dimanche 9 juin 2024

Un songe, une nuit, l'été au Guensthal: jouir de la faveur magique de la vallée

Il est des rendez-vous qu'il ne faut absolument pas rater. Celui du Théâtre Forestier de la Vallée de la Faveur est de ceux-là. Depuis 2019 ils nous ont transportés dans cette vallée perdue dans la forêt des Vosges du "grand" Nord, et même en l'année 2020 ils nous ont servis Sauvage de Tchekhov, dont ils nous ont également gratifié du superbe Platonov. Ils nous ont présenté pour fêter dignement Molière et avec énergie un Scapin suivi d'un Misanthrope l'année dernière. Et pour Shakespeare, après York qui nous montrait ensemble Henri VI et Richard III en 2021, voici le magnifique Songe d'une nuit d'été dans la version Un songe, une nuit, l'été.


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


Cette pièce de Shakespeare parle aussi de rendez-vous. Mais ici ils sont tous ratés et c'est ce qui fait notre bonheur. Mais "tout est bien qui finit bien" comme aurait dit le grand William. La pièce est pleine de rebondissements et d'action, "de bruit et de fureur" pourrait-on aussi dire. Elle mélange les genres et il faut s'accrocher (aux branches de l'arbre généalogique) pour suivre les personnages. Tout commence sur un ton de comédie romantique non dénuée d'humour (l'amoureux qui se voit refuser la main d'Hermia par son père, Egée, propose à ce dernier d'épouser son futur gendre puisqu'il l'aime). 


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


La scène se passe à Athènes et tout en découvrant un premier cercle de personnages - les deux pères, la fille et ses deux prétendants, le promis, Démétrius et le spontané Lysandre, nous assistons à une belle joute verbale, très bien interprétée bien sûr par cette équipe de comédiens remarquables et qui ont l'habitude de travailler ensemble - on le sent au plaisir qu'ils prennent au jeu. Tout cela serait bien simple si Egée ne voulait pas, lui aussi se marier avec Hyppolite, mais ça ce n'est pas le plus grave, c'est qu'il y a aussi Héléna qui était amoureuse de Lysandre. Cela se corse quand le couple d'amoureux, contrecarrant les plans du père s'enfuit pour se marier ailleurs. Et nous voilà parti dans une course poursuite sans fin où les poursuivants et les poursuivis vont allégrement changer - mais ça c'est une autre histoire. 


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


En fait non, elle va juste apparaître plus tard. Laissons d'abord les artisans de la ville prendre place pour jouer une pièce de théâtre - du théâtre dans le théâtre effectivement. Et là, bien sûr nous allons, bien avant Brecht, avoir droit à un regard distancié sur le métier de comédien et quelques tableaux hauts en couleur et bien critiques des moeurs du spectacle et des spectateurs. En une sorte d'intermède ou d'interlude, nous naviguons entre le cirque et la comédie drolatique où ces comédiens-là vont faire preuve de naïveté ou d'autosatisfaction si ce n'est de mégalomanie pour ce qui est le cas de Nick Bottom, le personnage qui se targue de pouvoir jouer tous les rôles dans cette pièce, Pyrame et Thisbé, qui sera donnée en réjouissance à la fin. Notons que c'est Serge Lipszyc, fondateur de la compagnie du Matamore lui-même qui avec courage se charge de ce rôle. 


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


Comme si cela ne suffisait pas pour embarquer le spectateur dans un tournis envoûtant, notre cher Shakespeare greffe là-dessus, comme l'indique le titre des séquences oniriques où nous sommes plongé dans le monde des fées et des esprits moqueurs et enchanteurs. Une vraie gageure pour les comédiens qui endossent allègrement un deuxième rôle à savoir le roi et la reine des esprits et toutes les fées, et, qui s'est perdu là-dedans - mais cela lui pendait au nez de par sa grande bouche - le tisserand Bottom qui par la magie de Puck (virevoltant et déconcertant Yann Siptrott) se retrouve affublé d'une tête d'âne et, de plus devenant par la sortilège de la fleur "pensée d'amour" enchantée par Cupidon l'objet de l'amour de la Reine des Fées selon la volonté moqueuse de son mari, le roi des fées, Obéron. 


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Obéron qui, pour s'amuser, et nous par conséquent, ne s'arrête pas à cette farce puisqu'il va également jeter un sort aux deux hommes qui vont successivement tomber eux aussi amoureux de celle qui était en dehors de l'histoire, à savoir Héléna (interprétée avec délicatesse mais aussi énergie par Magalie Ehlinger). Ce qui donnera à la fois de cocasses scènes de révolte de cette dernière, d'exubérant combats de coqs et de burlesques assauts de ces deux "traîtres en amour" par l'abandonnée Hermia qui ne se résout pas à son sort et s'accroche comme un pittbull bien que pas du tout à la hauteur de l'enjeu (elle se décrit elle-même "je suis si petite et si naine"), mais Emma Massaux qui l'interprète ne manque pas de force et de puissance. 


