L'idée du Festival des Scènes Sauvages dans la Haute-Vallée de la Bruche est de s'installer dans un lieu, dans un paysage, pour irradier et rassembler autour d'un projet, autour du théâtre, autour des habitants, autour de Waldersbach, de Colroy-la-Roche ou de Plaine. Depuis 8 ans, des professionnels du spectacle, techniciens et comédiens arrivent à la rencontre des habitants, des spectateurs, des touristes aussi pour partager des moments de rencontre, de découverte. De partager aussi le paysage, pour découvrir des lieux, pour découvrir des œuvres.
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| Les Aveugles - Maurice Maeterlinck - Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess |
Cette année, c'est autour à nouveau de Maeterlinck avec la pièce Les Aveugles que la troupe des Scènes Sauvages a rassemblé des professionnels, des amateurs et même des personnes qui n'ont jamais fait de théâtre. Mis en scène par Marie Schmitt qui avait déjà monté la pièce Intérieur du même auteur en 2019, cette pièce en un acte nous emmène dans un univers particulier, une île, presque déserte, dans le lointain nord, avec douze aveugles et un prêtre qui s'occupe de ce groupe à la dérive.
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| Les Aveugles - Maurice Maeterlinck - Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess |
La pièce aurait pu être écrite pour le lieu où elle est jouée, aux Charasses, dans la forêt au dessus de Colroy-la-Roche, au soleil couchant. C'est un drôle de personnage à tête d'oiseau qui vient chercher le groupe de spectateurs pour l'amener rejoindre la scène de théâtre où vont prendre place ces douze aveugles et le prêtre. Celui-ci va enlever sa tête d'oiseau et s'assoir pour mourir l'insu des aveugles qui tout au long de la pièce vont, découvrir la catastrophe. L'ambiance est terrible. Les comédiens, un bandeau sur les yeux, et dont on ne va pas savoir qui est amateur et qui est professionnel, vont jouer avec un réalisme impressionnant, ces douze aveugles, six hommes et six femmes, dont une folle avec un enfant et une jeune femme aux beaux cheveux longs.
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| Les Aveugles - Maurice Maeterlinck - Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess |
Ils nous transmettent avec force cette page d'angoisse. La mise en scène qui distribue la position des comédiens devant nous dans la forêt, sur des souches d'arbres ou sur la mousse, fait qu'à l'image de ces aveugles, dont on se demande qui parle, puisque les personnages parlent les uns après les autres sans qu'on puisse les identifier, donne un caractère déstabilisant à cette écoute. Les chants murmurés, repris en choeur ou à deux ou trois, nous plongent aussi dans une ambiance religieuse et mystique. Des cris d'oiseaux subits, appuyés par une débandade du groupe, apportent une touche d'angoisse supplémentaire. Et le vieil aveugle qui dit: "Quelqu'un sait-il où nous sommes ?" n'est pas là pour nous rassurer, alors que d'autres répètent "Il faudrait savoir où nous sommes ?"...
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| Les Aveugles - Maurice Maeterlinck - Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess |
Le texte de Maurice Maeterlinck réduit à l'os, rétrécit encore plus ce paysage d'île dans lequel nous sommes enfermés. Et nous fait partager cette angoisse dans cet univers circonscrit, dans cette forêt où le soleil entre les arbres rougeoie et où la nuit tombe, révélant de minuscules lumières dispersés dans l'environnement. C'est à une vraie immersion, si ce n'est presque une identification avec ces personnages, que nous participons pleinement avec cette pièce. Le jeu des comédiens et la mise en scène nous emportent totalement dans cet univers désespéré et nous offre une réelle expérience, unique, vécue au plus près. Il faut féliciter autant les comédiens amateurs que professionnels, dont en particulier Charles Zevaco qui joue le prêtre mort dans une immobilité parfaite tout au long de la pièce une fois qu'il a enlevé son masque. De même Clara Hubert qui a réalisé les costumes qui nous emmènent hors du temps, ou la création sonore de Maxime Tisserand, qui ponctue, par exemple, au lointain, le son de cloches du village.
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| Les Aveugles - Maurice Maeterlinck - Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess |
On
imagine l'empathie et le travail de collaboration, le professionnalisme qui a
été à l'œuvre, la solidarité entre les membres de ce groupe qui nous apportent ici ce magnifique
spectacle. Qu'un public nombreux a pu apprécier pendant ces cinq soirées. Et
nous leur donnons rendez-vous l'année prochaine pour une nouvelle découverte, attendus avec impatience.
La Fleur du Dimanche
Mise en scène : Marie Schmitt
Scénographie et costumes : Clara Hubert
Jeu : Selin Altiparmak, Lison Bajard, Nathan Bernat, Françoise Doyelle, François Doyelle, Lou Hausser, Brigitte Hazemann, Bernard Imbs, Emilia Jeunesse, Jean Lucas, Anne Masson, Pierre Rich, Stanislas Siwiorek, Charles Zévaco





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