lundi 8 mai 2023

Un Joyaux solaire au Paradis: Femmes et serpents, oui mais...

 Oui, le 8 mai, ce n'est pas tout neuf, l'Allemagne nazie signait la capitulation en 1945. Et aujourd'hui on se souvient, encore, un peu, de cette date. Même si un 24 février a réactivé un nouvel épisode guerrier en Europe qui a vu quelques conflits ces dernières années, et des changements de régime. Les choses de la politique ne sont jamais sûres, ni stables. La Paix ou la démocratie seront toujours un objectif à défendre.

Certains les défendent avec des fleurs, en voici des solaires:


Fleurs jaunes, solaires - Photo: lfdd


Ces fleurs jaunes du bord du chemin nous font penser à un écrivain qui s'en est allé cette semaine: Philippe Sollers, né Philippe Joyaux et dont je vais, par ses mots, vous conter le changement de nom dans le TVA.

En premier TVA, une explication du titre de son ouvrage, surprenant, Paradis qu'il a publié en1981:

"Pourquoi Paradis ? Parce que, même si j’étais en enfer, ce serait ma manière d’être. Parce que j’ai l’impression d’être entré par hasard dans l’immense humour du non-être."

Autre fleur qui pousse sur les bords du chemin, l'Herbe à Robert, cette variété sauvage de géranium.


Herbe à Robert - Photo: lfdd


Et donc, pour vous conter le cheminement de Philippe Joyaux vers Sollers, voici ce qu'il en dit dans Portrait du joueur

"Je me revois un soir, rentrant du lycée, assis devant mon dictionnaire de latin, étudiant les implications du mot sollers. Venant de sollus (avec deux l !) et ars. “Tout entier art.” Sollus est le même radical que le grec holos, qui veut dire : “entièrement, sans reste”. D’où hologramme. Holocauste. Absolument dédié à l’art. Brûlure ! Sacrifice ! Sainteté ! Mais, en même temps, sollers veut dire : habile, intelligent, ingénieux, adroit, rusé, le terrain le plus apte à produire… “Lyrae sollers” (Horace) : “qui a la science de la lyre”. “Sollers subtilisque description partium” (Cicéron) : “adroite et fine distribution des parties du corps”. Sollers, sollertis… Sollertia… Voilà un nom bien suspect, n’est-ce pas, immoral en diable !… Une définition actuelle ? Voyons… “Le sollers est de la technique pure : sa combustion dans l’art ne laisse aucun résidu.” Voilà pour équilibrer Diamant. Deux noms valent mieux qu’un. Un homme deux fois nommé en vaut trois."


Le diamant, c'est aussi cette orchidée qui pousse en plein milieu du chemin herbeux, bien avant ses consoeurs, qui n'ont pas encore pointé leurs nez:


Orchidée - Photo: lfdd


Philippe Sollers, Mathieu Lindon en parle dans Libération dans l'article intitulé "Mort de l’écrivain Philippe Sollers, homme à flammes 

Et voici ce qu'il dit à propos de son livre Femmes:

"Le bruit, la fureur et le succès public éclatèrent avec Femmes (Gallimard, 1983). Première page (le narrateur est prétendument un journaliste américain vivant à Paris mais on s’est plu à y voir un Bordelais de naissance installé dans la capitale): «Depuis le temps… Il me semble que quelqu’un aurait pu oser… Je cherche, j’observe, j’écoute, j’ouvre des livres, je lis, je relis… Mais non… Pas vraiment… Personne n’en parle… Pas ouvertement en tout cas… Mots couverts, brumes, nuages, allusions… Depuis tout ce temps… Combien ? Deux mille ans ? Six mille ans ? Depuis qu’il y a des documents… […] Rien, ou presque rien, sur la cause… LA CAUSE. / Le monde appartient aux femmes. / C’est-à-dire à la mort. / Là-dessus tout le monde ment. / Lecteur, accroche-toi, ce livre est abrupt. Tu ne devrais pas t’ennuyer en chemin, remarque. Il y aura des détails, des couleurs, des scènes rapprochées, du méli-mélo, de l’hypnose, de la psychologie, des orgies. J’écris les Mémoires d’un navigateur sans précédent, le révélateur des époques… L’origine dévoilée ! Le secret sondé ! Le destin radiographié ! La prétendue nature démasquée ! Le temple des erreurs, des illusions, des tensions, le meurtre enfoui, le fin fond des choses… Je me suis assez amusé et follement ennuyé dans ce cirque, depuis que j’y ai été fabriqué…» Philippe Sollers sur France Inter en 2017 à propos du roman: «Demandez-vous s’il serait publiable dans l’atmosphère actuelle ; je ne crois pas, car nous sommes en pleine régression sur toutes ces histoires. On ne va pas évoquer la libération de la parole, #BalanceTonPorc, etc.»"