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


De l'énergie, les comédiens en ont à revendre car en plus des nombreuses courses pour aller se marier ailleurs ou suivre ou fuir l'amoureux aimé ou craint (les choses s'inversant au fil des épisodes), il vont encore nous démontrer leur vivacité - et la taille du domaine du Guensthal parce qu'ils vous apparaître au fin fond du paysage dans toutes les directions et qui en fait une des plus grande, sinon la plus grande scène d'Europe.


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


Nous n'arrêtons pas de basculer d'un univers onirique et magique, un rêve éveillé qui sied bien à ce décor magique de cette clairière isolée de tout à des entremets à la sauce comico-grotesque façon Commedia del'Arte auto-risée (dans le sens d'auto-moquée) avec tout un pan critique des moeurs de l'époque (statut et droits de la femme, marriages arrangés, indépendance,...) dans un théâtre classico-romantique. Le tout superbement rythmé et sans temps mort. L'entracte permettant à la fois de souffler un peu et d'échanger avec les autres spectateurs autour d'une bonne soupe, de délicieux fromages de la ferme voisine et d'un éventuel deuxième verre de très bon vin, le premier ayant été offert à l'arrivée pour nous récompenser d'avoir trouvé le chemin.


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker

Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


La troupe met les bouchées doubles, sinon triple si l'on prend en compte pour Bruno Journée son rôle de père d'Héléna, d'artisan et de lion (bien inoffensif) ou Isabelle Ruiz, à la fois charpentier et Prologue qui en fait trop (il raconte la pièce) mais aussi fée dans le Songe. Bruno Journée, à la fois, fée, truffe le rétameur et Thisbée nous offre un beau et comique (de répétition) suicide d'amour. Sophie Thomann en mur est très crédible et pas du tout décrépie (et pas décrépite). Muriel-Inès Amat nous éclaire de sa lunatique blancheur dans la nuit qui vient de tomber.


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


Une note particulière aux costumes, que ce soient ceux des artisans et de la troupe de théâtre, bien dans le côté un peu clownesque que pour les personnages athéniens antiques et aussi celui du monde des fées, tous en noir qui va chercher dans le monde de la nuit. Le personnage de la reine des fées qu'incarne avec grâce Blanche Giraud-Beauregardt en est toute avantagée, tout comme ses fées. Elle est aussi bien valorisée dans ses multiples costumes comme Reine des Amazones. C'est également le cas de David Martins qui trône royalement à la fois sur la nuit, en Obéron bien allumé et le jour en Thésée autocrate mais magnanime et indulgent. Nous n'oublions bien sûr pas Yann Siptrott, l'électron libre de tout ce cirque, en grand ordonnateur et tireur de ficelles invisibles qui habite la scène et les lieux et transmet toute son énergie.


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


A tous, nous disons un grand merci de nous offrir cette échappée hors du temps qui nous offre un regard amusé et critique sur nous et notre civilisation, maintenant et et perspective de l'époque élisabéthaine. Merci pour cette parenthèse nature où c'est la forêt qui fait office de micro et les vaches écossaises qui peuplent le décor. Et le soleil, quand il revient, nous éclaire de sa chaleur. Et la fraternité des spectateurs, favorisée par l'accueil des hôtes de cette terre, les Siptrott et toutes les personnes engagées dans cette aventure humaine qui nous rend humble.  Un rendez-vous indispensable, nécessaire, vital.


Un songe, une nuit, l'été - Guensthal - Compagnie du Matamore - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche. 


Un songe, une nuit, l'été


Tous les vendredis, samedis et dimanches du 8 juin au 7 juillet 2024 au Théâtre forestier du Guensthal

Création en salle du 14 au 19 janvier 2025 au Point d’Eau d’Ostwald


 Distribution : 

David Martins – Thésée (Duc d’Athènes) et Obéron (Roi des fées)

Muriel-Inès Amat / Blanche Giraud-Beauregardt – Hyppolite (reine des Amazones) et Titania (Reine des fées)

Patrice Verdeil – Egée (Père d’Hermia), Toile d’araignée (Fée au service de Titania) et Snut dit Le douillet (menuisier) / le lion dans l’intermède

Yann Siptrott – Philostrate (Maître des réjouissances) et Robin Goodfellow, dit Puck la caresse (Serviteur d’Obéron)

Charles Leckler –     (Jeune Athénien)

