Blog culturel sur les Arts: littérature, danse, théâtre, musique, classique ou contemporaine, jazz, concerts, Arts plastiques, expositions, et des photos de fleurs.
Le printemps est là, enfin presque... Les fleurs sortent, les nivéoles, les perce-neige, les crocus de toutes les couleurs, les magnolias se préparent à fendre et éclater leurs bourgeons-carapace.
Niveoles - Photo: lfdd
Les fleurs des vergers aussi, un peu plus au Sud. Et concernant les vergers, une pensée émue à un immense poète qui vient de nous quitter à 95 ans, Philippe Jaccottet.
"Méfie-toi des images. Méfie-toi des fleurs. Légères comme les paroles. Peut-on jamais savoir si elles mentent, égarent, ou si elles guident? Moi qui suis de loin en loin ramenées à elles, moi qui n'ai qu'elles ou à peu près, je me mets en garde contre elles. Quand on vieillit, le regard intérieur se fait myope. On rêve moins. On devient plus avide et plus avare. On vieillit quand on commence à se retourner."
En hommage, je vous offre aussi le premier poème de Verger de Rilke, un poète qu'il appréciait beaucoup.
Ce soir mon coeur fait chanter des anges qui se souviennent... Une voix, presque mienne, par trop de silence tentée, monte et se décide à ne plus revenir ; tendre et intrépide, à quoi va-t-elle s'unir ?
Crocus bleu - Photo: lfdd
Il a d'ailleurs écrit un livre sur lui intitulé Rilke où il dit:
"René Rilke, c'est Rilke avant Rilke, non pas un génie précoce, mais un jeune homme sensible qui écrit par don naturel et pour s'opposer à ce qui l'a blessé : la médiocrité du milieu, la raideur de son père, la frivolité et la bigoterie de sa mère, la brutalité de l'Ecole militaire ; et puis aussi toute la détresse humaine, devinée de loin...
C'est l'adolescent qui se promène dans Prague un iris à la main, parce qu'il a l'âge maladroit où l'opposition prend volontiers les formes les plus extérieures, les plus voyantes. C'est un être meurtri, mal préparé en effet à la vie ; mais il dispose de cette arme qu'il a opposée dans son tout premier texte à l'épée : la plume."
Crocus jaune - Photo: lfdd
Et je vous offre un autre poème extrait de "A travers le Verger":
"Comment se fait-il que nous puissions fermer les yeux et garder en nous le visible ? Et ne nous serait-il pas permis, et même intimé, de faire comme l'anémone qui se referme, au soir, sur ce qu'elle a absorbé de jour, et se rouvre le lendemain un peu plus grande?"
Et Marguerite, allez-vous me dire, "Et Marguerite?", ben Marguerite, c'est Duras, et une de ses dernières interview, dans le documentaire "Marguerite Duras, l'écriture et la vie" de Lise Baron où elle dit:
"Ecrire, c'est ne rien dire...
C'est écrire.
Un écrivain, c'est muet !
C'est impossible de parler d'un livre à quelqu'un..
C'est vraiment une nuit.
C'est la nuit, un livre c'est la nuit, oui.
Ca va me faire pleurer,
Je ne sais pas pourquoi!"
Bon, on ne va pas pleurer, mais je vous offre des scilles:
Scilles - Photo: lfdd
Autre hommage, c'est à Hélène Partin qui vient de nous quitter également, un peu moins connue qu'Anne Sylvestre, mais une grande femme également, la voilà qui chante Aragon - Chanson noire:
Et puis Mes amis mes amours
Hélène Martin d'après Jean Genet - Le condamné à mort:
Né le 20 février 2011, un dimanche (Naissance d'une Fleur : La Fleur du Dimanche), ce blog vit pendant de nombreuses années un billet tous les dimanches avec la publication d'une fleur et un ou des TVA (Texte à Valeur Ajoutée) presque chaque dimanche sans interruption - même les dimanches de vacances furent nourris de vos fleurs pour ne pas manquer de la beauté des fleurs. Il se déployât également en semaine avec des billets sur le cinéma (un temps le lundi), des expositions (en général le mercredi) et des sorties culturelles (Théâtre, danse, concerts,..).
