samedi 21 mars 2020

Court-19 : Episode 3 - Le jour du printemps est passé, un coup de froid aussi

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée... 
Oui, hier, c'était le printemps, mais on a vite déchanté, le temps est versatile en ces temps difficile. Pourtant, c'est encore le printemps des poètes et je vous ai concocté malgré la froidure un petit cocktail de poèmes et de chansons et une vidéo qui pourrait faire penser à... Mais je ne vous en dit pas plus, place aux fleurs de poirier qui croyaient les beaux jours arrivés:


Poirier en Fleurs - Photo: lfdd

Les beaux jours ou le réchauffement ce fut déjà le 1er janvier de cette année, quand la température fut bien élevée, quoique pas trop raisonnable. En voilà le résultat:





Côté poésie, connaissez-vous Jehan Rictus, né Gabriel Randon, qui prit ce nom lorsqu'il devint poète à Montmartre après avoir été sans logis et employé municipal (grâce à José Maria de Heredia) à la ville de Paris.

Il a écrit, entre autres, dans un style populaire le Printemps que je vous livre en extrait ici:

Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie,
V’là l’ monde enquier qu’est aux z’abois
Et v’là t’y pas c’te putain d’ Vie
Qu’a r’biffe au truc encore eun’ fois !

La Natur’ s’achète eun’ jeunesse,
A s’ déguise en vert et en bleu,
A fait sa poire et sa princesse,
A m’ fait tarter, moi, qui m’ fais vieux.

Ohé ! ohé ! saison fleurie,
Comme y doit fair’ neuf en forêt !
V’là l’ mois d’ beauté, ohé Marie !
V’là l’ temps d’aimer, à c’ qu’y paraît !

Amour ! Lilas ! Cresson d’ fontaine,
Les palpitants guinch’nt en pantins,
Et d’ Montmertre à l’av’nue du Maine
Ça trouillott’, du côté d’ Pantin !

V’là les poèt’s qui pinc’nt leur lyre
(Malgré qu’y n’aient rien dans l’ fusil),
V’là les Parigots en délire
Pass’ qu’y pouss’ trois branch’s de persil !

L’est fini l’ temps des z’engelures,
Des taup’s a sort’nt avec des p’lures
Dans de l’arc en ciel agencées
De tous les tons, de tous les styles ;

Du bleu, du ros’, tout’s les couleurs ;
Et ça fait croir’ qu’a sont des fleurs
Dont la coroll’ s’rait renversée
Et ballad’rait su’ ses pistils.

....

V’là l’ Quatorz’ Juillet des z’asperges,
Des p’tits z’ozeaux et des hann’tons,
Et les bléchard’s, les veuv’s, les vierges
A z’ont mal au bout des tétons.

Voui, l’ v’là l’ Printemps, l’ marchand d’ rameaux ;
Y vient, y trott’, quoiqu’ rien n’ le presse,
« Par les sentiers remplis d’ivresse »,
Le v’là qui radin’, le chameau !

....

IV

Ah ! nom de Dieu, v’là qu’ tout r’commence.
L’Amour, y « gonfle tous les cœurs »,
D’après l’ chi-chi des chroniqueurs,
Quand c’est qu’y m’ gonflera... la panse ?

Quand c’est qu’y m’ foutra eun’ pelure,
Eun’ liquette, un tub’, des sorlots.
Si qu’a fait peau neuv’ la Nature,
Moi, j’ suis cor’ mis comme un salaud !

Mes chaussett’s ? C’est pus qu’ des mitaines !
Mes s’mell’s ? Des gueul’s d’alligators :
Ma reguingote a fait d’ la peine
Et mon phalzar, y m’ fait du tort !

Quant à mon bloum, ah ! parlons-en,
Rien qu’ d’y penser ça m’ fout la flemme,
À côté d’ lui Mathusalem
N’est qu’un cynique adolescent.

C’te vach’-là m’ donn’ l’air ridicule,
Y m’ tomb’ su’ les yeux, m’ les rabat :
Si mes esgourd’s le sout’naient pas
Y m’arriv’rait aux clavicules !