Et de la femme au serpent, il n'y a qu'une langue d'écart:

"Les sociétés changent de peau, comme les serpents, mais le venin reste le même, et il y a seulement des mutations dans la desquamation."


Pour finir en fleurs qui s'éparpillent au vent, voici les pissenlits, taraxacum, une fleur qui s'aime, ici:


Pissenlits qui s'aiment - Photo: lfdd


Et une chanson Paradis, de Saez: Les enfants paradis:



Et la chanson Femmes de Koffi Olomide - Femme:




Et pour La Fête à Venise, de P. Sollers de 1991, L' invitation à Venise de Nilda Fernandez, écrite la même année - au tout début de la question du réchauffement climatique:

 



Et pour finir, en écho à un autre livre de Solers, Le secret, celui de Arthur H:




Bon huit mai...

La Fleur du Dimanche



samedi 6 mai 2023

Arsmondo Slave avec Lovemusic: Rencontres dans une galaxie sonore à l'est

 Dans le cadre du Festival Arsmondo, le collectif lovemusic explore la galaxie musicale entre les pays slaves et la France, entre les chansons traditionnelles en allant vers l'est et la musique moderne et contemporaine en relation avec ces pays.


lovemusic - Adam Starkie


Pour commencer, un "inédit" d'Anna Sowa, qui le restera peut-être, une pièce composée pour son concours de fin d'étude à l'Académie de Lodz, une variation sur le thème de la mazurka from Tymbark, un  air de son village natal en Pologne, joué au violoncelle par Céline Papion. Alors qu'elle s'intéresse plus particulièrement à la musique qui intègre souvent l'électronique, la pièce, après avoir présenté cet air sombre elle joue sur les variations de hauteur, de pizzicati, de style de jeu, coups d'archets et légers frottements aigus en explorant le souvenir tout en le réactualisant en le fragmentant.


lovemusic - Emilio Gavito


Une série de chansons traditionnelles interprétées avec force et puissance, mais également avec plein de sensibilité et d'émotion par Léa Trommenschlager accompagnée par l'ensemble, à savoir Emiliano Gavito à la flûte, Adam Starkie à la clarinette, Nina Maghsoodloo au piano et Céline Papion au violoncelle ponctue le concert, tout d'abord Ah ljubav, ljubac, (Oh amour, amour), un air bien rythmé de Bosnie qui chante l'amour qui finit pour un nouveau: "Oh amour, amour, c'était toi. (...) Tout cela s'en va pour toujours et loin avec un autre amour".


lovemusic - Céline Papion


Suit Wash me blue (2019) de Jug Markovic, une pièce pour clarinette et violoncelle où des sons ténus se répondent, avec quelques réminiscence d'airs slaves. Jug Markovic est né à Belgrade en 1987 et vit à Stuttgart. Il était présent dans la salle et a pu saluer les interprètes et remercier le public pour l'accueil à sa pièce.

La deuxième chanson populaire - toutes ont été arrangées par Arthur Lavandier - nous vient de Bulgarie, c'est Rumyana sortit chercher de l'eau, toujours une histoire d'amour: "Alors maintenant Rumyana laisse moi t' embrasser. Car un baiser ne s'achète pas avec de l'argent. Un baiser est un baume pour le coeur.  ... "

Retour en France avec Francis Poulenc qui nous emmène directement en Pologne avec trois chansons extraites de ses Chansons Polonaises: D'abord, Le dernier mazour, Ostatni mazur, non pas la dernière valse mais la dernière mazurka pour l'officeir qui raprtà la guerre : "La trompette appelle et sonne, c'est mon dernier mazour." suivi de  l'Adieu /  Pozegnanie toujours une très belle mélodie triste et pour finir, Le Lac / Jezioro ce beau lac sur les rives duquel s'attriste la jeune fille qui a perdu toutes les fleurs du romarin de sa couronne.


lovemusic - Nina Maghsoogloo


Le concert continue avec Sugarcoating #2 de la Croate née Zagreb Sara Glojnaric qui réside aussi à Stuttgart. La pièce, pour clarinette et violoncelle et piano joue sur les effets de "sampling"  reconstitués ou joués en direct à la clarinette. La pièce est énergique et l'on apprécie la talent des musicien, dont Nina Maghsoodloo au piano qui tire des sons incongrus de son instrument.