Le 18 février 2018, (The End: c'est la fin de la Fleur du Dimanche. C'est la fin..) après 7 années de fidèles rendez-vous, ce rendez-vous (un peu) contraignant fut mis en pause et les billets dominicaux plus irréguliers, les autres, à l'occasion, toujours fidèles, jusqu'à ce bizarre épisode de confinement l'année dernière.
Aujourd'hui alors que ce groupe a subi deux renaissances successives, avec le nouveau groupe 1001 Fleurs - 1001 Amis, nous en sommes à 1183 Fleurs republiées: Celle-ci, la Fleur de bois pour célébrer cet anniversaire:
La fleur des dix ans de La Fleur du Dimanche - Photo: lfdd
Alors à tou(te)s les fidèles lecteur(trice)s, à tou(te)s les ami(e)s qui suivent ces aventures depuis le début ou depuis plus récemment, par mail (Eh oui! il y a des abonnés par mail, cela existe encore), directement sur le blog (1.131 billets ont été lus plus de 280.000 fois ce qui fait une moyenne de 250 vues par page - certaines ont dépassé les 2.000 vues) ou sur facebook (1.044 amis à ce jour et 643 membres (nous en avions 890 dans un précédent groupe) dans le nouveau groupe recréée il y a 5 mois); merci de votre fidélité, de vos retours et de vos publications et commentaire.
Et à l'occasion, quand les temps seront meilleurs, nous fêterons ensemble cette décade prodigieuse...
Et pour ne pas déroger au TVA, les deux qui vont avec:
"À mesure que nous avançons, chaque année que nous avons à vivre, durant la décade qui vient, et bien au delà encore, se présente à nous avec une ampleur, une netteté, et une magnificence d'intentions qui n'étaient pas le visage du futur, quand nous étions plus jeunes"
Montherlant, Les Olympiques, 1924, p. 229.
"Je ne comprends rien au présent sinon qu'en une décennie, il nous aura éloignés définitivement de tous les millénaires passés."
Le temps passe*, le temps passe**, le temps passe***, et pour passer le temps, je vous écris...
Je vous écris pour vous dire que vous me manquez, je vous écris pour vous donner quelques nouvelles du monde, quelques nouvelles du temps et des fleurs...
Les clématites sont bien noires, les églantines sont rouges et les chatons dorés:
Clématite - Photo: lfdd
Chatons et églantines - Photo: lfdd
Le printemps arrive à petit pas même si la neige et le froid vont revenir, les bourgeons souffrir.
Rendez-vous bientôt, en attendant quelques informations sur le temps:
Mardi Gras, c'est le 16 février, le Carnaval de Bâle le 22 février est annulé comme l'an dernier et celui de Lucerne le 11 février, cette semaine aussi. L'année dernière ce fut une des premières manifestations annulées.
Voici l'image qui en reste, de Georgios Kefalas/Keystone:
Le Carnaval de Bâle 2020 est annulé - Photo: Georgios Kefalas / Keystone
Restons en Suisse pour une autre information relative au temps:
Des portraits de femmes ornent les façades des bâtiments de Berne en commémoration du 50ème anniversaire du droit de vote pour les femmes suisses. 53 ans après l’Allemagne, 52 ans après l’Autriche, 27 ans après la France.
Pour le TVA je vais être bref et factuel. Il concerne Michel Leyris (et par ricochet Jouhandeau) cité dans l'article "Facettes méconnues de Michel Leiris" par Jean-Louis Jeannelle dans le Monde des livres du vendredi (5 février 2021) à l'occasion de la parution du livre "Correspondance 1923 - 1977, de Michel Leiris et Marcel Jouhandeau"
Parlant de ce qui les motive à écrire, il(s) avoue(nt), "le principe chrétien de la confession" (Journal, 17 mai 1929) et considèrent que ce travail ne doit "« porter la trace d’aucun choix quant aux événements relatés », (au) risque de virer en simple sténographie; la contradiction est insoluble: «relater est peut-être nécessairement égal à frelater »), et celui de la mauvaise foi (vouloir être sincère, c’est déjà introduire un biais, comme si toute littérature de confession favorisait la duplicité : « Quand on se confesse, c’est moins pour dire la vérité que pour jouer au personnage touchant », notait le diariste en janvier 1938)."
