samedi 6 octobre 2018

The Bootleg Beatles au Point d'Eau: des Fraises (Strawberries .. forever) sur le Gâteau de Musica

Pour clore le Festival Musica, un événement hors norme sur la scène du Point d'Eau à Ostwald: The Bootleg Beatles, pas les vrais, bien sûr, mais leurs clones plus vrais que vrais - aux dires d'ex-Beatles et des vieux fans qui se sont déplacés en masse (le concert affichait complet) - qui nous invitent à un voyage à remonter le temps.


Musica 2018 - Bootleg Beatles - Photo: lfdd

Nous nous retrouvons à Hambourg il y 60 ans du temps de "She loves you", "Roll over Beethoven", 'I want to hold your hand" et le bain de jouvence peut commencer. Plus vrais que nature, les quatre acolytes, Ringo (Gordon Elsmore) impassible à la batterie, George (Steven Hill) à la guitare, Paul (Steve White) à la guitare basse, au chant et à l'animation et John (Tyson Kelly) à tout cela et le reste, vont nous jouer à être les Beatles sur scène à travers un voyage de quelques disques: Help!, Rubber Soul, Magical Mystery TourYellow Submarine, Abbey Road, et d'autres, en changeant de costume pour se mettre à l'époque.


Musica 2018 - Bootleg Beatles - Photo: lfdd

Et on les voit vieillir - et nous aussi, en direct live, pendant que sur l'écran défilent des animations très sympathiques d'André Barreau avec des images d'archives et même des chansons des concurrents (les Rolling Stones) ou d'amis musiciens qui nous mettent dans l'ambiance de l'époque.


Musica 2018 - Bootleg Beatles - Photo: lfdd

Les jeux de scènes rejoués: dialogues entre eux, blagues qui ne font rire qu'eux, et une impeccable reconstitution des interprétations nous font peu à peu entrer dans le jeu. Il y a bien la vraie écoute de la sensibilité des voix et l'ambiance des disques qui nous manquent, mais le spectacle nous convainc et nous participons à la fête - reconstitution - d'un concert mémorable et utopique que nous aurons vécu.


Musica 2018 - Bootleg Beatles - Photo: lfdd

Généreux, le groupe après un entracte nous gratifie de quelques morceaux présents sur le double album blanc "The Beatles" avec Back in the U.S.S.R., Dear Prudence, Glass Onion, Ob-La-Di, Ob-La-Da, While My Guitar Gently Weeps, Revolutions, Blackbird, et d'autres dont des titre de "Let it be",  Get back, Something, en hommage à Charles Aznavour (et Franck Sinatra), Lady Madonna, et le très très triste "Hey Jude" avant de faire une fausse sortie en remerciant tout le monde et saluant l'Orchestre de l'Académie Supérieure de Musique de Strasbourg - Hear avec les cordes et les vents sous la direction très dynamique et engagée de Corinna Niemeyer.


Musica 2018 - Bootleg Beatles - Photo: lfdd

Et mettant le feu à la salle avec "Birthday" entre autres pour saluer la fin de mission de Dominique Marco à qui est offert ici un magnifique cadeau d'adieu.


Musica 2018 - Bootleg Beatles - Photo: lfdd

Ce fut une soirée mémorable qui a donné la "POMME" à tout le monde et que ceux qui n'avaient jamais vu les Beatles vont encore raconter à leurs petits-enfants.

Le Fleur du Dimanche

Joana Vasconcelos: Pour les 20 ans du MAMCS, une Nana au Musée

Le MAMCS, Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg fête ses 20 ans cette année, et il n'était que chose logique que d'organiser à cette occasion une exposition de "Nana", vu la direction (féminine) du  Musée - et des Musées de Strasbourg jusqu'à récemment (c'est vrai qu'il y a eu d'autres exposition d'artistes - femmes aussi auparavant).

Joana Vasconcelos n'est pas la moins apte à endosser ce rôle, après le Château de Versailles en 2012, la Bienale de Venise en 2013 où, artiste officielle, en plus d'un "Pavillon" elle nous a "mené en bateau" sur le Grand Canal - un bateau il est vrai customisé par elle-même, et de faire l'afiche d'une restrospective à la Fondation Guggenheim de Bilbao cette année, elle nous fait l'honneur, excusez du peu, de nous offir une exposition à Strasbourg.