Nous retrouvons Marusya, le "tube" qui sera repris en bis à la fin du concert et qui ne nous quittera plus après. Une chanson traditionnelle d'Ukraine, très dansante et enlevée où il est question d'une jeune fille qui refuse de donner à boire à un soldat, qui lui, se voit refuser l'anneau qu'il offre à la jeune fille.

Le concert se clôt avec les quatre extraits de Tanzer Lieder, très touchantes chansons, toujours magnifiquement interprétés par Léa Trommenschlager  qui chante, en plus des langues slaves précédemment, en français, allemand et anglais, ces poème de Francisco Tanzer qui ne sont pas des chansons à danser comme les mélodies traditionnelles, mais de petits bijoux de composition et de poésie. La  compositrice Ana Sokolović, serbe, réside depuis 30 ans à Montréal. Sur une étoile "Nous nous sommes rencontrés sur une étoile" donne le titre à ce concert. Suit Stimmen où il est question de voix et de "d'accorder sa vie" - "zustimmen".  Pour Last Song, la dernière chanson, c'est la flûte qui introduit la pièce et les différentes langues se suivent pour, à la fin, se finir dans un soupir:


lovemusic - Léa Trommenschlager

Et tu chantes tes chansons
Chante-les encore et encore
pour ne pas remarquer combien nous sommes différents
Tu es au début 
Je suis à la fin. 

La prestation du collective lovemusic nous réjouit comme à son accoutumée et nous a fait voyager en musique à travers l'Europe et les siècles avec plaisir. On en redemande, ce qu'ils ne se laissent pas prier de faire.


La Fleur du Dimanche 

vendredi 5 mai 2023

Le conte du Tsar Saltane de Rimski-Korsakov: Après une parenthèse féérique, retour à la case départ

 Le conte est en général un récit raconté à des enfants pour leur présenter symboliquement le monde réel et les problèmes ou les joies qu'ils peuvent y rencontrer. Il leur permet de mieux comprendre certaines situations et de s'y préparer. Dans Le Conte du Tsar Saltane, l'opéra de Nikolaï Rimski-Korsakov, dont le livret est inspiré du conte d'Alexandre Pouchkine, l'histoire est basée sur la répudiation de la mère et de son fils par le Tsar Saltane à la suite d'une manigance de ses soeurs. Et nous aurons bien d'autres situations et rebondissements divers qui vont émailler le récit et la composition avant une réconciliation finale. 

 

Le Conte du Tsar Saltane - Rimski-Korsakov - Photo: Clara Beck


Dmitri Tcherniakov, qui en a fait la mise en scène contemporaine, a enserré cette narration plus ou moins rêvée dans un épisode où une mère, pour amener à la maturité son fils un brin autiste, qui ne parle pas, sauf à elle lui fait ce récit. Cette histoire devrait lui permettre de mieux assumer la réalité et de grandir, car, il n'a, comme elle le dit, vécu "que dans les contes que je lui ai raconté". On s'en rend bien compte, car le fils, brillamment interprété par Bogdan Volkov, se mure dans ce côté introverti et inaccessible, ne s'occupant que de ses jouets, un écureuil, une princesse recouverte de plumes blanches et un armée de petits soldats, des boyards.


Le Conte du Tsar Saltane - Rimski-Korsakov - Photo: Clara Beck


Le choix de la mise en scène, de la scénographie, des décors et des costumes est judicieux, car nous nous trouvons projetés dès le prologue dans un univers de bande dessinée. Avec d'un côté de la scène le Tsar, et de l'autre, les deux soeurs ainsi que la mère habillés de magnifique costumes que l'on croirait en carton-pâte, mais souples et joliment colorés qui forment des figurines coincées dans une case de bande dessinée très peu profonde et qui prend toute la largeur de la scène. Elles se trouvent confrontées à la dernière soeur, qui elle, s'occupant des tâches ménagères, est habillée d'une banalité roturière, costume qu'elle ne quittera pas jusqu'à la fin. Puisque la boucle du conte étant bouclée, le réalité reprend le dessus, même après le happy end traditionnel des contes. C'est donc dans ce cadre en cinémascope que la réalité du conte va se dérouler: la demande et le mariage de la soeur mal aimée, le départ derechef du Tsar à la guerre, la naissance de l'enfant et le bannissement suite aux manigances des soeurs, de la mère et du fils qui se retrouvent enfermés dans un tonneau et jetés à la mer. 


