mardi 22 septembre 2026

Paradis Plage au TNS avec le Festival Musica: La parole tue, le cri libère

  L'artiste et comédienne marocaine Kenza Berrada avait déjà écrit et mis en scène le solo en scène Boujloud, l'homme aux peaux, l'histoire d'un mythe de l'Atlas sur le tabou et la transgression qu'elle avait transposé du côté féminin. Elle revient ici et creuse une autre transgression, encore plus profonde et intime, dans Paradis Plage, une vie comme dans du miel dont la première est présentée au TNS avec le Festival Musica. Cette coopération est totalement justifiée, en dehors des contingences financières qui rendent les collaborations de plus en plus nécessaires, par la problématique sociale soulevée et, bien sûr par la présence originale de la musique qui investit complètement la narration et le spectacle. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Kenza Berrada travaille ici avec le Kabareh Cheikhats, ce groupe d'hommes de 27 à 70 ans, travestis, qui chantent la aïta pour rendre hommage aux cheikat, ces femmes mises au ban de la société marocaine. Leur destinée est en écho avec l'histoire que nous narre cette pièce et les comédiens la lancent d'une manière dynamique et festive par une première chanson avant d'endosser les différents rôles des membres de cette famille que l'on va suivre sur un certain nombre d'année. De l'enfance de Benti, jusqu'à son mariage, lors duquel le Kabareh Cheikhats va bien sûr enflammer la cérémonie, elle sent le besoin de faire remonter un secret de famille. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Un des personnages,  la "Dada", une vieille femme qui a été "recueillie" à onze ans par la famille est intéressant de par son statut. Domestique (nourrice, cuisinière et femme de ménage) elle est la "mémoire" de la maison, celle qui accompagne et se tait (c'est d'ailleurs d'elle que vient le sous-titre de la pièce, elle qualifie ainsi sa vie..). Elle sera le miroir et l'écho des souvenirs de Benti à travers les différents tableaux où les comédiens du Kabareh Cheikhats interprètent les grands-parents, mère, tante, frère, neveu, dans les scènes qui font revivre ou montrent des discussions pour arriver au noeud du problème, un inceste adelphique. Ces moments font émerger différentes visions d'une réalité tue, oubliée ou cachée. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Le plateau et son décor simple et variable permet de représenter ces différents lieux - de l'espace intime d'un lit à la grande salle de fête du mariage - grâce à des rideaux, des sortes de matelas noirs mobiles et des accessoires (candélabres ou longs vases) qui transfigurent la scène. On passe ainsi d'une grande proximité à un large espace destiné à la fête. Les comédiens, travestis pour mieux incarner la scène, de par leur vécu portent aussi une grande complicité, une complicité avec la thématique traitée. Et ainsi, par leur jeu, mais aussi par leur chant crié, ils permettent cette sorte de catharsis, la réparation et la réconciliation. Par le cri, la parole se libère et brise le silence. 


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


Le propos est bien sûr intime, la problématique n'en est pas moins universelle, et ce qui se passe et s'est passé dans cette demeure bourgeoise de Fès, au Maroc, n'est pas circonscrit à ce lieu, cet environnement, cette culture, il suffit de suivre les actualités pour s'en convaincre. Et la pièce de Kenza Berrada, avec beaucoup de sensibilité, participe à briser ce silence et à aider à libérer la parole et grâce à son théâtre à porter plus loin une lumière réparatrice.


Paradis Plage - Kenza Berrada - Photo: Manuel Schapira


La Fleur du Dimanche


Paradis Plage, une vie comme dans du miel


Au TNS du 18 septembre au 8 octobre 2026

[Texte et mise en scène] Kenza Berrada
[Avec] le Kabareh Cheikhats : Amine Naouni الشيخة وردة الحداوية موالت الحمر, Ali Lamaadli الشيخة العالية, Ghassan Elhakim الشيخة حورية العوّ امة, El Mostafa Boutankite الشيخة مصطفى, Walid Rakik الشيخة العويتقة ڤيرجين
et Kenza Berrada كنزة برادة 
[Collaboration à l’écriture] Raphaël Chevènement
[Son] Kinda Hassan
[Vidéo] Maud Neve
[Scénographie] Florian Sanson
[Assistanat à la scénographie] Noa Gimenez
[Lumière et régie générale] Pierre Daubigny
[Costumes] Judith de Luze
[Mouvement] Annabelle Chambon et Cédric Charron
[Assistanat à la mise en scène] Elios Lévy
[Coaching vocal] Hippolyte Broud
[Dialogue dramaturgique] Hippolyte Lykiaveris, Chlo Lavalette
[Musique additionnelle] Emma Le Masne et Nathan Herveux
[Régie générale] Ludovic Heime
[Surtitrage] Arthur Dutertre 
[Administration et production] Martin Lorenté 
[Diffusion et production] Marko Rankov
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Swen Ferbach 
[Régie plateau] Jeanne Dubos 
[Machiniste] Jean De Luca 
[Régie lumière] Simon Anquetil 
[Régie son] Mathieu Martin 
[Régie vidéo] Xīng Weì 
[Habilleuse] Selma Kalt 
[Accessoiriste] Anne Joyaux

Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Production Compagnie BANJALIKO 
Production déléguée Cyclorama
Coproduction Théâtre National de Strasbourg ; T2G Théâtre de Gennevilliers – Centre Dramatique National ; Saison Méditerranée 2026 de l’Institut Français ; Festival d’Automne à Paris ; structure production incubateur ; Points communs – Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise / Val-d’Oise ;Festival Musica - Strasbourg
Soutiens Fonds de dotation Porosus ; Jeune Théâtre National ; Commission Internationale du Théâtre Francophone ; Institut Français du Maroc ; Spedidam
Accueils en résidence Institut Français de Casablanca ; Le Point Éphémère ; Théâtre Silvia Monfort ; La Maison des Métallos pour le festival Fragments ; « Cartes Blanches » du Nouveau Studio Théâtre – Nantes
Ce projet est créé dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
Présenté avec le Festival Musica
Avec le soutien de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale pour les représentations surtitrées dans ta langue.
France Culture, partenaire de la saison du TnS, et plus particulièrement de Paradis Plage cette saison 26-27.


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