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samedi 20 mai 2023

Dernier jour de Musique Action à Nancy: A suivre ....

 Journée spéciale à Nancy, ce samedi 20 mai 2023, dans divers lieux, pour clore définitivement l'aventure Musique Action à Nancy. Ce festival, créé en 1984 au Centre Culturel André-Malraux (maintenant Scène Nationale) de Vandœuvre-lès-Nancy, est un des rares festivals en France qui propose de la musique contemporaine lors d'une manifestation qui lui est dédiée (un autre Festival, Musica de Strasbourg y avait clôturé le sien en octobre 2022). 

Cela commence par une Rencontre Sonore animée par Guillaume Kosmicki avec le compositeur Jean-Philippe Gross à 11h00 à la MJC Lillebonne à Nancy. Elle est suivie d'une Carte Blanche à Barbara Dang qui propose une randonnée musicale autour d'une demi-douzaine de très courtes pièces minimalistes dont des pièces de Tom Johnson, Jurg Frey, Barbara Monk Feldman, Linda Catlin Smith, Cornelius Cardew, Henry Cowell, Alvin Lucier et une improvisation personnelle. 


Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd

Barbara Dang qui avait déjà présenté le jeudi 18 mai une soirée consacrée au compositeur Tom Johnson nous emmène dans diverses explorations de jeu pianistique, soit avec des accords minimalistes, des boucles de notes qui tournent, un jeu avec les cordes légèrement grattées ou pincées.

Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd

Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd

La pièce d'Alvin Lucier est l'occasion de continuer avec une longue improvisation sur une base de vibrations continues où elle fait résonner quelques notes ou accords puis, en implantant des baguettes entre les cordes, en fait un instrument percussif et mélodique avant de les frotter plus ou moins délicatement avec deux galets en alternant avec le frottements de ces baguettes avec un chiffon mouillé au point d'en tirer des résonnances. 


Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd


Le résultat de cette improvisation qui s'installe dans une ambiance intériorisée est une série de sons tenus et ténus qui nous embarquent dans un voyage hypnotique et relaxant .


Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd

Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd

Musique Action - Barbara Dang - Photo: lfdd


 Un autre voyage, tout aussi hypnotique, mais en pleine conscience, c'est le parcours sensoriel et d'écoute né de la rencontre d'Elsa Biston et ses machines vibrantes et l'Ensemble Hanatsu Miroir lors la création de leur expérience Attentifs ensemble à la Ferme du Charmois. Les spectateurs, partagés en deux groupes se font face, de part et d'autre d'un espace occupé par les musiciens de Hanatsu Miroir, Ayako Okubo à la flûte contrebasse, Olivier Maurel aux percussions et Louis Siracusa-Schneider à la contrebasse. 


Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Dans le coin opposé, Elsa Biston pilote ses "machines" et la conscience d'écoute des spectateurs à qui elle projette sur une écran au-dessus de cet espace des réflexions, consignes et remarques sur le déroulé et les états de cette expérience de "partage de l'écoute",  lors de laquelle nous somme attentifs à la fois à ce que nous entendons.


Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Mais aussi à comment nous l'entendons nous-mêmes et également les autres, les voisins ou voisines, proches ou lointains dans une démarche à la fois intériorisée et surplombante. La pénombre est gérée par Raphaël Siefert et Léa Kreutzer. 


Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Nous y entendons des feuilles de platane devenant instruments de percussion, la flûte jouant comme une contrebasse, du papier kaft être à l'origine de tremblements de terre. 


Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Une plaque de métal est à la fois haut-parleur et cloche, vibrante et sonnante et les instruments jouent à se copier ou à se répondre alors que la main de la flûtiste est emballée dans un sachet de plastique qui est également mise à contribution dans la partition. 


Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Musique Action - Hanatsu Miroir- Elsa Biston - Photo: lfdd

Tous ces objets, instruments par définition ou par destination nous interrogent sur ce que nous entendons et comment nous l'entendons et nous racontent une histoire parallèle dans une narration imagée et circulaire - la fin nous fait revenir au début pour nous permettre de réentendre, autrement, l'expérience sonore dans laquelle nous étions plongés sans repères, et nous en mesurons le delta. Et nous en sortons avec une conscience un peu plus aiguë de notre statut d'auditeur.



