vendredi 13 janvier 2023

Hôtel Proust de Mathias Moritz au Maillon: Une madeleine au goût explosif

 Le théâtre, on peut dire que Mathias Moritz est tombé dedans tout petit. A 12 ans, grâce à un ami de ses parents, il assiste à ses premiers spectacles au Maillon. Et il découvre le théâtre de Mathias Langhof, Claude Régy et, avant sa reconnaissance internationale, Romeo Castellucci qui le fascine et le secoue. A dix huit ans il monte en autodidacte plusieurs pièces par an au Molodoï à Strasbourg, une salle autogérée où il expérimente la mise en scène et met en scène, entre autres, Rodrigo Garcia et Sarah Kane à côté des classiques. A 23 ans, il fonde la troupe Dinoponera/Howl Factory, qui sera pendant quelques années une troupe professionnelle avec une vingtaine de pièces et en 2001 il présente Chalumeau(X), la première pièce de sa Trilogie sous (X) Chalumeau(X) à la Comédie de l’Est de Colmar à l’occasion du festival Premiers actes. L'année d'après, toujours dans le cadre de ce festival, Antiklimax (X) de Werner Schwab est montré au Maillon à Strasbourg. Ils se sont aussi frottés à Buchner (avec Woyzeck et La mort de Danton), Flaubert (Madame Bovary), Fassbinder, Shakespeare (Du sang aux lèvres, adaptation Riad Gahmi))  et bien d'autres. 


Hôtel Proust - Mathias Moritz - Antoine Descanvelle - Photo: Vincent Muller


En 2019 après sa "trilogie sous (X)" il passe à une nouvelle aventure théâtrale avec la création de la compagnie Tongue (langue en anglais) et Hôtel Proust, présenté au Maillon en est le premier spectacle. Le décor, censé représenter un hôtel de grand Luxe (clin d'oeil à Sarah Kane), avec ses marches et son tapis rouge, ses lampadaires dorés, qui est en chantier est le lieu de rencontre d'une demi-douzaine de personnages qui vont de la clocharde à l'homme d'affaire richissime qui connait toute la jet, an passant par un comédien qui se fuit lui-même, un chanteur obsédé et qui doute et une femme politique qui ne trouve qu'obstacles et opposition sur son chemin. Un majordome, une star du X (ou équivalent) et le tenancier d'un cabaret chic (chez Françoise où l'on trouve l'"Amour)  vont se croiser ou nous révéler des moments de leur vie au gré de différents tableaux montés comme des numéros de revue, virtuose. Le texte d'Antoine Descanvelle (compagnon de la compagnie depuis quelques années), est une petite prouesse d'écriture, entre accumulation et variation, catalogue d'expressions et épuisement du vocabulaire.  


Hôtel Proust - Mathias Moritz - Antoine Descanvelle - Photo: Vincent Muller


Il est l'occasion d'une mise en scène nerveuse, hoquetante, où les comédien.ne.s passent d'un épanchement verbal sans fin à des brusques rebonds d'un personnage à l'autre, tout en gardant une tension tout au long des presque deux heures de spectacle. On passe de l'alopécie au sexe oral, d'un stylo tombé au "roi du plastique", du ballet au balai, occasion du ménage au chien, de l'envol à l'étouffement. Nous assistons à des bribes de vie, des morceaux de mémoire ressurgies de l'année 1995, dans cet hôtel, occasion de rencontres insolites et ferment de confidences. On y parle de personnes célèbres en les nommant par leur prénom: Bernard (-Henri L.), Dominique (S.K.), Alain (J.), Corinne (L.). L'histoire avec un grand H s'y joue dans la familiarité des échanges, de la guerre en Yougoslavie à la pollution, en passant par des injures misogynes au Parlement ou des appels téléphoniques intempestifs. 

 

Hôtel Proust - Mathias Moritz - Antoine Descanvelle - Photo: ??


La mise en scène oscille entre théâtre panique et séries comiques britanniques à la Benny Hill saupoudrés de quelques scènes de stand-up qui vont chercher autant dans le dramatique que le scatologique. La pièce nous dit que "la magie existe", mais elle se décline aussi dans une violence dont nous ne sortons pas indemne. Et j'emprunte à l'interview de Mathias Moritz par Alain Walther en 2017 sa réponse à la conception du théâtre à laquelle il semble toujours adhérer, même s'il a rajouté un peu plus d'humour dans ses pièces:  

"Le théâtre est une fenêtre sur le monde, disait Sarah Kane. Je complète en disant que j’invite alors les spectateurs à se jeter avec nous par cette fenêtre. Je ne dis pas que la chute sera agréable, mais au moins nous atterrirons au même endroit."

