dimanche 12 mai 2019

Nomophobie, Bigorexie ou Mixologie: à vous de choisir votre addiction et méfiez-vous des infox et des exits

Mai est le mois de l'Europe parait-il, le 8 par exemple est férié en France (il l'a été à partir de 1946, mais pas toujours, dans un objectif de réconciliation avec l'Allemagne) et le 9 est la journée de l'Europe pour commémorer la déclaration fondatrice de Robert Schuman le 9 mai 1950.
En France, les élections européennes ont lieu le 26 mai. J'ai même trouvé un site qui s'appelle "Le joli mois de l'Europe" avec 354 événements (mais aucun dans le Grand Est, et donc aucun en Alsace).

Je vais vous parler de frontières, de l'Europe, des nouveaux mots rentrés dans le dictionnaire et vous proposer une sélection de chansons "européennes" qui font la richesse de notre culture...

Et on ne va pas se laisser abattre, il reste toujours des fleurs à fêter, par exemple ces fleurs bleues - Iris de Sibérie:


Fleurs bleues - Photo: lfdd

Ou ces blanches: Ornithogale en ombelle


Fleurs blanches - Photo: lfdd

Ou ces rouges:


Fleur rouge - Photo: lfdd


Bon, n'allez pas dire que je fais du patriotisme floral, je suis plutôt supporter de l'ouverture des frontières. A ce propos, j'aurais publier le 8 mai un texte qui ravive les mémoires. Parce que je me dis que ceux qui se plaignent de l'Europe ou qui souhaiteraient un brutal "exit" sont dans cet état d'esprit parce qu'ils n'ont pas de mémoire, qu'ils ne se souviennent pas du temps, pas si lointain où l'on avait des contrôles aux frontières, qu'il fallait faire la queue et montrer ses papiers, que pour certains pays qui font partie de l'Europe aujourd'hui, il fallait un visa ou un passeport, que l'on était obligé de changer de l'argent pour payer - quand on achetait une glace en Allemagne il fallait des Deutschmarks, un expresso en Italie, des Lires, de l'essence ou des cigarettes en Belgique ou au Luxembourg, des Francs de ces pays, et toutes sortes de tracasseries équivalentes... 


Les frontières tuent

A ce propos, le premier TVA vous permettra de vous souvenir qu'il y avait des pays européens où il y avait, il n'y a pas si longtemps, une dictature. Souvenez-vous...

Et comme le dit l'écrivain Antonio Munoz Molina dans le Monde du 5 mai:
"Je me rappelle quand je n’étais pas européen. Je me rappelle m’être senti enfermé dans un pays qui semblait en marge du monde; avoir senti que j’étais né avec une malchance ou un handicap qui n’existaient pas au-delà de la frontière nord de mon pays; avoir désiré comme un rêve chimérique ce qui, de l’autre côté de cette frontière et tout du long d’un continent, était la vie normale: la liberté de se déplacer ici et là, de lire ce qu’on avait envie, et de voir des films, de choisir même ses représentants politiques et de leur demander des comptes sur leur action.
Je me rappelle avoir vécu une délégation de vie, une vie hypothétique qui n’était pas là où je vivais mais loin, toujours très loin, dans les pays où l’on publiait le plus normalement du monde les livres qui nous étaient interdits, où dans les rues pouvaient flotter au vent des banderoles et des drapeaux, ce qui, dans mon pays, aurait conduit en prison celui qui aurait osé les brandir.
Je me rappelle avoir atteint pour la première fois la frontière française à bord d’un train de nuit, être descendu du train dans l’obscurité et le froid, avoir présenté mon passeport, le premier que j’utilisais dans ma vie, avoir attendu, un peu effrayé, tandis que le gendarme l’examinait et m’observait, moi."...
...
..


Extrait- Antonio Munoz Molina

Cette gare à la frontière, c'était Portbou, la ville où Walter Benjamin s'est suicidé en 1940 en essayant de fuir le régime nazi.


