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vendredi 20 février 2026

Bach avec Maria Munoz aux Abbesses: Danser pour faire famille

 Maria Munoz et le Théâtre de la Ville c'est une vraie histoire de famille, une fidélité et un parcours qui s'échelonne depuis plus d'une douzaine d'année et plus de six pièces, dont Bach qui en a marqué le début - et un retour heureux et nouveau. Pour Maria Munoz d'ailleurs, Bach est aussi un repère et un tournant de sa carrière, tout comme l'est la création avec Pep Ramis de la création en 1989 de la Compagnie Mal Pelo (mauvais poil). Partant de la nouvelle danse européenne, elle va vers plus de rugosité (de poil à gratter) et de théâtralité, d'intériorité également. Et c'est avec Bach qu'elle a ouvert la recherche d'un dialogue plus profond entre musique et danse, autant dans le mouvement que dans la tension entre le mouvement, la musique et le silence. C'est dans une véritable transmutation, une absorption de la musique dans le corps qu'elle construit ce dialogue avec le Clavier bien tempéré de Bach, interprété par Glen Gould qu'elle construit en treize tableaux sélectionnés à partir des quarante-huit préludes et fugues. Dans une première ébauche en 2004 puis dans sa création le 19 novembre 2005 au Festival Internacional de Teatre de Girona, la pièce présentée plus de 150 fois sera emblématique de la chorégraphe et interprète, avant une transmission-adaptation pour la danseuse italienne de la troupe Mal Pelo, Federica Porello. 


Bach - Maria Munoz - Théâtre de la Ville


Et c'est le Théâtre de la Ville qui lui commande donc cette nouvelle version de Bach, familiale, et dont la re-création se fait au Théâtre des Abbesses à Paris. Pour commencer, dans un rai de lumière au fond de la scène, comme surgie du passé, donnant l'impression d'avancer, Maria Munoz, toute de noir vêtue resuscite telle une épiphanie ce miracle de profondeur et de simplicité qui nous plonge tout entier dans la musique et le geste épuré. Par la souplesse et la grâce de ses gestes, elle habite le plateau, sobre carré blanc autour duquel se placent de temps en temps le reste da la famille, Pep Ramis, compagnon de longue date, Marti Ramis, son fils, Paula, sa fille, tous les deux ayant suivi une carrière de danseurs et Sam Ramis, le plus jeune, qui s'intéresse plus au dessin (comme son père) mais qui a vécu "dans" la danse toute sa vie. Ce quintette de danse se retrouve sur le plateau en dimensions variées et leur grammaire est très personnelle, Paula par exemple dans ses duos avec sa mère qui a une gestuelle plus libre, relâchée et floue, variée, Marti avec ses jambes et ses bras plus en rondeurs, élastiques, joue la malléabilité et la souplesse, Pep plus dans la rigueur. Les hommes vêtus de costumes, pantalons et vestes noires, plus ou moins rigides mais leur silhouette bien découpées par les lumières précises d'August Viladomat habitent le plateau, seuls ou en multiples variations de formation, le geste souple mais posé. 

Quelquefois, en fond de scène apparaissent des images de Nuria Font qui a longtemps côtoyé Mal Pelo. La première séquence, des pieds de chevaux, diffuse son mouvement dans les pas des danseurs, saccadés, une autre, image de forêt en traveling est source d'une simulation de marche immobile. La chorégraphie est sobre, comme intériorisée, en particulier pour les fugues, dansées sans musique, dans un minimalisme inspiré de cette musique très spirituelle de Bach. Le corps incarne la musique, d'autant plus avec cette interprétation très "habitée" de Glen Gould. Et l'on va encore vers plus d'épure vers la fin, dans des lignes droites et diagonales, trajectoires qui ralentissent et s'impriment dans nos mémoires. De purs moments de bonheur que nous offrent Glen Gould, Bach et la famille Maria Munoz et Ramis. Un réel plaisir de danse pure.


