dimanche 13 novembre 2022

Espaces parallèles - se raconter des histoires dans le temps, il n'aurait fallu...

Aujourd'hui je vous propose un petit retour dans le temps... 

1. la semaine dernière : 

Il y a 11 ans (onze), le 6 novembre était aussi un dimanche et je vous postais déjà) des fleurs: des liserons, et curieusement j'en ai photographiées hier... et des suzannes aux yeux noirs, dont je ne connaissais pas le nom.


Liseron du 6 novembre 2022 - Photo: lfdd


De plus, c'était (aussi) le début du festival Jazzdor, déjà. Mais il a commencé bien avant, en 1985 et je me souviens, c'était deux ans avant, d'un concert de jazz à l'Ange d'Or avec Didier Malherbe, sacré souvenir !


Liseron du 6 novembre 2022 - Photo: lfdd


En guise de TVA et pour suivre vos conseils, je vais faire court, mais pas facile, enfin ça dépend de vous, peut-être avez-vous une réponse immédiate et rapide à la questions posée par ce Texte à Valeur Ajoutée qui parle de "raconter une histoire" et de votre expérience de cette situation/action, soit que vous aimez (ou pas) raconter des histoires, soit que vous adorez en lire ou en écouter.

Dites-moi, donnez-moi votre avis et racontez-moi votre expérience. Envoyer-moi un récit, une anecdote ou une pensée à ce sujet, je partagerai...


Liseron du 6 novembre 2022 - Photo: lfdd


Pour ce qui est du TVA, le voici:

"Raconter, c'est désirer"

Voila ! C'est dit !

Pour plus d'explication, je dirai que c'est Florence Bouchy qui écrit cette phrase en conclusion de son article intitulé "La création romanesque, roman" dans le Monde des Livres du 4 novembre 2022 à propos du livre d'Anne Serre Notre si chère vieille dame auteur. Et c'est la conclusion de don 'article, disant que c'est ce que raconte le livre... 
Elle dit aussi: "Qu'est ce que raconter? Et pourquoi, surtout, peut-on avoir l'envie, le besoin ou le plaisir de raconter ?
Et énonce plus loin:
'Sous la plume d'Anne Serre, le mystère de la création romanesque et de l'art du récit se représente sous la forme d'un petit théâtre intime où chaque pulsion comme chaque modalité d'appréhension du réel tient un rôle. [...] Une façon pour l'auteur [...] d'ordonner le monde tout en laissant le feuilleté des significations ouvert. De se mettre à l'écoute de ses émotions et de ses débats intérieurs pour en proposer au lecteur une forme dans laquelle il puisse aussi se reconnaître."  

Pour finir en chanson, une chanson dont il était question le 23 septembre de l'année d'après, donc en 2012, à lire et à écouter, plus un autre poème et un clin d'oeil au chanteur du jour:

Jacques Douai - Colchiques dans les prés - Démons et merveilles:




Rappel: les colchiques, cette année, ont été photographiées le 15 août et publiées le 21 août!


En complément une chanson sur des paroles d'Aragon (voir aussi la version chantée de Léo Ferré) par le même Douai. 

Jacques Douai - Il n'aurait fallu




Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
 
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immensité
Des choses humaines


Bon Dimanche


La Fleur du Dimanche

vendredi 11 novembre 2022

La "Revue" de la Chouc' Ils ont un vélo dans la tête, l'humour en roue libre

 Après une belle prise d'élan pour repartir sur les chapeaux de roue l'année dernière (En vert et contre tousse), la joyeuse bande de comédiens de la Chouc' (la Choucrouterie pour les intimes) sont repartis du bon pied - ou plutôt de la bonne roue pour une nouvelle saison de revue ce 11 novembre -  traditionnellement le lancement de festivités de carnaval dans les pays germaniques. Reportée pour cause de Covid puis avancée pour les mêmes raisons l'année dernière, la nouvelle saison a failli se faire piéger par cette zoonose (un des sketche du nouveau spectacle) qui a touché un récent dimanche en pleines répétitions l'ensemble de l'équipe qui pourtant est présente de pied (ou de pédalier) ferme.


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Comme à son habitude, les deux spectacles parallèles (une salle pour la revue en Alsacien et une pour les francophones) sont un savant cocktail débridé de blagues, de critique de la politique (un peu moins cette année, les politiques ne seraient-ils plus des "modèles"), de la vie courante, avec des séquences chantées et dansées qui s'enchainent dans une course (contre la montre?) à couper le souffle. Du souffle, les comédiens en ont, pour sauter d'une salle à l'autre et pour chanter et danser pendant presque deux heures sans faiblir.