Dans "I want to break free", son travail de réflexion sur la féminité et ses caractéristiques, et sa transgression se retrouvent ici avec des objets féminins ou domestiques transformés, assemblés et symbolisés, avec son regard critique, humoristique et sensible. Voir son immense chaussure faite de casseroles, ou les ustensiles customisés et recouvert de fils de laine colorés ou ses "tricotages" ou sa grande fleur dans la nef.

Pour l'inauguration, nous avons eu droit à une performance de la compagnie "L'Un des Paons Danse" qui a réitéré le coup le samedi 6 octobre. 
Nous attendons sagement sur le canapé à fleur que cela commence......


Joana Vasconcelos - canapé de fleurs - Photo: lfdd

Voilà:


Joana Vasconcelos -Performance L'un des Paons danse - Photo: lfdd



Joana Vasconcelos -Performance L'un des Paons danse - Photo: lfdd



Joana Vasconcelos -Performance L'un des Paons danse - Photo: lfdd



Joana Vasconcelos -Performance L'un des Paons danse - Photo: lfdd



Joana Vasconcelos -Performance L'un des Paons danse - Photo: lfdd



Joana Vasconcelos -Performance L'un des Paons danse - Photo: lfdd

Et le dimanche 7 octobre, c'est au tour de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux de faire dialoguer leur danse avec des matériaux inédits en l'occurence des objets mobiles inspirés d’une sculpture de Hans Arp, Entité ailéeOSCYL Variation s'incrit également dans les maifestations #happy20 anniversaire du Musée..

La Fleur du Dimanche

vendredi 5 octobre 2018

Partage de Midi au TNS: Coupés en deux, entre l'amour et la mort

La pièce "Partage de Midi" de Paul Claudel, mise en scène par Eric Vigner et jouée actuellement au TNS est à la fois du théâtre, de la peinture et de la poésie. Mais c'est avant tout un mythe, même si c'est une part d'histoire vécue par Claudel et qu'il a sublimée en pièce de théâtre. Il en a d'ailleurs fait deux versions, celle, "cachée" qu'il avait écrite en 1906 et sur laquelle s'est basé Eric Vigner pour cette pièce, et celle de 1948 réécrite pour Jean-Louis Barrault.


Le partage de midi - Eric Vigner - Photo: Jean-Louis Hernandez

MESA. -"Et maintenant pourquoi est-ce que vous venez me déranger ? pourquoi est-ce que vous venez me rechercher ? Cela est cruel.
Pourquoi est-ce que je vous ai rencontrée ? Et voici que, faisant attention à moi,
Vous tournez vers moi votre aimable visage. Il est trop tard !
Vous savez bien que c'est impossible ! Et je sais que vous ne m'aimez pas.
D'une part, vous êtes mariée, et d'autre part, je sais que vous avez goût
Pour cet autre homme, Amalric.
Mais pourquoi est-ce que je dis cela et qu'est-ce que cela me fait ?
Faites ce qu'il vous plaira. Bientôt nous serons séparés. Ce que j'ai du moins est à moi. Ce que j'ai du moins est à moi."

YSÉ. — Que craignez-vous de moi puisque je suis l'impossible ?
Avez-vous peur de moi ? Je suis l'impossible. Levez les yeux,
Et regardez-moi qui vous regarde avec mon visage pour que vous me regardiez !

MESA. — Je sais que je ne vous plais point.

YSÉ. — Ce n'est point cela, mais je ne vous comprends pas.
Qui vous êtes, ni ce que vous voulez, ni
Ce qu'il faut être, comment il faut que je me fasse avec vous.

Comme vous pouvez le comprendre, Claudel a vraiment sublimé dans une langue poétique cet épisode de sa vie de jeune homme qu'il a vécu, cette rencontre coup de foudre, à 32 ans, alors qu'il vient de se faire refuser la vie monacale dans laquelle il voulait s'engager, sur le bateau qui le  ramène en Chine pour continuer sa carrière de diplomate, avec Rosalie Vatch, une femme mariée avec qui il aura une fille.


Le partage de midi - Eric Vigner - Photo: Jean-Louis Hernandez

La pièce va nous conter cet épisode de la rencontre, la bascule vers un autre monde après le canal de Suez, et cet étrange ballet d'un trio non moins étrange, le mari, l'amant et l'amoureux autour de cette femme Isé, les multiples rebondissements, tous plus intéressants les uns que les autres, sur fond d'exotisme. 
Au niveau mise en scène, il y un moment magique de séduction de Mesa par Isé, tous les deux de noir vêtus, elle dans une magnifique crinoline, dans un ballet au ralenti gorgé de sensualité, autant au niveau du texte que du jeu. Cela se passe au début du deuxième acte et cela bascule au moment où le rideau de bambou tangue comme une vague qui submerge. 


Le partage de midi - Eric Vigner - Photo: Jean-Louis Hernandez

Jutta Johanna Weis incarne magnifiquement Ysé, cette maîtresse-femme qui à la fois mène tout ce monde, mais en même temps est désespérée. Sa diction et son léger accent allemand lui donnent encore plus de charme et de séduction dans cette langue de Claudel, polie comme un diamant. Mathurin Voltz joue avec une forte incarnation De Ciz, le mari totalement absent et Alexandre Ruby incarne toute la sensualité et la puissance d'Amalric, l'amant stratège qui attend son heure. Et Stanislas Nordey, dans le rôle de Mesa arrive à exprimer toute la folie, la passion et le désespoir, le désenchantement de Mesa, sans exagération, ni caricature.
La scénographie et les lumières, comme des tableaux en clair-obscur concourent à créer une ambiance mortifère, le plateau de bougies en particulier ou la scène de la mort de l'enfant, tout en suggestion, la dernière scène est un peu moins convaincante. Mais la performance de ces quatre grands comédiens sur un texte d'une écriture sublime vaut bien ce voyage de deux heures et demie ou l'on passe de l'amour, la passion au désespoir et à la mort, comme dans une épopée antique.


Le Fleur du Dimanche

LE PARTAGE DE MIDI

Création le 5 octobre 2018 au Théâtre National de Strasbourg
Strasbourg: jusqu'au 19 octobre au TNS - Strasbourg

Reims: du 13 au 15 novembre 2018 à La Comédie de Reims – Centre dramatique national
Rennes: du 12 au 19 décembre 2018 au Théâtre National de Bretagne
Paris: du 29 janvier au 16 février 2019 au Théâtre de la Ville – Paris

Texte Paul Claudel
Scénographie et mise en scène Éric Vigner
Avec Stanislas Nordey, Alexandre Ruby, Mathurin Voltz, Jutta Johanna Weiss
Lumière Kelig Le Bars
Son John Kaced
Costumes Anne-Céline Hardouin
Maquillage Anne Binois
Assistanat à la mise en scène Tünde Deak
Assistanat à la scénographie Robin Husband

Production Compagnie Suzanne M

Coproduction Théâtre National de Strasbourg, Théâtre National de Bretagne / Rennes, Théâtre de la Ville – Paris

L'OPS à Musica: Consacrez-vous à l'Orchestre: Sacré Faust, sacré programme

Le traditionnel concert de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg donné dans le cadre du Festival Musica cette année a été l'occasion de faire un superbe voyage du XXème au XXIème Siècle de la musique.
Stravinsky, avec le "Sacre du Printemps", pièce iconoclaste qui a fait un "clash" lors de sa première représentation a paru bien sage aux fidèles auditeurs qui, pour certains la connaissaient par coeur, de l'avoir vu et revue avec des chorégraphies de multiples chorégraphes célèbres (Nijinski en 1913, Maurice Béjart (1959), Pina Bausch (1975), Paul Taylor (1980), Mats Ek (1984), Jorge Lefebre (1988), Angelin Preljocaj (2001), Régis Obadia (2003), Uwe Scholz (2003), Doug Varone (2003), Emanuel Gat (2004), Heddy Maalem (2004), (2011), Jean-Claude Gallotta (2011), Sasha Waltz (2013), et la liste est encore longue...). Mais cela a aussi eu l'avantage que, sans la danse, nous avons pu suivre la magnifique interprétation à la fois des solistes (entre autre le solo de basson inaugural de Rafael Angster) et bien sûr des ensembles de vents, qui nous emportaient dans les phrases mélodiques plus ou moins longues rythmant la pièce dans des envolées de plus en plus rapides, alors que les cordes, par vagues, d'abord calmes, puis de plus en plus fortes et saccadées montaient en tension et en puissance jusqu'à l'explosion finale. La direction, très claire et lisible de Marco Lentonja a induit une superbe prestation de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg avec un effectif majestueux - même les percussions remplissaient le fonds de scène. Ce fut un réel plaisir donc d'entendre cette pièce historique clôturer ce magnifique concert.


Musica 2018 - Orchestre Philarmonique de Strasbourg - Igor Stawinsky- Photo: lfdd


Le concert débutait avec un autre très grand musicien, contemporain, celui-ci (il est né dix ans après le Sacre) mais devenu une figure de la musique contemporaine, György Ligeti, de qui Musica présentait cinq oeuvres cette année, et dont l'OPS a joué la pièce "San Francisco Polyphony" écrite pour l'Orchestre de San Francisco et créée le 8 janvier 1975. La pièce surprenait dès le début avec des nappes de sons qui s'effilochaient en flammèches et en airs de flute. Puis en alternance entre de brusques accélérations et ambiances urbaines ou de lointains gazouillis, cliquetis et sourdes rumeurs de trafic automobile ou d'avion qui passe, de grincement de tramways. Un murmure riche des cordes, soutenues par les vents, jusqu'à l'explosion finale. Comme le disais Ligeti, et c'est l'impression qui est bien passée: "Il se produit ici une alternance entre l'ordre et la chaos.


Musica 2018 - Orchestre Philarmonique de Strasbourg - Györky Ligeti - Photo: lfdd


La pièce attendue, c'était la création du "jeune" Ondrej Adamek (né en 1979 "Follow me", concerto pour violon et orchestre, dédié à Isabelle Faust, et dont il dit "Un hoquet où la mélodie est divisée note par note entre le soliste et l'orchestre devient la musique d'une tribu imaginaire. Derrière la partition, il y a une idée de relation diverse entre un "guide" et une "foule": un guide prononce une parole simple et forte. Au début il est seul."  Et nous assistons donc à ce dialogue, cet apprentissage de cette mélodie, d'abord par le premier violon, puis les cordes, puis l'orchestre, où le son, le volume enfle puis s'éteint en un air plus clair. Pour plus tard, se distordre en dialogue saccadés qui s'installe et une volonté de prise de parole de l'orchestre apparait. La soliste tente une envolée lyrique en mélodie mais l'orchestre la contre dans une descente vers le silence. Dans le troisème mouvement, des souffles, des sons essayent de reprendre forme en vain puis deviennent tonitruants et reléguant la soliste au fond de l'orchestre jusqu'à la faire sortir en dehors de la salle où elle essaie de jouer un dernier air, mais les trompettes moqueuses ricannent leur joie. Nous avons assisté à la révolte d'une foule contre un individu qui essayait de les guider et la démonstration était éclatante.


Musica 2018 - Orchestre Philarmonique de Strasbourg - Isabelle Faust - Ondrej Adamek - Photo: lfdd

Le public ravi a fait une ovation à la soliste et Isabelle Faust l'a gratifié en retour d'un vibrant solo, court mais émouvant avec "Doloroso" de Gyorgy Krutag que je vous offre en prime:



La Fleur du Dimanche

mercredi 3 octobre 2018

Le Voyage Supersonique à Musica 2018: Larguez le Balas(t) et en route pour l'aventure inouïe

Les spectateurs - jeunes et moins jeunes - sagement assis dans la salle Gignoux du TNS imaginent qu'ils vont faire un grand voyage quand ils voient sur scène la cabine du Capitaine Némo de la musique, Thierry Balasse.


Musica 2018 - Le Voyage Supersonique - Thierry Balasse - Photo: lfdd

Ressemblant à une cabine de pilotage, l'assemblage de syntéthiseurs divers, de tables de mixages, de micros et de bric à brac divers nous laissent augurer d'un déploiement de grands moyens.


Musica 2018 - Le Voyage Supersonique - Thierry Balasse

Mais la suite en surprend plus d'un. Après une invitation à plonger dans les abysses, c'est surtout un appel au rêve et à l'imagination, à l'aide de moyens très simples qui nous charment tous: un "aquarium", une paille, quelques sifflets, une flasque (sans whisky) et des micros nous emmènent au fond de la mer à la rencontre des monstres marins, avant de rendre visite aux sirènes à la douce voix. La magie opère en direct et Thierry Balasse dialogue sur son "Thereminvox" avec Cécile Maisonhaute (voix et piano discret) qui a écrit l'air des sirènes. Ils nous emportent vers l'archipel des îles de Tam'bou avec caisse claire et oudou (tambour en céramique). Le voyage aquatique (on ne peut plus réaliste) s'achève et par la magie de ventilateurs, nous décollons, largement aidés par les effets sonores et la lumière de Thomas Leblanc, et les projections vidéo sur le rond du tambour. 

Musica 2018 - Le Voyage Supersonique - Thierry Balasse - Photo: lfdd

Ce voyage de plus de 20.000 lieues se poursuit dans l'espace vers Sagitarius A, le trou noir de notre galaxie dans une simulations plus que réelle pour nous ramener dans notre fauteuil.
Le voyage nous a fait retourner en enfance et ceux qui y sont encore ont ouvert de grand yeux en remerciant le Capitaine ingénieux qui a su nous faire décoller de nos sièges. Il n'est pour autant pas intouchable, ni Star sur une autre étoile. Il dialogue très simplement à la fin de son spectacle avec lepublic pour partager avec tous sa passion de la "matière son" qu'il a découvert et qu'il travaille, ici avec des instruments très simples - et historiques qu'il présente comme des interprètes du concert. En espérant que le courant (électrique) qui a permis tout cela passe aussi dans les veines et les envies de son public. Pour un autre "Voyage Supersonique"   




La FLeur du Dimanche

Musica 2018
Le voyage supersonique
création mondiale
Conception, direction et interprétation, Thierry Balasse
Compositions originales, Thierry Balasse, Cécile Maisonhaute
Mise en son et régie son, Benoit Meurant

Mise en lumière et régie générale, Thomas Leblanc

dimanche 30 septembre 2018

Musica à Mulhouse: Gravité du Ballet Preljocaj: l'attraction du mouvement dansé


Dans le programme du Festival Musica décentralisé à Mulhouse en collaboration avec la Filature c'est la dernière création d'Angelin Preljocaj Gravité dont la première fût donnée à Lyon à la Biennale de la Danse qui ouvre également la saison du lieu. 
Sur un choix de musiques autant classiques (Bach, Chostakovitch,.) que contemporaines (Phillip Glass) mais aussi une sélection de musique actuelles ( Daft Punk, 79D), pendant une bonne heure et demie, nous assistons à des chorégraphies enchaînées sans temps mort.

Tout commence à terre, gravité oblige, mais comme l'attraction c'est aussi celle des corps, trois masses se forment et prennent lentement vie et vont explorer les multiples aspects et effets de la gravité et de l'attraction. 


Musica 2018 - Ballet Preljocaj - Gravité - Photo: lfdd

Sur une musique de Bach, par exemple, la danse baroque devient mouvement de particules qui tournent les unes autour des autres. Angelin Preljocaj explore ainsi avec ses danseurs l'attraction - et les mouvements de rejet - entre hommes et femmes dans de très belles variations debout ou au sol, en gardant une certaine délicatesse du geste et de la relation. 


Musica 2018 - Ballet Preljocaj - Gravité - Photo: lfdd

Un épisode majeur fut une longue variation dans le genre break dance magnifiquement chorégraphié et dansé, d'abord dans un grand mouvement d'ensemble qui se continue comme une battle en duos, trios et quatuor avec les danseurs tous habillés de noir et pour finir par un duo féminin en blanc prêts à partir dans un envol d'hélicoptère. 

Musica 2018 - Ballet Preljocaj - Gravité - Photo: lfdd

L'arrivée du Boléro de Ravel via un rythme électronique fut une surprise mais la version "attraction" c'est à dire toujours en rond, couché assis (en rond sur les genoux du partenaire) ou debout puis avec toutes les variations d'attractions entre ancrage au sol, relation au partenaire, attraction et élévation. L'interprétation par ces douze danseuses et danseurs fut un grand moment d'émotion.
Une séquence pour reprendre son souffle et clôre symboliquement le spectacle fut une "mort du cygne" où tous les danseurs finirent par se retrouver à terre à nouveau dans une chorégraphie plus lente.


Musica 2018 - Ballet Preljocaj - Gravité - Photo: lfdd

Angelin Preljocaj nous prouve que quelque soit le style, classique, contemporain ou plus pop, ses chorégraphies, interprétées magnifiquement par sa troupe dont les corps sculptés par la superbe lumière d'Eric Soyer nous procurent une belle émotion et un magnifique spectacle. 




La Fleur du Dimanche

Gravité:
Création à Lyon, Biennale de la Dance - du 20 au 24 septembre 2018
Mulhouse - la Filature 29 et 30 septembre 2018
Aix - Grand Théâtre : du 3 au 6 octobre 2018
Paris - Théâtre de Chaillot - du 7 au 22 février 2019
Marseille - du 3 au 6 avril 2019

avec Baptiste Coissieu, Leonardo Cremaschi, Marius Delcourt, Léa De Natale, Antoine Dubois, Clara Freschel, Isabel García López, Véronique Giasson, Florette Jager, Laurent Le Gall, Théa Martin, Víctor Martínez Cáliz, Nuriya Nagimova

chorégraphie Angelin Preljocaj, 
musiques Maurice Ravel, Johann Sebastian Bach, Iannis Xenakis, Dimitri Chostakovitch, Daft Punk, Philip Glass, 79D, 
costumes Igor Chapurin, 
lumières Éric Soyer, 
assistante répétitrice Cécile Médour, 
choréologue Dany Lévêque, 
photo © Jean-Claude Carbonne. 
production Ballet Preljocaj. 
coproduction Chaillot – théâtre national de la danse, Paris ; Les Théâtres de la Ville de Luxembourg ; Biennale de la danse de Lyon 2018 ; Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence ; Scène nationale d’Albi ; Theater Freiburg, Allemagne. 
Le Ballet Preljocaj, Centre Chorégraphique National est subventionné par le ministère de la Culture – Drac PACA, la région PACA, le département des Bouches-du-Rhône, la métropole Aix-Marseille Provence / Territoire du Pays d’Aix et la ville d’Aix-en-Provence. Le Ballet bénéficie du soutien du Groupe Partouche – Casino Municipal d’Aix-Thermal, des particuliers et entreprises mécènes, ainsi que des partenaires.

900 billets - Se souvenir des belles choses disait-elle... Les fleurs c'est le pied

Ce billet que je vous destinais dimanche dernier, alors que La Fleur du Dimanche venait de dépasser les 200.000 pages vues.

Il aura attendu une semaine de plus et s'est enrichi d'une réflexion complémentaire et de plus de 2.272 lecteurs supplémentaires.

Mais comme les fleurs, c'est le pied, je vous en offre une botte, même deux, en carte postale de Crète:


Carte Postale de Crète: Les Fleurs, c'est le pied - Photo: lfdd

Concernant les extraits sur la disparition, l'amour et la vitesse ou la transformation du monde; ceux-ci ont trouvé un terreau favorable cette dernière semaine. En particulier lors des concerts de Musica qui nous font balayer dans la mémoire 35 ans de rencontres. 

Trente-cinq ans pendant lesquels des amitiés, à tout le moins des repères ou des échanges s'installent. Et des visages devenus familiers changent, deviennent invisibles - où sont-ils maintenant? - ou ont disparu. 
Il y en a certains que l'on attend de voir ressurgir, et d'autres que l'on revoit avec un immense plaisir après une courte ou une plus longue absence. 
Et puis il y a les souvenirs qui remontent. Souvenirs d'événements, de lieux, de choses vécues... 
Par exemple cette rencontre dans une galerie de la rue du Faisan avec Knud Victor et son "orchestre de mouches"; ou de l'artiste italien qui y exposait, une des premières rencontre avec l'art contemporain. 
Ou la musique subaquatique de Michel Redolfi aux Bains Municipaux.
Ou encore Rhys Chatam et ses 100 guitares dans l'entrepôt Kronenbourg du Port du Rhin, une des premières "signatures" de Jean-Dominique.  

Les réseaux qui s'entrecroisent aussi, avec la vidéo, par exemple "Juste le temps" de Robert Cahen et les bords du lac de Côme avec le Monte Verita et David M.,  et donc toutes ces rencontres devenues des connaissances, des silhouettes reconnues ou des ami(e)s fidèles. 



Et aussi ces "Trois Grâces", aujourd'hui réduites à la plus simple expression et qui se sont réincarnées hier soir dans un quatuor sonore et souriant...
 La rencontre avec Jack Lang, Raymond Depardon et Yannis Xenakis autour de son UPIC. 
Le parvis du Théâtre de Bâle dans le soir résonnant des trompettes de l'Abschied de Karlheinz Stockhausen ou un quai de gare d'Outre-Forêt avec un orchestre d'accordéon sur fond de campagne. 





Je ne parle pas de toutes les découvertes musicales, les spectacles ou expériences vécues tout au long de ces quelques années. 
Mais le propos était plutôt dans cette réflexion sur la disparition, la mort. 
Et, mais je ne vais pas creuser, sur la mort, choisie ou non* et sur l'après**, où la tendance devient majoritairement la crémation dans notre société occidentale. La seule question qui peut être posée serait celle de la durée du souvenir (sans lieu, bien sûr)... Où se souviendra-t-on de nous?

Simone Weil est au Panthéon, avec son mari, Marceline Loridan-Ivens, sa consoeur des camps nous a quittés le 18 septembre.

Le premier des "Extraits" concerne son dernier livre: "L'amour après" qu'elle présentait comme avec son humour:

"Le téléphone sonne. C’est Charlotte qui m’appelle d’Israël. Nous étions dans la même classe à Montélimar. Elle a été arrêtée après moi, mais je ne l’ai pas croisée à Birkenau.
  
—  Qu’est-ce que tu fais en ce moment ? demande-t-elle.
—  Je travaille sur l’amour.
Un silence alors, comme si le mot amour s’égarait, se cognait dans sa tête. Elle ne sait qu’en faire.
—  L’amour au camp ou quoi ?
—  Après les camps.

—  Ah, c’est mieux. L’amour au camp, j’en ai pas vu beaucoup."  

Et je vous en offre le début:


Le deuxième extrait concerne Paul Virilio, qui lui est mort le 10 septembre. Son regard sur la vitesse, la société et les technologies, regard de précurseur, est très intéressant, je vous en offre plusieurs extraits:

"La révolution de la vitesse disqualifie la matière en transformant le monde en spectacle..."




En 1981 il disait: "Un milliard de personnes vont devoir bouger de lieu de vie d'ici 2040"...




Et il citait Churchill:
"L'optimiste est quelqu'un qui voit une chance derrière chaque calamité." 




Et dans une autre interview:
"Je ne crois absolument pas à ce que j'appelle la "démocratie automatique". Je crois à la réflexion, pas au réflexe." 





Et pour finir en chanson, Rachid Taha qui lui aussi est mort à 60 ans. Une chanson de lui, reprise de Charles Trenet qui la chantait dans la France en guerre:



Rachid Taha - Ecoute moi camarade:



Rachid Taha - Rock el casbah:



Et Rachid Taha en direct à la télévision suisse chante Ya rayah (1998)




Bon Dimanche et bonne semaine

La Fleur du Dimanche

* sur le sujet de la mort choisie, un livre parmi d'autres: "Sommes-nous libres de vouloir mourir" d'Eric Fourneret
** sur la destinée des cadavres: "Au jour du grand passage, que ferez-vous de votre corps?" de Michel Hulin et Jean-Philippe de Tonnac
Et pour rester sur le sujet, un livre sur les pratiques du XXVIIIème Siècle pour "réveiller" les noyés et autres faux morts: "Du tabac pour le mort; Une histoire de la réanimation" d'Anton Sedeczny. On leur insufflait du tabac dans le "fondement"....