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| Poufs aux Sentiments - Clédat & Petitpierre - Photo: Yvan Clédat |
Blog culturel sur les Arts: littérature, danse, théâtre, musique, classique ou contemporaine, jazz, concerts, Arts plastiques, expositions, et des photos de fleurs.
jeudi 13 avril 2023
Poufs aux sentiments : la carte du tendre dans un jardin merveilleux à la Française
mercredi 12 avril 2023
Botanica dans le Curieux Festival au Point d'Eau: comment les plantes nourrissent la musique et la musique nous nourrit
Il est des conjonctions heureuses qui permettent d'apprécier à la fois les sciences, la nature et la musique. En l'occurrence la rencontre du collectif lovemusic et de la manifestation le Curieux Festival qui présente sous une forme spectaculaire conférences, performances, rencontres, concerts, ateliers et spectacles - différents aspects de la science sous une forme ludique, humoristique ou insolite.
Jetez un coup d'oeil (curieux) sur leur programmation, il y a plein de choses à découvrir - plus d'une douzaine d'événements pour petits et grands dans sept lieux (sans bottes): Le Point d'Eau, l'Illiade, Le Préau, le Vaisseau, le Planétarium (le nouveau - mais c'est complet!), le Vox (avec Asimov) et Les Ateliers éclairés à la Coop.
C'est au Point d'Eau que cela commence avec le spectacle Indomptable, suivi d'un atelier Botanique et du concert de lovemusic Botanica.
Et cela tombe très bien parce qu'ayant raté la création de la composition de Daniel D'Adamo le 24 mars, une chance de la revoir m'est donnée. C'est rare de voir une création reprise et nous pouvons remercier le Curieux Festival de l'avoir proposé. D'autant plus que nous profitons de l'éclairage de la botaniste-écologue Audrey Muratet qui, en introduction des quatre plantes pour lesquelles Daniel d'Adamo a composé des pièces, textes et musique, nous éclaire sur l'aspect scientifique et botanique des plantes. Et nous en sommes comblés dans notre curiosité naturaliste (Le blog ne s'appelle pas La Fleur du Dimanche pour rien). Un complément de commentaire des musiciens de lovemusic est aussi l'occasion de mieux saisir l'aspect "composition" d'une pièce et de découvrir l'implication du compositeur - qui n'a malheureusement pas pu assister à cette présentation - pour ces sujets et les différentes motivations qui l'ont porté.
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| Love Music - Botanicum - Curieux Festival - Point d'Eau - Photo: lfdd |
Ces quatre compositions sont "encadrées" par cinq "listes botaniques" qui reprennent la première liste de végétaux - plutôt pour ses aspects "médicinaux" - du médecin et botaniste grec Dioscorides, né au premier siècle et dont le médecin et botaniste siennois Pietro Andrea Mattioli a publié la liste en italien ancien en 1544. Les différentes listes sont soit chuchotées ou chantées, accompagnées ou non de sons brefs des différents instruments, avec quelques soupirs en prime.
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| Love Music - Botanicum - Curieux Festival - Audrey Muratet - Point d'Eau - Photo: lfdd |
Pour Le cactus, nous apprenons que la plante est originaire d'Amérique Latine et qu'elle est adaptée à un environnement désertique. Ses feuilles, organe de respiration de d'évaporations sont très petites - ce sont les aiguilles - ses racines sont étendues (il en fabrique des petites, provisoires lorsqu'il pleut), sa peau est protégée et son corps est spongieux (il retient l'eau), d'où son nom de "plante succulente". Et il ne respire que la nuit ce qui lui permet de perdre un minimum d'humidité. Daniel D'Adamo a intégré cette lenteur dans sa composition qui évolue vers un déséquilibre et des glissades, inspirées par la magie et les traditions chamaniques des tribus qui en consomment.
Le Moabi est un arbre d'Afrique dont le fût est élevé - plus de 70 mètres de haut - avec une couronne large (50 mètres) qui ne fleurit qu'à partir de 50 à 70 ans et dont les fruits tombent donc de haut avec un bruit sourd dont les vibrations attirent les éléphants qui s'en nourrissent. Ce qui pour la composition donne ces éléments de chute rapide (avec tenue du son et vibration par exemple de la clarinette, et de choc à l'arrivée). Pour le texte, l'auteur s'est inspiré des traditions des pygmées racontant que ceux-ci se rendent invisibles en s'enduisant de la poudre d'écorce de cet arbre. Le moabi est exemplaire dans son interaction de son écosystème qui doit à la fois aux chauves-souris de se faire féconder et aux éléphants de disperser les graines ingérées pour ne pas disparaître.