Geoffrey Goudeau – Démétrius (Jeune Athénien)

Emma Massaux – Hermia (fille d’Egée et Jeune Athénienne)

Magalie Ehlinger – Hélèna (Jeune Athénienne)

Isabelle Ruiz – Peter Quince dit Lecoing (charpentier) / prologue dans l’intermède et L’elfe (Fée au service de Titania)

Sophie Thomann – Tom Snout dit La truffe (rétameur) / mur dans l’intermède et Grain de moutarde (Fée au service de Titania)

Bruno Journée – Francis Flute (raccommodeur de soufflet) / Thisbé dans l’intermède et Phalène (Fée au service de Titania)

Serge Lipszyc – Nick Bottom (tisserand) / Pyrame dans l’intermède

Muriel-Inès Amat / Blanche Giraud-Beauregardt  – Fleur des pois (Fée au service de Titania) et Robin Starveling dit L’éflanqué (tailleur) / la lune dans l’intermède

Adaptation et mise en scène: Serge Lipszyc

Lumières: Jean-Louis Martineau

Scénographie: Sandrine Lamblin

Costumes: Maya Thébault

samedi 8 juin 2024

Foreshadow de Vantournhout au Maillon: prescience et précision des mouvements fous

 Dernière étape  du "Paysage" Vantournhout / not standing  au Maillon à Strasbourg avec Foreshadow. Après Through the Grapevine, le duo avec Axel Guérin, la Carte Blanche avec ses invités et ses projet et son solo VanThorhout,  voici la poursuite des sommets avec une équipe de huit danseurs rompus aux acrobaties circassiennes: Noémi Devaux, Axel Guérin, Patryk Kłos, Nick Robaey, Josse Roger, Emmi Väisänen, Esse Vanderbruggen et Chia-Hung Chung.


Foreshadow - Alexander Vantournhout - Photo: Bart Grietens


Le démarrage progressif, d'abord à trois, puis à quatre, puis cinq, puis sept, en lignes qui s'emmêlent et se traversent, offrent l'exposé d'une série de variations de mouvements liés et déclinés qui vont ressurgir au fur et à mesure du spectacle. La danse s'apparente à ce que ferait en musique Steve Reich ou Phil Glass. Une sorte de minimalisme construit qui se développe et se transforme, amenant une effet hypnotique. Pour la musique d'ailleurs ils s'accompagnent d'une bande son du groupe The Heat, un groupe britannique des années 80, entre le poste punk et le rock progressif, dont les morceaux choisis permettent soit des ambiances intrigantes, soit de rythmer en synchro les mouvements des groupes de danseurs sur des figures assez acrobatiques et souples. La musique n'est bien sûr pas toujours présente et l'on se plonge quelquefois avec les danseurs dans une concentration où l'on s'immerge carrément dans leurs vibrations, rebonds, courses avec rebonds, effets ciseaux, vrilles en rythme et révolutions variées avec toute la virtuosité et la concentration que cela nécessite.


Foreshadow - Alexander Vantournhout - Photo: Bart Grietens


On imagine aisément un ballet d'électrons plus ou moins libres qui parcourent la scène. Et, qui, quelquefois se retrouvent sur le mur de fond de scène dans des positions et situations assez originales et surprenantes. Par exemple une série de contorsions autour d'une main plaquée contre le mur avec un déplacement en traversée de scène. Parce que ce n'est pas juste le plateau qui leur sert d'espace d'expérimentation, ce mur de fond de scène par la magie des positions des corps semble basculer à 90 ou 180 degrés, au point que nous perdons les repères de bas et de haut, de position assise ou debout. Rien que par une bascule ou un geste qui nous fait lire l'espace sous un autre angle, le danseur peut être à l'horizontale et subitement debout,  comme vu de haut. 


Foreshadow - Alexander Vantournhout - Photo: Bart Grietens


La petite troupe va d'ailleurs utiliser ce mur de fond et une certaine adhérence pour nous proposer toute une série de sculptures de style "tableau vivant" comme s'ils étaient "collés" sur une feuille blanche. Pour les figures au sol, également ils jouent à la fois sur l'équilibre et les constructions d'équilibristes, de même que quelques sauts et roulades, culbutes et cabrioles. Les interprètes sont très sollicités, réalisant des mouvements symétriques ou complémentaires par petits groupes au point que nos regards aussi doivent être agiles.


