jeudi 8 octobre 2020

Musica 2020: Un tour - presque complet - du Festival - en images et en sons, de la photo et des vidéos et des liens

 Cela fait trois semaine que le Festival Musica a démarré à Strasbourg et déjà presque une semaine que le dernier week-end bien rempli avec les interventions artistiques de la plupart des formation de la Région (Alsace) s'est achevée tard dans la nuit du 3 octobre.

L'occasion de rebalayer l'ensemble du programme pour vous en présenter les différentes facettes et vous permettre de naviguer au fil des jours pour creuser l'un ou l'autre concert que vous auriez vu (pour vous rafraichir la mémoire avec quelques éléments descriptifs et des photographies) ou, si vous les avez ratés, vous en donner quand même un apperçu.

Passons à la chronologie:

En avant-première totale, 100 Cymbals en création française - le 17 septembre 2020:

Avec les Percussions de Strasbourg qui créent Ryoji Ikeda et jouent une pièce de John Cage en hommage à Jean-Hans Arp. 

Pour l'ouverture du Festival, Musica frappe un grand coup... de cymbal(e)s (100) de Ryoji Ikeda

Musica 2020 - Percussions de Strasbourg - Ryoji Ikeda - 100 cymbals - Photo: lfdd


Le Grand concert d'ouverture (officielle) Version #1 - le 18 septembre 2020: 

L'Ensemble Modern et les Métaboles: Encore Ryoji Ikeda (part 3) et ses "Music for Percussion", Mabepo, de la jeune compositrice ukrainienne Anna Korsun et Simon Steen-Andersen (part 1.) avec Run Time Error @Opel et enfin Stimmung (Version 1) de Karl-Heinz Stockhausen  

Musica 2020 - Mabepo - Anna Korsun - Photo: lfdd


Le samedi 19 septembre 2020, journée dense: 

Un concert à 11h00, un atelier à 14h30, une promenade en musique et commentée à 16h00, un concert à 18h00 et le deuxième concert d'ouverture à 20h30:

Musica 2020: un samedi (dix)neuf plein de musique et de découvertes, de brassages

Pour commencer, le Trio Catch avec un concert frais et vivifiant, "branché" même avec low poly rose de Martin Schüttler

Musica - Trio Catch - Martin Schüttler - Photo : lfdd

A 18h00 au Maillon Ryoji Ikeda (Part 2) avec les Music for Percussion - cinq pièces originales et inventives toujours minimalistes et presque conceptuelles.

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Book Music - Photo:lfdd


Le soir, Grand concert d'ouverture (officielle) Version #2 avec le Basel Symphonietta et des choeurs transfrontaliers de jeunes pour Marina Rosenfeld qui revisite Ligeti: Teenage Lontano, Joshua Tree de Georg-Friedrich Haas et Simon Steen-Andersen (part 2.) avec son Piano Concerto décoiffant et destructuré.

Musica 2020 - Marina Rosenfeld - Teenage Lontano - Photo:lfdd


Dimanche 20 septembre: le Grand Voyage


Le premier dimanche de Musica est un grand voyage; d'abord un voyage entre Beethoven et le Japon où Ryoji Ikeda (part 4) revisite d'une certaine manière le grand Ludwig van en 2 opus (2 et 3) surprenants, magnifiquement interprétés (ainsi que le quatuor du maître) par un Quatuor Diotima en forme et en clarté.

Musica - Quatuor Diotima - Ludwig van Bethoven - Quatuor Opus 131 - Photo: lfdd


Puis, direction l'Opéra National du Rhin pour une relecture moderne du récit nordique Peer Gint vu sous l'angle de Solveig (et où la soprano Mari Eriksmoen se retrouve aussi comédienne-naratrice et cadreuse de selfie

Musica 2020 - ONR - Solveig (L'Attente) - Mari Eriksmoen - Photo: lfdd

Enfin, voyage à Guebwiller pour deux concerts du GRM-Ina et l'Acousmonium avec des oeuvres historiques de musique electro-acoustique, encadrant une version fabuleuse de Stimmung de Stockhausen.

Musica - Dominicains Guebwiller - Philippe Carson - Turmac - Photo: lfdd

Musica - Les Dominicains - Les Métaboles - K.H. Stockhausen - Stimmung - Photo: lfdd

Musica - Dominicains Guebwiller - Luc Ferrari - Tête et queue du dragon - Photo: lfdd


Musica: un très grand dimanche en musique entre hier et aujourd'hui

Musica: Solveig (L'Attente) à l'Opéra du Rhin - Une magnifique soprano, Mari Eriksmoen dans un digest de Grieg avec un feuilletage de K.O. Knausgard

Musica aux Dominicains: Entre Stimmung et Acousmonium, des ambiances inouïes pour nos oreilles - et le plaisir des yeux.