Le Desmodium Girans est un arbrisseau d'Asie du Sud-Est de la famille des légumineuses (fabaceae) avec de jolies fleurs roses velues et qui a la particularité de produire des signaux électriques à la naissance de certaines feuilles, ce qui les fait se mouvoir. C'est le physicien indien Satyendranath Bose qui s'intéresse à ces phénomènes chez les plantes (auparavant il a écrit un article reconnu par Einstein sur le rayonnement du corps noir et la particule boson lui doit son nom). Dans le texte, Daniel D'Adamo désigne la plante comme Tanzpflanze - plante dansante et Telegraphenpflanze - plante télégraphique.... d'où les signaux morse qui sont inclus dans la partition. C'est la soprano Léa Trommenschlager qui dit le texte, charmant les musiciens qui jouent.
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| Love Music - Botanicum - Curieux Festival - Point d'Eau - Photo: lfdd |
La dernière plante est le Nénuphar Géant.,Cette plante dont la stratégie de fécondation est surprenante et se passe en deux temps. Dans un premier temps, elle attire les coléoptères qui viennent chercher la chaleur en son sein - il fait onze degré de plus près de son organe femelle ce qui lui permet de capter une première nuit les insectes qui restent dans la fleur qui se referme. Puis, la fleur fécondée changeant de couleur, ces mêmes insectes migrent vers les organes femelles pour se recouvrir de pollens qu'ils vont offrir à une nouvelle fleur, évitant ainsi l'autofécondation. Pour cette composition, c'est le percussionniste Rémi Schwarz qui se retrouve au centre de la pièce, disant le texte et jouant sur un grand tam-tam avec un peu d'eau au creux, image symbolique de nénuphar, jouant à la fois des sons censés être "sous l'eau" et "sur l'eau" selon les instruments qu'il utilise.
La combinaison des pièces musicales et les explications, autant de la part des musiciens que les explications scientifiques ont intéressé le public, très divers - et familial présent qui en a retiré une double satisfaction et a pu encore ensuite explorer l'exposition de découverte de plantes dessinées par Elsa Saunier qui a réalisé les animations visuelles projetées pendant le concert. Le collectif lovemusic, composé de Léa Trommenschlager à la voix, Emily Yabe au violon, Lola Malique au violoncelle, Emiliano Gavito à la flûte, Adam Starkie à la clarinette, Nejc Grm à l'accordéon, Nuno Pinto à la guitare et Rémi Schwartz aux percussions nous a, comme à son habitude, vraiment enchanté et a apporté une belle touche musicale dans la vie des plantes.
La Fleur du Dimanche
mardi 11 avril 2023
Tout mon amour au TNS: Disparaître ou ne pas disparaître, That is the question !
Dans la pièce de Laurent Mauvignier mise en scène par Arnaud Meunier au TNS, Tout mon amour, il est question de disparition et de fantômes, de revenants également. Sous différentes formes d'ailleurs... Cela pourrait être un polar, mais c'est plutôt un "thriller" psychologico-sociologique dont il vaut mieux ne pas révéler la chute, glaçante. Effectivement la pièce se construit comme une énigme dont on découvre au fur et à mesure des indices qui apparaissent, objets ou éléments de discours, une chemin tortueux qui ouvre des perspectives surprenantes. A l'image de ce décor, scénographié par Pierre Nouvel, fait de panneaux qui se voilent ou deviennent transparents ou qui bougent pour modeler l'espace intérieur et extérieur, trajectoires ou recoins pour s'isoler ou fuir, ou espaces de rencontre plus ou moins conflictuelles.