Extrait- Antonio Munoz Molina

Dans certains pays, les frontières se revêtent à nouveau de barbelés, l'Europe qui se construit ne se construit pas toute seule. Cette Europe où "les citoyens jouissent de droits tangibles qui n'existent nulle par ailleurs", elle ne se fait pas toute seule. Il ne suffit pas d'attendre que tous ces changements se passent, ils peuvent aussi faire marche arrière. 


Extrait - Antonio Munoz Molina

Il faut se bouger:


Extrait - Antonio Munoz Molina


Se bouger, mais attention à la bigorexie....


Ce terme, bigorexie est entré dans la dictionnaire Larousse cette année avec 150 autre mots. Je vous en fais une patite "Revue de presse", à vous d'en tirer les remarques sur la manière de traiter l'information selon les supports.
Je vous laisse aussi deviner ou chercher les sens de ces nouveaux mots... 

Pour bigorexie, je vous aide:  addiction au sport, aussi appelée sportoolisme

Et je vous demanderai de savoir ce que signifie "dédiésélisation". Est-ce que cela a avoir avec la perte des repères religieux ou moraux? Ou les Gilets jaunes

Allez, un peu de lecture-culture:

20 minutes: Survivalisme, cryptomonnaie...
La Dépêche: Divulgâcher», «survivalisme», «locavorisme»
Les Echos: Cryptomonnaie, ubériser, darknet… 
Le Figaro: Smicardisation, Ubériser, Inclusif, Divulgâcher
Le Monde:  Adulescence, divulgâcher , bore-out, klouker,
"Klouker" (verbe venu de Bretagne pour "se goinfrer") trop de "dagoberts" (sandwich" en Belgique) vous laissera « gonfle » (adjectif provençal pour « rassasié »). Pour les personnes qui aiment faire la fête, on adoptera le mot belge "sorteur". Le "taxieur" (chauffeur de taxi) vient d’Algérie et si l’on est cycliste gare au québécois "emportiérage" (percuter un cycliste en ouvrant sans précaution une portière).
Le Parisien : Du « dégagisme » de Mélenchon au darknet en passant par l’écriture inclusive et la grossophobie, voici une petite sélection

L'Express: Divulgâcher, adulescence, inclusif
Le Point: De l'adulescence au survivalisme
Le Nouvel Obs: Dédiésélisation, adulescence, taxieur, dagobert… 
Valeurs actuelles:“Cyberdjihadisme”, “Fachosphère”

BFM: Bigorexie, slasheur, adulescence...  
France Inter: Charge mentale, dédiésélisation, hackaton, emportiérage
LCI: Charge mentale, klouker, bigorexie, mais aussi Griezmann et Mbappé.
Radio Canada: « Divulgâcher », « nounoune » et « charge mentale » 

Clubsandwich: "On se kloukerait pas un dagobert?": locavorisme dagobert stollen, 
ActuaLit: Antispécisme, télétravail, écocide”  Ne dites plus "fake news" mais "infox" 

DNA: Ubériser, survivalisme, charge mentale. 
"charge mentale", "divulgâcher", "fachosphère", "ubériser" ou encore "bioplastique".

Et aussi le Stollen

DNA : Le bredele entre dans Le Robert, après le Larousse
Le Petit Larousse et le Petit Robert, les deux principaux dictionnaires du monde francophone, ont présenté lundi leur millésime 2019 avec leur lot de mots nouveaux reflétant la diversité d’une langue qui ne cesse de s’inventer. Bredele qui n'est pas vraiment nouveau, ici en Alsace, entre (enfin) au dictionnaire Le Robert. Un an après avoir été admis dans Le Larousse


Pour finir en chanson, je vous propose une série de chansons en hommage aux Stolle, Bredele et autres délicatesses alsaciennes et pour finir un tour d'Europe des mixages et mélanges de culture de différentes pays.