Foreshadow - Alexander Vantournhout - Photo: Bart Grietens


Agiles aussi, tous les mouvements et toutes les constructions qu'ils vont faire sur ce mur de fond en bravant les lois de la pesanteur, pour aboutir - après une brève respiration salutaire - à un feu d'artifice final où l'agitation est à son comble et où quelques-uns restent accrochés tout en haut de ce mur de bien cinq mètres de haut avec suspensions, balancements, escalades et retournements dans des figures synchrones savamment orchestrées. Et le public, haletant et ébahi, les remercie d'une longue ovation debout. On se dit qu'une nouvelle expression artistique est née, entre danse, cirque, musique, un univers singulier et magique, mélange d'un travail physique et d'une précision millimétrée nécessitant une attention de chaque instant tout en faisant preuve d'une imagination et d'une qualité esthétique du geste et mouvement individuel et collectif pour arriver à ce formidable résultat. Une sacrée performance.


La Fleur du Dimanche

mardi 4 juin 2024

Vantournout dans VanThorhout: Thor tourne toujours

 Troisième étape dans Paysage, au Maillon à Strasbourg. Après le duo avec Axel Guérin, Through the grapevine où il explorait leurs deux morphologies comparées et la Carte Blanche, sorte de laboratoire de travaux en cours, voici avec VanThorout Alexander Vantournout dans un solo où il interroge les images de puissance, de violence, de virilité avant de basculer dans une figure plus féminine et pacifique qui prend le dessus. C'est à la fois une interrogation des mythes et traditions et du dispositif même de la démocratie dont il explore les limites, dans cette agora où les spectateurs se retrouvent autour de la piste et réactivent le cirque antique.


Alexander Vantournout - VanThorhout - Photo: Bart Grietens


Le cirque, c'est bien de là que vient notre performeur, et quand il est debout au début de spectacle, au centre de la scène circulaire, nous voyons bien sa musculature qui devrait nous rassurer sur le bon déroulement du spectacle que nous somme venus voir. Il est capable d'exploits physiques et également d'acrobaties et de pirouettes ou de sauts périlleux, de même qu'il doit être versé dans le jonglage et l'équilibrisme. Bon, cela commence doucement, si l'on peut dire, quand, torse nu dans sa jupe culote au genou il commence à tourner en des cercles hélicoïdaux en bougeant ses mains en tire bouchon du dessus de sa tête vers son buste et redescendant, enroulant et déroulant ses bras. Le rythme se perturbe en gestes plus amples des bras, pliés, dépliés, rentrés, jetés, puis en mouvement de vis sans fin de derviche tourneur puis en toupie et culbuto. L'exercice est intense, et on s'imagine le vertige qui nous prendrait à essayer de l'imiter ne serait-ce que quinze secondes et une dizaine de tours.


Alexander Vantournout - VanThorhout - Photo: Bart Grietens



Il s'arrête et passe en revue chaque spectateur dans un tour d'horizon attentionné puis repart dans un nouveau cycle de rotations pour arriver auprès du marteau "Mjöllnir" tant attendu. D'abord il le traîne comme un boulet, une masse ou un châtiment aux quatre coins de cette scène circulaire puis le fait tourner, entraînant son corps emporté par la force d'inertie qui le happe. Puis l'arrête brusquement. Il va ainsi jouer avec ce marteau au très long manche en le faisant tournoyer autour de lui, le faisant monter et descendre, jouant également avec nos nerfs, que cependant il ne va pas tirer à bout. 


Alexander Vantournout - VanThorhout - Photo: Bart Grietens


De façon tout à fait surprenante, cette arme de combat mythique, vigoureuse et raide, va tout à coup se révéler malléable, presque molle quand il la transforme en une antithèse du numéro d'assiette chinoise où la masse est immobile et le bâton flexible. Et ainsi ce marteau massif se fait apprivoiser en devenant un objet docile et ductile. Ayant fait le tour du marteau, il l'abandonne dans un coin du cercle pour récupérer en face une barre blanche qui se révèle être un drapeau blanc, objet à l'exact opposé du marteau guerrier, ce drapeau blanc, symbole de paix, se fera aérien et léger, enveloppant. Il le fera voler, tournoyer et survoler nos têtes. Il claquera au vent, symbole d'élévation et d'apesanteur alors que le lourd marteau râclait le sol de tout son poid s. Le drapeau, même roulé bruissant encore d'un souffle rassurant sinon divin. Alexander Vantournout retrouvant ses racines circassiennes lui fera faire des pirouettes et toute une série de figures magiques, d'autant plus magiques qu'il va se déployer et se refermer en un clin d'oeil sans raison. Tour comme par des mouvements agiles il va le faire voltiger dans tous les sens simplement avec le dessus de son poignet puis lui faire faire des figures magiques.  merveilles de l'équilibre et du centre de gravité. Et, cadeau suprême, il va littéralement le déployer au dessus de nos têtes de spectateurs comme un ciel protecteur en ayant imperceptiblement déployé le manche de son mat en une ultime bénédiction divine. Nous avons changé de Dieu ! Et finalement le drapeau recouvre le marteau qu'il ramène étrangement au centre de la scène. 