Le Conte du Tsar Saltane - Rimski-Korsakov - Photo: Clara Beck


Et là, changement de décor, nous partons pour un voyage, tel celui de Moïse ou de Jonas pour aboutir sur l'île de Bouïane. Ce passage sera l'occasion d'un magnifique dessin animé dont les croquis ayant été faits par le metteur en scène Dmitri Tcherniakov et la réalisation des superbes animation est l'oeuvre de l'équipe du Show Consulting Studio. Ils ont également fait les décors animés qui vont se animer un genre de grotte magique située à l'arrière de l'espace précédent où l'on est successivement dans la nature au bord de la mer, devant la ville de Ledenetz et à Tmoutarakane (Pétaouchnock) pour la scène du Tsar qui, après son retour, rencontre les marchands qui le décident d'aller sur l'île. C'est là que nous avons l'épisode du Bourdon, en fait le Tsarevitch Guidone, qui s'est transformé en bourdon après avoir plongé trois fois dans la mer - ce fameux bourdon dont le vol est célèbre, d'ailleurs l'extrait le plus célèbre de cet opéra. 


Le Conte du Tsar Saltane - Rimski-Korsakov - Photo: Clara Beck


Côté composition,  Nikolaï Rimski-Korsakov qualifie le composition de "mixte", "mi-instrumental , mi-vocal. Toute la partie fantastique correspondait au premier et la partie vocale au second." La musique faisant rêver et soutenant plutôt les épisodes et récits féériques - le voyage en tonneau, la délivrance et les rencontres de la Princesse-Cygne, le Bourdon. Cette dernière, avec la voix sublime de la soprano Julia Muzychenko avec ses magnifiques vocalises (qui reçoit de chaleureux saluts du public) fait une très adorable princesse de conte de fées. Les airs chantés sont d'ailleurs des mélodies délicatement accompagnées par l'orchestre. le duo des deux soeurs. Les très convaincantes Stine Marie Fischer (la Cuisinière) et Bogdan Volkov (la Tisserande) rejointes par Bernada Bobro (Babarhika) nous charment dès le prologue. Le rôle de Militrisa, devenant Tsarine, tenu par  la soprano russe Tatiana Pavloskaya qui porte le personnage à merveille du début à la fin est un morceau de bravoure époustouflant. Son interprétation tout en finesse nous émeut au plus profond. Et la voix de basse d'Ante Jerkunika dans le rôle du Tsar Saltane nous fait des frisson. 


Le Conte du Tsar Saltane - Rimski-Korsakov - Photo: Clara Beck


Bien sûr, et je l'ai déjà noté, le "muet" devenant Tsarevitch Gvidone, ne joue pas seulement avec conviction ce personnage à part qu'est le fils banni, mais il chante aussi magnifiquement dans ses rêves - il prend d'ailleurs sur lui les paroles qu'il attribue à la princesse-cygne en les chantant intérieurement. Les autre personnages font également l'objet d'une belle distribution, en particulier le bouffon (Alecxander Vassiliev), le messager (Ivan Thirion) et le Vieil Homme conteur d'histoires (Evgeny Akimov). Sans oublier les soldats, marchand et les multiples autre personnages joués par les membre du Choeur de l'Opéra National du Rhin (certain(e)s resté(e)s en coulisse. L'Orchestre Philharmonique de Strasbourg, sous la direction alerte d'Aziz Shokhakimov, prouve à nouveau sa grande qualité d'interprétation, que ce soit pour les parties d'accompagnement des solistes, que pour toutes les parties orchestrales où les solistes (flûte, picolo, harpe, célesta,...) mettent en valeur cette partition qui va d'airs de berceuses ou de musique populaires à des écritures plus originales jusqu'à ces sonneries de trompettes qui battent le rappel de la suite de l'histoire racontée.


Le Conte du Tsar Saltane - Rimski-Korsakov - Photo: Clara Beck


Cette relecture d'un classique du conte russe, dont la mise en scène de Dmitri Tcherniakov avait été créé en 2019 au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles est bienvenue dans cette reprise à l'Opéra National du Rhin à l'occasion du Festival Arsmondo en ce qu'elle porte un regard actuel à la fois sur le conte de Pouchkine et l'oeuvre de Rimski-Korsakov, en même temps qu'elle interroge le statut des contes et des cultures. Tout comme elle questionne le brassage des mythes et des archétypes et leur remise en cause dans l'évolutions de la société. Et cela tout en nous proposant un spectacle inventif et frais, d'une très grande qualité plastique et musicale.