Pour en faire le Hit-Parade, je vous mets un Numéro à chaque, à vous de me faire parvenir votre tiercé gagnant !
Merci

1. BREDELERS-BOMBOM STAND





2. Léopoldine HH - Blumen im Topf





3.Trio - Da Da Da 





4. Falco - Der Kommissar (Official Video)





5. Prinz Pi - Königin von Kreuzberg 





6. Johan Papaconstantino - Lundi





7. Johan Papaconstantino - Pourquoi tu cries?? 

 



8. Haamut – Tommy Lindgren Metropolis





9. Bratisla Boys - Stach Stach





10. CHATON - Sois pas gêné





Bon dimanche et Bonne écoute...
Et n'oubliez pas de voter - ou de proposer votre liste

La Fleur du Dimanche

P.S. Et attention aux infox !

vendredi 10 mai 2019

Jazzdor à Strasbourg: Concert Nord-Sud et Est-Ouest pour briser les frontières.

Le concert du 10 mai de Jazzdor qui a pris ses quartiers au Centre Socio-Culturel du Fossé-des-Treize se conjugue en deux parties: Nord-Sud et Est-Ouest.


Jazzdorr - Mika Kallio - Verneri Phojola - Photo: lfdd

Pour "Animal Image", nous avons bien le son mais nous avons aussi l'invitation de nous inventer l'image du film pour lequel cette musique a été créée par le duo Mika Kallio aux percussions et Verneri Pohjola à la trompette. La soirée peut commencer: Générique, gongs qui résonnent, trompette qui entonne, étonne, musique lancinante du fond des bois froids de Scandinavie, chuchottée au loin puis se rapproche pour sussurer un air à nos oreilles... Le gong crisse, la forêt s'éveille, le pic frappe l'arbre, non ce sont les percus magiques de Mika Kallio. La trompette bascule en boucles rêveuses, les percus aussi se mettent en boucle, la boite électronique habite l'espace, les sons s'envolent et se font ensorcelants. Le rythme s'accélère puis s'essouffle, non soudain il foisonne. Après un court répit, Verneri Pohjola entame une balade à la trompette, litanie lancinante, les bols tibétains résonnent, les cymbales aussi. Fulgurance de la trompette, Mika caresse les percus, une douce mélopée à la trompette, qui reprend vigueur. Aux percussions, Mika invente des ambiances mystérieuses et Verneri ne manque pas de souffle et de mélodie... La traversée du rêve s'achève dans un dernier bruissement de gong. Le voyage fut magique.
Pour en goûter un moment, je vous en offre un extrait - avec l'image.


azzdorr - Mika Kallio - Verneri Phojola - Photo: lfdd

Entracte ! 


Verneri Pohjola & Mika Kallio / Animal Image from Perttu Saksa on Vimeo.



Pour la deuxième partie, changement de décor, changement de style, changement de pays. "All Set" avec une formation Germano-franco-américaine, composée d'Ingrid Laubrock (d'origine allemande) et Stéphane Payen (le Français de l'étape) aux saxophones, et avec les Américains Chris Tordini à la basse et Tom Rainey à la batterie. Le projet est une écriture proche de la musique contemporaine, partagée à deux, Stéphane et Ingrid.


Jazzdorr -  All Set - Ingrid Laubrock - Stéphane Payen - Chris Tordini - Tom Rainey - Photo: lfdd

Le programme est en huit sets et un rappel.
Pour démarrer, les saxophones s'entremêlent, la frappe du batteur Tom Rainer est nerveuse et la pièce voit s'envoler les saxophones.
Le deuxième morceau est plus vif, rapide, on sent une très bonne entente dans le quatuor.
Pour le troisième morceau, la batterie envoie un rythme tournant, le geste de Tom Rainey est dansant, englobant, habité. Les deux saxophones se répondent en écho.


