir - le scénario pédagogique est très bien construit, et d'autre part, la présentation décalée ou humoristique en rend l'interprétation jubilatoire, entre humour britannique pince-sans-rire et loufoquerie.


Giuseppe Chico et Barbara Matijevic - Our daily performance - Photo: Matthieu Edet


Les interprètes sont impeccables, à commencer par Camila Hernandez et son art de la chute pour les personnes âgées,  Shiya Peng nous conte la Création en 50 mots en Langue des Signe, tout en nous rendant attentifs à des similitudes de sens mais aussi aux variations selon les pays et les langues. Thibaut Mulot arrive à nous embarquer dans les dédales d'un scénario d'un film policier qui ressemble à un jeu de stratégie alors que c'est un entraînement de basquet. Nicola Maloufi nous transporte la sortie d'Egypte de Moïse en une métaphore du Kata en judo. Marie Nédelec nous  donne la recette pour composer un poème en rap, en remontant à Shakespeare et son pentamètre iambique. 


Giuseppe Chico et Barbara Matijevic - Our daily performance - Photo: Matthieu Edet


Tout le temps, le geste est lié à la parole si ce n'est l'inverse. Le comique vient à la fois du côté corporel, gestuel et distancié des histoires mais aussi de ce discours ininterrompu, ce commentaire sur l'action, souvent emphatique ou tout simplement simple et naïf. Ainsi, entre les exercices de cohésion d'équipe, de fitness du couple ou le carré magique de la Saint Valentin, de l'auto-défense ou des techniques pour s'enfuir en cas de viol, ou encore de la lutte fantôme, nous assistons à toute une série de situations où l'on peut apprendre en rigolant. Il est vrai qu'on apprend mieux quand il y a du plaisir. Et ce spectacle ne manque pas de nous en donner, en prime.


La Fleur du Dimanche

mercredi 7 février 2024

Great Apes of the West Coast au TNS: Traversée par la culture

 Pour sa nouvelle pièce Great Apes of the West Coast qu'elle présente actuellement au TNS dans la salle Gignoux, Princess Isatu Hassan Bangura, c'est une prise de conscience lors d'une manifestation du mouvement Black Matter Lives au moment du Covid, à Maastricht où elle vit désormais qui en a été le révélateur - ou le déclencheur. Pour cette comédienne performeuse arrivée à treize ans de Sierra Leone aux Pays-Bas, c'était un constat: elle n'était pas africaine, mais noire.


Great Apes of the West Coast - Princess Isatu Hassan Bangura - Photo Gilles Njaheut


Le scène se passe d'ailleurs presque dans le noir pour commencer. Bien avant le vrai démarrage de la  pièce, l'actrice est déjà sur scène, dans une semi-obscurité, et elle se met en condition, si l'on peut dire, dans une sorte de rituel, secouant la tête et le haut du corps sans fin. Mouvements qu'elle continue et rituel qu'elle déploiera tout au long de la pièce. Et le vrai début sera marqué par une série d'injonctions qu'elle projette contre le mur: "Qui es-tu? D'où viens-tu? Quelle est ton histoire?".  Ces questions d'usage contre lesquelles elle se révolte et proteste. Cette obligation de se situer par rapport aux autres, au monde, à sa culture, à ses origines. Des contraintes qu'elle ne comprend pas, refuse, mais qui vont lui construire sa trajectoire, poser ses repères. Et qu'elle va partager avec nous, en essayant de nous les faire comprendre. 