Avec ça l’ Glorieux m’ roussit l’ crâne
Et éclaire comm’ par calcul
Mes nipp’s couleur de pissat d’âne,
Les trous d’ mes coud’s et ceux d’ mon cul !

Ah ! ben il est frais l’ mois d’Avril,
Le v’là l’ temps des métamorphoses,
Moi, j’ chang’ pas d’ peau comm’ les reptiles,
J’ suis tous les Printemps la mêm’ chose.

N’empêch’ ! Je m’ sens des goûts d’ richesse,
J’ suis comm’ ça, moi, né élégant,
J’am’rais ben, moi, fair’ mon Sagan
Et mon étroit’ chez les duchesses !

Et m’ les baigner dans des étoffes,
Car pour moi, quand l’ turquois est gai,
La pir’ de tout’s les catastrophes
C’est d’êt’ mochard et mal fringué.



Et si vous voulez en lire le texte, c'est là:
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Soliloques_du_Pauvre_(1903)/Le_Printemps

Je vous en offre également une interprétation totalement d'actualité par le rappeur Virus:




Et du même une autre version:





Pour un peu plus de  classicisme, une valeur sûre, Léo Ferré qui chante le Printemps des Poètes:

J'ai vécu des printemps fabuleux en hiver
Pendant que le vulgaire était tout emmouflé
Je soufflais sur mes mains à son cul à son nez
V'là-t'y pas qu'ses bourgeons sortaient m'en jouer un air

Le printemps ça s'invente et ça se fout en taule
Le printemps c'est ma mine avec ses airs de chien
Qui vient tout ébahie me montrer tout son bien
Le temps de déposer mon arme de l'épaule

Et oui c'est ça monsieur le printemps des poètes
Tout juste un peu d'hiver pour rompre les façons
Un quart d'été un quart d'automne et des chansons
Et s'il fait encor frais on se met la casquette

On va faire des pique-niques du côté des ballots
On va se mettre au vert en croyant aux histoires
Et l'on se sent mourir au bord d'une guitare
Quand la mort espagnole envoie son flamenco

Ce qu'il faut de désirs aux heures de l'ennui
Et ce qu'il faut mentir pour que mentent les choses
Ce qu'il faut inventer pour que meurent les roses
L'espace d'un matin l'espace d'une nuit

Jamais ne vient l'avril dans le fond de mon coeur
Cet éternel hiver qui bat comme une caisse
Qu'on clouerait sans répit depuis que ma jeunesse
A décidé d'aller se faire teindre ailleurs.





Portez-vous bien


La Fleur du Dimanche

vendredi 20 mars 2020

Court-19 : Episode 2 - Le printemps du courage loin des foulques

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée... 
Comme c'est le printemps, et qu'il fait soleil, je vous ai réservé une scène qui va à la fois vous égayer et vous aérer.

Et pour commencer, pour ne pas trop vous faire regretter de rester chez vous, je vous poste une photo de ma fleur "fétiche" le pissenlit - taraxacum, mais celui du 20 avril 2019, la plus ancienne photo que j'avais dans mon téléphone sur lequel je fais mon ménage de printemps... une découverte de circonstance, vu que l'escargot d'en face nous rappelle à notre sort - puisqu'il reste dedans sa coquille. 


Le pissenlit et l'escargot font "figure humaine" - Photo: lfdd

Le printemps, lui est annoncé ce jour et appelle à des pensées et des lectures "aérées", printanières et primesautières... 
Je renvoie à le très intéressant article de Robert Maggiori dans Libération le 13 février 2020 intitulé "Les canons de la chair" et qui présente le livre d'Alain Cabantous et François Walter "Les tentations de la chair: Virginité et chasteté (XVIe-XXIe siècle)". Il balaye l'évolution historique de la sexualité en relation avec les moeurs, les lois, le pouvoir (politique et religieux) mais aussi sous son aspect social et législatif, en présentant tout le travail qu'ont fait les deux historiens. Un détail, un mot, juste concernant la chasteté qui vient de carere (carence) - "être privé de". Il indique que dans un traité de théologie chrétienne elle est  définie: "Vertu qui réfrène la délectation charnelle conformément à ce que prescrit la raison". Et serait dans sa forme faible la "modestie" - qui était autrefois un tissus d'habillement:
"Petite pièce de dentelle ou de tissu fin servant à voiler pudiquement un décolleté féminin.
"S'asseoir aux assemblées parmi les prudes femmes, l'oeil baissé sur la modestie, avec un air de Sainte N'y touche" Th. Gautier, Fracasse, 1863