Musique Action - Archipel Nocturne - Violaine Gestalter - Christelle Sery - Louis-Michel Marion - Photo: lfdd

La journée s'achève au CCAM avec la création de la pièce Blanc de neige écrite spécialement par Carol Robinson pour l'ensemble Archipel Nocturne  fondé par Louis-Michel Marion dans le cycle The Weather Pieces. C'est Le fond de l'air II du même cycle, interprété au saxophone soprano par Violaine Gestalder qui débute la soirée. Une lente mélopée dans les aigus est reprise par l'électronique, en dissonances. Les sons se chevauchent, lancinants, lointaines réminiscences d'airs anciens, des paroles semblent émerger, flottent, questionnent, "est-ce qu'il y a vraiment un fond de l'air?" et la musique mystérieuse, orientaliste, a un côté magique. La deuxième pièce, Black on Green pour contrebasse, démarre par des frottements sans sons des cordes par Louis-Michel Marion. Peu à peu un son se révèle, relayé par l'électronique, les basses construisent un univers mystérieux, une voix chuchote des bouts de phrases et l'on entend une respirations de machines souterraines. La troisième pièce, Nacarat pour guitare électrique, composée au départ pour Serge Teyssot-Gay est interprétée avec fougue et classe par Christelle Sery. Toute en variations, saturations, éclats, grondements, distorsions, frappe des cordes et du corp de la guitare, la pièce triture le son et en expérimente les limites. celle de la patience de l'auditeur aussi qui, aurait apprécié plus de concentration. Pour la dernière pièce, la création de Blanc de neige, ce sont donc les trois interprètes avec le dispositif d'informatique musicale qui vont conjuguer saxophone, guitare et contrebasse pour construire un paysage de neige avec des sons cristallins, de bris de glaçons et des clochettes, le souffle du vent, du saxo, du blizzard et  la diffusion singulière. 

Clap de fin pour Musique Action ! Rendez-vous en septembre pour une autre saison à Vandoeuvre ... Et fin août pour à Mulhouse pour les 40 ans du Festival Météo ?


La Fleur du Dimanche

vendredi 19 mai 2023

Elisabeth gets her way avec Jan Martens: La musique de Chojnacka, la maîtresse-femme, incarnée

 C'est à la fois un portrait, un hommage et une lecture de l'interprétation de la musique (toute les musiques) au clavecin par Elisabeth Chojnacka, une maîtresse femme qui n'a pas craint de ruer dans les brancards que nous propose Jan Martens, un autre trublion de la scène* pour cette soirée du Festival Musique Action au Théâtre de la Manufacture de Nancy. Pour Elisabeth gets her way, les différentes pièces que va danser lui-même le chorégraphe belge sont ponctuées d'un montage vidéo très intelligent de Sabine Groenewegen à partir d'archives et d'entretiens, qui nous dévoile la pensée les paroles et les actes de la musicienne. Ainsi, en alternance, nous avons au fur et à mesure les différents aspects et interprétations de sa musique et des bribes de sa vie, de ses réflexions ou de ses prises de position assez révolutionnaire qui complètent très judicieusement les interprétations chorégraphiques des différentes pièces qu'elle joue.


Elisabeth gets her way - Jan Martens


C'est dans un costume - créations de Cédric Charlier - renvoyant au baroque, chemise bouffante à volets et collant "panthère" que Jan Martens nous interprète le Concerto pour clavecin et cinq instruments de Manuel de Falla dans une gestuelle, elle aussi tendant vers le baroque mais qui suit toutes les variations musicales de l'instrument avec une qualité exceptionnelle de transposition gestuelle qui nous rend la musique "visible".


Elisabeth gets her way - Jan Martens


Après un autre extrait vidéo qui laisse à Jan Martens le temps de souffler un peu et de se changer, nous le découvrons en slip pailleté doré dans une danse où l'essentiel du mouvement se passe dans les mains et les bras. Pour "Profil Sonore" pour clavecin et harpe, de Graciane Finzi, il va glisser doucement sur les pieds. Avec Commencement" de Zygmunt Krauze ce sera un style entre le Taï Chi et la boxe.  Au passage, nous assistons aussi à une démonstration d'Elisabeth Chojnacka qui nous prouve toute la virtuosité que Yannis Xenakis lui a demandé de prouver en jouant sur deux claviers avec des séries de notes différentes pour chaque doigt. Elle n'était pas un phénomène du clavier pour rien. 