Jazzdorr -  All Set - Tom Rainey - Photo: Patrick Lambin

Un tic-tac de la batterie réveille la quatrième pièce, intermittence des saxophones et basse en réveil tendre. Le rythme se fait mélodie frappée sur les cercles des caisses - en contrepoint, accélère sans augmenter de volume, frottements, roulements, puis tout prends souffle et volume dans un dernier cri.


Jazzdorr -  All Set - Ingrid Laubrock - Stéphane Payen - Chris Tordini - Photo: Patrick Lambin

La cinquième pièce démarre par un unisson de brefs sons qui se cherchent, petite ritournelle de cirque, puis glop joyeux et endiablé.
La sixième pièce donne le premier rôle au bassiste Chris Tordini, qui nous joue une mélodie lancinante à la basse, reprise par les  deux saxophones. 

Jazzdorr -  All Set - Chris Tordini - Photo: Patrick Lambin

Pour la septième pièce, une mélodie amélodique sérielle et voyageuse nous promène en chemin de fer.


Jazzdorr -  All Set - Ingrid Laubrock - Stéphane Payen - Chris Tordini - Tom Rainey - Photo: Patrick Lambin

La huitième pièce est annoncée comme composition d'Ingrid Laubrock. Elle nous propose une fulgurance de sons qui se libèrent et s'échappent dans tous les sens.
Pour les rappels, les musiciens démontrent leur humour avec une pièce haïku de Stéphane Payen où comme dans une mini-mosaïque les sons s'assemblent et déjà la pièce est achevée.

La soirée, mémorable est appelée "All Set" en hommage à la création par le George Russell et Günther Schuller Orchestra featuring Bill Evans de la pièce "All Set" du compositeur Milton Babbitt en 1957.
Et cette soirée fut à la hauteur de cet évènement historique. Comme l'a dit en introduction Philippe Ochem, cela valait le coup d'attendre. Les musiciens étaient vraiment au top!
Entre les vagues nordiques et les compositions dodécaphoniques interprétées par un vigoureux quatuor qui jouait comme huit, le résultat était d'une très belle tenue. 
Et si vous avez raté la soirée, précipitez-vous à Avignon où elle est jouée ce samedi soir ....


Le Fleur du Dimanche 


mardi 7 mai 2019

Au TNS: Qui a tué mon Père: Interpellation des assassins

On l'attendait depuis quelques temps, la pièce d'Edouard Louis, adaptée de son livre, mise en scène et interprétée par Stanislas Nordey....
Ce dernier l'avait commandée à l'auteur en 2016 lors de la lecture de "Histoire de violence", le deuxième roman d'Edouard Louis au TNS à Strasbourg. Et la voilà, après la création le 12 mars au Théâtre de la Colline, à Strasbourg, au TNS

C'est un drame contemporain en cinq actes, un prologue et un épilogue, tragédie antique de notre époque, roman policier en un personnage et quelques allocutaires.

Dans la salle Koltès, gradinée pour l'occasion, pour donner un air d'amphithéâtre, de tribune au comédien, lorsque le rideau s'ouvre, la scène, sur le grand plateau, offre un tête à tête entre le fils et le père face à face à chaque bout de la table, table de cuisine familiale qui va permettre de déballer les sentiments, les rancoeurs, les reproches, les confessions, le linge sale et de faire le tri. Surtout d'essayer de reconstruire une mémoire heureuse, même si elle est écrasée par la violence inscrite dans l'histoire familiale, avec le grand-père ouvertement violent et le père dont la violence est sourde. Et il n'y a pas que la violence qui soit sourde, le père n'entend ni ne voit, ne veut pas voir son fils, ce qu'il est, ce qu'il devient.

Car dès le départ, le tutoiement du fils envers son père se perd et il se tourne vers le public: Le père n'écoute pas, ne regarde pas, les yeux oblitérés par ses doigts qui soutiennent sa tête lourde et pesante, le corps affalé, lourd de sa vie, de son travail, de sa souffrance, de ses maladies. Le personnage qui va raconter sa vie est venu chercher un signe de paix, d'amour, de réconciliation et l'on va assister dans un long flash-back de deux heures à la reconstruction de la vie du père.