La Fleur du Dimanche


Le conte du Tsar Saltane 

Nikolaï Rimski-Korsakov


A l'Opéra National du Rhin à Strasbourg - du 5 au 13 mai

A La Filature à Mulhouse - version de concert - dimanche 28 mai 2023


Distribution
Direction musicale
Aziz Shokhakimov
Mise en scène et décors
Dmitri Tcherniakov
Costumes
Elena Zaytseva
Direction artistique de la vidéo et des éclairages
Gleb Filshtinsky
Chœur de l'Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg
Responsable de la reprise
Joël Lauwers
Les Artistes
Le Tsar Saltane
Ante Jerkunica
La Tsarine Militrissa
Tatiana Pavlovskaya
Le Tsarévitch Gvidone
Bogdan Volkov
La Tisserande
Stine Marie Fischer
La Cuisinière
Bernarda Bobro
Babarikha
Carole Wilson
La Princesse-Cygne
Julia Muzychenko
Le Vieil Homme, 1er Marin
Evgeny Akimov
Le Messager, 2e Marin
Ivan Thirion
Le Bouffon, 3e Marin
Alexander Vassiliev

jeudi 4 mai 2023

Art Karlsruhe 2023: Passage de relais et continuité

 Art Karlsruhe, la grande Foire Internationale d'Art Contemporain, fondée en 2004 à Karlsruhe par le galeriste Ewald Schrade et sous la direction de Britta Wirtz voit le commissaire Ewald Schrade passer la main au duo Olga Blaß qui était déjà à l'administration et Kristian Jarmuschek le galeriste berlinois.

Comme un bilan, Ewald Schrade se voit offrir l'espace thématique d'exposition pour une présentation d'une partie de sa collection très diverse.

Il y a dans le patio, à côté des stands d'alimentation et de boisson un jardin de sculptures. Egalement, dans les quatre halls, des espaces dédiés à des sculptures ou des installations monumentales sont disséminées dans tout l'espace de la foire.

Par exemple, cette oeuvre monumentale du sculpteur Fahar Al-Salih, composée de 600 cages à oiseaux en bois, faites à la main, qui symbolise la liberté recherchée par les migrants et dans laquelle, curieusement nous pouvons nous abriter du brouhaha de la foule.


Art Karlsruhe 2023 Fahar Al-Salih - Photo: lfdd


Commençons par quelques images d'ambiance de la Foire:


Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd


Que voyez-vous? Allez, un peu de concentration...


Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd


Suite des "instantanés" en gros, en dollars et en jaune:


Art Karlsruhe 2023 - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Jaune - Photo: lfdd

Art Karlsruhe 2023 - Jaune - Photo: lfdd

Art Karlsruhe - Klaus Fussmann - Photo: lfdd


Art Karlsruhe - Daniel Buren - Photo: lfdd

Art Karlsruhe - Dollar Picsou - Photo: lfdd

Art Karlsruhe - Daniel Behrendt - Photo: lfdd

Art Karlsruhe - Daniel Behrendt - Photo: lfdd


A Suivre...


La Fleur du Dimanche 

mercredi 3 mai 2023

Dominique A en concert à la MAC de Bischwiller: Un rocker tendre au coeur de poète et à la voix de miel

 Suite à la sortie de son quinzième album depuis ses débuts en 1991, Un monde réel, Dominique A effectue une tournée en France (et même à Bruxelles le 1er juillet et à Lausanne le 13 octobre). Donc après l'Olympia le 26 janvier, et de nombreux lieux en France et à l'étranger, et déjà de nombreuses dates passées fin 2022, le voilà qui arpente la France transversale. Ce qui lui fait dire qu'il découvre de nouveaux endroits, comme cette salle de la MAC - Maison des Arts et de la Culture - Relais Culturel à Bischwiller avec un couloir central qui, dit-il lui donne envie de descendre les marches et de s'immerger dans le public. Il ne le fera pas pendant le spectacle, mais ce sera, pour les saluts avec les musiciens, qu'il partagera la joie des spectateurs debout après un magnifique concert de deux heures et quart.


Dominique A - Photo: lfdd


Et c'est avec ses complices du dernier disque, qu'il apparaît, noir dans le noir sur la scène: Sébastien Boisseau à la contrebasse, Etienne Bonhomme à la batterie, Julien Noël aux claviers orgue Hammond et piano électrique, David Euverte au piano et Sylvaine Hélary aux flutes traversières. Une équipe restreinte mais qui amène quand même de la puissance et de la variété aux différentes chansons. On n'en est pas au solo guitare voix intimiste. D'ailleurs tout au long du concert, on passe d'un côté intime à des explosions d'énergie. 