Et vous rappeler que c'est le Printemps des Poètes (les ailes un peu rognées) et dont le slogan est "Le Courage" (avec une affiche illustrée par Pierre Soulages.
Avec comme slogan le vers du cid de Corneille:
Espère en ton courage, espère en ma promesse…
et Anna Akhmatova qui écrivait à l’hiver 1942:
Nos horloges sonnent l’heure du courage.


Fleurs de Saule - Photo: lfdd

Et un poème cité de 
Jacques Darras:

La Maye réfléchit

je froisse le temps
sa porte s’ouvre
et moi j’attends
qu’un oiseau entre m’annoncer
qu’il est grand temps que je m’envole
mes ailes d’enfant
sont repliées
quel est le livre
quelle est la page?


Saule en fleur et foulques - Photo: lfdd

Allez, va pour les oiseaux, en l'occurrence des foulques, pas des canards, ni des poules d'eau qui, elles aussi célèbrent le printemps:





Et pour finir en chanson, quelques-unes douces...

Clara Ysé - Le monde s'est dédoublé:



Et Birds on a wire qui chantent Ô Solitude





Et puis Blessed is the memory:





Ca vous rappelle quelqu'un? Mais oui: Léonard Cohen: 



Portez-vous bien

La Fleur du Dimanche

P.S. Si Birds on a wire vous a plus, je vous avais proposé leur chanson "La Marelle" le 8 mars 2020 avec le billet 
Adieux, listes, etc..... Partie 4: Le féminisme ou le fellinisme 

Et si vous avez raté l'épisode N° 1 il est ici:
Court-19 : Episode 1 - Frène dans le virage



jeudi 19 mars 2020

Court-19 : Episode 1 - Frène dans le virage

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée...

La photo, des fleurs de frêne (erratum: érable à feuilles pennées !)


Fleurs d'érable à feuilles pennées - Photo: lfdd

La vidéo, les mêmes en mouvement:





Le poème, le début d'un poème - J'ai demandé au frêne - chanson d'amour russe:

Ja sprosil u Jasenja (Я спросил у ясеня)

Я спросил у ясеня,
Где моя любимая.
Ясень не ответил мне,
Качая головой. 

J'ai demandé au frêne

J'ai demandé au frêne,
Où était ma bien-aimé.
Le frêne ne m'a pas répondu,
En secouant la tête. 


Et la chanson, la voilà:





Un autre version, en français:





Et une autre chanson sur le frêne de Louise O'sman:





Portez vous bien

La Fleur du Dimanche

dimanche 15 mars 2020

Annie Greiner: Là où tu vas, point de limite

Annie Greiner nous a quitté ce dimanche 15 mars 2020.
Son compagnon de vie et d'Art, Pierre Roman partage un mot de Du Fu à Annie Greiner:
"Là où tu vas, point de limite,
A toi, on confierai mort et vie!
"


Elle exposait l'été 2012 en l'église Saint Pierre le Jeune - une de ses oeuvre est encore en place dans la chapelle...  
Je lui dédie ces paroles de Nelly Sachs qu'elle a écrite sur une oeuvre:
"Dans le secret d’un soupir
Peut germer le chant inchanté de la paix." 



Annie Greiner - Nelly Sachs - Photo: lfdd


Et je vous renvoie à un billet sur cette exposition que j'avais postée le 13 juillet 2011:
On lui connait ses "veilleurs" qui se sont installés au Mont Saint Odile, elle a également posé des compagnon de recueillement dans une chapelle à Saint Pierre le Jeune au centre ville de manière durable, et là, elle se fait accueillir pour la troisième fois, dans ce Temple pour y présenter ses travaux sur papier, cartons, livres, en dialogue avec la poésie et les auteurs.
Elle se nourrit des écrivains et des poètes: Célan, Sachs, Char et bien d'autres, qui jettent leurs mots sur la page par la force de son écriture et elle transforme ces paroles en trajectoires de vie.
On y trouve donc des pages lumineuses de noir, d'où la poésie s’échappe d'un élan fulgurant, et nous parle de "ces siècles poussés par la souffle"* qui nous invitent à aller à l'essentiel.