Qui a tué mon Père - Edouard Louis - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Hernandez


Acte 1: Adoration du père, le dieu silencieux

Le fils va donc revisiter les souvenirs de jeunesse et essayer de comprendre à la fois son père, et ce que lui est devenu et comment il l'est devenu. Le bonheur du père absent, les folies de celui-ci, ses hauts-faits et ses erreurs. Quelques scènes "fondatrices" vont ainsi émerger, comme le spectacle de danse où le fils pose son rapport au monde - en dehors ou contre son père - ou "l'explosion de Noël" où se révèle à lui sa conscience sociale. Cette scène est à ce propos très intéressante concernant la construction d'une morale - ou plutôt comme perversion de la morale - de la "culpabilité". Et l'on peut la mettre en parallèle avec l'épisode du téléphone trouvé où l'on ne peut être coupable par omission, ni surtout par l'avenir auquel on est destiné. Au fur et à mesure de ces souvenirs reconstruits et égrenés, le père va prendre forme et se matérialiser, devenir une figure plus sympathique, même si d'une part on ne le comprend pas et que lui, ostensiblement ne comprend pas son fils. Ce dont ce dernier grande un grande amertume.


Qui a tué mon Père - Edouard Louis - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Hernandez

Acte 2: Meurtre rituel de la mère via le père.

Ce fils, un peu ovni dans cette famille pauvre, n'arrivant pas à s'inscrire dans la famille - on le comprend - ni dans la vie de cette petite ville que l'on imagine grâce aux images-photos entourant la scène, va dans un sursaut provoquer le meurtre symbolique du père par son frère en se vengeant de sa mère - C'est vraiment une tragédie antique qui se joue dans cette cuisine, qui a disparu derrière un mur de plastique noir ressemblant à des entrailles, des viscères, l'intérieur d'un ventre (maternel? Ou celui, paternel qui a "lâché"? ). La scène, hormis la violence brute du frère, révèle le rapport amour-haine envers la mère, traitresse mais en même temps protectrice et aimante, qui donne vie et amour mais peut tuer d'un mot, d'une expression, d'une simple constatation de la singularité de ce fils qui n'arrive pas à s'intégrer.


Qui a tué mon Père - Edouard Louis - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Hernandez


Acte 3: Du passé faisons table rase.

L'acte 2 aura permis au fils de se retrouver du côté du père, souffrant pour lui et avec lui, partageant cette violence en héritage. En même temps le passé aura été recouvert d'un linceul, les mauvais souvenirs ensevelis, un bilan et le ménage fait, une certaine distance propice aux réconciliations remet les choses et les relations dans une bonne perspective.


Acte 4: La prière du zouave Louis.

Pour cet acte, changement de ton, nous rentrons dans un registre de tendresse, de confidence, de miséricorde. Le fils devient aimable, gentil, cherche à faire son enfant prodigue. On sent une humanité et un appel à l'amour, un besoin de réconciliation, en besoin d'unité avec le père. Dans un registre presque chuchoté, de tendres paroles appellent à la paix.


Qui a tué mon Père - Edouard Louis - Stanislas Nordey - Photo: Jean-Louis Hernandez


