mercredi 15 novembre 2017

Le Ballet du Rhin danse les grands chorégraphes du XXIème siècle: Magistral

Ouverture de saison pour le nouveau directeur du Ballet du Rhin avec au programme, un trio magistral. Tous les trois, élèves de John Cranko et Maria Haydée à Stuttgart et ayant eu une carrière mondiale, Uwe Scholz, Jiri Kilian et William Forsythe ont réinventé le langage classique de la chorégraphie, chacun à sa manière. Et c'est une très belle initiative de proposer trois pièces "Forsythe · Kylián · Scholz" presque toutes les trois de la même durée (environ une demi-heure) pour une soirée qui va nous emmener dans ces trois univers.


Ballet du Rhin - Jeunehomme - Uwe Scholz - Photo: Agathe Poupenay


Celui qui démarre la soirée, c'est Uwe Scholz, avec Jeunehomme, sur des mouvements du concerto pour piano N° 9 de Mozart, frais, alerte et enjoué. Le piano, dansé par un virtuose que l'on devine à l'aube d'une grande carrière, le japonais Riku Ota, finaliste du concours du Ballet de Lausanne 2017 et qui est aux cours de la John Cranko Schule à Stuttgart amène dès l'entrée un souffle frais et rafraichissant sur scène. Les duos, par paires de six ou avec deux duos féminins complètent l'énergie, les traversée, entrées-sorties, pleines d'énergie. Les mouvements d'ensemble et la danse très physique, mais légère nous entrainent dans une belle dynamique, avec quelques accents qui s'ancrent dans des ensembles folkloriques, sans renier la grammaire classique des taquetés ou de quadrilles. Le décor, claire partition musicale, met en valeur les costumes originaux, à motifs géométrique et colorés dont la couleur différente sur le buste et le dos apporte un espace ou un mouvement supplémentaire pour les couples.


Ballet du Rhin - 27'52 - Jiri Killian - Photo: Agathe Poupenay


La deuxième pièce 27'52 de Jiri Kilian sur une musique de Dirk Haubrich joue sur plus d'intimité, avec six danseurs, souvent en duos, variés, pour les femmes Red (Susie Buisson), Yellow (Monica Barbotte), et Purple (Dongting Xing) qui vont varier les expressions, au rythme de la musique qui varie elle aussi, d'abord ondulante, puis jouant plus sur le choc, la frappe, et la chute, pour revenir à des enroulés et le tournoiement, pour terminer sur une fragilité - une nudité pour la femme, qui se clôt par des une surprise de mise en scène (scénographique), qui est annoncée par les enroulés de tapis changeant de couleur - du noir au blanc ou du blanc au noir, tapis qui deviennent huttes ou abris mais aussi piège et danger pour les danseurs.


Ballet du Rhin - Quintett - William Forsythe - Photo: Agathe Poupenay


Quintett, la chorégraphie de William Forsythe sur une pièce de Gavin Bryars Jesus Blood Never Failed Me yet ("Le sang de Jésus ne m'a encore jamais manqué") est une pièce hypnotique et envoutante. La mélodie, chantée par un vieil homme, et qui arrive de loin, se rapproche et nous englobe dans une mélopée qui se construit, tourne et se répète à l'infini en montant en crescendo avec les boucles de l'orchestre qui ne nous lâchent pas, reprennent après chaque prise de souffle du vieillard et en paralèlle les danseurs qui eux aussi rentrent, sortent, se brisent, se désarticulent, virevoltent l'un sur l'autre ou se transmettant une énergie qui coule et se transforme, et ainsi participent à ce va-et-vient entre l'énergie et le vide, entre le dialogue et le retrait, entre la vie et la mort.
Il faut relever la qualité de danse toute "Forsythienne" de cinq interprètes, autant les deux femmes, la petite bleue (Ana-Karina Enriquez Gonzalez et la grande orange Susie Buisson, ainsi que des trois garçons: Jean-Philippe Rivière, Mikhael Kinley Safronoff et Marwik Schmitt.