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Et l'on a donc droit à toute une série de scènes drôlatiques et critiques, de l'ouverture du marché de Noël par Jeanne Barseghian et Stéphane Bern, et... Brigitte Fontaine (je vous laisse en deviner la consistance), une conpétition dans une émission TV de la même Jeanne Barseghian avec comme adversaire la préfête de région. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Une séquence surréaliste à la limite de l'absurde entre un client et son banquier où l'on passe de la Poste à la SCNF et par la gendarmerie. Il sera question d'un réveillon du futur dans un climat tropical, de surcharge de travail dans les hôpitaux (avec un mort qui traîne toujours dans le couloir), d'une réunion syndicale du personnel de différents musées (magnifiques figures de la Belle Strasbourgeoise (Magalie Ehlinger), du penseur de Rodin (Arthur Gander), de Rouget de Lisle (Sébastien Bizzotto), et du Kachelofe (Jean-Pierre Schlagg) et de superbes costumes), du prosélitisme presque religieux de Saint "Paul Emploi" qui démarche à domicile. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


L'on passe d'un drôle de stage de remotivation du personnel à côté du panneau, à l'inauguration de la Fête de la Bière de Schiltigeim avec les trois grâce de l'Eurométropole (Jeanne, Pia et Danielle) à un conte lorrain de Blanche Charbon et ses petits compagnons "mineurs" et le fantôme de Gigilbebert Meyer (Guy Riss) qui revient hanter Strohmann.


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Le tout entrecoupé par des blagues introductives (aussi pour tenir la synchro entre les salles), des chansons en solo, duo ou groupe.  Une mention à Susanne Mayer, qui cette année a abandonné Brecht pour Biolay et Karen Ann avec une version du Jardin d'Hiver sensible et émouvante où elle coiffe les chapeaux de Queen Elisabeth et lui rend un dernier hommage, également au duo Sébastien Bizotto et Magali Ehlinger qui nous offre un voyage en Italie bien secoué (mais en automobile). 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Magali Ehlinger incarne aussi "la groupie du plaquiste" et "Emporté par le fioul" avec un orgue de Barbarie qui joue à la roulette russe. Le Vosgien Thomas Valentin tient le piano mobile en cette première soirée et Jean-Pierre Schlagg le ballet pour "Les rats sont entrés dans Strasbourg" (le soir de la première il a aussi tenu le balai magique - et essoré - au restaurant de la Chouc).


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd

Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Il y en a plein d'autres, dont une version déjantée du "Tango des Bouchers " de Boris Vian ou un mix de tubes italiens et une "danse macabre". Saluons ici les talents chorégraphiques (et pédagogiques) de Charlotte Dambach qui a pris avec brio la succession de Louis Ziegler et arrive à faire bouger en rythme tout ce beau monde. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Et la mise en scène de Céline d'Aboukir et, bien sûr la persévérance et l'engagement du grand manitou (on pourrait lui donner le maillot jaune) Roger Siffer qui apparaît surtout en  pointillé, comme Bénédicte Keck et Susanne Mayer qui sont plutôt présent(e)s dans la salle alsacienne. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Cette année encore il ont "été formidables" comme le dit Siffer à son public.




La Fleur du Dimanche


Textes : Équipe de la Chouc’

Avec : Sébastien Bizzotto, Arthur Gander, Magalie Ehlinger, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer

Piano : Jean-René Mourot ou Thomas Valentin ou Sébastien Vallé

Lumières : Cyrille Siffer

Scénographie/costumes/accessoires : Carole Deltenre, Marie Storup et leur équipe

Production : APCA – Théâtre de la Choucrouterie


mentions

Avec les soutiens : Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Grand Est, Région Grand Est, Collectivité Européenne d’Alsace, Ville de Strasbourg – Eurométropole, DNA, Crédit Mutuel Centre Est Europe, CroisiEurope, RG Peinture Guy Riss, Office pour la Langue et les Cultures d’Alsace et de Moselle, CEED


autres informations

La revue sera en relâche entre le 19 décembre et le 04 janvier, et entre le 06 et le 12 février.