Ils en arrivent aux « ana » (recueils de propos ou d’anecdotes), qu’il assimile aux matériaux que lui-même accumule dans son journal de
voyage durant la mission Dakar-Djibouti
(future Afrique fantôme): « C’est, ajoute-t-il, la forme d’écriture la plus humaine,
parce que celle qui présente les événements humains à l’état le plus brut et le
plus dépouillé. »
Sur ce, je vous laisse, mais ne vous abandonne pas, je vous offre, en hommage à ce long cheminement pour l'égalité des droits de la femme (à ce propos je ne peux me retenir de vous citer une parole de féministe qui disait: "Savez-vous que dans (votre ville) pour cent hommes la moitié sont des femmes?") quelques voix féminines qui nous chantent la vie, la mort, les regrets, l'ennui, la peur, la joie, la libération, la nostalgie, l'amour,...
Pour commencer par Pomme, croquons une version acoustique tranquille avec "Ceux qui rêvent"
Et pour elle avoue "Je ne sas pas danser"
Pour changer un peu, Alice Phoebe Lou - She (Live)
Puis Arlo Parks - Caroline - intéressante narration:
Puis Aldous Harding - Fixture Picture - intéressant aussi au niveau de l'image:
Revenons en France avec "Les Yeux Noirs" de Pomplamoose:
Avec Yseult et Corps cela redevient très très sérieux:
Un peu de soleil avec Canen (prononcer canon) une jeune chanteuse de douze ans qui chante Ain't No Sunshine
A propos de chanteuse qui a commencé jeune, voici une chanson d'elle "Ces mots simples" de Vanessa Paradis dans un clip de Jean-Baptiste Mondino
Restons avec Vanessa qui rend hommage à une comédienne chanteuse Jeanne Moreau Le tourbillon de la vie Vanessa Paradis et Jeanne Moreau:
Laissons la place à Jeanne dans ce tourbillon entre Jules et Jim:
Autre moment d'émotion, entre deux chanteuses, la mère et la fille, Jane et Charlotte: La Chanson de Prévert
Et pour finir, un dernier hommage à un chanteur homme qui a une sensibilité toute féminine et un engagement itou, et qui vient de nous quitter: Morice Benin avec "Les insurgés"
Radhouane El Meddeb aime à se frotter aux "monuments". Après "son" Lac des cygnes" où il se référait à Rudolf Noureev (voir mon billet du 10 janvier 2019 Le lac des cygnes de Radhouane El Meddeb déborde d'émotion), le voici s'inspirant d'un des plus célèbres poètes arabes modernes Khalil Gibran et de son magnifique poème "L'Amour"*. Ce poème, dans son livre "Le Prophète", dont Radhouane El Meddeb a mis en sous-titre le premier vers: "Lorsque l'amour vous fait signe suivez-le,..." peint l'amour, pas forcément innocent, ni tendre, ni doux, (Bien que ses chemins soient escarpés et sinueux. / Et quand ses ailes vous étreignent, épanchez-vous en lui, / En dépit de l'épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.). Et surtout montre qu'il faut "s'engager" avec l'Amour (Mais si dans votre crainte vous ne recherchiez que la paix et le plaisir de l'amour, / Alors il serait préférable pour vous de couvrir votre nudité, de quitter l'aire de battage de l'amour,..).
Mais les voies de l'Amour sont diverses, et vous l'aurez peut-être remarqué, un "S" lui est rajouté dans le titre pour faire pluriel, comme sont plurielles les trois interprétations des danseurs et de la danseuse qui se succèdent sur le plateau, plateau qu'occupe d'ailleurs dès l'entrée en salle le pianiste, compositeur et improvisateur Nicolas Worms, présent jusqu'à toute presquela fin du spectacle. Son jeu, fluide et aérien, sa présence sonore, toute en retenue, en douceur, son doigté de velours nous emmènent dans ce merveilleux voyage de l'amour où, pour commencer, William Delahaye s'installe dans ce nid sonore, embrasse l'espace et se laisse envahir par le flux, les pulsions de la passion.
Ses mains serpentent, accueillent, enserrent, enveloppent, caressent, s'élèvent, font des friselis, s'envolent en ailes délicates, tandis que les pieds, le corps fonctionnent au ralenti, en gestes saccadés et en hoquettements. La sensation est intériorisée et une prière muette est jetée au ciel. L'union avec la musique délicate et ruisselante, délicatement ouvragée comme une dentelle nous élève vers un absolu qui nous inclut. Un salut symbolique et l'on tourne la page.