Bach - Maria Munoz - Théâtre de la Ville - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche


Bach


Théâtre de la Ville - Paris - Théâtre des Abbesses - 18 au 24 février 2026


Création et chorégraphie María Muñoz
Musique Clavier bien tempéré, Johann Sebastian Bach
Version enregistrée par Glenn Gould
Collaboration artistique Cristina Cervià
Assistant à la direction Leo Castro
Réalisation vidéo Núria Font
Lumières August Viladomat
Costumes CarmePuigdevalliPlantes, Montserrat Ros
Avec María Muñoz, Pep Ramis, Martí Ramis, Paula Ramis, Sam Ramis
Production Mal Pelo en collaboration avec Teatro Real (Madrid) – Teatre Lliure (Barcelone).
Avec le soutien de l’Institut Ramon Llull


vendredi 16 janvier 2026

Laurent Epstein Trio with Anne Sila au Sunside: Un Parisien à New-York - des musiques de films éblouissantes

 Il en rêvait, il l'a fait ! Laurent Epstein, depuis 2009 où il avait enregistré l'album En toute simplicité avec son trio composé de Yoni Zelnik à la contrebasse et de David Georgelet à la batterie n'avait plus enregistré de disque sous son nom. Bien sûr il participé à une vingtaine de disques avec notamment Bireli Lagrène et Angelo Debarre et accompagné au piano de grands noms du jazz français et international. Mais depuis quelques temps, il portait ce désir d'enregistrer à New-York. Et il a lancé sa cagnotte en ligne pour lancer la machine. Pari réussi ! Avec Eddie Gomez qui avait joué avec Bill Evans, et Willie Jones III, le batteur qui a accompagné Horace Silver et Arturo Sandoval, auxquels s'est adjointe la talentueuse Vanisha Gould, ils ont enregistré en mars 2025 ce disque French Movies in New York sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Comme son nom l'indique, ce sont des musiques de films qui ont bercé nos jeunes années et qui continuent de nous émouvoir. Des compositions arrangées en collaboration avec le talentueux Philippe Maniez, et c'est lui qui a l'honneur de tenir la batterie pour la release partie de ce disque qui vient de sortir fin 2025 pour cette série de concerts au Sunside - rien moins que deux sets par jour deux jours de suite. Et les concerts étaient complets pour la plus grande satisfaction de son producteur Jean-François Aubert. Celui de ce vendredi à 21h30 était un vrai bonheur, avec moultes surprises et généreux bis et rappel, même si la scène du célèbre Club de Jazz de la rue des Lombards ne permettait pas vraiment de mise en scène de disparition-apparition.  


Laurent Epstein - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Sur scène donc, Philippe Maniez à la batterie, Clément Daldosso à la contrebasse, et bien sûr Laurent Epstein au piano, nous offrent quelques titres du disque mais aussi d'autres pépites, pas moins intéressantes. En particulier, et pour commencer, la chanson du film de Louis Malle, Milou en Mai, composée par Stéphane Grappelli et qui permet à Laurent Epstein de se lancer dans une belle introduction au piano, rejoint par les deux musicien dans une bel échange complice. Pour continuer par la chanson La Complainte de la Butte du film French Cancan de Jean Renoir dont la musique de Georges van Parys a accompagné la voix de Cora Vocaire. Ici ce sont le piano et la contrebasse qui se partagent la triste mélodie. Le thème du film de José Giovanni La Scoumoune avec Jean-Paul Belmondo, composé par François de Roubaix, arrangé par Philippe Maniez, amène à la fois du rythme et de l'énergie, balancée par le trio. 


Laurent Epstein - Anne Sila - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Et c'est le moment d'accueillir la chanteuse Anne Sila - remplaçant au pied levé Vanisha Gould dont la venue en France s'est arrêtée à l'aéroport - pour une version très personnelle de la Chanson d'Hélène du film de Claude Sautet Les Choses de la Vie chantée par Romy Schneider. C'est Laurent Epstein au piano qui remplace - excusez du peu - Michel Piccoli et Anne Sila nous offre, en plus d'une interprétation très émouvante, une belle variation d'improvisations de sa voix cristalline et haut placée qui nous fait oublier la grande star de cinéma. 