Annie Greiner - Soleil Blanc - Photo: lfdd

Elle également exposé plusieurs fois dans un petit appartement de la rue des Pucelles à Strasbourg avec l'aide de Pierre Romain.
Bien avant la naissance de ce blog, elle exposait dans divers lieux, espaces d'Art, entreprises, églises, galeries en France et à l'étranger et avait été "Lauréate" du prix du département du Bas-Rhin du CEEAC en 1988.

Voici un bref aperçu sur ses récentes expositions ici sur mon blog:

En mai 2016:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2017/05/ils-sont-ouverts-qui-les-ateliers.html

En décembre aussi:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2016/12/les-expositions-de-decembre-strasbourg.html

Et en 2017:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2017/05/ils-sont-ouverts-qui-les-ateliers.html


Merci Annie et bon voyage

La Fleur du Dimanche

mardi 10 mars 2020

Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna "À vue" à Pôle Sud: Etre sur sa "Garde" pour se "Changer"....

Dans leur dernière pièce "À vue" que Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna jouent à Pôle Sud, elles s'ex-posent tout en exp(l)osant l'espace de la scène. 

A vue - Brigitte Seth - Sylvain Dufour - Pôle Sud - Photo: lfdd

Une salle d'attente à gauche, un fond de décor avec un tapis à droite qui va se dérouler, se faire dérouler plutôt, parce que tout (ou presque tout) sera fait "à vue", un espace intermédiaire que devient une fausse scène genre labyrinthe marelle, mais rien n'est figé. C'est d'ailleurs le propos de la pièce: plutôt qu'"à vue" ce serait le changement constant du "point de vue", que ce soit visuel ou mental, voire social, qui est ici mis à mal.
On tire à vue sur les préjugés, sur les jugements, sur les attitudes, sur l'identité - en particulier le "genre", le "sexe", la "race", le "statut", la "norme" dans ce spectacle tournoyant et déstabilisant.

A vue - Brigitte Seth - Sylvain Dufour - Roser Montllo Guberna - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Les fausses pistes et les changements de direction se font "à vue" mais surprennent d'autant plus. Les deux personnages interprétés par les deux danseuses-chorégraphes, en costume deux pièce très stylés, qui dès le départ se livrent à une "formation" pour un dès-entretien professionnel vont dynamiter la situation. Et passer la ligne jaune. Et la "carapace" du costume strict va également exploser quand, dans un tableau à l'image d'une peinture de Francis Bacon, lorsque Brigitte Seth tourne sur son fauteuil de patron en fond de scène en révélant un sein généreux. 

A vue - Roser Montllo Guberna - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

De même, quand Roser Montllo Guberna, invitée par la musique dépasse le "cadre" de sa danse pour s'immerger dans une transe-danse jusqu'à presque s'y perdre, en emmenant les spectateurs sur cette voie sauvage. Et en inoculant le virus à son partenaire masculin qui, en écho vers la fin de la pièce ressuscite cette dans une version contemporaine et festive.
Car oui, le duo de chorégraphes-danseuses-comédiennes se sont adjointes d'un élément masculin, Sylvain Dufour, qu'elles ont bien sûr habillées en femme, avec perruque blonde de rigueur - l'occasion d'ailleurs d'un autre duo style comique, de jumelles faussement inoffensives.

A vue - Sylvain Dufour - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Nous pourrions citer un deuxième trio, en l'occurrence la collaboration avec Jean-Luc A. d'Asciano, poète, romancier et éditeur dont le texte qu'il a écrit en étroite collaboration avec les deux femmes rythme la pièce, hoquète dans le réel et se perd dans l'absurde pour le plus grand bonheur du spectateur de cette pièce. Et bien sûr la "famille", cette troupe "Toujours après minuit" avec les lumières de Guillaume Tesson, la musique - qui installe magnifiquement les différentes ambiances - et la vidéo - qui interroge la question fondamentale "Qui suis-je?" dans la distanciation de ce qu'on projette sur quelqu'un (au sens propre !).