Elisabeth gets her way - Jan Martens


Disparue en 2017, elle fêterait ses cinquante ans de concert, lors desquels elle a joué autant les classiques - à sa manière - et les compositeurs contemporains qui ont été nombreux, comme Xenakis à lui dédier des créations. Dans une des interviews elle précise qu'elle se changeait entre la première et la deuxième partie, la robe pour le classique et le pantalon (pas très courant à l'époque) pour la deuxième. D'ailleurs et c'est surprenant, la pièce anonyme Uppon La Mi Re” du 16ème siècle commence comme une pièce de minimalistes américains du XXème. 


Elisabeth gets her way - Jan Martens


Pour le reste des pièces chorégraphiques, nous allons à chaque fois découvrir un nouveau costume un autre style de chorégraphie, ou carrément nu comme un ver. Chaque costume et chaque pièce chorégraphique est adapté à chaque composition - il y a encore, entre autres Phrygian Tucket, une pièce super-véloce de Stephen Montague et Continuum de György Ligeti) - de la danse de rue à d'une danse sinueuse et ondulante en passant par le hip hop, ou un tango moderne avec une robe rouge à volants ouverts - Tango for Tim de Michael Nyman). Les lumières d'Elke Verachtert,  spécifiques à chaque tableau, créent un univers particulier, d'une semi-obscurité à une ambiance de boite de nuit avec des stroboscopes qui remplissent l'espace et titillent notre perception.


La Fleur du Dimanche


* voir le billet sur le dernier spectacle de Jan Martens au Maillon à Strasbourg en mars 2022 :  "Any attempt will end in crushed bodies and shatterred bones"

vendredi 30 septembre 2022

Musica voyage à Nancy avec Different Trains et Seb Brun au CCAM à Vandoeuvre

Le Festival Musica dès l'origine avait la bougeotte. La première année, le public et les musiciens sont allés à la rencontre du public et des musiciens amateurs des nombreux orchestres locaux, surtout les ensembles d'harmonie et les chorales, en prenant le train vers le nord et le sud de l'Alsace. Et le voyage et la découverte a toujours fait partie de l'ADN du Festival, en bateau, en bus ou en train, en Alsace, en Allemagne (la Lorelei, Karlsruhe ou Freiburg) et en Suisse (Bâle). Cette année, pour clôturer un festival renouvelé, c'est à Nancy que Musica prend ses quartiers d'automne avec un week-end équilibré entre tourisme et musique. Et il y a matière et variété: pas moins de sept lieux pour des propositions allant d'un "concert à table" à un opéra contemporain et écologique en passant par un concert performance en plein air, Place Stanislas avec mapping sur la façade de l'Opéra, ou un duo électro et bien sûr des concerts d'ensembles de musique contemporaine. 


