lundi 23 mars 2020

Court-19 : Episode 5 - Arrêtez le manège...

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée...
Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous et Albert Strickler m'avait donné rendez-vous hier soir avec Jehan Rictus (dont je parlais avant-hier) dans son Journal 2018 - Le coeur à tue-tête à la page du 6 avril (2018). Mais d'abord la fleur "confinée" sur sa plate-bande en ville:


Fleur consignée - Photo: lfdd

Bon elle n'était pas seule, une "soeur" veillait sur elle:


Fleur consignée - Photo: lfdd

Donc revenons à Albert Strickler que certain(e)s connaissent, fidèle abonné à La Fleur du Dimanche. Il écrit des poésies, apparemment des romans (non publiés) et depuis 2008 un "Journal" qu'il publie chaque année. Il avait d'ailleurs, en 1994-1995 coupé en quatre livres les saisons. Son nouveau livre - le journal 2019 est sorti de presse et sera annoncé en temps utile sur ce blog. Quelle ne fut donc pas ma surprise hier soir de lire à la date du 6 avril un épisode citant Jehan Rictus dont j'ai publié avant-hier un poème "Le Printemps" extrait des Soliloques du Pauvre (1903): 
Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie,
V’là l’ monde enquier qu’est aux z’abois
Et v’là t’y pas c’te putain d’ Vie
Qu’a r’biffe au truc encore eun’ fois !

Albert, dont les livres (Le Journal) font allègrement au moins 400 à 500 pages venait d'apprendre que Amiel (Henri-Frédéric Amiel (né le 27 septembre 1821 à Genève – mort le 11 mai 1881 dans la même ville) est un écrivain et philosophe suisse, auteur d'un journal intime exceptionnel tant par son volume (17 000 pages) que par la valeur et l'universalité de son message - Wikipedia) se faisait battre sur la ligne par ce Gabriel Randon dit Jehan Rictus qui lui, avait tenu "son journal à partir du jour anniversaire de ses 31 ans, le 21 septembre 1898, et jusqu'à sa mort survenue en 1933. L'ensemble représente un total de 35 000 pages en 153 cahiers."

De quoi donner le vertige. Je vous rappelle qu'à ce jour, sur le blog de La Fleur du Dimanche, 1064 billets, plus ou moins longs ont été publiés depuis le 20 février 2011: Naissance d'une Fleur : La Fleur du Dimanche.

Et vous rappeler que le journal 2017 d'Albert Strickler s'appelle "Ivre de Vertige" - A vous de découvrir pourquoi...
Moi, je vous offre en guise d'apéritif deux poèmes de son livre "Eloge des semaines", livre qui fait 52 pages (plus l'habillage)...

Voici qu'à nouveau 
on entend au jardin
Le chant acidulé
des oiseauc qui cisaillent
les barbelés du froid

Partout ça pousse
et plus rien ne résiste
au printemps qui vient

Saxifrage
la lumière fait voler en éclats
la forteresse de l'hiver


****

Voici qu'à nouveau
duvet de neige
et perles de rosée
les chatons brillent aux branches 
des saules et des noisetiers

C'est la saison des bourgeons
érectiles et luisants:
petits glands que dénude
le désir de printemps

Le vertige, encore, va être l'illustration du titre, à la fois par le questionnement d'actualité:
Pour éviter une submersion face au trop plein de nouvelles, d'information, de créations "domestiques" liées au confinement, il faut savoir se couper quelquefois de ce flot d'informations, de chiffres, de polémique et de texte (les miens y compris - autocritique oblige).... C'est vrai que j'avais décidé d'être bref!
Bref, donc, je vous mets juste les conseils (à prendre au propre et au figuré) de l'Université McMaster pour : Arrêtez le manège: des exercices et des manoeuvres utiles contre le vertige: 
Vous êtes étourdis et désorientés, vous perdez l'équilibre et lorsque vous essayez de vous étendre, vous avez l'impression que toute la pièce se met à tourner. En supposant que vous n’avez pas trop consommé d’alcool (une question complètement différente), vous souffrez probablement de certains types de problèmes vestibulaires (de l’oreille interne) causant des vertiges.