Et on ne peut pas le contredire quand, après avoir diffusé un "adieu" d'un président an ouverture de la pièce, il ouvre une fenêtre sur l'actualité du jour (le 13 janvier 2023 (trente ans après) avec le journal de France Inter qui annonce les mouvements sociaux à venir". 


La Fleur du Dimanche





Au Maillon le 12 et 13 janvier 2023
 
Mise en scène : Mathias Moritz
Texte : Antoine Descanvelle
Avec : Frédéric Baron, Débora Cherrière, Claire Rappin, Lucas Partensky, Vincent Portal, Romaric Seguin
Scénographie : Arnaud Verley
Dramaturgie, direction d’acteur·rice·s : Antoine Descanvelle, Mathias Moritz
Création lumières : Fanny Perreau
Création sonore et régie générale : Nicolas Lutz
Costumes : Élise Kobisch-Miana
Administration de production : Laure Woelfli et Victor Hocquet
Production : Dinoponera / Howl Factory
Coproduction : Maillon, Théâtre de Strasbourg - 
Scène européenne ; ESPACE 110 - Centre Culturel d’Illzach ; Comédie de Colmar, CDN Grand Est Alsace ; La Filature, Scène nationale de Mulhouse
Soutiens : DRAC Grand Est ; Ville de Strasbourg ; Région Grand Est ; Le Manège, Scène nationale 
de Maubeuge ; Artopie, Meisenthal ; Schaubühne Lindenfels, Leipzig ; Agence Culturelle Grand Est

jeudi 12 janvier 2023

Fraternité de Caroline Guiela Ngyuen au TNS: L'espoir fait famille quand la mémoire disparait.

 Le spectacle Fraternité de Caroline Guiela Ngyuen présenté au TNS après une tournée internationale de plus de 20 lieux en France et en Europe après la création au Festival d'Avignon en 2021 porte le sous-titre "Conte Fantastique". C'est effectivement une fable futuriste, une sorte de dystopie qui permet de porter un regard distancié sur un sujet très actuel qui est la "disparition", d'une manière symbolique. Nous nous trouvons dans un futur indéterminé dans un "Centre de soin et de consolation" dans lequel gravite une population variée et diverse (intervenants, bénévoles et personnes accueillies), toutes et tous confronté(e)s à la perte: l'absence, la disparition d'un(e) proche suite à une catastrophe planétaire où la moitié de l'humanité s'est "évaporée" lors d'un éclipse.


Fraternité - Caroline Guiela Nguyen - Photo: Christophe Raynaud de Lage


La première partie de la pièce va voir mis en oeuvre un dispositif vidéo d'enregistrement de messages courts (une minute 30) destinés (on l'espère) à ces disparus. Et l'on assiste dans cette micro-société, aux conséquences sur chacun, de cette catastrophe, leurs réactions et les espoirs et les solutions et stratégies que chacun va mettre en oeuvre individuellement et dans le groupe pour surmonter ce poids, vivre avec et essayer de trouver une solution pour s'en sortir (éventuellement). Cela permet à la fois d'avoir de beaux portraits de personnages et d'intéressantes confrontations dans le groupe. C'est varié et va de la tendresse et de l'empathie à des réactions violentes ou d'oppositions, des explosions d'énergie et des affrontements, quelquefois des situations de déni ou de mensonge.


Fraternité - Caroline Guiela Nguyen - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Toute une gamme d'atttitudes qui sont un terreau de réflexions philosophiques et morales sur les questions de l'amour (filial ou de couple), de la perte et de la mort, du deuil ou de l'oubli, du sacrifice ou du désespoir, du courage ou du découragement, de la lâcheté. Jusqu'à, dans la deuxième partie de la pièce, lorsqu'une solution semble avoir été découverte pour faire "revenir" les "disparus", la question du sacrifice et de la solidarité dans un groupe, une société.  Ces réflexions, dans cette fable avec des airs de tragédie antique, reste sous une forme de fable utopique. L'univers, par ces personnages très proche des préoccupations des petites gens, des humbles et des anti-héros, s'ancre dans une réalité quotidienne qui touche tout un chacun. 


Fraternité - Caroline Guiela Nguyen - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Cette irruption du quotidien, par le choix de Caroline Guiela Ngyuen de prendre dans sa troupe des non-professionnels qu'elle met sur le plateau, donne un visibilité et un statut - à des "invisibles". Ceux-ci, issus de quartiers ou d'origines géographiques diverses, parlant aussi la langues de leur pays, dans des costumes du quotidien font émerger un autre niveau de réflexion politique, complémentaire: les "disparus" et les "invisibles". Pour ces derniers, autant pour eux-mêmes que pour le public. Parce que nous sommes au théâtre, dans un travail construit et abouti, il ne s'agit pas de "libre parole" offerte, mais d'une pièce de fiction. 