Et moi je vous offre l'extrait ci-dessous filmé par Bernard Dumas:


Après Romy Schneider, au tour de Françoise Hardy et ses "Des Ronds dans l'eau" composés par Pierre Barouh et Raymond Le Sénéchal, chantés au départ par Annie Girardot et Nicole Croisille dans le film Vivre pour Vivre de Claude Lelouch. Anne Sila est très à l'aise dans cette version bilingue (elle a fait un séjour à New York de 3 ans à New York) et sa voix haut perchée fait des merveilles. De même pour la chanson du film La Cité des Enfants Perdus réalisé par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet en 1995, la chanteuse se mesure sans souci à Marianne Faithfull pour Who Will Take My Dreams Away composé par Angelo Badalamenti et apporte un bon rythme à cette chanson plutôt lente qui nous dit : "I can't give you all my dreams Nor the life I live."


Anne Sila - Clément Daldosso - Photo: Robert Becker

On passe au film culte des années 80 avec La Boum et la chanson Reality, le slow de Vladimir Cosma, plein de douceur et de sucrerie pour arriver à une très belle version de la chanson de Marilyn Monroe My Heart Belongs to Daddy où Laurent Epstein se permet des belles improvisations et Anne Sila nous offre une interprétation pleine d'énergie et qui offre à Clément Daldosso à la contrebasse l'occasion de nous démontrer également son talent d'improvisateur jazz.


Anne Sila - Clément Daldosso - Photo: Robert Becker

Et ce n'est pas fini puisque l'on repart, avec Les Moulins de mon coeur du film L'Affaire Thomas Crown de Norman Jewison avec Steve McQueen et Faye Dunaway. C'est Michel Legrand qui avait composé la musique et qui a aussi, entre autres interprété cette chanson qui ici trouve une interprétation très émouvante, autant par la voix que le piano. On sent que ce trio est très complice, les trois compères habitués à jouer et improviser ensemble, très à l'écoute des uns et des autres et se relayant dans les sets et les courts solos, privilégiant le jeu partagé et la symbiose de leur harmonie.


Laurent Epstein - Anne Sila - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Au final, c'est une très belle soirée où le public et ravi et comblé, dans la proximité complice de ce trio augmenté d'une très belle voix. Un petit bonheur cinématographique qui nous accompagne dans la Ville Lumière en bande son nostalgique, les yeux pleins d'étoiles et les oreilles bercées de douces et tendres mélodies éternelles.


La Fleur du Dimanche



dimanche 16 novembre 2025

Avec l'AJAM, le Duo Meder-Hinnewinkel à Bischwiller: un moment de grâce dans une ambiance romantique

 Dans la chaleur boisée de l'église protestante de Bischwiller, le concert proposé par l'AJAM dans cette tournée avec Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel arrive comme un ilot de bonheur dans l'automne finissant. Le programme est alléchant, Schumann et Schubert dans des duos violon et piano et les interprètes, jeunes encore, ont déjà fait leurs preuves et récolté quelques récompenses en France et à l'étranger. Arthur Hinnewinkel, après avoir remporté le prix Thierry Scherz et André Hoffman aux Sommets Musicaux de Gstaad enregistre un disque Schumann avec Marc Coppey et Hugo Meder, avec son Trio Pantoum, a produit en avril 2025 un disque, Modern Times autour de Ravel, Srnka et Arensky, salué par la critique. 


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Le programme commence avec la Sonate pour violon et piano N° 3 en la majeur WoW027 que Robert Schumann avait écrite en 1853 et que Clara Schumann avait fait "disparaitre" de son répertoire et qui n'est réapparue qu'en 1956. 

Le premier mouvement de la sonate, nerveux et enjoué prouve la belle entente entre les deux musiciens. Leur jeu enthousiaste et passionné laisse aussi s'installer des moments de douceur. L'intermezzo, très court, est calme et néanmoins poignant. Dans le Scherzo, enjôleur, qui se termine avec éclat, nous apprécions toujours la belle entente entre les deux musiciens. Il faut noter la merveilleuse sonorité du violon de Hugo Meder, un violon de Carlo Ferdinand Landolfi de 1761 prêté par l'association El Pacito. Le finale, allègre nous permet d'apprécier le va-et-vient très fluide entre violon et piano.