La Fleur du Dimanche

Un Requiem Allemand de Johannes Brahms par l'OPS à Strasbourg: Grandiose et bouleversant, un triomphe

 Johannes Brahms (1833 - 1897) aura mis pas mal de temps à composer en totalité ce Requiem Allemand, même s'il s'y est mis jeune. Déjà à vint-et-un ans, peu de temps après qu'il ait rencontré Robert Schumann, rencontre décisive dans sa carrière, ce dernier lui avait suggéré ce type de création. Et à la suite du décès de ce dernier en 1856, il se senti investi de la mission de faire ce requiem, Et c'est au décès de sa mère, en février 1865 qu'il s'y consacra plus et composa la totalité des sept mouvements qui seront présentés en totalité en 1868 à Brême - une première version, restée à trois mouvements furent présentés à Vienne en décembre 1967.

Ce Requiem n'est bien sûr pas un Requiem classique de la liturgie catholique, célébration de funérailles mais très inspiré de la Bible en allemande de Martin Luther et les textes choisis par Brahms, issus à la fois de l'ancien et du nouveau célèbrent la rédemption, l'allégresse et la consolation: "nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés". La composition n'est donc pas une messe mais ressemble plus à une musique funèbre sous forme d'oratorio, même s'il découpe ca pièce en sept parties pour choeur et solistes. Ce solistes n'interviennent d'ailleurs pas souvent, le baryton arrive au troisième mouvement et la soprano au cinquième. Et la pièce dure une bonne heure et quart.


Un Requiem Allemand - Johannes Brahms - OPS - Aziz Shokhakimov - Photo: Gregory Massat


Pour la version présentée avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg sous la direction de son chef Aziz Shokhakimov, les solistes Pretty Yende et Ludovic Tézier sont superbes et leurs voix magnifient cet bel ouvrage. Les choeurs de l'Orchestre de Paris, choeur amateur sous la direction de Richard Wilberforce, et ce soir mené par Ingrid Roose, chef déléguée sont vraiment superbes et apportent toute leur finesse et leur puissance dans l'interprétations de ces magnifiques compositions.

Le premier mouvement, "Selig sind die die da Leid tragen" commence sans les violons et installe une ambiance construite par les vents et les choeurs avec les deux harpistes. Il nous promet la consolation, la joie et l'allégresse. Pour le deuxième mouvement "Denn alles Fleisch, es ist wie Gras" et qui nous apprend la patience et la rédemption, voit un magnifique entrelacement entres les airs chantés par le choeur et l'orchestre qui tricottent de belles mélodies entremêlées et où chacun laisse une belle place à l'autre.

Pour el troisième mouvement "Herr lehre doch mich" c'est la voix puissante du baryton Ludovic Tézier qui lance son appel à Dieu pour connaître son sort et chanter sa petitesse face à Dieu et son espérance tandis que le choeur reprend et rassure. C'est le même choeur qui pour le quatrième mouvement célèbre la demeure de Dieu sur un rythme plus enthousiaste et avec des répétitions en chantant la joie et l'espoir.


Un Requiem Allemand - Johannes Brahms - OPS - Pretty Yende - Photo: Gregory Massat 


Pour le cinquième mouvement, 'Ich hab nur Traurrichkeit" la soprano Pretty Yende nous enveloppe dans sa tristesse et sa recherche de réconfort avec sa voix douce et claire, magnifiquement posée et qui finit comme en suspension dans l'air.

Le mouvement suivant, "Denn wir haben hier keine bleidende Statt", qui nous parle d'espoir, du jugement dernier et d'espoir où le Baryton dialogue avec le choeur et où la tension monte au fur et à mesure finit avec énergie dans une fin emphatique et puissante avec force trompettes.

Le dernier mouvement "Selig sind die Toten", chanté par le choeur démarrant dans les graves célèbre les morts et leur repos voit un très beau balancement entre l'orchestre et le choeur dans une très émouvante et touchante interprétation où à la fois l'orchestre, superbement dirigé par Aziz Shokhakimov et les Choeurs de l'Orchestre de Paris donnent la pleine mesure de leurs talents et le public n'en est que plus subjugué, réservant au chef, aux solistes et également à ce magnifique choeur amateur des applaudissement nourris, généreux et répétés. Un beau succès que cette magnifique soirée.