Great Apes of the West Coast - Princess Isatu Hassan Bangura - Photo Gilles Njaheut


Ainsi, partant de son histoire, son "être", son passé, ces jours, ces semaines, ces mois, ces années depuis sa naissance, ses souvenirs qu'elle recherche, dans la hutte (du grand-père) couverte de feuilles. Elle est surmontée d'une grande lune, se transforme et devient vert. La hutte, d'abord peu éclairée devient presqu'onirique avec des mosaïques et prend des couleurs rougeâtre au fur et à mesure du travail de mémoire. D'abord l'image familiale - dernier souvenir heureux - sur la plage avec la "perte" du père et de la mère qui s'évaporent ou se liquéfient et, pour la mère, se retrouve enfermée dans un glaçon sous l'eau. Puis la douleur à ramper sur le sable et cet essai de reconnexion avec la culture des ancêtres. Celle-ci se matérialise par une écharpe rouge sur le costume noir simple mais original, puis par le changement de costume pour des costumes de Bundu Devils, ces costumes traditionnels de mascarade des femmes de Sierra Leone. 


Great Apes of the West Coast - Princess Isatu Hassan Bangura - Photo Gilles Njaheut


La langue, les langues, avec le créole, son krio, participent de manière incantatoire dans ce rituel.  Elle part de la pensée cartésienne qu'on lui propose pour aller vers une autre forme d'existence, de lien, vers cette "unité" dans le monde où "je suis parce que vous êtes". Et cela dans la réactivation de la dernière grande fête amicale et familiale dont les traces vidéo sont projetées. Généreusement, elle inclut le public dans ce grand tout où elle et nous existons et, se référant à John Donne: "Je suis parce que vous êtes" elle nous inclut dans sa vie. Ainsi, pour les saluts, elle met les feux dans la salle. Nous sortons de cette expérience comme d'un rêve pour lequel les délicats éclairages de Sander Michiels et la musique très discrète et agréable d'Edis Pajazetovoc contribuent grandement à nous englober dans ce cocon qui file doux.


La Fleur du Dimanche


Great Apes of the West Coast 


Au TNS - Strasbourg - du 7 au 14 février 2024


Conception, texte, mise en scène et interprétation

Princess Isatu Hassan Bangura
Dramaturgie
Giacomo Bisordi
Composition musicale
Edis Pajazetovic
Lumière
Sander Michiels
Costumes
Tricia Mokosi
Febe Callebaut
Coach performance
Peter Seynaeve
Coach danse
Reintje Callebaut
Surtitres
Liesbeth Standaert

Production NTGent
Coproduction Via Zuid, Likeminds
Remerciements à Anna Luyten pour son aide à la traduction lors de la création
Les décors ont été confectionnés par les ateliers du NTGent.
Spectacle créé le 20 octobre 2023 au NTGent, à Gent (Belgique).

mardi 6 février 2024

Sans tambour de Samuel Achache au TNS: Rembobiner l'Amour sans se tromper

 Samuel Achache est connu pour avoir une approche assez iconoclaste de la musique. Les fidèles du Festival Musica ont pu l'expérimenter en 2017 avec Orfeo, Chewing-gum silence (Mini Musica) en 2020 et en 2022 avec le Concerto pour clavier en ut mineur de Carl Philipp Emanuel Bach re-mis en musique et avec, entre autres Eve Risser. C'est d'ailleurs la même Eve Risser qui a composé le début du spectacle. D'ailleurs, Samuel Achache n'est pas seulement iconoclaste, il casse tout ! 


Sans tambour - Samuel Achache - Photo: Jean-Louis Fernandez


Sur scène, au début de Sans Tambour, nous voyons une maison "écorchée" la structure visible, le premier étage à vue. Mais il ne se contente pas de briser les icones, ou les traditions en général, il va prendre un malin plaisir à démolir au fur et à mesure les murs de cette maison, d'abord méthodiquement en bas, les grosses briques en parpaing qui constituent les murs de la cuisine, et on va se trouver tout à la fin avec une maisons "transparente" dont on ne voit plus que la structure. Son personnage principal (son double pour ainsi dire, interprété par Lionel Dray) va aussi dans un geste symbolique, "casser le monde", en l'occurrence une grande table de chevet sur laquelle il est perché, un bon moment, et qu'il massacre avec une massue.