Fraternité - Caroline Guiela Nguyen - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Et le dispositif scénographique d'Alice Duchange est sobre et efficace. Le Centre de soin et de consolation et sa "salle de messages", le dispositif "futuriste" - les écrans da la NASA pour les planètes, l'univers et les éclipses ou le dispositif médical de cardiologie et celui de MEMO pour la mémoire, sont à la fois poétiques, réalistes et crédibles. Le travail de la lumière de Jérémie Papin est tout aussi efficace pour nous immerger dans les différentes ambiances et atmosphères, que ce soit pour les phénomènes naturels (éclipse) ou les moments d'intimité et de la vie du groupe. 


Fraternité - Caroline Guiela Nguyen - Photo: Christophe Raynaud de Lage


S'y rajoute le fantastique travail de création sonore d'Antoine Richard pour les différents bruitages et la musique qu'il a créée avec Taddy Gauliat-Pitois, qui va de discrets accompagments sonores à des nappes ou des pièces de composition de "musique de l'espace", des airs de contre-ténor qui apportent une touche "sacrée" ou des poèmes "rappés". Tout cela donne un spectacle multimédia exigeant et ambitieux qui nous bouscule quelquefois dans notre position de spectateur de théâtre et d'individu en nous interrogeant sur certaines habitudes ou coutumes.


La Fleur du Dimanche



Fraternité


Au TNS: du 12 au 20 janvier 2023 

Prochaine dates:

Milan: du 26 au 28 janvier 2023

Nice: du 2 au 3 février 2023

Clermont-Ferrand:  du 23 au 25 février 2023

Luxembourg: du 27 au 28 avril 2023


Un spectacle de la compagnie Les Hommes Approximatifs

Texte Caroline Guiela Nguyen avec l’ensemble de l’équipe artistique

Mise en scène Caroline Guiela Nguyen

Avec Dan Artus, Saadi Bahri, Boutaïna El Fekkak, Hoonaz Ghojallu, Yasmine Hadj Ali, Maïmouna Keita, Nanii, Elios Noël en alternance avec Pierric Plathier, Alix Petris, Saaphyra, Vasanth Selvam, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia

Collaboration artistique Claire Calvi, Paola Secret

Scénographie Alice Duchange
Costumes Benjamin Moreau
Lumière Jérémie Papin
Réalisation sonore et musicale Antoine Richard
Vidéo Jérémie Scheidler
Dramaturgie Hugo Soubise, Manon Worms
Musiques originales Teddy Gauliat-Pitois, Antoine Richard
Collaboration casting Lola Diane
Collaboration à la réalisation sonore Orane Duclos
Assistanat à la réalisation sonore Thibault Farineau
Collaboration à la création lumière Mathilde Chamoux
Assistanat à la création vidéo Marina Masquelier
Collaboration casting Lola Diane
Coach vocal Myriam Djemour
Interprètes Fabio Godinho (angalis, Camille Hummel (anglais), Cao Nguyen (vietnamien)
Conception Memo Sébastien Puech
Musique studio Quatuor Alternatif, Laura Al Tinaoui, Aurélie Métivier, Lydie Lefebvre, Mathieu Schmaltz
Surtitrage Panthéa
Production Les Hommes Approximatifs 

vendredi 6 janvier 2023

Par autan de François Tanguy: un théâtre (é)mouvant, toutes voiles hissées

 Le théâtre de François Tanguy est mouvant à tous les sens du terme. Celles et ceux qui le connaissent déjà* ont remarqué que jamais il n'est comparable, il avance et évolue. D'un théâtre fait de déplacements de comédiens et surtout des éléments de son décor, avec très peu de paroles (compréhensibles), il a muté en un théâtre qui fait émerger le texte sur lequel il s'appuie, se fonde. Et pour cette dernière pièce, Par autan, il fait laisse une place plus importante à la musique et au chant. Ne serait-ce que par l'arrivée d'un pianiste, Samuel Boré, dont la musique se marie, se fond avec la bande son enregistrée. Mais la parole est aussi musique...