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Nous passons à Schubert avec sa Sonate en la majeur, appelé aussi "Grand Duo", où les deux musiciens conjuguent leurs talents dans un dialogue constant. Le premier mouvement, un allegro moderato est très intériorisé, tout en délicatesse et en finesse, de la vraie dentelle. Suit un presto où les notes s'envolent, avec vivacité au violon et au piano. L'andantino, un peu nostalgique, comme une chanson triste ou une berceuse, plein d'émotion, se termine en grands éclats. L'allegro vivace plein d'énergie joyeuse, dansant mais mesuré s'emballe brillamment sur la fin.  


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Après un court entracte, retour à Schumann avec la sonate N° 2 en ré mineur écrite comme la première en 1851. Dans le premier mouvement, violon et piano alternent et se complètent dans une énergie emportée comme dans une course impétueuse. Le scherzo se fait altier et vivace, nerveux qui s'achève dans une envolée finale très tendue. Le troisième mouvement (Leise, einfach) débute par un pizzicato au violon, comme une boite à musique, un air retenu, discret qui contraste avec le jeu du piano plus lyrique. Le violon, après ce moment suspendu continue sur une mélodie plus fluide et les deux interprètes se soutiennent respectivement, dialoguant ou se relayant, dans un bel équilibre, pour finir dans un souffle. Ponctué (le hasard) par un coup de cloche discret. Le dernier mouvement, endiablé et ample, comme une course poursuite avec de multiples retours garde la tension jusqu'à la fin, incluant dans ce tourbillon une citation d'un choral de Bach au piano, comme un dialogue entre la solennité sacrée et le tumulte romantique de Schumann. 


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


L'interprétation de Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel apporte autant la fougue que la finesse de leur jeu dans ce magnifique programme et en font un moment exceptionnel. Ils nous gratifient d'une "invention", à savoir un duo au violon et au piano sur la pièce de Schuman Traümerei (Rêverie), le "tube" des Kinderszenen (Scènes d'enfants) qui nous plonge dans un doux et nostalgique ravissement pour nous accompagner sur le chemin du retour.


La Fleur du Dimanche


Les dates de la tournée:

Altkirch | Halle au blé : samedi 15 novembre à 19 h
Bischwiller | Église protestante – dimanche 16 novembre à 17 h
Saverne | Château des Rohan – mardi 18 novembre à 20 h
Colmar | Théâtre municipal – mercredi 19 novembre à 20 h
Mulhouse | Conservatoire – jeudi 20 novembre à 19 h
Strasbourg | Conservatoire – vendredi 21 novembre à 20 h / COMPLET… mais tentez votre chance à la caisse du concert ! (règlement en espèces et chèque uniquement)
Sainte-Marie-aux-Mines | Théâtre municipal – dimanche 23 novembre à 15 h


dimanche 5 janvier 2025

Catherine Ringer à la MAC à Bischwiller: La Volupté de la Vie

 Quatorze ans après la fin des Rita Mitsouko, revoila Catherine Ringer en concert à Bischwiller à la MAC, ou plutôt en spectacle dans L'érotisme de vivre. Il ne faut pas s'attendre au groupe mythique qu'elle avait créé en 1979 avec son compagnon Fred Chichin et les 11 disques et nombreuses chansons dont certaines sont devenues des tubes des année 80 et après, dont Andy ou Le Petit Train. Non, pour cette fois, Catherine Ringer fait dans la sobriété.


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker


C'est un piano à queue noir qui nous accueille sur la scène, à gauche, avec Grégoire Hetzel, qui l'accompagne et qui a composé la musique. Il introduit le spectacle, doucement, avec d'agréables mélodies modernes et calmes. Puis Catherine apparaît dans une belle et longue robe rouge feu et n ous interprète, quelquefois en les lisant, quelquefois en les introduisant par de courtes mélodies presque ritournelles, des poèmes ou des pages du journal de la poétesse Alice Mendelsohn. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Celle-ci était professeur de français et n'avait rien publié avant ses 90 ans. Son père est mort en déportation pendant la guerre. Elle et sa mère s'en sont sorties. Elle a écrit dès après la guerre et Catherine Ringer nous lit des extraits de ces feuilles secrètes qu'elle publie à 95 ans en 2022. Rythmées par les dates, ou ponctuées de "sans date" que le public accueille avec des rires, passent les moments de vie, des observations dans la rue, des réflexions sur les observations au fil du temps, la célébration de l'amour, le vrai, le physique, le corps, le sien, celui des autres, découverts, aimés, loués, célébrés dans la joie et le plaisir. Le plaisir de répondre, même à des âges avancés à ses envies de vivre et de partager la douceur et la puissance de la relation. Les mots sont simples, tendres, choisis. On y sent l'amour de l'autre, l'acception de soi. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Le désir pointe, déjà dans la mémoire du salon de coiffure paternel à Paris, où elle, "la fille qui bouillonne" est fascinée par la peau, les sens. La beauté est louée -  "belle, pour toi je suis belle" - les échanges se font par le regard - "à te voir entrer, mes yeux te font l'amour" - mais a distance est vite bannie - "dans nos main dans nos yeux, un seul corps pour nous deux" et le corps de l'homme passe au "tamis de la langue".