Aperghis fait le portrait de Musikfabrik et Simon Steen-Andersen revisite ses classiques en Modernes - 22 septembre.

Reprise des festivités la mardi 22 septembre avec un concert ébouriffant de l'Ensemble Modern qui occupe la scène du Conservatoire et se fait tirer le portrait par Aperghis, puis direction le TNS où Simon Steen-Andersen dans son Part. 3 remet en scène (en selle) ses Classiques.

Musica - Georges Aperghis - Ensemble Musikfabrik - Intermezzi - Photo: lfdd

Musica - TNS Strasbourg - Simon Steen-Andersen - Staged Night - Photo: lfdd


Musica avec Aperghis et Simon Steen-Andersen: Une soirée décoiffante, hirsute, mise en scène!


Hommage à Klaus Nomi par Olga Neuwirth et l'Ensemble Intercontemporain - 23 septembre


L'Ensemble Interconteporain présente une pièce Carola Bauckholt et une autre (Part. 4) de Simon Steen-Andersen avant l'hommage - presque rock  d'Olga Neuwirt à Klaus Nomin étoile filante des année 80. Quelques vidéos sur la page pour s'en souvenir.

Musica - Hommage à Nomi - Ensemble Intercontemporain - Olga Neuwirth - Photo: lfdd

Musica: Hommage à Klaus Nomi: encore ! bis ! Et de trois "ter" ! Par l'Original Klaus Nomi


Voyage dans la nuit du Temple - Le noir amplifie le son et les sensations - 24 septembre

L'expérience Sonic Temple initiée l'année dernière à Musica voit cette année son épisode 2 avec l'Américaine Kali Malone à l'orgue puis sur l'Acousmonium du GRM-Ina qui nous propose aussi anabelle Playe, Lasse Marhaug et du duo François J. Bonnet et Stephen O'Malley.

Musica - Sonic Temple - Lasse Marhaug - Photo: lfdd

Musica au Sonic Temple: La méditation amplifiée dans le noir

 

Superposition de Tyoji Ikeda au Maillon - 25 septembre


Grande soirée Ryoji Ikeda (Part 5) où l'on a l'oeuvre magistrale Superposition sur toute une suite d'écrans et en son géant, alors que la vraie "superposition" c'est la "révolution post-einsteinienne" de la physique quantique et de ses conséquences: le principe d'incertitude.




A suivre...


La Fleur du Dimanche

mercredi 7 octobre 2020

Le Père au TNS: Une chanson de Geste du monde paysan d'aujourd'hui: Quelle épopée

 Il faut remercier Hubert Colas d'avoir fait découvrir le texte de Stéphanie Chaillou "Le Père" à Julien Gosselin. C'est un magnifique poème épique d'aujourdhui, une incantation douloureuse, un "dit" moyenâgeux, une épopée lyrique d'un destin moderne. Et Julien Gosselin en a sorti toute la (dé)mesure de cette fable des temps moderne, magnifiquement servie par l'immense - et humble comédien Laurent Sauvage qui en fait effectivement une superbe "chanson de geste" sans s'agiter, posant ses paroles, sa présence, même s'il n'est pas visible.

Le Père - Stéphanie Chaillou - Julien Gosselin - Laurent Sauvage - Photo: Simon Gosselin


Parce que ce magnifique texte, un long poème d'aujourd'hui, qui raconte la chute et la reconstruction d'un paysan d'aujourd'hui face à une société qui se complexifie et le dépasse, avec une prose simple mais sensible nous met en totale empathie, avec la destinée d'un homme qui a mal, très mal. Et il n'a pas seulement mal, mais il a une femme et des enfants, et ce mal, il faut qu'il le surmonte et qu'il puisse, de manière cathartique, le dépasser.

La pièce, présentée au TNS, sera ce long cheminement vers une certaine lumière, une sorte de vérité visible, une vie assumée et partagée.