Dominique A - Photo: lfdd


Dominique A  oscillant de chanson douces ou nostalgique à des montées en puissance où et lui et ses musiciens se donnent à fond, débordements d'énergie soulignés par les effets de lumière palpitants dans le stroboscopique fait main. Il faut saluer les éclairages bien pensés et variés et apportant une belle atmosphère, les carrés de lumières colorées changeant le décor selon les ambiances ou se transformant en croix inquiétantes.

Le concert commence avec des titres du nouvel album, en premier Le dernier appel de la forêt:

Dernier appel, dernier appel de la forêt
Les séismes et les avalanches
Les virus et les incendies
Ça ira, ça va non merci
C'est assez que la Terre penche


Dominique A - Photo: lfdd



Il enchaîne quelques titres de l'album et l'on peut apprécier la qualité de la sonorisation où l'on entend la voix claire et transparente du chanteur, les mots et les phrases arrivent distinctement, on peut en goûter toute la poésie. La voix monte dans les aigus en nous enroulant dans douceur. La contrebasse de Sébastien Boisseau pose le rythme, nous embarque sur son tapis de cordes, Etienne Bonhomme mène sa batterie avec doigté, sans brusquer ni en faire trop, soulignant la ligne mélodique, tenue aussi par les variations du piano joué avec virtuosité et invention par David Euverte et Julien Noël qui alterne entre le synthétiseur et le piano électrique, tandis que les notes jouées à la flûte par Sylvaine Hélary s'envolent et virevoltent. Dominique A, lui, est totalement immergé dans ses paroles et sa musique, soulignant d'ondulations de la main les paroles qui s'enroulent, puis incarnant au plus profond le rythme et la musique, poussant avec toute une énergie débordante les variations musicales comme un danseur chef d'orchestre.  


Dominique A - Photo: lfdd



Il revient à ses anciens disques, et picore de-ci de-là des chansons, des airs connus et d'autres moins, interroge le public à l'occasion du morceau Bowling si  la ville en était doté d'un tel lieu de convivialité - ou pas. Il nous chante avec ses talents de poète, l'attente, les bistrots, la mer et ses paysages, la campagne, nous offre des poèmes, à l'image d'une description de Flaubert, la nostalgie, ou la désillusion.
Ses textes sont tirés au cordeau, le regard aiguisé, et l'on sent à la fois une grande tendresse et une bonne dose de violence. Et cela fait du bien quand tous les musiciens avec lui montent en puissance et s'embarquent dans un rock dur, presque le punk qu'il a côtoyé à ses débuts.  


Dominique A - Photo: lfdd



Et cela fait du bien aussi quand il nous rappelle de grands tubes, Antonia, l'Horizon, Le courage des oiseaux, et nous sommes très émus avec lui quand il nous chante, en hommage à Alain Bashung Immortels, la chanson qu'il avait écrite pour lui:
Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes sommes immortels
Pourquoi es-tu parti avant que je te l'apprenne?
Le savais-tu déjà?
Avais-tu deviné?
Que des dieux se cachaient sous des faces avinées
Mortels, mortels, nous sommes immortels
Je ne t'ai jamais dit mais nous sommes immortels.


Dominique A - Photo: lfdd



Dominique A n'est pas seulement poète, il est aussi engagé et solidaire, et nous dit qu'il faut faire Avec les autres 

Tout ce temps qu'il nous faut, pour y voir quelque chose
Mais nous avons saisi, que les saisons viraient
L'oracle est pris de court, ça n'est plus un secret
Que l'iceberg transpire et la dune apparaît
Nous n'irons bien qu'avec les autres
Nous n'irons loin qu'avec les autres
 
Après un très beau concert où nous avons pu apprécier autant les nouvelles chansons que las anciennes, lui et ses musiciens nous offrent encore un généreux rappel de presqu'une demi-heure et le bonheur est dans la salle et dans nos coeurs et nous le devons à la générosité de ce poète chanteur et musicien de talent. 


La Fleur du Dimanche

Les jambes à son cou de Jean-Baptiste André: Le corps et le langage, comment les lier