Une magnifique soirée avec un superbe niveau d'interprétation qui nous emporte ailleurs et nous laisse que des bons souvenirs.

La Fleur du Dimanche

P.S. La mort a porté son ombre autour de ce spectacle: Quand Forsythe a créé la pièce Quintett en 1993, sa femme se mourrait d'un cancer. Et le spectacle du 14 novembre était dédié à Didier Merle Schmid, danseur et maitre de ballet du Ballet de l'OnR pendant presque 40 ans.

Générique

JEUNEHOMME / Uwe Scholz
Pièce pour 21 danseurs
Création en 1986 par les Ballets de Monte-Carlo
Entrée au répertoire en 2000
Danseurs: Riku Ota, Donting Xing, Alain Trividic, Monica Berbotte, Julia Bergua Orero, Clara Lefevre, Anna-Maria Maas, Alice Pernao, Alessa Rogers, Monica Babotte, Ana-Karina Enriquez Gonzalez, Misacko Kato, Susie Buisson, Francesca Masutti, Nichola Jones, Mikhael Kinley Safronoff, Pierre-Emile Lemieux Venne, Jesse Lyon, Valentin Thuet, Hénoc Waysenson

Chorégraphie, décors et costumes
Uwe Scholz
Musique Wolfgang Amadeus Mozart


27’52’’/ Jiří Kylián
[Entrée au répertoire]

Pièce pour 6 danseurs
Création en 2002 par le Nederlands Dans Theater II

Chorégraphie et décors Jiří Kylián
Musique Dirk Haubrich
Costumes Joke Visser
Lumières Kees Tjebbes

QUINTETT / William Forsythe
[Entrée au répertoire]

Pièce pour 5 danseurs
Création en 1993 par le Ballett Frankfurt

Chorégraphie William Forsythe 
en collaboration avec Dana Carpersen, Stephen Galloway, Jacopo Godani, Thomas McManus, Jones San Martin
Musique Gavin Bryars
Décors et lumières William Forsythe

Costumes Stephen Galloway

dimanche 12 novembre 2017

Recopier, inventer: faire d'une campanule une fleur de la passion

Après la banane, passons à un autre fruit, avec passion:


Passiflore - Photo: lfdd

Je ne vais pas faire long, juste raconter l'histoire sympathique de cette photographie:
Un samedi matin, sur le chemin du Musée Picasso dans le Marais, en découvrant dans les feuilles sur un espalier en bord de rue,  quelques fleurs de ces passiflores baignées par le soleil de novembre, je me dis que c'est le moment de capturer la beauté de la fleur et ce soleil d'automne.... 
Je n'avais pas fini d'en photographier la plus belle qu'un couple de japonais, fascinés par les mêmes fleurs tombe en bonheur et suit mon exemple. 
Et quand nous en avons fini de les apprécier et de les capturer, la journée ayant bien commencé, nous nous saluons d'un souriant "arigatô gozaïmash'ta"


Passiflore - Photo: lfdd

Pour le TVA, ce sera à l'occasion de la publication du livre "Classé sans suite" - En italien "Non luogo a procedere" - littéralement "non-lieu" qui raconte une histoire autour d'un bâtiment, la "Risiera", une usine à décortiquer le riz qui, abandonnée a servi de camp d'extermination nazi lors de la dernière guerre mondiale - deux, trois citations du livre:

"écrire c'est toujours transcrire; de même que le copiste médiéval recopiait un texte ancien, chaque écrivain transcrit un texte caché et insaisissable, le livre indicible de la vie, les mots gravés dans les choses, dans la nervure d'une feuille."

"Comme disait un jésuite espagnol du XVIIème siècle, "dire la vérité, c'est comme pratiquer une saignée au coeur. C'est comme une intervention chirurgicale qui peut sauver ou tuer."

"Les écrivains - les Grecs le savaient déjà - racontent beaucoup de mensonges, autrement dit, ils inventent. Mais l'éthymologie suggère qu'"inventer" est étroitement lié à "trouver" - "inventio", "invenire" - quelque chose de réel, de vrai."


Passiflore - Photo: lfdd


Comme chanson, deux styles, la première, Babx, qui nous chante aujourd'hui "Omaya"




Et pour rendre hommage à Aragon, "l'Etrangère" interprétée successivement par Léo Ferré et Yves Montand: 



En ce temps-là j'étais crédule
Un mot m'était promission
Et je prenais les campanules
Pour les fleurs de la passion


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

samedi 11 novembre 2017

J'ai la banane et je mettrai une girafe sur ma tombe pour en finir avec la guerre des sexes

Rassurez-vous, je suis toujours là, je ne suis pas mort et j'ai la banane, et même sa fleur, comme vous avez pu le voir la semaine dernière. Ou vous l'avez peut-être raté. elle est toujours là:
Je suis mort... Mais vous allez continuer à me lire parce que je suis éternel... et que j'ai la banane! 


Et la banane continue de pousser (sous la pluie):


Banane - Photo: lfdd

En guise de TVA, un voeux de Sophie Calle qui rêve d'être enterrée au cimetière Montparnasse mais aussi en même temps à Bolinas et à Brooklin, et qui dit :
"Je conçois ma tombe comme un lieu avec lequel je pourrais jouer, auquel je pourrais m'habituer, en la décorant à l'avance. Un lieu où je pourrais emmener mes animaux avec moi."
Cela change des "Monuments aux morts" et elle a demandé à Serane Carone de lui réaliser sa pierre tombale:



Sophie Calle - Serana Carone - Photo: lfdd


Et pour en finir avec la mort et les bananes, une chanson de Renaud - Toujours debout!




Toujours vivant, rassurez vous 
Toujours la banane toujours debout 
J'suis retapé, remis sur pieds 
Droit sur mes guibolles ressuscité 
Tous ceux qui tombent autour de moi 
C'est l'hécatombe, c'est Guernica 
Tous ceux qui tombent, tombent à tour de bras 
Et moi je suis toujours là 


Bon samedi d'Armistice

La Fleur du Dimanche

P.S. Concernant la guerre des sexes, je rappelle l'expression: "peigner le cou de la girafe" dont on suppute un sens second...

P.P.S. 
On m'a demandé l'explication "complète" de l'expression "peigner (le cou) de la girafe". La plus complète est parue dans Libération le 23 août 2017 sous la plume de Catherine Mallaval   « Pourquoi dit-on «peigner la girafe» ? »

…
« Il y aurait aussi eu à la même époque (en 1827), un gardien au Jardin des plantes réputé pour se tourner les pouces mais doté d’un certain sens de la formule, puisque chaque fois que son supérieur lui demandait où il était passé, il répondait : «Je peignais la girafe.» Les plus coquins qui se passionnent pour cette expression penchent plutôt du côté des pratiques masturbatoires. Oui, la girafe a un long cou, aisément assimilable - par les plus vantards - à un sexe en érection. Cela n’a pas échappé à Boris Vian. Dans Vercoquin et le plancton (1946), il fait explicitement une allusion à l’onanisme : «J’ai tellement peigné ma girafe qu’elle en est morte.» Mais quel rapport avec le fait de ne rien faire ? Comme l’explique le site Expression.fr, il suffit de penser au mot «branleur» pour que tout s’éclaire… On notera enfin que l’expression «peigner la girafe» a de sympathiques équivalences, telles que «pisser dans le sable» (Algérie), «faire un trou dans l’eau» (Grèce), ou «faire un nœud à une goutte d’eau» (Brésil) »

Le Litté cite le Larousse Illustré de 1898 : « Familier : Peigner la girafe : ne rien faire ».
Ailleurs, certain font remarquer qu'il ne faut pas confondre "Peigner la girafe" et la peindre" ou pendre des taches sur son pelage (n'est pas Viallat qui veut)