Leïla Martial et Valentin Ceccaldi à Jazzdor: le FiL de la voix se marie avec la corde du violoncelle

  Filer la métaphore pour le concert de Leïla Martial et Valentin Ceccaldi, c'est se perdre dans les arcanes de la voix de Leïla, tendue comme un fil sur les aigus, s'envolant au-dessus du fil de l'horizon alors que, sur son violoncelle, son compère Vincent frissonne sur les cordes et tend l'attention du public en suspension. Pour ce concert "décentralisé" de Jazzdor dans les locaux d'Apollonia à la Robertsau, nous avons droit à une atmosphère intime, en proximité avec le duo qui tisse son programme entre classique, chanson française et tube anglais en s'en emparant et l'habillant de leur habits sur mesure, tissé d'explosions vocales et de rythmes allègres.


Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd

Et, commençant avec Fauré, offrir une ballade Au bord de l'eau, partir au fil des flots: 
"Et seuls tous deux devant tout ce qui lasse
Sans se lasser,
Sentir l'amour devant tout ce qui passe
Ne point passer."

Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd


Partir en ritournelle puis en onomatopées, en écho et s'adoucir au temps qui passe.
Continuer avec une surprenante version de ballade dans Le ptit bois de Saint Amand avec Barbara qui serait passée par le jazz, et la chanson enfantine, fraîche et juvénile, avec force de bruitages, appeaux et boite à musique jouet d'antan et pompe à vélo.
Continuer en enchaînant avec un Cold Song presque méconnaissable car assez enjoué au début, et qui reste assez léger en définitive.
Rendre hommage aux femmes à travers le Jardin des Délices de Jérôme Bosch avec un texte tout frais, terminé la veille et plein d'allant, primesautier.

Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd


Continuer l'hommage, un peu plus grave à un fidèle auditeur par la grâce d'un rythme des îles, autre hommage à Alain Peters, musicien et poète réunionnais lui aussi disparu trop tôt, un "frère". La composition respire cependant la joie et part sur des airs dansants, bien soutenus par le violoncelle qui chaloupe. 
Et terminer par une Asturienne de Manuel de Falla qui chante la nostalgie de l'amour, le recherche de la consolation auprès du pin vert, une mélodie mélancolique, d'une voix qui se lamente doucement tandis que le violoncelle pleure et éclate de douleur.

Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd


Revenir pour un bis qui sort de derrière les fagots une superbe chanson de John Lennon Oh my love que Leïla Martial nous chante avec une grâce, une fraîcheur et une sensibilité à fleur de peau avec tendresse et amour, ne faisant presque plus qu'un avec son complice Valentin Ceccaldi qui l'accompagne avec la même douceur tendre et chaleureuse. Une superbe conclusion à ce concert touchant et émouvant qui prouve que la voix, même en jazz n'a pas besoin d'en faire des tonnes et que le laisser filer dans un doux filet qui nous enveloppe de son charme avec un seul instrument également carressé avec délicatesse peut provoquer des émotions incomparables et profondes.


La Fleur du Dimanche


Concert du Festival Jazzdor de Leïla Martial et Valentin Ceccaldi le11 novembre 2022 - 17h00 à l'espace Apollonia à la Roberstau

Précédent concert: 
Kuu! et Marc Ducret à JAZZDOR le 6 novembre à la Cité de la Musique et de la  Danse à Strasbourg: 

Et le concert d'ouverture du Festival : 

mercredi 9 novembre 2022

Au TNS: Berlin mon garçon - Un seul être vous manque et tout peut changer, mon amour

 Il s'en est fallu de peu pour que la pièce de Marie NDiaye Berlin mon garçon commandée par Stanislas Nordey, après deux essais ratés fasse faux bond une troisième fois sur la grande scène du TNS. Et cela aurait été dommage. Car cette pièce est un plaisir autant esthétique que littéraire. Et, ce qui ne gâte rien, c'est aussi un plaisir intellectuel et une joie de voir ces comédiens faire prendre corps à la langue de Marie Ndiaye. 

 

Berlin mon garçon - Marie Ndiaye - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le décor, d'une simplicité extrême est en fait constitué d'un énorme écran au fond sur lequel défilent les images qui permettent de situer la scène: l'aéroport de Berlin où arrive la mère, puis le taxi et cet ensemble d'habitation Corbusierhaus conçu par Le Corbusier (qui a renié la version finale) mais dont les vues sont magnifiques et se positionnent impeccablement selon le jeu des acteurs. Et que la lumière de Philippe Berthomé qui éclaire la scène et les comédiens marie très finement pour donner la bonne ambiance. Et, lorsque l'on se retrouve à Chinon, dans la librairie "familiale", la scénographie,, et le décor symbolique d'Emmanuel Clolus garde la même force et sobriété, tout en restant inventif.