A vue - Sylvain Dufour - Roser Montllo Guberna - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

La pièce est une invitation à ne pas rester à la surface des choses  - "Une femme c'est de quelle couleur?" - en nous permettant de cheminer dans la pluralité et la diversité des êtres, de plus changeants puisque au fur et à mesure de l'avancement de pièce, les schémas bougent, les personnages se transforment, changent (et se changent) à vue et rentrent dans des relations plus paisibles et fraternelles. Un hymne à la liberté de corps et d'esprit non dénué d'humour.


 


La Fleur du Dimanche 

À vue

A Pôle Sud le 10 mars 2020

Brigitte Seth & Roser Montlló Guberna / Cie Toujours Après Minuit

Mise en scène et chorégraphie : Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth
Texte : Jean-Luc A. d’Asciano
Assistante à la mise en scène : Jessica Fouché
Scénographie : Emmanuelle Bischoff
Lumière : Guillaume Tesson
Musique et vidéo : Hugues Laniesse
Perruques : Sylvain Dufour
Costumes : Sylvette Dequest
Interprètes : Sylvain Dufour, Roser Montlló Guberna, Brigitte Seth
Administration et production : Véronique Felenbok et Marion Arteil
Diffusion : Carol Ghionda
Presse : Olivier Saksik
Création 2018 au CCN de Tours
Coproduction : la Cie Toujours après Minuit - le CCN de Tours (direction Thomas Lebrun) - les Subsistances à Lyon - le Théâtre Gérard Philipe de Champigny. Résidence de création à l’Usine Hollander/Cie la Rumeur à Choisy-le-Roi Avec l’aide à la création de l’ADAMI. La compagnie Toujours après Minuit reçoit le soutien du Ministère de la Culture - DRAC Île-de-France, de la Région Île-de-France et du Conseil Départemental du Val-de-Marne

mardi 3 mars 2020

Liberté à Brême au TNS: Malaise domestique ou Amour à mort sans étiquette

La pièce "Liberté à Brême" de Rainer Werner Fassbinder pose question, dès le titre et, au TNS à Strasbourg dès l'entrée dans la salle.

Un intérieur "cosy" avec canapé à gauche et table et chaises au fond à droite d'une estrade centrale, ouvert à tous vents, avec des chaises refoulées de part et d'autre, une desserte au fond à gauche et un tableau noir énorme qui prend tout le fond de scène et sur lequel l'on voit au centre une crucifixion, mais également un "christ bon berger" et toute une série de personnages bibliques mais pas seulement, et même une formule chimique qui pourrait ressembler à du trihydrure d'arsenic, ainsi qu'une croix renversée sous la crucifixion.


Liberté à Brême - R.W. Fassbinder - Cédric Gourmelon - TNS Strasbourg - Photo: Simon Gosselin

Une petite musique légère, alerte et cérémoniale accompagne l'entrée des comédiens en scène. La plupart s'asseyant sur les chaises excentrées et Mittenberger s'assied à la table tandis que sa femme, Geesche reste debout.
"La paix..., le journal..., le café..." sont proférés sentencieusement par le mari et l'on peut se poser la question, si la paix a à voir avec la Liberté... Mais on se rend vite compte que ce n'est que l'expression d'une parole de pouvoir et que Geesche subit le pouvoir domestique de son mari. On nous situe l'action dans les années 1800 mais les costumes sont d'aujourd'hui. La situation n'a pas changé, en tout cas ce que décrit cette relation.


Liberté à Brême - R.W. Fassbinder - Cédric Gourmelon - TNS Strasbourg - Photo: Simon Gosselin

Cette situation de soumission de la femme, même si elle ressurgit tout au long de la pièce, que ce soit via le mari, d'autres hommes ou la famille (la mère, le père, le frère) ne sont pas la seule approche de lecture, le pouvoir de la femme (de Geesche) est plus subtil et varié, la séduction et la ruse, et même l'affirmation d'un caractère font de cette pièce un tableau à entrées multiples. Et l'interprétation de Valérie Dréville dans la palette variée de son jeu donne au personnage une belle richesse. De même, la mise en scène de Cédric Gourmelon et les différents modes et jeu et d'expression de l'ensemble des comédiens nous amène à un sentiment d'instabilité et de décalage des repères et des certitudes que nous pourrions avoir. Ce n'est pas juste une pièce critique, il n'y a pas que cette distanciation brechtienne auquel nous ferait penser ces "jurés" en bord de plateau, qui deviennent quelquefois "choeur" ou pleureuses. 


Liberté à Brême - R.W. Fassbinder - Cédric Gourmelon - Valérie Dréville - TNS Strasbourg - Photo: Simon Gosselin

Ce n'est pas une tragédie, ni un "drame" même si Fassbinder l'a intitulé "drame bourgeois", ni un vaudeville, ni une pièce comique. Même si les rires fusent lorsque la répétition des situations critiques - aux conséquences dramatiques - dont les spectateurs ont compris le sens s'accélère. Et nous nous retrouvons à défendre des actes indéfendables, pris au piège d'une construction qui nous fait adhérer à l'ignoble tout en nous faisant douter de nos repères et de nos valeurs.


Liberté à Brême - R.W. Fassbinder - Cédric Gourmelon - Valérie Dréville - TNS Strasbourg - Photo: Simon Gosselin

C'est toute la qualité de cette mise en scène qui nous déséquilibre et interroge non pas nos certitudes mais notre interprétation et grâce au jeu des comédiens, entre le symbolique, l'hiératique et le décalé, nous assistons à la libération d'une femme dans un monde où les règles et la morale ne sont pas figées.

Le Fleur du Dimanche

LIBERTÉ À BRÊME

Au TNS à Strasbourg du 3 au 11 mars 2020


COPRODUCTION

Texte Rainer Werner Fassbinder
Traduction de l’allemand Philippe Ivernel
Mise en scène Cédric Gourmelon
Assistanat à la mise en scène Guillaume Gatteau
Avec Gaël Baron, Guillaume Cantillon, Valérie Dréville, Christian Drillaud, Nathalie Kousnetzoff, Adrien Michaux, François Tizon, Gérard Watkins
Scénographie Mathieu Lorry Dupuy
Costumes Cidalia Da Costa
Lumière Marie-Christine Soma
Son Antoine Pinçon

Valérie Dréville est actrice associée au TNS
Le décor est réalisé par les ateliers du TNS
Le texte, dans la traduction de Philippe Ivernel, est publié chez L’Arche Éditeur

Production déléguée Réseau Lilas
Coproduction Théâtre National de Strasbourg, Théâtre national de Bretagne, Théâtre de Lorient – Centre dramatique national, Comédie de Béthune – Centre dramatique national, Le Quartz – Scène nationale de Brest
Avec le soutien du T2G - Théâtre de Gennevilliers – Centre dramatique national, du Théâtre Cinéma de Choisy-le-Roi, Scène conventionnée d'intérêt national pour la diversité linguistique et de la SPEDIDAM
Réseau Lilas est conventionné par le ministère de la Culture – DRAC Bretagne et soutenu par le Conseil régional de Bretagne et la Ville de Rennes
Création le 6 novembre 2019 au Théâtre National de Bretagne – Rennes

dimanche 1 mars 2020

Adieux, listes, nègres, capital, collapsologie, réchauffement, disparition,......

Depuis le 9 février, des pays lointains (Siam, Indochine, Cambodge.. Faire barrage), vous n'avez plus eu de nouvelles dominicales de la Fleur du Dimanche, bien que les dimanches étaient bien chargés......

Ils le sont toujours autant, mais je vais essayer la liste de ce qu'il faut vous dire...... Une "Do list", tout en ne vous assommant pas...... 
Je sais, les billets sont toujours trop longs......
Je vais donc découper celui-ci en tranches......

Et pour commencer, une tranche de fleurs. Cela tombe bien, à Paris, jusqu'à demain, 2 mars, au Jardin des Plantes, il y a l'expostions 1001 orchidées......

Voici la première, à priori une Wilsonari Kolibri - ou une Orchid Cumbria ?


Orchidée - Photo: lfdd

Pour vous donner le goût de revenir, sachez qu'il y en a d'autres qui vont suivre et qu'ainsi vous pourrez aussi accéder au déroulé de la liste des sujets du TVA à venir.

Voici une liste de sujets pour vous guider:

Les adieux (1)
Le petit âge glaciaire (2)
L'Amour (4)
Arp (1)
Les bandeaux 
Les blancs
Le capital (4)
La collapsologie
La culture
Les cycles
Les cyclamens
La danse (1)
Del Rey
Descartes
Les dingos
La disparition (3)
La dystopie
L'écologie
L'économie (2- 4)
Erreur 404
Le féminisme (4)
Le hasard (1)
L'inégalité (4)
Les juifs
La langue
Lorrain (1)
Le Moyen-Âge (2)
La musique (1)
La nature (2)
Les nègres
Mishima
L'Opéra (1)
Le patrimoine (4)
Perec
La race
Le racisme
La richesse (4)
Sfar
Le sexisme
......

1. Les Adieux"...... (Commençons par......)

C'est l'histoire d'un comédien chanteur, danseur, grand et doté d'une belle voix grave.
A son sujet, il est curieux qu'une recherche effectuée cette semaine "arp jean l'ange et la rose" ait mené sur mon blog où je parle sur deux pages différentes non pas du livre d'Arp "L'Ange et la Rose" mais du spectacle "Opus Null" dans lequel ce comédien chanteur (Jean Lorrain) a joué en 2011 (date de la naissance du blog. Les deux pages ici: ARP Rose ou Rouge  et  Rose Verte ou ARP: Art à Part 
Il a donc joué au théâtre, fait de nombreuses lectures (et soutenant l'assotiation "A livre ouvert - Wie ein offenes Buch", dansé avec Cathy Dorn et Renate Pook, et fait de nombreux récitals, il a donné son dernier pour son fidèle public (qui l'en a chaudement remercié) lors de deux soirées  - salle comble - au Munsterhof à Strasbourg. Ne pouvant pas faire un récital classique, il en a réussi un très humoristique avec une trame d'Amour (de la jeunesse à la vieillesse - un moment épique étant Porgy and Bess avec déambulateur) et renversement des rôles - et des voix, lui, la Basse, chantant Carmen et dansant délicatement le flamenco et sa partenaire Dominique Charras, la soprano, reprenant le rôle masculin. 
La soirée fut bien enlevée - et variée, avec des parties de texte ou d'explication, réflexions et s'est terminée dans un beau collage alternant plusieurs airs en pot-pourri pour un dernier adieu.
Autre sujets traités: Arp - la danse - le hasard - Jean Lorrain - La musique - l'Opéra -      


2. Le petit âge glaciaire


Ne croyez pas que je plaisante, le "petit âge glaciaire" peut tout à fait être d'actualité...... Si l'on prend un peu de distance, comme nous le révèle Philipp Blom dans son livre "Quand la nature se rebelle - le changement climatique du XVIIème Siècle et son influance sur les sociétés modernes" dont nous parle David Zerbib dans son article du Monde des livres du 28 février intitulé "Le climat souffle le chaud et le froid sur les sociétés humaines". L'auteur se penche sur un refroidissement temporaire (entre 1570 et 1685) de 2 degrés qui aboutit à des fleuves gelés jusque dans le Languedoc, ainsi que le port de Marseille, des hivers donc longs et rigoureux, des étés diluviens et donc des récoltes rares. "La ruine du Monde", des famines et des troubles dans toute l'Europe (on en garde quelqeus souvenirs en Alsace...... Selon l'analyse de Philipp Blom, ce changement climatique a engendré une "immense révolutions sociale, économique et intellectuelle". Bien que certains essayaent de s'en sortir grâce à des processions ou la magie, on s'interessa de plus près à la nature, on l'étudia et "on apris comme jamais à [la] dominer en jetant les bases de notre modernité économique et technologique."  Et l'on se demande si nous ne devrions pas se mettre dans la même attitude aujourd'hui (à suivre......)  
Autre sujets traités: le Moyen-Age - l'économie - la nature 

Orchidée - Photo: lfdd


Musique !