Brahms - Requiem Allemand - OPS - Choeurs de l'Orchestre de Paris _ Photo: lfdd

Brahms - Requiem Allemand - OPS - Choeurs de l'Orchestre de Paris _ Photo: lfdd

Brahms - Requiem Allemand - OPS - Choeurs de l'Orchestre de Paris _ Photo: lfdd




La Fleur du Dimanche


    

samedi 1 juin 2024

Carte Blanche à Alexander Vantournhout au Maillon: écouter, voir, comprendre, rêver

 Installé dans le Paysage du Maillon pendant dix jours Alexander Vantournhout  nous offre lors d'une soirée Carte Blanche différents points de vue pour nous permettre de comprendre la cuisine de sa création chorégrapho-circassienne en quatre étapes.


Morgana Cappellani - Photo: Tim Coppens


Au travers d'une conférence dansée de Morgana Cappellari, danseuse de l'Opéra Ballet de Flandre, il soulève pour nous à la foi un pan de tutu mais aussi l'histoire particulière d'une danseuse qui n'était pas destinée à cela mais qui a eu un parcours très personnel et il creuse les dessous des pieds d'une danseuse. Ainsi, tout en dansant, s'échauffant, nous expliquant ses exercices à la barre et l'histoire entremêlée du tutu (plateau et long) et de l'éclairage (douche et frontal) et ses effets sur la perception de la danse par le spectateur (le corps coupé en deux et la disparition des jambes pour l'interprète qui par conséquent la rend "aérienne). On apprend à la fois sa trajectoire personnelle (suivant sans enthousiasme à 8 ans les pas de sa soeur dans l'appartement de Curubita au Brésil) et son parcours (alors qu'elle voulait devenir chanteuse, les influences de ses enseignants qui l'ont amené aux Etats-Unis puis à Sao Polo avant une tournée internationale où elle est passée par la Belgique pour finalement devoir se décider d'y emménager très rapidement). Apprendre aussi plus en détail ce qui touche les pieds, à la fois en terme d'équilibre (avec projection des images d'un "podoscope"), de découvertes insolite (un os supplémentaire qu'il faut ôter) et des secrets des chaussons de danse "pointes" - "Point shoe" avec quelques clins d'oeils vers le cirque (au moins pour le partage de cet "outil" et de ses adaptations à la morphologie personnelle. Une très intéressante ballade du particulier à l'histoire et à la science.


Alexander Vantournhout au Maillon - Bolero en cours


Le deuxième temps est consacré à un travail en cours et nous montre que danser n'est pas réservé au corps humain mais que la magie de la danse, sur un Boléro de Ravel peut aussi se produire sur un mini plateau sur lequel toute une panoplie de toupies, plus ou moins élancées, quelques-unes réversibles, qui se relèvent ou même font demi-tour, qui éclatent ou changent de couleur ou qui accélèrent quand on les perturbe se mettent à danser, sous l'impulsion de le main droite du gaucher contrarié qu'est Alexander Vantournhout. Il prend cependant beaucoup de plaisir à diriger cette chorégraphie mécanique à "programme d'action" et qui nous fascine aussi en faisant ressurgir notre âme d'enfant.




En troisième temps nous avons droit à deux extraits de la pièce Every_body,deux duos entre Alexander Vantournhout et Emmi Väisänen qui nous emmènent dans la poésie des interactions de deux corps qui, quelquefois nous font perdre nos repères. Ainsi le premier situé sur un tapis roulant d'appartement nous offre les multiples variations des deux danseurs qui marchent d'abord côte à côte puis se tenant proche, puis écartés, en tension, mais les pieds côte-à-côte (tapis oblige) avec toutes sortes de figures de déplacement combinés de ces quatre pieds (alternatifs, successif, en en parallèle, entremêlés, droits ou de côté) dans une accumulation-variation hypnotique jusqu'à l'ivresse, au point que, quand ils en arrivent à la fin de leur "chorégraphie", nous nous rendons compte que tout au long de cette "marche immobile" ils ont avancé du fond de la scène jusqu'à l'avant sans que nous nous en soyons aperçu, ce qu'Alexander Vantournhout qualifie de magie. Et c'en est vraiment, tout comme on pourrait qualifier de magie les mouvements intrigants et énigmatiques, presqu'inexplicables. Ce qui était aussi le cas dans son spectacle Through the Grapevine et l'est aussi dans le deuxième extrait où les variations se font autour d'une table - sans chaises - qui permet à nos danseurs de tourner autour d'elle et d'eux-mêmes tout comme de jouer sur la gravité et les points de vues qui semblent tourner. Tout en jouant avec les limites des mouvements du corps et des interactions des corps entre eux et avec les objets.