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| Tout mon amour - Laurent Mauvignier - Arnaud Meunier - Photo: Pascale Cholette |
Avec cet ailleurs aussi, relié par un téléphone qui permet de joindre le bout du monde (le Japon, où le frère a pris ses distances) ou plus proches, d'où on peut faire apparaître d'un simple coup de fil le fils dès qu'il est convoqué. L'on apprend donc très vite que le père, campé dans toute sa puissance volontiers éruptive par Philippe Torreton, est revenu dans la maison familiale qu'il vend à l'occasion de l'enterrement du grand-père. Que des imprévus retardent le retour, ce qui déplait à la mère qu'incarne avec une élégance secrète et grise Anne Brochet. La situation aboutit à une belle déflagration verbale, magistral dialogue de sourds, et permet également dans la foulée, l'apparition d'un revenant, en l'occurrence une jeune fille - incroyable Ambre Febvre - qui se dit être Elisa, leur fille disparue dix ans plus tôt, à six ans, au même endroit.
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| Tout mon amour - Laurent Mauvignier - Arnaud Meunier - Photo: Pascale Cholette |
A l'instar de tous les revenants, elle va donc perturber l'équilibre de ce couple et le déroulement de la suite à travers de situations, certaines auxquelles on s'attend et d'autres beaucoup plus improbables et surprenantes, que je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Autre revenant, le grand-père, auquel Jean-François Lapalus donne une réalité bien terre-à-terre. Il est rattaché au père (il n'y a que lui qui le voit - et bien sûr les spectateurs), c'est à la fois sa mauvaise conscience et sa soupape de sécurité, l'occasion aussi de ramener du rire, quelquefois gras ou choquant dans le déroulement de la pièce.
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| Tout mon amour - Laurent Mauvignier - Arnaud Meunier - Photo: Pascale Cholette |
L'intrigue va ainsi avancer, construisant un univers et des caractères, dévoilant des êtres et des fonctionnement dans ce qui pourrait être un espace mental où chacun dialogue avec lui-même ou monologue avec l'autre, nimbé de la lumière irréelle d'Aurélien Guettard et littéralement baigné dans les nappes de musique de Patrick de Oliveira. Les personnages sont bien servis par les grands comédiens dont j'ai déjà parlé, et les jeunes, sortis de l'école de la Comédie de Saint Etienne (qu'Arnaud Meunier avait dirigé) sont aussi remarquables. Romain Fauroux qui joue le fils, a un présence sensible et un caractère bien trempé et Ambre Febvre arrive à incarner toute la douleur de cette fille qui aurait disparu très jeune, par une attitude physique qui montre l'entrave et le déséquilibre avec brio.
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| Tout mon amour - Laurent Mauvignier - Arnaud Meunier - Photo: Pascale Cholette |
De manière totalement antinomique à son titre, la pièce de Laurent Mauvignier nous emmène dans les dédales des âmes sombres, des fantômes intérieurs et des revenants qui ramènent les personnages à révéler leur vraie nature qui n'a rien d'angélique et qui nous confronte à des situations qui ne nous laissent pas indemne.
La Fleur du Dimanche
Au TNS du 11 au 15 avril 2023
Mise en scène Arnaud Meunier
Avec
Anne Brochet - La mère
Romain Fauroux * - Le fils
Ambre Febvre * - Élisa
Jean-François Lapalus - Le grand-père
Philippe Torreton - Le père
Collaboration artistique Elsa Imbert
Assistanat à la mise en scène Parelle Gervasoni
Scénographie Pierre Nouvel
Lumière Aurélien Guettard
Musique Patrick De Oliveira
Costumes Anne Autran
Coiffures / Maquillages Cécile Kretschmar
Production MC2: Maison de la Culture de Grenoble - Scène nationale
Production à la création La Comédie de Saint-Étienne - Centre dramatique national
Coproduction Espace des Arts - Scène nationale Chalon-sur-Saône
dimanche 9 avril 2023
Le lapin, le castor et le philosophe de Pâques
En 2014, pour Pâques, je vous avais offert un lièvre là peint dans l'herbe, aujourd'hui, je vais vous parler des trois lièvres et d'autres animaux, et de philosophie.
Mais pour commencer, comme c'est vraiment le Printemps et aussi Pâques, je vous offre les fleurs du jour. Pour commencer les fleurs de poirier :
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| Fleurs de poirier du jour - 9 avril 2023 -Photo: lfdd |
En TVA (Texte à Valeur Ajoutée), j'ai pas mal de choses à vous dire (et à vous demander). Je commence avec le lapin (ou lièvre?) de Pâques. Je vous rappelle que le lièvre n'est pas un lapin et que ça pose problème (d'ailleurs j'ai parlé du Problème lapin ici en février 2022). Pour faire court, le lièvre est plutôt sauvage et court plus vite que le lapin (45-50 km/h contre 30-40). Et le lièvre n'est pas domestique.