Acte 5: Vocatif aux assassins

Pour ce dernier acte, le changement est brutal, nous pensions assiter à une réconciliation finale, mais non, coup de théâtre, l'assassin du père n'était pas seul, il a agi en groupe, et pire en groupe politique! Ce n'est pas le fils, ni le grand frère, ni l'usine, ni la vie dure de la province qui a achevé, mené à bout, le père, non... Les assassins courent toujours, on ne les accuse même pas, ni pour leurs actes, ni pour leurs fausses promesses. Dans un plaidoyer violent, le fils interpelle, avec preuves à l'appui ceux qui ont tenté de tuer son père en lui ôtant les moyens de vivre dignement, d'empêcher sa dégradation, la perte de ses moyens, les remèdes pour se soigner: les médicaments déremboursés, l'obligation de travailler alors qu'on favorise le licenciement, la réduction des aides familiales et pour les logements, la honte de sa situation et de la fainéantise. Et le fils interpelle, apostrophe, crie au ciel les noms des assassins, "Chirac, Sarkosy, Bertrand, Hollande, El Khomri, Vals, Macron" qui promettent et en même temps qu'ils assassinent violemment ou à petit feu les pauvres, les sans-moyens, le peuple. Ce peuple qui trouve normal ce qui lui arrive, comme en témoigne Edouard Louis dans le livret du spectacle en citant son beau-frère.

On sort du spectacle un peu sonné, bousculé, ne sachant pas trop s'il faut saluer la performance de l'acteur Stanislas Nordey qui a bien réussi ce que sa collaboratrice artistique Claire ingrid Cottanceau notait comme mission "Pour "Qui a tué mon père", l'abandon, le lâcher-prise était un de mes objectifs dans l'accompagnement de Stanislas-acteur" ou la liberté de l'auteur Edouard Louis de prendre la scène comme tribune politique au sens historique du terme. Et là on se demande ce que nous allons faire après... La question reste ouverte. 
   

La Fleur du Dimanche


QUI A TUÉ MON PÈRE
Jusqu'au 15 mai au TNS

Béthune du 9 au 11 octobre 2019 à la Comédie de Béthune
Orléans le 22 janvier 2020 au CDN d'Orléans
Lausanne (Suisse) du 25 au 28 janvier 2020 au Théâtre Vidy – Lausanne
La Roche-sur-Yon les 5 et 6 mai 2020 au Grand R – Scène nationale de la Roche-sur-Yon

Villefranche-sur-Saône le 13 mai 2020 au Théâtre de Villefranche

PRODUCTION
Texte Édouard Louis
Mise en scène Stanislas Nordey
Collaboratrice artistique Claire ingrid Cottanceau
Assistanat à la mise en scène Stéphanie Cosserat
Avec Stanislas Nordey (distribution en cours)
Lumière Stéphanie Daniel
Scénographie Emmanuel Clolus
Composition musicale Olivier Mellano
Création sonore Grégoire Leymarie
Clarinettes Jon Handelsman
Sculptures Anne Leray et Marie-Cécile Kolly

Production Théâtre National de Strasbourg
Corpoduction La Colline – théâtre national (en cours)

Création le 12 mars 2019 à La Colline – théâtre national

Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS.
D’après le livre Qui a tué mon père d’Edouard Louis.

Le texte est publié aux éditions du Seuil. Tous droits réservés.

lundi 6 mai 2019

Festival Arsmondo: Maria de Buenos Aires à l'Opéra National du Rhin: Triple Salto d'Amor

Le Festival Arsmondo qui touche presque à sa fin (ne vous inquiétez pas, il reste une demi-douzaine de manifestations jusqu'à mi-mai...) s'est étoffé cette année avec plus d'événements sur une durée plus longue - au point que l'on se pose la question de l'intitulé "festival".
Il reste quelques rencontres littéraires (dont le 13 mai un hommmage aux éditions Métaillié et le 17 mai au Conservatoire National de Région à Strasbourg un Concert-Lecture avec Stanislas Nordey et L'ensemble Accroche Note avec des textes de Jorge Luis Borges et quatre Traces de Martin Mattalon.
Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vue, dépêchez-vous d'aller voir, à la Galerie Aedaenl'exposition "Perro Callejero" (chien errant) des dessins de Fantine Andres qu'elle a réalisés lors d'une résidence à Buenos Aires. 

Et surtout, allez voir "Maria de Buenos Aires" (jusqu'au 10 mai à Strasbourg, le 16 et 17 à Colmar), l'Opéra-Tango d'Astor Piazziolla et d'Horacio Ferrer.