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Il y a beaucoup de tendresse qui passe dans les mots dit et aussi dans ce que l'on peut imaginer, la tendresse et le plaisir sont célébrés, avec joie. La liberté aussi, on sent que les plaisirs sont multiples, les hommes et les relations aussi. Et au fur et à mesure que le temps passe dans les textes, des années cinquante, puis soixante,  même après quatre-vingt, même en maison de convalescence et même dans les années deux mille cette énergie vitale reste forte. Au point de dire "à quatre-vingt-treize ans, il fait avoir la vice de la joie. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Catherine Ringer assure totalement cette image de femme qui incarne le désir et les sens en joie, elle qui a eu également un vie sans barrières. Sur scène, elle personnifie ce désir dans sa robe rouge, sa natte de côté, complice avec la public, en dialogue avec le pianiste, l'accompagnant un moment sur une mélodie au synthé, le laissant poser des respirations, dansant sur un air de java ou au rythme de la mélodie. Et également en laissant également vivre et se déployer ces morceaux choisis, ces morceaux de vie qui débordent de tendresse et de force et qui posent la femme maitresse de sa destinée et de ses choix. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Les spectatrices, nombreuses dans la salle en prennent de la graine. Ce portrait de femme qui s'assume jusque dans ses vieux jours, posé par petites touches, se construit sur une petite heure pour dire "le temps trop court" dans la joie, la tendresse et le désir. Par la voix unique de Catherine Ringer la joie de vivre et la volonté de " ne jamais bâcler de vivre" se transmet au public qui ne peut qu'y adhérer. Et y trouver y trouver un réel plaisir. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Plaisir qui se double sous une autre forme, tout aussi agréable quand, en guise de bis la chanteuse offre à la salle trois chansons qui prouvent qu'elle est aussi un grande chanteuse et interprète autant de Mouloudji  "Marcel"  quand il célèbre la rencontre dans "Un  jour tu verras" de circonstance. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Egalement dans l'esprit du spectacle, la chanson de Georges Brassens "Je me suis fait tout petit" et bien sûr, tout honneur au groupe Les Rita Mitsouko, la chanson fort à propos "Triton".

On ne peut pas dire que cela se termine pas par une "queue de poisson"....

Alors je vous offre en prime le clip original:




La Fleur du Dimanche


P.S. Une pensée à Alice Mendelsohn qui a célébré la vie, l'amour et la joie et qui s'est éteinte la veille du concert à presque cent ans - elle était née en 1925. Les conjonctions....

jeudi 11 mai 2023

Claudine Simon en concert à la BNU: Ah! les Femmes! Elle jouait du piano debout, si !

 C'est le dernier concert de la saison de Sturm production consacré à l'expression musicale des femmes "Ah! Les Femmes!". Auparavant,  Guillaume Kosmicki a tenu une conférence autour de son livre Compositrices, l'histoire oubliée de la musique en parlant de quelques compositrices incontournables à découvrir du 12ème au 21ème siècle.


Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd


Et cela se continuait par le concert de Claudine Simon qui présentait un travail de recherche en solo sur piano préparé à partir de préludes de Debussy. Claudine Simon est une pianiste qui s'est formée au CNSMD de Paris et maîtrise le répertoire classique mais elle aime aussi interroger l'instrument piano et le dépasser. Elle a créée un certain nombre de pièces avec piano préparé et électronique et quelquefois présente des créations avec de la chorégraphie ou du théâtre. 


Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd


Pour cette soirée, elle ne  rajoute pas d'électronique et le piano semble un terrain vierge quand elle commence à jour Des pas dans la neige de Debussy, ce prélude calme, un peu nostalgique et triste. On pourrait se croire à un récital de musique classique, mais nous étions prévenus. Elle se lève et plongeant ses mains dans le piano, y fait naître des bruits sourds qui y mènent leur vie propre.  


Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd

Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd

Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd

On y discerne sans pouvoir en identifier la source ou la raison, des grattements et des modulations, qui restent dans la même douceur et tonalité que le prélude de Debussy mais qui se développent et évoluent en vibrations auxquelles se rajoutent des caresses ou des frappes des cordes soit via le clavier, qui devient instrument de percussion, soit avec des baguettes ou de petits maillets. La musique tout en vibrations, petits chocs sonores, ou battements installe une atmosphère propre à une rêverie nocturne et enveloppante.


Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd

Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: lfdd


Un deuxième composition, en écho à un autre prélude de Debussy, La Cathédrale engloutie voit le piano encore plus "transformé" et envahi par des objets vibrants, tournoyant ou battant des rythmes ,en plus desquels Claudine Simon, tournant autour de l'instrument se met à en frapper les cordes, le clavier, la structure pour en tirer des constructions de sons toujours aussi surprenants mais néanmoins cohérents et qui se construisent leur mélodie propre. Un étrange et surprenant voyage dans et autour du piano.


Et si vous arrivez à voir ce qui s'y cache sur la photo de Patrick Lambin:

Claudine Simon - Ah! Les Femmes! - Photo: Patrick Lambin


La Fleur du Dimanche


dimanche 12 décembre 2021

Recital Alexandre Tharaud à Strasbourg: Le funèbre joyeux

 Alexandre Tharaud, multi-primé et artiste multiple - il est à la fois musicien, conseiller et programmateur, acteur, chanteur, comédien (avec Michael Haneke), auteur de roman, et ne rechigne pas à jouer du piano avec des chevaux qui courent autour de lui (avec le spectacle de Bartabas)  - est en résidence en cette saison à Strasbourg. Nous avons pu le voir la semaine dernière avec l'Orchestre Philharmonique sous la direction d'Aziz Shokhakimov pour le concerto pour piano en la mineur opus 16 d'Edvard Grieg dans le programme Lueur Boréale. Le revoilà pour un Récital joué à guichet fermé consacré à Franz Schubert et Frédéric Chopin. 

Récital - Alexandre Tharaud - Photo: lfdd 


Ce qui relie les deux pièces, les impromptus Opus 90 de Schubert et la Sonate N°2 - Funèbre - opus 35 de Chopin c'est le caractère grave, voire mortuaire du sujet. Cependant, comme Alexandre Tharaud le précise, cette atmosphère n'est pas uniquement triste, les côtés joyeux, et pas que nostalgiques des réminiscences de la vie vécue et passée, comme les moments heureux, les danses et scènes champêtres sont presque guillerettes, l'appréhension de la mort au XIXème siècle n'est pas la même qu'aujourd'hui.

Preuve, pour les Impromptus, après un début grave, presque énervé puis lent, plus lent, un épisode de danse, léger, douceur joyeuse, comme une envolée gaie qui nous soulève et noous éloigne de la nostalgie. On apprécie l'enroulé des notes qui coulent et roulent sous les doigts agiles du pianiste virtuose qui alterne un toucher délicat et des accélérations fulgurantes, un rythme qui va de plus en plus vite et plus fort. Et donc, de temps en temps, de nouveau comme une berceuse qui nous calme, une mélodie qui roule et nous enveloppe, et subitement, deux coups et c'est la fin!

Pour la Sonate N°2 - Funèbre - opus 35 de Chopin, la structure alterne également des airs alertes qui galopent et une marche funèbre bien repérable. Un mouvement plus lent, pesant, mais une douce mélodie qui revient, légère, puis un passage écrasant, et une accélération où l'on n'arrive plus à entendre toutes les notes jouées tellement les enchaînements sur les touches sont rapides et cela finit par un grand coup frappé.


Récital - Alexandre Tharaud - Photo: lfdd


En final, Alexandre Tharaud nous offre une transcription pour piano qu'il a faite de la musique du film La Liste de Schindler de John Williams, légère mais dans la même atmosphère funèbre.

En bis, ce qui pourrait bien devenir son "tube", la Sarabande de Rameau déjà présentée lors du concert précédent.

Et un bis ne suffisant pas devant l'enthousiasme du public, une autre transcription, une autre Sarabande, composée pour la guitare par le musicien de Louis XIV, Robert de Visée.


Le Fleur du Dimanche


Rendez-vous est pris pour le prochain concert de musique de chambre Fantaisie le 27 mars 2022 et un autre Récital le 31 mai, puis un concert le 30 juin à Evian avec l'OPS.

jeudi 27 juin 2019

Rencontres d'Eté de Musique de Chambre: Du neuf de tous temps et un avant-goût de Plage

Pour la dernière soirée des dix-neuvièmes Rencontres d'été de Musique de Chambre à l'église du Bouclier avec l'Ensemble Accroche Note, ce fut comme un avant-goût des Plages de Belle-Ile.

Une pièce rare, en l'occurrence un quintette pour clarinette basse (Armand Angster) et quatuor à  corde (Nathanaelle Marie et Saskia Lethiec, violons, Laurent Camate, alto et Christophe Beau violoncelle)  jouent le surprenant Phantasy Quintet opus 93 (1935) d'Edwin York Bowen, une pièce mystérieuse et foisonnante, dialogue entre les cordes et la clarinette basse.


Accroche Note - Nathanaelle Marie - Saskia Lethiec - Armand Angster - Laurent Camate - Christophe Beau- Photo: lfdd

Suivent Trois poèmes galants (2018) de Benoit Menu, pour soprano et piano, où Françoise Kubler montre toute la variété de son talent, entre les poèmes de Clément Marot "Etrennes à une Damoiselle", une chanson traitée plutôt avec humour alors que le "Sonnet de l'honneste Amour" de Joachim du Bellay est plus tendre et où le piano prend une douceur de luth. Le dernier poème, "A la douceur du temps nouveau" de Guilhem IX d'Aquitaine prend lui plutôt une forma de canon médiéval.

A la douceur du temps nouveau 

Par la douceur d’un temps nouveau
Feuillent les bois et les oiseaux
Chantent chacun en son latin
Selon les vers d’un chant nouveau
Donc il est bien de rechercher
Ce que tout homme a plus envie

Pendant que tout m’est bel et bon
Je ne vois signe ou messager
Aussi mon cœur ne dort ni rit
Et je n’ose éloigner mes pas
Pour savoir si sera la fin
Telle ainsi que je le désire

De notre amour il va ainsi
Comme une branche d’aubépine
Qui est sur l’arbre et dans la crainte
La nuit au gel ou à la pluie
Mais le matin sous le soleil

Feuille et verdit tout le rameau…


Accroche Note - Rencontres d'été - Alexandre Gasparov - Françoise Kubler - Photo: lfdd

En plat de résistance, le Quintette pour quatuor à corde et piano (Alexande Gasparov) belle et longue pièce en trois mouvements qui débute lentement, mais continue avec enthousiasme et finit avec une ardeur romantique est interprèté par l'ensemble de chambre en toute beauté.


Accroche Note - Rencontres d'été - Françoise Kubler -  Armand Angster - Emmanuel Séjourné - Photo: lfdd

Le programme s'achève avec la (trop) courte pièce d'Edith Cana de Chizy (2018) Sound ansd Silence pour soprano, clarinette et percussion (Emmanuel Séjourné), une création à partir de poèmes de sa fille devenue sourde à quatre ans et qui fait revivres les sons, les sensations et les bruits du quotidien et de la nature dans une variation de chant et de texte proféré ou chuchotté.

La soirée s'achève ainsi, nous ayant fait voyager du XXIème au XXIème siècle, savant mélange de musique d'aujourd'hui et de créations de leur temps pour un très bau voyage en (musique de) chambre...

Pour la suite, rendez-vous du 16 au 26 juillet à Belle-Ile en Mer pour la Plage musicale en Bangor  

La Fleur du Dimanche