Sans tambour - Samuel Achache - Photo: Jean-Louis Fernandez


Est-ce parce que symboliquement le monde s'effondre et qu'une séparation se trame. Qu'il faut essayer de reconstruire quelque chose? En tout cas cela donne lieu à de des dialogues et des situations à la fois drôles et inventifs, entre un comique absurde et du burlesque de la meilleure veine des films muets.  Mais on n'arrivera pas à faire marche arrière et à tout reconstruire, comme lors de l'introduction, où l'on assiste de manière magique à des essais de rembobinage du premier tour de chant d'Agathe Peyrat, quand dans une incroyable performance elle chante à l'envers - ainsi que tous les cinq musiciens - comme si on faisait défiler en marche arrière un film. Elle parvient également avec un naturel impeccable à nous faire croire qu'elle chante comme sur un disque gondolé. Disque que Samuel Achache nous présente en introduction avec quelques variations de gags visuels. 


Sans tambour - Samuel Achache - Photo: Jean-Louis Fernandez


On ne peut pas reconstruire une histoire qui s'effondre, mais on peut prendre des chemins de traverses, et c'est ce que la pièce nous invite à faire, changeant de cap de temps en temps, passant de séquences plus de l'ordre du visuel à des passages musicaux, ou à des joutes verbales ou des monologues délirants. Nous allons donc successivement assister à de drolatiques scènes de ménage puis des airs de Schuman romantiques arrangés pour nous retrouver dans une version bien raccourcie de la sage Tristan et Yseult wagnérienne où ne manquent pas les épisodes du Philtre d'amour et d'Yseult la Blanche. Il y a bien d'autres rebondissements que je vous laisse découvrir dans cette pièce qui ne manque pas de vous réserver des surprises et des frayeurs, et du plaisir. 


Sans tambour - Samuel Achache - Photo: Jean-Louis Fernandez


Sans oublier que sous ces sourires et ces rires, des questions existentielles point le bout du nez. Mais la pièce n'est pas là pour vous guider sur le chemin mais plutôt vous ouvrir l'horizon, ce qui est le cas avec cette maison dont on voir la structure mais qui laisse aussi voir  ce qui se passe à l'arrière, mais pas trop. Un peu de mystère subsiste et c'est ça la magie du spectacle. Et ça marche.


La Fleur du Dimanche


Sans Tambour


Au TNS du 6 au 14 février 2024

De et avec
Samuel Achache
Lionel Dray
Myrtille Hetzel
Antonin-Tri Hoang
Florent Hubert
Sébastien Innocenti
Sarah Le Picard
Léo-Antonin Lutinier
Agathe Peyrat
Mise en scène
Samuel Achache
Direction musicale
Florent Hubert
Arrangements collectifs à partir de lieder de Schumann tirés de Liederkreis op.39, Frauenliebe und Leben op.42, Myrthen op. 25, Dichterliebe op.48, Liederkreis op.24
Compositions
Antonin-Tri Hoang
Florent Hubert
Eve Risser
Collaboration à la dramaturgie
Sarah Le Picard
Lucile Rose
Scénographie
Lisa Navarro
Lumière
César Godefroy
Costumes
Pauline Kieffer
Assistanat aux costumes et accessoires
Eloïse Simonis
Production Centre International de Créations Théâtrales / Théâtre des Bouffes du Nord & La Sourde
Coproduction Théâtre de Lorient - Centre dramatique national ; Théâtre national de Nice ; Les Théâtres de la ville de Luxembourg ; Théâtre de Caen ; Le Quartz, Scène nationale de Brest ; Festival d’Avignon ; Points communs nouvelle scène nationale Cergy-Pontoise / Val d’Oise ; Festival Dei Due Mondi – Spoleto ; Opera national de Lorraine ; Festival d'Automne à Paris ; Le Parvis – Scène nationale Tarbes Pyrénées ; Théâtre + Cinéma - Scène nationale Grand Narbonne ; Le Grand R – Scène Nationale de La Roche-sur-Yon ; Cercle des partenaires
Avec le soutien du Centre national de la musique
Avec le soutien en résidence de création de la vie brève – Théâtre de
l’Aquarium, de la Fondation Royaumont et du Centre d’Art et de Culture de
Meudon
À Gérard Lutinier
Spectacle créé le 1er juin 2022 au Théâtre national de Nice.