Tout commence dans un noir et le silence. Le plateau est invisible et l'on entend: "Je ne me souviens plus de mes rêves" - c'est le contexte propice pour nous interroger et se mettre en perspective avec ce qui va se jouer devant nous. L'obscurité nous enjoint à écouter cet homme qui nous parle doucement: "Je crois que j'ai construit ma vie à partir de mes rêves"... Qui n'a pas rêvé sa vie...   Il continue: "Je crois que je voulais devenir riche. Devenir riche. Mais je n'avais pas de plan précis. C'était une idée vague. Une idée un peu floue dans ma tête. Devenir riche."  Et, nous, dans le noir essayons de deviner qui est cet homme, quel est son rêve, et quel destin l'attend. Nous ne pouvons qu'être d'accord avec lui, mais craignons le pire quand il continue: "Je voulais que ma vie soit heureuse. J'avais cette idée-là en tête. Que ma vie soit heureuse. Je croyais que c'était assez, suffisant. Qu'avec une idée comme ça dans la tête, c'était assez. Personne ne m'avait dit le contraire." Eh oui, personne ne dit le contraire, non? Mais les règles, elles, vont se révéler plus complexe, et personne pour mettre en garde, personne ne s'occupe des rêves de bonheur des autres. Justement, ces rêves de bonheur peuvent être mis à terre, on peut les perdre et perdre beaucoup, trop. Et nous allons assister à cette chute inexorable. 

Le Père - Stéphanie Chaillou - Julien Gosselin - Laurent Sauvage - Photo: Simon Gosselin


Nous allons découvrir la concrétisation de ce rêve, tout en voyant émerger un fantôme de l'obscurité, comme un feu follet qui prend corps, devient paysan dans sa lointaine campagne, isolé, seul, personne pour le mettre en garde. Cet être fantomatique qui se concrétise physiquement, qui, très lentement s'approche de nous, qui, dans son récit, en tension nous raconte le malheur, à trente ans, de n'avoir pas vu arriver les changements dans ce monde ancestral qui, dans les années 70 bascule. Le monde paysan n'est plus, plus comme avant et si l'on n' l'a pas compris, on est broyé. Et broyé, souffrant, ce "père" l'est, sans issue, pris au piège et souffrant, se débattant mais inutilement, plus il se débat et plus il souffre.

Cette souffrance devient visible, le plateau s'éclaire, la tension monte (en soutien à la discrète montée en tension de texte dit par Laurent Sauvage qui prend de l'ampleur et de la puissance, avant une pause salutaire, la musique de Guillaume Bachelé accompagne et souligne cette force qui submerge, et nous étreints tous).  On dit qu'il faut une "justice", mais qui est l'ennemi? Il est absent, invisible, mais il faut continuer à se battre pour ne pas mourir.

Le Père - Stéphanie Chaillou - Julien Gosselin - Laurent Sauvage - Photo: Simon Gosselin

Les enfants, leurs souvenirs qui se projettent, la jeunesse, la nature, le vent, la peur, la solitude vont permettre à la fois de toucher le fond et de rebondir, de retourner dans les lieux du drame. Ces lieux qui se révèlent sous une lumière grise et qui vont peu à peu reprendre une forme, un aspect "naturel", l'herbe, le brouillard, la rosée, la vie. Et permettre au père de "porter" un nom, au moins cela.

Julien Gosselin arrive avec son équipe - à la lumière Nicolas Joubert, à la musique Guillaume Bachelé, à la vidéo Pierre Marin et au son Julien Feryn - à nous raconter cette histoire ancestrale qui s'est passée au siècle dernier avec toute l'efficacité des moyens de théâtre d'aujourd'hui que nous lui connaissons avec une belle efficacité et sans trop d'emphase. Et Laurent Sauvage incarne avec simplicité et empathie ce personnage dans son immense désespoir, anti-héros des temps modernes.


La Fleur du Dimanche


Le Père 


du 7 au 15 octobre au TNS

le 13 novembre à La Filature à Mulhouse

le 26 novembre à L'empreinte - scène nationale Brive-Tulle

le 12 et 13 février 2021 à Liège - Festival de Liège 


Le Père


D’après L’Homme incertain de Stéphanie Chaillou

Adaptation, mise en scène Julien Gosselin

Avec Laurent Sauvage

Scénographie Julien Gosselin, Nicolas Joubert

Lumière Nicolas Joubert

Vidéo Pierre Martin

Musique Guillaume Bachelé

Son Julien Feryn

Arrangements Joan Cambon

Assistanat à la mise en scène Olivier Martinaud


Julien Gosselin et Laurent Sauvage sont artistes associés au TNS

Le roman, L’Homme incertain, est publié chez Alma Éditeur

Spectacle créé au Théâtre de la Cité de Toulouse le 17 novembre 2015


Production Si vous pouviez lécher mon coeur

Coproduction TNT - Théâtre National de Toulouse La Comédie de Béthune, Le théâtre d’Arles