Maria de Buenos Aires - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupenay

Cet "Operita en deux parties" dont la création date de 1968, d'avant l'arrivée à la célébrité du "Roi du tango" du XXème siècle Astor Piazzola est une pièce triple, mêlant musique, danse et théâtre. A l'occasion du festival Arsmondo, elle a été créée dans une chorégraphie de Mathias Tripodi avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin sous la direction de Bruno Bouché et l'Orchestre La Grossa - Orchestre Tipica de la Maison Argentina, l'un des orchestres de tango les plus importants de France sous la direction de Nicolas Agullo. Ana Karina Rossi interprète Maria face au ténor Stefan Sbonnik et à Alejandro Guoyot, le récitant El Duende.


Maria de Buenos Aires - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupenay

La partition de Piazzolla mêle savamment des airs dansants et des chansons avec une partition naviguant entre orchestre de chambre à la limite du baroque et la musique populaire inscrite dans une tradition du pays, de la ville de Buenos Aires même et une élévation plus savante dans la virtuosité du compositeur qui réinvente et rehausse le genre. Car la pièce est ce savant mélange de cette histoire d'amour et de mort - et de renaissance continuelle - de Maria qui personnifie à la fois le Tango et la ville de Buenos Aires.
Autant la musique que le décor et l'ambiance procèdent de cet univers plus ou moins souterrain, sombre et pluvieux - il pleut des feuilles noires, des corbeaux - triste. Le décor, avec ses chaises abandonnées dans un coin, et les lumières, plutôt du clair-obscur, les costumes - vêtements et robes noires ou bleu nuit, ainsi que les projections des images du décor de Claudio Larrea, images de la ville, où, à part un passage un peu "art déco", l'architecture massive écrase la foule des danseuses et des danseurs et les acteur sur scène. 


Maria de Buenos Aires - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupenay

Sur scène, les mouvements d'ensemble rendent bien le grouillement de vie de la ville et la chorégraphie de Mathias Tripodi apporte une variété des figures du tango dans des déclinaisons en groupe de danseurs solitaires ou des magnifiques mouvements des bras des solistes. Le texte d'Horacio Ferrer nous conte en mode rêve éveillé, limite cauchemar, la sombre traversée de la vie de la ville de Maria en pôles opposés, de la poésie aérienne et surréaliste à du langage argotique et vulgaire (lunfardia) plein de verve. Ce serait plutôt là que se cache le côté humoristique, presque grotesque de la pièce et ses éclats de rires outrés qui joue sur les aspects subconscients et psychanalytiques de l'histoire et sa transgression de la religion. De la naissance, renaissance, vie, ratée, et mort, vie fantôme et spectre, la pièce est une longue traversée d'un monde souterrain que vient de temps en temps éclairer un air de tango ou une comptine enfantine. Car même la lumière du soleil est une blessure. 
Mais la musique et la danse transcendent cette atmosphère et la rendent supportable et même agréable.


Maria de Buenos Aires - Ballet de l'Opéra National du Rhin - Photo: Agathe Poupenay


La Fleur du Dimanche


Maria de Buenos Aires - Ballet de l'Opéra National du Rhin

Strasbourg du 6 au 10 mai
Colmar le 16 et 17 mai

Distribution
Chorégraphie, décors : Matias Tripodi
Direction musicale : Nicolas Agullo
Assistante à la chorégraphie : Xinqi Huang
Costumes : Xavier Ronze
Lumières : Romain de Lagarde
Projections scéniques (photographies) : Claudio Larrea
Les Artistes
Maria : Ana Karina Rossi
Ténor : Stefan Sbonnik
El Duende : Alejandro Guyot
Ballet de l'Opéra national du Rhin, La Grossa - Orchestre Tipica de la Maison Argentine
Violon solo : Federico Sanz
Bandonéon solo : Carmela Delgado

mercredi 1 mai 2019

Anémone pulsa-t-elle vers les étoiles.... ?