Alexander Vantournhout au Maillon


C'est dans cette direction qu'Alexander Vantournhout avoue travailler dans son domaine de recherche et de création lors de la discussion avec Barbara Engelhart, la directrice du Maillon lors de l'échange qui suit. Il explique son parcours qui va du cirque à la danse comme interprète puis à la chorégraphie, d'abord en solo - on n'est jamais mieux servi que par soi-même, surtout dans un domaine où rares sont les personnes qui connaissent ses domaines de prédilection - puis avec d'autres. Il avoue aussi qu'il travaille plus facilement sur les chorégraphies où il laisse le corps s'exprimer et donner la direction du mouvement plutôt que d'organiser celui-ci au préalable dans l'espace ou en étant tributaire d'une musique sur laquelle poser les positions et les déplacements. Nous avons effectivement constaté dans ses différents spectacles qu'il nous a déjà proposé que ce qui est important pour lui, c'est le corps du danseur, ses attributs - éventuellement des extensions (boule de pétanque ou gants de boxe et chaussures à plateau pour ANECKXANDER, vu à Pôle Sud en 2017) et les relations entre les corps de chaque danseur. Et il n'aime rien tant que d'explorer et d'interroger les limites de certains systèmes et constations - ce mouvement est-il possible ? Et à quoi cela peut-il aboutir ?

Une sujet qu'il n'a pas fini de creuser et dont nous attendons avec impatience la suite.


La Fleur du Dimanche 

vendredi 31 mai 2024

Christophe Feltz et Apollinaire: Lettres à Lou, un amour fou, un amour F. Lou - mise au point

 Qui n'a en son adolescence lu les Poèmes à Lou en rêvant de grand amour. Christophe Feltz aussi sûrement, mais c'est une lecture émouvante des Lettres à Lou par Jean-Louis Trintignant au Festival d'Avignon en 2005 qui a poussé notre comédien amoureux des poètes à garnir sa palette de ces lettres d'amour fou et insensé. Pour les replacer dans l'histoire, Guillaume Apollinaire dont la relation amoureuse agitée avec Marie Laurencin avait pris fin tombe amoureux au premier coup d'oeil de Lou - Louise de Coligny-Châtillon - près de Nice, il lui écrit le 28  septembre 1914 une lettre où il lui dit "vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient" - C'est vrai que ses yeux sont troublants. 


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Et c'est le début d'une longue relations où ils jouent au chat et à la souris - Lou se refuse puis s'offre généreusement puis reprend du recul tandis que Guillaume, ayant demandé à s'engager dans l'armée et à se faire naturaliser, après des classes à Nîmes, part sur le front en mars 1914. Il lui écrit toute une série de lettres qu'il lui demande de garder (pour publication). Leurs échanges se raréfient à partir de 1915, quand il rencontre Madeleine Pagès (avec qui il échange le 2 janvier 1915 lors d'un déplacement pour aller voir Lou et va même jusqu'à demander sa main - sans suite - à sa mère le 10 août 1915) et s'achèvent avec une dernière lettre le 18 janvier 1916.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Ces lettres, superbes missives d'amour, mais aussi remémorations des exubérants moment passés ensemble, entre nostalgie et plaisirs partagés, atmosphères brumeuses ou moments intimes, mêmes des moment doux, d'autres érotiques, et il y est même question de schlague et de domination. Et puis encore de mort et de séparation, de la guerre et de l'oubli. Il est aussi question d'amour et de corps, de coeur et de regrets, de séparation et d'abandon. Tout cela, Christophe Feltz nous les offre dans ce nouveau spectacle qu'il présente dans la Salle Mozart du Munsterhof à Strasbourg. 


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Pour ce voyage, fait en commun, en plaisir partagé, puis qui sent la distance, l'angoisse de l'abandon, cette traversée d'une formidable histoire d'amour comme on peut les fantasmer - ou les vivre, au moins par procuration ou par délégation, Christophe Feltz nous emmène avec lui avec toute la sensibilité avec laquelle il arrive à nous transmettre ces lettres. Il nous les dit à fleur de peau, à fleur de sentiment, il nous dit l'amour, le plaisir, le manque, la souffrance, la nostalgie, la perte. Il nous dit le plaisir, les étreintes, les moments intimes, dans le langage imagé d'Apollinaire que l'on arrive à imaginer, un peu comme lui brossait des poèmes en calligrammes. Et dans ces paysages intimes ou ces élans fougueux, ces moment de répit, ces tableaux des tranchées, pas tristes cependant parce que "le lilas va fleurir" et les obus deviennent bague de fiançailles et "malgré tout, malgré toi, ;... je vois la vie en rose", l'amour est une consolation.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Pour contribuer avec bonheur à la joie de ce voyage, c'est aussi l'accordéon de Marcel Loeffler qui ponctue, soir entre les textes soit en les accompagnant en douceur quelquefois avec des airs de Satie en variation gymnopédiques et serpentines, les doigts dansant allègrement sur son clavier. Et avec Satie, Ravel et autres mélodies de cette époque comme base d'improvisation, de magnifiques mélodies ponctuent et amènent respirations, échappées ou soutien à ces merveilleux textes. Pour conclure, en anaphores incantatoires qui s'éteignent au lointain, le souvenir de cet amour s'envole dans la nuit et une dernière improvisation du virtuose du piano à bretelle, Marcel chauffe la salle pour nous guérir de ces amours qui bien qu'heureux finissent mal, mais cela on le savait. On en a bien profité avant.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche, 