samedi 3 février 2024

Tout est Dada de Christophe Feltz au Fossé des Treize: la poésie en verve fleurit au son du jazz des Loeffler

"Dada ne signifie rien" disait Tristan Tzara qui n'adorait rien moins que "Choquer les bourgeois" et ses poèmes entre invention de mots, collages de mots en coq à l'âne et associations d'idées apportent un vent de fraîcheur dans la bouche du poète. Ne dit-il pas "La pensée se fait dans la bouche." et "Je ne chante pas je sème le temps." 


Tout est Dada - Christophe Feltz - Photo: lfdd


Ainsi, Christophe Feltz, pour son nouveau spectacle "Tout est Dada" a choisi de nous proposer une soirée consacrée à ce poète, écrivain et chef de file de ce mouvement Dada qu'il a fondé en 1916 à Zurich. Après avoir mis en scène les textes de nombreux humoristes (Devos, Jean Yanne, Desproges,...) chanteurs (Gainsbourg, Léo Ferré, Brel, Brassens, Bashung,...), et poètes (Neruda, Prévert,...), le voici qu'il met en avant un artiste iconoclaste dans une atmosphère qui rappelle les soirées poétiques du club R-26 de Robert Perrier à Montmartre où se retrouvaient poètes, musiciens et bien d'autres artistes. Il y avait bien sûr Tzara, mais aussi Joséphine Baker, Sonia Delaunay, Django Reinhardt et d'autres. D'ailleurs Django y jouait souvent et la fille de Robert Perrier - qui a lui aussi composé plus de 300 chansons - y chantait accompagnée par Stéphane Grapelli dont je vous mets Les salades de l'oncle François:




Ici, à la place du violon, c'est l'accordéon de Marcel Loeffler et à la guitare, son fils Cédric qui  nous enchantent et nous entrainent en interprétant en intermède aux textes mais aussi en les accompagnant des airs de jazz de Django Reinhardt. Ainsi, Minor swing, Les yeux Noirs, Coquette et bien d'autres airs, donnent une touche chaleureuse et enjouée à la soirée. Les textes choisis de Tristan Tzara, eux nous emmènent dans un univers quelquefois très singulier où il pleut à la fenêtre de la bien aimée, où celle-ci dort "à côté de moi comme une rangée de fleurs, ton polichinelle à musique". La fleur qui "est écrite au bout de chaque doigt et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi." 


Tout est Dada - Christophe Feltz - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


Il est aussi question de Picasso qui a "toujours été sur mes chemins" et de Miro "poussière d'étoile, dans l'alcool des vraisemblances, mon amitié". D'expérimentations incluant des mots inventés, répétés et scandés à des sentences définitives comme "Dada qui est contre et contre le futur" ou "Dada n'existe pour personne", ou encore "L'art n'est pas sérieux", Christophe Feltz, dans un exercice d'équilibriste arrive à nous garder sur le chemin de l'art et à nous faire passer avec clarté ces messages codés destinés à nous "laver le cerveau". 


Tout est Dada - Christophe Feltz - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


De sa diction parfaite, les mots résonnent et raisonnent clairement et le vent, maintes fois appelé nous entre par les oreilles pour nous aérer la tête et nous empêcher de somnoler alors que "L'art s'endort pour la naissance d'un monde nouveau". Y contribuent aussi bien sûr la main alerte de Marcel Loeffler qui court sur le clavier de son accordéon avec agilité et le rythme véloce que Cédric Loeffler imprime à la guitare avec les accords de Django Reinhart.

 

Tout est Dada - Christophe Feltz - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


Leur prestation est unanimement saluée et le public, pour un rappel réclamé est gratifié d'une superbe variation d'airs enchainés avec prestance et virtuosité. Une belle soirée qui nous fait voyager presqu'un siècle en arrière et nous rajeunit les neurones.


Tout est Dada - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


Pour finir, je vous donne la recette d'un poème dadaïste à faire vous-même à la maison.

POUR FAIRE UN POÈME DADAÏSTE

Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal
Prenez des oiseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voici un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.


La Fleur du Dimanche

Notez les prochains spectacles de Christophe Feltz :
,
Au Café Brant - les Diners du Café Brandt
L'aigle Noir - textes et chansons de Barbara avec Clémentine Duguet - 21 février 2024
Georges Brassens Gare au Gorille avec Luc Schillinger - 20 mars 2024 

Au: Munsterhof 
Lettres à Lou de Guillaume Apollinaire avec Marcel Loeffler - 31 mai 2024 

jeudi 1 février 2024

L'envahissement de l'être (danser avec Duras) de Thomas Lebrun: Duras à l'oreille, Lebrun l'incarne

 Marguerite Duras est un monstre sacré, de la littérature, du cinéma, de tout. Elle a touché à tout et a touché Thomas au point de l'ensorceler de sa voix. Ce qui n'est pas surprenant, pour celui ou celle qui a déjà entendu le phrasé, le style de cette autrice qui a marqué le XXème siècle. Reconnaissables entre tous, son expression, son vocabulaire, ses silences, ses pauses, nous emmènent dans son univers propre. Que ce soient ses livres, connus comme Le barrage contre le Pacifique ou l'Amant, Prix Goncourt en 1984 ou son conte pour enfant Ah! Ernesto en 1971, adapté au cinéma en 1985 sous le titre Les Enfants ou encore ses films qui sont allés de plus en plus vers une radicalité du récit, sans personnage presque, avec une intrigue qui nous perd dans ses méandres, dans l'atmosphère de la narration. Duras et son oeuvre, on peut dire que Thomas Lebrun la connait, sur le bout des doigt, ou plutôt de l'oreille, car il l'écoute à satiété, plutôt que de la lire ou de regarder ses films. 


Thomas Lebrun - L'envahissement de l'être (Danser avec Duras) - Photo Frédéric Iovino


Et c'est un montage sonore traversant autant le temps que les styles de médias, qui constitue la base de cette pièce L'envahissement de l'être (danser avec Duras) et qu'il nous présente en interprète solo. Il passe par tous les rôles, assumant même admirablement une Duras dans les vapeurs embrumées avec une déconnexion intermittente de la parole très bien sentie. Le montage compile des émissions de télé ou de radio, des interviews et des bandes son de ses films. Qu'ils soient anciens comme Hiroshima Mon Amour (avec ce "Tu n'as rien vu à Hiroshima" qu'elle explique ailleurs en "Tu ne peux pas écrire sur Hiroshima") ou plus récents comme India Song (où Thomas Lebrun campe avec force un Michael Lonsdale Vice-consul désespérément amoureux) ou d'autres encore, ils permettent de nous emmener dans l'atmosphère particulière de Marguerite Duras. Les extraits d'émissions de radio nous font approcher la biographie et la vie de Duras - comme cette émission d'Apostrophe avec un Bernard Pivot faussement naïf qui l'interroge sur le succès, ou cette émission de 1967 où l'on entre dans sa vie de jeune fille blanche en Indochine, pauvre parmi les pauvres, rejetée par les blancs. D'autres nous dévoilent sa capacité à avoir réponse à tout, mais aussi son parcours et son engagement politique. Ou encore nous la révèlent dans ses voyages (pour lesquels Thomas Lebrun se retrouve porteur d'affiches de publicités pour les villes citées par Duras (la ville aussi qui lui a donné son nom d'écrivain), mais aussi à travers ses blagues de potache - et ses fous rires - tout en gardant un regard social engagé, ou ses saillies psychanalytiques: Comme Monte-Carlo qui n'a "vu monter personne" ou une publicité antialcoolique avec un garçon qui pleure et où sur le texte il est rajouté un "tout" "Papa ne boit pas tout Pense à moi!". Ou encore ce panneau noir sur lequel il est écrit "Nous sommes chair" et que Thomas Lebrun interprète dans une pose osée et explicite. 