Premier mai, le temps défile, et les étoiles filent, les anémones pulsatiles aussi...


Anémone pulsatile du Jardin Botanique de Strasbourg - Photo: lfdd

Une autre Anémone s'est enfuie et comme le dit Julos Beaucarne "Ce n'est plus le temps des lilas"


Ce n'est plus le temps des lilas 
Ferme au grand vent la porte 
Quatre roses se meurent là 
Où tant d'autres sont mortes 
...


Anémone pulsatile du Jardin Botanique de Strasbourg - Photo: lfdd

Autre hommage de la part du poète Jacques Douai à la fleur:

Paroles de Sirène - Anémone

Qui donc pourrait me voir
Moi la flamme étrangère
L’anémone du soir
Fleurit sous mes fougères

Ô fougères mes mains
Hors l’armure brisée
Sur le bord des chemins
En ordre sont dressées

Et la nuit s’exagère
Au brasier de la rouille
Tandis que les fougères
Vont aux écrins de houille

L’anémone des cieux
Fleurit sur mes parterres
Fleurit encore aux yeux
À l’ombre des paupières

Anémone des nuits
Qui plonge ses racines
Dans l’eau creuse des puits,
Aux ténèbres des mines

Poseraient-ils leurs pieds
Sur le chemin sonore
Où se niche l’acier
Aux ailes de phosphore

Verraient-ils les mineurs
Constellés d’anthracite
Paraître l’astre en fleur
Dans un ciel en faillite

En cet astre qui luit
S’incarne la sirène
L’anémone des nuits
Fleurit sur son domaine.


 


La fleur en pleure ...


Anémone pulsatile du Jardin Botanique de Strasbourg - Photo: lfdd

En complément de TVA, quelques extraits du livre d'Albert Strickler "Le coeur à tue-tête - Journal 2018" qui vient de sortir et qu'il présentera samedi  4 mai à 15h00 à la Librairie Kléber à Strasbourg

18 juillet
Parfois la vie nous fait exploser comme une rose à son paroxysme ; ses pétales gisent autour d’elle en une odorante litière de velours déchiré. Célébrer tout ce qui reste en s’évanouissant si vite !

4 août
Assis dans un transat sur le pont du Titanic, nous aimons croire que l’iceberg au loin n’est qu’un grand nuage blanc !

6 août
À une heure, le clavier résonne sous le ciel. Le firmament est magnifique. Je pense au mot de Victor Hugo : « Dieu est un milliardaire d’étoiles. » Je suis moi pauvre en sommeil mais je continue à flamber comme si j’étais propriétaire de la voie lactée tout entière. Je m’allonge sous la voûte en effervescence, de temps à autre le dieu des merveilles crache une étoile filante…


Et pour faire un peu "poil à gratter", deux liens sur deux articles (en anglais, désolé pour les non-anglophones), le premier annonçant le début de la fin des "belles images" d'Instagramm 

"The Instagram Aesthetic Is Over" dans The Atlantic:
https://www.theatlantic.com/technology/archive/2019/04/influencers-are-abandoning-instagram-look/587803/

Et le deuxième, dans The Guardian "How to be best friends for ever: don't cancel, fight like siblings and make new memories" qui parle du "meilleur ami" et qui dit que ce n'est pas une personne, mais un "tiers", un être changeant.. 
https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2019/apr/27/how-to-be-best-friends-for-ever-dont-cancel-make-new-memories?CMP=twt_gu&utm_medium=&utm_source=Twitter#Echobox=1556379411

Et pour finir en chansons, autres, deux chansons de Michelle Blades -  Kiss me on the mouth et Time and Water:





Et pour rester sur la plage, Fat White Family - Whitest Boy On The Beach qui risque de choquer quelques-uns...




Bonne lecture, bonne écoute et bon défilé...

Bon premier mai et beaux jours  à venir

La Fleur du Dimanche