Avec le soutien de Montevideo créations contemporaines

A bout de souffle à la Région: Ce n'est pas du cinéma, ni du mépris, juste une inspiration pour continuer à créer de l'Art

 Dans l'Allemagne voisine ou en Suisse, les artistes d'une région ont souvent leur "Maison", une Kunsthalle, ou une Staatsgalerie, qui leur permet d'avoir un point de chute, de rencontre et surtout un lieu d'exposition vivant, lieu dans lequel le public et les artistes peuvent se rencontrer, échanger, croiser leurs regards. Certains se souviennent encore de l'Ancienne Douane, quand le Musée d'Art Moderne, passant dans les locaux place du Château a libéré un espace d'exposition régulier dans lequel des expositions mettaient en avant autant des artistes locaux que des expositions de personnalités plus réputées internationalement. Et puis... 

A Bout de souffle - R.E. Waydelich - Photo: lfdd


Le Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg est né, cristallisant les désirs de monstration et frustrant les nombreuses attentes qui n'auront pas débouché concrètement. Il y eut la volonté de développer l'espace libéré à l'Ancienne Douane, mais peu de résultats (à part l'exposition Thrill de bonne tenue) et il y eut un espace conçu dans les locaux du nouvel Hôtel de Région au Wacken, mais ce lieu impermanent et qui n'est aucunement un lieu pour les Artiste - même si les conditions de monstration se sont grandement améliorées, surtout sous l'impulsion de l'Association "Regards sur l'Art Contemporain en Alsace" - et ce n'est pas sa vocation.

A Bout de souffle - Elham Etamadi -. Didier Guth - Germain Roesz - Photo: lfdd


Ce lieu, après un travail de soutien aux artistes et surtout une volonté de fédérer les forces créatrice sur cette province - l'Alsace - en montrant depuis plus de 6 ans avec des expositions annuelles le travail des créatuers "en Région", ce lieu donc, pérenne, n'est pas encore là, d'où une certaine lassitude des chevilles ouvrières qui mettent en oeuvre ces exposition, qui déteint sur le titre de la dernière - espérons que cela ne sera pas l'ultime: A bout de souffle!  Espérons effectivement qu'une "nouvelle vague" vienne pour un second souffle régénérateur. 

A Bout de souffle - Daniel Dyminski - Photo: lfdd


Cette exposition, avec la présence d'oeuvres de 70 artistes vient après les trois expositions qui, en 2014, 2015 et 2016, sous l'impulsion d'IsaelleSchmitte, Louis Danicher et Martine Missemer, ont balayé avec chaque année des oeuvres de 40 artistes, peintres, dessinateurs, graveurs, sculpteurs. Ces même 120 artistes qui ont fait une exposition-manifeste en 2017 en montrant chacun une oeuvre au format unique de 30X30, créé pour l'exposition. La suite - Avec Michel Déjean et Cathy Gangloff qui ont renforcé l'équipe - aura vu en 2018 et 2019 des expositions de 14 artistes à chaque fois, mais qui avaient la possibilité de montrer avec plusieurs oeuvres différents aspects de leur talent. 


A Bout de souffle - Myrtille Béal - Christian Fuchs - Didier Clad - Michel Boetsch - Photo: lfdd


Et donc, cette année, retour à un panorama plus large, ce sont 70 artistes qui ont été sollicités pour produire une oeuvre qui, en relation avec le titre ont créé un travail parlant de "l'essoufflement" et à dominante "noire".


A Bout de souffle - Marc Felten - Christophe Hohler - Sauveur Pascual - Sylvie Lander - Photo: lfdd


Il y a bien sûr une réelle diversité, dont la diversité des formats, mais aussi des "couleurs" et l'accrochage dans l'espace rénové de la salle d'exposition de l'Hôtel de Région a réussi à, sans trop de hiatus, trouver une continuité et des familles qui se révèlent au mur.


A Bout de souffle - R. Waydelich -  Louis Danicher - Danièle Scifmann - Cathy Gangloff - Photo: lfdd


Vous en avez ici un petit aperçu mais je vous invite à y faire un tour avant le 27 novembre pour apprécier les oeuvres en elles-mêmes in situ.


A Bout de souffle - Pierre Gangloff - Photo: lfdd


A Bout de souffle - Kim Lux - Jan Tripp - Pierre Muckensturm - Photo: lfdd


A Bout de souffle - Jan Tripp - Photo: lfdd


A l'entrée de l'exposition sont placées deux oeuvres en hommage aux deux artistes disparues cette année: une peinture de Zuzana Jaczova et une sculpture d'Annie Greiner.
 

A Bout de souffle - Zuzane Jakzova - Annie Greiner - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche


La liste des artiste exposés:

Laure  ANDRE, Denis ANSEL, Ewa BATHELIER, Patrick BASTARDOZ, Jacques BAUER,  Myrtille BEAL, Joseph BEY, Brigitte BEGUINOT, Marie-Paule BILGER,  Jacqueline BILHERAN-GAILLARD, Marie-Odile BIRY-FETIQUE, Michel BOETSCH,  Peter BOND, Claude BRAUN, Alexia BRETAUDEAU, Didier CLAD, Louis  DANICHER, Benoit DECQUE, Michel DEJEAN, Michel DELMOTTE, Luc DEMISSY,  Daniel DEPOUTOT, Luc DORNSTETTER, Daniel DYMINSKI, Marie-Pascale  ENGELMANN, Elham ETEMADI, Marc FELTEN, Louise FRITSCH, Christian FUCHS,  Claude GAGEAN, Catherine GANGLOFF, Pierre GANGLOFF, Pierre GAUCHER,  Annie GREINER, Didier GUTH, Erwin HEYN, Christophe HOHLER, Zuzana  JACZOVA, Sylvie LANDER, Bernard LATUNER, Philippe LEPEUT, Martine  LUTTRINGER, Martine LUTZ, Kim LUX, Gabriel MICHELETTI, Martine MISSEMER,  Annick MISCHLER, Hafid MOURBAT, Pierre MUCKENSTURM, Suzanne OBRECHT,  Sauveur PASCUAL, Michèle PEROZENI, Geneviève PIXA, Pascal Henri POIROT,  Jean-Michel POUEY, Germain ROESZ, Julie SALMON, Danièle SCHIFFMANN,  Jean-Luc SCHICKÉ, Silvi SIMON, Dan STEFFAN THIKENT, Jan Peter TRIPP,  Sylvie VILLAUME, Anke VRIJS, Raymond E. WAYDELICH, René WEBER,  Christophe WEHRUNG, Haleh ZAHEDI.

dimanche 4 octobre 2020

Arrête ! Ananke Stenai ! Un coup de poing ! Tu arrêtes...

 Arrêter, des fois cela s'arrête, ça s'arrête, on fait un arrêt....

Une pause photographique avec le coquelicot qui a fini de fleurir:

Coquelicot - Photo: lfdd


Bientôt il va perdre ses pétales, elles vont tomber, plus de rouge dans les prés....

Ou le magnolia qui termine son cycle:

Magnolia - Photo: lfdd


Musica aussi, au bout de plus de quarante concerts, à minuit et demie s'est éteint dans le silence: "A l'année prochaine!"  Nous allons faire une pause, mettre le bouton sur stop.

Et ailleurs, faire un arrêt, une pause aussi, comme nous l'enjoint Barbara Cassin dans son livre "Le Bonheur, sa dent douce à la mort. Autobiographie philosophique"...

Elle en parle avec Jan Birnbaum dans le Monde des livres le 18 septembre (cela faisait un temps que je voulais vous en parler, elle se souvient de sa prof de philo qui lui dit au tout début de son exposé sur Socrate:

""Ca suffit!" et c'est "un coup de poing bien placé.  Je trouve cela parfait quand on vous arrête sur quelque chose. Qu'on vous fait entendre ce que vous venez de dire sans y penser (...). On vous arrête, et la phrase reprend vie. Elle rebondit vers vous."

Et cela fait du bien, une pause salutaire? Comme le lui disait aussi quelquefois son mari, Etienne:

""Anágkē stênai" - "il faut s'arrêter": ainsi Aristote trouvait-il dieu. Cet homme était en quelque sorte dieu pour moi, en cela il m'obligeait à m'arrêter. L'ouverture des possibles, ma folie propre, ne fonctionne que s'il y a quelqu'un pour vous dire: "Là tu arrêtes."


Pour finir en chanson à écouter avec plein d'humour, Patricia Carli qui nous chante aussi "Arrête, arrête":



Et Johny lui aussi s'est arrêté:

 


Et sur un autre registre (mais toujours le même sujet) Pia Colombo:



Restons avec Pia Colombo pour se souvenir des roses et de la rue des Rosiers à Paris en 1967



Bon, là j'arrête

Bon dimanche

La Fleur du Dimanche

samedi 3 octobre 2020

Musica 2020 : On a gardé les meilleur(e)s pour la fin...

 Le Festival Musica 2020 s'achève cette année sur un grand feu d'artifice de concerts de groupe "locaux".

Ceux qui les autres années étaient diséminés tout au long du Festival (sauf l'orchestre des élèves du  Conservatoire) se retrouvent regroupés avec des ensembles qui n'y avaient pas encore été invités en ce samedi de clôture pour un marathon de musique. Les Percussions de Strasbourg, en Outsiders y ont également fait une incursion en "guest stars" le soir.

Et en fait, ce marathon du samedi a déjà commencé le vendredi soir avec l'Imaginaire pour un concert-performance un peu à part Toxic Box, deux créations de Daniel Zéa The Love letters? (2018) et Toxic Box(2020) encadrant Pea Soup (1974/2014) de Nicolas Collins dans lequel Philippe Koerper au saxophone travers la scène en interagissant avec le son électronique qui l'entoure. 

Pour la première pièce, Keiko Murakami et Gilles Grimaître se font face et vont "provoquer" l'arrivée du son - et des leur images projetées sur l'écran sur la scène et jouer avec un effet larsen qui colorie leur portrait. 

Musica 2020 - l'Imaginaire - The Love letters - Photo: lfdd

Musica 2020 - l'Imaginaire - The Love letters - Photo: lfdd

Pour la deuxième pièce de Daniel Zéa, ce sont les trois musicien de l'Imaginaire en vestes et robe scintillantes qui vont se retrouver sur scène et interragir en direct avec leur "avatar" projetés derrière eux. Ces avatars, très curieusement sensés exprimer des sentiments sont assez laids avec des dents omniprésentes (même celles du fond sont éclairées comme des dents de stars), un effet répulsif voulu (?) par le compositeur qui dit:      

"Je travaille avec un scan 3D des musiciens de l’Imaginaire. Le sampler participe au processus d’animation de ces avatars projetés derrière les musiciens. Une mise en abîme, orchestrée en musique et en image par le bug informatique. Une danse absurde remplie de vide. Un miroir de notre fascination aveugle et absurde par nos écrans."

Musica 2020 - l'Imaginaire - The Love letters - Photo: lfdd

Musica 2020 - l'Imaginaire - The Love letters - Photo: lfdd


Concert de Clôture #1 : Accroche Note et Quatuor Adastra


Musica 2020 - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: lfdd

Pour démarer cette longue journée, à 11h00, concert à l'église du Temple-Neuf avec un programme partagé entre Accroche Note et le quatuor Adastra qui se rejoindront pour le final. C'est Françoise Kubler qui se lance au micro pour la création mondiale de Jiwon Seo Eon 3m,oq (2020) pour voix et électro, d'abord en onomatopées accompagnées de sons, de bruitages et d'échos, puis des paroles émergent, mais distordues et nous pouvons apprécier toute la capacité et la divesité de cette voix magnifique de Françoise Kubler. Et avant le "C'est tout" final prononcé sans recours possible, nous avons entendu le mot miroir qui nous donne un indice pour le titre écrit en miroir, comme la pièce elle-même "poème No3".


Musica 2020 - Accroche Note - Armand Angster - Françoise Kubler - Photo: lfdd

Pour continuer, Armand Angster à la clarinette (et trois ou quatre mesure de flûte) rejoint Françoise Kubler pour la création de Jonathan Pontier La théorie du bonhomme (Continu-disContinu I)(2020), un très beau échange entre la voix et la clarinette, en variations dynamiques, avec chuchotis complicestrilles joyeuses, démarche entraînante et conclusion percutante.

Musica 2020 - Accroche Note - Remi Reber - Photo: lfdd

Ce sera Remy Reber à la guitare, avec bien sûr son bottleneck qui va jouer la courte (3 minutes) pièce de Rebecca Saunders Metal bottle necks study (2018) en frappe, distorsion, vibrato, glissando et écho.


Musica 2020 - Wilhem Latchoumia - Armand Angster - Françoise Kubler - Remi Reber - Photo: lfdd

Le rejoignent pour la pièce d'Augustin Braud Nocturnes pour voix, clarinette-contrebasse, guitare électrique et piano (2020) en création mondiale, Françoise Kubler, Armand Angster et Wilhem Latchoumia pour une longue lamentation.


Quatuor Adastra - Alexia Fouilloux - Julien Moquet - Marion Abeilhou - Edwina Ionescu - Photo: lfdd

Musica 2020 - Quatuor Adastra - Alexia Fouilloux - Photo: lfdd

Place au Quatuor Adastra pour la création mondiale de Stoa pour quatuor à cordes (2020) de Charles-David Wajnberg qui commence au centre de la scène (de l'église plutôt) par de longues plaintes et puis le rythme s'accélère, le trait plus nerveux, les musiciens quittent le centre en laissant la violoncelliste seule au centre et on les réentends au fond de l'église d'où monte une plainte.

Wilhem Latchoumia - Alexia Fouilloux - Julien Moquet - Marion Abeilhou - Edwina Ionescu - Armand Angster - Photo: lfdd

Pour finir, Armand Angster et Wilhem Latchoumia rejoignent le Quatuor Adastra pour la pièce de Kaija Saariaho Figura pour clarinette solo,piano et quatuor à cordes (2016) qui démare par une longue plainte à la clarinette, reprise par le piano et les violons puis devient une fraîche mélodie entraînante. Une montée en puissance, surtout par la clarinette magnifique d'Armand Angster suivi d'un moment plus calme et pour finir, un air presque tzigane à la clarinette finit en trilles.


L'Accroche Note c'est Françoise Kubler (soprano) - Armand Angster (clarinette) - Remy Reber (guitare) - Wilhem Latchoumia (piano ) et le Quatuor Adastra, aux violons, Alexia Fouilloux et Julien Moquet, à l'alto Marion Abeilhou et au violoncelle, Edwina Ionescu.


A suivre...   La suite des concerts du samedi


La Fleur du Dimanche


vendredi 2 octobre 2020

Musica - Simon Steen-Andersen à Pôle Sud: Walk the walk: Comment ça marche?

 Nous avons pu apprécier de multiples facettes du compositeur Simon Steen-Andersen dans le programme du Festival Musica cette année - et déjà l'année dernière pour la soirée inaugurale à la Halle Citadelle. Le compositeur dont le programme de Musica (dans l'entretien qui lui est consacré dans le Magazine du Festival) dit qu'il est le compositeur devenu "incontournable au cours de ces dernières année" nous propose à Pôle Sud (après les deux oeuvres (Run Time Error @Opel et Piano Concerto) pour les deux soirée inaugurales au PMC, la pièce Staged Night au TNS et Amid au Conservatoire) la performance scénique avec l'Ensemble This / Ensemble That Walk the walk, une exploration autour de la marche en s'appuyant sur le médecin et inventeur Etienne-Jules Marey. 


Musica - Simon Steen-Andersen - Walk the walk - Photo: lfdd


Celui qui a ouvert la voie pour le cinéma en inventant la chronophotographie, mais qui a aussi étudié le fonctionnement du corps externe (mouvement, marche) et interne (respiration, circulation, muscles, coeur - il a inventé l'électrocardiogramme graphique) ou la circulation de l'air et des fluides, de la fumée le vol des oiseaux, l'aérodynamique (il a inventé la soufflerie) est pain béni pour le compositeur, ici créateur et metteur en scène de ce spectacle qui oscille entre pièce didactique et simulation de cinéma en chambre (sur scène). 


Musica - Simon Steen-Andersen - Walk the walk - Photo: lfdd


Sur scène, donc, il va nous exposer à sa manière (comme dans ses vidéos) la répétition, le décalage, la boucle et l'accident avec les cinq protagonistes performeurs et acteurs de "comment on marche" en long en large et en travers. Quelquefois avec des idées très intéressantes - la recréation d'une chronophotographie avec des barrettes de LED sur les articulations, ou une entrée en scène avec musique sur un écran de cinéma simulé, répétée et décalée ou raccourcie ou rallongée par le déplacement des rideaux de scène qui cadrent le passage successif, hypnotique des comédiens. Ou encore le principe du bruitage expliqué et appliqué devant nous avec force démonstration. Quelquefois il interroge (et trompe) l'attention du spectateur en jouant sur le son direct, le son direct simulé ou le son enregistré sur lequel les comédiens merveilleux de synchronisation arrivent à mettre leurs pas dans ceux existants ou dans celui des autres. 

Musica - Simon Steen-Andersen - Walk the walk - Photo: lfdd


Et aussi à simuler, par extension, le "doublage" des dialogues. Cela donne quelques effets de "distanciation" qui ne manquent pas d'humour. Mais cet esprit inventif gagnerait à laisser un peu décanter ses multiples trouvailles pour éviter le trop de répétition, qui n'en est plus comique, ou le trop de paroles qui déborde (il fait dire lui-même à ses comédiens "Walk, don't talk" - Marche, ne cause pas") et quand il cite et se réfère à Peter Brook qui a écrit "Je peux prendre n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe, et c'est suffisant pour que l'acte théâtral soit amorcé", on se dit qu'une fois amorcé chez Peter Brook nous sommes "dans le théâtre" et que ce n'est pas toujours le cas dans cette pièce. Il en est de même dans les hésitations du créateur qui se fait commenter ses errements ou idées dans la pièce qui est donc sensée montrer le "process and doing" (le procédé et le faire) et l'on ne peut qu'être d'accord avec eux quand ils disent "we talk quite a lot" (on parle trop!). 

Musica - Simon Steen-Andersen - Walk the walk - Photo: lfdd


Nous avons l'impression d'être noyés dans un flot de bonnes idées qui auraient gagnées à être un peu décantées. Les références artistiques ne manquent pas (Goethe, le Futurisme, Schubert,...) mais à trop montrer les ficelles - et à rabâcher, on perd en surprise et en poésie. La pièce un peu plus "dense" serait plus forte... Mais c'est peut-être un péché de jeunesse - Simon Steen-Andersen dit lui-même qu'il "aime jouer" que l'on a déjà vu ailleurs n'est qu'une étape.


La Fleur du Dimanche

jeudi 1 octobre 2020

Musica: Deep Listening à Saint Paul: Laisser Lucier faire une musique d'enfer

 Il n'est jamais trop tard pour rendre hommage ou découvrir un pionnier de la musique minimaliste, même lorsqu'il arrive sur ses 90 années. Musica, en découvreur des "jeunes talents" nous propose deux créations mondiales de ce jeune homme qui a collaboré avec des artistes comme Robert Wilson ou Sol LeWitt dans des installation - il en a fait lui-même - a participé à la Biennale de Venise en 2012 et a été montré et joué dans le monde entier. Nous avions d'ailleurs entendu l'année dernière une de ses oeuvres lors de la soirée inaugurale aux Halles Citadelle (la première!). 

Cette année, dans l'église Saint Paul, temple de la Musique "résonnante", et très justement adaptée à son style, une longue soirée de presque trois heures nous laisse le temps de nous immerger dans son travail décliné pour piano, guitare et violoncelle en interaction avec l'électronique minimale: des ondes qui se rencontrent en créant des variations de résonnance, de hauteur et de volume dans l'immense nef dans laquelle les fidèles auditeurs (presque des disciples pour quelques-uns) se sont rassemblés, soit sur les bancs, soit par terre sur des carrés de mousse, assis ou allongés pour mieux profiter de cette écoute active et profonde: Deep Listening. L'éclairage est à l'avenant pour nous laisser nous concentrer sur la moindre variation et les changements de tonalité de ces ondes qui se marient et mutent, se déplacent à droite, à gauche, en haut, quelquefois à travers le sol.

Musica - Alvin Lucier- Easy Listening - Musics for piano - Photo: lfddune légende


Le concert commence avec Music for Piano with Slow Sweep Pure Wave Oscilator XL (2020) - création mondiale - par un jeu de dialogue entre des notes égrenées au piano qui essaient de trouver des résonnances dans les ondes diffusées. Nicolas Horwath pendant plus d'une heure joue à cache-cache avec les sons, qui interfèrent, se déplacent, créent des harmoniques et, de temps en temps chamboulent tout.

Musica - Alvin Lucier- Easy Listening - Criss-Cross - Photo: lfdd

Musica - Alvin Lucier- Easy Listening - Criss-Cross - Photo: lfdd


En deuxième partie, Criss-Cross (2013) voit les deux guitaristes Stephen O'Malley et Oren Ambarchi sur leurs  guitares à plat créér un son continu qui s'enroule sur lui-même en battements plus ou moins longs, s'étire, prend de la hauteur, ralentit, se superpose à lui-même, se fond et fuit à nouveau.

Musica - Alvin Lucier- Easy Listening - Glacier - Photo: lfdd



Puis, avec Glacier (2012) voit le violoncelliste Charles Curtis, de dos derrière le baptistère tenir pendant un quart d'heure une longue descente continue sur son violoncelle. De la virtuosité intérieure magnifique.

Musica - Alvin Lucier- Easy Listening - V - Photo: lfdd


Pour finir, la création mondiale de (2020) une autre pièce écrite sur la sollicitation des trois interprètes Nicolas Horwath, Stephen O'Malley et Oren Ambarchi voit confrontées leurs vibrations, d'une part cellles mécaniques frottées du violoncelle - qui, de temps en temps fait une pause - avec celles électroniques et pulsées des deux guitares qui se mélangent, fusionnent et font écho, se transforment à leur rencontre.

Un concert en somme où le spectateur est à la fois actif et en même temps totalement relâché, à l’écoute presque dans un état second.

 

Musica - Alvin Lucier- Easy Listening - Photo: lfdd

La Fleur du Dimanche