Thomas Lebrun - L'envahissement de l'être (Danser avec Duras) - Photo Frédéric Iovino


La position de Thomas Lebrun, concepteur, chorégraphe et interprète de la pièce est d'ailleurs délicate. Il lui faut laisser la place ou plutôt savoir la prendre à Marguerite Duras qui emplit l'espace, sans tomber dans le pléonasme, la répétition ou l'illustration. Trouver la bonne distance et habiter et meubler ce plateau avec son corps, arriver à faire passer le geste et la danse avec à la fois suffisamment de légèreté mais aussi de force dans cet univers puissant que hante la femme de lettre et de mots. Trouver dans le texte ce qui peut être danse (et pas juste "danse classique" ou danse de salon). Heureusement qu'il y a aussi la musique et les chansons qui ont voix au chapitre pour Duras (même si elle avoue à la fin ne plus en écouter parce que cela la fait "pleurer" parce que la musique contient trop de vécu). Donc à part quelques occurrences, semées ici ou là dans ses entretiens, soulignées par un geste discret, ce sont surtout les pièces pour piano de Schubert qui donnent à Thomas Lebrun l'occasion de démontrer sa qualité et de chorégraphe et d'interprète (ici sur un versant romantique), ou encore la chanson d'India Song dans une très forte et très poignante interprétation, à la limite de l'expressionniste. 


Thomas Lebrun - L'envahissement de l'être (Danser avec Duras) - Photo Frédéric Iovino


Il y a bien sûr d'autres moments de danse, beaucoup plus délicats où, passant avec discrétion dans des couloirs lumineux (magnifiques éclairages de Françoise Michel découpant l'espace au couteau), il esquisse de fugitifs mouvements qui font l'unité et le lien de portrait dansé kaléidoscopique. Et qui font se rejoindre passé et présent, ici et ailleurs, rêve et réalité. Et redonnent vie à des fantômes du passé ou des personnages d'un livre ou d'un film qui hantent notre imagination, comme ces habits, accrochés au fond de la scène et qui se balancent au souffle des fantômes du passé.

Alors, pour rester dans cette "atmosphère" et de ses mots, je vous offre ses mots et sa voix via Jeanne Moreau qui nous chante cette "Chanson" d'India Song:




India Song

Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dis tout
Ô, toi,
Que nous dansions ensemble
Toi qui me parlais d'elle
D'elle qui te chantait
Toi qui me parlais d'elle
De son nom oublié
De son corps, de mon corps
De cet amour là
De cet amour mort
Chanson,
De ma terre lointaine
Toi qui parleras d'elle
Maintenant disparue
Toi qui me parles d'elle
De son corps effacé
De ses nuits, de nos nuits
De ce désir là
De ce désir mort
...


La Fleur du Dimanche


A noter: A Pôle Sud, souvent, il est possible de voir le travail de création d'un(e) chorégraphe en cours de "chantier" et c'est à cet "Accueil studio". Ce dispositif très intéressant en entrée libre permet de rencontrer et échanger avec le ou la chorégraphe qui montre son projet en cours. Avant Thomas Lebrun, il était possible donc de rencontrer, Meytal Blanaru et sa pièce en cours de création DARK HORSE. La chorégraphe dont nous avions déjà pu découvrir Rain dans le cadre du Festival L'Année commence avec elles l'année dernière nous présente sa nouvelle pièce en vidéo et explique très clairement à la fois sa démarche et la forte injonction qu'elle avait à créer ce projet. Née en Israël elle explique aussi le contexte et l'état d'esprit dans lequel elle est entrée à l'automne dernier, avec le contexte que nous connaissons, dans cette création que nous sommes très impatient de voir.


POLE-SUD est aussi un lieu de fabrique et de création grâce au dispositif des Accueils studio. Ces résidences artistiques se renouvellent chaque saison et permettent à une douzaine d’équipes de la scène locale et internationale de se consacrer à la recherche et à la création. Ces étapes de travail sont ponctuées par des rendez-vous, les Travaux Publics, favorisant la rencontre entre les artistes en création et les publics. Sous formes variées et conviviales. Ils sont aussi l’occasion de « Soirée 2 en 1 », offrant à tous, la possibilité de découvrir deux démarches artistiques différentes : à 19:00 au studio un processus de travail en cours et à 20:30 un spectacle d’une autre compagnie sur le plateau.



mercredi 31 janvier 2024

Cadela Força - Trilogie - Chapitre 1 de Carolina Bianchi au Maillon: Le mariage et l'enfer, la mémoire et l'oubli

 Le mariage et la mort sont souvent liés dans l'imaginaire dans les étapes d'une vie, plus qu'on le croit. Cela apparait dans les contes, les récits et se diffuse dans nos structures mentales. La coercition et la violence que le mariage et ses conséquences, réelles ou fantasmées engendrent sont des sujets dont on ne parle pas ou peu. J'ai vu récemment dans une mairie, une carte des féminicides où, à l'image des température, la carte de France affiche, non pas les degrés, mais le nombre de femmes assassinées par leur mari en les situant géographiquement. La violence des hommes sur les femmes est un sujet dont on ne parle pas ou si peu. Mais comment en parler ?

Dans son spectacle La Mariée et Bonne nuit Cendrillon, le Chapitre 1 de la Trilogie Cadela Força (Force salope) de Carolina Bianchi et son collectif Cara de Cavalo présenté au Maillon, l'approche se fait via l'histoire de l'art et la littérature mais aussi grâce à une vraie expérience vécue et partagée par les spectateurs. Même si cette expérience est introduite avec précaution, l'expérience est violente et le sujet brûlant. Et la "performance" interroge, même la principale protagoniste elle-même. Et la question des limites et de ce que l'on peut montrer - ou faire - lors d'un spectacle est une question à laquelle on n'échappe pas. Ce spectacle fait toucher du doigt la limite que souvent l'homme se permet d'outrepasser - totalement dans l'illégalité. Alors que cette limite là est trop souvent acceptée.

Après un texte de Dante, dans L'Enfer, qui nous parle de "forêt profonde" et de "chemin perdu", la dramaturge brésilienne Carolina Bianchi, toute de blanc vêtue nous présente une série de quatre tableaux de Botticelli selon l'histoire de Nastagio degli Onesti, où un prince est obligé de toujours poursuivre avec ses chiens dans la forêt son aimé qui s'est refusée à lui et de la tuer tandis qu'elle ressuscite après s'être fait  éviscérer. Puis Carolina Bianchi s'installe à une table de conférence avec une très grosse pile de feuilles qu'elle commence à lire après avoir préparé son "cocktail du violeur" pour lequel on la voit discrètement écraser un comprimé qu'elle met dans le verre où les glaçons se mettent à clignoter en couleur.


Cadela Força - La Mariée et Bonne nuit Cendrillon - CAROLINA BIANCHI - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Suit, avec photos à l'appui, une présentation parallèle, d'une part d'énumération de meurtres de femmes et d'autre part, le pendant, avec la présentations des artistes qui dans l'histoire de l'art et de la performance se sont mises en danger ou ont porté atteinte à leur corps (Gina Pane, Marina Abarmovic et bien d'autres). En notant bien que, pour les femmes artistes, cette mise en danger est beaucoup plus courageuse que pour les hommes - à priori elle ne peuvent le faire que dans un endroit prévu pour cela, à savoir une galerie ou un espace d'art. Et cela nous mène à Pippa Bacca, autre artiste performeuse qui s'est fait assassiner lors d'une performance où elle allait de Rome à Jérusalem habillée en mariée, avec Silvia Moro. Elles venaient de  se séparer sur la route en Turquie, quand un homme l'a violée et assassinée (juste après un mariage qui a eu lieu dans sa famille). Carolina Bianchi nous fait revivre d'une certaine manière ce récit, en l'entrecoupant par des réflexions sur le spectacle lui-même et ses enjeux (vais-je survivre? que vais-je oublier? quelles sont les limites du théâtre?). Nous nous trouvons à la fois en position d'observateur de ce qui lui arrive dans la réalité et face à cette mise en abime des situations de risques qui peuvent arriver à toutes les femmes. Essentiellement du fait de cette culture où l'homme pour affirmer son pouvoir, dispose du corps de la femme jusqu'à la mort. Surtout encore dans certains pays: un exemple révoltant est celui du gardien de but brésilien Bruno Fernandes de Souza qui a fait tuer son amante puis a donné son corps à ses chiens et qui après n'avoir purgé que le tiers de sa peine, a été accueilli à sa sortie de prison par des fans en délire. Et depuis il joue à nouveau dans une équipe de foot. 

Nous assistons en direct aux effets de la drogue et cette situation nous met dans un drôle d'état. Nous voyons Carolina Bianchi perdre la maîtrise de son corps et se coucher sur la table avant de sombrer dans le sommeil.


Cadela Força - La Mariée et Bonne nuit Cendrillon - CAROLINA BIANCHI - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Puis nous passons dans la deuxième partie de la pièce où le rideau sur lequel étaient projetées les images est ôté, le large plateau est recouvert de revêtement noir et parsemé des quelques ilots de sable qui se révèleront contenir des traces de corps, d'os ou de chevelures (féminines) et au fond de la scène, une voiture noire dont la plaque d'immatriculation affiche "FUCK CATHARSIS". Après cette mise en place, les performeurs habillé(e)s de noir s'arrosent d'alcool tandis qu'un texte annonce "Quelque chose ma parait moins sûr qu'avant".  Il est question de l'indescriptible, de l'impensable et du silence de ce qui ne peut être dit. A nous d'imaginer la suite et les danseurs et les danseuses de la troupe nous mettent dans une ambiance de fête. La musique et les lumières en font un moment festif nocturne, tandis que Carolina Bianchi est prise en charge par deux femme puis mise en situation sur un matelas à ras du sol (comme une des performance réalisée par une autre artiste précédemment). Cette plongée de la nuit alterne des moments dansés, des scènes plus intimes. Des poèmes projetés sur un écran - un superbe poème de Carlos Drummond de Andrade - la suite des violences faites aux femmes, en particulier dans le livre 2666 de Roberto Bolano, la mort d'Ana Mendieta ou des discussion dans la voiture (avec des blagues une peu obscures) nous amènent à un passage dans les entrailles (le coffre comme un utérus) de la voiture. Puis cette voiture, poussée sur le devant de la scène sert de "plateau" à la fois de tournage et d'opération pour une simulation symbolique de viol (sans violence, mais nous pouvons nous projeter...). Et l'on assiste au difficile "réveil" qui nous laisse un goût amer dans la bouche (celui de la "drogue du violeur).  L'amertume semble aussi prendre possession de la principale protagoniste et de celui qui lui prodigue de la tendresse. Cette catharsis semble n'avoir servi à rien (à vous de prouver le contraire), la mémoire se brouille, l'amour n'existe pas il n'y a que la tendresse qui sauve, mais à la fin "la tempête de merde commence." Et nous y sommes pris, silencieux.


La Fleur du Dimanche


La Mariée et Bonne nuit Cendrillon


Au Maillon à Strasbourg du 31 janvier au 2 février 2024