Chloé Zamboni, haut de soie chair transparent et pantalon noir vient en miroir faire sa prière à l'amour à son tour, plus véhémente, des gestes plus énergiques, plus charnelle, elle joue à sa manière les transports de l'amour le plaisir et la souffrance, la joie et l'extase. Un geste vers la pianiste, sur lequel elle se penche tendrement et la revoilà partie convulsivement, elle aussi je jette en arrière, renversée, possédée et se retrouve même à terre tout en lançant une quête au ciel.
Le troisième danseur dans cette déclinaison multifacette de (ou cet hommage à) l'Amour, Philippe Lebhar va présenter une version plus mystique de cette passion en nous proposant une interprétation enjouée et virevoltante de l'élévation extatique dans une performance incroyable de derviche tourneur. Une prestation impressionnante.
Avec Amour-s, Radhouane El Meddeb a totalement réussi à nous faire ressentir, carrément "incorporer" via ces trois danseurs, les ressentis intimes et les bouleversements que l'amour, cette passion qui peut passer d'une extrème tendresse et une grande délicatesse à une énorme souffrance. Il nous emmène avec ses trois interprètes et le magnifique pianiste Nicolas Worms dans un voyage passionnant, et nous le suivons avec plaisir.
Remarque en marge: Nous aurions aimé partager ce spectacle avec un vrai public, plein de spectateurs autour de nous, dans cette salle de Pôle Sud qui a offert il y a deux ans un "accueil studio" au chorégraphe pour lui permettre de créer cette pièce. Les conditions actuelles ont empêché de garder les représentations publiques prévues ce 3 et 4 février.
Nous étions quelquefois un peu "décalé", dans un étonnement un peu bizarre, à la limite de l'inquiétude quand, reprenant conscience que nous étions, spectateurs un peu isolés, dans une salle vide, mais quand même dans une relation totalement physique avec la scène - rien à voir avec une diffusion "live" telle que nous sommes obligés pour le moment à "subir" le spectacle vivant "en boite".
Comme vous n'avez pas pu voir le spectacle, je vous en offre quelques extraits, en vous souhaitant de bientôt y assister et vrai:
S'arrêter, faire une pause, laisser passer le temps pour mieux le sentir, sentir le présent, sentir la présence, être présent, là dans l'instant totalement. Le sentir, l'instant, intensément, au moment où il passe.
Je vous avais préparé des réflexions d'actualité mais finalement, je laisse filer, cela arrivera à temps, d'autant plus que la thématique du temps lancée le 3 janvier ici même n'est pas (dé)passée....
Je vais en TVA vous parler du spectacle vivant, sujet d'actualité, Art qui nous manque douloureusement et qu'un comédien, qui vient de sortir un livre, nous fait sentir au plus près.
Mais place à la photo - je ne dis pas fleur parce que cette fleur est devenue fruit et même symbole, un peu sapin de Noël, et elle va bien avec le titre, ce temps suspendu, cette attente....
Quand va-t-elle tomber, vont-elles tomber? Isaac?
Pommes ... du temps de Noël .. suspendues - Photo: lfdd
Donc, je disais, Nicolas Bouchaud, grand comédien que nous avons pu voir de nombreuses fois au TNS, puisqu'il y est "artiste associé", à l'occasion de la parution de son livre "Sauver le moment" parle de son métier dans une interview dans le Monde du 23 janvier 2021 intitulée "Jouer, c’est inventer du temps". Pour commencer, il explique l'origine du titre de son livre: c'est une expression de Serge Daney qui qualifie le cinéma de John Ford dans son livre "La Loi du Marcheur" où il dit:
"Ford filme si vite qu’il fait deux films à la fois: un film pour conjurer le temps (en étirant les récits par peur d’en finir) et un autre pour sauver le moment (celui du paysage, deux secondes avant l’action)."
Ce qui, chez John Ford, dans le film "sauve le moment", c'est pour Serge Daney ceci:
"On sort d’une cabane ou d’un plan et il y a là des nuages rouges au-dessus d’un cimetière, un cheval abandonné dans le coin droit de l’image, le grouillement bleu de la cavalerie, le visage bouleversé de deux femmes: ce sont des choses qu’il faut voir tout au début du plan, car il n’y aura pas de deuxième fois."
Parce que pour regarder un film de John Ford il faut avoir "l'oeil vif":
"Impossible de regarder un film de Ford d’un oeil torve. L’oeil doit être vif parce que, dans n’importe quelle image d’un film de Ford, il risque d’y avoir quelques dixièmes de seconde de contemplation pure juste avant que l’action n’arrive."