Different Trains - Seb Brun


Le voyage commence à Vandoeuvre, la commune la plus peuplée de la Métropole du Grand Nancy, située au sud-ouest de Nancy et disposant de nombreuses infrastructures (Technopôle, université, remarquable Jardin Botanique Jean-Marie Pelt,,..) et d'un Centre Culturel, le CCAM, Scène Nationale depuis 2000 avec son festival Musique Action depuis 1984. Une raison valable de s'y faire rencontrer le Quatuor Diotima et le quatuor autour de Seb Brun qui nous prend par surprise avec Horns après un passage dans un étrange dédale souterrain. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Le public patiente dans une salle austère et bétonnée au centre de laquelle trônent des instruments de percussions et des équipements électroniques, claviers, synthés, quelque bric-à-brac: couvercles avec fils électriques et avec des pièces de monnaie et une nuée d'enceintes. Les lumières sont au minimum et les tabourets des musiciens sont vides... Comme un bruit de pas tourne autour de la salle, les musiciens semblent s'être fondus dans la foule. On sent monter une certaine inquiétude et une femme se sent obligée d'applaudir pour conjurer l'attente. Hasard, synchronisation des pensées, c'était le moment que les musiciens avaient choisi pour retrouver leur place centrale et prendre en main leurs instruments. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les bruits de pas entendus se révèlent être des micromouvements des fils et objets sur les couvercles disposés au sol, et qui maintenant frissonnent, alors que les musiciens commencent à triturer leurs boutons et que des sont discrets se mélangent. Un souffle, des crépitements, des sons électroniques, un rythme qui sourd, l'espace se peuple d'une vie mystérieuse. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les quatre musiciens, disposés en rond se font face, chacun sur son petit établi, Clément Verceletto et Julien Baudart avec leurs synthétiseurs en modules, Seb  Brun derrière sa batterie qu'il commence à caresser et également ses appareils et Thimotée Quost, équipé d'une trompette avec laquelle il souffle alternativement avec ou sans embout dans un micro qu'il coiffe avec le pavillon et dont il frappe le corps au rythme d'un bruit de rail. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Dans l'imaginaire de la nuit, des séquences de train de passage surgissent, des ambiances variées se projettent dans la pénombre, l'oeil et l'oreille écoute et invente les images suscitées par les quatre compères. Le rythme s'accélère, le son devient plus dense, plus touffu, les lumières clignotent et éblouissent, des ultra-basses nous prennent au corps, nous basculent à la limite de la sensation et nous emmènent dans une expédition étrange. Le bruit de roulement, les sifflements s'intensifient, Une montée en puissance s'opère, les machines respirent, ahanent, des sirènes dans la nuit, et le rythme s'accélère jusqu'à l'acmé finale. Le public libéré respire.... Il vient d'expérimenter une performance entre John Cage, la Bête Humaine et un voyage vers l'inconnu.


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd

Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Different Trains - Quatuor Diotima


Suite est donnée dans la salle de spectacle du Centre Culturel André Malraux avec le Quatuor Diotima pour un programme en deux volets, avec deux compositeurs György Ligeti et Steve Reich qui auront marqué avec ces deux pièces phares pour quatuor l'histoire de la musique de la fin du XXème siècle.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Ligeti - Photo: lfdd


Nous avons d'abord avec le Quatuor à corde N°2 de Ligetti ( 1968) une pièce qui bouscule l'écoute. Dès le départ, un silence marqué introduit un état de suspension pour l'auditeur. Et tout au long de la pièce, des pauses laissent le silence s'installer. La pièce commence par des moments joués très léger, une suspension, un souffle nous fait nous aiguiser les oreilles et retenir la respiration. Et puis un éclat, fort. Les modes de jeu varient, entre ces touchers délicats et des accélérations vigoureuses et rapides. Des pizzicatos - on dirait des métronomes qui s'emballent - alternent avec des moments calmes tout en douceur avant un nouveau déferlement d'énergie. Les modes de jeu alternent et s'opposent. Des vibrations rapides avec des archets qui tirent et tiennent la note. L'interprétation du Quatuor et précise et le geste habité. La concentration est impressionnante et nous fait entrer au coeur de cette oeuvre étrange et surprenante, d'une délicatesse extrême.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


L'autre pièce de la soirée qui donne son nom au programme est l'oeuvre de Steve Reich Different trains (1988), une pièce qui intègre à la fois de la musique enregistrée - il sample la partition qui se retrouve en quatre couches superposées dans lesquelles il intègre également des bruitages divers, sifflets, sirènes, bruits de trains, et bouts d'enregistrements de voix qu'il a effectués lui-même (sa gouvernante, un porteur de bagages du train New-York-Los Angeles et des rescapés de la Shoah).  La pièce est en trois parties, America – Before the War, Europe – During the War et After the War et s'appuie sur ses souvenirs d'enfance quand il devait faire le voyage entre ses parents séparés, de New-York à Los Angeles. 


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


Ce voyage en train le fait se projeter pendant la guerre aux trains de la Shoah et rappelle cet épisode douloureux, constatant aussi que, selon où l'on vit et habite, le destin n'est pas le même. La composition est bien sûr répétitive et les cordes reprennent également les intonations des extraits de voix de la bande son pour les souligner ou les rappeler. Des paroles qui remettent en mémoire cet épisode et rappellent que si les trains sont plus rapides, "one of the fastest trains" - il y en a eu qui, alors que la guerre était finie "the war is over" - "are you sure?" n'en sont pas revenus "they are all gone". Une performance très émouvante.


La Fleur du Dimanche

mercredi 4 mai 2022

Somnole de Boris Charmatz au CCAM: Le son du corps qui danse, un sifflement en somme

Si siffler n'est pas jouer et que l'on exprime quelquefois sa joie au travail en sifflant (voir Blanche-Neige chez Disney), siffler et danser ne vont pas forcément de pair. Déjà que parler en dansant est une performance, maîtriser à la fois son souffle et ses mouvements n'est pas partie gagné. Et c'est un vrai challenge auquel Boris Charmatz s'est confronté. 


Somnole - Boris Charmatz - Photo: Marc Domage


C'est au temps du confinement, quand il s'est retrouvé face à lui-même en 2020 que, pour passer outre la distanciation et l'absence de représentations, que Boris Charmatz a conçu ce solo. Il a fait à la fois un voyage à l'intérieur de lui-même et un retour sur son enfance lors de laquelle il adorait siffler. Un voyage dans un état second, un genre de rêve éveillé où son corps se laisser mener par les sons qui sortent de sa bouche sans articuler un seul mot. Un vraie performance et en même temps un spectacle très sensible et surprenant.


Somnole - Boris Charmatz - Photo: Marc Domage


Le danseur arrive sur la scène nue, plongée dans une obscurité verdâtre, comme un esprit, les bras levés, torse nu et ceint d'une jupe en tissu rayé. Pendant qu'il se mesure à la scène et que la lumière peu à peu le révèle, un sifflement flotte au-dessus de lui qui l'accompagne doucement. Ses gestes sont lents, précieux et désaxés et, au fur et à mesure, l'on prend conscience que son corps obéit à cette mélodie sifflée qui semble le guider et diriger ses mouvements. Suivant cette injonction qui le transporte, il tourne, tombe, se déhanche, se désaxe, saute, dans une chorégraphie sans cesse renouvelée. Son corps souple et malléable s'offre à nous sous un projecteur qui le traque et le poursuit à chaque point de la scène, sculptant ses muscles, mettant en valeur ses poses et ses attitudes, passant d'un mimodrame assez lisible à des mouvements de danse plus classique et puis à des attitudes surprenantes ou franchement originales. 


Somnole - Boris Charmatz - Photo: Marc Domage


De belles envolées lyriques voisinent avec des moments plus introspectifs, des moments d'humour, quelquefois comiques, alternent avec des situatioss plus intenses où l'on sent le corps mis en danger. Et toujours sous cette nappe sonore sifflée, qui convoque de nombreux morceaux reconnaissables par le public - qui est invité à une partition orchestrale sifflée ou, lors d'un instant de nostalgie romantique, à se projeter dans les amours remémorées de Prévert et Kosma. Ainsi, comme dans un rêve éveillé, les airs, qu'ils soient d'opéra, de Haendel, de Bach ou de Mozart, des musiques de film d'Ennio Morricone ou d'Henri Mancini ou encore des chansons de Claude François ou de Gershwin, prennent corps. 


Somnole - Boris Charmatz - Photo: Marc Domage


Un corps qui les incarne ici à leur manière et nous les fait découvrir sous un autre aspect, une autre angle, mouvant et plein d'énergie, au plus près de la peau et des os, des muscles. Dans une énergie et une sensibilité décalée et surprenante. Comme dans une parenthèse hors du temps.

La Fleur du Dimanche



Note: Le spectacle présenté au CCAM de Vandoeuvre remplaçait Infini prévu initialement.

En relation, sera présenté au Centre Pompidou - Metz  le samedi 7 mai et le dimanche 8 mai



Interprétation :
Boris Charmatz

Assistante chorégraphique : Magali Caillet Gajan
Lumières : Yves Godin
Collaboration costume : Marion Regnier
Travail vocal : Dalila Khatir
Avec les conseils de : Bertrand Causse et Médéric Collignon
Inspirations musicales : J.S. Bach, A. Vivaldi, B.
Eilish, La Panthère Rose, J. Kosma, E. Morricone,
chants d’oiseaux, G.F. Haendel, Stormy Weather…
Liste complète disponible à la fin de cet article
Régie générale : Fabrice Le Fur
Régie lumière : Germain Fourvel
Directrice déléguée [terrain] : Hélène Joly
Direction des productions : Lucas Chardon, Martina Hochmuth
Chargé.e.s de production : Jessica Crasnier, Briac Geffrault

Production et diffusion : [terrain]