Par autan - François Tanguy - Théâtre du Radeau - Jean-Pierre Estournet

Notons le clin d'oeil surprenant et humoristique du faux "play-back" d'une pièce au piano joué par un vieil instrument à cordes dans un des premiers tableaux. Egalement l'arrivée du chant avec la chanson de Mendelssohn "Abschiedslied der Zugvögel " - Chant d'adieu des oiseaux migrateurs", ode à la fin de l'été:

Hin ist die schöne Sommerzeit
Und nach der Freud kam das Leid
Le bel été est parti
Et après la joie vint le chagrin

Ou encore la chanson d'amour dans l'extrait de la pièce d'Anton Tchekhov "La Noce": "je vous aimais, l'amour encore, peut-être...". 


Par autan - François Tanguy - Théâtre du Radeau - Jean-Pierre Estournet


Pour celles et ceux qui ne connaissent pas son travail, il faut dire que son théâtre est infusé de textes d'auteurs qui le nourrissent, comme, souvent, Robert Walser, mais aussi Shakespeare, Kafka, Tchekhov, Dostoievski et un texte philosphique de Soren Kierkegaard sur l'individu et le général qui donne une scène hilarante de nonsense surréaliste.

Et donc, pour apprécier son théâtre, il faut à la fois emmener ses outils et se laisser porter par le mouvement de la pièce, des comédiens, du décor, de la musique, de la bande son et du texte, comme cet extrait de Robert Walser parlant de la "scène" d'un glacier:

"Applaudissez fort, même si vous avez failli ne pas aimer. Qu'avez-vous fait de votre alpenstock? Laissé à la maison? La prochaine fois il faudra penser à votre équipement sportif avant de venir à la Montagne, on ne sait jamais. Mieux vaut prévoir."


Par autan - François Tanguy - Théâtre du Radeau - Jean-Pierre Estournet


Au théâtre, surtout celui de François Tanguy, il faut prévoir aussi, se préparer, en aiguisant son esprit et ses sens, être dans un état de réception ou un abandon général et généreux:

"C'est comme si le va-et-vient entre le général et le particulier se déroulait sur une vraie scène de théâtre, alors que la vie en général serait inscrite sur le décor du fond." (Kafka - Journal)

Ce "général" prononcé quelquefois "Guénéral" d'une manière martiale, (magnifique Erik Gereknr en chef de guerre chancelant et tremblotant) nous renvoie aussi à la guerre, parce qu'il n'y a pas que l'amour et les fleurs dans cette pièce, il y a aussi des combats, des épées et des meurtres (sans perdre l'humour):

"- Eh bien, je le poignarde pendant qu'il dort?

- Non: il dira que ça été fait lâchement, quand il se réveillera.

- Mais il ne se réveillera plus jamais, jusqu'au grand jour du Jugement dernier." (Shakespeare - Richard III)


Par autan - François Tanguy - Théâtre du Radeau - Jean-Pierre Estournet


Constamment, la pièce joue sur la perception, l'attention, l'écoute, l'éveil, le sous-texte. Car le texte n'est pas forcément entendu, il s'agit aussi dans ce théâtre d'atmosphère, de météo, de souffle, de brise qui va se renforcrer et devenir bourrasque, de temps qui se ralentit et soudain s'accélère et soulève les voiles, les drisses, fait voler les parapluies. Et ce théâtre s'interroge sur le temps:

"En quels temps sommes-nous donc, qui voit des artistes jetés aux lions, à côté d'une chaîne qui cliquette, devant une épée qui soupire, en compagnie de gens qui ont l'idée saugrenue d'habiter dans des caisses en fer?" (Tableau vivant - Robert Walser).


Par autan - François Tanguy - Théâtre du Radeau - Jean-Pierre Estournet


Ces textes glanés et intégrés se succèdent dans une mouvance de tableaux vivants - singulièrement incarnés par des comédiens magnifiques: Anaïs Muller dont la voix magnifique a su trouver le souffle juste, Laurence Chable, l'âme et la fondatrice du Théâtre du Radeau, Martine Dupé qui est à l'unisson de son rôle entre la troupe et la salle, "au seuil", Frode Bjornstad magistral, de toutes les aventures, Erik Gerken, figure de clown donquichotesque et Vincent Joly transformiste et  ses multiples postiches. Ils nous transportent dans une ballade météorologique où nous ne perdons le sens du temps:

"Mais où est le soleil? Eh, c'est que l'ensoleillement finit par vous faire oublier la présence du soleil." (Tableau vivant - Robert Walser)


Par autan - François Tanguy - Théâtre du Radeau - Jean-Pierre Estournet


Pour finir soudain dans l'éblouissement de la nuit:

"Brusquement la lune, de son immense hauteur, tombe dans la cour, aux pieds de la femme [...] Mais la lune se fragmente et se dilue en un vaste manteau..." (Tableau vivant - Robert Walser) 

Et nous songeons à la scène d'ouverture où il nous a semblé voir un fantôme , assis derrière le décor, immobile.... et nous repensons à François Tanguy qui nous a emmené dans son beau voyage.