mercredi 29 mai 2024

Through the Grapevine d'Alexander Vantournhout au Maillon: Une danse à la (dé)mesure du corps

 Le Maillon à Strasbourg, dans sa programmation annuelle offre des points de passage, des voyages, des  étapes. Avec la ponctuation "Paysage", le Maillon nous offre une pause de dix jours avec et autour du chorégraphe - ou devrait-on dire le circassien, mais non il est un peu partout - belge Alexander Vantournhout. Il aura une "Carte Blanche" qui promet ce week-end et deux autres spectacles en juin et il démarre en beauté et en force avec Through the grapevine.

Le ton est donné avant d'entrer dans la salle avec un espace entre le gymnase et le cabinet de curiosités scientifiques, où le spectateur ou la spectatrice peut mesurer son équilibre, interroger son amplitude ou son élévation. On peut ainsi comparer les différentes dimensions et mesures de son corps et les comparer entre elles ou avec ses compères ou commères. Un exercice plaisant qui renvoie directement au début du spectacle où les deux comédiens-danseurs Alexander Vantournhout et Axel Guérin se toisent littéralement. D'une part des yeux, mais immédiatement après dans des exercices très concrets de comparaison de la taille des os, membres, proportions du corps. Et ceci dans une poésie presque surréaliste. 


Through the Grapevine - Alexander Vantournhout - Axel Guérin - Photo: Bart Grietens


Il nous font toucher du doigt la diversité dans l'individualité. Alors que devant nous nous voyons deux hommes visiblement de la même taille, à un cheveux (ou plutôt une boule de cheveux pour Axel Guérin) près, nous nous rendons compte de manière très pragmatique et visible que les deux corps qui s'offrent à notre vue sont totalement dissemblables. Ainsi, dans la comparaison appliquée partie du corps par partie du corps: bras, avant-bras, mains, jambes, torse, tête, corps assis ou couché, ou courbé, nous assistons à un ballet de la dissemblance appliquée dans une chorégraphie inventive où chaque différence anatomique est prétexte à une mise en scène ou en espace différente dans des enchainements d'une fluidité extraordinaire. 


Through the Grapevine - Alexander Vantournhout - Axel Guérin - Photo: Bart Grietens


Il n'y a aucune répétition, sauf celles qui permettent de temps en temps de déployer des gestes qui en deviennent esthétiques, presque des canons de la danse classique ou mieux de la Modern Dance. Ce catalogue de base constitué et démontré, ils en arrivent à construire des syntagmes de mouvements plus complexes en assemblant ces éléments et en les transformant en mouvements tout aussi surprenants. Ainsi, après une confrontation en miroir "déformé" nous en arrivons à une "fusion" des deux danseurs intriqués et mélangés. 


Through the Grapevine - Alexander Vantournhout - Axel Guérin - Photo: Bart Grietens


Ce sera toute une variation de bêtes bizarres et étranges, comme d'étranges créatures à quatre pieds, une pieuvre ou une engeance à deux corps et une seule tête, ou une poitrine à deux têtes. Mais tout cela bouge, se transforme à l'infini et ce processus de mutation en lui-même est également fascinant, tout comme les différents modes de déplacements des ces ectoplasmes ou les figures acrobatiques tout autant qu'esthétiques qui en découlent. Elles sont toutes plus improbables et surprenantes les unes que les autres, franchement inimaginables - mais ils les réalisent devant nos yeux, ainsi de la culbute entre les jambes, de la roulade à deux, des jambes - ou des bras - qui changent de propriétaires. 


Through the Grapevine - Alexander Vantournhout - Axel Guérin - Photo: Bart Grietens


Ces acrobaties insolites dégagent une esthétique et une grâce dans une fluidité parfaite. Au total une performance sans accroc et impressionnante, tenue et développée dans une maîtrise totale de corps et une écoute de l'autre avec des gestes impeccables, synchronisés et précis pendant une belle heure de bonheur.


La Fleur du Dimanche