Et donc, ce qui chez Nicolas Bouchaud "sauve le moment", ce peut être:
"Ces moments suspendus que l’on peut vivre au théâtre, quelques secondes avant l’action, c’est une des plus belles choses qui soient, je trouve. Je l’ai vécu, en compagnie de Norah Krief, quand nous jouions Le Roi Lear dans la cour d’honneur du palais des Papes, à Avignon, en 2007. Juste avant la scène de la tempête, nous ménagions un petit moment de silence. Cette pause, ce suspens donnent une extraordinaire sensation du temps à l’acteur comme au spectateur. C’est très concret, absolument pas théorique.
Cette faille dans le temps, ce temps que l’on éprouve sur scène et dans la salle, c’est ce que j’appelle un « reste », quelque chose qui nous appartient en propre: c’est le temps de l’expérience. Un temps d’ouverture, un temps de rien, sans action, où l’on sent, au sens propre, la vie qui passe."
Et à propos du "jeu", Nicolas Bouchaud précise:
"Si ce que l’on cherche à atteindre sur un plateau ce sont des moments d’intensité de vie, on ne peut pas se mettre dans une position de sagesse, de sachant. Etre à l’endroit de la vie, c’est être à celui de la métamorphose, et donc se laisser traverser par des états et des émotions contradictoires. Cela rejoint Brecht, d’ailleurs, qui disait qu’un acteur peut jouer deux choses complètement opposées dans une même phrase."
Et il précise ce qu'est la "présence du comédien" pour lui, comment il y est arrivé:
"La première chose qui se manifeste chez un être humain qui monte sur un plateau, c’est la fragilité. La présence, c’est peut être d’accepter cette fragilité et d’en faire un élément de son travail. Il y a autant de façons de jouer que d’acteurs, et la présence, c’est sans doute accepter d’apparaître, soi."
Je vous laisse lire le reste de l'article en ligne et vous offre la conclusion avec la question de Fabienne Darge:
"Est-ce là la grandeur et la misère du métier, pour vous?
- C’est sa grandeur, sans la misère. Justement parce que ce temps éphémère que l’on crée et que l’on vit en tant qu’acteur est d’autant plus intense qu’il s’enfuit au moment où on l’éprouve."
Pommes ... du temps de Noël .. suspendues - Photo: lfdd
Mais dites-moi, le temps, suspendu, ça ne vous rappelle pas quelque chose, quelqu'un ?
Si, là: Le Lac, Lamartine,
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ?
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière, Et près des flots chéris qu'elle devait revoir, Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes, Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés, Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ; On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos ; Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère Laissa tomber ces mots :
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours !
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent, Coulez, coulez pour eux ; Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ; Oubliez les heureux.
" Mais je demande en vain quelques moments encore, Le temps m'échappe et fuit ; Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore Va dissiper la nuit.
" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; Il coule, et nous passons ! "
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse, Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, S'envolent loin de nous de la même vitesse Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ? Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus ! Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes, Que faites-vous des jours que vous engloutissez ? Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages, Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux, Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux.
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe, Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés, Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, Que les parfums légers de ton air embaumé, Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, Tout dise : Ils ont aimé !
Et le reste n'est que silence...
Pommes ... du temps de Noël .. suspendues - Photo: lfdd
Allez, une petite chanson d'Alexis HK pour finir: Un beau jour
Fin d'une année, début d'une autre, l'occasion de s'arrêter un peu, faire un bilan du temps passé depuis un an.
Le Temps
Le temps, au niveau météorologique, on peut dire qu'il a été favorable, il a fait souvent beau, au point que 2020 a été classé "année la plus chaude" depuis le début des relevés météo. Nous avons eu plein de soleil et de belles journées, "l'été indien" de septembre avec des températures de plus de 23°, et même deux épisodes de canicule en août. Il y a eu en contrepartie plein de tempêtes, et de gros dégâts... Pour ceux qui sont frileux c'est bien, mais le réchauffement climatique n'est pas près de faire marche arrière. Bien que le confinement a prouvé que le ralentissement de l'activité économique - et polluante - a permis rapidement de faire baisser la pollution et le dégagement de CO². Qui ont repris leur croissance dès la fin du confinement.