Est-ce pour cette raison que le "lièvre de Pâques" (tradition germanique) est devenu le lapin de Pâques. En France c'étaient les "cloches" qui apportaient les oeufs... Pâques fait référence dans les langues anglo-saxones à la divinité Eostre, qui a donné Ostern en Allemand et Eastern en Anglais, déesse de la fertilité (tout comme le lièvre) et du Printemps. Ma quête du lièvre a débuté par le questionnement d'un ami qui recherchait des informations sur le restaurant "Aux trois lièvres" de Strasbourg, rue du Parchemin, aujourd'hui disparu.
Si vous avez des images ou des souvenirs sur ce restaurant, je vous remercie de me les transmettre. Moi-même j'ai connu et ai mangé dans cette winstub traditionnelle.
Voici les deux lapins de Jacques van Maerlant (Der naturen bloeme (détail), vers 1340-1350, 35 x 55 mm, Bibliothèque royale, Utrecht) qui attendent le troisième:
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| Jacques van Maerlant - Der naturen bloeme (détail) - Bibliothèque royale, Utrecht |
Ces recherche m'ont fait découvrir le Blog de Michel Terrier (ça ne s'invente pas), un Spinalien qui chasse les trois lièvres, et trois Anglais du Devon - où se trouvent pas mal de représentations de cette image des trois lièvres qui ont leurs oreilles en commun: Tom Greeves (archéologue et historien), Sue Andrew (chercheur) et le photographe Chris Chapman.
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| 3 lièvres, 3 oreilles, aucun n'en a perdu une |
On apprend que la première représentation connue de cette figure se trouve dans la grotte Mogao en Chine et date des années 581-618, Dynastie Suy. D'autres se trouvent dans les civilisations aisiatiques ou peut-être sur une céramique du Pakistan. Le voyage de l'Est (East/Ost-ern) vers l'Europe s'est fait plus tard et l'on trouve des traces de ces trois lapins autant dans l'iconographie juive que chrétienne.
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| Le Vitrail aux 3 lièvres de la cathédrale de Paderborn |
On en trouve des exemples en Ukraine, en Allemagne (à la Cathédrale de Paderborn), en France (pas mal dans les Vosges) ou le Devon en Angleterre (où c'était l'emblème des mineurs d'étain).
Surtout ne vous fiez pas à l'IA Chat-GPT qui vous raconte qu'il y en a dans la civilisation péruvienne Mochica ou sur la "maison des 3 lièvres" à Dijon (en fait le bâtiment est nommé "maison aux trois visages" ou aussi aux trois pignons), par contre il y en a à Luxeuil - la Carte Postale faisant foi:
Alors, trinité, éternité, ou cycle du jour et de la vie, à vous de voir...
Pour ma part, je penche pour la "collaboration" ou l'écoute de l'autre... Ne dit-on pas "prête moi une oreille" et ces lapins se les prêtent à volonté.
Et en guise de symbole du renouveau de la nature, je vous offre les fleurs de pommier du jour:
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| Fleurs de pommier du jour - 9 avril 2023 - Photo: lfdd |
Pour continuer avec les TVA et en sautant du coq à l'âne ou plutôt de l'oeuf du lapin (de Pâques), ou de la poule du coq, je passe à la queue, que le castor a ronde:
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| Où est la queue du castor ? - Photo: lfdd |
Si vous avez vu la queue d'un castor sur la photo ci-dessus, je vous offre des oeufs de Pâques (il y a quand même des trace de castor).