Berlin mon garçon - Marie Ndiaye - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Fernandez

Pour ce qui est des prises de vues de ce bâtiment hautement symbolique de Berlin qu'est le Corbusierhaus, elles imprègnent l'imaginaire de plein d'histoires et sont un peu un contrepoint au "rêve" de Berlin qui sous-tend la pièce, cette ville-phare où la jeunesse peut se retrouver en pleine liberté et fête sans fin. Cet imaginaire de bâtiment des années 50 "enveloppe" d'ailleurs le personnage de Rüdiger (un prénom qui renvoie autant au personnage des Nibelungen, qu'a un prénom vieillissant - tout comme la construction de Le Corbusier). Personnage surprenant et mystérieux, impeccablement interprété par Claude Duparfait, qui évolue tout au long de la pièce, mais toujours en porte-à-faux. Ce personnage et le bâtiment, et ses oiseaux, les "choucas" qui l'environnent ont une fonction et une influence duelle (d'oiseau "espion", en ami) sur la mère, qui, elle aussi va faire son chemin et changer, arriver à une position à laquelle on ne s'attend pas.  


Berlin mon garçon - Marie Ndiaye - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Fernandez


Saluons la mise en scène de Stanislas Nordey au service du texte et la qualité de jeu d'Hélène Alexandridis qui passe de cette attitude fermée et hostile à une libération totalement maîtrisée et sans familiarité. Nous avons aussi un très beau couple de théâtre avec le père, Lenny (imposant Laurent Sauvage) et sa mère Esther (puissante Anne Mercier) dans un duo fusionnel et toxique. Saluons le texte da Marie Ndiaye, nullement naturaliste, qui arrive à créer cette ambiance avec une langue riche et vivante, qui commence avec des anaphores (il semble que c'est une figure de style très prisée dans le théâtre dernièrement) "Voici donc cette ville..." tout en jouant, très souvent sur des discours parallèles qui rebondissent d'un personnage à l'autre et qui remplace le" dialogue", et qui à l'extrême fait parler un personnage avec la parole de l'autre (le fils pour sa mère justement). 


Berlin mon garçon - Marie Ndiaye - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ce texte mouvant, tout comment le fil de cette histoire où l'on nous "promène" de Berlin à Chinon, faussement à Munich pour suivre la piste perdu de ce "garçon" qui a refusé de l'être, et qui fait planer une lourde et mystérieuses menace sur la pièce. Le mot qui a été à l'origine du livre, le point de départ, c'était "terrorisme"  et ce qui émerge, ce sont les concepts de "disparition" et de "responsabilité", sous forme de question sous-jacente. Et c'est toute la force de cette pièce de nous laisser en alerte face à cette quête qui se double d'une enquête, pour se retrouver soi-même et son propre destin.


La Fleur du Dimanche


Berlin mon garçon


Au TNS du 9 au 19 novembre 2022


Texte Marie NDiaye*
Mise en scène Stanislas Nordey
Avec
Hélène Alexandridis
Claude Duparfait*
Annie Mercier
Mélody Pini
Sophie Mihran
Laurent Sauvage*
Collaboratrice artistique Claire ingrid Cottanceau
Scénographie Emmanuel Clolus
Lumière Philippe Berthomé
Son Michel Zurcher
Costumes Anaïs Romand
Vidéo Jérémie Bernaert
*Claude Duparfait, Marie NDiaye et Laurent Sauvage sont artistes associé·e·s au TNS.
Production Théâtre National de Strasboug
Le texte est publié aux éditions Gallimard dans le recueil Trois pièces de Marie NDiaye.
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS.
Spectacle créé le 16 juin 2021 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

mardi 8 novembre 2022

Sylvain Riéjou à Pôle Sud: Je pense la danse, nu comme avant

 Sylvain Riéjou est un danseur qui ne s'intéresse pas qu'à son corps... et à la danse. Il cherche aussi à s'interroger sur toute démarche de création, ce qui lui a fait faire un chemin à rebrousse-poil avec son précédent spectacle "Mieux vaut partir d'un cliché que d'y arriver". Et pour celui qu'il présente à Pôle Sud : "JE RENTRE DANS LE DROIT CHEMIN (QUI COMME TU LE SAIS N’EXISTE PAS ET QUI PAR AILLEURS N’EST PAS DROIT)", une sorte de dyptique du précédent. Il surfe autant sur la réflexion philosophique (en citant Jean Jacques Rousseau dans Les Confessions: "Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme ce sera moi.") que sur une enquête policière avec ce titre tiré du livre de Fred Vargas Un lieu incertain. 


