dimanche 2 octobre 2022

Musica à Nancy - Etape 3: un dimanche entre le Musée des Beaux-Arts et l'Opéra

Le dernier jour du voyage à Nancy du Festival Musica marque aussi la fin du Festival. Et c'est une fin toute en beauté à laquelle nous assistons avec pour commencer le concert de matinée dan l'auditorium du Musée des Beaux-Arts - Musée que les connaisseurs ont profité de visiter avant ou après le concert, ou même la veille.


Black Angels et le Quatuor Diotima au Musée des Beaux-Arts


Nous retrouvons le Quatuor Diotima qui nous avait offert un beau Quatuor de Ligeti et Different Trains de Steve Reich au Centre Culturel André Malraux le vendredi soir dans la salle pas très orthogonale, mais cependant à la blondeur de la pierre agréable au sous-sol du Musée. L'oeuvre de George Crumb qui donne le titre à la matinée, Black Angels, le titre complet Black Angels (Thirteen Images from the Dark Land) (Anges noirs -13 images de la Terre Obscure) a été composé en 1970 ( datée du "vendredi 13 mars1970) en plein dans la guerre du Viêt Nam et en réaction à elle dans l'Amérique d'alors. Elle a été construite sur des signe numérologiques (le vendredi 13, les 13 "images" - en fait 13 parties - 13 étant associé au Diable et à la Mort, ainsi que le chiffre 7 représentant un nombre divin. La notation de Crumb "(in tempore belli)" renvoie à la Missa in tempore belli (Messe en temps de guerre) composée par Joseph Haydn pendant la guerre d'Autriche. Mais c'est surtout la référence au Quatuor de Schubert La Jeune Fille et la Mort directement cité dans la pièce - d'ailleurs jouée avec le violoncelle à l'envers. D'autres citations, des nombres dans différentes langues et même "chï fàn" (manger) en chinois ponctuent la composition qui voit également les instrumentistes jouer des percussions (gong) et de verres en cristal remplis d'eau qui vibrent. Et la composition retrouve ici une certaine actualité.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- George Crumb - Black Angels - Photo: lfdd

Musica 2022 - Quatuor Diotima- George Crumb - Black Angels - Photo: lfdd


Un court entracte de changement de plateau précède la pièce Entr'acte de Caroline Shaw (Prix Pulitzer de la Musique en 2013 - déjà présentée à Musica en 2021). Elle aussi convoque Haydn, mais c'est le menuet de l'Opus 77 N°2 qu'elle réactive et transforme en modulations, comme trituré électroniquement. Quelquefois presqu'à l'identique, des fois avec des variations en pizzicato, elle rend un bel hommage et une restitution sensible au maître en le resituant totalement comme un air d'aujourd'hui. 

Musica 2022 - Quatuor Diotima- Caroline Shaw - Entr'acte - Photo: lfdd


La matinée se conclut avec la magnifique référence, le Quatuor La Jeune Fille et la Mort du maître Schubert. Ce quatuor en quatre mouvements, inspiré de son Lied éponyme nous fait ressentir au plus profond l'angoisse et l'inquiétude face au destin, surtout dans le deuxième mouvement lent, sombre et funèbre. Le quatuor Diotima, à l'aise autant dans le contemporain que le classique, insuffle une très belle sensibilité et une dynamique dans les derniers mouvements. Une très belle prestation où transparait l'engagement des quatre musiciens Yun-Peng Zhao et Léo Marillier aux violons, Pierre Morlet au violoncelle et Franck Chevalier à l'alto qui, en plus introduit avec ferveur et clarté les pièces du concert.


 Like Flesh à l'Opéra National de Lorraine


Pour clore l'escapade lorraine du Festival Musica, rendez-vous dans la belle salle à l'italienne de l'Opéra de Nancy, maintenant centenaire, pour une représentation on ne peut plus d'actualité. La pièce Like Flesh de Sivan Eldar, sur un livret de Cordelia Lynn et mis en scène par Sylvia Costa, trois femmes engagées dans la Culture d'aujourd'hui, se présente comme un conte de fées des temps modernes. 


Musica - Opéra National de Lorraine - Like Flesh - Sivan Eldar - Photo: Simon Gosselin


C'est l'histoire d'un forestier, bucheron assassin d'arbres dans cette époque où l'on protège la forêt et la nature, dont la femme, à l'arrivée inopinée d 'une autre jeune femme - étudiante, curieuse de la nature et soucieuse de la protéger - va le quitter pour rejoindre la forêt et littéralement se transformer en arbre. Le texte est poétique et engagé, soutenu par une très belle composition et par des interprètes hors pair.


Musica - Opéra National de Lorraine - Like Flesh - Sivan Eldar - Photo: Simon Gosselin


Le mari, William Dazeley,  imposant, sa femme, Helena Rasker, voix magnifique et l'étudiante, Juliette Allen qui a une très belle voix également. La forêt tient un rôle important et dialogue avec les autres personnages. Elle est comme un choeur antique: Sean Clayton, Hélène Fauchère, Emmanuelle Jakubek, Thill Mantero, Guilhem Terrial ainsi que Florent Baffi, soliste avec sa belle voix de basse. 


Musica - Opéra National de Lorraine - Like Flesh - Sivan Eldar - Photo: Simon Gosselin


Le livret interroge à la fois les questions écologiques et les questions intimes d'amour, de fidélité, et de normalité avec délicatesse et tendresse. Les costumes et les décors, simples et colorés sont "augmentés" d'images projetées qui évoluent au fil de l'évolution de l'histoire, d'un univers très graphique et mouvant à un monde froid et hostile en passant par une explosion florale et végétale et toute une série de morphings et d'images insolites réalisées par Francesco d'Abbraccio. 


Musica - Opéra National de Lorraine - Like Flesh - Sivan Eldar - Photo: Simon Gosselin


L'orchestre de l'Opéra National de Lorraine est sous la direction précise de Maxime Pascal. Et au final la pièce, tout en creusant des problèmatiques très actuelles et presque urgentes, arrive à les distiller dans une forme à la fois moderne mais tout à fait accessible et surtout sensible et qui nous touche au coeur. Une belle réussite. 



La Fleur du Dimanche




samedi 1 octobre 2022

Musica à Nancy - Etape 2: un samedi de toutes les musiques

 Suite de notre escapade nancéenne avec le Festival Musica (voir ce vendredi au CCAM à Vandoeuvre) pour un samedi culturel* et une offre musicale très variée.


A table avec Claire Diterzi


Musica à Nancy - la Manufacture - Claire Diterzi - Photo: lfdd


Il ne s'agit pas de manger, mais de partager un moment de proximité conviviale et très agréable pour un concert tout en finesse, en délicatesse et en tendresse avec Claire Diterzi et sa complice Lou Renaud-Bailly. La table, dressée au centre d'une petite salle du Théâtre de la Manufacture est entourée par un public où l'âge peut bien descendre sous les 8 ans. Un bric-à-brac d'instruments divers, cloches, sifflets, kalimbas, boites à musique, toupies, jouets sont très bien rangés devant les deux musiciennes qui se font face, Claire Diterzi prend sa guitare acoustique et chante sa première chanson "69 battements par minute" .. "Les claques se perdent/Y' a des portes qui claquent/Bienvenue dans mon cloaque " en toute simplicité. 


Musica à Nancy - la Manufacture - Claire Diterzi - Photo: lfdd


D'autres suivent, fleuries, un peu surréaliste et alertes. Elle, accompagnée de Lou, sur une piste très minimaliste: un son de ci, un son de là, de temps en temps un tremblement de clochette ou un piano à bouche, un miniscule synthétiseur, des verres en cristal tournés qui résonnent. les airs se suivent et varient, une chanson douce, une plus humoristique, l'autre plus dansante, un genre de toccata ou de sonatine, un duo en grégorien. Elle se promène derrière le public en faisant tourner une boite à musique minuscule puis reprend une autre chanson, des lambeaux de poésie s'envolent ou des dictons: "je hais les gens qui généralisent..., "on est le centre du monde...", "Connais-toi moi-même", "j'en ai marre des bras d'honneur..", "Si ma guitare sonne comme une casserole, c'est que je te cuisine le son de l'amour ..". 


Musica à Nancy - la Manufacture - Claire Diterzi - Photo: lfdd


Une petite heure de bonheur et de chaleur humaine se termine, en toute simplicité.  Cette manifestation a permis de faire se croiser le public de Musica avec celui du festival Micropolis, ouvert sur des paysages imaginaires et des territoires réels.


 Proverbs avec l'Ensemble Ictus à la Salle Poirel 


Le programme des réjouissances se poursuit dans la magnifique salle Poirel, près de la gare de Nancy, avec au plafond son extraordinaire vitrail de Louis-Charles-Marie Champigneulle. Cette belle salle de concert accueille l'Ensemble Ictus et les Synergy Vocals pour un programme intitulé Proverbs et qui voit de manière ininterrompue se succéder l'oeuvre de Charles Ives The Unanswered Question (1908) et deux oeuvres de Steve Reich Proverbs (1995) et Tehillim (1981) encadrant The Sinking of the Titanic (1972) de Gavin Bryars. La pièce de Charles Ives, écrite en 1908, révisée dans les années 1930 et créée en 1946 est curieusement moderne. Et surprenante de par son dispositif. Le chef, seul sur scène dirige et l'on entend, étouffé le son de l'orchestre de cordes qui joue ailleurs -.. en tout cas pas sur scène - une lente plainte informe qui s'étire et l'on imagine une bande son venue du passé quand soudain le trompettiste, en plein milieu du public dans la salle entonne une phrase musicale tout aussi lente, répétée plusieurs fois avant que la partie vent (flûte, etc.,..) du haut du balcon lance de stridentes volées de sons presque discordants et en décalage. Cela se répète plusieurs fois jusqu'à un dernier silence... Quelle était la question?

Musica à Nancy - Salle Poirel - Proverbs - Steve Reich - Photo: lfdd


S'enchaine sans nous laisser le répit d'y répondre la composition Proverbs de Steve Reich qui fait chanter trois sopranos, superbes voix et deux ténors qu'accompagnent bientôt deux orgues électriques très discrètes et deux vibraphones. Les airs, répétés et doux se tuilent et se succèdent dans une composition en canon qui croît, entrecoupés de solos de basses. Une superbe composition de Steve Reich magnifiquement interprétée par les Synergy Vocals. Pour la dernière pièce, Tehillim, leurs voix sont amplifiées et soutenues à la fois par les instruments, la clarinette, les cordes mais aussi des claquements de mains qui donnent un rythme à la pièce, ainsi que les tambourins. Elle commence par une seule voix qui chante ces Psaumes très rytmés, et l'effectif des voix s'accroit jusqu'à quatre voix de femmes et les deux ténors, avec des changements de phrasés et de rythmes. La pièce en cinq mouvements qui se complètent, le dernier reprenant les premiers nous offre presque une demi-heure de bonheur cathartique.

Musica à Nancy - Salle Poirel - The Sinking of the Titanic - Gavin Bryars - Photo: lfdd


La pièce de Gavin Bryars The Sinking of the Titanic voit quant à elle arriver sur scène les cordes de l'orchestre de l'Orchestre de l'Opéra National de Lorraine au moment où l'on entend des bruits de cloches rappelant les alertes au naufrage de ce bateau en 1912 ainsi que des bruits de moteurs et de craquements et autres bruits sous-marins. Les violons, très lents, jouent l'air que l'orchestre encore à la toute fin du naufrage, dans la nuit du 14 janvier, quand le bateau était à la verticale, jouaient sur le pont du navire. Des voix émergent dans ce lamento, celles des rescapés qui resurgissent pour cette commémoration. Les airs lents des violons se retrouvent en écho, comme sous l'eau pour l'éternité et finalement se dissolvent dans des derniers craquements.

Musica à Nancy - Salle Poirel - Tehillim - Steve Reich - Photo: lfdd


Rendez-vous près du feu


 NOX - Nancy Opera Xperience  nous donne ensuite Rendez-vous près du feu dans une proposition de Mathieu Corajod en lien avec le Jardin éphémère intallé sur la Place Stanislas sur la thématique du feu également. La représentation d’opéra descend dans la rue - ou au moins est visible de la place publique) avec cette création musicale interprétée par la soprano Viktoriia Vitrenko et les artistes du Chœur et les musiciens de l’Orchestre de l'Opéra de Nancy. Un mapping sur la façade, des projections d'images, une mise en scène des musiciens qui jouent derrière les fenêtres du bâtiment, mais dont le son est projeté sur la place: une forme qui se veut populaire et qui surprend et interpelle le public, nombreux ce samedi soir et qui passe ou s'arrête écouter les musiciens et la chanteuse ainsi que les mots du poète Dominique Quélen. un peu d'humour dans la mise en scène (un musicien cycliste au balcon ou un arrosoir qui descend du ciel) et des effets spectaculaires (la maisons brûle !) intriguent les badaux qui se laissent happer.


Rendez-vous... Encore


Le dernier rendez-vous de la soirée est à trois pas, dans les locaux de la MJC Lillebonne, un ensemble architectural historique avec ses couloirs, escaliers cours et recoins où c'est plutôt la ête qui devra rassembler les festivaliers et les visiteurs. Et c'est en même temps le lancement du festival Nancy Jazz Pulsation avec un set électro du duo strasbourgeois électro Encore qui occupe une salle à l'étage et la remplis de lasers et de beats lourds et de puisssantes pulsations qui remuent les entrailles. Le public jeune apprécie, les oreilles moins mais les portes sont ouvertes et les couloirs l'occasion d'explorer les recoins et de faire des rencontres sympathiques. Demain est un autre jour...  

A suivre ....


La Fleur du Dimanche


*Nancy en guise de bienvenue pour les festivaliers de Musica qui on fait le voyage offre les entrées gratuites dans les Musées de la Ville - l'occasion de voir ou revoir de belles choses et de refaire un tour autour de l'Art Nouveau et l'école de Nancy. De plus les transports en communs de Nancy sont gratuits le samedi et le dimanche... 

vendredi 30 septembre 2022

Musica voyage à Nancy avec Different Trains et Seb Brun au CCAM à Vandoeuvre

Le Festival Musica dès l'origine avait la bougeotte. La première année, le public et les musiciens sont allés à la rencontre du public et des musiciens amateurs des nombreux orchestres locaux, surtout les ensembles d'harmonie et les chorales, en prenant le train vers le nord et le sud de l'Alsace. Et le voyage et la découverte a toujours fait partie de l'ADN du Festival, en bateau, en bus ou en train, en Alsace, en Allemagne (la Lorelei, Karlsruhe ou Freiburg) et en Suisse (Bâle). Cette année, pour clôturer un festival renouvelé, c'est à Nancy que Musica prend ses quartiers d'automne avec un week-end équilibré entre tourisme et musique. Et il y a matière et variété: pas moins de sept lieux pour des propositions allant d'un "concert à table" à un opéra contemporain et écologique en passant par un concert performance en plein air, Place Stanislas avec mapping sur la façade de l'Opéra, ou un duo électro et bien sûr des concerts d'ensembles de musique contemporaine. 