JAZZdor 2017: Départ en Fan phare

La trente-deuxième édition de JAZZdor est partie sur les chapeaux de roues, ce 10 novembre à la Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg avec deux énormes talents.
Tout d'abord, Ralph Towner, nommé "Icône du Jazz" par Paolo Fresu, qui l'a rejoint un peu plus tard sur scène pour un duo enchanteur.
Le guitariste de soixante-dix-sept ans est effectivement un monument du jazz. Il débute la soirée avec des pièces toujours virtuoses mais plutôt dans un genre classique (sa guitare non amplifiée l'est également) mais il sait aussi nous proposer quelques mélodies bien entraînantes. 
Avec lui on peut dire qu'on n'entend plus la guitare, mais on entend la musique - et merveilleusement belle.


Ralph Towner - Jazzdor - Photo: Patrick Lambin


Avec Paolo Fresu la magie opère dans un dialogue guitare et trompette (ou bugle) des plus enchanteurs. L'équilibre est parfait et les morceaux s'enchaînent et glissent en nous prenant dans un cocon de douceur.

La deuxième partie, après un entracte qui permet à tous de fêter la nouvelle édition autour d'un buffet et de partager l'engagement et l’enthousiasme de la nombreuse équipe de bénévoles de l'Association, fidèle depuis ces 32 ans, avec une direction artistique de plus de 28 ans de l'infatigable Philippe Ochem, voit Paolo Fresu rejoint par les trois autres membres de son Devil 4Tet avec la première prestation dans le groupe de Stefano Bagnoli, le batteur.
Le rythme sera souvent plus entraînant et dynamique - sauf pour les berceuses composées par les 3 pères (Paolo, lui-même, Bebo Ferra, le guitariste Paolino Dalla Porta) qui font office de rappel après une superbe et belle soirée.  Soirée qui aura vu les talents et de compositeurs et de musiciens de cette équipe, ainsi que leur capacité de dialogue. Paolo ayant un plaisir particulier pour des "joutes" avec Bebo. 


Bebo Ferra - Paolo Fresu - Devil 4Tet - Jazzdor - Photo: Patrick Lambin


Il flottait un air d'Italie dans la salle, en particulier lors de l’hommage à Fellini - et à la lenteur, le morceaux ayant été composé en 1993 dans le train Florence Bologne en une heure vingt (le Frecciargento faisant aujourd’hui le trajet en 30 minutes, insuffisants pour composer un tel hommage) - mais aussi celui, appuyé, à Chet Baker, le maître (avec Miles Davis) et aux petits hôtels italiens (Paolo ayant dormi - ou plutôt veillé, d'où une pièce écrite pour Chet - dans la chambre N° 13 de l'Hôtel Universo à Lucca.

Que le spectacle continue ! Et cela en vaut le coup: plus de 30 manifestations dans plus de 14 lieux en France (Strasbourg, Bischheim, Bischwiller, Erstein, Lingolsheim, Schiltigheim, Wissembourg) et en Allemagne (Offenbourg): A vos programmes:
http://www.jazzdor.com/programme/


La Fleur du Dimanche 


    

jeudi 9 novembre 2017

Au TNS - NATHAN ! ? De l'anneau au chaos et retour

"Nathan le Sage" de Lessing est une pièce de théâtre du 18ème siècle très connue en Allemagne, et sans doute moins en France. 
Le constat est vrai, et il est même répété à plusieurs fois dans la pièce de Nicolas Steemann "Nathan!?" jouée actuellement au TNS.