Je rentre dans le droit chemin... - Sylain Riéjou - Pôle Sud - Photo: Caroline Ablain 


Il se livre donc face à nous, sur scène à un auto-interrogatoire, où, avec les "Pourquoi?" et les "Comment?" il pose les mobiles du crime spectacle et les raisons de "pourquoi il n'est pas nu sur scène" et "pourquoi lui (et les autres) sont nus sur scène" et comment il va y arriver: sa démarche, c'est-à-dire les différentes étapes par lesquelles il va passer pour réussir cet exploit, inhabituel et gênant - pour lui et le public - d'être nu sur scène. Et également de danser nu, ce qui est en fait l'objectif ultime - et le summum du plaisir qu'il partage avec le public. Parce que c'est cela également l'objectif: le plaisir que l'on donne au public grâce à une création, un spectacle. Ce n'est pas que cela bien sûr, danser cela peut être aussi souffrir et offrir un spectacle c'est aussi sortir le spectateur de sa quiétude. C'est d'ailleurs cela qu'il va faire, avec une bonne dose d'humour et de tact, notre danseur-conférencier, après avoir expliqué - et mis en application son "introduction" à la nudité en nous bousculant gentiment dans nos fauteuils rouges dans une ingénieuse et surprenante gradation. 


Je rentre dans le droit chemin... - Sylain Riéjou - Pôle Sud - Photo: Caroline Ablain


Et en se servant de l'outil vidéo qui est un écran supplémentaire entre le nu et la salle. Mais qui, avec Sylvain Riéjou est aussi un moyen d'expression et un formidable outil de création qu'il maîtrise parfaitement. La preuve déjà dans le très pointu dialogue entre lui et son double (sans compter ses quintuples clones pour la recréation d'une pièce de Boris Charmatz) à l'écran. Dialogue tellement intime qu'il en arrive à ne faire plus qu'un avec son image (un grand bravo à Emile Denis à la vidéo).  De la même manière, les effets de lumière et d'éclairage le transformant lui, danseur sur la scène en une illusion de personnage de clip de vidéo-danse sont également très réussis. Tout comme la partie "Danse picturale" de sa conférence à proprement parler qui rend bien compte, illustre littéralement, les références artistiques de l'histoire du nu dans l'histoire de l'Art. Cette conférence, qui s'appuie sur une série d'émissions de radio de Marie Richeux sur France Culture intitulées "Pas la peine de crier" traitant le thème de "La nudité" (en 2013), permet un balancement équilibré entre la danse et la réflexion, entre l'humour et la culture, entre l'auto-interrogation et la mise à distance. S'intéressant à la politique, à l'histoire de la danse ou au renoncement - un sujet autour de Saint François d'Assise, un peu trop dépouillé de sa matière à mon avis, mais une question bien symbolique, justement, pour un artiste, ce qui aurait pu apparaître comme un spectacle de strip-tease ou une provocation choquante est en définitive une réflexion salutaire et plaisante sur, justement ce qui peut être choquant ou pas, vulgaire ou pornographique. Et répond bien à la question du "mobile", de la cause qui a initié ce parcours, à savoir pourquoi une vidéo de création de l'artiste a été censurée alors qu'en face, les images aguichantes ou choquantes sont librement accessibles et servent très souvent comme "appât" dans les publicités.  Dansant la problématique et pensant la danse, Sylvain Riéjou se joue de ce problème épineux dans un spectacle "enlevé" où il se découvre en se regardant "nature".


La Fleur du Dimanche

dimanche 6 novembre 2022

Kuu! et Marc Ducret à JAZZDOR: La rencontre de la lune rock-jazz et de Lady Macbeth entre jazz et contemporain

Je disais, pour le premier concert du festival JAZZDOR, que les frontières s'étaient (r)ouvertes - les salles aussi, et elles sont pleines - et que les musiciens peuvent à nouveau voyager. Et le public a - enfin - de nouveau accès aux spectacles. Le projet de Marc Ducret, Lady M, en deuxième partie de soirée, "nous l'attendons, selon les dires de Philippe Ochem, le directeur du festival, depuis 2019". 