Le confinement, parlons-en, ou plutôt n'en parlons pas: tout le monde a son avis là-dessus, entre la "pire des choses qu'on ait pu connaître" et une 'période horrible" ... et dont on n'a pas fini d'en voir le bout.
Pour voir le bon côté de la chose, je dirai qu'elle nous a permis de nous rapprocher - ou nous faire prendre conscience - de la nature, et de pouvoir profiter à plein de l'observation de son évolution. Les quatre saisons vues sur grand écran "naturel":
La rose du Nouvel An 2021 - Photo: lfdd
Un Temps
Juste pour un petit bilan "blogistique", cet épisode de repli contraint sur soi a fait foisonner des "journaux du confinement". J'en ai lu deux, celui d'Ambroise Perrin "Le chat du 28 prend le soleil", qui nous permet à la fois de se souvenir de l'état d'esprit où nous étions dans cette situation qui nous est tombée dessus comme une masse. Il observe avec acuité le phénomène et ses retombées en ville avec un regard critique, acide et drôle à la fois. Et puis celui d'Albert Strickler "Un silence incandescent - Journal 17 mars - 10 mai 2020" qui nous conte plutôt un voyage intérieur - par la force des choses, étant doublement cloîtré en haut de sa montagne et par "l'urgence sanitaire". C'est plutôt un "hymne à la vie dans un monde miné par l’angoisse" où il prend il prend distance et forcément creuse son intériorité tout en jetant, lui aussi, un regard d'étranger sur la vie telle qu'elle se déroule dans ce contexte extra-ordinaire. Et ses réflexions, balançant entre poésie, citations littéraires, réflexions philosophiques sur les choses essentielles et traits d'humour, nous apportent plein d'espoir sur la vie.
Et j'ai aussi l'honneur d'illustrer la couverture du livre avec la photo des 2 papillon au temps du corona (prise fin mai et parue le 30 août dans le billet "La mémoire et la mère... à minuit, lever le masque, serein" hommage discret à un être cher:
"Ne sais-tu pas que vient l'heure de minuit où chacun doit lever le masque; crois-tu que la vie entende toujours raillerie; crois-tu qu'on puisse s'éclipser un peu avant les douze coups pour éviter ce moment?"
Je vous propose l'autre fleur avec papillon que j'avais gardé en réserve cet été:
Marjolaine et Sylvaine - Photo: lfdd
Et pourtant...
A ce propos, 2020 fut, j'ai l'impression le temps du départ pour pas mal de personnes. Bien sûr il y a le corona, que l'on n'a pas vu venir (je me souviens encore de mon effarement de voir un ami, (le 22 mars!) comparer le virus à le grippe et ses 4 à 6.000 morts) et me dire "on arrive à et on devrait se
rapprocher de la fin du cycle" alors que ce 31 décembre nous en sommes à 64.700, et malheureusement ce n'est pas fini. Ayons une pensée pour tous les proches.
Un pensée aussi pour les artistes et autres connaissances proches: Monique Maitte - Annie Greiner -Suzanna Jaczova - Gérard Puël - Daniel Sardet - Pia Jung - André Pomarat - Marie Frering - Pierre Dieppendaele - Gilles Chavanel - Xavier Boulanger - Ramon Ciuret - Jean-François Zurawick - et, juste à Noël, Daniel Boch, poète ... et j'en oublie...
Des amis, aussi: Alain, Jean-Marc, Christine,....
Je ne parle pas des acteurs, chanteurs, sportifs, réalisateurs, artistes qui nous ont quittés en 2020... Ca a l'air d'une hécatombe...
Le Bonheur
Pour s'en sortir, que nous reste-t-il? Pour trouver le bonheur.
Je vais vous conter une petite fable sur le bonheur:
Un enseignant a apporté des ballons dans sa classe et en a donné un à chaque élève.
Puis il leur a ordonné d'écrire leurs noms sur leur ballon, puis de les laisser au sol et de quitter la classe.
Une fois dehors, il leur dit: "Vous avez 5 minutes pour que chacun trouve le ballon qui porte son nom."
Les élèves entrent et fouillent, mais les 5 minutes se sont écoulées et personne n'avait pu trouver son ballon.
Le professeur leur dit alors : "Prenez n'importe quel ballon et donnez-le au propriétaire du nom qui est écrit."
En seulement quelques minutes, tous les élèves avaient déjà leur ballon en main.