Alors comment descendre de ce manège en folie? La « réadaptation vestibulaire » est le terme qui désigne les exercices et les mouvements qui atténuent les symptômes associés (4) en aidant le cerveau à s’adapter à ce qui se passe à l’intérieur de l’oreille (l’accoutumance), à contrôler les mouvements oculaires afin que la vision ne soit pas affectée par les mouvements de la tête (stabilisation du regard) et à améliorer la stabilité (entraînement de l’équilibre)


Et je vous mets le Manège vu à Venise (Ville également dans l'actualité) lors de la Biennale en 2013:

 


Pour la chanson, j'ai trouvé un petit Manège secret, celui de Stanislas:




Il y a bien sûr "Mon manège à toi" de la grande Edith, ici chanté par Etienne Daho en 2015:




Et puis pour les "petits" ou anciens petits, le Manège enchanté:
Vous en souvenez-vous?


  
Arrêtez un peu le manège et... Portez-vous bien.

La Fleur du Dimanche

dimanche 22 mars 2020

Court-19 : Episode 4 - Le rire est-il confiné, l'humour est-il con fini ?

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée...
Pour la photo, il va y en avoir 3 - 3 états de cerisier:
La première, un cerisier bien en fleur en ville:


Cerisier blanc - Photo: lfdd

La deuxième, de belles fleurs rouges en devenir en bord de ville:

Cerisier blanc - Photo: lfdd

Et la troisième, un cerisier qui ne fleurira plus:

Cerisier disparu - ENA Strasbourg - Photo: lfdd

Je fais appel à votre contribution pour m'envoyer des photos de ce cerisier qui fleurissait dans le jardin de l'ENA dans le bâtiment de l'ancien couvent (et prison) Sainte Marguerite à côté de l'écluse du Bassin des Faux-Remparts à Strasbourg.

Cette image sinistrement humoristique lance le thème du TVA, sur le rire et l'humour.

La question, qui revient souvent, est: Peut-on rire de tout?
Et parallèlement, pourquoi est-ce que très souvent on rit de certains sujets, des fois graves ou très graves, sérieux...
Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire une leçon, ni de rire, ni de morale, ni de philosophie. Juste poser quelques pistes...
Et faire remarquer, comme nous sommes sur les réseaux, que souvent, justement sur les réseaux sociaux, nous avons tendance à, soit réagir sans humour, quelquefois à lâcher notre hargne, soit à ne pas, justement, prendre suffisamment de "distance", de "détachement comme il sied à cette forme "d'esprit" comme le définit le CNRTL:
"HUMOUR: subs. masc. Forme d'esprit railleuse qui attire l'attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité."

Et, donc, avec détachement, je vais revenir deux années en arrière pour vous parler de l'article de Julie Clarnin et Marion Dupont intitulé "L'humour agressif est une tradition française" paru dans le Monde du 31 mars 2018 et où elles interrogent l'historien Alain Vaillant, qui a réalisé l'enquête "La civilisation du rire" - Quelques extraits choisis - c'est long, mais cela vaut le coup de lire:

Allez, pour prendre de l'élan et du courage, je vous remet une fleur de poirier (et puis vous avez un peu de temps pour lire...):


Poirier - Photo: lfdd

"Le rire n’est pas plus méchant qu’avant. Le rire français se caractérise, depuis très longtemps, par son agressivité. C’est une tradition nationale : pensez aux mazarinades [pamphlets contre le cardinal Mazarin]. Ou au rire à la Révolution française: c’était d’une violence inouïe – si bien que ­Madame de Staël a dit, en substance, qu’il valait mieux laisser le rire à l’aristocratie parce que le rire populaire était trop méchant.
C’est un lieu commun à l’étranger dès le XVIIIe siècle: les Français sont un peuple vaniteux, moqueur et persifleur....
...
Le problème des réseaux sociaux, c'est le brouillage entre espace privé, dans lequel on s'autorise avec des amis proches à dire des horreurs absolues, et l'espace public. Il est évident que la coprésence des personnes physiques qui rient crée une obligation d'affinité, alors que la communication à distance trouble cette connivence. Ce qui me frappe dans les réseaux sociaux, c'est que les gens n'ont pas conscience de la violence d'une communication à distance."
...
Il fait un point sur les différentes formes de rire selon les cultures (chez les anglo-saxons, "qui sont une démocratie, le rire est en général gentil il sert ... à resserrer le lien social."..  " Il y a évidemment l'humour américain qui se moque de Trump, mais il n'y a pas de valorisation de la méchanceté.... En France, il y a un art et une héroïsation de la méchanceté.  (...) Cette différence tient au fait que la France est un pays catholique. La Réforme protestante a substitué à l'autorité de l'église le sentiment religieux intime et le droit au débat. (...) le rire a constitué, par défaut, un moyen de contestation et de débat.
...
Le fond du rire c'est de faire rire. C'est à cette aune qu'il faut le juger. Lorsqu'on dit; "Est-ce que ce dessin de Charlie Hebdo est bien ou pas?" cela n'a pas de sens,: s'il fait rire, il remplis son rôle. Le rire est une fonction organique. (...) Ensuite on peut examiner les mots et les contenus qui sont utilisés pour faire rire. Et, sur ces contenus, il est parfaitement légitime d'avoir un point de vue. ... "ce n'est pas le rire qu'il faut censurer, c'est de qui est dit...
..
Dns un régime autoritaire, le rieur est celui qui est contre l'autorité, donc il est vu comme étant "du bon côté". Mais dès que prévaut une logique de liberté, le rieur est très souvent celui qui
n'aime pas le liberté et qui s'en moque."
...
Selon moi, il n'existe que deux pratiques culturelles qui provoquent ce sentiment de lâcher-prise et de distance par rapport au réel: c'est d'un côté la croyance religieuse, et de l'autre, le rire. La culture du rire et la croyance religieuse, ... se retrouvent en concurrence. Certaines religions trouvent d'ailleurs des façons de faire une place au rire tout de même: le carnaval pour le christianisme, le culte de Dionysos dans la culture grecque.
...
Canal+, c'est l'arrivée massive du rire américain en France...
...
.. [l'° hégémonie de la parodie est probablement liée à la massification culturelle: la parodie, si elle n'est qu'une imitation pour rire, c'est souvent le degré zéro de la conscience critique."
....
... Le rire est consubstantiel aux sociétés, non seulement urbaines, mais aussi marchandes. C'est vrai dans l'Antiquité: à Athènes (pensons à Aristophane) on rit beaucoup, peu à Sparte. Pourquoi? Parce que le principe de l'échange marchand, c'est de susbstituer la négociation à la situation de pouvoir. Le rire accompagne cette substitution, il est là pour signifier ce que cette substitution a de pacifique...
Notre société de consommation de masse cultive le rire à grande échelle dans ce qu'il a de plus régressif et anthropologique, le pacte de non-agression à l'égard du monde. Le rire est aujourd'hui l'industrie culturelle la plus puissante."  


Pour la vidéo du jour (confinée dans une église), ne pensez pas que je sois anathème, le thème de la chanson est de Chausson (Ernest) et parle de lassitude et d'ennui (paroles originales de Maurice Maeterlinck)... Bon, c'est de l'humour... Les serres chaudes - serre d'ennui:




Et le choix des autres chansons vont dans le même sens, à commencer par Claude François qui nous chante "Je veux chaque dimanche une fleur" - Si, si!



Autre prière, une lettre que relit (et non relie) Serge Gainsbourg, petite leçon d'écriture (oui je me suis relu et trouve que je ne suis pas relou!).



Restons avec l'ami Gainsbourg qui nous chante "L'Ami Caouette"




Puis avec l'autre ami Serge, Reggianni de nom qui chante Arthur (pas Rimbaud) de Boris (Vian):




L'ami Jean, vous ne l'avez pas entendu chanter beaucoup, je vous ai décourvert une petite perle, qui, je l'espère va vous faire rire, sinon danser... J'aime pas le Rock:



Si cela vous a plu, je ne peux que vous conseiller Saint Rock, une version (iconoclaste, et pleine d'humour bien avant Gainsbourg) de la Marseillaise. 


Et pour finir, parce que nous aimons notre pays, Youpi la France avec Ramon Pipin (vous savez, celui qui était dans Au Bonheur des Dames):



La dernière chanson, vous n'avez pas besoin de l'écouter sauf si vous avez beaucoup d'humour!






Portez-vous bien

La Fleur du Dimanche

samedi 21 mars 2020

Court-19 : Episode 3 - Le jour du printemps est passé, un coup de froid aussi

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée... 
Oui, hier, c'était le printemps, mais on a vite déchanté, le temps est versatile en ces temps difficile. Pourtant, c'est encore le printemps des poètes et je vous ai concocté malgré la froidure un petit cocktail de poèmes et de chansons et une vidéo qui pourrait faire penser à... Mais je ne vous en dit pas plus, place aux fleurs de poirier qui croyaient les beaux jours arrivés:


Poirier en Fleurs - Photo: lfdd

Les beaux jours ou le réchauffement ce fut déjà le 1er janvier de cette année, quand la température fut bien élevée, quoique pas trop raisonnable. En voilà le résultat:





Côté poésie, connaissez-vous Jehan Rictus, né Gabriel Randon, qui prit ce nom lorsqu'il devint poète à Montmartre après avoir été sans logis et employé municipal (grâce à José Maria de Heredia) à la ville de Paris.

Il a écrit, entre autres, dans un style populaire le Printemps que je vous livre en extrait ici:

Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie,
V’là l’ monde enquier qu’est aux z’abois
Et v’là t’y pas c’te putain d’ Vie
Qu’a r’biffe au truc encore eun’ fois !

La Natur’ s’achète eun’ jeunesse,
A s’ déguise en vert et en bleu,
A fait sa poire et sa princesse,
A m’ fait tarter, moi, qui m’ fais vieux.

Ohé ! ohé ! saison fleurie,
Comme y doit fair’ neuf en forêt !
V’là l’ mois d’ beauté, ohé Marie !
V’là l’ temps d’aimer, à c’ qu’y paraît !

Amour ! Lilas ! Cresson d’ fontaine,
Les palpitants guinch’nt en pantins,
Et d’ Montmertre à l’av’nue du Maine
Ça trouillott’, du côté d’ Pantin !

V’là les poèt’s qui pinc’nt leur lyre
(Malgré qu’y n’aient rien dans l’ fusil),
V’là les Parigots en délire
Pass’ qu’y pouss’ trois branch’s de persil !

L’est fini l’ temps des z’engelures,
Des taup’s a sort’nt avec des p’lures
Dans de l’arc en ciel agencées
De tous les tons, de tous les styles ;

Du bleu, du ros’, tout’s les couleurs ;
Et ça fait croir’ qu’a sont des fleurs
Dont la coroll’ s’rait renversée
Et ballad’rait su’ ses pistils.

....

V’là l’ Quatorz’ Juillet des z’asperges,
Des p’tits z’ozeaux et des hann’tons,
Et les bléchard’s, les veuv’s, les vierges
A z’ont mal au bout des tétons.

Voui, l’ v’là l’ Printemps, l’ marchand d’ rameaux ;
Y vient, y trott’, quoiqu’ rien n’ le presse,
« Par les sentiers remplis d’ivresse »,
Le v’là qui radin’, le chameau !

....

IV

Ah ! nom de Dieu, v’là qu’ tout r’commence.
L’Amour, y « gonfle tous les cœurs »,
D’après l’ chi-chi des chroniqueurs,
Quand c’est qu’y m’ gonflera... la panse ?

Quand c’est qu’y m’ foutra eun’ pelure,
Eun’ liquette, un tub’, des sorlots.
Si qu’a fait peau neuv’ la Nature,
Moi, j’ suis cor’ mis comme un salaud !

Mes chaussett’s ? C’est pus qu’ des mitaines !
Mes s’mell’s ? Des gueul’s d’alligators :
Ma reguingote a fait d’ la peine
Et mon phalzar, y m’ fait du tort !

Quant à mon bloum, ah ! parlons-en,
Rien qu’ d’y penser ça m’ fout la flemme,
À côté d’ lui Mathusalem
N’est qu’un cynique adolescent.

C’te vach’-là m’ donn’ l’air ridicule,
Y m’ tomb’ su’ les yeux, m’ les rabat :
Si mes esgourd’s le sout’naient pas
Y m’arriv’rait aux clavicules !

Avec ça l’ Glorieux m’ roussit l’ crâne
Et éclaire comm’ par calcul
Mes nipp’s couleur de pissat d’âne,
Les trous d’ mes coud’s et ceux d’ mon cul !

Ah ! ben il est frais l’ mois d’Avril,
Le v’là l’ temps des métamorphoses,
Moi, j’ chang’ pas d’ peau comm’ les reptiles,
J’ suis tous les Printemps la mêm’ chose.

N’empêch’ ! Je m’ sens des goûts d’ richesse,
J’ suis comm’ ça, moi, né élégant,
J’am’rais ben, moi, fair’ mon Sagan
Et mon étroit’ chez les duchesses !

Et m’ les baigner dans des étoffes,
Car pour moi, quand l’ turquois est gai,
La pir’ de tout’s les catastrophes
C’est d’êt’ mochard et mal fringué.



Et si vous voulez en lire le texte, c'est là:
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Soliloques_du_Pauvre_(1903)/Le_Printemps

Je vous en offre également une interprétation totalement d'actualité par le rappeur Virus:




Et du même une autre version:





Pour un peu plus de  classicisme, une valeur sûre, Léo Ferré qui chante le Printemps des Poètes:

J'ai vécu des printemps fabuleux en hiver
Pendant que le vulgaire était tout emmouflé
Je soufflais sur mes mains à son cul à son nez
V'là-t'y pas qu'ses bourgeons sortaient m'en jouer un air

Le printemps ça s'invente et ça se fout en taule
Le printemps c'est ma mine avec ses airs de chien
Qui vient tout ébahie me montrer tout son bien
Le temps de déposer mon arme de l'épaule

Et oui c'est ça monsieur le printemps des poètes
Tout juste un peu d'hiver pour rompre les façons
Un quart d'été un quart d'automne et des chansons
Et s'il fait encor frais on se met la casquette

On va faire des pique-niques du côté des ballots
On va se mettre au vert en croyant aux histoires
Et l'on se sent mourir au bord d'une guitare
Quand la mort espagnole envoie son flamenco

Ce qu'il faut de désirs aux heures de l'ennui
Et ce qu'il faut mentir pour que mentent les choses
Ce qu'il faut inventer pour que meurent les roses
L'espace d'un matin l'espace d'une nuit

Jamais ne vient l'avril dans le fond de mon coeur
Cet éternel hiver qui bat comme une caisse
Qu'on clouerait sans répit depuis que ma jeunesse
A décidé d'aller se faire teindre ailleurs.





Portez-vous bien


La Fleur du Dimanche

vendredi 20 mars 2020

Court-19 : Episode 2 - Le printemps du courage loin des foulques

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée... 
Comme c'est le printemps, et qu'il fait soleil, je vous ai réservé une scène qui va à la fois vous égayer et vous aérer.

Et pour commencer, pour ne pas trop vous faire regretter de rester chez vous, je vous poste une photo de ma fleur "fétiche" le pissenlit - taraxacum, mais celui du 20 avril 2019, la plus ancienne photo que j'avais dans mon téléphone sur lequel je fais mon ménage de printemps... une découverte de circonstance, vu que l'escargot d'en face nous rappelle à notre sort - puisqu'il reste dedans sa coquille. 


Le pissenlit et l'escargot font "figure humaine" - Photo: lfdd

Le printemps, lui est annoncé ce jour et appelle à des pensées et des lectures "aérées", printanières et primesautières... 
Je renvoie à le très intéressant article de Robert Maggiori dans Libération le 13 février 2020 intitulé "Les canons de la chair" et qui présente le livre d'Alain Cabantous et François Walter "Les tentations de la chair: Virginité et chasteté (XVIe-XXIe siècle)". Il balaye l'évolution historique de la sexualité en relation avec les moeurs, les lois, le pouvoir (politique et religieux) mais aussi sous son aspect social et législatif, en présentant tout le travail qu'ont fait les deux historiens. Un détail, un mot, juste concernant la chasteté qui vient de carere (carence) - "être privé de". Il indique que dans un traité de théologie chrétienne elle est  définie: "Vertu qui réfrène la délectation charnelle conformément à ce que prescrit la raison". Et serait dans sa forme faible la "modestie" - qui était autrefois un tissus d'habillement:
"Petite pièce de dentelle ou de tissu fin servant à voiler pudiquement un décolleté féminin.
"S'asseoir aux assemblées parmi les prudes femmes, l'oeil baissé sur la modestie, avec un air de Sainte N'y touche" Th. Gautier, Fracasse, 1863

Et vous rappeler que c'est le Printemps des Poètes (les ailes un peu rognées) et dont le slogan est "Le Courage" (avec une affiche illustrée par Pierre Soulages.
Avec comme slogan le vers du cid de Corneille:
Espère en ton courage, espère en ma promesse…
et Anna Akhmatova qui écrivait à l’hiver 1942:
Nos horloges sonnent l’heure du courage.


Fleurs de Saule - Photo: lfdd

Et un poème cité de 
Jacques Darras:

La Maye réfléchit

je froisse le temps
sa porte s’ouvre
et moi j’attends
qu’un oiseau entre m’annoncer
qu’il est grand temps que je m’envole
mes ailes d’enfant
sont repliées
quel est le livre
quelle est la page?


Saule en fleur et foulques - Photo: lfdd

Allez, va pour les oiseaux, en l'occurrence des foulques, pas des canards, ni des poules d'eau qui, elles aussi célèbrent le printemps:





Et pour finir en chanson, quelques-unes douces...

Clara Ysé - Le monde s'est dédoublé:



Et Birds on a wire qui chantent Ô Solitude





Et puis Blessed is the memory:





Ca vous rappelle quelqu'un? Mais oui: Léonard Cohen: 



Portez-vous bien

La Fleur du Dimanche

P.S. Si Birds on a wire vous a plus, je vous avais proposé leur chanson "La Marelle" le 8 mars 2020 avec le billet 
Adieux, listes, etc..... Partie 4: Le féminisme ou le fellinisme 

Et si vous avez raté l'épisode N° 1 il est ici:
Court-19 : Episode 1 - Frène dans le virage



jeudi 19 mars 2020

Court-19 : Episode 1 - Frène dans le virage

En ces temps de chamboulement, une photo de fleurs, une vidéo, un TVA et des chansons pour la journée...

La photo, des fleurs de frêne (erratum: érable à feuilles pennées !)


Fleurs d'érable à feuilles pennées - Photo: lfdd

La vidéo, les mêmes en mouvement:





Le poème, le début d'un poème - J'ai demandé au frêne - chanson d'amour russe:

Ja sprosil u Jasenja (Я спросил у ясеня)

Я спросил у ясеня,
Где моя любимая.
Ясень не ответил мне,
Качая головой. 

J'ai demandé au frêne

J'ai demandé au frêne,
Où était ma bien-aimé.
Le frêne ne m'a pas répondu,
En secouant la tête. 


Et la chanson, la voilà:





Un autre version, en français:





Et une autre chanson sur le frêne de Louise O'sman:





Portez vous bien

La Fleur du Dimanche

dimanche 15 mars 2020

Annie Greiner: Là où tu vas, point de limite

Annie Greiner nous a quitté ce dimanche 15 mars 2020.
Son compagnon de vie et d'Art, Pierre Roman partage un mot de Du Fu à Annie Greiner:
"Là où tu vas, point de limite,
A toi, on confierai mort et vie!
"


Elle exposait l'été 2012 en l'église Saint Pierre le Jeune - une de ses oeuvre est encore en place dans la chapelle...  
Je lui dédie ces paroles de Nelly Sachs qu'elle a écrite sur une oeuvre:
"Dans le secret d’un soupir
Peut germer le chant inchanté de la paix.



Annie Greiner - Nelly Sachs - Photo: lfdd


Et je vous renvoie à un billet sur cette exposition que j'avais postée le 13 juillet 2011:
On lui connait ses "veilleurs" qui se sont installés au Mont Saint Odile, elle a également posé des compagnon de recueillement dans une chapelle à Saint Pierre le Jeune au centre ville de manière durable, et là, elle se fait accueillir pour la troisième fois, dans ce Temple pour y présenter ses travaux sur papier, cartons, livres, en dialogue avec la poésie et les auteurs.
Elle se nourrit des écrivains et des poètes: Célan, Sachs, Char et bien d'autres, qui jettent leurs mots sur la page par la force de son écriture et elle transforme ces paroles en trajectoires de vie.
On y trouve donc des pages lumineuses de noir, d'où la poésie s’échappe d'un élan fulgurant, et nous parle de "ces siècles poussés par la souffle"* qui nous invitent à aller à l'essentiel.

Annie Greiner - Soleil Blanc - Photo: lfdd

Elle également exposé plusieurs fois dans un petit appartement de la rue des Pucelles à Strasbourg avec l'aide de Pierre Romain.
Bien avant la naissance de ce blog, elle exposait dans divers lieux, espaces d'Art, entreprises, églises, galeries en France et à l'étranger et avait été "Lauréate" du prix du département du Bas-Rhin du CEEAC en 1988.

Voici un bref aperçu sur ses récentes expositions ici sur mon blog:

En mai 2016:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2017/05/ils-sont-ouverts-qui-les-ateliers.html

En décembre aussi:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2016/12/les-expositions-de-decembre-strasbourg.html

Et en 2017:
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2017/05/ils-sont-ouverts-qui-les-ateliers.html


Merci Annie et bon voyage

La Fleur du Dimanche

mardi 10 mars 2020

Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna "À vue" à Pôle Sud: Etre sur sa "Garde" pour se "Changer"....

Dans leur dernière pièce "À vue" que Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna jouent à Pôle Sud, elles s'ex-posent tout en exp(l)osant l'espace de la scène. 

A vue - Brigitte Seth - Sylvain Dufour - Pôle Sud - Photo: lfdd

Une salle d'attente à gauche, un fond de décor avec un tapis à droite qui va se dérouler, se faire dérouler plutôt, parce que tout (ou presque tout) sera fait "à vue", un espace intermédiaire que devient une fausse scène genre labyrinthe marelle, mais rien n'est figé. C'est d'ailleurs le propos de la pièce: plutôt qu'"à vue" ce serait le changement constant du "point de vue", que ce soit visuel ou mental, voire social, qui est ici mis à mal.
On tire à vue sur les préjugés, sur les jugements, sur les attitudes, sur l'identité - en particulier le "genre", le "sexe", la "race", le "statut", la "norme" dans ce spectacle tournoyant et déstabilisant.

A vue - Brigitte Seth - Sylvain Dufour - Roser Montllo Guberna - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Les fausses pistes et les changements de direction se font "à vue" mais surprennent d'autant plus. Les deux personnages interprétés par les deux danseuses-chorégraphes, en costume deux pièce très stylés, qui dès le départ se livrent à une "formation" pour un dès-entretien professionnel vont dynamiter la situation. Et passer la ligne jaune. Et la "carapace" du costume strict va également exploser quand, dans un tableau à l'image d'une peinture de Francis Bacon, lorsque Brigitte Seth tourne sur son fauteuil de patron en fond de scène en révélant un sein généreux. 

A vue - Roser Montllo Guberna - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

De même, quand Roser Montllo Guberna, invitée par la musique dépasse le "cadre" de sa danse pour s'immerger dans une transe-danse jusqu'à presque s'y perdre, en emmenant les spectateurs sur cette voie sauvage. Et en inoculant le virus à son partenaire masculin qui, en écho vers la fin de la pièce ressuscite cette dans une version contemporaine et festive.
Car oui, le duo de chorégraphes-danseuses-comédiennes se sont adjointes d'un élément masculin, Sylvain Dufour, qu'elles ont bien sûr habillées en femme, avec perruque blonde de rigueur - l'occasion d'ailleurs d'un autre duo style comique, de jumelles faussement inoffensives.

A vue - Sylvain Dufour - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Nous pourrions citer un deuxième trio, en l'occurrence la collaboration avec Jean-Luc A. d'Asciano, poète, romancier et éditeur dont le texte qu'il a écrit en étroite collaboration avec les deux femmes rythme la pièce, hoquète dans le réel et se perd dans l'absurde pour le plus grand bonheur du spectateur de cette pièce. Et bien sûr la "famille", cette troupe "Toujours après minuit" avec les lumières de Guillaume Tesson, la musique - qui installe magnifiquement les différentes ambiances - et la vidéo - qui interroge la question fondamentale "Qui suis-je?" dans la distanciation de ce qu'on projette sur quelqu'un (au sens propre !).

A vue - Sylvain Dufour - Roser Montllo Guberna - Pôle Sud - Photo: Christophe Raynaud de Lage

La pièce est une invitation à ne pas rester à la surface des choses  - "Une femme c'est de quelle couleur?" - en nous permettant de cheminer dans la pluralité et la diversité des êtres, de plus changeants puisque au fur et à mesure de l'avancement de pièce, les schémas bougent, les personnages se transforment, changent (et se changent) à vue et rentrent dans des relations plus paisibles et fraternelles. Un hymne à la liberté de corps et d'esprit non dénué d'humour.


 


La Fleur du Dimanche 

À vue

A Pôle Sud le 10 mars 2020

Brigitte Seth & Roser Montlló Guberna / Cie Toujours Après Minuit

Mise en scène et chorégraphie : Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth
Texte : Jean-Luc A. d’Asciano
Assistante à la mise en scène : Jessica Fouché
Scénographie : Emmanuelle Bischoff
Lumière : Guillaume Tesson
Musique et vidéo : Hugues Laniesse
Perruques : Sylvain Dufour
Costumes : Sylvette Dequest
Interprètes : Sylvain Dufour, Roser Montlló Guberna, Brigitte Seth
Administration et production : Véronique Felenbok et Marion Arteil
Diffusion : Carol Ghionda
Presse : Olivier Saksik
Création 2018 au CCN de Tours
Coproduction : la Cie Toujours après Minuit - le CCN de Tours (direction Thomas Lebrun) - les Subsistances à Lyon - le Théâtre Gérard Philipe de Champigny. Résidence de création à l’Usine Hollander/Cie la Rumeur à Choisy-le-Roi Avec l’aide à la création de l’ADAMI. La compagnie Toujours après Minuit reçoit le soutien du Ministère de la Culture - DRAC Île-de-France, de la Région Île-de-France et du Conseil Départemental du Val-de-Marne