En ce 30 septembre, c'est la fête de Georges Aperghis, le plus français des musiciens grecs vivants (à moins que l'on me prouve le contraire). Il va fêter ses 80 ans en décembre - un hommage lui sera rendu en Grèce avec 3 jours de concerts du 9 au 11 octobre à Athènes - et le Festival Musica lui dédie une journée qui commence au Cinéma Cosmos avec la projection du film Un mot après l'autre d'Eric Darmon. Il est vrai que très tôt, Georges Aperghis, après avoir côtoyé Pierre Schaeffer et Pierre Henry et travaillé avec Iannis Xenakis (autre musicien grec), a exploré la voix et les mots, la parole, fortement présente dans ses oeuvres - qui ne connaît ses Récitations (1978), entendues à Musica il y a fort longtemps ?
L'après-midi continue avec un programme de musique de chambre à la HEAR par l'ensemble de la Horschule für Musik de Bâle, dont la collaboration avec le festival Musica date d'au moins 2023, et dont le groupe Zig Bang interprète dans une mise en scène de Ko Chaoming quatre pièces du musicien : Rasch (2001), Zig Bang (2004), Trio Funambule (2015 et Crosswind (1997) en regard de Did you picture my face (2026 de Rebecca Saunders.
Le livre d'entretiens de Stéphane Roth avec Georges Aperghis Composer avec langues qui vient de sortir complète et conclut le concert.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker |
Rendez-vous est donné pour la suite avec un Double Récital à la salle de la Bourse, double récital, mais aussi double contrebasse pour Florentin Ginot que nous avions déjà pu apprécier (avec l'ensemble Linéa en 2018). Il commence sur une contrebasse sombre pour nous emmener dans la nuit de Black Light (2019), un voyage dans les graves lents et relaxants, ne jouant que les cordes dans des graves profonds. Intercalant de temps en temps des grincements ou des accès de nervosité où les éclats explosent et les cordes réverbèrent. Une pièce magnifique et une interprétation totalement habitée.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker |
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Florentin Ginot - Photo: Robert Becker |
La deuxième pièce, jouée sur une contrebasse blonde, Obstinate (2017-2018) est presqu'un dialogue assez violent entre l'interprète qui, équipé d'un micro, parle, chantonne et même éructe et siffle comme un fauve en expirant puissamment et la contrebasse qui résonne, grince et crie, tandis que de temps en temps, pour ponctuer les tentatives d'anéantissement, il laisse l'archer rebondir de plus en plus vite sur le bas des cordes. Florentin Ginot mouline et frappe, frotte, prend à bras le corps l'instrument dans une sorte de lutte opiniâtre duquel les crins de l'archet ne s'en sortent pas sans anicroche, dans un combat inégal. Une magnifique performance également.
C'est Marco Blaauw qui fait le pendant dans ce Double récital avec une trompette "double", l'un des pavillon étant coiffé d'une sourdine, ce qui produit un son très particulier. Rajoutez-y un dispositif électronique qui fait surgir du son, que ce soit des parties que le musicien déclenche ou qu'il modifie en direct, et vous aurez la pièce qui correspond exactement à son titre Trompe-oreille (2026). Une série de sons dont vous arrivez difficilement, sinon pas du tout, à savoir qui les joue, d'où ils viennent et ce que c'est.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Double récital - Marco Blaauw - Photo: Robert Becker |
Toute une ménagerie, des animaux de la jungle, des cris, des bruits inidentifiables, de faux chants d'oiseaux, singes rieurs, voisinent avec des battement de cymbales, des souffles transformés, d'étranges sons soufflés ou des râles qui alternent de temps en temps avec des mélodies que Marco Blaauw arrive à tirer en longueur au point qu'on se demande si c'est bien lui qui joue. Un très grand jeu, qui nous offre une air en décrescendo qui s'éteint doucement avec un tout dernier cri bien senti. Un vrai morceau de bravoure.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker |
La soirée s'achève à la Cité de la Musique et de la Danse avec le magnifique Tell Tales (2025) interprété par au violon alto par Tabéa Zimmermann, grandiose et l'Exaudi Vocal ensemble, les interprètes pour lesquels George Aperghis avait composé cette pièce. Le violon alto, à l'égal de la voix d'une chanteuse se place ici en dialogue et s'oppose, enjoint et accompagne, fait contrepoint et se glisse dans le chant des deux chanteuses et quatre chanteurs qui composent l'ensemble vocal.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker |
L'altiste, née à Lahr et récompensée de nombreux prix est effectivement une incomparable virtuose et son jeu est d'une vivacité et d'un virtuosité remarquable. Les chanteuses et chanteurs ne sont pas en reste avec cette partition qui fait presqu'une heure où ils passent de solos à des ensembles où chacun(e) a sa place. Il arrive aussi que le chant glisse de l'un(e) à l'autre ou qu'il soit en contrepoint ou en opposition.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker |
Les énergies se transmettent des un(e)s au autres, les mots aussi, quelquefois un solo, telle une prière soufie ou un genre de tirade shakespearienne essoufflée et ânonnée. Parfois des silences, à d'autre moments, toute la puissance éclate, des mots rebondissent et se heurtent. On sent que les interprètes ont une réelle complicité et chacun et chacune est complètement investi(e) dans la partition qui n'a plus de secret pour eux.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker |
Saluons donc Juliet Fraser la soprano qui tient les aigus sans aucun problème, la Mezzo Lucy Godard dont l'interprétation est remarquable, le contre-ténor Tom Williams, le ténor David de Winter, le baryton Michael Hickman et la basse James Weeks qui arrive à fait surgir des basses ben profondes.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker |
Et pour la direction précise de cette partition très sportive James Weeks. On n'oublie pas de saluer (et de célébrer) le travail de dentelle de cette pièce inclusive et interactive. Une fable pour les temps idéaux.
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| Festival Musica - Georges Aperghis - Tell Tales - Tabea Zimmermann - Exaudi Vocal Ensemble - Photo: Robert Becker |
La Fleur du Dimanche











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