Enfin, l'enseignant déclara: "Les enfants, les ballons sont comme le bonheur. Personne ne le trouvera en cherchant le sien. En revanche, si chacun se soucie des autres, il trouvera rapidement son bonheur tant désiré."
Marjolaine et Papillon - Photo: lfdd
La Tendresse
Ce bonheur pouvons aussi le trouver dans ce qu'Olga Tokarczuk nomme la "tendresse. Cette femme écrivain polonaise, née en 1962 et à qui l'on a décerné le Prix Nobel de Littérature 2018 parle du besoin de retrouver une narration collective. Et elle appelle son discours « Le tendre narrateur », parce qu’on a besoin de tendresse.
« La tendresse, écrit-elle, est la variante la plus humble de l’amour. Elle est de ces affects qui n’apparaissent ni dans les Écritures, ni dans les Évangiles. Personne ne prête serment sur elle, nul ne s’en réclame. Elle n’a ni emblème ni symbole particuliers, elle ne mène ni au crime ni à la jalousie.
« Elle apparait quand nous tournons un regard attentif et concentré vers l’existence de l’Autre, vers ce qui n’est pas « soi ».
« La tendresse est spontanée et désintéressée, elle va beaucoup plus loin que l’empathie compassionnelle. Il s’agit plutôt d’un partage conscient, quoique peut-être un peu mélancolique, du destin. La tendresse, c’est se sentir intensément concerné par l’existence d’un autre, par sa fragilité, son caractère unique, sa vulnérabilité face à la souffrance et à l’action du temps qui passe.
« La tendresse perçoit les liens entre nous, nos ressemblances et nos similitudes. Elle est le principe actif d’un regard grâce auquel le monde apparaît vivant, vibrant de ses liens internes, de ses échanges et de ses interdépendances. »
Marjolaine et Papillon - Photo: lfdd
L'Existence
Cette tendresse envers l'autre, ce partage, forcément revient, retombe sur celui ou celle qui (la) donne. Et une étude récente en prouve les bienfaits autant sur le donateur que sur le bénéficiaire.
En résumé, donner fait du bien à tous, et même accroit l'espérance de vie. Ci-dessous un extrait de cette étude parue la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) sous le titre:
Sharing is caring: the more resources people share within a society, the better for health and longevity. Fanny Kluge and Tobias Vogt analyzed data for 34 countries on all continents and found a strong association between the amount of money shared between generations and longevity.
Une étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique de Rostock, en Allemagne, publiée dans la revue PNAS, établit une corrélation entre générosité, satisfaction émotionnelle et longévité.
Pour arriver à ce résultat comparatif de plus de 30 pays, les chercheurs ont étudiés les mouvements de transfert bancaires: la population la plus généreuse envers sa famille aurait la plus importante longévité.
Être généreux et soutenir votre famille pourrait vous aider à vivre plus longtemps, selon une nouvelle étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique de Rostock, en Allemagne.
Des chercheurs ont conclu que la satisfaction émotionnelle de donner et de recevoir améliore le bien-être et augmente par conséquent l'espérance de vie d'une personne.
Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé les données de plus de 30 pays du projet National Transfer Accounts et ont analysé tous les transferts d’argent privés reçus et donnés par chaque individu au cours de sa vie.
L'étude a révélé que dans certains pays d'Europe occidentale, les familles partageaient une plus grande part de leur revenu moyen avec leurs proches et que les taux de mortalité étaient faibles.
Et en France et au Japon, les deux pays où les taux de mortalité sont les plus faibles de tous les pays étudiés, une personne moyenne de plus de 65 ans a partagé entre 68 et 69 % de son revenu.
Ce chiffre est à comparer, selon les chercheurs, à ceux des pays comme la Chine ou la Turquie, où entre 44 et 48 % du revenu est redistribué, et où le taux de mortalité est presque deux fois plus élevé qu'en France et au Japon.
Les habitants des pays d'Amérique du Sud partagent également plus de 60% de leur revenu moyen avec d'autres personne, mais si le taux de mortalité est plus élevé qu'en Europe occidentale et au Japon, il est beaucoup plus faible qu'en Afrique subsaharienne.
Les pays de ce continent, comme le Sénégal, partagent le plus faible pourcentage de leur revenu et ont le taux de mortalité le plus élevé de tous les pays étudiés.
Fleur d'acanthe - Photo: lfdd
Exit vs Existe
Visiter les musées, aller voir une exposition, même juste une fois par an, contribuerait aussi à vous faire vivre plus vieux. Pour arriver à ce constat, Daisy Fancourt et Andrew Steptoe, deux chercheurs de University College de Londres ont suivi un panel de 6.710 britanniques âgés de plus de 50 ans, douze ans durant, depuis 2004.
Pas de différence entre hommes et femmes
Les personnes suivies dans le cadre de cette étude devaient dire si elles se rendaient dans un musée, une galerie d’art, si elles assistaient à une exposition, un concert, une pièce de théâtre, un opéra… Ceux qui se révélaient « réceptifs à l’art », avec un ou deux événements par an, voyaient leur risque de mourir se réduire de 14 %. Les habitués des arts, « pratiquant l’amour des arts au quotidien », c’est-à-dire se rendant à un événement artistique tous les mois voire plus, voient leur longévité croître de 31 %…
L’étude a également veillé à mettre en perspective le niveau d’impact socioéconomique, qui n’est pas sans influer sur l’aptitude à assister à des événements artistiques. Elle confirme la corrélation entre les statuts sociaux les plus élevés et la longévité, ce qui influe naturellement sur l’espérance de vie.
Mais au-delà, la pratique artistique, qu’il s’agisse de peindre, chanter, danser, est également bénéfique en termes d’espérance de vie comme de bien-être. Chez les plus de 50 ans, les chercheurs ont clairement constaté une influence positive sur la santé tant physique que mentale des personnes suivies.
Un constat qui rejoint d’ailleurs les analyses de l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, pour qui « les activités artistiques peuvent servir de compléments aux protocoles thérapeutiques ou renforcer ces derniers ».
Pour illustrer l'incertitude de la vie, les aléas de l'existence, cette éphémère de Virginie:
Ephémère de Virginie - Photo: lfdd
L'existence
Curieusement, une chanteuse de variété qui vient de nous quitter a chanté une chanson qui s'appelle "L'existence". Je vous en met le début ici:
Et le compte à rebours Commence au premier jour Dès que l’on vient au monde Aussitôt enfanté Le temps nous est compté De seconde en seconde Voilà que déjà On fait nos premiers pas On entre dans la danse Mais ce n’est que plus tard Que nos années d’enfance Ont beaucoup d’importances [Refrain] : L’existence, l’existence Pour un sourire, combien de pleurs? L’existence, l’existence Pour quand sont-ils les jours meilleurs?
Cette chanteuse c'est Rika Zarai, je ne vous mets pas la chanson ne l'ayant pas trouvée sur internet sauf sur une page de blog (ici) où vous pouvez, si vous y tenez, l'écouter.
De son côté Jacques Dutronc a chanté "Madame l'existence":
Curieusement Rika Zarai elle a chanté également "Et pourtant" que je vous offre ici:
Et puis la version de l'auteur et chanteur Charles Aznavour dans le film "Cherchez l'idole" de Michel Boisrond:
Vous vous en doutiez, Rika Zarai a aussi chanté "Le Temps" Et comme le temps se répète, pour la curiosité, une autre version, où Rika Zarai interprète "Le temps", avec les ballets Arthur Plaschaert:
Le temps se répète et, se répétant, il se complète avec des fleurs, le voici, "Le Temps des fleurs":
Bon, vous attendez "La tendresse" par Rika Zarai.... Eh bien, non elle ne l'a pas chantée, ce serait plutôt Marie Laforêt qui la chanterait, la voilà:
Et la version "originale" de Bourvil ici:
Et pour rester dans l'ambiance "confinement", je vous offre la version "confinement" "La Tendresse" avec, à 3 minutes 20, l'Alsacienne de Rohrwiller Lucie Malet:
Exit
Et comme il faut bien partir un jour, elle avait raison, Rika, et elle l'a chanté, Rika "Un beau jour je partirai"
Mais avant de partir, un dernier verre au bar... juste pour vous dire que des archéologues ont mis découvert à Pompéi un thermopolium, une sorte de restaurant de rue. Il y avait aussi des restes de nourriture (porc, chèvre, poisson, escargots) dans des pots en terre cuite, qui donnent une idée sur les goûts gastronomiques des habitants au moment de l’éruption du Vésuve en l'an 79.
Plus d'infos (en Anglais) et d'images ici: Pompeii