Different Trains - Seb Brun


Le voyage commence à Vandoeuvre, la commune la plus peuplée de la Métropole du Grand Nancy, située au sud-ouest de Nancy et disposant de nombreuses infrastructures (Technopôle, université, remarquable Jardin Botanique Jean-Marie Pelt,,..) et d'un Centre Culturel, le CCAM, Scène Nationale depuis 2000 avec son festival Musique Action depuis 1984. Une raison valable de s'y faire rencontrer le Quatuor Diotima et le quatuor autour de Seb Brun qui nous prend par surprise avec Horns après un passage dans un étrange dédale souterrain. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Le public patiente dans une salle austère et bétonnée au centre de laquelle trônent des instruments de percussions et des équipements électroniques, claviers, synthés, quelque bric-à-brac: couvercles avec fils électriques et avec des pièces de monnaie et une nuée d'enceintes. Les lumières sont au minimum et les tabourets des musiciens sont vides... Comme un bruit de pas tourne autour de la salle, les musiciens semblent s'être fondus dans la foule. On sent monter une certaine inquiétude et une femme se sent obligée d'applaudir pour conjurer l'attente. Hasard, synchronisation des pensées, c'était le moment que les musiciens avaient choisi pour retrouver leur place centrale et prendre en main leurs instruments. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les bruits de pas entendus se révèlent être des micromouvements des fils et objets sur les couvercles disposés au sol, et qui maintenant frissonnent, alors que les musiciens commencent à triturer leurs boutons et que des sont discrets se mélangent. Un souffle, des crépitements, des sons électroniques, un rythme qui sourd, l'espace se peuple d'une vie mystérieuse. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les quatre musiciens, disposés en rond se font face, chacun sur son petit établi, Clément Verceletto et Julien Baudart avec leurs synthétiseurs en modules, Seb  Brun derrière sa batterie qu'il commence à caresser et également ses appareils et Thimotée Quost, équipé d'une trompette avec laquelle il souffle alternativement avec ou sans embout dans un micro qu'il coiffe avec le pavillon et dont il frappe le corps au rythme d'un bruit de rail. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Dans l'imaginaire de la nuit, des séquences de train de passage surgissent, des ambiances variées se projettent dans la pénombre, l'oeil et l'oreille écoute et invente les images suscitées par les quatre compères. Le rythme s'accélère, le son devient plus dense, plus touffu, les lumières clignotent et éblouissent, des ultra-basses nous prennent au corps, nous basculent à la limite de la sensation et nous emmènent dans une expédition étrange. Le bruit de roulement, les sifflements s'intensifient, Une montée en puissance s'opère, les machines respirent, ahanent, des sirènes dans la nuit, et le rythme s'accélère jusqu'à l'acmé finale. Le public libéré respire.... Il vient d'expérimenter une performance entre John Cage, la Bête Humaine et un voyage vers l'inconnu.


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd

Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Different Trains - Quatuor Diotima


Suite est donnée dans la salle de spectacle du Centre Culturel André Malraux avec le Quatuor Diotima pour un programme en deux volets, avec deux compositeurs György Ligeti et Steve Reich qui auront marqué avec ces deux pièces phares pour quatuor l'histoire de la musique de la fin du XXème siècle.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Ligeti - Photo: lfdd


Nous avons d'abord avec le Quatuor à corde N°2 de Ligetti ( 1968) une pièce qui bouscule l'écoute. Dès le départ, un silence marqué introduit un état de suspension pour l'auditeur. Et tout au long de la pièce, des pauses laissent le silence s'installer. La pièce commence par des moments joués très léger, une suspension, un souffle nous fait nous aiguiser les oreilles et retenir la respiration. Et puis un éclat, fort. Les modes de jeu varient, entre ces touchers délicats et des accélérations vigoureuses et rapides. Des pizzicatos - on dirait des métronomes qui s'emballent - alternent avec des moments calmes tout en douceur avant un nouveau déferlement d'énergie. Les modes de jeu alternent et s'opposent. Des vibrations rapides avec des archets qui tirent et tiennent la note. L'interprétation du Quatuor et précise et le geste habité. La concentration est impressionnante et nous fait entrer au coeur de cette oeuvre étrange et surprenante, d'une délicatesse extrême.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


L'autre pièce de la soirée qui donne son nom au programme est l'oeuvre de Steve Reich Different trains (1988), une pièce qui intègre à la fois de la musique enregistrée - il sample la partition qui se retrouve en quatre couches superposées dans lesquelles il intègre également des bruitages divers, sifflets, sirènes, bruits de trains, et bouts d'enregistrements de voix qu'il a effectués lui-même (sa gouvernante, un porteur de bagages du train New-York-Los Angeles et des rescapés de la Shoah).  La pièce est en trois parties, America – Before the War, Europe – During the War et After the War et s'appuie sur ses souvenirs d'enfance quand il devait faire le voyage entre ses parents séparés, de New-York à Los Angeles. 


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


Ce voyage en train le fait se projeter pendant la guerre aux trains de la Shoah et rappelle cet épisode douloureux, constatant aussi que, selon où l'on vit et habite, le destin n'est pas le même. La composition est bien sûr répétitive et les cordes reprennent également les intonations des extraits de voix de la bande son pour les souligner ou les rappeler. Des paroles qui remettent en mémoire cet épisode et rappellent que si les trains sont plus rapides, "one of the fastest trains" - il y en a eu qui, alors que la guerre était finie "the war is over" - "are you sure?" n'en sont pas revenus "they are all gone". Une performance très émouvante.


La Fleur du Dimanche

mercredi 28 septembre 2022

Music in the Belly de Stockhausen revu par Simon Steen-Andersen et joué par les Percussions de Strasbourg: viscéralement bien

 La pièce Musique in the Belly de Karl-Heinz Stockhausen a été jouée pour la première fois en 1975 par les Percussions de Strasbourg au Festival de Royan. Elle avait été composée pour eux, l'idée ayant surgi  Stockhausen lors d'un épisode drôle - et inquiétant - qu'il a vécu avec sa fille Julika quand elle avait 2 ans. Alors que son ventre gargouillait et que son père lui a dit "Mais, Julika, tu as de la musique dans le ventre", elle est partie dans un fou rire irrépressible et même un épisode inquiétant, ne cessant de rire et de répéter les mots "Musik im Bauch" - "Musique dans le ventre" sans parvenir à se calmer. Sept ans plus tard, il fait un rêve relatif à cet épisode qui lui revient et il le retranscrit dans une partition presque minimaliste mais remplie de didascalies et d'annotations. Sur la scène du Théâtre de Hautepierre, scène de proximité pour les Percussions de Strasbourg, nous assistons à la recréation de cette pièce dans une nouvelle mise en scène et une conception adaptée de Simon Steen-Andersen suite à la demande de l'orchestre, lors d'une soirée du Festival Musica.


Musica 2022 - Karlheinz Stockhausen - Simon Steen-Andersen - Percussions de Strasbourg - Photo: lfdd


Après une projection d'images qui ressemblent à un passage de grosses pattes d'éléphants sur un fond de ciel rouge, avec en bande son ce qui pourrait être des gargouillements d'estomac et même des battements de coeur. Dans le noir arrivent six percussionnistes - que des jeunes femmes: Lou Renaud-Bailly, Olivia Martin, Vanessa Porter, Léa Koster, Hsin-Hsuan Wu, Yi-Ping Yang - sur des planches à roulettes électriques éclairées de leds. Elles se positionnent en cercle sur la scène. L'une, à gauche devant des cloches plaques, trois en fond de scène derrière des petites cymbales et deux à droite devant un marimba. A la cloche plaque, la percussionniste joue sur l'écho et les résonnances avec un micro qu'elle dirige vers les plaques. 


Music im Bauch - Stockhausen - Percussions de Strasbourg - Photo: Christophe Urbain


Les percussionnistes du fond jouent des mélodies à des rythmes différents et à droite, des baguettes sont inlassablement accrochées et lâchées sur le marimba, construisant une mélodie étirée au maximum. De temps en temps l'une des musiciennes se dirige avec sa planche à roulette vers un téléphone qui sonne et d'où émerge la voix de  Karl-Heinz Stockhausen qui nous expose une partie de sa philosophie ou certaines anecdotes, par exemple la prière qu'il a inventée pour ses enfants en hommage à l'univers, les étoiles, les cellules et la lumière. La composition jouée est d'ailleurs issue du cycle du Tierkreis - le Zodiaque où il a composé 12 mélodies (de mi bémol - le Verseau à ré - le Capricorne), dont les musiciens choisissent trois mélodies qu'ils vont interpréter. Et cela donc pour chaque instrument avec sa spécificité et à des rythmes différents, les cymbales étant le plus rapide. Le tout menant vers un état presque hypnotique et cathartique. A certains moments, selon l'éclairage, on se rend compte que le plateau est recouvert d'une mince couche d'eau. Une percussionniste fait le tour des micros suspendus et les fait balancer comme des pendules. 


Musica 2022 - Karlheinz Stockhausen - Simon Steen-Andersen - Percussions de Strasbourg - Photo: lfdd


Du ciel, un homme à tête d'oiseau, couvert de grelots descend et les trois femmes en fond de scène remuent une baguette avec un bout luminescent et fouettent l'air puis en frappent le personnage. D'un coup de scalpel, l'une d'elle lui ouvre la chemise et le ventre qui rougeoie et elles en sortent à tour de rôle chacune une boite à musique qu'elles posent à l'avant-scène. L'une après l'autre, elles mettent en marche la mécanique, accompagnant la mélodie sur un petit marimba qu'elles posent sur le même socle. 


Music in the Belly - Stockhausen - S. Steen-Andersen - Percussions de Strasbourg - Photo: Christophe Urbain


La musique se meurt doucement, les boites à musique s'épuisent et l'homme oiseau rejoint les limbes tandis que dans une sorte de rencontre du troisième type, les trois dernières percussionnistes sortent par le fond de la scène au travers d'un rai de lumière aveuglant. Et dans le silence quelques dernières notes s'échappent encore des boites.


La Fleur du Dimanche  


28.09.2022 — 60' — Festival Musica - Théâtre de Hautepierre, Strasbourg

Composition : Karlheinz Stockhausen (1975)*
Concept, mise en scène, électronique : Simon Steen-Andersen

Interprètes : Léa Koster, Olivia Martin, Vanessa Porter, Lou Renaud-Bailly, Hsin-Hsuan Wu, Yi-Ping Yang.

Régie : Claude Mathia, Etienne Démoulin, Raffaele Renne
Construction des décors : Albane Aubin
Durée : 60’
Production déléguée et commande : Les Percussions de Strasbourg
Coproduction : Festival Musica, La Muse en circuit

Une production réalisée dans le cadre du programme de soutien à la création artistique Mondes nouveaux.

*Pièce originale créée en 1975 au Festival de Royan, commandée et interprétée par les Percussions de Strasbourg
Éditeur : Stockhausen Verlag
Première le 28 septembre 2022 à 20h30 au théâtre de Hautepierre, Strasbourg dans le cadre du Festival Musica

mardi 27 septembre 2022

Avec Musica et le Maillon: La Femme au Marteau, le fossile est dans le lit...

Galina Ustvolskaja ou Galina Oustvolskaïa a traversé le XXème siècle de Leningrad à Saint-Pétersbourg. En fait elle était née à Saint-Pétersbourg en 1919, c'est juste que la ville a changé de nom entre 1924 et 1991. Et à sa mort en 2006 le nom était redevenu celui de la ville de sa naissance. C'est dire qu'elle vécu en plein dans le régime communiste. Elle fut par ailleurs, à partir de 1949, l'élève de Dimitri Chostakovitch. Mais que l'on ne s'y trompe, elle n'a pas été influencée par son style, d'ailleurs il lui dit: "Ce n'est pas toi qui es influencée par moi, au contraire, c'est moi qui le suis par toi." Et c'est vrai qu'il cite quelques thèmes d'elle dans ses composition. Par contre il la défend auprès des collègues de l'Union des compositeurs soviétiques. Son style, très reconnaissable dans la pièce La Femme au Marteau contient des blocs de sons homophoniques répétés (très violents, d'ailleurs, à la limite du supportable quelquefois) qui lui valent d'ailleurs ce surnom que lui a attribué le critique néerlandais Elmer Schönberger. 


Musica 2022 - La Femme au Marteau - Galina Ustvolskaja - Sylvia  Costa - Photo: Simon Gosselin

Mais elle ne manie pas que le marteau - heureusement pour le pianiste Marino Formenti qui pour cette pièce interprète les six sonates pour piano (écrites entre 1947 et 1988) et s'en sort sûrement épuisé sinon en sueur. Les pièces sont assez ressemblantes et il n'y a pas une énorme différence de composition entre les anciennes et les dernières, la composition étant déjà très moderne dès le départ. Elle nos sont pas totalement dans la force et vont des registres extrêmes. Il y a des moments d'une douceur et d'une délicatesse, à la limite de l'audible presque tant le clavier n'est qu'effleuré. Les pièces naviguent entre cette brutalité et un calme très réparateur. Un challenge pour le pianiste qui doit passer d'un doigté de fée à des appuis renforcés de tout l'avant-bras sur le clavier. A propos de cette musique, le pianiste dit"

"La musique est une vilaine bête. On ne peut pas l'interpréter et il ne suffit pas de la jouer. Mais de toutes les bêtes, Galina est la plus vilaine. Ici, nous ne tentons pas de mettre en image sur cette musique: nous essayons de l'imaginer". 

 

Musica 2022 - La Femme au Marteau - Galina Ustvolskaja - Sylvia  Costa - Photo: Simon Gosselin

Et a Silvia Costa, metteuse en scène et scénographe, de nous faire imaginer cette musique. Pour cela elle nous plonge dans un univers sombre, d'où émergent des silhouettes de femmes autour de lits - il y en a quatre successifs, dont un à baldaquin - peuplé de personnages étranges. Tout au début une chauve-souris famélique issue d'une gravure de Goya ou d'Arnold Böcklin, des femmes liées à ces lits comme à un cordon ombilical, les déplaçant, les enjambant, se glissant dedans et dessous, les quittant pour faire un tour du monde ou accueillir une petite fille et son cerceau.


Musica 2022 - La Femme au Marteau - Galina Ustvolskaja - Sylvia  Costa - Photo: Simon Gosselin


Et puis toute une panoplie de vêtements, que ce soient ceux, dans une valise,  pour un voyage, une robe de mariée ou des vêtements intimes ou de nuit. Cet univers entre le léthargique et le cathartique, complété par la musique qui nous envahit au plus profond font de cette pièce un voyage au coeur des sensations.


La Fleur du Dimanche


La Femme au marteau


Au Maillon - présentée avec le Musica - le 27 et 28 septembre


Galina Ustvolskaja Sonate no 1 à 6
interprétées par Marino Formenti
mise en scène et scénographie | Silvia Costa
avec Hélène Alexandridis, Marief Guittier, Anne-Lise Heimburger, Rosabel Huguet Dueñas, Pauline Moulène ainsi que la participation de Bruneau Rousseau et pour la petite fille Maya Quintes (le 27) et Nava Kunz (le 28).
costumes | Laura Dondoli
création sonore | Nicola Ratti
lumière | Marco Giusti
textes | Umberto Sebastiano
assistanat | Rosabel Huguet Dueñas

lundi 26 septembre 2022

Joelle Léandre à Musica: La contrebasse m'est tombée dans les mains à l'âge de neuf ans... Elle ne l'a jamais plus quittée

 Les femmes ne sont pas très nombreuses à jouer des instruments "non nobles" comme le constate Joëlle Léandre lors de sa "performance" au TJP dans le cadre du Festival Musica avec Jazzdor. Encore moins à l'époque où elle a commencé à se faire un chemin dans la musique, et encore moins pour des personnes qui, comme elle, viennent d'un milieu modeste.

 

Musica 2022 - Joëlle Léandre - TJP - Photo: lfdd


Dans cette performance musicale où elle occupe la scène - qu'elle partage un peu avec des musicien.ne.s ami.e.s et deux jeunes élèves contrebassistes de l'école des Arts de Schiltigheim, Aude Muller et Ambre Rogez, pour donner la mesure de ce qu'elle aurait pu être à ses neuf ans, quand sur les conseils d'une enseignante de musique, elle a pu s'inscrire dans un conservatoire - un évènement exceptionnel pour une jeune fille de sa condition, Joëlle Léandre nous passe en revue et à cent à l'heure son parcours et sa curiosité, son travail et sa persévérance, et surtout sa force de caractère et son indépendance. C'est "l'invention de soi" surtout, son ouverture d'esprit et sa curiosité et à la base, ce travail, ce travail mille fois recommencé sans lequel elle n'y serait jamais arrivé. Egalement le fait de "désapprendre", de ne pas se satisfaire des certitudes, de se questionner et de rechercher de nouvelles voies, de nouvelles pistes, quitte à aller à l'étranger, à New York par exemple ou en Allemagne, à dire oui à l'ouverture, à la surprise, aux challenges, comme d'accepter de jouer avec des musiciens qu'elle ne connait pas et de faire le nécessaire pour que cela fonctionne, d'être à l'écoute et d'accepter le dialogue, de le rechercher. 


Musica 2022 - Joëlle Léandre - TJP - Photo: lfdd


Sa vie, bien remplie sera une succession de rencontres, que ce soit avec des musiciens et des compositeurs classiques, ou contemporains, avec qui elle se lie et quelle sollicite pour composer des pièces pour contrebasse. Que ce soient des musiciens de Jazz, surtout ceux qui "libèrent" le Jazz "Free Jazz" ou tout simplement des musiciens prêts à tenter l'expérience de la rencontre sur des territoires nouveaux. Comme par exemple l'exemple qu'elle nous présente avec Lauren Newton à la voix et Edward Perraud à la batterie, magnifique exemple de ce que l'improvisation et l'écoute réciproque peuvent produire.


Musica 2022 - Lauren Newton - Edward Perraud - Joëlle Léandre - Photo: lfdd


Ou également quand avec Serge Teyssot-Gay à la guitare électrique ils inventent un duo intime, doux et inspiré.


Musica 2022 - Joëlle Léandre - Serge Teyssot-Gay - Photo: lfdd

Musica 2022 - Joëlle Léandre - Serge Teyssot-Gay - Photo: lfdd

Musica 2022 - Joëlle Léandre - Serge Teyssot-Gay - Photo: lfdd


On en redemande encore, mais raconter sa vie bien remplie, ses multiples anecdotes hautes en couleur ((le piano poussiéreux de Darius Milhaud,...) et en faire un commentaire critique et engagé (féministe, oui aussi), d'interroger "le" politique et non "la"politique, et faire la démonstration de ce que cela peut donner concrètement en musique pourrait nous amener au bout de la nuit.... 


Musica 2022 - Joëlle Léandre - TJP - Photo: lfdd


Et des nuits comme cela, il en faut d'autres aussi, remplies du bonheur de la rencontre et du partage...  Alors, nous disons "Merci Joëlle" et lui souhaitons encore des beaux moments à venir.


Musica 2022 - Joëlle Léandre - TJP - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche  

dimanche 25 septembre 2022

Musica au TNS avec le Groupe 46: Donnez-moi une raison de vous croire: On croit en leur avenir même si on doute en général

 Pour le spectacle Donnez-moi une raison de vous croire créé (à tous les postes) et joué par les élèves du groupe 43 de l'école du TNS dont c'est le spectacle de sortie, les spectateurs sont également enrôlés dans la pièce dès leur arrivée. Il s'agit du recrutement de comédiens pour le Grand Théâtre d'Oklahoma et dès la descente des marches de la salle Gignoux, nous sommes accueillis - et triés "à droite,... à gauche" et archivés "attention la photo!" - par l'hôtesse à la voix suave et aimable (Pauline Vallé). 


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


La pièce se déroule dans l'univers kafkaïen de ce théâtre-cirque hors du temps. Marion Stenton qui en a écrit le texte à la demande de Mathieu Bauer s'est beaucoup inspirée de l'univers de Kafka et de son roman inachevé L'Amérique dans lequel le héros (ou plutôt l'antihéros) embarque vers cette aventure avec d'autres comédiens. C'est l'occasion de dénoncer à la fois l'absurdité du fonctionnement des entreprises (même un théâtre) et le peu de cas que l'on peut faire des individus (qui se confondent les uns les autres dans leur existence niée et leur demande non entendue). 


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


La pièce nous présente dans une folle chorégraphie les multiples péripéties oscillant entre comique et tragique de ces personnes, véritables pions interchangeables - tous s'appellent Karl - qui essaient de trouver un sens ou une reconnaissance dans la vie à travers ce travail qu'on leur promet: "Chacun a sa place". Sauf que les places ne sont pas définies ni stables, à part peut-être le "portier" (Kadir Ersoy). Mais même lui se fait reprocher de ne pas jouer son rôle de recruteur par "celui qui savait tout jouer", l'acteur suicidaire (Gulliver Hecq). L'absurde se niche dans les différentes situations rencontrées par les individus aux caractéristiques surprenantes tout comme dans la scénographie où l'on devine des couloirs labyrinthiques où l'on peut se perdre - et perdre son dossier - et les escaliers qui empêchent d'arriver aux archives au sous-sol et aux bureaux de la direction dans des étages inaccessible. 


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


Ces escaliers qui mènent aussi au bureau de la cheffe de personnel (Emilie Lehureau) et à l'administration (une machine à écrire crépite, au milieu de l'orchestre. Parce que dans ce monde kafkaïen, c'est un orchestre qui mène aussi le bal, donnant le rythme et l'ambiance, ambiance qui est quelquefois au blues (avec de très belles reprises dont Nobody Knows You When You’re Down and Out qui nous permet de confirmer que Pauline Vallé a une très belle voix), et quelquefois dans un univers plus électrique. Le metteur en scène Matthieu Bauer mène le rythme à la batterie et son complice Sylvain Cartigny qui a composé la musique est à la guitare et aux claviers, soulignant quelquefois très discrètement le texte des comédien.ne.s et c'est Jean-Philippe Gross qui s'est chargé de faire le reste des sons d'ambiance. Il faut aussi saluer Aurore Lévi qui pousse sa chansonnette de la "soupe silencieuse" et Kadir Ersoy qui slamme The Last Poets. et l'ensemble de la troupe qui reprend la chanson finale: "Les choses ont changé...non  En attendant rêvons."


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


L'idée de départ de Mathieu Bauer d'adapter le film documentaire de Fred Wiseman Welfare, tourné dans un bureau d'aide sociale, finalement abandonné se retrouve très bien assumée dans l'esprit. Et le côté fictionnel, les différents situations inventées par Marion Stenton et que les jeunes comédiens en devenir incarnent totalement tout en apportant une charge symbolique et forte, atteint son objectif à la fois de marquer les esprits et de de faire prendre conscience des travers de l'organisation et de l'inhumanité du système. Et cela fait un spectacle bien enlevé et sans temps morts avec de beaux moments de poésie. Et une touche de plus à la palette du Festival Musica.


La Fleur du Dimanche





du 23 septembre au 1er octobre au TNS Strasbourg

Texte et dramaturgie Marion Stenton
Mise en scène Mathieu Bauer, Sylvain Cartigny
Avec l'ensemble des artistes issu·e·s du Groupe 46 de l'École du TNS
En Jeu
Carla Audebaud
Yann Del Puppo
Quentin Ehret
Kadir Ersoy
Gulliver Hecq
Simon Jacquard
Émilie Lehuraux
Aurore Levy
Pauline Vallé
Cindy Vincent
Sefa Yeboah
et les musiciens
Mathieu Bauer
Sylvain Cartigny
Orchestre Sylvain Cartigny (guitare, claviers), Mathieu Bauer (batterie et trompette), Jessica Maneveau (euphonium), Antoine Hespel (claviers), Ninon Le Chevalier (saxophone alto), Thomas Cany (trombone), Foucault de Malet (basse)
Collaboration artistique et composition Sylvain Cartigny
Lumière Zoë Robert
Création sonore Jean-Philippe Gross
Regard chorégraphique Thierry Thieû Niang
Assistanat à la mise en scène Antoine Hespel
Scénographie, costumes Clara Hubert, Ninon Le Chevalier, Dimitri Lenin
Son Foucault de Malet
Régie lumière Thomas Cany
Régie plateau Clara Hubert
Régie son Margault Willkomm
Régie générale Jessica Maneveau
Joséphine Linel-Delmas (Jeu) et Antoine Push (Régie-Création) ont également participé à la création du spectacle.
Production Théâtre National de Strasboug
Production exécutive en tournée Compagnie Tendres Bourreaux - Mathieu Bauer
Coproduction Festival Musica
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Toutes les équipes du théâtre et de l’École ont accompagné l’ensemble du Groupe.
Création le 14 juin 2022 au Théâtre Public de Montreuil.