 Trois hurluberlus colorés déboulent de derrière le rideau de fond de scène, en habits tout colorés, rouge, vert et violet. Ils s'installent sur le devant de la scène sur des tabourets, comme sur une estrade de salle de classe, face à une salle remplie de petites têtes blondes. Nous sommes  ce mercredi à Pôle Sud à une représentation "famille" du spectacle de Jean-Baptiste André Les jambes à son cou. En introduction il a été rappelé au public majoritairement (très) jeune (plus de 7 ans) les règles du bon spectateur: "Je me prépare à vivre une aventure", "Je peux exprimer mes émotions, mais je n'oublie pas que devant moi les artistes m'entendent, Et aussi les autres personnes assises autour de moi." Armés de ces bonnes résolutions le spectacle (ou la leçon) peut commencer. Même si les (petits) spectateurs et les jeunes spectatrices expriment quelquefois avec force leur étonnement, rires et joie. Parce qu'effectivement on se laisse emporter par le flot débridé et délirant, quelquefois presque surréaliste de ces trois artiste. Et en fait cela pourrait commencer comme une leçon ou un exposé. Par exemple sur le sens du titre du spectacle. Petite introspection interrogation des acteurs: Qui l'a inventé? Que signifie-t-il? A quoi cela correspond-t-il? Après ce moment de recentrage et de concentrations, on assiste presque à une leçon de français. Qu'est-ce qu'une expression? Que signifie "Prendre ses jambes à son cou?", "Quelles autre expressions utilisent des parties du corps?" Et le public, engagé, lève (ou pas) le doigt pour participer activement. 


Les jambes à son cou - Jean-Baptiste André - Photo: Nicolas Lelièvre


L'effet escompté est atteint: le public est concentré, il suit avec intérêt ce qui se passe sur la scène et regarde avec attention ce que la danseuse Fanny (Alvarez) et les deux danseurs (Jean-Baptiste (André) et Quentin (Folcher) - qui se sont présentés - vont interpréter devant eux. Parce qu'il s'agit effectivement, au sens littéral, d'interprétation: une traduction en geste comme si l'on traduisait une langue dans un autre. Les comédiens danseurs, un peu circassiens aussi - on a droit à de magnifiques acrobaties et des figures périlleuses et drôles - vont littéralement décliner en de multiples figures comment on peut "prendre ses jambes à son cou". C'est poétique et gracieux - ou surprenant, voire presque dangereux, à tout le moins risqué. Les corps se tordent et se plient. Ils vont, au gré des variations, expérimenter avec leurs corps les multiples possibilités d'y arriver, en torsion ou élongations, seuls, en version comparée ou en choeur et en mouvement d'ensemble ou alors dans des constructions surréalistes où les jambes de l'un sont sur le cou de l'autre en constructions verticales ou en largeur.

 

Les jambes à son cou - Jean-Baptiste André - Photo: Nicolas Lelièvre


Les possibilités explorées sont très nombreuses et surprenantes. Et l'on explore aussi d'autres expressions par une série de rébus visuels où les spectateurs sont tout aussi impliqués que les deux compères qui doivent deviner des expressions comme "les bras m'en tombent", "croquer à pleines dent",... que mime l'un(e) des leurs. Et qui sont aussi l'occasion de chorégraphies drôles et surprenantes et imagées. Plus sérieusement "avoir les mains baladeuses" est l'occasion d'un récit prenant et émouvant d'un voyage dans le bus (51) qui rend attentif à l'intégrité du corps et aux limites qu'il ne faut pas franchir. Et qui montre des solutions possibles, comme demander de l'aides à un adulte... 


Les jambes à son cou - Jean-Baptiste André - Photo: Nicolas Lelièvre


Au fur et à mesure du spectacle, le rythme s'accélère, les costumes changent, toujours aussi colorés, les dansent se servent de et sur les portants de vêtements des deux côtés de la scène qui font office de coulisses et tout finit dans une danse endiablée où l'on révise toutes les expressions qui ont été présentées au cours du spectacles ou qu'on aurait aussi pu explorer. Et tout cela se finit dans un bel élan de joie et de bonne humeur. Pas triste la leçon !


La Fleur du Dimanche

lundi 1 mai 2023

Le muguet et l'ail des ourses: dans la forêt d'Orion et le parti pris des Ponge

 Premier mai, jamais recommencé, toujours à inventer. Aujourd'hui avec des casseroles ? Ou un silence plein d'espoir ?

Il y a deux ans, je vous donnais déjà (prémonitoire?) "L'appel de la forêt... lointaine"  écrit le deux mai pour vous offrir un cor au fond des bois que je vous invite à regarder et écouter (en cliquant sur le lien du titre), souvenir du deuxième confinement,  non "freinage", annoncé par le Président de la République. Le muguet, je vous l'offrais le 1er avril avec un mois d'avance. Cette année il a un peu de retard, alors je vous montre l'ail des ours qu'il ne faut pas confondre avec le muguet (comme je vous l'expliquais un jour avant en complétant les informations sur l'histoire du 1er mai et du muguet (si vous vous posez des questions c'est par ici: Premier mai ? Travail, famille, royauté ? Où est le parfum de la révolution ?).


Ail des ours du 1er mai - Photo: lfdd


La première partie de ces explications se trouve l'année d'avant dans le billet "Mai commencé, mais re-commencer, comment c'est?" intéressant également pour son aspect "mémoire" parce qu'il nous replonge dans l'ambiance du premier confinement (et si vous avez le temps et voulez vous plonger vous aussi dans cette période qui s'éloigne et se perd dans nos mémoires, je vous invite à parcourir les courts épisodes avec des vidéo de deux minutes ou moins Court -19  qui courraient du 17 mars au 1er avril et dont le résumé se trouve le 3 avril avec Résumé des Court-19, les 14 épisodes précédents avec Fleurs, TVA, vidéos et chansons. Et pour conclure j'au annoncé le vert le dimanche 5 avril avec Couleur 19: Peur bleue, colère noire et verte nature.

Après toutes ces explications et ces souvenirs, vous pourrez recommencer à défiler tranquille et puis aller cueillir le muguet s'il ne pleut pas trop... Le mien est encore timide. D'ailleurs je vous invite à le trouver sur la photo. Si vous l'avez trouvé je vous offre un cadeau...


Muguet du 1er mai - Photo: lfdd


Passons aux TVA et aux explications de titre avec à la fois un retour à la nature et un crochet par le bac. 

Retournons, non pas sur les bancs d'école mais dan la forêt avec Hélène Dorion, une autrice québécoise dont le livre de poésies vient d'être mis au programme du baccalauréat littéraire pour l'année 2023/2024. C'est la première fois que le choix est fait avec une femme poète encore vivante. Pour la célébrer - et célébrer la forêt, je vous offre un extrait de son livre Mes forêts (vous en aurez un autre dans le Monde des Livres du 14 avril dans l'article de Raphaëlle Leiris intitulé "Ecrire pour apprendre à être et à aimer".  


Mes forêts

Mes forêts sont de longues traînées de temps
elles sont des aiguilles qui percent la terre
déchirent le ciel
avec des étoiles qui tombent
comme une histoire d’orage
elles glissent dans l’heure bleue
un rayon vif de souvenirs
l’humus de chaque vie où se pose
légère      une aile
qui va au cœur
mes forêts sont des greniers peuplés de fantômes
elles sont les mâts de voyages immobiles
un jardin de vent où se cognent les fruits
d’une saison déjà passée
qui s’en retourne vers demain
mes forêts sont mes espoirs debout
un feu de brindilles
et de mots que les ombres font craquer
dans le reflet figé de la pluie
mes forêts
sont des nuits très hautes

Dans l'article elle dit à Raphaëlle Leiris, après avoir expliqué qu'elle a découvert la poésie grâce à une professeure qui soudain s'est mise à réciter un poème en se promenant dans la classe:

"J'ai compris que, si j'engageais pour la vie dans ce chemin qu'était l'écriture, il ne s'agirait pas seulement de "faire des livres", l'un après l'autre, mais que ce serait une manière d'apprendre à vivre, à être, à aimer,- pour le dire banalement, mais sincèrement: à devenir un meilleur être humain. Et, très vite, le dépouillement m'est apparu comme la voie à suivre pour l'écriture et la vie."


Allez, je vous offre quand même un joli bouquet du premier mai:


Muguet du 1er mai - le bouquet - Photo: lfdd



L'autre auteur sélectionné pour le programme est Francis Ponge dont on connait Le Parti pris des Choses et le livre sélectionné est un recueil de textes et de notes en cours La rage de l'expression publié dix ans après, en 1952 et dont il dit:

"Il s'agit de savoir si l'on veut faire un poème ou rendre compte d'une chose (dans l'espoir que l'esprit y gagne, fasse à son propos quelque pas nouveau). C'est le second terme de l'alternative que mon goût (un goût violent des choses, et des progrès de l'esprit) sans hésitation me fait choisir. Ma détermination est donc prise... Peu m'importe après cela que l'on veuille nommer poème ce qui va en résulter. Quant à moi, le moindre soupçon de ronron poétique m'avertit seulement que je rentre dans le manège, et provoque mon coup de reins pour en sortir."


Alors, pour sortir du ronron, je vous offre quelques chansons d'un groupe Sages Comme Des Sauvages: Ismaël Colombani et Ava Carrère à découvrir:

Sages Comme Des Sauvages - Les Jeunes Des Villes:


Et leur version de Melocoton de Colette Magny:


Sages comme des Sauvages - Inattendu


Sages comme des sauvages - Lailakomo:


Bon défilé

La Fleur du Dimanche