3. La disparition

Ce ne sont pas des adieux, mais une invitation à la disparition. 
Pas La disparition de Georges Perec, ce livre lippogramm(e)  ;-):
"un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal"
Mais un mde d'emploi de la disparition (How to dissapear) avec Lana Del Rey, plutôt deux fois qu'une...... 
Dits-moi laquelle vous préférez..







4. Le féminisme

La suite étant écrite le 8 mars, journée internationale du droit des femmes, même si le sujet est un sujet que l'on ne peut circonscrire temporellement, je vais continuer ma ballade dans le Monde des Livres du 28 février, avec l'article de Gilles Bastin sur le livre de Céline Besière et Sybille Gollac "Le Genre du Capital. Comment la famille reproduit les inégalités". Les deux sociologues analysent comment le capital est "genré", par exemple, comment elles ne gagnent pas de l'argent aussi vite que les hommes et que cet argent elles peuvent le perdre aussi très vite. En mettant en parallèle, entre autres, Ingrid Levavasseur et McKenzie Bezos, comprendre qu'à la fois "dans les classes populaires, les problèmes d'argent sont des problèmes de femmes" et que "chez les riches, à fortiori les ultrariches, le capital reste une affaire d'homme." Leur recherche a amené les deux auteures à se pencher sur la comptabilité, l'évolution de la loi et de la justice, les statistiques publiques, les monographies familiales pour constater que l'économie des familles, la "comptabilité sexiste", les "biens structurants" (à protéger) et les "compensations" (pour les femmes) font qu'elles "ne détiennent pas le même pouvoir d'appropriation sur ce qu'ils et elles possèdent". Et cela ne s'arrange pas......
D'où peut-être une solution page 4 du même supplément, en l'occurence le livre "Les évadées" d'Alexandra Fritz dont nous parle Bertand Leclair dans l'article "Les amantes orphelines", titre qui annonce le raccourci de leur destin. Le livre raconte le destin de deux femmes dont on dit "Ah, ces deux là ne lèchent pas que les timbre poste", "La mulâtresse et l'ogresse, rien que d'y penser" mais elles "décident de réunir les femmes au foyer des allentours pour parler chat et chattes" et d'un coup d' "l" de félinistes se transformer en "Fellinistes" (extrait à venir)......
Autre sujets traités: l'Amour - le capital - l'économie - l'inégalité - le patrimoine - la richesse      


Orchidée - Photo: lfdd

Je vous dois une petite chanson, ce sera "La Marelle" (Amarelinha) de Birds on a Wire

La chanson est là, impossible à insérer:

https://youtu.be/8c4tsQvRNWY?si=9O2BEZM3RwBqIH-J


Jogo d'amarelinha
Na linha não vai pisar
Pé dentro, pé fora
Esse pé não vai errar
Jogo d'amarelinha
É pra menina pular
Cuidado pra não errar
Que a vida é curta menina
E nada se vai levar
Le jeu de la Marelle
Va de la terre jusqu'au ciel
Entre la chance et le puits
Tu reviens et c'est fini
Petite, petite fille
Tu es là pour t'amuser
Lance bien la pierre
Prends garde où tu mets tes pieds
Jogo d'amarelinha
E a vida quer durar
Tem um diamante de umbigo
Cuidado pode quebrar
Menina pequeninha
Tonta de tanto chorar
Teu choro é uma lagoa
E é lá que eu vou me banhar
Le jeu de la Marelle
Va de la terre jusqu'au ciel
Entre la chance et le puits
Tu reviens et c'est fini
Petite, petite fille
Tu es là pour t'amuser
Lance bien la pierre
Prends garde où tu mets tes pieds
Jogo d'amarelinha
E a vida quer durar
Tem um diamante de umbigo
Cuidado pode quebrar
Menina pequeninha
Tonta de tanto chorar
Teu choro é uma lagoa
E é lá que eu vou me banhar
Le jeu de la Marelle
Va de la terre jusqu'au ciel
Entre la chance et le puits
Tu reviens et c'est fini
Petite, petite fille
Tu es là pour t'amuser
Lance bien la pierre
Prends garde où tu mets tes pieds



A suivre......


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche