Blog culturel sur les Arts: littérature, danse, théâtre, musique, classique ou contemporaine, jazz, concerts, Arts plastiques, expositions, et des photos de fleurs.
Un vent nouveau souffle sur la Foire d'Art de Karlsruhe Art Karlsruhe. Le fondateur et directeur artistique de la Foire d'art du Bade-Wurtemberg Ewald Karl Schrade a laissé sa place en 2023 à Olga Blass, historienne d’art, et Kristian Jarmuschek, président du conseil consultatif. La nouvelle équipe a, pour l'édition 2025, totalement chamboulé la disposition des halls et leur contenu. Alors, accrochez-vous et munissez-vous d'un plan:
Art Karlsruhe 2025 - Prenez le bon plan - Photo: Robert Becker
Ou alors, laissez-vous surprendre et commencez par le Hall 1 qui accueille les principales galeries consacrées à l'art moderne et contemporain, les valeurs sûres pour ainsi dire, où vous n'aurez pas forcément des surprises (bien que... on va voir), mais de (très) belle découvertes.
Pour commencer, avec le Hall 1 nous sommes plongés dans l'Art Moderne avec les grands classiques que nous trouvions habituellement dans le troisième Hall. Et c'est très agréable de faire ce parcours un peu chronologique avec des valeurs sûres en Allemagne telles que Emil Nolde, Franz Marc, Otto Dix, Käthe Kolwitz, Ernst Ludwig Kirschner ou Erich Heckel mais aussi Gerhardt Richter, Martin Kippenberger, Thomas Schütte ou Markus Lüpertz mais aussi bien sûr des oeuvres de Max Ernst, Otto Piene ou Imi Knoebel.
Il y a aussi des choses très colorées et de beaux bouquets sur les stands, comme chez BBA Galerie et Sievi:
Art Karlsruhe 2025 - Prenez le bouquet - Galerie BBA - Sievi - Photo: Robert Becker
Ou chez Samuelis Baumgarte:
Art Karlsruhe 2025 - Prenez le bouquet - Galerie Baumgarte - Photo: Robert Becker
Ou avec des biscuits donuts ... d'art !
Art Karlsruhe 2025 - Prenez le bouquet et les donuts - Photo: Robert Becker
Ou des fleurs tout simplement, mais belles comme de l'Art:
Art Karlsruhe 2025 - Prenez le bouquet - Photo: Robert Becker
Alors, chapeau !
Art Karlsruhe 2025 - Prenez le chapeau - Photo: Robert Becker
Chez Commeter de Hambourg, le bouquet est carrément artistique et le travail de Daniel Behrendt, de la peinture à l'huile sur papier vaut la peine que l'on s'en approche de près, aussi.
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Commeter - Daniel Behrendt - H1 BO2 - Photo: Robert Becker
Voilà une vue à côté d'une lampe de Jean-Michel Othoniel:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Commeter - Daniel Behrendt - J.M. Othoniel - H1 BO2 - Photo: Robert Becker
Ici, pas de bouquet, c'et la pomme qui fait "nature morte" sur la sculpture de l'Espagnol Joseph Maurus Wandinger avec en fond de magnifiques montagnes de Ramon Surinyac:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie an der Pinakotek der Moderne - Joseph Maurus Wandinger - Ramon Surinyac - H1 AO9 - Photo: Robert Becker
C'est sur le stand de la Galerie an der Pinakotek der Moderne de Munich qui elle aussi a son bouquet devant une oeuvre de Suzanne Zuehlke:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie an der Pinakotek der Moderne - Suzanne Zuehlke - H1 AO9 - Photo: Robert Becker
Faisons un rapide parcours historique de l'Art du XXème siècle. Commençons dans la galerie Ladron de Guevara de Dresde qui a une très belle proposition de peintures et de dessin de Maximilien Luce (à des prix autour de 1000 €), également des dessins de Raoul Dufy et un tableau très original de René Seyssaud, un paysage avec chemin de fer avec des fleurs rouges qui dégoulinent du talus, superbes.
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Ladron de Guevara - Le Tréport, la falaise - Maximilien Luce - H1 AO7 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Ladron de Guevara - Homme en sabot à table - Maximilien Luce - H1 AO7 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Ladron de Guevara - Paysage avec chemin de fer - René Seyssaud - H1 AO7 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Ladron de Guevara - Eglise de Quilleboeuf et vieux cimetière - Raoul Dufy - H1 AO7 - Photo: Robert Becker
Chez Koch-Westenhof, un dessin d'un enfant qui pleure de Wilhelm Busch, l'auteur d'une des premières bandes dessinées Max und Moritz est proposé à 7.500 €:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Koch-Westenhof - Enfant qui pleure - Wilhelm Busch - H1 A11 - Photo: Robert Becker
Une fleur de pavot de Horst Jansen est exposée à la galerie St Gertrude de Hambourg qui a toute une série de dessins de ce dessinateur et graveur prolifique qui a eu les honneurs de la Biennale de Venise en 1968 et a exposé à la Documenta de Kassel en 1977:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - Pavot - Horst Janssen - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - Horst Janssen - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - Horst Janssen - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Egalement chez St Gertrude, une gravure d'Emil Nolde, un voilier avec trois petits vapeur:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - Emil Nolde - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Et toujours chez St Gertrude, les peintures de figures humaines à partir de tubes de gouache de Jurgen Brodwolf, dont une en collaboration avec son fils, qui a fait le dessin:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - Jürgen Brodwolf - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - Jürgen Brodwolf - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Et du même Nolde, chez Lurdorf, un superbe paysage de soleil couchant:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Lurdorf - Emil Nolde - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Un peu plus loin, chez Gildens'Art il y a une très belle gravure de Calder - Wheel and Stripes et une petite aquatinte de René Magritte tirée à 150 exemplaires, Les moyens de l'existence se vendait à 5.500 €:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertrude - René Magritte - Les moyens d'existence - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie St Gertriude - Calder - Wheels and Stripe - H1 B19 - Photo: Robert Becker
Et à la Galerie Kroken, une lithographie colorée avec muguet, hirondelles et papillons et angelots, de Salvator Dali tirée à 195 exemplaires était à 4.500 €
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Kroken - Dali - Lithographie - H1 A18 - Photo: Robert Becker
Sinon, chez Mayer Riegger, les Parapillonneries de Meret Oppenheim, une édition de six lithographies avec un poème d'André Pieyre de Mandiargues:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Mayer Riegger - Parapillonneries - Meret Oppenheim - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Mayer Riegger - Parapillonneries - Meret Oppenheim - Photo: Robert Becker
Du côté de la Galerie Friedmann Hahn, une belle variété de travaux en dessin, entre autre de Jub Mönster, A bout de souffle (vous les reconnaissez ?
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Friedmann Hahn - A bout de souffle - Jub Mönster - Photo: Robert Becker
Et un travail sur des couvertures de livres de Kristin Kolb:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Friedmann Hahn - Kristin Kolb - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Friedmann Hahn - Kristin Kolb - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Friedmann Hahn - Kristin Kolb - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Friedmann Hahn - Kristin Kolb - Photo: Robert Becker
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Friedmann Hahn - Kristin Kolb - Photo: Robert Becker
Autre style, à la Galerie Filser & Gräff, une peinture de Richard Schur:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Filser & Gräff - Richard Schur - Photo: Robert Becker
Et une lithographie de Marilyn d'Andy Warhol chez Beden & Ackermann:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Beden & Ackerman - Andy Warhol - Marilyn - Photo: Robert Becke
Chez Rothamel vous avez les étranges univers végétaux de Thitz:
Art Karlsruhe 2025 - Galerie Rothamel - Thitz - Photo: Robert Becker
Pour la Saint Valentin, on pense à l'amour, et l'amour appelle les fleurs, alors, je vous offre quelques fleurs
Des clématites sauvages, clématites des haies ou vigne blanche, clematis vitalba pour vous:
Clematis Vitalba - Photo: Robert Becker
Sauvage comme l'amour, le premier, le primitif, celui dont on se souvient, qui nous marque. Vous, vous en souvenez-vous, vous a-t-il marqué ?
C'est le premier, ce n'est pas forcément le plus puissant - j'en connais pour qui c'est le seul - mais il y en a tant et ils peuvent être très forts, puissants, extraordinaires.
C'était la Saint Valentin, l'occasion de consommer ensemble, pas seulement au restaurant, ou pas...
D'ailleurs comme premier TVA en rapport avec cette fête, je vous ai trouvé ce trait d'humour:
"Si à la Saint Valentin tu n'es pas amoureux, ce n'est pas grave, à la Toussaint tu nes pas mort non plus."
Et je rebondis sur ce texte de Pierre Michon - dans Libération - qui parle de la mort et aussi curieusement de l'amour - et de l'écriture:
"J'ai eu une inhibition devant l'écriture toute ma vie, sauf dans les moments où ça se décoinçait. Et puis, coup sur coup, deux choses m'ont libéré. D'abord l'amour que j'éprouve depuis cinq ou six ans, avant que je ne tombe malade. Ensuite, j'ai fait l'expérience de celui qui va mourir d'ici très peu de temps. Depuis, je peux dire que je n'ai pas peur de la mort. C'est facile à dire, ça vous parait gratuit, mais c'est vrai.
Cette expérience de la mort et cet amour m'ont débarrassé de toute inhibition envers l'écriture. Je dirais presque de toute inhibition tout court. Je ressens un bonheur presque ininterrompu. C'est peut-être une forme bégnine de dégénérescence sénile, quand on dit "il retombe en enfance". Mais c'est une forme bégnine, je recommande à tout le monde de l'attraper."
Pour revenir rapidement sur le "premier amour" et son "premier chagrin d'amour", le plus dur souvent, le psychothérapeute Nazyk Faugeras, nous explique dans un article dans Libération sur la Saint Valentin que "si le premier chagrin d’amour est aussi douloureux, c’est qu’il vient «raviver les souvenirs d’une relation très forte vécue antérieurement». Pas dans une autre vie, mais au tout début de celle-ci : «La relation entre la mère et le nourrisson». Resté «totalement inconscient, le conflit psychique lié à cette perte n’a pas été dénoué». Cette nouvelle séparation, ... fait exploser chez les protagonistes un méli-mélo d’émotions difficile à gérer : «attachement, amour, dépendance, haine, rancœur…»
Et avant de boucler sur la mort, non des fleurs mais des feuilles:
Feuilles pas fleurs - Photo: Robert Becker
Et donc, le mot de la fin dans la bouche - ou plutôt sous la plume - d'Olivier Cadiot dans son dernier livre Départs de feu:
"Au moment de mourir, on peut se dire que tout ce qu'on a fait contient aussi ce qu'on n'a pas fait. C'est formidable, non ?"
Mais j'allais oublier, pour revenir à la Saint Valentin et pour le mettre en perspective avec les injonctions actuelles, en particulier la question du "consentement", je vous mets des extraits très éclairants sur ce sujet avec un point de vue original par une philosophe espagnole Clara Serra, à l'éclairage de l'expérience récente de leur pays. C'est un livre la Doctrine du consentement (la Fabrique, janvier 2025) dont Libération parle dans une article Le consentement, cet obscur objet du désir et je vous en offre quelques extraits:
"Le problème de cette vision «néolibérale» appliquée au désir, objecte Clara Serra, c’est qu’elle s’appuie sur une vision formelle et abstraite des libertés et des droits. Or, l’égalité face au consentement n’est que théorique, et gommer son inscription concrète et sociale, c’est gommer «la condition matérielle de la liberté de choisir» en réalité soumise à des rapports de domination et des inégalités que prendrait davantage en compte un projet d’émancipation réellement progressiste. Pour preuve, l’ancien acquiescement des femmes au mariage, qui était rarement «libre et éclairé».
...
Un paradoxe que pointe Clara Serra : «Penser la sexualité comme si nous étions sans cesse en situation de danger renforce l’image traditionnelle de fragilité, et finit par nous renvoyer au lieu que le patriarcat a toujours assigné aux femmes.»
...
"Pourtant, écrit l’universitaire anglaise Katherine Angel citée par Clara Serra, c’est dans l’interaction qu’émergent nos désirs ; nous ne savons pas toujours ce que nous voulons ; parfois, nous découvrons des choses que nous ignorions désirer ; parfois, nous ne découvrons ce que nous voulons qu’en le faisant. Cette réalité – nous ne savons pas toujours et nous ne pouvons pas toujours dire ce que nous voulons – doit être intégrée dans l’éthique du sexe, et non ignorée parce que gênante.» Position également partagée par Judith Butler qui écrit : «Ne pas savoir est inséparable de la sexualité même.»
Et pour clore en chanson, tout d'abord la chanson La Souterraine d'Emily Loizeau, vue il n'y a pas longtemps au PréO à Oberhausbergen:
Pour revenir aux amour adolescentes, au choix, soit pour quelques "jeunes", Grease avec John Travolta et Olivia Newton-Johns:
En remplacement:
Pour un souvenir plus lointain, d'Yves Simon: Sur les bords d'la Moselle:
Attention surprise !
Sur les bords d'la Moselle
J'avais un amour Qui m'faisait des quenelles Des patates au four J'avais quinze ans à peine et je brûlais Les vieux navires de guerre qui coulaient
Bon, là c'est autrement:
Et là c'est encore différent, c'est le disque:
Et il faut bien que le premier amour parte... avec le Loup et Gérard Blanchard à Rock Amadour ?
Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rock-Amadour Je suis resté là comme deux ronds d'flipp enveloppé dans du papier hygiénique Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rock-Amadour Moi je tricote des napperons avec le reste des nouilles grimpé sur le balcon
AMais il faut que mon amour pense à moi : Piensa en mi - de Luz Casal:
Bon Dimanche, bonne suite de Saint Valentin, jusqu'à la Toussaint...
Nous avions laissé Jan Martens il y a deux ans à Nancy, interprétant lui-même en solo la chorégraphie qu'il avait créée sur la musique d'Elisabeth Chojnacka, une maîtresse femme, dans un spectacle fascinant, et précédemment dans le remuant et éclatant Any attempt will end in crushed bodies and shaterred bones présenté ici même au Maillon avec Pôle Sud en 2022. Avec Voice Noise, également présenté avec Pôle Sud, le registre est différent.
Jans Martens - Voice Noise - Photo: Phile Deprez
Il est question de femmes et de voix de femmes, des sons qu'elles peuvent exprimer de différentes manières, également par le chant. Mais des chants pas ou peu connus, pas ou peu habituels. Les chansons où les sonorités étant singulières, la chorégraphie le sera aussi, plus inscrite dans les corps que dans les mouvements d'ensemble. Et comme ce sont aussi des voix ténues, intériorisées, la gestuelle sera également dans une certaine retenue, intériorisée.
Jans Martens - Voice Noise - Photo: Phile Deprez
Un léger brouillard nous accompagnera pour ce voyage qui commence par une rencontre frontale avec les six danseuses et danseurs immobiles, debout en ligne face à nous et qui vont faire émerger des sons surprenants et variés. D'abord de petits cris, souffles, grondements, claquements de langue, miaulements, ronronnements, cris d'animaux, respirations et onomatopées diverses, langage secret ou caché qui surgissent du silence. Et puis c'est parti pour une série de morceaux de musique, chantés, sifflés, respirés, de diverses origines et tendances, une sélection riche et éclectique.
Jans Martens - Voice Noise - Photo: Phile Deprez
On y retrouve autant le blues que la chanson ethnique, un raga indien ou les chants de lutte (voir la version de Bella Ciao chantée à l'origine par les femmes ouvrières pauvres des rizières du Nord de l'Italie et qui est devenue une chanson de lutte contre les féminicides). Il y a aussi cette chanson inuite Surge (déferlement) célébrant le coït ou de très belles chansons anciennes comme Sol lucet dans une magnifique interprétation qui appelle au calme et au voyage intérieur. Il y a aussi les compositions plus expérimentales comme Varisevalehti de Cucina Povera qui donne l'occasion à Zora Westbroek de nous faire une très belle démonstration de mouvements saccadés et robotiques en étroite synchronicité avec la chanson. Pour le blues Sometimes i feel like a motherless child, nous avons droit à la version brute du 78 tour avec le son d'origine. Et d'autres fois, les interprètes reprennent eux-mêmes la bande son si ce n'est le silence même dans une presqu'immobilité .
Jans Martens - Voice Noise - Photo: Phile Deprez
Il faut souligner, en plus de la qualité des chansons qui balayent une large palette d'expressions artistiques, du choix des interprètes, à la fois divers et singuliers. En plus de Zora déjà citée, d'Elisha Mercelina qui assume bien son corps et le fait bouger avec grâce, de Mamadou Wagué qui nous offre ses longs, longs bras et jambes et sa démarche chaloupée et instable - et sa magnifique avancée du fond de la scène. La performeuse Courtney May Robinson que nous avions déjà vue dans Any attempt emplit le plateau de sa présence fascinante, Sue-Yeon Youn tout en cassures et en déhanchements, et Pierre Adrien Touret tout en souplesse et en ondulation. Cette diversité d'origines et de mouvements, Jan Martens la cultive en laissant à chaque interprète des parts de danse solo, auxquelles, quelquefois, les autres, avec leur vocabulaire propre, amènent leur lecture complémentaire. Et quelquefois, rarement d'ailleurs, ce seront des mouvements d'ensemble bien équilibrés.
Jans Martens - Voice Noise - Photo: Phile Deprez
Les lumières de Jan Fedinger nous installent dans une atmosphère une peu cotonneuse, surtout quand, délassant les douches qui mettent en valeur les corps, il nous installe dans une contre-jour de paysage de mousson en faisant descendre doucement une rampe.
Nous ressortons de ce spectacle entre découverte et apaisement, comme si nous avions fait un voyage insolite dans un continent méconnu, plein de sensations inédites et surprenantes, une autre expression, plurielle et dérangeante.
Au Maillon - avec Pôle Sud CDCN - du 5 au 7 février 2025
Chorégraphie : Jan Martens Co-création et performance : Elisha Mercelina, Steven Michel, Courtney May Robertson, Mamadou Wagué, Loeka Willems, Sue-Yeon Youn et/ou Pierre Adrien Touret, Zora Westbroek Musique : 13 pièces musicales créées/chantées par des femmes liste complète disponible sur www.grip.house Répetitrices : Zora Westbroek, Naomi Gibson Création lumière : Jan Fedinger Création costumes : Sofie Durnez Scénographie : Joris van Oosterwijk Régie son : Vincent Philippart, Valentijn Weyn, Jo Heijens Coaching vocal : Ine Claes, Maxime Montjotin Réalisation costumes et scénographie : Théâtre de Liège Stage : Malick Cissé, Sien Wils Conseils artistiques : Marc Vanrunxt, Rudi Meulemans et Femke Gyselinck Trailer et teasers : Stanislav Dobák Graphisme : Nick Mattan Techniciens de tournée : Elke Verachtert, Valentijn Weyn, Vincent Philippart Production : GRIP (Hanne Doms, Anneleen Hermans, Rudi Meulemans, Lize Meynaerts, Klaartje Oerlemans, Jennifer Piasecki, Sylvie Svanberg, Ruud Van Moorleghem, Nele Verreyken) Diffusion internationale : A Propic – Line Rousseau, Marion Gauvent Coproduction : La Comédie de Clermont-Ferrand, Maison de la Danse de Lyon – Pôle européen de production, DE SINGEL international arts center, Théâtre de Liège, Julidans Amsterdam, Le Manège - Scène Nationale de Reims, Romaeuropa festival, DDD – Festival Dias da Dança – Teatro Rivoli - Porto, Le Carreau, Scène Nationale de Forbach, Charleroi danse – centre chorégraphique de Wallonie – Bruxelles, Festspielhaus St-Pölten, Tanzhaus nrw Düsseldorf, Théâtre de la Ville – Paris, Festival d’Automne à Paris, Équinoxe - Scène Nationale de Châteauroux, Theater Rotterdam, Perpodium Résidences : La Comédie de Clermont-Ferrand, DE SINGEL, Charleroi danse – Centre chorégraphique de Wallonie – Bruxelles Soutien financier : Gouvernement Flamand, Tax Shelter du gouvernement fédérale Belge par BNPPFFF
Dix-huit ans après son premier album L'Autre Bout du Monde, son premier disque qui l'a fait connaitre, Emily Loizeau sort un nouvel album La Souterraine qui confirme son virage vers une musique plus électrique, avec un trio guitare, basse et batterie. Et c'est avec cette formation qu'elle donne un concert très généreux au PréO à Oberhausbergen.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Sur la gauche de la scène, un grand piano sur une caisse à roulette, drôle d'engin que l'on croirait encore en fabrication, à part la structure et la partie musicale, il n'y a pas d'habillage, mais au final quand elle en joue, la musique qui en sort est magnifique. Pour commencer, ses musiciens arrivent avec des lampes de poche et se positionnent sur la scène - Tomas Poli à la guitare et quelques synthétiseurs, côté gauche, Boris Boublil à la basse et aux claviers au fond à droite et du côté droit à la batterie, Sacha Toorop - et mettent une ambiance pour annoncer l'arrivée de l'oiseau blanc, Emily, en robe blanche brodée et un haut doré qui se positionne derrière un clavier au milieu sur l'avant de la scène.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Elle démarre avec la première chanson Eclaire-moi qui nous éclaircit sur la mise en scène à laquelle nous venons d'assister. Cela commence cool comme la chanson suivante, toujours sur un rythme lent Je vois dans tes yeux, qu'elle interprète sur son "grand" piano. La troisième, presqu'un tube déjà, La route de Vénus la voit siffler la mélodie et nous permet de retrouver les belles caractéristiques de sa voix particulière qui peut aller autant dans les aigus bien soutenus et des sonorités qui vont chercher dans les graves qu'elle porte au fond de sa voix. La mélodie nous berce et les ritournelles s'immiscent insidieusement dans notre cerveau alors que nous nous laissons bercer par l'étoile du Berger.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Changement de rythme et de style avec Strong Enough, une chanson en anglais où elle est bien à l'aise, étant bilingue et binationale et où le groupe se laisse aller à des riffs de guitare et quelques éclats. Elle continue avec un mégaphone dans lequel elle chante des slogans en précisant s'adressant à la salle qu'il faut rester vigilant et sauvegarder la culture qui nous élève et nous relie.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Sur ce elle dresse elle-même deux tentes couvertes d'ombres de fleurs, et après un morceau instrumental, elle nous offre la chanson qui a donné son titre au disque La souterraine et qu'elle nous chante au piano, une très belle chanson qui parle de fête et de feu, sombre et lumineuse à la fois, qui nous entraine dans son élan.
"il semble que rien en nous arrête il semble que rien ne puisse troubler la fête"
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Tout change avec I want to turn the volume down, chanson pour laquelle elle va se mettre à danser avec force et frénésie sur la scène, dans une chorégraphie habitée et sous des éclat de lumière stroboscopiques. La suite est également bien martelée, elle-même battant tambour, bien soutenue par Sacha Toorop et la guitare et la basse se faisant très électrique pour Stuck inside où elle martèle qu'elle entend des voix à l'intérieur d'elle....
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Le chanson suivante, plus calme, toujours en anglais est en hommage à Elaha, une jeune réfugiée afghane de 14 ans pleine d'énergie, assez pour soutenir tout l'espoir de toute la famille qui migre et essaie de venir en Europe. C'est une chanson qu'elle a composé pour le film La vie devant elle que sa soeur Manon Loizeau a réalisé sur Elaha, avec des images que la jeune fille a également tournées et qui respirent le bonheur et l'espoir dans le malheur et les difficultés de leur vie.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Le tour de chant s'achève, comme le disque, avec la nostalgique chanson, cependant pleine d'espoir et de résilience, Ici commence la mer:
Laissons nos larmes Irriguer les champs Et nos yeux sécher dans le vent
Laissons nos rages Tonner dans la nuit De nos mains recueillons la pluie
Ici commence la mer Le paradis sur terre Nous avons la vie pour le faire
Laissons nos cœurs Serrés et distants Nos corps abîmés, chancelants
Laissons nos peaux Comme le font les serpents De nos yeux regardons devant
Ici commence la mer Ici finit l'enfer Nos peines seront passagères
Ici commence la mer Le paradis sur terre Nous avons la vie Pour le faire.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Emily Loizeau descend de scène et vient s'immerger dans le public, comme pour prendre un bain de mer, cette mer qui est une ligne d'horizon de ses chansons, tout comme le bout du monde, les frontières, les autres, le vent, la nuit, les orages et les vagues. Les nuages, les rivières et les bouts du Monde... Elle est très consciente - et engagée - dans les actions pour sauvegarder la nature, les arbres, le climat, les animaux, les autres.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Elle a d'ailleurs invité des associations à tenir un stand, dont SOS Méditerranée, et pour le rappel, après une belle interprétation de Sur la route; elle chante s'accompagnant seule au piano une chanson pour les Sioux, Danser sur un volcan où elle dit: "La vie tient du miracle, Il en faudrait si peu pour l'abattre". Elle nous offre bien sûr en très beau cadeau - et sûrement beaucoup sont venus pour communier avec cette chanson - "L'autre bout du monde" avec sa voix inimitable qui nous emporte loin, très loin.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Et pour revenir sur terre et nous rappeler que celle-ci est à défendre et que nous aussi nous devons nous lever, elle nous y invite avec son orchestre et Rise, la musique qu'elle a fait pour le film La fabrique des pandémies qui pose un regard positif sur ce genre d'engagement.
Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker
Ainsi s'achève un très beau concert plein d'énergie, de sentiments et d'émotions, plein de découvertes aussi, avec une chanteuse qui fait son chemin depuis plus de quinze ans sans perdre sa foi et en se renouvelant, et dont l'énergie d'aujourd'hui s'exprime avec force et électricité.
La Fleur du Dimanche
Chant, piano : Emily Loizeau Basse, claviers : Boris Boublil Guitare : Thomas Poli Batterie : Sacha Toorop Régie générale : Nicolas Legendre Régie son/façade/retours : Sébastien Bureau Régie lumières : Laura Sueur / Lucas Delachaux Mise en scène : Julie-Anne Roth Scénographie : Salma Bordes Chorégraphie : Juliette Roudet Création lumières : Samaële Steiner
Ielles sont six sur scène, des femmes, des femmes transgenres et un homme transgenre qui toustes ont passé un certain temps en prison au Brésil, pour des raisons diverses. Et le spectacle Los dias afuera (les jours dehors) de Lola Arias les fait raconter et chanter leurs vies sous la forme d'un spectacle musical bien construit que vient rythmer de temps en temps une séquence musicale où Ines Corpertino joue de la guitare, du synthétiseur ou de la batterie et quelques autres instruments, tandis que certaines prennent aussi en main un instrument et chantent des épisodes de leurs vies sur des airs de cumbia, de samba ou de rock. Deux des interprètes, Nacho et Estafania avaient d'ailleurs créé un groupe de rock dans la prison et ils nous jouent un rock bien hard vers la fin de la pièce.
Los dias afuera - Lola Arias - Photo: Eugenia Kais
Lola Arias, partant d'entretiens avec chacun.e.s a conçu un texte qui présente de manière variée les différents parcours de vie, relations avec la famille, enfants ou non, les multiples épisodes, problèmes et malheurs auxquels ielles ont été confrontés: drogue, violence, rejet, harcèlement, surveillance et répression policière, vie en prison. Lola Arias avait auparavant réalisé avec elles et d'autres détenues un film musical REAS qui décrivait leur vie en prison. Pour la pièce elle s'est un peu plus penchées sur les personnalités et les vies de chacune et leur parcours, inscrivant cela dans les problématiques plus spécifiques au pays sur la répression liée au genre et sur des problématiques plus universelles comme l'intégration et les freins sociaux liés à la conjugaison de leur séjour en prison et de leurs profils personnels.
Los dias afuera - Lola Arias - Photo: Eugenia Kais
Tout cela est mené rondement, comme par exemple la présentation de leur parcours de vie, menée comme un jeu télévisé où les unes répondent aux autres par ricochet, les entretiens d'embauche filmés avec une même chute qui pourrait être comique si elle n'était désespérante ou des épisodes de vie commune rejouées sur scène ou un plateau mobile. La voiture prenant aussi l'air du temps, montrant à la fois la vie de l'un d'entre eux, mais aussi espace d'échange plus intime ou, quelquefois, source de danger. Accessoire aussi des séquences chorégraphiques, tout comme le plateau - scène de music hall avec son podium, ses escaliers et sa barre de pôle danse qui est aussi barre de descente accélérée.
Los dias afuera - Lola Arias - Photo: Eugenia Kais
Les rideaux modulables sont aussi un outil dynamique, espace de projection ouvrant vers le monde extérieur, de même que le podium mobile, apportant sur scène des "coins de vie" transitoires. C'est toute la qualité de cette scénographie et mise en scène, conjuguées aux séquences chantées et chorégraphiées qui nous emportent dans un monde que l'on découvre. Que l'on découvre surtout par la qualité de jeu de ces six comédien.nes que l'on aurait tendance à qualifié d'amateur mais dont le jeu, la qualité d'interprétation sont exceptionnelles.
Los dias afuera - Lola Arias - Photo: Eugenia Kais
Parce que Yoseli, Nacho, Estefania, Noelia, Carla, Paula, dont nous arrivons bien à comprendre qui elles sont comme personnes, sont aussi de magnifiques actrices, jouant, disant les textes de leur témoignage et leurs récits avec un professionnalisme impeccable. Ce vécu qui ne les empêche pas d'y insuffler une chaleur, une vérité et une émotion rare, et quand elles se laissent submerger par leur émotion propre, cela n'a que d'autant plus de justesse et de force. Et nous leur souhaitons d'en sortir par le haut, même si "on ne choisit pas son destin". Pour le moment, celui-ci semble aller dans le bon sens. Encore !
[Conception, texte, mise en scène] Lola Arias [Avec] Yoseli Arias, Paulita Asturayme, Carla Canteros, Estefania Hardcastle, Noelia Perez, Ignacio Rodriguez [Et la musicienne] Inés Copertino [Dramaturgie] Bibiana Mendes [Composition musicale] Ulises Conti, Inés Copertino [Chorégraphie] Andrea Servera [Assistanat à la mise en scène] Pablo García [Collaboration artistique] Alan Pauls [Scénographie] Mariana Tirantte [Lumière] David Seldes [Costumes] Andy Piffer [Vidéo] Martin Borini [Son] Ernesto Fara [Direction technique] David Seldes, Facundo David, Matías Pagliocca [Régie plateau] Roberto Baldinelli, Andrés Pérez Dwyer, Manuel Ordenavia Direction de tournée Lucila Piffer Montage de la production et des tournées Emmanuelle Ossena & Lison Bellanger | EPOC productions Production, administration en Argentine Luz Algranti & Sofia Medici Production, administration de la compagnie Lola Arias Mara Martinez Production technique Ezequiel Paredes Assistanat à la production Juan Zuluaga, Marcia Rivas Assistanat à la scénographie Lara Stilstein Casting Tálata Rodriguez (GEMA Films) Conseil juridique Felix Helou Travail social Soledad Ballesteros Construction du décor Théâtre National Wallonie Bruxelles Production Compagnie Lola Arias Producteur associé Gema Films Coproduction Complejo Teatral de Buenos Aires, Festival d'Avignon (France), Festival d'Automne à Paris, Théâtre de la Ville Paris (France), Comédie de Genève(Switzerland), Théâtre National Wallonie-Bruxelles (Belgium), Festival Tangente St Pölten, Festival für Gegenwartskultur (Austria),Theaterfestival Basel, Kaserne Basel (Switzerland), Maxim Gorki Theater Berlin (Germany), Nationaltheatret Oslo (Norway), Scène nationale du Sud-Aquitain (Bayonne, France), Le Parvis Scène nationale Tarbes-Pyrénées (France), La Rose des vents Scène nationale Lille Métropole Villeneuve-d'Ascq (France), NEXT Festival (France), Théâtre National de Strasbourg (France), International Sommerfestival Kampnagel (Germany), Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (France), Zürcher Theater Spektakel (Switzerland), Künstler*innenhaus Mousonturm (Germany), The Brighton Festival (England), CDN Orléans / Centre-Val de Loire (France), Fonds TransFabrik - deutsch-französischer Fonds für darstellende Künste.