La première partie de cette soirée dans le magnifique auditorium de la Cité de la Musique et de la  Danse à Strasbourg, est assurée par le cosmopolite groupe Kuu! qui prouve lui aussi que la musique n'a pas de frontières. A l'initiative de la Serbe, Jelena Kuljic, qui a rassemblé rien que deux guitaristes, le Finlandais Kalle Kalima, d'où le nom du groupe, qui signifie Lune en finnois, et l'Allemand Frank Möbus, deux virtuoses, auxquels s'est joint l'encore jeune et talentueux (et multiprimé en Allemagne) Christian Lillinger. 


JAZZDOR 2022 - Kuu! - Kuljic - Kalima - Möbus - Lillinger - Photo: lfdd


Ce n'est pas seulement le groupe qui "saute les frontières'', mais la soirée même est sous le signe de la coopération transfrontalière dans le cadre de Jazzpassage avec l'équipe du KulturBüro d'Offenbourg, où se dérouleront les concerts du Festival le jeudi 10 et le dimanche 13 novembre. La soirée démarre sur les chapeaux de roues, le fiévreux Christian Lillinger faisant résonner sa grosse caisse alors que les comparses ne sont pas encore positionnés et que le discours d'introduction est à peine terminé. Il part sur un train d'enfer, dans lequel rentre sans problème la chanteuse Jelena Kuljic dans une interprétation bien rock-jazz accompagnée, encadrée même par ses deux comparses guitaristes. 


JAZZDOR 2022 - Kuu! - Kuljic - Kalima - Möbus - Lillinger - Photo: lfdd


Sans se fatiguer, elle enchaîne une chanson plus cool puis un "parlé-chanté" et à nouveau calme le jeu avec une chanson douce. Sa voix, claire et limpide, superbe et sa diction impeccable pourrait permettre aux anglophones de suivre ses récits qui semblent bien engagés. On sent son talent de comédienne, activité qu'elle partage avec la musique. De temps en temps, elle joue d'effets avec son boitier électronique. Le batteur lui, fait quelques percussions et bruitages avec un entonnoir ou une sourdine. Mais la plupart du temps, ce virtuose de la baguette nous offre une rythmique impressionnante, entre les lourds battements de la grosse caisse et la variété de ses caisses et de ses cymbales et quelques frappes de balais. 


JAZZDOR 2022 - Kuu! - Kuljic - Kalima - Möbus - Lillinger - Photo: lfdd


Les deux guitaristes posent un accompagnement magnifique à la chanteuse, avec des changements de rythme aussi et de temps en temps des duos avec elle, où la guitare joue les notes de la chanson. Le style est bien varié, entre le rock presque punk et du jazz plus cool, et du free-jazz à une style à la Zappa au féminin. Une belle découverte que nous devons au festival.


Lady M


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


Après un entracte technique, la deuxième partie de la soirée voit la présentation du projet de Marc Ducret, Lady M, un "opéra de chambre". Et l'on comprend le partenariat également avec le Festival Musica (il y a eu lors du dernier festival deux concert qui ont vu la participation de JAZZDOR: Eve Risser et l'innénarrable Joëlle Léandre).


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


C'est effectivement un véritable grand orchestre de chambre - huit musiciens - qui sont sur scène avec Marc Ducret qui installe avec sa guitare posée quelques résonnances qui plombent l'atmosphère, en prévision de ce monologue de Lady Macbeth qui va être chanté par Rodrigo Ferreira, superbe contre-ténor à la  tessiture généreuse. 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


Il nous offre de très belles notes de haute-contre et nous surprend te temps en temps avec sa voix grave. Le texte sera chanté ensuite par Léa Trommenschlager (dont nous avons déjà pu apprécier la qualité vocale de soprano dans des concerts de Lovemusic) et pour finir les deux chanteurs prendront en charge la partition écrite par Marc Ducret. 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


La partition donne également une belle part à l'ensemble de chambre, quelquefois en totalité, mais aussi à des duos ou des dialogues de duos - comme la belle bataille entre le duo batterie (Sylvain Darrifourcq) - contrebasse (Bruno Chevillon)  et violon (Régis Huby) - saxophone (Liudas Mockunas). 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


De superbe solos  - ou accompagnement de la voix également, avec la trompette de Sylvain Bardiau ou la magnifique clarinette de Catherine Delaunay dans un éblouissant duo avec la soprano, ou encore le trombone de Samuel Blaser. 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


Marc Ducret, bien sûr s'offre de superbes passages, soit en solo ou avec l'orchestre et rythme et dirige cet opéra, petit par la taille mais cependant impressionnant par le résultat. Nous pouvons ainsi apprécier la diversité de ses styles de jeu sur ses deux guitares autant que sa capacité de compositeur, véritable homme-orchestre qui nous offre ce petit bijou d'opéra d'un peu plus d'une heure.