A propos du castor et du philosophe, il ne s'agit pas de Sartre (et de Simone), mais de Baptiste Morizot qui replace l'homme à sa juste et modeste place dans la nature et qui remplace le terme "l'homme" par "l'humain". Il ne faut pas oublier que si on met l'existence de la terre sur une échelle d'une journée (24 heures), la vie n'est apparue qu'à la dernière minute et l'homme à la dernière seconde... Tout est relatif comme dirait Albert Einstein. Et pour ce qui est du castor, cet animal qui a un cerveau de la taille d'une noix, "l'homme" qui se croit supérieur à toute entité vivante parce qu'il a relativement le plus gros cerveau, ferait bien de s'associer avec cet animal pour "guérir" la terre de certains maux qui le menacent. En particulier le manque d'eau, domaine dans lequel le castor excelle. "Le castor a transformé la plupart des milieu de plaines depuis des millions d'années: il crée des barrages et, ce faisant, ralentit l'eau sur la terre, la stocke dans les sols et la partage avec toutes les formes de vie. Il se trouve que les sciences hydrologiques contemporaines, confrontées aux sécheresses du changement climatique, défendent l'idée qu'il faut changer de paradigme dans notre gestion des rivières: passer de l'ère du drainage, où l'on a évacué l'eau vers la mer pour assécher les zones humides vers une ère de la réhydratation des continents, pour garder cette eau précieuse sur les terres. La beauté de cette affaire, c'est que ce programme d'action scientifique n'est ni plus ni moins que ce que fait le castor depuis sept millions d'années - quand on le laisse revenir et activer sa médecine spontanée."
Baptiste Morizot sait de quoi il parle, il revient d'une mission sur les rivières aux Etats-Unis et vient de sortir un livre L'inexploré qui lui vaut d'être l'invité de Jérémie Cousson dans le Télérama du 29 mars 2023.
Sa pensée est intéressante, et plutôt que d'opter pour une "boussole" qui serait une "pensée unique", il préfère pour la philosophie un "art de fabrication de cartes multiples, ajustées chaque fois à des problèmes, pour mieux comprendre où nos sommes et où aller dans les grands enjeux du temps."
Il cite Camus:
"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde."
Et complète avec Flaubert:
"La meilleure manière de critiquer quelque chose, c'est de le décrire."
Avec comme exemple: "Décrivez le format économique dans lequel nous vivons, avec ses inégalités de revenus et de patrimoine, ses milliardaires qui se construisent des fusées pour faire du tourisme spatial dans un monde qui doit mettre fin aux énergies fossiles... Vous n'aurez même pas à forcer le trait pour rendre visible de l'injustice inacceptable de ce système."
Et dire qu'il y en a qui se trompent encore de cible (ou les ignorent).
Ou qui pensent qu'ils ne peuvent rien faire dans leur vie quotidienne. C'est comme pour la biodiversité, dont tout un chacun est responsable à son niveau, il suffit de "décrire" et puis de "réfléchir" un petit peu pour "s'engager" aussi un petit peu (ou plus...). Pour rappel, la sauvegarde de la biodiversité est aussi un levier contre le réchauffement climatique. Et Baptiste Morizot rappelle que "les abeilles portent sur leurs frêles épaules la pollinisation permettant les trois quart de notre alimentation, et que nos pratiques agricoles détruisent cette alliance ancienne".
Pour celles et ceux qui douteraient qu'il faut, à un moment, changer de paradigme, je vous mets deux "extraits" de la réflexion de Baptiste Morizot.
Le premier concerne la philosophie et le castor:
Et le deuxième concerne notre "attitude" "juste":
En guise de conclusion, je vous offre, non pas la queue du castor, ni les queues de cerises, mais les fleurs qui attendent d'être pollinisées:
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| Fleurs de cerisier du jour - 9 avril 2023 - Photo: lfdd |
Bon dimanche
La Fleur du Dimanche
jeudi 6 avril 2023
Single Room avec Emilie Lesbros et Rafaelle Rinaudo: une voix enchantée et une harpe magique
Dans le cadre de son programme "Ah ! Les femmes !", la saison musicale au féminin de Sturm Production, une conférence de Jean-Paul Boutellier, fondateur du Festival Jazz à Vienne sur la place des femmes dans le jazz illustrée d'extraits vidéo s'est tenue dans l'amphithéâtre de la BNU à Strasbourg.
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| Single Room - Emilie Lesbros - Rafaelle Rinaudo - Photo: lfdd |
Et un concert du groupe Single Room a prouvé que les femmes pouvaient aussi faire du jazz. Le duo Emilie Lesbros (composition et voix) et Rafaelle Rinaudo (harpe électrique) nous a offert une prestation variée de plus d'une heure. Navigant entre le chant des oiseaux et les histoires, contes, poèmes et les improvisations, Emilie Lesbros, de sa belle voix claire et qui est autant à l'aise dans les graves que quand elle grimpe dans les aigus, nous enchante d'une variété de compositions.
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| Single Room - Emilie Lesbros - Rafaelle Rinaudo - Photo: lfdd |
Certaines de sa plume ou de poètes comme Jean-Baptiste Clément avec un poème de la Commune de Paris, La semaine sanglante:
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.
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| Single Room - Emilie Lesbros - Rafaelle Rinaudo - Photo: lfdd |
mercredi 5 avril 2023
Carcass de Marco da Silva Ferreira au Maillon: La danse en transe et la trancendance (Trans en danse)
Sur le grand plateau du Maillon, un tapis blanc encadré de lumière occupe une grande partie de l'espace, à gauche une batterie au complet et à droite, une table avec une table de mixage et un ordinateur. Le batteur João Pais Filipe s'installe derrière ses instruments et Luis Pestana se place derrière son ordinateur, envoyant des boucles sonores. Une danseuse dans un justaucorps noir découpé se positionne devant le tapis blanc et commence une danse solo entre combat et séduction, bientôt rejointe par trois autres danseur.euse.s, toujours habillé.e.s de noir mais dans des découpages différents. La lumière de la salle est encore allumée, et, rythmées par les battements de la caisse claire, du tambour et des percussions, les mouvements de danse se font énergiques. Six autres danseur.euse.s les rejoignent et dansent autour du tapis blanc. Les mouvements se rejoignent parfois, se transmettent, se retrouvent repris par quelques autres en ensemble, entre danses chtoniennes, acrobaties et gestuelle baroque mêlés à de la danse des rues.
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| C A R C A S S - Marco da Silva Ferreira - Photo: Jose Caldeira |
La batterie marque une pause et tous.tes se rassemblent à l'arrière de la scène. La pénombre se fait et le tapis s'éclaire. Après quelques séquences dansées à l'arrière, le long du tapis, peu à peu le tapis blanc se conquiert par l'arrière. Des mouvements d'ensemble à deux, trois ou quatre alternent avec des démonstrations de l'ensemble de la troupe. Quelquefois, l'un.e ou l'autre se retire sur les côtés. A un moment, une curieuse danse des "pieds élastiques" fait vaciller tout le monde sur un appui changeant et mobile. Puis, au fur et à mesure, chacun.e se couvre de couleurs. Qui une jupe ou un pantalon ou un haut multicolore qui complète le noir.
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| C A R C A S S - Marco da Silva Ferreira - Photo: Jose Caldeira |
Les percussions se font entendre de plus belle et toute l'énergie des corps se déploie sur la scène sans limite dans des tournoiement et des sauts. Une "danse de particules" se met en place où, presque géométriquement, les mouvements et déplacements rebondissent à 90 degrés lorsqu'un.e partenaire se trouve sur le chemin et cela donne des trajectoires comme dans les jeux vidéo S'ensuit une pause réparatrice qui aboutit à, surprise, une trace laissée par les corps qui étaient allongés sur le tapis de danse. Tapis qui se révèle être phosphorescent et qu'on soulève à la verticale. Le tapis devient écran sur lequel défilent les paroles d'un chant de lutte qu'entonnent tou.te.s les danseur.euse.s.
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| C A R C A S S - Marco da Silva Ferreira - Photo: Jose Caldeira |
Le drapeau rouge est agité, en fait un t-shirt qui est tendu à bout de bras et devient drapeau, masque ou cagoule, camisole, entrave ou camouflage, et même, en somme surréaliste, une grande bouche sourainte et parlante comme les amoureux de Man Ray. Un slogan "Tous les murs tombent" est écrit au pinceau de lumière sur l'écran et un dernier long set de danse énergique et puissante, dans lequel les interprètes lâchent toutes leurs forces et leur virtuosité et une partie de leur habillement, avant de partir en procession vers le fond de la scène dans la lumière déclinante. La troupe de Marco da Silva Ferreira, que l'on devine disparate et variée, multiple, en tout cas est une belle conjonction de talents, chacun et chacune à sa manière une personnalité, un personnage que l'on devine original, mais toutes et tous d'une énergie folle et doué.e.s d'une agilité certaine. Une conjugaison d'individualités fortes dans un collectif combatif et convaincant. Une énergie folle dans ce CARCASS !
La Fleur du Dimanche
* rappel des pièces de Marco da Silva Ferreira déjà vues et commentées:
Corpos de Baile au 104 à Paris:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2022/10/s-et-corpos-de-baile-au-104-paris-la.html
Siri à Pôle Sud
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2022/05/siri-de-marco-da-silva-fereira-et-jorge.html
Au Maillon le 5 et 6 avril présenté avec Pôle Sud
Avec : André Garcia, Fábio Krayze, João Pais Filipe, Leo Ramos, Luís Pestana, Marc Oliveras Casas, Marco da Silva Ferreira, Maria Antunes, Max Makowski, Mélanie Ferreira, Nala Revlon et Nelson Teunis
Assistance artistique : Catarina Miranda
Lumière : Cárin Geada
Régie générale et régie son : João Monteiro
Musique : João Pais Filipe et Luís Pestana
Costumes : Aleksandra Protic
Scénographie : Emanuel Santos
Études anthropologiques : Teresa Fradique
Danses folkloriques : Joana Lopes
Production : Joana Costa Santos, Mafalda Bastos
Structure des Productions : Pensamento Avulso
Diffusion : ART HAPPENS
Co-production : Teatro Municipal do Porto / Centro Cultural de Belém / Big Pulse Dance Alliance / New Baltic Dance (Lithuania) / Julidans (The Netherlands) / Tanz im August/HAU Hebbel am Ufer (Germany) / Dublin Dance Festival (Ireland) and ONE Dance Week (Bulgaria)
Co-financement : the Creative Europe programme of the European Union / Centre Chorégraphique National de Caen en Normandie / La briqueterie - CDCN du Val-de-Marne / Maison des arts de Créteil / KLAP- Maison pour la danse / CCN-Ballet National de Marseille / Charleroi danse, centre chorégraphique de Wallonie – Bruxelles / December Dance (Concertgebouw et Cultuurcentrum Brugge) / La rose des vents – scène nationale Lille Métropole – Villeneuve d’Ascq / TANDEM Scène Nationale Arras-Douai
Soutiens : República Portuguesa – Cultura, DGARTES – Direção Geral das Artes
mardi 4 avril 2023
Carmen version concertante à l'OPS: la Passion poussée à son comble
Quand on dit Carmen, on est sûr que la plupart des interlocuteurs connaissent au moins un des airs de cet opéra. Il est classé parmi les premiers, sinon le premier en termes de popularité. Et la musique de Bizet, sur un livret des réputés librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté de la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée contient plus d'un air qui a vocation à devenir un "tube". Certains sont connus dans le monde entier, la preuve, un souvenir de voyage d'il y a plus de quarante ans, en Chine où, sur un sentier dans des montagnes reculées, un groupe de Chinois chantait plein d'allant la marche "Avec la garde montante" . Sinon, qui ne connait la célèbre habanera L'amour est un oiseau rebelle, le duo Parle-moi de ma mère, la séguedille Près des remparts de Séville, les célèbres couplets du toréador et Si tu m'aimes Carmen et d'autres airs solos, duos ou d'ensembles dont l'air Écoute, compagnon, écoute introduit par l'air de flûte bien connu. L'Opéra-comique, composé par Georges Bizet n'eut pas, lors des premières représentations le succès qu'il a aujourd'hui, il fut d'ailleurs très mal accueilli à sa création en 1875 du fait de son sujet et de sa fin inhabituelle (le meurtre d'une femme "libre") et Bizet qui est mort jeune (à 37 ans), juste trois mois après la première n'en a pas goûté le succès. Succès qui s'est installé mondialement dans les dix années qui suivirent.

Carmen - Bizet - OPS- Aziz Shokhakimov - Photo: Nicolas Rosès
C'est donc un plaisir immense de pouvoir assister à la version concertante de cet opéra à Strasbourg, avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg car, même si nous n'avons pas le décor et la mise en scène de ce remarquable opéra, nous en avons une représentation de qualité. Le chef John Nelson qui se faisait un grand plaisir de diriger cette production a du, pour des raisons de santé y renoncer et la diva Joyce DiDonato qui voulait chanter Carmen avec lui a également fait défaut. C'est le directeur artistique de l'OPS Aziz Shokhakimov qui dirige le concert et démarre le prélude avec un train d'enfer. Sur un rythme bondissant, les motifs militaires et de la corrida gais et sautillants nous emportent dans l'aventure avant un thème plus grave, suivi par les airs de la garde montante chantés par les jeunes enfants de la Maîtrise de l'opéra National du Rhin sous la houlette du chef de choeur Luciano Bibiloni.

Carmen - Bizet - OPS- Aziz Shokhakimov - Photo: Nicolas Rosès
Le soldat Morales, Thomas Dolié et sa belle voix de baryton donne le ton de la pièce en campant le sujet - et l'esprit de la pièce en décrivant un triangle amoureux parmi les passants qu'il aperçoit et arrive Micaëla, la soprano Elsa Dreisig et sa voix claire et lumineuse avec une très belle tenue dans les aigus à la recherche de Don José, notre héros. C'est le remarquable Michael Spyre qui habite bien son rôle et qui est très à l'aise vocalement, autant en amplitude qu'en puissance, qu'il dose savamment. Il rencontre Carmen, dont la mezzo-soprano Elena Maximova reprend le rôle. Elle l'a interprété de nombreuses fois sur les scènes européennes et elle incarne une Carmen forte et puissante, volontiers charmante et ce n'est pas une surprise si Don José tombe sous son charme. Le retour de Micaëla donne un beau duo avec Don José, plein d'émotion et de nostalgie avec des baisers timides échangés. Puis nous assistons à la rixe de Carmen, son arrestation et le dilemme de Don José.

Carmen - Bizet - OPS- Aziz Shokhakimov - Photo: Nicolas Rosès
Dans l'acte II nous avons droit aux mauvaises fréquentations dans l'auberge de Lillas Pastia, les bohémiennes Frasquita, la soprano Florie Valiquette et Mercédès, la mezzo-soprano Adèle Charvet, bien hispanisantes, et les contrebandiers le Dancaïre, le baryton Philippe Estèphe et le Remendado, le ténor Cyrille Dubois qui manigancent une traversée d'un col avec l'aide des filles. L'arrivée du torero Escamillo donne l'occasion au baryton Alexandre Duhamel de montrer sa puissance dans le célèbre Votre toast je peux vous le rendre, "Toréador" repris par tous avec entrain et lui fait rencontrer (et remarquer Carmen). Les clairons qui sonnent "dehors" et qui rappellent Don José et sont l'objet du premier accroc dans la relation Carmen Don José qui lui fait chanter son poignant et transperçant La fleur que tu m'avais jetée... suivi de la rixe entre Don José et son officier Zuniga, Nicolas Courjal et sa belle voix de basse Et pour finir l'acte II, après avoir loué le pouvoir des femmes, tous ensemble convainquent Don José d'opter pour La Liberté, dans la montagne.

Carmen - Bizet - OPS- Aziz Shokhakimov - Photo: Nicolas Rosès
Dans l'acte III nous avons droit au mauvais présage des cartes tirées par les bohémiennes Frasquita et Mercédès qui annoncent "la mort" sans relâche à Carmen, qui a troqué sa robe rouge contre une robe noire couverte de fleurs. Nous avons droit au duel de Don José avec Escamillo, le toréador, son rival, qui se termine heureusement par les contrebandiers qui s'interposent. Le retour de Micaëla nous offre un magnifique passage poignant et émouvant sur la peur, avant qu'elle annonce la mort prochaine de sa mère de Don José, et qui vaut à Elsa Dreisig une longue ovation du public transporté:
je dis, hélas! que je réponds de moi;
mais j'ai beau faire la vaillante,
au fond du coeur je meurs d'effroi!
Seule en ce lieu sauvage,
toute seule j'ai peur,
mais j'ai tort d'avoir peur;
vous me donnerez du courage,
vous me protégerez, Seigneur!
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| Carmen - Bizet - OPS- Aziz Shokhakimov - Photo: lfdd |
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| Carmen - Bizet - OPS- Aziz Shokhakimov - Photo: lfdd |









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