Cette pièce, inclusion et relecture de "Nathan la Sage" dans deux textes d'Elfride Jelinek, "Crassier/Bataclan", est un constant voyage dans le temps et un aller-retour vers le proche et le distant. Le texte de l'écrivaine autrichienne Prix Nobel de Littérature est lui-même un texte de 2004 qu'elle a complété suite aux attentats en France - Charlie Hebdo - Hyper Kacher et le Bataclan jusqu'aux dernières répétitions de la pièce. Elle interroge et donne à entendre les paradoxes de notre époque sur la tolérance, l’intégration, l’idéalisme et l’héritage des Lumières, entre fable, invectives, conte et choeur antique.

Nathan?! - Lessing - Jelinek - Nicolas Steemann - TNS

Cela commence d'ailleurs par une double mise à distance où l'on croit assister à une pièce radiophonique brechtienne dans laquelle les protagonistes rejouent l'histoire de Lessing avec le craquements de microsillons qui rappellent le feu qui brûle les maisons  -il y en a deux dans la pièce - et des scories duquel vont émerger les histoires d'amour qui vont changer de statut.

Nathan?! - Lessing - Jelinek - Nicolas Steemann - TNS

Et cela continue dans un dispositif avec pupitre où le texte tantôt lu, tantôt joué tisse sa toile entre fable et théâtre d'hier et d'aujourd'hui pour arriver à une montée en tension qui avec les médias numériques et la vidéo projetée sur fond de scène inclut le spectateur dans un dispositif total de violence pour finir par une réconciliation entre les hommes et les religions dans une fraternité heureuse et apaisée: "Nous devons, devons être amis". La musique de Waël Koudaih, qu'il joue en live avec Yann Pittard continue grandement à construire l'ambiance et le cheminement de la pièce.

Nathan?! - Lessing - Jelinek - Nicolas Steemann - TNS

Mais ni la pièce, ni la mise en scène de Nicolas Steemann ne cherche à se moquer de la fraternité ou soutenir le nihilisme. Il faut rester lucide, éviter les discours moralisants et se battre au présent en s'appuyant sur la mémoire et l'expérience du passé tout en étant conscient de ses limites. La parabole des anneaux n'est qu'un point de vue autour duquel se boucle la lecture et le déroulé de la pièce et son interprétation.

Nathan?! - Lessing - Jelinek - Nicolas Steemann - TNS

Et comme le dit Nicolas Steemann pour éclairer son choix de mise en scène: "Il faut que cela soit fait d'une manière artistique, sensuelle, sensible et non d'une manière rationnelle et politique? Parce que je crois qu'en ce moment, il nous manque des mots pour vraiment comprendre et débattre de ces choses. Les préjugés arrivent très vite, l'envie de poser des identités et de les opposer (chrétiens/musulmans par exemple) est très forte, tout ceci venant bloquer la possibilité de vraiment "faire connaissance". Je crois que le théâtre peut ouvrir un chemin pour cela."

Bon spectacle

La Fleur du Dimanche

NATHAN?!

D'après les textes Nathan le Sage de Ghotthold Ephraim Lessing
et Crassier/Bataclan de Elfriede Jelinek

Mise en scène et adaptation: Nicolas Stemann
Assisté de Mathias Brossard et Nora Bussenius
Traduction et dramaturgie: Mathieu Bertholet
Conseil Dramaturgie: Benjamin Von Blomberg
Scènographie: Katrin Nottrodt
Musique: Waël Koudaih (Rayess Bek)
Lumières: Mattias Bovard
Avec:
Véronique Alain
Lorry Hardel
Lara Khattabi
Mounir Margoum
Serge Martin
Charles Morillon
Elios Noël
Lamya Regragui
et les musiciens: Wael Koudaih (Rayess Bek) et Yann Pittard
Costumes: Marysol Del Castillo
Assistée de Guilia Rossini
Vidéo: Claudia Lehmann

Du mercredi 8 novembre au vendredi 17 novembre 2017

dimanche 5 novembre 2017

Je suis mort... Mais vous allez continuer à me lire parce que je suis éternel... et que j'ai la banane!

Pour le premier novembre, "Toussaint", que l'on confond - ou fond - avec le jour des morts, je vous parlais de fantômes dans mon billet sans paroles "Les Fleurs et les fantômes"..

Aujourd'hui, je vais continuer à vous hanter en vous parlant de la mort... Mais pas tout de suite, un peu plus tard, pour être en accord avec le sujet qui va se découvrir bientôt.

Pour attendre, un ombre de fleur, derrière la sculpture de Picasso "Tête de femme" visible dans l'exposition actuellement au Musée Picasso.


Picasso - Tête de femme et ombre de fleur - Photo: lfdd



Pour vous faire patienter, une chanson de circonstance de Jacques Higelin: "Je suis mort, qui qui dit mieux":




Vous avez deviné, le TVA va traiter de la mort aujourd'hui.


La banane sous la pluie - Photo: lfdd

Dans un premier temps, le rapport "Littérature et mort"

Jean Starobinski nous dit: "Toute littérature suppose la perte de l'objet et son remplacement (je ne dit pas sa représentation) sous les espèces du mot."

Et Jacques Derrida: "A la mort de l'autre, nous sommes voués à la mémoire, et donc à l'intériorisation puisque l'autre, au-dehors de nous, n'est plus rien."

Roland Barthes, de son côté dans le Journal de deuil (concernant sa mère) écrit: "Je vis sans aucun souci de la postérité, aucun désir d'être lu plus tard [...], la parfaite acceptation dde disparaître complètement, aucune envie de "monument" - mais je ne peux pas supporter qu'il en soit ainsi pour mam (peut-être qu'elle n'a pas écrit et que son souvenir dépend entièrment de moi)."  


Philippe Forest, autre écrivain qui écrit autour de la perte de sa fille dit que la littérature: "ne répare rien du désastre de vivre."... et que le geste d'écrire "nous rappelle au rien et nous retient à la vie."

Autre personne - qui ne se qualifie pas d'écrivain - Jean-François Billeter qui a publié les carnets qu'il tenait suite au décès de sa compagne de quarante ans, Wen, dans un petit livre "Une autre Aurélia" écrit, dix jours après sa mort: "La mort n'existe pas. Il n'y a que la vie. Le mal que font tous les autres discours."

Et plus tard: "Mon expérience ne cadrait pas du tout avec les idées convenues qu'on a sur la deuil. C'était plus intéressant que ce qu'on a l'habitude. Il existe, autour de la mort tout un vocabulaire que j'ai récusé: le "décès", la "perte", la "séparation", le "veuvage",... Car ce lexique m'a paru non seulement inadapté pour dire ce que je traversais, mais qui plus est néfaste parce que décourageant."


La banane sous la pluie - Photo: lfdd


Deuxième aspect, l'éternité (ou presque !) qui nous est promise avec les nouveaux outils numériques, réseaux sociaux, intelligence artificielle...

De fait, internet est peuplé de la parole et la présence des morts.
Ne serait-ce que sur Facebook, près de 1% des profils appartiennent à des personnes décédées, ce qui en fait plus de 3 millions et leur nombre continue de croître. Des prospectivistes nous annoncent d'ailleurs plus de morts que de vivants sur Facebookpour la fin du siècle.... C'est déprimant !
Enfin, le profil de personnes décédées sert aussi à garder un contact avec soit la famille, soit les anciens amis et de sauvagarder une communauté.
Mais il arrive aussi (et Facebook l'a prévu) que le "mort" envoie des messages à ses amis ou proches... Même si ce n'est pas un tiers qui gère le compte. Sachez qu'il exite des dispositions pour organiser tout cela (même si ce n'est pas votre préocupation immédiate) et que la "mort numérique" est inscrite dans la loi française depuis le 7 octobre 2016.
Il y a aussi des sites (Eterni.me ou Laviedapres.com After-me.com ou Apreslamort.com) qui permettent de gérer différentes manières cette "résurection". Eterni.me par exemple utilise l'intelligence artificielle pour "construire" l'avatar en se basant sur tous les éléments et les interactions produits par la personne et analysés sur internet pour la cloner le plus finement possible.
D'autres possibilités, plus simples, par exemple envoyer des messages ou des photos à des moments programmés par téléphone ou par mail est également possible. 
Mais comme le dit Tanguy Chatel de l'Observatoire national de fin de vie": "Pendant un temps, les endeuillés savent que la personne est décédée, mais une partie d'eux-même veut crorie qu'elle est encore vivante."  


La banane sous la pluie - Photo: lfdd


Cela nous amène au troisième aspect qui concerne la mort dans l'art contemporain, en particulier avec l'artiste Sophie Calle dont on connait la propension à faire de sa vie une "oeuvre d'art".
Le dernier épisode en date, visible dans son exposition au Musée de la Chasse concerne la mort de son père qui a refusé jusqu'à cet événement de paraître dans l'oeuvre (la mort de la mère, avec son assentiment, ayant été filmée), ce dernier apparaît dans un épisode assez drôle, cet échange téléphonique:





Il faut se rappeler que ses premières photographies étaient des photographies de tombes, à Bolinas, en Californie.

Dernier aspect, La mort dans la chanson, avec deux exemples, le premier, 
c'est Jacques Higelin avec "Je suis mort qui, qui dit mieux" dont vous avez déjà entendu la version disque, et dont je vous offre la version "live":




Je suis mort qui, qui dit mieux 
Ben mon pauv'vieux, voilà aut'chose 
J'suis mort qui, qui dit mieux 
Mort le venin, coupée la rose 
J'ai perdu mon âme en chemin 
Qui qui la r'trouve s'la mette aux choses 
J'ai perdu mon âme en chemin
Qui qui la r'trouve la jette aux chiens.


La banane sous la pluie - Photo: lfdd


Et le deuxième est Charlotte Birkin qui va sortir son disque "Rest" bientôt et sur lequel elle chante à la fois la mort de sa soeur avec la chanson "Kate" et de son père avec "Lying with you". 

Kate - Charlotte Gainsbourg
"Tes cheveux de cendre 
Ton âme trop tendre 
Que rien ne berçait 
Tu disparaissais 
Dressée à l'alcool 
Sans qu'il te console 
Perdue à jamais /
Si seule à t'attendre 
Tiens mon cœur à fendre 
Qu'est-ce que t'en as fait? 
Crois-tu qu'on s'ressemble?
On devait vieillir ensemble.

Le disque est hanté par la mort, et je vous en offre le titre qui donne son nom à l'album : "Rest"





Et quand l'un part et que l'autre reste, cela donne une très belle chanson que je vous offre en point final:




L'un Part, L'autre Reste
Ont-ils oublié leurs promesses ? 
Au moindre rire, au moindre geste 
Les grands amours n'ont plus d'adresse
Quand l'un s'en va et l'autre reste


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche




mercredi 1 novembre 2017

Les Fleurs et les fantômes: Tears ain't blood but, oh, how they flow

Les larmes ne sont pas du sang, les fantômes ne sont pas des os, l'ombre n'est pas la matière, aujourd'hui nous ne célébrons pas les morts, mais en cette année qui a vu quelques proches partir, hier encore j'ai découvert le départ définitif d'une personne qui avait disparu....

La photo suivante devait compléter le sujet de l'oisiveté, mais la fleur étant déjà choisie et le sujet n'étant pas creusé, elle sera sur un sujet à la fois triste et plein d'espoir quand même - ce sera d'ailleurs une histoire sans paroles qui se conclura par une chanson:


Les Fleurs fantômes - oisiveté - photo: lfdd

Les Fleurs fantômes - Paul-Armand Gette - photo: lfdd

Les Fleurs fantômes - Iris - photo: lfdd

Les Fleurs fantômes - Emmanuelle Michaux - photo: lfdd





Bon premier novembre

Le Fleur du dimanche