La Fleur du Dimanche


Ne ratez pas dans l'espace d'entrée de la Salle Grüber l'exposition des dessins et écrits de François Tanguy, magnifiques traces de son processus de création.

*Et nous nous souvenons des derniers voyages avec François Tanguy et la troupe du Théâtre du Radeau au TNS

Passim en 2015

Soubresaut en 2018

Item en 2020

 

Par autan

Au TNS du 6 au 14 janvier 2023


Autres dates: 

L’Archipel – Scène nationale de Perpignan
Les 25 et 26 janvier 2023

Comédie de Caen – CDN
Les 2 et 3 février 2023
fa
Centre Dramatique National de Besançon
Les 8 et 9 mars 2023


Spectacle du Théâtre du Radeau
Mise en scène et scénographie François Tanguy
Avec
Frode Bjørnstad
Samuel Boré
Laurence Chable
Martine Dupé
Erik Gerken
Vincent Joly
Anaïs Muller
Élaboration sonore Éric Goudard, François Tanguy
Lumière François Fauvel, Typhaine Steiner, François Tanguy
Couture Odile Crétault

Production et diffusion Geneviève de Vroeg Bussière
Coproduction Théâtre du Radeau – Le Mans, Théâtre des 13 Vents – CDN de Montpellier, La Comédie de Caen – CDN, Festival d’Automne à Paris, Les Quinconces et L’Espal –
Scène nationale du Mans, L’Archipel – Scène nationale de Perpignan, Théâtre National de Bretagne, T2G – Théâtre de Gennevilliers – Centre dramatique national
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Spectacle crée le 17 mai 2022 au Théâtre des 13 Vents – CDN de Montpellier.

jeudi 5 janvier 2023

Les Possédés d'Illfurth avec Lionel Lingelser: Et résonnent les quatre cents coups !

 La salle n'est pas encore plongée dans le noir que sonnent déjà des coups rythmés et inquiétants venus d'on ne sait où. Ce ne sont pas les trois coups du théâtre, c'est un rythme ensorcelant qui nous entoure, nous encercle, frappé sans coup férir sur un tambourin par le comédien Lionel Lingelser qui traverse la salle et monte sur scène. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Une pause, une respiration pour mieux nous oppresser avec la reprise de ce battement qui est à la fois un battement de vie et ce qui pourrait venir d'un esprit frappeur ou d'une pièce de Molière, les Fourberies de Scapin, au hasard. Mais n'avançons pas trop vite, bien que l'on y arrive tout de suite. Parce ce spectacle, où l'on s'attend à voir une narration historique sur les deux cas de possession de jeunes enfants à Illfurth autour des années 1870, est en fait un récit de la vie, et de la carrière de comédien, de l'auteur-metteur en scène dans un seul en scène époustouflant. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


A l'image de Philippe Caubère, mais en plus court, Lionel Lingelser tisse la toile de son récit entre sa jeunesse dans le Sudgau (justement dans la ferme de son grand-père qui avait été le domicile de ces deux "possédés" Joseph et Thiébaut Bürner) et sa vocation et son métier de comédien de théâtre, entrecoupé de multiples épisodes qui viennent enrichir les étapes de sa vie et dialoguer avec elles. Et l'on a ainsi des retours à la terre - quelquefois au sens littéral, via de multiples chutes - et à ses racines, avec des moments emblématiques, sortes de stations dans son parcours, à la fois de vie et d'apprentissage. La première, qui va en engendrer de nombreuses autres et constituer la trame tendue de cette histoire, c'est la prise de rôle de Scapin (justement) - rôle principal de la pièce de Molière - avec un metteur en scène singulier qui lui fait "sortir ses trippes". 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Cette "expérience" que l'on constate comme fondatrice d'un parcours de carrière et d'un type de jeu - le jeu avec masque joint à un travail sur la prise en compte du corps et de ses souvenirs dans l'interprétation - sera donc l'occasion de prouver de visu toute l'efficacité de cette méthode par une galerie de personnages que Lionel Lingelser incarne avec brio, en changeant instantanément d'attitude, de voix et d'interprétation pour chaque protagoniste. La liste est longue: lui-même en Hélios, adulte,  apprenti comédien, petit enfant, adolescent, sportif, comédien consacré, de retour sur ses terres, ses parents à toutes ces étapes de la vie lui donnant la réplique, son grand-père, ses enseignants, le curé, l'évêque, l'entraineur de volley, le diable et son dragon, et j'en oublie. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et surtout son metteur en scène avec qui il a de nombreux échanges fondamentaux qui lui permettent d'alimenter à la fois sa réflexion, sa construction de comédien et la matière de son progrès - qui est également celle de la pièce en cours. La possession, la chute et la rédemption irriguent la pièce à de multiples niveaux. La possession par exemple par l'incarnation d'un autre pour interpréter un rôle, ou comme violence sur son propre corps subie inconsciemment (le corps ne répond pas et se lâche) ou par la force d'un autre (viol). 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le texte, écrit par Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser joue ainsi sur différents niveaux de narration et passe par une belle variation de séquences, entre récit historique imagé, envolées lyriques, scènes oniriques, tableaux réalistes ou humoristiques, ou dialogues où le comédien seul sur scène excelle à rendre crédible et réaliste, passionnant même les scènes auxquelles nous avons l'impression d'assister et pourquoi pas en être carrément protagoniste tant le comédien donne l'illusion de cette "réalité". Et tout cela en dosant subtilement les sentiments, entre peur, émotion, humour, rire, empathie, révolte et plaisir. Un envoûtement réussi.


La Fleur du Dimanche





A la MAC à Bischwiller le 5 janvier 2023

A Moslheim 13eSens le 7 janvier 2023

A Evreur, au TANGRAM le 14 janvier 2023

A Montreuil, au TPM du 14 au 22 avril 2023 


MISE EN SCÈNE ET INTERPRÉTATION
Lionel Lingelser
TEXTE
Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser
Éditions Les Solitaires Intempestifs
COLLABORATION ARTISTIQUE
Louis Arene
CRÉATION LUMIÈRE
Victor Arancio
CRÉATION SONORE
Claudius Pan
RÉGIE
Ludovic Enderlen, Victor Arancio, Valentin Paul (en alternance)
Conseillé à partir de 14 ans. Durée : 1h15
PRODUCTION
Munstrum Théâtre
COPRODUCTIONS & SOUTIENS
La Filature, Scène nationale de Mulhouse
Scènes de Rue - Festival des Arts de la rue
Avec le soutien de la Ville de Mulhouse et de la Collectivité européenne d’Alsace.
Le Munstrum Théâtre est conventionné par la DRAC Grand Est et la Région Grand Est.
La compagnie est soutenue au fonctionnement par la Ville de Mulhouse.
Elle est associée à la Filature, scène nationale de Mulhouse, ainsi qu’aux projets
du Quai – CDN Angers Pays de la Loire et du Théâtre Public de Montreuil - CDN.

dimanche 1 janvier 2023

Meilleurs Voeux pour 2023

 L'année 2022 s'est achevée dans une flamboyance de couleurs et de feu.

Un aperçu de ce que sera l'année nouvelle ?

Nous vous souhaitons d'avoir le feu sacré pour cette nouvelle année et de vivre intensément, de brûler de passion, tout en vous gardant de trop vous échauffer.

Pensez à vous, pensez aux autres et pensez à la planète.

Nous n'allons pas tout changer, mais cela tient à nous que le monde de demain soit encore accueillant et vivable. 

Ralentissons un peu, faisons une pause, regardons notre prochain, notre voisine, notre voisin et regardons nous, regardons autour de nous et, de temps en temps, prenons de la hauteur.

Que 2023 soit remplie de bonheur, de découvertes, de rencontres et d'inventivité.

C'est le moment de changer... au moins d'année !

Vive 2023 !




La Fleur du Dimanche


Si vous ne voyez pas ce message, cliquez ici Voeux 2023

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samedi 24 décembre 2022

Noël soyeux: C'est encore loin l'Afrique ?

 En ce jour de Noël, et comme je suis un peu paresseux (il faut bien se reposer), je voulais vous offrir mon billet écrit par le robot I.A. Chat-GPT dont je vous avais parlé le 11 décembre.

Je lui ai donc demandé de m'écrire mon billet du jour, en lui demandant un texte dans le style de La Fleur du Dimanche. Lisant le résultat, j'ai eu pitié de vous. Son premier texte était une pub pour un magasin de fleurs et je l'ai recadré.  Je vous  mets la deuxième version pour votre information et vous laisse juge*: 




*J'ai remplacé le texte de ce "poème" généré par le robot Chat-GPT3 par l'image du texte parce que Google l'ayant identifié comme "contenu de faible valeur" m'a "déclassé" du référencement, faisant "tomber" les "pages vues" de plus de 300 par jour à à peine 20 !  Grosse punition !
Je viens d'en découvrir la raison grâce à l'excellent "référenceur" Olivier Andrieu (qui vit en Alsace) surson site Abondance:




J'aime bien le fait que "Noël n'est pas une saison"... il fallait le trouver ! 
Moi je vous ai trouvé une citation de Rabelais - voir après ma "bûche de Noël"* que je vous offre avec mes voeux.


Joyeux Noël de la part de La Fleur du Dimanche



"Vous n'êtes pas jeunes, alors que c'est une qualité requise pour métaphysiquement philosopher, non pas en vain, mais en vin, et pour avoir, désormais, votre place au conseil de Bacchus, afin d'opiner, tout en chopinant, sur la substance, la couleur, l'odeur, l'excellence, l'éminence, la propriété, la faculté, la vertu, l'effet, et la dignité du pinard béni et désiré" - prologue du Tiers Livre de Rabelais (c'est quoi son prénom?) : Opiner, tout en chopinant
Cet extrait est cité au sujet de la ressortie en "Bouquin" des oeuvres complètes de Rabelais dans l'article de Mathias Enard "Rabelais, avec délices" dans le Monde des Livres du jour (24 décembre 2022). Il cite Flaubert qui parlant de Rabelais dans une lettre à Louise Colet à qui il conseille de boire la purée septembrale... Je vous laisse deviner ce que c'est. 
Et je vous mets un "Extrait" de la fin de cette lettre en 1853 où il parle de l'Afrique:



Mais il n'y a pas de chameaux, au grand désespoir de mon amie Claudine...

 
Mais ne croyez pas que je vais vous laisser tranquille avec cette bûche, je pense que le poli robot Chat-GPT ne vous l'aurait pas fait, cette alliance entre les deux sapins que je vous offre ici pour votre réflexion (double vue).


A chacun son sapin - Photo: lfdd


A chacun son sapin - Photo: lfdd


Joyeuses Fêtes tout de même...

Je vous offre un deuxième TVA, d'actualité, une phrase de Kaori Ito, la nouvelle directrice du TJP à Stasbourg, qui répond à une question de Sylvia Dubost dans le magazine Zut qui lui demande d'où lui vient le tremblement, caractéristique de son oeuvre en disant:
"Je viens d'un pays qui tremble, qui est conscient que tout se casse, [...]. On ne construit pas sur du solide, surtout pas. On construit sur des failles, et c'est cela qui est beau. Leonard Cohen disait dans une chanson: "When there's a crack, that's when the light comes in"".

Et comme tout, même - et surtout - Noël finit en chansons, voici quelques chansons de ou pour Noël.
La première, une découverte du chanteur de ma part. Il a fait la musique du magnifique film "Les huit montagnes" de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen d'après le livre éponyme de Paolo Cognetti, un écrivain italien qui a eu le Prix Médicis étranger en 2017. La bande son est de Daniel Norgren, voici sa chanson "There was a door":



Une autre chanson, Going to the city:



Et pour Noël, voici un dessin animé de Brenda Lee - Rockin' Around The Christmas Tree:



Un autre avec une chanson rare des Queen- Thank God It's Christmas
: 



Allez, on va rocker un peu avec The Beach Boys - Little Saint Nick:



Un peu plus avec Bob Seger - SOCK IT TO ME, SANTA:



On se calme un peu avec Dolly Parton - Pretty Paper (with Willie Nelson)



Et avec les Pretenders - 2000 Miles:



Et on attend le Père Noël avec Johnny Cash - Silent Night:




Bonnes fêtes


La Fleur du Dimanche

* La photo de la bûche de Noël fait la couverture de la deuxième version du calendrier 2023 - la première version, ce sont des hémérocalles... Si vous en voulez encore, vous avez jusqu'au 29 décembre pour le commander  - voir le billet du 11 décembre... En plus si vous commandez dans les 4 jours, je vous offre les frais d'envoi.

vendredi 16 décembre 2022

La Belle au bois dormant de Marcos Morau: Il fut un temps et le temps fuit

 La Villette, dans le cadre de sa saison Danse, nous propose une création de Marcos Morau créée à l'Opéra de Lyon le 15 novembre avec le Ballet de l'Opéra de Lyon, La Belle au bois dormant. Marcos Morau, artiste pluridisciplinaire est connu pour avoir créé La Veronal, une troupe composée également d'artistes issus de différents arts et qui a obtenu le Prix de la Danse 2013 en Espagne. Ses chorégraphies sont toujours très construites et son univers particulier joue sur l'aspect théâtral et dramaturgique et sur un traitement visuel original. 


La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


Sa lecture du conte très connu en surprendra plus d'un, tout comme l'on est surpris au moment où le rideau se lève de voir un tableau de groupe remplissant le plateau baigné de rouge. Toute cette troupe (une basse-cour ?) est habillée de blanc, la tête couverte d'un béguin de coton, blanc lui aussi. Les têtes bougent d'ailleurs comme des têtes d'oiseau (de poules couveuses ?) ainsi que les bras, d'un mouvement saccadé, haché. 


La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


La chorégraphie de Marcos Morau est hyper précise dans les moindres mouvements des corps et des gestes, fins, délicats, hachés, surprenants, qui se répondent et se répandent dans le groupe de danseurs et de danseuses (il y a plus de danseuses que de danseurs - neuf contre six - tous habillés en tutu clochette). Toutes et tous maîtrisent impeccablement, comme des orfèvres, tous ces mouvements, du plus infime jusqu'aux déplacements - par exemple ces magnifiques déplacements glissés de côté comme sur des roulettes ou des patins. 

 

La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ce sont ces déplacements latéraux de jardin à cour, face au public, puis les traversées dans le même sens, de plus en plus rapides et de plus en plus débridées, en deuxième partie qui vont induire l'ambiance générale, finale de la pièce. Mais pour y arriver, nous allons passer par quelques étapes, toutes magnifiquement construites. C'est cette première scène de maternité aviaire, la naissance de la Belle, et le bal de ce bébé qui fait, dans un numéro d'escamotage et de réapparition bluffant le tour des "mères" interchangeables de cette petite (basse)-cour, une "valse des fleurs" avec de beaux bouquets blancs dans une stupéfiante glissade immobile. 


La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


C'est aussi la "machine à remonter le temps" qui nous offre une scène de break-dance dans laquelle le danseur se fait "libérer par le baiser salvateur et puis cette escalade sans fin dans la fuite du temps, incessant défilé de gauche à droite impressionnant, de plus en plus rapide et plus angoissé des danseuses et des danseurs qui mènent cette course contre le temps pendant que le décor se disloque et qu'eux même se dévêtent. Il faut saluer la scénographie qui arrive à métamorphoser le  décor que ne semble qu'être qu'une pièce rectangulaire étriquée mais qui, par un subtil déplacement du plafond, appuyé par de discrets effets de lumière et de couleur change de forme et de volume, monte ou descend, pour s'ouvrir sur l'arrière et faire apparaître comme une pièce de plus, et un escalier (pour remonter le temps?) puis ces portes battantes pour le défilé du temps. 


La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


La musique de Tchaïkovski, retravaillée et réorganisée par Juan Cristóbal Saavedra en nappes, mixages et battements (plus la musique techno de la séquence électro où les danseurs s'agitent comme des électrocutés) est une savante adaptation à l'air du temps de la pièce d'origine, qui surnage de temps en temps. Les danseuses et les danseurs, sans exception ont pleinement intégré cette grammaire des formes formes propre à Marcos Morau et cette gestuelle surprenante et fascinante nous subjugue jusqu'à ce que les interprètes chaussent leurs pieds nus des sneekers à notre grande surprise. 


La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


Mais leur utilité ne se fait pas longtemps attendre puisque très rapidement, une course sans fin, une fuite en avant devant ce qui ressemble à une catastrophe sans nom, impliquant littéralement la dislocation de la scène et du décor se met en place, semblable au marathon de danse du film "On achève bien les chevaux". Et ce qui n'était que le passage de plus en plus rapide du temps devient une fuite éperdue devant la fin de notre temps civilisé et cultivé. Le souffle d'un baiser réveillant la princesse devenant l' "A bout de souffle" de notre civilisation de conte de fées auquel nous nous raccrochons. 


La Belle au bois dormant - Marcos Morau - Ballet de l'Opéra de Lyon  - Photo: Jean-Louis Fernandez


La Fleur du Dimanche


La Belle au bois dormant


CHORÉGRAPHIE ET MISE EN SCÈNE : Marcos Morau

MUSIQUE : Piotr Ilitch Tchaïkovski, Juan Cristóbal Saavedra

ASSISTANT.E.S CHORÉGRAPHIQUES : Ariadna Montfort, Shay Partush, Marina Rodriguez

SCÉNOGRAPHIE : Max Glaenzel

COSTUMES : Silvia Delagneau

DRAMATURGIE: Roberto Fratini

ECLAIRAGISTE COLLABORATEUR LUMIÈRE : Mathieu Cabanes 

CONCEPTION SONORE :Juan Cristóbal Saavedra

MAÎTRESSE DE BALLET : Amandine Roque De La Cruz

Ballet de l'Opéra de Lyon