La Fleur du Dimanche


  

vendredi 4 novembre 2022

JAZZDOR 2022: Les frontières (du Jazz) sont ouvertes avec Holland, Potter, Loueke et Harland

 Le Festival JAZZDOR pour sa trente-septième édition ouvre avec la première date de la tournée européenne du quartet Holland, Potter, Loueke, Harland. Le festival qui propose une grosse vingtaine de concerts à Strasbourg, en Alsace et même en Allemagne, dont quelques-uns gratuits reçoit, maintenant que les frontières se sont (un peu) rouvertes cette superbe formation avec un programme Aziza que ce dynamique quatuor garde au chaud depuis 2016, ayant déjà, cette année-là enregistré un disque éponyme. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Le titre  de la soirée n'est pas un hommage à Daniel Balavoine mais fait référence à une divinité d'Afrique de l'ouest, une déesse ou une fée bienfaisante et protectrice. C'est tout naturellement Lionel Loueke, né au Bénin, n'ayant commencé à jouer de la guitare qu'à 17 ans - il chantait et faisait des percussions - quand il est parti en Côte d'Ivoire étudier à l'Institut et reparti à 21 ans à Paris à American School of Modern Music. Il démarre avec Aziza (qu'il a composé), tout seul marquant le rythme sur sa guitare magique qui pulse et danse en transe. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


A la batterie, la plus jeune recrue du groupe, l'Américain Eric Harlan qui a joué avec les plus grands du jazz (McCoy Tyner, Dave Holland, Joshua Redman, et Charles Lloyd) le rejoint discrètement, suivi par un accompagnement tout aussi discret de Dave Holland puis le son grave du saxophone ténor de Chris Potter pour une belle ballade africaine. Le deuxième titre, plus enlevé voit Chris Potter avec ses deux saxophones le ténor et le soprano nous emmener dans des envolées vers les aigus alertes. Une autre pièce, rapide et chantante nous propose encore une autre atmosphère. Et celle où il traite le son de son saxophone avec une très grande douceur, entre la clarinette et le hautbois, on se croirait dans un concert de musique classique...


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Les compositions de l'un et de l'autre des musiciens se succèdent, tout comme les dialogues entre eux et les petits soli que chacun s'offre. Dave Holland, hiératique et majestueux à sa contrebasse, des kilomètres de rythme inventif  avalés depuis qu'il s'est fait remarquer (et embarquer) par Miles Davis en 1968 après avoir commencé la basse en autodidacte puis rejoint la scène de la musique improvisée à Londres, est également un magicien du rythme et du son. Ses mélodies de basse tournoient et donnent le ton, plus ou moins rapide. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Lionel Loueke sur son tapis avec ses sneakers rouges psalmodie en silence les notes qu'il joue sur sa guitare, joue aussi à l'économie, même si on sent la force qui de temps en temps déborde de son corps agile. Et curieusement aussi, on entend des réminiscences des sons milesdavisisiens, bien qu'il n'ait jamais joué avec lui. Dans ce groupe, presqu'autogéré, chacun a droit à sa composition et son tour de piste, passant d'une composition un peu plus douce à un jeu ragaillardi. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Après plus d'une heure de concert, le dernier morceau, Sleepless Night est annoncé. Composé également par Lionel Loueke, plus électrique et plus rapide, il démarre par une guitare nerveuse, frappée avec rythme suivi par la batterie énergique d'Eric Harland qui nous offre un superbe solo de batterie époustouflant.


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


La salle, comble, est conquise et réclame frénétiquement un bis que le généreux quatuor offre avec délicatesse. Dave Holland nous tisse un air sur de petites touches délicates, dansant à souhait, soutenu par le saxophone soprano et bien sûr la guitare de Lionel Loueke qui clôt avec magie la soirée.


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche